8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 17:41

 

Bonne et Heureuse Année 2013 !

Se préparer aux changements 2013-2033

 

 

Avènement

 

Voici dix ans que je parle de l’Apocalypse de 2012 (signifiant : la révélation où tout est dévoilé) et des nouvelles fréquences de plus en plus élevées venant de notre soleil, qui s’installent dans notre ambiance générale. Voici dix ans que je répète que sous cette douche luminique, notre ADN à 2 brins reconstitue progressivement ses dix brins manquants (lobotomisation remontant à 400.000 ans), que nous allons passer de la chimie du carbone à celle de la silice, tout cela nous donnant l’opportunité d’un fantastique bond en avant de notre conscience individuelle et collective, mais aussi de nos pouvoirs (créatifs) intérieurs. Oui, bien sûr… mais il convient d’ajouter, à trois conditions : celle de s’ouvrir mentalement à l’existence de ce flux céleste, de désirer sincèrement le recevoir, et de consentir à abandonner certains schémas culturels dépassés et fonctionnements routiniers étriqués ou égoïstes qui en bloquent le processus de réception.

Il me revient à ce titre une anecdote remontant aux années 60, où la télévision est passée du noir et blanc à la couleur. Un jour, la grand-mère de ma femme nous annonça toute heureuse que quelques jours après nous allions recevoir les programmes en couleur ; mais la pauvre femme n’avait pas compris qu’il fallait pour cela acheter un autre poste avec l’option « couleur ». Alors, je pose à chacun la question : avez-vous investi dans votre mode de vie et de pensées les clarifications indispensables pour pouvoir recevoir la couleur ? Vos actes quotidiens sont-ils en total accord avec votre conscience profonde ? Ne participez-vous pas par commodité ou par économie ou encore par irresponsabilité aveugle face à la séduction de la facilité, au malheur de populations entières, à des atrocités de grande envergure sur des millions d’animaux ou à des catastrophes écologiques fatales ?

 

Bonne Année 2013 Mr Hitchcock !

Et vive le Futur ou le Présent en devenir…

 

 

 

 

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Sachez que nous avons en chacun de nous un tribunal intérieur qui seul donne l’accès à des pouvoirs supérieurs. Il serait impensable et très dangereux que ceux qui ne veulent pas (encore) grandir ni sortir de leurs confortables prisons mentales au nom de sacro saintes traditions, soient soudain dotés de puissantes options créatives réservées à l’usage de l’homme cosmiquement évolué – et je pense hélas que c’est 85% des humains qui sont de cette veine. A moins d’une reprogrammation brutale comme on peut voir dans le film très drôle de Coline Serraut « La belle verte », la cohabitation entre cette majorité de retardataires et la minorité de « branchés sur l’ADSL Universel » qui est déjà difficile à supporter de la part de ces derniers dans le cadre des limitations actuelles, risquerait d’aboutir sur un scénario de magie infernale façon Harry Potter.

La planète Terre est l’un des multiples laboratoires d’expérimentation de l’Univers, en plus d’une école très dure dont la particularité est que l’on y a mélangé tous les niveaux d’évolution dans la même cour. Et que s’est-il passé ? Ce sont les arrogants et les violents fils de Bélial, qui ne respectent rien ni personne, qui ont confisqué les biens, la vie, et jusqu’à l’âme des gentils, et qui au nom de Dieu ont érigé des lois impitoyables pour se blanchir et se faire valider, cela depuis des millénaires. Actuellement, en raison des immenses progrès technologiques, cet état de fait a pris des formes plus complexes et insidieuses mais tout aussi cruelles. A l’échelon mondial, est-il besoin de nommer l’état voyou qui a mené depuis la guerre de 1939-1945, 51 guerres chaudes ou froides dans le monde au seul but de piller les richesses et installer un peu partout sa dictature ? 

 

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Le problème d’être lucide et correctement informé réside dans la difficulté à ne pas cultiver le pessimisme (un pessimiste étant un optimiste qui a de l’expérience). Comment sortir de ce piège politico-religieux, où tous les mensonges sont permis pour avaliser l’énormité des crimes et forfaits ? Que faire quand tous ceux qui n’ont pas la tête dans le sable et de la purée dans les yeux, constatent qu’on nous envoie tout droit à la catastrophe sans que l’on ne puisse raisonnablement rien faire, seuls face à la léthargie sous hypnose médiatique d’une population assistée (les 85% cités).

Alors j’ai fini par penser que notre seul salut pouvait venir d’une intervention de l’extérieur par nos Amis d’en Haut – les extraterrestres – tels les Pléiadiens, Arcturiens, Vénusiens, Siriens (de Sirius) et bien d’autres parmi la cinquantaine de races de visiteurs de l’espace qui depuis des millénaires nous surveillent discrètement (d’ailleurs mentionnés dans les archives de toutes les civilisations antiques). Nous sommes nombreux à penser dans ce sens et à leur demander télépathiquement d’intervenir au mieux ; et je suis maintenant convaincu par mes propres observations, et au travers de personnes qui ont été physiquement contactées par ces grands êtres, voire emmenées dans leurs vaisseaux de l’espace, qu’ils interviennent de fait depuis des décennies pour limiter nos gravissimes dégâts. J’ai édité à ce sujet divers dossiers américains et russes déclassés (expiration à 30 ans) dans mon livre « Histoire extraordinaires d’outre-espace » Michel Dogna (éditions Guy Trédaniel), montrant entre autres comment des équipages E.T. sont intervenus aussitôt les explosions expérimentales des bombes atomiques pour rétablir les champs magnétiques vitaux de la Terre. A savoir, qu’entre les grands états détenteurs, 1000 bombes atomiques ont été testées dans l’atmosphère, dans le sol et dans la mer, sans compter tous les essais chinois inconnus ; sans ces interventions il n’y aurait plus aucune vie sur Terre actuellement. 

 

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Parmi les « contactés » tous rapportent à peu près la même chose des entretiens qu’ils ont eu avec les êtres de l’espace : « La planète Terre est une bibliothèque universelle de la vie et présente un indispensable équilibre avec les autres planètes du système solaire. Pas question de la laisser détruire ! » Le 28 mai 2012, j’annonçais sur mon site, en contre-information des mensonges rassurants de la presse mondiale concernant Fukushima, la situation catastrophique du Japon, l’héroïsme d’équipes sacrifiés devant un enfer indomptable qui risque de sauter à tout moment, ce qui obligera à évacuer immédiatement 40 millions de personnes de la zone de Tokyo. Or, curieusement pour l’instant, il semble y avoir beaucoup moins de dégâts de santé que prévu dans la population, et la mer environnante qui reçoit en permanence des millions de tonnes d’eau terriblement radioactive ne semble pas trop perturbée. Comment cela se fait-il ? 

 

Alfred Hitchcock présente « L’Extraterrestre » mini-série TV, 1985, avec l’acteur John Shea.

Cet épisode de science-fiction parle d’extraterrestre, de walk-in… et d’un contact imminent sur tous les canaux de télévision de la planète !

Etonnant, non ?!

  

 
 

Voici un extrait de message récent de Matthew Ward (qui communique avec sa mère depuis son décès en août 2003) :

« Les reporters ignorent que les équipages extraterrestres atténuent les effets les plus néfastes des chemtrails, de même que la pollution nuisant à la santé provenant d’une variété d’autres sources. En ce qui concerne tous les discours sur une action militaire potentielle pour réduire la propagation des armes nucléaires, il n’est pas connu que, par respect envers la Terre, voulant que ses résidents cessent de s’entre-tuer, la Confédération Galactique a autorisé les équipages des vaisseaux spatiaux et ceux qui sont sur le terrain d’empêcher le fonctionnement de tout armement nucléaire. » 

 

 

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« La technologie qui permettait aux Illuminati de créer des tremblements de terre et d’intensifier les tempêtes (Haarp) a été « bloquée ou brouillée » par notre famille universelle, de sorte que la Mère Nature peut soigneusement libérer la négativité jusqu’à ce que toute cette force s’en soit allée, et bientôt ce sera fait. »

Mais concernant le 21 décembre 2012, je voudrais transmettre ici un extrait de l’étonnant rapport venant de Bill Wood, un ancien marin spécialisé dans le tir de missiles, qui parle de la fameuse base secrète 51 des USA, avec des entrainements dignes de la « guerre des étoiles ». Il parle lui aussi de vaisseaux spatiaux ainsi que d’habilités spéciales, au-delà des cinq sens, qui permettent de prédire le futur ainsi que d’analyser les différentes trames du temps. Aussi explique t-il que l’armée américaine utilise une technologie qu’il appelle « Looking Glass » qui lui permet de voir le futur dans ses différentes possibilités de trames de temps avec leur probabilité de se produire. Evidemment, ils cherchent à influencer le déroulement des événements pour que la trame de temps qu’ils préfèrent puisse se manifester. Wood affirme que cette technologie leur a montré que toutes les trames de temps convergent à la fin de décembre 2012. L’armée n’arrive pas à influencer les trames de temps après cette convergence. Quoiqu’ils fassent, la convergence se produit fin décembre 2012. Bill Wood confirme par ses travaux qu’il n’y a pas de possibilité d’influencer ou manipuler ce qui se passera après fin décembre 2012. 

 

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Pour finir il conclut :

« C’est l’ascension et l’élévation fulgurante de la conscience de l’humanité. C’est la fin de ce monde de conspirateurs. Une partie de l’humanité va s’éveiller (ascension) comme un papillon qui sort de son cocon, et une autre partie va aller se cacher, apeurée, dans des bases souterraines ou survivre comme ils peuvent à la surface ». Selon lui, les méchants ont déjà perdu et les bons vont gagner assurément. Les deux camps le savent mais il reste quelques coups à jouer pour finir la partie, comme aux échecs.

Monique Mathieu qui depuis 2002 a transmis sur son site « ducielalaterre.org » plus de 700 rapports passionnants sur ses contacts avec des Grands Etres des Hiérarchies des Mondes Supérieurs, est a mon humble avis l’un des Channels actuels les plus fiables. Comme Matthew Ward, elle se situe à contre courant de la culture de la peur par le catastrophisme voire le fatalisme. Voici ce qu’elle dit dans son message du 13 juillet 2012 qui titre « Préparez-vous au meilleur » :

« Par moment, vous serez perturbés par les énergies et la vibration gigantesque qui vont de plus en plus pénétrer votre monde, que ce soient les énergies solaires, les vibrations émanant de toutes les sphères de votre système solaire ou les rayons de Lumière émanant de votre soleil central. Ils pourront générer en vous des perturbations, mais plus vous vous élèverez, plus vous aurez conscience de l’être qui émerge de vous-mêmes, moins vous serez perturbés par ces immenses changements. N’oubliez pas que tout doit transmuter et que vous êtes tous en mutation profonde, que ce soit au niveau de votre conscience, au niveau de la matière qui habille votre corps et au niveau de toutes vos cellules. Beaucoup de choses gigantesques s’approchent ; nous ne diront pas si elles seront difficiles ou heureuses ; préparez-vous tout simplement au meilleur, car nous savons que beaucoup d’êtres humains vivront des joies dont ils n’ont même pas conscience. Nous ne voulons parler de ce qu’il a de plus beau, de ce que vous aurez de plus beau à vivre. Le reste n’a aucune importance ! » 

 

Daniel Meurois « A la rencontre des Elohim »

   

 

 

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Dans son nouvel ouvrage : « Contacts extraterrestres pour l’Ere Nouvelle » Olivier de Rouvroy présente une jolie brochette de « contactés » les plus connus depuis un demi siècle avec le compte rendu de leur vie et de leur extraordinaire destin. Ils ont pour noms : George Adamski, Howard Menger, George Hunt Williamson, Orfeo Angelucci, Dino Kraspedon, Eugenio Siragusa, Pierre Monnet, Billy Meier, Jean Miguères, José Trigueirinho, Miriam Delicado, Jim Sparks, Alex Collier, Jean-Paul Appel-Guéry, Lou Daldin et Sheldan Nidle.

Leurs témoignages concordent tous et projettent un nouvel éclairage sur la grande opération que les membres dispersés de notre famille galactique mettent conjointement en place en ce moment-même afin de se manifester massivement sur la Terre et nous aider à y instaurer notre futur civilisation de l’Age d’Or.

En guise de conclusion, réalisez que quelque part au dessus de votre tête, de très nombreux Grands Vaisseaux de l’espace stationnent pour nous assister dans notre difficile « accouchement », et non nous attaquer comme va essayer de nous faire croire le « gouvernement de l’ombre ». Si l’on ne peut les voir, c’est qu’ils existent sur un champ de fréquence plus élevé que notre matrice matérielle (les gaz comme l’air ne se voient pas, bien qu’ils existent…). Mais je peux affirmer par mes multiples expériences personnelles et collectives qu’en se branchant mentalement sur ces Vaisseau de Lumière, de même que vous recevez la musique d’une radio quand vous accordez votre récepteur sur sa fréquence, vous serez rapidement envahis par la présence d’un merveilleux champ d’énergie très spécial qui vous donnera certainement l’envie de vous abonner chaque jour à ce contact.

Quoiqu’il arrive dans votre vie, ce contact régulier pourra être votre assurance Santé (ou aide à la guérison), votre assurance Evolution (pour faire toujours les bons choix), votre assurance Sécurité (pour ne jamais être où il ne faut pas).

Bonne traversée !

Michel Dogna  

 

Bientôt, le contact avec nos "Frères des étoiles" nous permettra de rentrer dans un Nouvel Age d'or de la civilisation... et dans la 4ème Dimension !

Surveillez bien vos écrans de télévision !

 

 

 

      

 

Visions du Futur

Le voyant Mario de Sabato « Le destin parallèle » (édition Stock) 1987 :

La vie dans l'espace au XXIe siècle

« Depuis l’aube des temps, l’humanité a rêvé de conquérir l’espace. Elle est en mesure de réaliser ce rêve qui a longtemps paru une fantasmagorie insensée. L’homme a marché sur la Lune et il ira plus loin encore. Le chemin parcouru depuis le lancement du premier spoutnik est considérable. Les sondes spatiales ont rapporté des photos de Mars, de Vénus, de Pluton. La conquête de l’espace ne s’arrêtera pas là. Les Américains, après le choc causé par la catastrophe qui vit la destruction de Challenger et provoqua la mort de sept astronautes, ont ralenti leur programme spatial, mais ils le reprendront avec plus d’énergie et d’enthousiasme, et ils réussiront. Ils installeront les premiers des laboratoires spatiaux et des stations orbitales. C’est là que s’effectueront les découvertes impressionnantes du XXIe siècle qui seront déterminantes pour l’avenir de l’homme et changeront son destin. 

 

Le souffle d'or

 

« Il y a un destin pour l’homme dans l’espace, un destin qui le poussera à se détourner des luttes terrestres pour porter son attention vers la conquête des étoiles. Demain l’homme voudra connaître les possibilités que recèlent la galaxie et son au-delà. Il conjuguera ses efforts pour les découvrir et les exploiter.

« Les Etats-Unis réussiront les premiers dans ce domaine. L’espace et les étoiles tiennent au cœur du genre humain par son attirance pour le rêve, le merveilleux, le conte de fées. Plus cette tendance se développera, plus il sera à même de conquérir l’espace, d’y travailler, d’y recréer les conditions de vie qui lui sont nécessaires. Je ne parle pas des stations orbitales autour de la terre, mais de véritables stations spatiales installées sur le sol d’autres planètes plus lointaines. Ces véritables villes sur d’autres mondes ne seront pas simplement des centres d’observation scientifique mais aussi des centres de fabrication de produits nouveaux impossibles à réaliser aujourd’hui sur notre terre qui n’offre pas les conditions d’environnement requises.

« Dans l’espace, l’homme pourra mener à bien de nouveaux assemblages de molécules et de particules qui transformeront la médecine, la biologie. Ceux-ci permettront non seulement de guérir des maladies aujourd’hui incurables, de prévenir les fléaux encore inconnus qui peuvent nous frapper demain mais ils auront des résultats inimaginables pour nos cerveaux actuels. Certains de ces produits révolutionnaires développeront nos centres cérébraux inexploités, nous dotant de facultés que la parapsychologie a mises en lumière mais que personne, en dehors de quelques médiums, n’est parvenu à maîtriser. Ce sera un âge d’or scientifique tenant les promesses de l’ère du Verseau car le Verseau, c’est la science unie à la sagesse et à la paix. C’est l’ère qui rendra nos regards plus perçants, plus clairvoyants en les tournants vers l’au-delà, vers l’infini…

« C’est ainsi que sans l’avoir prévu les hommes iront à la rencontre de races extraterrestres, car elles existent. L’espace renferme des milliers d’autres galaxies où se sont développées des civilisations en avance sur la nôtre de plusieurs milliards d’années. Il est certain que le contact avec ces êtres, s’il n’est pas encore établi, le sera et le voyant que je suis peut prédire qu’en vérité ce sont eux qui viendront vers nous quand notre espèce se sera débarrassée de sa gangue de violence et de son goût du sang. Ils réussiront à effectuer les voyages intergalactiques, nous feront bénéficier de leurs connaissances scientifiques et nous parraineront à travers les étoiles. 

 

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« Ces extraterrestres lointains sont pacifiques. Depuis si longtemps ils ont rejeté la guerre qu’à notre échelle nous pouvons les considérer comme en paix depuis toujours. C’est ce qui leur a permis de progresser et d’élargir le champ de leur conscience. La supériorité intellectuelle et spirituelle qu’ils apporteront sur Terre dans un grand mariage entre eux et les Terriens provoquera non seulement un bond en avant de notre recherche scientifique sur terre, mais un bouleversement moral qui nous délivrera de l’angoisse et de la peur.

« Le XXIe siècle, témoin de notre rencontre avec les races intelligences de l’espace, sera celui du développement culturel et spirituel. Le XXIe siècle sera marqué par l’avènement des extraterrestres sur terre, l’évènement le plus extraordinaire de l’histoire humaine depuis la découverte du feu. A cet instant commencera pour les humains l’âge de l’espace.

« Ces intelligences supérieures maîtrisent parfaitement leur destin. Elles évoluent, choisissent le destin le meilleur à tout moment. Elles sauront aider les hommes à découvrir et à profiter du destin parallèle propre à chacun.

« Les grandes puissances réunies participeront à la conquête de l’espace : la Russie, la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon. Les forces et les intelligences de notre terre s’uniront après le grand conflit mondial pour se tourner vers le destin des étoiles. C’est la voie royale qui s’ouvrira à l’homme du XXIe siècle, le destin qui attend l’humanité et qui la fera sortir enfin libérée de la prison que représente notre minuscule globe. »    

 

 

 

Amour et spiritualité

« J’en viens au couple idéal pour qui la spiritualité constituera le ciment sur lequel sera fondé son amour. Je ne connais pas de grand amour vécu sans spiritualité. Elle fait échec aux excès dévastateurs, à la violence, à la jalousie, à l’envie, au mensonge, aux tromperies. Plus intense est la spiritualité, plus solide sera le couple.

« Quand j’évoque la spiritualité, je ne parle pas de la foi religieuse. Je ne veux pas dire qu’il faille absolument appartenir à une église, être chrétien, musulman ou bouddhiste. Je parle de la vie intérieure, de celles que peuvent connaître les hommes et les femmes sans partager la même foi et même en dehors de toute religion.

« S’il est aisé de rencontrer un homme ou une femme qui inspire le désir, il est plus difficile de trouver celui ou celle avec qui on a envie de partager sa vie intérieure. De telles rencontres, peu fréquentes, permettent de connaître un destin amoureux exceptionnel. La vie intérieure, la spiritualité, c’est aussi la médiumnité. Quand il y a vie intérieure alliée à un grand amour fort et réciproque, cela crée un lieu privilégié où se meut le couple et qui éclaire la vie de tous ceux qui se trouvent à un moment ou à un autre dans l’entourage de ces êtres privilégiés. D’eux émane une aura spirituelle et qui les fréquente se sent enrichi. Leur amour rayonne et il n’est jusqu’à l’harmonie qui se dégage de leur démarche qui fasse se retourner sur leur passage ceux qui les croisent. Ainsi devait être l’atmosphère qui entourait Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Philémon et Baucis.

« De tels couples sont rares car exceptionnels sont les êtres doués d’une grande spiritualité. Il faut reconnaître qu’il leur est difficile de trouver le compagnon idéal. Ce fut le cas des grands saints de l’Eglise catholique. Sainte Claire et Saint François d’Assise, comme sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix, par exemple, doués d’une spiritualité et de prescience, ont renoncé à chercher l’amour humain. Ils ont préféré se tourner vers le sur-amour divin. Ils sentaient que la vie spirituelle seule ne suffit pas à fonder un couple. Il faut que s’exaltent aussi l’amour, le désir, la sexualité. La sexualité ne peut être séparée de la spiritualité quand se forme l’union de deux êtres qui aspirent à une vie intérieure. Ce couple-là connaîtra une vie d’amour comme tous les autres mais d’un amour renforcé par l’intensité de la vie spirituelle partagée. L’ensemble de ces valeurs rend ce type de couple indestructible.

« Je décris là le couple parfait, le plus harmonieux, l’union idéale, celle que nous tous voudrions vivre. Malheureusement l’ère des Poissons interdisait à l’humanité de voir un grand nombre de hautes spiritualités. Voilà pourquoi ces couples-là sont rarissimes. L’ère du Verseau les verra se multiplier. Nos enfants connaîtront cet épanouissement amoureux. C’est là qu’est l’avenir de l’homme, même si nous devons compter avec le Bien et le Mal qui se partagent nos âmes.

« J’ai eu la chance de rencontrer, lors de mes consultations, de ces êtres en avance sur leur temps qui ont une vie intérieure profonde, beaucoup d’amour à donner et qui cherchent leur media naranja, leur « moitié d’orange », comme disent de façon imagée les Espagnols. Il leur est très difficile de réussir ce miracle de l’amour idéal mais quand cela se produit je suis ému d’en être le témoin.

« Mieux vaut pour un être doué de spiritualité tenter l’expérience de l’amour sans lien officiel afin de discerner clairement quelles sont les chances de réussite du couple une fois marié.

« Il arrive que les amants se soient rencontrés et aimés dans une vie antérieure. Il leur semble se connaître alors qu’ils ne s’étaient jamais vus. Des phrases, des mots se répètent tout à coup, dont ils ont le sentiment qu’ils ont déjà été prononcés. Ils se retrouvent dans des situations qu’ils ont l’impression d’avoir connues. Ce sentiment de déjà vécu est la preuve d’une expérience antérieure. Ces deux êtres vont s’aimer très fort spirituellement et charnellement. Ils seront capables de mener une vie commune heureuse. C’est très beau, mais ces rencontres sont exceptionnelles. Quand elles se produisent, il est important que le couple se reconnaisse comme deux amis très chers après une longue séparation. Ce sont de véritables retrouvailles à travers l’espace et le temps.

« Il n’est pas rare qu’avant de retrouver celui ou celle déjà aimé dans une vie antérieure, l’homme ou la femme qui ont une vie spirituelle supérieure aient connu l’échec. Mais s’ils persévèrent dans leur recherche, ils finissent par rencontrer le grand amour.

« La question des retrouvailles après une vie antérieure commune ne se pose pas uniquement par rapport à un amant ou à une maîtresse. On peut tout aussi bien retrouver un frère, une sœur, un père ou une mère, un associé avec lequel on bâtissait une œuvre. Les retrouvailles n’ont pas seulement lieu entre des êtres amoureux mais aussi entre ceux qui ont partagé des situations affectives, accompli ensemble des choses importantes pour l’humanité. Ils ont à nouveau la possibilité de continuer ce qui avait été interrompu par la fatalité dans une précédente existence.

« C’est vers ce type de perfection spirituelle et amoureuse absolue qu’évoluera le XXIe siècle pendant l’ère du Verseau. Je puise un grand réconfort quand je contemple ainsi l’avenir du monde, quand je le compare aux dernières convulsions du destin mondial (la Troisième Guerre Mondiale ?!), qu’il nous faudra malheureusement subir avant de changer d’ère.

« C’est à partir de l’an 2000 que tout se modifiera radicalement quand triomphera la spiritualité dans les domaines sociaux, émotionnels et amoureux. Les êtres humains ne seront plus jamais les mêmes. Ce ne seront plus les gens cruels que nous avons connus pendant l’ère des Poissons. La cruauté n’est pas seulement sociale mais aussi personnelle. On parle facilement de la barbarie des guerres et des révolutions, on oublie celle de l’être humain. Cruauté des volets clos, celle dont on ne veut pas avoir à connaître, celle qui fait de la vie un enfer en réduction, car cela existe. Je connais des exemples de persécution à l’intérieur d’un couple ou d’une famille. Certains se terminent en apocalypse et surgit le crime. Le père tue le fils, le fils tue son père, ces meurtres sont le résultat de la cruauté quotidienne, le haut de l’iceberg. Et le phénomène se reproduit depuis quatre mille ans !

« Pour moi, ces gens qui se rencontrent en ce moment, qui s’unissent avec amour et spiritualité, ceux-là reflètent ce que nous seront en l’an 2000. (Ou 2033 ?!)

« Quand viendra l’ère du Verseau, la planète entière évoluera et ce sera prodigieux. Ce changement d’ère, aujourd’hui progressif encore, s’opérera spontanément. Au XXIe siècle, les êtres se révéleront meilleurs, sans même savoir pourquoi le plus souvent. Ceux qui naîtront alors créeront un monde nouveau. Emplis d’amour et de spiritualité, ils triompheront des problèmes que la terre et les hommes subissent encore. »

Choc de civilisations ou Troisième Guerre Mondiale ?

L'émergence d'un nouveau modèle de société

Dans un autre registre, le célèbre voyant Mario de Sabato annonce des turbulences politico-économiques d’envergures comme l’affrontement entre blocs de civilisations. En somme, deux thèses s’affrontent, ceux de géo-politologues « avisés », celles de Francis Fukuyama prônant la paix universelle, la croissance et l’abondance, et celle de Samuel Huntington annonçant l’affrontement entre civilisations car les guerres identitaires (ethnoculturelles) correspondent à des clivages plus anciens que les guerres entre états et blocs idéologiques (capitalisme/communisme).

Samuel Huntington recense huit grandes civilisations à la surface du globe : occidentale (Europe de l’ouest et du centre et Amérique du Nord), confucéenne, japonaise, islamique, indoue, slave-orthodoxe, latino-américaine et africaine. Ces conflits, dit-il, sont ceux de l’identité profonde des individus, beaucoup plus fondamentaux, donc, que les guerres idéologiques qui ont marqué notre XXe siècle. De plus, souligne Huntington, « la culture suit le pouvoir », autrement dit les plus forts imposeront leurs valeurs aussi loin qu’ils parviendront à s’étendre géographiquement.

Contrairement à Fukuyama, Huntington pense que notre modèle occidental ne séduit pas forcément le reste de la planète. Si les autres civilisations sont elles aussi engagées dans la voie de la modernisation, elles n’ont pas pour autant envie de prendre le même chemin que nous. Beaucoup plus « religieuses » que la nôtre, ces sociétés voient au contraire l’Occident matérialiste et laïque comme un repoussoir. L’Occident, dit Huntington, présente la liberté, la démocratie et la laïcité comme des valeurs universelles, alors qu’elles sont, en réalité, le fruit de sa propre histoire.

La conclusion de Samuel Huntington est donc autrement plus pessimiste : la guerre entre blocs de civilisation a déjà commencé, dit-il, programmant à terme le déclin de l’Occident, rongé de l’intérieur par le multiculturalisme. L’universalisme planétaire par la mondialisation de l’économie est un leurre, affirme-t-il, car le commerce mondial s’effectue à l’intérieur de zones de libre-échange qui correspondent le plus souvent à des aires de civilisation.

Alors ? Alors le cœur nous porte vers Fukuyama bien sûr, et la raison vers Huntington. Reste à tenter de conjuguer les deux, à tenter d’infléchir le destin, notre destin, car il y a toujours deux voies : une voie de fatalité et une voie de libre arbitre. Et ce qui est vrai pour les individus l’est aussi pour les peuples. N’y aurait-il donc pas un moyen terme, une solution qui permette d’aller vers cette paix universelle que nous appelons tous de nos vœux sans pour cela renoncer à nos différences ?

« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas » par cette phrase, André Malraux, a voulu dire que si nous ne prenons pas conscience des valeurs spirituelles de notre temps, alors le XXIe siècle sera catastrophique et mortel pour l’humanité. Donc fatal. C’est pour cela qu’il y aura une prise de conscience des gens qui croient, qui sont animés d’une foi en la transcendance et qui feront en sorte que ce troisième millénaire se déroule dans les meilleures conditions possibles.

Mario de Sabato ajoute qu’à partir du XXIe siècle, les gens qui prendront conscience des valeurs spirituelles et représentatives de l’homme sont ceux qui dirigeront le monde. C’est, en quelque sorte, la fin du monde politique tel que nous l’avons connu et le connaissons encore. Les responsables de l’humanité de demain seront les savants, les scientifiques, les philosophes, les « sages » ; ceux qui ont une âme totalement désintéressée et qui apporteront à l’humanité, à travers la gestion des différents pays, des valeurs nouvelles pour la construction des nations.

C’est aussi du Canada que partiront les plus grands courants spirituels du XXIe siècle. C’est de là qu’essaimeront ceux qui vont prophétiser le monde. Ils n’appartiennent pas à une secte, non, ce sont des gens ordinaires comme vous, comme moi, appartenant aux grandes religions déjà existantes (chrétienté, islam, judaïsme) et qui auront le désir de propager une foi œcuménique dans le cœur des hommes.

 

"Demain, va se lever une aurore nouvelle. Dans un ciel dégagé des terreurs des Poissons. Le Verseau répandra sa douceur fraternelle et les hommes enfin se verront tels qu'ils sont !" Mario de Sabato

La société et le monde évoluera vers plus de fraternité, de justice, de solidarité et de spiritualité et se sera prodigieux. Les sytèmes politiques et économiques actuels devront évoluer en conséquence ou disparaître, les religions sont également concernées.

Qui sont réellement nos "Envahisseurs" ?...

Demain arrivera assez tôt... 

 

 

Que sera la vie dans notre monde vers l’horizon 2030-2050 ? D’ici là, il y aura eu beaucoup de bouleversements. Dans le monde entier les hommes politiques seront tous remplacés par des savants. La politique telle que nous la connaissons aura vécu. Il n’y aura plus aucun homme politique en place dans aucun pays du monde, parce que l’évolution de la personne sera telle qu’on ne se laissera plus guider par quelqu’un qui a un idéal politique mais par quelqu’un qui a un idéal humaniste. Les partis politiques n’existeront plus.

Adieu les clivages et les rivalités politiques que nous avons connus jusqu’à maintenant… Messieurs les politiques, vous êtes désormais des « reliques » de l’histoire, des « dinosaures », sans le savoir vous appartenez déjà au passé, ce n'est plus qu'une question de temps, quelque part à l'échelle du Temps tout est déjà "réalisé", "accompli"...

Tout ceci est, sans doute pour certains, du Rêve, de la pure Utopie. Mais qui est réellement utopique ? Les Daniel Meurois, les Mario de Sabato et personnes de même acabits connues ou moins connues qui prônent une nouvelle vision de la vie, de l'homme, de la société et du monde ou les idéologues de doctrines "moribondes" et "mortifères" qui ont jalonnés tristement l'histoire jusqu'à nos jours et qui prétendent "régir" nos vies dans nos "intérêts" ou plutôt le "leurs"  ?! Et qui appartiennent désormais au passé...

Dans tous les pays, il y aura des collèges qui se réuniront pour élire un sage, un philosophe, un chercheur, un savant, et ce sera lui – ou elle – le chef de l’Etat. En attendant que le monde politique disparaisse, Mario de Sabato nous annonce une femme à l’Elysée pour le début du XXIe siècle. Tout comme il y aura aussi, en France, un Premier ministre de confession musulmane et aux Etats-Unis un Président Noir à la Maison-Blanche ; de même, il y aura un Pape Noir au Vatican. (Prédictions datées de 1999).

Mais en 2037 ? En 2037, il n’y aura plus de pape, plus de Président de la République en France, plus de Président des Etats-Unis. Dans tous les pays du monde il en sera ainsi, ce sera la plus grande révolution. A ce moment-là, les Nations Unies auront été transformées. D’abord, l’organisme aura changé de nom. C’est un très grand nettoyage qui va se faire dans les années qui viennent, il faut en passer par là.

Qu’est-ce qui est vraiment utopique ? Le fait de naître, de vivre et d’exister par le seul fruit du hasard dans un monde et dans un univers qui n’a aucun sens ou d’être l’expression d’une force, d’un mystère qui fait naître en nous le plus beau des soleils… celui qui nous relie à notre propre cœur et au Cœur de tous les cœurs… source de lumière et de tellement de joie… et qui est l’expression de l’Amour, de l’Absolu, ici, maintenant, pour toujours et à tout jamais…

Ainsi, je vous adresse tous mes Vœux pour la Nouvelle Année 2013 et pour les changements qui s’en viennent… Car, vous êtes, nous sommes, le Monde, l'Univers, le Passé, le Présent, le Futur, l'Eternité, la Vie, la Joie, la Conscience, l’Amour !!!

C’est ma plus belle Carte de Vœux que j’ai réalisé jusqu’à maintenant ! 

 

 

Master Universe by ANTIFAN REAL

 

  

 

 

 

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Orphée - dans Ovnis et Extraterrestres
1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:31

 

Les survivances possibles d’un culte démiurgique

On errerait grandement en supposant que la théorie de l’existence d’un Esprit du Monde, d’un Médiateur imparfait, détournant à son profit le culte du Dieu suprême, ait disparu avec les écoles gnostiques qui la soutenait.

Inconsciemment, dans leur très orthodoxe conception du Prince de ce Monde, les exégètes du christianisme officiel, suivirent parfois les hétérodoxes.

  

Symboles rituels

 

C’est ainsi que l’on fut amené à considérer que le Judaïsme, en se refusant à reconnaître le Messie promis, et en le mettant à mort, s’était tourné sans le savoir vers le Diable, et que, depuis la mort du Christ, c’était effectivement lui le « dieu de la Synagogue ». Et ceci dès le début du Christianisme :

« … de la part des Juifs, qui ont tué même le Seigneur Jésus, et ses prophètes, qui nous ont persécutés, qui ne plaisent plus à Dieu, qui sont ennemis de tous les hommes, puisqu’ils nous empêchent d’annoncer aux Gentils la Parole qui doit les sauver, pour combler ainsi et toujours la mesure de leurs péchés. Car la colère de Dieu est tombée sur eux, et elle y demeurera jusqu’à la Fin… » (Paul : 1ère Epître aux Thessaloniciens, II, 15, 16).

« … et on ne doit point s’en étonner, puisque Satan se transforme en Ange de lumière… » (Paul : 2ème Epître aux Corinthiens, XI, 14).

« Ecrivez aussi à l’Ange de l’Eglise de Smyrne : Voici ce que dit Celui qui est le premier et le dernier, qui a été mort et qui est vivant. Je sais quelle est votre affliction et quelle est votre pauvreté. Mais vous êtes riche, et vous êtes noirci par les calomnies de ceux qui se disent Juifs, ne le sont pas en fait, mais qui sont de la Synagogue de Satan… » (Jean : Apocalypse, II, 8, 9).

« Je vous amènerai bientôt quelques-uns de ceux qui sont de la Synagogue de Satan, qui se disent Juifs mais ne le sont point, mais qui sont des menteurs… » (Jean, Apocalypse, III, 9).

Aussi, dès le Moyen Age, époque où la Symbolique atteint incontestablement son apogée, voyons-nous l’ésotérisme chrétien attribuer à Israël, comme « gouverneur » astrologique, le signe zodiacal du Scorpion.

Or, ce signe est la huitième maison solaire, liée à la mort, aux deuils, dans la tradition astrologique universelle. A ce titre, c’est donc le signe du Diable, lié lui-même à la Mort, qu’il a en quelque sorte hypostasiée lors de sa révolte initiale :

« … afin de détruire par Son trépas celui est le Prince de la Mort, c’est-à-dire le Diable… » (Paul, Epître aux Hébreux : II, 14).

« Et Il précipitera la Mort dans l’Abîme à jamais… » (Isaïe, XXV, 8).

« Israël a péché jusqu’à adorer Baal. Il s’est donné à la Mort ! Mais un jour je te délivrerai de la puissance de la Mort. Et ce jour-là, ô Mort, je serai ta mort… Ce jour-là, ô Schéol, je serai ta ruine. » (Osée : XIII, 1, 14).

« Et tandis que la Mort discutait avec Jésus, dans le tombeau, Jésus affranchissait la Race Humaine, prisonnière aux Lieux-Bas… » (Evangile de Barthélemy : II, 1).

  

tombe1

 

« Alors, Abbadon, qui est la Mort, se leva. Il ne trouva plus le corps de Jésus, avec lequel il discutait dans le tombeau. Il dit alors à sa Puissance, le Fléau : Descends vite dans l’Amenti, et fortifie ta main en fermant les Portes, jusqu’à ce que je discerne qui est celui-là qui m’a ainsi trompé, sans que je le connaisse… » (Evangile de Barthélemy : II, 4).

« Alors, moi Jésus, je regardai dans la direction du Midi, et j’aperçus la Mort. Elle entra dans la demeure, suivie de l’Amenti, qui est son Instrument, et avec le Diable, suivi lui-même d’une foule de Satellites revêtus de Feu. Et je vis, au gémissement de mon père Joseph, qu’il avait discerné ces Puissances, encore jamais vues, et qu’il percevait ces Formes étranges, et qu’il est terrible de contempler… » (Histoire de Joseph le Charpentier, XXI).

« Ce n’est pas Dieu qui a créé la Mort… » (La Sagesse : I, 16).

D’ailleurs, l’animal lui-même est l’emblème du Mal dans la symbolique chrétienne traditionnelle.

« Sur certains monuments égyptiens, Horus, symbole du Bon Principe, nous dit L. Charbonneau-Lassay, luttant contre le principe destructeur et mauvais, foule aux pieds le scorpion en même temps que le crocodile et le serpent. Le scorpion est donc bien là un des idéogrammes du Mal… »

Or, les textes canoniques nous disent la même chose :

« Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les Serpents et les Scorpions, et toute la puissance de l’Ennemi… » (Luc : Evangile : X, 19).

Tertullien, au IIe siècle, assimile l’animal à l’hérésie elle-même (Œuvres, le Scorpiaque, I). Et le Blason lui-même l’adoptera comme image : « des imposteurs, médisants, traîtres, ayant des langues pleines de venin, plus dangereuses que la morsure du Scorpion… » nous dit V. de la Colombière, en sa « Science Héroïque ». 

 

Le Serpent1

 

Il n’est pas jusqu’au symbolique déroulement de la vie du Christ, qui ne tende à accorder au Diable des droits sur le Temple de Jérusalem. En effet, dans la triple scène de la Tentation, c’est d’abord dans le désert aride, puis sur une haute montagne, puis au pinacle du Temple, que Satan transporte Jésus pour mieux le tenter, et pour étaler à ses yeux les signes de sa toute-puissance temporelle et terrestre…

Il n’est pas non plus jusqu’à l’odieuse mesure de la « rouelle », petite roue jaune à huit rayons, que les Juifs devaient porter visiblement sur eux, dans l’Europe médiévale, qui ne parle clairement, elle aussi.

En effet, dans toutes les religions d’Extrême-Orient, mais plus particulièrement dans le Bouddhisme, la roue à huit rayons est l’image des vies successives par lesquelles l’homme épuise son karma, c’est-à-dire les conséquences de ses actions, bonnes ou mauvaises. D’où l’expression, pour désigner l’intérêt des pratiques ascétiques : « faire tourner la roue… », c’est-à-dire accélérer la destruction de ce karma. 

 

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Mais ne faut-il pas voir également à cette roue un sens plus secret encore ?

Pour les Gnostiques chrétiens, le Baptême libérait de l’esclavage du Prince de ce Monde. L’homme ne devait plus alors de comptes qu’à Dieu. Encore fallait-il que cette libération par le dit Baptême eut lieu. Sinon, il demeurait indéfiniment l’esclave de l’Arkonte d’ici-bas, qui, pour mieux le maintenir en esclavage, avait l’aiguillon du désir, la chaîne des passions, la ronde des vies successives :

« Ensuite, ils (les Arkontes) la conduiront en Enfer, vers Ariel, afin de la tourmenter (l’Ame)… Et Iahulam, serviteur d’Adamas Sabaoth, venant vers elle, lui apportera le calice de l’Eau d’Oubli, afin qu’en buvant elle perde le souvenir de toutes les formes qu’elle a déjà revêtues. Et ils la jetteront de nouveau vers un corps de chair… » (Valentin : Pistis Sophia).

« En vérité, je vous le dis, vous ne sortirez pas d’ici que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole… » (Matthieu : Evangile, V, 26).

Dès lors ne peut-on voir en cette roue jaune à huit rayons, imposée aux Juifs du Moyen Age, l’emblème de ceux que certains initiés chrétiens de la haute Eglise considéraient comme encore soumis à la « Roue du Monde », par leur fatal obscurcissement spirituel ? Peut-être…

  

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A notre époque, il existe une entente tacite entre les diverses confessions religieuses. Toute violence, toute polémique déplacée, doivent être bannies des ouvrages d’apologétique ou d’exégèse. Et c’est fort bien ainsi.

Il est en effet incontestable que les prières du Juif ou du Musulman, comme celle du chrétien, sont dites à l’intention du Dieu Suprême. Il n’est que de lire les recueils des prières journalières du judaïsme, ou telles oraisons musulmanes, pour en saisir la profonde beauté, la foi immense, l’élan vers le Divin.

Mais un Origène ou un Clément d’Alexandrie seraient toutefois d’accord avec un Valentin ou un Basilide pour noter que néanmoins ces oraisons, pour belles et sincères qu’elles soient, expriment davantage la crainte devant un Dieu redoutable, que la confiance en un Dieu miséricordieux… Et les derniers n’omettraient point de souligner que ceci vient du fait que, entre le Dieu Suprême et l’Orant, se situe ce Médiateur, intransigeant et tyrannique, qui a encore des droits sur lui et entend s’en prévaloir jusqu’au bout.

  

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Actuellement, l’Islam religieux et l’Eglise catholique semblent faire assez bon ménage. Il n’en fut pas toujours ainsi. Pendant des siècles et des siècles, les théologiens chrétiens considérèrent avec amertume que l’Islam avait arraché au Christianisme l’ensemble du Moyen-Orient chrétien. Avec la chevauchée des successeurs de Mahomet, c’était l’apostasie religieuse qui s’était rapidement répandue.

En effet, que demeure-t-il actuellement des importantes églises chrétiennes établies dans les premiers siècles en Syrie, au Liban, en Arabie, en Tunisie ? Pas grande choses évidemment, tout au plus quelques vestiges épars et dispersés, minoritaires en tout cas et qui furent soumis des siècles au tribut, pour éviter le sabre… 

 

 

  

  

 

 

 

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Pour être complet, nous ajouterons qu’au 18ème siècle, dès l’apparition de la Franc-Maçonnerie, l’Eglise latine prendra position contre la définition même de Dieu par celle-ci, et que de nombreux polémistes chrétiens n’hésiteront pas à identifier le Grand Architecte de l’Univers avec le Prince de ce Monde.

Et il faut bien l’avouer, nombre d’écrivains maçonniques, apporteront maladroitement de l’eau à leur moulin !

 

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En son « Encyclopedia of Freemasonry”, le Dr Mackey nous dit en effet ceci, que n’auraient pas désavoué un Marcus ou un Marcion :

« La Maçonnerie voit dans le Dieu suprême qu’elle adore, non pas un numen divinum, une puissance divine, non pas un moderator rerum omnium, un modérateur de toutes choses, comme l’appelaient les anciens philosophes, mais un grand « architecte » de l’Univers. D’après la conception maçonnique, c’est lui qui est le tout-puissant constructeur de ce globe terrestre et des innombrables mondes qui l’entourent.

« Il n’est pas l’ens entium (l’Etre des êtres), aucun des titres dont l’a gratifié, la spéculation ancienne et moderne ne lui convient. Il est, simplement, l’architecte, au sens où les Grecs entendaient leur arkitekton, c’est-à-dire un contremaître, sous les ordres duquel nous devons travailler comme des ouvriers… Notre travail constitue donc notre culte… »

Vous voulez un rendez-vous avec « l’Ingénieur » ou L’Architecte ?

Votre dossier sera bientôt complet.

Il connaît votre vie dans les moindres détails…

Il est tant de rentrer à la Maison, là où se trouvent les réponses !

 

  

 

 

 

 


 

 

Ainsi, pour le Dr Mackey, le dieu de la Franc-Maçonnerie n’est pas l’Etre des êtres, mais simplement son contremaître. Il est difficile d’être plus démiurgique, ni de mieux devancer les conclusions d’Eddington !

Un autre maçon américain, le continuateur du Dr Mackey, en son « The Symbolism of Freemasonry », nous avons nommé McClenachan, traitant du symbolisme de la lettre G figurant dans l’Etoile à cinq branches des Loges maçonniques des trois premiers degrés, nous dit tout d’abords qu’elle signifie le mot anglais GOD, désignant Dieu.

  

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Il faut alors épeler ce mot phonétiquement : G.O.D. initiales de trois mots hébreux : Gomer, Oz, Dabar.

« C’est là une singulière coïncidence, nous dit-il, qui mérite de retenir notre attention. Car les lettres qui composent le mot anglais de la Divinité se trouvent être les initiales des mots hébreux : Sagesse, Force, Beauté, les trois grandes colonnes ou supports métaphoriques de la Franc-Maçonnerie. Elles présentent la raison presque unique qui ait pu faire accepter aux Maçons l’emploi de la lettre G suspendue ostensiblement à l’orient, dans la Loge, au lieu du Delta. Et la coïncidence semble être plus qu’un accident fortuit… »

C’est en effet curieux. D’autant que si nous nous reportons au fameux passage d’Ezéchiel relatif au « roi de Tyr », nous retrouvons ces trois qualités :

« Fils de l’Homme, donnez le signal du deuil sur le roi de Tyr. Vous lui direz : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Vous étiez le sommet de la Perfection, plein de Sagesse, parfait en Beauté, etc… Chérubin protecteur, aux ailes déployées… » (Ezéchiel, XXVIII, 12 et suivant)

Or, le sommet de la perfection divine, c’est la toute-puissance.

Nous retrouvons là les trois qualités du dieu maçonnique : puissance, sagesse, beauté.

  

Monolithe noir

 

Le dieu maçonnique est en outre un dieu essentiellement créateur et générateur au sens matériel et sexuel du mot. Qu’on en juge :

« Le monolithe, ou colonne ronde qui se dresse seule, était pour les anciens une représentation du phallus, symbole de la force créatrice et génératrice, et c’est en ce pilier phallique qu’il nous faudra retrouver la véritable origine du culte des colonnes, qui n’était qu’une des formes du culte phallique, le principal des cultes auxquels se livraient les peuples païens. » (Dr Mackey : Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie et des Sciences qui s’y rattachent)

Or, le gnosticisme extrémiste reprochait justement aux Juifs et aux Chrétiens ordinaires de suivre à la lettre l’axiome du dieu de la Genèse : « Croissez et multipliez… » (Genèse : 1, 28)

A ce passage, ils opposaient les nombreux versets du Nouveau Testament où l’on voit le Christ faire l’éloge de la continence et de la chasteté :

« Vous êtes dans l’erreur… Car à la Résurrection, les hommes ne prendront point de femmes ni les femmes d’époux, mais ils seront comme les Anges de Dieu, dans le Ciel… » (Matthieu : Evangile XXII, 30).

« Ses disciples lui dirent : Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier. Il leur répondit : Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère, il y en a qui le sont devenus par les hommes, et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, en vue du Royaume de Dieu… » (Matthieu : Evangile, XIX, 10-22).

  

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« Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple… » (Luc : Evangile, XIV, 26)

« Le Seigneur m’a révélé ce que l’Ame doit dire quand elle monte au Ciel et comment elle doit répondre à chacune des Puissances Supérieures : « Je me suis connue moi-même, déclare-t-elle, et je me suis recueillie en tous sens. Je n’ai point engendré de fils à l’Archonte, mais j’ai extirpé ses racines, j’ai réuni les membres dispersés, et je sais qui tu es : une des Vertus Supérieures !... » (Evangile de Philippe, apocryphe).

A rapprocher de la phrase célèbre de l’Evangile des Egyptiens, citée par Clément de Rome en sa seconde Epître à l’Eglise de Corinthe et par Clément d’Alexandrie en ses Stromates :

« Et Marie-Salomée demanda au Seigneur : Maître, quand finira le règne de la Mort ? Et Jésus répondit : Lorsque vous autres femmes ne ferez plus d’enfants… Lorsque vous aurez déposé le vêtement de honte et d’ignominie, lorsque les deux deviendront un, que le mâle et la femelle seront unis, qu’il n’y aura plus ni homme ni femme, alors finira le règne de la Mort… »

  

La vie de Marie-Madeleine de Giotto di Bondone-v02

 

Il est d’ailleurs à noter que la propagande en faveur de la procréation à outrance, soutenue aussi bien par les catholiques, les protestants, que par les marxistes, politique suivie instinctivement par les masses incultes tant musulmanes que brahmanistes, mène peu à peu le monde moderne à des famines sans précédents pour la fin du siècle.

Ces famines seront à la source des ruées et des chocs apocalyptiques dans lesquels se ruineront l’Orient et l’Occident, dans lesquels disparaîtront les civilisations actuelles, et qui seront peut-être cause de la fin de notre monde…

Dans la Maçonnerie française, nous nous bornerons à citer un des meilleurs ouvrages modernes (sinon le meilleur), consacré à « La Symbolique Maçonnique », celui de Jules Boucher. Ce dernier nous dit ceci au sujet du Grand Architecte de l’Univers :

« La notion du Grand Architecte de l’Univers est, en Maçonnerie, à la fois plus ample et plus restreinte que celle du Dieu des diverses religions. Le Grand Architecte de l’Univers peut, dans une certaine mesure, être assimilé au Démiurge platonicien, dont l’intelligence nous échappe déjà. » (Jules Boucher : La Symbolique Maçonnique).

Ce même auteur nous a d’ailleurs précisé sa pensée dans un autre ouvrage :

« Le Magiste doit savoir que la Cause Suprême est inaccessible. Il serait vain de s’adresser à elle. Au contraire, le Démiurge, l’Architecte divin, touche plus directement notre monde… » (Jules Boucher : Manuel de Magie Pratique).

  

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Peu après, le même auteur nous donne une formule de consécration du magicien au dit Démiurge ; et il prend soin de nous préciser que cette consécration est faite « in aeternum », pour l’Eternité !

Comme précédemment il avait écrit les lignes suivantes :

« Nous le répétons, nous ne sommes pas luciférien, c’est-à-dire que nous n’appartenons à aucune secte luciférienne… Les sectes lucifériennes actuelles sont loin de la vérité. Elles aussi ont perdu la Parole… », on peut donc admettre que pour cet auteur, comme autrefois pour les Gnostiques, le Démiurge et l’Ange rebelle ne font qu’un. Ses efforts pour constituer un groupement à caractère magique, dans lequel la consécration des membres au Démiurge, ouvertement annoncée, était assurément le fait le plus inattendu pour notre époque, montre que là encore, et cette fois ouvertement, le fait démiurgique revêtait une actualité encore incontestable…

  

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Avec René Guénon, nous passons à une autre définition du Grand Architecte de l’Univers.

« Le Grand Architecte de l’Univers trace le plan idéal qui est réalisé en acte, c’est-à-dire manifesté dans son développement indéfini (mais non pas infini), par les êtres individuels qui sont contenus en son Etre Universel. Et c’est la collectivité de ces êtres individuels, envisagée dans son ensemble, qui constitue le Démiurge, artisan ou ouvrier de l’Univers.

« Cette conception du Démiurge correspond, dans la Qabbalah, à l’Adam protoplaste (premier formateur), tandis que le Grand Architecte de l’Univers est identique à l’Adam Kadmon (l’Homme Universel). Ceci suffit à marquer la profonde différence qui existe entre le Grand Architecte de la Maçonnerie et les dieux des diverses religions qui ne sont tous que des aspects du Démiurge. » (René Guénon, sous le pseudonyme de Palingénius, in revue « La Gnose », 1911). 

 

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Louis Lachat, en son livre « La Franc-Maçonnerie Opérative », commet une erreur lorsqu’il nous montre la cathédrale de Cologne consacrée au Grand Architecte de l’Univers. En réalité, il cite un écrivain franc-maçon qui se laissa emporter par son zèle…

« On répandit des cendres sur le pavé de l’église, et pour marquer que c’était une maison consacrée à cette doctrine dont Jésus-Christ est le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga, l’archevêque, avec l’extrémité de sa crosse, traça sur la cendre répandue toutes les lettres de l’alphabet, depuis la première jusqu’à la dernière. De l’angle sud-est à l’angle nord-ouest, il écrivit l’alphabet grec, et de l’angle nord-est à l’angle sud-ouest, l’alphabet latin, de sorte que les caractères formèrent une croix dont les lignes se coupaient diagonalement. Ensuite, on aspergea l’autel, puis on invoqua le Créateur tout-puissant, le Grand Architecte de l’Univers, on le supplia d’accorder de la durée et de la solidité à cette maison, d’en éloigner les mauvais génies et d’y faire descendre les anges de la paix… » (Sulpice Boisserée : Description de la Cathédrale de Cologne, Paris, 1823).

  

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Il suffit de prendre en mains le « Rituel de Consécration des Eglises » de la liturgie latine pour voir que, si notre auteur suit dans les grandes lignes le déroulement d’une consécration de ce genre, il prend des libertés avec la terminologie !

C’est ainsi que là où la liturgie parle des Esprits du Mal, il emploie l’expression « mauvais génies ». Nous avons parcouru différentes éditions du Pontifical Romain au chapitre des « Prières et Cérémonies de la Consécration ou Dédicace d’une Eglise », éditions portant sur des périodes éloignées, nous n’avons jamais vu apparaître l’expression « Grand Architecte de l’Univers », mais bien celle, classique, de « Père, Fils et Esprit-Saint ». Sans doute Sulpice Boisserée, en son enthousiasme maçonnique, bien dans la note du dix-neuvième siècle, a-t-il cru préférable d’utiliser un vocable qui lui était familier.

Mais il est absolument certain que jamais un évêque ne se permettrait pareille substitution, théologiquement impensable ! 

 

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Nous en avons ici terminé avec l’énumération des survivances possibles d’un culte rendu au Démiurge, dans les aspects les plus communs et les plus familiers.

Il reste à envisager comment le fait peut se produire, dans un monde moderne, pétri de cartésianisme.

Nous pensons que l’explication la plus simple est celle donnée par la Métapsychie.

L’Homme-Individu est lié psychiquement à une Ame-Collective. Comme le dit si bien Carel dans « l’Homme, cet inconnu », il semble que les limites de l’homme réel se trouvent au-delà de sa surface cutanée, que la netteté des contours anatomiques soit en partie une pure illusion, que chacun de nous soit beaucoup plus vaste et aussi plus diffus que son corps. L’esprit n’est pas entièrement et uniquement circonscrit dans les trois dimensions du continuum physique. Il se trouve donc à la fois dans l’Univers matériel, et « ailleurs »…

  

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Il s’insère dans la Matière par l’intermédiaire de son cerveau et de ses perceptions purement sensorielles, et il se prolonge d’autre part, hors de l’Espace et du Temps, comme une algue se fixe à un rocher, tout en laissant flotter sa chevelure dans l’Océan. Et c’est ainsi que, par cette Ame-Collective qu’est en fait l’Humanité-Totale, ou par une perception individuelle et particulière, chacun de nous entre plus ou moins effectivement en relation avec cette Pensée Vivante, baignant et pénétrant tout l’Univers, que nous évoquions au début de notre étude, et que la Science moderne, nous dit Eddington, si elle la perçoit incontestablement à l’œuvre dans le Cosmos et son hylée, ne peut toutefois encore classer parmi les Démons ou les Dieux…

Et en conclusion, nous ne pouvons mieux faire que citer le grand Plutarque, au sujet des religions et des croyances simplement axées sur la notion du Démiurge :

« Quant à ceux pour qui Apollon et le Soleil ne font qu’un, ils méritent à coup sûr nos égards et notre affection, à cause même de leur noblesse d’esprit. Pourtant, éveillons-les, comme des gens qui viennent de rêver de DIEU dans le plus beau des Songes… Et exerçons-les à monter plus haut, pour avoir de la DIVINITE PURE une vision réelle, et contempler, enfin, son Essence… » (Plutarque : « De l’E de Delphes »).

Car, ainsi que le prévoit l’Ecriture :

« Tout ce qui est corruptible sera finalement détruit, et l’Ouvrier s’en ira avec son ouvrage… » (Ecclésiastique : XIV, 20).

Et ce sera donc logiquement la Fin des Temps et de la Matrice…

 

  

La neuvième porte-v1

 

  

Hellraiser - Inferno - Pinhead1

 

   

 

 

 

 


 

 

 

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:03

 

 

L’illusion trompeuse

La gnose a mis l’accent sur la négativité du monde et sur les ruses employées par ses chefs, les archontes, afin de garder l’homme esclave et le persuader que la dimension où il se trouve est la seule vraie. Déboussolé, sans repères, l’homme perd la conscience de ce qu’il est et il s’égare, persuadé que son dieu est le démiurge. Comme l’affirme le Livre de Thomas l’athlète, retrouvé à Nag Hammadi, les ténèbres lui sont apparues comme si elles étaient la lumière. Englué dans l’illusion, il ne sait plus distinguer le vrai du faux – situation menant à la folie, à la perte de soi. L’Evangile selon Philippe aborde ce thème par le problème des noms. 

 

Le Serpent-Art5

 

Affleurent à l’arrière-plan les spéculations juives autour du nom qui contient l’essence d’un être, d’une chose : « Les noms données aux choses terrestres sont trompeurs, car ils détournent nos pensées de ce qui est vrai vers ce qui est faux » […]. Ils [les gouverneurs du cosmos] voulurent tromper l’homme, car ils virent qu’il était apparenté avec les véritablement bons (c’est-à-dire les êtres célestes). Ils prirent donc les noms des bons et les donnèrent à ceux qui ne le sont pas : par les noms, ils trompent l’homme […], ils voulaient, en effet, supprimer la liberté de l’homme et en faire leur esclave pour toujours » (53, 24-54, 31).

  

Marcion-01

 

Tout comme l’Evangile selon Thomas, l’Evangile selon Philippe contient des dits du Christ. Certains d’entre eux, environ une dizaine, ne trouvent aucune comparaison avec ceux conservés par les évangiles canoniques.

Le Sauveur

Un sauveur est dépêché d’en haut pour ramener l’âme auprès de Dieu.

Ce sauveur est l’esprit, double de l’âme, qui, lui, ne s’est pas compromis sur terre. Son rôle est de faire accéder l’âme à la connaissance. 

 

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Dans le Traité de l’interprétation sur l’âme, la connaissance débouche sur une unité retrouvée, rendue par des métaphores nuptiales : âme et esprit se réunissent comme l’époux et l’épouse ; quittant sa vie de prostitution, l’âme réintègre la chambre nuptiale, image du plérôme. 

 

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Dans l’Hymne de la perle, en revanche, le tableau est plus complexe car l’on assiste à un dédoublement des personnages. Le prince est à la fois l’âme qui sombre dans le monde et l’esprit envoyé d’en haut pour libérer la perle. Tombant à son tour sous la coupe des archontes, le prince nécessite, lui aussi, un sauveur. Ce dernier est son alter ego lumineux, qui était resté en sécurité près du Père. Allant à la rencontre du prince sous l’apparence d’un habit de lumière, il s’emploi à le sauver. Cet habit de lumière est le « moi » : et les deux alors deviennent un. Le prince se connaît soi-même et, délivré, il pourra sauver l’âme, la perle.

   

 

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Se dessine ici, sous une forme mythique, le thème gnostique du « Sauveur sauvé ». Ce thème se retrouve également dans des textes gnostiques imprégnés de motifs chrétiens où il s’applique au personnage de Jésus-Christ.  

 

 

 

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Le Sauveur descend sur terre pour le salut des hommes et, à son tour, il assume, pour un temps, leur destinée, non dans le but de donner un sens au monde et à la souffrance ici-bas, comme dans la christologie de la Grande Eglise, mais pour délivrer les parcelles lumineuses qui s’y sont dévoyées. Le sauveur gnostique, en effet, reste foncièrement étranger au monde. Le corps qu’il revêt dans sa descente n’est qu’un masque provisoire pour passer inaperçu aux yeux des puissances cosmiques et leur soutirer les âmes. Le sauveur répond à la tromperie des archontes par la tromperie. Sa passion et sa crucifixion ont eu lieu pour duper les puissances : n’ayant souffert qu’en apparence, Jésus se moque de la crédulité des archontes qui, en voyant sa dépouille crucifiée, pensaient l’avoir tué.

 

De même, la remontée de l’âme en un long voyage périlleux, se fait à l’image de la ruse, seul moyen pour éviter les embûches dont sont parsemées les sphères.

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 19:31

 

En effet, comme le Démon est aussi l’Ange accusateur, qui met en évidence, à l’instant du jugement, ce qui peut être reproché à l’âme du défunt, toutes ses sanies morales, de même le Coq fouille la pourriture du fumier et met en évidence les vers qui sont nés de ce fumier même.

Comme le Démiurge mesure ce Temps et cet Espace dont il est l’auteur en tant que seigneur de la Matière, de même le Coq rythme et mesure par son cri la roue perpétuelle des jours de la Vie, l’enchaînement des heures. Et comme l’Ange Rebelle, il est un annonciateur de la lumière, luci-fere, sans être la lumière elle-même.

Dans le Talmud, le Coq est désigné en effet comme le compagnon de Samaël, l’Ange du Mal et de la Mort (« Satan, le jetzer hara en hébreu l’impulsion mauvaise, et l’Ange de la Mort ne font qu’un… » - Talmud : B. b. 16a). Et selon le légendaire et l’iconographie démoniaque, les Esprits du Mal ont fréquemment des pieds de coq dans leurs apparitions. En Kabale, Astaroth, le « dieu » de la troisième « quliphah », Abron, a une crête de coq. C’est pourquoi la croyance chrétienne superstitieuse prête au Diable en général une crête de coq, nous dit Charbonneau-Lassay en son « Bestiaire du Christ ».  

 

Hellraiser : Pinhead, Prince des Enfers et des Cénobites métaphore de Samaël (Satan) Prince des Ténèbres, du Mal et de la Mort

   

 

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Chez les Romains, le coq était mis en relation avec le Monde Infernal, (Cf. Cicéron : Contre Pison, 27, fin : « Ubi galli cantum audivit avum suum revixisse putat mensam tolli jubet… » paragraphe 10, 24 et « Petrone » 74).

 

Henri-Cornelius Agrippa, en sa fameuse « Philosophie Occulte », livre IV, à la « Table des Signes et Figures des Mauvais Génies », nous dit que la crête de Coq, est significatrice du duché (latin dux : conducteur), soit les fonctions de chef de cohorte ou de légion parmi les démons :

« Nous pourrions connaître les dignités des Mauvais Esprits par ces mêmes Tables des Caractères et Images. Car un Esprit quelconque, à qui est attribué quelque emblème ou instrument, possède par lui-même quelque dignité. Si c’est la couronne, ceci indique la dignité royale, si c’est la crête, le duché, etc… »

Le lamaïsme tibétain donne au Coq, le symbolisme de la luxure, et l’iconographie chrétienne également. Elle y ajoute en plus celui du péché d’orgueil.

Le Coq annonce par son cri le retour prochain du Soleil, comme la venue de l’Antéchrist annoncera celui du Christ Glorieux. C’est le Coq qui est le guetteur des sabbats de sorcellerie, prévenant les officiants des rites noirs, de la venue de cette lumière physique qui dissoudrait par ses rayons l’essence psychique et occulte des sortilèges.

Et dans l’épisode du reniement de Pierre, il est bien là l’incarnation de l’Accusateur par excellence, ce Coq solitaire qui, du sein du Temple, mystérieusement, fait éclater son cri vainqueur dès que Pierre, pour la troisième fois, a renié son Maître…

  

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Et c’est pourquoi tout le mystère demeure, et du choix de cet oiseau, si chargé de symbolisme maléfique pour l’Israël ancien, et de sa présence dans le Temple du Seigneur, à Jérusalem. A moins qu’on ne l’associe aussi à celui du « potier », de cet Ouvrier-en-Argile que nous avons tenté en ces pages, de mettre en évidence, et qui avait logiquement sa place dans un sanctuaire conçu pour être l’image ésotérique de l’Univers…

On ne saurait exciper rien de sérieux de la présence du Coq en haut des clochers de nos églises d’Europe occidentale. Ceci n’est pas antérieur à l’architecture gothique, c’est-à-dire au Moyen Age. Les églises byzantines, puis romanes, qui sont les plus anciennes églises chrétiennes, n’en eurent jamais. Or, les « bâtisseurs » médiévaux de nos cathédrales avaient conservé certains rites athropoïques de fondations. C’est ainsi qu’ils avaient coutume, au début des fouilles, de sacrifier de nuit un coq au centre de celles-ci. Et le sacrifice d’un coq, généralement noir, d’ailleurs (en Grèce, les victimes sacrifiées à Hadès, étaient noires), figure dans les grimoires de la sorcellerie des campagnes, comme un hommage aux puissances souterraines. C’est d’ailleurs pourquoi, et sans doute par prudence, l’Eglise catholique impose que le Coq d’un clocher soit béni et contienne toujours des reliques.

Les anciens Gnostiques, eux, ne s’y étaient pas trompés, qui représentaient le Démiurge, qu’ils nommaient l’Abraxas (en grec, ce mot a pour valeur numérale 360, nombre des « cieux » créés par le Démiurge) sous la forme d’un Serpent à tête de Coq.

Les évangiles apocryphes gnostiques

D’autres évangiles furent écrits qui, eux, n’étaient pas intéressés à décrire des faits de la vie de Jésus en les rehaussant par l’imaginaire. Abstraits, portés sur la spéculation intellectuelle, ils sont marqués par une doctrine précise et ils comptent parmi les écritures sacrées d’un mouvement religieux dont l’importance fut grande aux premiers siècles de notre ère : la gnose.

Qu’est-ce que la Gnose ?

« Qui sommes-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où avons-nous été jetés ? Où allons-nous ? » (Théodote, maître gnostique du IIe siècle). 

 

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La gnose est centrée sur la recherche et la réalisation d’une connaissance (gnôsis en grec) qui illumine subitement l’homme en lui révélant à la fois qui il est, quelle est sa condition dans le monde et quel lien l’unit à Dieu. Cette connaissance totale offre à celui qui l’obtient un salut immédiat et définitif.

  

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La doctrine de la gnose s’est répandue, animée par divers courants, entre les IIe et IVe siècles, dans l’Empire romain. A cette époque règne une forte tension intellectuelle, où se croisent des idées venant d’Orient comme d’Occident. Le problème de l’homme, de son rapport au monde et à Dieu est au cœur de la réflexion religieuse. Si le judaïsme, le christianisme et le paganisme dominent la scène, d’autres courants de religiosité cherchent par différentes voies – cultes à mystères, magie ou expérience mystique – un contact direct et personnel avec Dieu. C’est dans ce creuset syncrétiste que s’inscrit la pensée de ceux qui partagent les idéaux de la gnose, les gnostiques (en grec, gnostikoi, « ceux qui connaissent »).

Les lieux où elle s’est développée sont les grands centres culturels de l’époque, Alexandrie, en Egypte, Edesse et Antioche, en Syrie, et bien sûr Rome. L’Asie Mineure a été également un foyer de la pensée gnostique. A partir de ces grands centres cosmopolites, la gnose s’est frayé un chemin dans l’Empire tout entier, portée par des penseurs qui firent de la propagande pour leurs idées et fondèrent des écoles de pensée.  

L’univers, une prison planétaire

« Les âmes ont été réduites en esclavage par le premier père (le démiurge) et, ainsi, elles ont été enfermées dans les prisons des corps façonnés jusqu’à l’achèvement de l’éon » (traduction de M. Tardieu, in Ecrit sur les origines du monde, Nag Hammadi, codex II, 5). 

 

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L’un des fondements de la pensée gnostique est que l’univers n’est pas l’œuvre d’un dieu bon, mais qu’il a été créé par un dieu second, malhabile et méchant. En langage gnostique, ce dieu inférieur est appelé le démiurge (du grec demiurgos, « façonneur »). Aidé par ses anges mauvais, les archontes (du grec archon, « chef »), celui-ci a doté l’homme d’un corps qui lui tient lieu de prison, puis l’a placé dans une geôle encore plus effroyable, l’univers, gardée par des implacables surveillants planétaires qui en contrôlent chaque rouage.

  

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Par cette approche mythique, la gnose aborde le problème du mal, ancré dans toute pensée religieuse ou philosophique et tente de lui apporter une réponse. L’introduction d’un dieu second lui permet de situer l’origine du mal en dehors de l’entité divine supérieure. Toutefois, dans la gnose les deux dieux ne sont pas sur le même plan, le démiurge étant inférieur au dieu suprême, et les systèmes gnostiques ne sont pas véritablement dualistes.  

Le démiurge a fait de l’homme son esclave, le rendant en même temps esclave de son corps, des passions qui le déchirent, de la sexualité et aussi du cycle des générations. Mais il l’a fait avant tout esclave de l’ignorance qu’il l’a rendu aveugle, lui empêchant de distinguer le vrai du faux et de prendre conscience de lui-même. Car l’homme, empêtré dans un corps de chair, possède toutefois un esprit ou une étincelle de connaissance, qui lui vient du dieu transcendant : si l’homme est capable de revivifier en lui cette part de lumière et de la dégager de l’oubli, il peut regagner ses origines divines en se libérant de l’emprise du démiurge.

  

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Le démiurge créateur et le Dieu transcendant

« La matière blesse les yeux de l’âme voulant l’aveugler […]. En secret son fiancé lui a apporté la raison (en grec, logos). Il le lui a donné dans la bouche, pour qu’elle en mange comme d’une nourriture et il a appliqué le logos sur ses yeux comme un collyre pour qu’elle puisse voir avec son intellect et qu’elle reconnaisse ceux qui appartiennent à sa race » (Discours véritable, Nag Hammadi, codex VI, 3, 22-30).

  

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Dans beaucoup de systèmes gnostiques, le démiurge créateur est identifié au dieu de la Bible. C’est lui le geôlier qui enserre l’homme dans les liens pesants de la création pour qu’il oublie le Dieu transcendant dont il est issu. Cette interprétation très polémique du Dieu biblique a entraîné de la part des gnostiques le refus des Ecritures bibliques, inspirées selon eux par le démiurge mauvais. Le récit consigné dans le livre de la Genèse est interprété par les gnostiques comme une histoire de tromperie à l’égard de l’homme, et le serpent devient, dans cette relecture, un symbole de la connaissance que le démiurge refuse d’octroyer à l’homme. En revanche, c’est au dieu supérieur, un dieu parfaitement bon et infiniment éloigné – les gnostiques le nomment l’Inconnaissable – que doivent tendre ceux qui ont pris conscience à la fois de leur condition humaine et de leur origine divine. Les gnostiques, en se reconnaissant comme des étrangers au monde et des exilés sur terre, auront comme seul but de retrouver leur patrie céleste : une patrie de joie, de repos et de lumière où l’être humain, rendu à lui-même, s’épanouira totalement, après s’être dégagé du carcan de l’histoire et du temps. Ceux-ci ne font pas partie de l’économie divine, mais sont les manifestations d’un destin implacable, voulu par les puissances mauvaises dans le but de séparer l’homme de Dieu.

La gnose, une doctrine d’élite

« Peu d’hommes sont capables d’un tel savoir : il n’y en a qu’un sur mille, deux sur dix mille. Leurs mystères ne doivent absolument pas être divulgués mais gardés secrets dans le silence » (Extrait de Basilide, selon Irénée de Lyon, Contre les hérésies, I, 24, 6).

« [Parole de Jésus] Je vous choisirai un sur mille et deux sur dix mille et ils se tiendront étant un seul » (Evangile selon Thomas, Nag Hammadi, codex, II, 2, logion 23).

  

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Cette doctrine fondée sur la connaissance a un aspect profondément élitiste : la gnôsis n’est pas pour tous : seuls ceux qui parviennent à retrouver en eux-mêmes une étincelle de lumière, unique signe de leur appartenance d’antan au royaume céleste désormais perdu, peuvent se pénétrer de la connaissance.

La lumière de la connaissance provient d’une révélation. Chez les gnostiques de culture chrétienne, cette révélation se fonde sur des paroles secrètes que le Christ aurait transmises à quelques disciples privilégiés. Marie-Madeleine, Jean, Jacques, Thomas, Philippe et même Judas ont été, selon eux, les dépositaires de paroles de vérité qui furent consignées par les écrivains de la gnose en des écrits de teneur ésotérique. 

 

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Ces écrits doivent rester cachés au plus grand nombre et ne peuvent être approchés que par ceux qui ont entrepris une quête intérieure. Ce sont donc des « apocryphes », au sens premier du terme (« caché », « secret », du verbe grec krupto, « cacher »).

Puisqu’ils se considéraient comme les héritiers et les détenteurs d’une connaissance supérieure communiquée par le Christ lui-même, certains gnostiques se proclamaient les « vrais chrétiens » et considéraient avec mépris les fidèles de l’Eglise officielle qui était en train de se constituer et de se consolider comme une structure unitaire au IIe siècle. Tertullien de Carthage, un polémiste chrétien qui lutta à cette époque contre les gnostiques, s’exprime ainsi : « Ils nous qualifient de « simples », et de simples uniquement, sans nous reconnaître aussi la sagesse ; comme si la sagesse était nécessairement dissociée de la simplicité alors que le Seigneur les rapproche l’une de l’autre : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes » (Matthieu, 10, 16) » (Contre les valentiniens, II, 1). Les valentiniens sont des groupes issus de l’enseignement de Valentin, maître gnostique d’origine égyptienne du IIe siècle).

  

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Cette prétention de supériorité déclencha la réaction de l’Eglise : le christianisme se voulait une religion universelle, transmettant par le Christ le message destiné à tout le monde, sans distinction de race, de culture ou d’appartenance sociale. La religion gnostique n’est, en revanche, que pour une minorité d’élus qui ont retrouvé en eux-mêmes la voie de la connaissance. Cette connaissance est par ailleurs actualisée et l’homme peut l’atteindre déjà dans sa vie. De plus, du moment que cette gnôsis résulte d’une recherche intérieure à la fois intellectuelle et mystique, l’intermédiaire d’une structure et d’une hiérarchie (l’Eglise, par exemple) se révèle inutile aux fins de sa réalisation.  

Une gnose ou des gnoses ?

Le mouvement de pensée que l’on définit habituellement comme gnose ancienne ou gnosticisme se situe historiquement entre les IIe et IVe siècles. Néanmoins, le terme de gnose peut s’appliquer à diverses formes de pensée centrées sur l’idéal de la connaissance : le manichéisme, le mandéisme ou la kabbale, par exemple, sont des formes de gnose.

Une doctrine revêtue de mythes

La religion gnostique a souvent eu recours au mythe pour exprimer une doctrine construite sur l’opposition entre le monde céleste et l’univers terrestre, les deux dimensions où s’inscrit l’aventure existentielle de l’homme. Des récits hauts en couleur, foisonnants de personnages appartenant au monde d’en haut (Dieu et sa cour céleste), d’une part, et au monde d’en bas (le mauvais créateur et ses troupes démoniaques), d’autre part, permettent de mieux véhiculer une pensée aux contours très abstraits et, dans un certain sens, de la visualiser pour favoriser sa compréhension de la part des adeptes. En lisant certains textes, on pourrait même envisager qu’ils fussent destinés à une représentation théâtrale.

  

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Le mythe fondateur de la pensée gnostique est un mythe d’exil, coulée dans une épopée tragique et grandiose dont la principale protagoniste est Sophia (terme grec signifiant « sagesse »). Sophia est la dernière entité du monde céleste, que le Père a articulé en une série d’émanations (les éons) allant par paires, mâle et femelle. Insatisfaite de son statut et en quête de nouvelles dimensions, Sophia abandonne le monde parfait d’en haut, le plérôme (terme grec signifiant « plénitude »), mais elle chute vers le bas, et sa chute entraîne dans une série de tableaux successifs, la création, l’imperfection et la mort. 

 

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Elle donne aussi naissance à un avorton ignorant, privé de père, le démiurge, qui s’attellera à la création. Celle-ci portera la marque de son incapacité. Consciente de son erreur, exilée dans un univers défaillant qu’elle a elle-même contribué à faire exister, Sophia prend conscience de sa déchéance et supplie son Père céleste de la ramener dans sa patrie perdue. Apitoyé par tant de souffrance, le Père lui envoi du ciel un sauveur ; grâce à lui, Sophia entreprend le chemin du retour au bout duquel elle retrouvera sa demeure d’antan. 

 

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Les hommes et les femmes adeptes de la gnose revivent sur leur scène intérieure ce mythe de chute et d’exil que les écrivains gnostiques ont décliné sous des formes littéraires variées. Les acteurs en sont l’âme, perdue, dévoyée, et l’esprit, son double céleste par qui va se réaliser le salut. On décèle, par exemple, cette trame existentielle dans un poème des gnostiques naassènes, où l’on décrit l’âme perdue dans un labyrinthe sans issue, faisant appel, dans son effroi, à un Sauveur qui viendra la délivrer. On dégage ce même canevas mythique dans le Chant de la perle où sont contées les aventures d’un prince, fils des dieux, qui descend dans le pays d’Egypte pour s’approprier une perle tombée dans la gueule d’un dragon. Pris d’ivresse et de torpeur, symboles des liens corporels, le prince passe à travers toutes sortes d’épreuves avant de reconquérir la perle, l’âme, et retourner à son royaume d’origine. Une même structure mythique apparaît dans un conte gnostique qui voit l’âme comme une prostituée dans les bras de ses amants, les passions. Dans la souffrance, elle aspire à sa virginité antérieure et à son véritable époux, l’esprit. Sous un mode davantage philosophique, on dégage le même thème de l’exil dans un traité initiatique intitulé l’Etranger, où le protagoniste du même nom remonte les paliers de l’intellect pour parvenir, au terme de sa quête, à l’Un.  

 

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La réaction des autorités chrétiennes : la gnose comme hérésie

La gnose, qui abordait soit par des fresques mythiques, soit par une approche philosophique des questions de théologie, de cosmologie et d’anthropologie, provoqua la réaction des Pères de l’Eglise : prenant violemment position contre une doctrine qu’ils taxèrent d’hérétique, ils composèrent des œuvres de réfutation de la pensée gnostique en rappelant en même temps la « règle de vérité » qui régit l’Eglise et la validité de la succession apostolique mise en cause par les gnostiques. Le mépris du Dieu créateur de la Bible, le refus des Ecritures bibliques, la haine de l’univers et du corps, ainsi que la prétention de posséder une connaissance allant au-delà de celle transmise par l’Eglise furent parmi les points qui suscitèrent la mise au ban de la gnose. De plus, la gnose représentait un danger réel pour l’implantation de l’Eglise, car son haut niveau intellectuel était en mesure d’emporter l’adhésion d’un public cultivé et soutirait des fidèles aux rangs des chrétiens.

  

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Les renseignements contenus dans les ouvrages des Pères de l’Eglise, qu’on appelle aussi hérésiologues, sont précieux, car, au-delà de la relecture polémique des sources gnostiques, ils nous en fournissent des extraits. Ces sources de deuxième main étaient les seules dont l’on disposait, jusqu’à une période récente, pour entendre la voix des gnostiques. En effet, la plupart de leurs écrits furent détruits par la répression organisée non seulement par l’Eglise, mais aussi, au IVe siècle, par l’Etat romain, qui abandonna progressivement le paganisme pour le christianisme.

Des ouvrages de controverse, des « réfutations », furent écrits par les représentants de l’Eglise officielle qui se trouvèrent confrontés au problème de l’unité de l’Eglise. Irénée, évêque de Lyon, écrivit entre 180 et 185 un monumental ouvrage, Contre les hérésies. Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur. Une réfutation de toutes les hérésies fut écrite par le Pseudo Hippolyte au début du IIIe siècle. Epiphane, évêque de Salamine de Chypre, composa vers 375 le Panarion (terme grec signifiant « boîte à médicaments »), où il proposait les antidotes aux morsures de serpents, entendons les doctrines gnostiques. Tertullien de Carthage (160-220), Clément (vers 150-200) et Origène (vers 185-253) – les deux grands représentants de l’école d’Alexandrie – eurent aussi maille à partir avec les gnostiques.

Le corps est une prison

Les âmes ont été réduites en esclavage, selon le sort qui est le leur, par le premier père et ainsi elles ont été enfermées dans les prisons des corps façonnés jusqu’à l’achèvement de l’éon (Ecrit sans titre, NH II,5 114,20-24). 

 

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Il te faut déchirer de part en part la tunique qui te revêt, le tissu de l’ignorance, le support de la malice, la chaîne de la corruption, la geôle ténébreuse, la mort vivante, le cadavre sensible, le tombeau que tu emportes avec toi. […] tel est l’ennemi que tu as revêtu comme une tunique, qui t’étrangle et t’attire en bas vers lui, de peur que, ayant jeté les yeux en haut et contemplé la beauté de la vérité, tu ne viennes pas à haïr la malice de l’ennemi, ayant compris toutes les embûches qu’il a dressé contre toi (Corpus hermétique VII, 2-3). 

 

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Les gnostiques décrivent le corps comme un cachot étroit où l’âme se cogne et suffoque. Le corps est à l’image du monde, geôle infernale où l’humanité se perd comme dans un labyrinthe.

Nous voici plongés au cœur d’un des soucis fondamentaux de la doctrine gnostique : le problème du Mal. 

 

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Le démiurge et les archontes

Dire que le monde est Mal implique que son créateur l’est tout autant. En effet ce n’est pas un dieu de vérité, infiniment bon, qui aurait pu créer cet univers, infiniment mauvais. 

 

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Pour appuyer ce constat, les gnostiques attribuent la création du monde et de l’homme à un deuxième dieu : le démiurge. Sa puissance n’égale pas celle du dieu de vérité (le gnosticisme n’est pas un système aussi radical que le manichéisme), mais suffit toutefois à couvrir de son aile noire l’histoire de l’humanité.

  

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Dans le mythe gnostique, le démiurge (du grec demiurgos, créateur) est fils de Sophia, le dernier des éons célestes, qui voulut engendrer sans son partenaire. Sophia, tombant hors du plérôme, engendre la matière et donne naissance à un avorton monstrueux, fou d’orgueil, pétri de malice qui lui échappe bientôt des mains. Cette créature possède néanmoins un faible rayon d’intelligence, que sa mère lui a légué.

  

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Les gnostiques identifièrent le démiurge au dieu de l’Ancien Testament : leur récit de la création reprend, en le bouleversant, celui du livre de la Genèse. Selon les systèmes, le démiurge assume des noms différents, qui tous évoquent le dieu des juifs. On l’appellera ici Yaldabaoth, suivant le récit du Livre des secrets de Jean. Ejecté dans la matière, Yaldabaoth s’essaie à la création. Tout d’abord, il façonne les archontes. Ce sont des puissances néfastes qui vont le seconder dans un deuxième acte de création : celle d’Adam, le premier homme.

La création d’Adam

Ayant vu se refléter dans l’eau une image du dieu supérieur, Yaldabaoth et ses sept principaux archontes décident de la reproduire, en façonnant le premier homme. Les archontes en modèlent d’abord l’âme, dans laquelle ils insufflent chacun une substance. Adam reçut ainsi une âme d’os, une âme de nerf, une âme de chair, une âme de moelle, une âme de sang, une âme de peau et une âme de poil.

  

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Toutefois, cet assemblage ne tient pas debout. Adam rampe misérablement, témoignant ainsi de l’inaptitude de ceux qui l’ont créé. Recourant à la ruse, Sophia, apitoyée, amène son fils Yaldabaoth à souffler sur Adam le peu d’esprit de lumière qu’elle lui avait transmis. Le démiurge perd ainsi son pouvoir, tandis qu’Adam l’acquiert et surgit à la vie. Conscient de la nouvelle supériorité d’Adam sur lui et les siens, le démiurge n’aura plus qu’un seul but : tuer l’esprit d’Adam. Il ourdit ainsi un complot dont le premier acte est la création d’un corps. Celui-ci étouffera dans sa lourdeur le premier homme.

  

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Trois cent soixante-cinq anges s’attellent à la création du corps d’Adam, dont chacun façonne un membre. Détaillant chaque membre d’Adam, l’auteur du Livre des secrets de Jean dissèque l’engrenage monstrueux qu’est la machine du corps.

  

Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch-v01

 

Une tétrade d’archontes fournit à Adam les passions : plaisir, désir, douleur, peur. De celles-ci découle tout ce qui est mal. Quatre éléments forment la substance d’Adam : terre, eau, feu, vent. Par leur biais, le premier homme est situé « sous la coupe de la matière, dans l’ombre de la mort, dans l’ignorance de la ténèbre et du désir, dans le tombeau de l’assemblage du corps que les brigands (les archontes) ont imposé à l’homme comme une chaîne d’oubli qui a rendu Adam mortel » (NH II,1 21,4-13). Les archontes placent alors Adam dans le paradis. Ainsi se réalise la première étape du complot des archontes : donner la vie à Adam a signifié lui donner la mort.

La tromperie

A partir de ce moment s’agence une colossale tromperie à laquelle n’échappe aucun aspect de la vie sur terre. Son but est de séduire l’homme et son arme, la sexualité. Conçue comme une souillure, la sexualité va gouverner non seulement l’homme mais le système cosmique tout entier. La matrice de la nature, fécondée par le sperme des démons, constitue le théâtre où se joue l’action dramatique de l’humanité (l’expression est tirée de la Paraphrase de Sem, NH VII, 1). L’apparition de la sexualité consolide les lourdes chaînes d’Adam. Eve, sa compagne, est séduite par le premier archonte, le serpent, qui « enseigna à Adam et Eve à manger de la procréation dépravée du désir » (Livre des secrets de Jean, NH II,1 22,12-15).

  

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Ainsi se déclenche le processus des générations humaines qui, à l’instar d’Adam, soumet l’humanité tout entière et forme la charpente de l’histoire. En effet, jusqu’à maintenant a continué le commerce sexuel causé par le premier archonte, car il a semé une procréation de désir dans celle qui appartient à Adam et par le commerce sexuel il a créé une descendance en forme de corps et il l’a munie de l’esprit de contrefaçon » (NH II,1 24,26-33). 

 

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La notion de l’esprit de contrefaçon (en grec, antimimon pneuma) est typique de la pensée gnostique : il s’agit d’une force maléfique qui, par le biais de l’apparence et le pouvoir de l’illusion, opère une inversion de valeurs et transforme la réalité en mensonge et le mensonge en réalité. Ainsi, l’être humain, perdant tout repère, interprétera son ignorance comme une connaissance et n’essaiera pas de percer l’illusion de l’univers qui l’entoure.

Le feu de la ténèbre, contrefaçon de la lumière, égare les âmes. Le Livre de Thomas, l’Athlète explique que : « ce feu est trompeur car il donne aux hommes une illusion de vérité et les faits prisonniers d’une douceur ténébreuse » (NH II,7 140,21-24). 

 

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Cette illusion débouche sur la folie :

« Vous riez et vous vous réjouissez dans les rires de la folie […] vous ne comprenez pas que vous êtes dans la ténèbre et la mort. Eh bien, c’est du feu que vous êtes enivrés, votre cœur est égaré […] et ils vous sont doux le poison et les coups de votre ennemi. Les ténèbres vous sont apparues comme si elles étaient la lumière » (NH II,7 143,23-31).

Le traité des Enseignements de Silvanos va dans le même sens ; en proie au mirage de l’illusion, l’homme poursuit la ténèbre en la prenant pour la lumière, il boit de l’eau croupissante, convaincu qu’elle est pure. Il n’a pas reconnu la tromperie de l’Ennemi qui s’est présenté comme un ami » (NH VII,4 88,30-35 ; 95, 12-15). 

 

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Le mécanisme par lequel le faux a remplacé le vrai est décrit par l’Evangile selon Philippe : « Les noms donnés aux choses terrestres sont trompeurs, car ils détournent nos pensées de ce qui est vrai vers ce qui est faux » (NH II,3 53,54-26).

Les archontes ont jonglé avec les noms pour bâtir leur empire :

« Ils voulurent tromper l’homme car ils virent qu’il était apparenté avec ceux qui sont réellement bons. Ils prirent donc le nom de ceux qui sont bons et le donnèrent à ceux qui ne le sont pas : par les noms, ils trompent l’homme. […] ils voulaient en effet annuler la liberté de l’homme et en faire leur esclave pour toujours » (NH II,3 54,19-31).

La création du destin et du temps

Les archontes ne se contentent pas d’avoir emprisonné Adam dans un corps. Pour que leur système carcéral soit parfait, ils créent le destin et ils inventent le temps. Ce dernier va scander avec les jours, les mois et les années le rythme de l’esclavage de la race humaine. Chaque division du temps est réglementée par un archonte. Le destin, que les gnostiques appellent heimarménè, est conçu comme la fatalité oppressive qui se fonde sur le mécanisme du temps et de l’espace. Résultat d’un acte adultère commis par les archontes avec leurs compagnes, le destin est le cadre où se déroule l’histoire de l’humanité :

 

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« Il est source de tourment, à lui se sont mêlés jusqu’à ce jour les dieux, les anges et les démons et toutes les générations. Du destin découle toute iniquité, toute violence, tout blasphème et la chaîne de l’oubli et de l’ignorance, ainsi que tout commandement, les péchés graves et une grande peur. Ainsi, la création est devenue aveugle, de façon que les hommes ne puissent pas connaître le Dieu qui est au ciel » (Le Livre des secrets de Jean, NH II,1 28,21-29).

Eloigner l’homme de Dieu est donc la finalité du complot des archontes : enseveli dans l’oubli, il lui faudra parcourir un long chemin pour échapper à l’illusion et recouvrer la réalité.

La conception de l’histoire et du temps

De ce tableau mythique découle un des fondements de la pensée gnostique : le temps, et l’histoire qui s’égrène en lui, n’ont aux yeux du gnostique aucune valeur car ils ne rentrent pas dans l’économie divine. Dieu, en effet, n’a pas créé le monde. Son intervention dans l’histoire aura comme seul but de sortir l’homme de l’impasse où il se trouve, de « briser l’histoire en morceaux et la révéler comme une imposture ». On peut mesurer l’écart qui sépare la pensée gnostique de la pensée chrétienne où l’histoire, voulue par Dieu dans un monde créé par lui, a une valeur rédemptrice, prépare l’avènement du Christ et le salut de l’homme.  

 

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L’âme en captivité

Le lot d’Adam emprisonné dans la matière est également celui de chaque âme. Les auteurs gnostiques ont longuement décrit ses aventures tragiques en ce monde. Pour ce faire, ils ont souvent adopté la formule du conte romanesque. Ce genre littéraire accroche l’attention du lecteur en lui communiquant, sous des formes imagées, un message qui doit être pour le gnostique une règle de vie : mépriser le monde, redécouvrir l’esprit enfoui dans la matière. Un écrit de Nag Hammadi, le Traité de l’interprétation sur l’âme (NH II, 6 : abréviation IntAme) est entièrement consacré au récit des aventures de l’âme. 

 

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L’auteur joue sur le registre sexuel pour décrire les affres de l’âme, qu’il présente sous les traits d’une femme. Il conte la brusque chute de l’âme du royaume divin où, vierge et androgyne, elle se tenait à côté du Père. Elle se retrouve alors incarnée dans un corps, source de tous ses malheurs : « Quand elle tomba dans un corps et vint dans cette vie, alors elle échoua au milieu d’une foule de brigands et d’hommes orgueilleux qui se la passèrent de main en main et la souillèrent » (IntAme, NH II,6 127,25-29). La chute dans la vie équivaut pour l’âme à un long esclavage sexuel qui l’enchaîne à la prison du corps : violée par les brigands (les archontes), elle se livre à la prostitution ; déçue par ses amants, elle se tourne vers d’autres, qui la séduisent de force ou la convainquent avec des présents trompeurs. D’autres encore la contraignent à s’accoupler avec eux et font d’elle leur esclave. De ces unions souillées naissent des enfants : ils sont débiles et portent en eux la marque de l’acte adultère accompli par leur mère. 

 

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Le résultat de l’avilissement de l’âme est l’oubli de ses origines célestes et par conséquent l’ignorance : aveuglée par la matière, l’âme, à l’instar d’Adam, ne connaît plus que les limites étroites de son cachot.

Il y a tout de même un espoir de salut qui se fait jour dans la ténèbre de la prison. Dans l’IntAme, il débute par une prise de conscience : l’âme se rend compte de sa déchéance et se repent. Désespérée, elle invoque, dans une lucidité retrouvée, le Père d’en haut, qui répondra à son appel. L’âme alors se souvient : de sa maison céleste, de son unique époux d’antan et de son père. Le long chemin du retour peut alors commencer.

Une situation analogue est contée dans l’Hymne de la perle. Il s’agit d’un poème allégorique conservé dans les Actes de Thomas en grec et en syriaque. L’âme revêt ici les traits d’un jeune prince qui quitte son palais d’Orient, investi par son père d’une mission périlleuse : se rendre dans le pays d’Occident et ramener une précieuse perle sur laquelle veille un dragon. Sous le voile de l’allégorie, la perle représente l’étincelle lumineuse enfouie dans la ténèbre et gardée en captivité par les archontes. Le voyage du jeune prince se transforme bientôt en cauchemar : les archontes, qui sont appelés ici les Egyptiens – l’Egypte est un symbole négatif par excellence dans les spéculations gnostiques – trompent le jeune homme, en lui offrant de la nourriture et de la boisson qui le font sombrer dans un lourd sommeil.  

 

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L’esclavage de l’âme, qui était symbolisé dans le Traité de l’interprétation sur l’âme par les liens du sexe, est exprimé ici par une autre gamme de tons qui vont du sommeil à l’ivresse, à l’intoxication. Le résultat est le même : l’oubli. Le prince dit :

« J’oubliai que j’étais le fils des Rois et je servis leur roi. J’oubliai la perle au sujet de laquelle mes parents m’avaient envoyé. A cause de la lourdeur de leurs nourritures, je tombai dans un sommeil profond ». (v. 34-35 de la version syriaque).

Un événement toutefois tire le prince de sa détresse. Ce n’est pas, en ce texte, une prise de conscience de l’âme qui s’adresse à Dieu, mais un appel venant d’en haut qui a le pouvoir de réveiller le prince et d’éveiller sa conscience. Dans le langage imagé du poème de la perle, cet appel prend la forme d’une lettre envoyée au prince par ses parents royaux :

« Réveille-toi et lève-toi de ton sommeil. […] souviens-toi que tu es fils de rois, prends conscience de ton esclavage et du maître auquel tu es asservi. Souviens-toi de la perle à cause de laquelle tu t’es rendu en Egypte (v. 43-45).

La lettre s’envole, transformée en aigle, et parvenue auprès du prince, elle devient parole :

« Au son de sa voix je me réveillai et je me levai de mon sommeil » (v. 53).   

La chambre nuptiale

L’un des principaux thèmes de l’Evangile selon Philippe est la réunification de l’âme et de l’esprit dans une « syzygie » (terme grec signifiant « paire ») céleste, mâle et femelle à la fois. Dans ce couple idéal, l’âme s’unit à son « moi » véritable. Le mythe valentinien de Sophia s’unissant à son partenaire d’en haut, le logos (l’Intellect), a sans doute influencé l’Evangile selon Philippe, même si on n’y fait pas une référence explicite. L’imagerie du mariage, avec son cortège d’allégories, est au cœur du traité. Symbole de la plénitude céleste, le mariage en porte les caractéristiques, car il est à la fois connaissance et vérité, en opposition à l’ignorance et au mensonge qui marquent le monde de leur sceau. Le mariage est aussi symbole de liberté, son accès étant réservé aux hommes libres et interdit aux esclaves : « La chambre nuptiale n’est pas pour les animaux ni pour les esclaves ni pour les femmes souillées, mais elle est pour les hommes libres et les vierges » (69, 1-4).  

 

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Le concept d’hommes libres et d’esclaves doit être compris dans l’optique gnostique : esclaves sont ceux qui sont soumis aux lois du démiurge, sous l’emprise de la sexualité et du lien au corps, libres, en revanche, sont ceux qui en ont compris la tromperie et marchent sur le chemin de la gnose. La liberté découle de la vérité : « Si tu connais la vérité, la vérité te rendra libre » (cf. Jean 8, 32 : 84, 8-9). Ce mariage est aussi un symbole de chasteté, car il est spirituel et non charnel, il dépasse en la niant l’union sexuelle tout en empruntant son langage. Plus encore, ce mariage est un mystère (mysterium), car il appartient à une dimension qui n’est pas celle des hommes.

  

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« Si le mariage de la souillure est caché, en revanche, ce mariage pur de toute tache est un mystère authentique. Il n’est pas charnel, mais il est pur. Il n’appartient pas au désir, mais à la volonté. Il n’appartient pas aux ténèbres et à la nuit, mais au jour et à la lumière » (82, 2-10).

L’union entre l’épouse et l’époux dans la chambre nuptiale porte au rétablissement de l’androgynie. Par l’union spirituelle, mâle et femelle deviennent un, et il n’y aura plus ni mâle ni femelle, mais un seul être. Si la métaphore du mariage a permis de concevoir l’idée d’une sexualité spirituelle, celle-ci, à son tour, est annulée dans l’union mystique de l’androgyne.

Une séparation porteuse de mort

Cette union porte remède à la séparation entre l’homme et la femme, advenue quand l’élément femelle tomba dans la matière, selon le mythe de Sophia. La séparation mena à l’avènement de la mort, comme l’explique l’Evangile selon Philippe par l’interprétation d’une image biblique : Adam et Eve, qui étaient unis l’un à l’autre au paradis, étaient dans l’unité et la connaissance mais, une fois séparés en deux êtres différents, ils connurent la mort et l’état d’ignorance : « Lorsque Eve était en Adam, la mort n’existait pas. Quand elle se fut séparée de lui, la mort survint. Si, à nouveau Eve rentre en lui et s’il la prend en lui, la mort n’existera plus » (68, 22-26). Au mythe des origines répond l’histoire de l’humanité : « Si la femme n’était pas séparée de l’homme, elle ne serait pas morte avec l’homme. Sa séparation a été à l’origine de la mort » (70, 9-12).  

 

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C’est le Christ qui efface la séparation  « C’est pourquoi le Christ est venu corriger la séparation qui existait depuis le début, en les réunissant tous deux, homme et femme, et vivifiant dans l’union ceux qui étaient morts dans la séparation » (70, 12-17).

« Le monde est un mangeur de cadavres et tout ce qui est mangé en ce monde meurt aussi. La vérité est une mangeuse de vie et personne nourrie de vérité mourra. Jésus est venu de ce lieu-là et en a apporté de la nourriture. Il a donné la vie à ceux qui le désiraient, pour qu’ils ne meurent pas » (73, 19-27).

Des sacrements réels ou des signes symboliques ?

L’Evangile selon Philippe prête un grand intérêt à des moments rituels qu’on peut appeler sacrements : « Le Seigneur fit toute chose dans un mystère : baptême, onction, eucharistie, rédemption et chambre nuptiale » (67, 27-30). Sur le dernier de la liste se sont interrogés tant les Pères de l’Eglise que les spécialistes de la gnose : le sacrement de la chambre nuptiale avait-il une seule valeur symbolique et spirituelle ou était-il mis en pratique dans les groupes gnostiques ?

« Le mystère du mariage est grand. Sans lui, le monde n’existerait pas. L’existence du monde dépend des gens, tout comme l’existence des gens dépend du mariage. Réfléchis sur la puissance qui réside dans l’union pure, même si son image (charnelle) est souillée » (64, 31-35, 1).

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 17:08

 

Nous avons vu que pour certains docteurs de la Gnose (sinon tous) tels que Valentin, Satornil, Ménandre, des Anges appartenant au Cosmos matériel ont créé une forme humaine, l’ont dotée ainsi et d’une chair et d’une psychée. Puis, par suite d’un insondable décret d’un Dieu qu’ils ne connaissent pas, ou qu’ils ne connaissent plus, la Grâce d’En-Haut a insufflé invisiblement un Esprit à cette créature encore presqu’animale.

On peut d’ailleurs, avec quelque logique, y voir ce que les hommes de science moderne nomment le « déclic », encore mal défini, et qui est à la source de l’évolution de tels grands anthropoïdes disparus vers le futur règne hominal. Evolution qui fut soudaine, inattendue, selon leurs conclusions.

Or, si nous nous reportons aux deux premiers chapitres de la Genèse, nous ferons certaines conclusions curieuses.  

 

 

 

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En son « Oedipus Aegyptiacus », le R. P. Athanase Kircher, S. J. (Rome, 1652-1654, 4 volumes in-folio) aux chapitres traitant de la Cabale des Hébreux, nous dit ceci touchant les « Trente-Deux Voies de la Sagesse » :

« Les Trente-Deux Voies de la Sagesse sont les chemins lumineux par lesquels les saints hommes de Dieu peuvent, par un long usage, une longue expérience des choses divines, et une longue méditation sur elles, parvenir aux Centres Cachées… » (Kircher, Oedipus Aegyptiacus, Cabala Hebracorum § 11).

Ces trente-deux voies mystérieuses ne sont autres que les trente-deux premiers versets de la Genèse dans lesquels on rencontre le nom divin Elohim, c’est-à-dire Dieu en français, et, plus précis encore en hébreu : « Dieu, renfermant toutes les forces, tous les attributs, dieux, juges, anges, avec le sens de divin, excellent » (Cf. « Dictionnaire Rabbinique hébreu-français », de N.-P. Sander – Paris, 1859, Archives Israélites).

Cette précision nous permet donc de délimiter de façon très exacte le texte s’y rapportant, et de fait, il part du verset 1 du premier chapitre pour se terminer avec le verset 3 inclus du second chapitre…

Car, immédiatement avec le verset 4 du même second chapitre, nous voyons apparaître un autre mode d’expression pour définir Dieu : Yaveh Elohim.

Ainsi, nous pouvons nous étonner que d’après un texte primitif exclusivement manuscrit, copié sur des peaux cousues bout à bout, montées sur deux rouleaux de cèdre, ne comportant ni ponctuation, ni même (à l’origine et pendant fort longtemps) aucun de ces points massorétiques permettant de reconnaître les voyelles des consonnes, on ait pu rompre l’enchaînement des versets au 31e verset du chapitre I, et faire alors débuter un second chapitre, alors que la tradition des « Trente-deux Voies de la Sagesse » permettrait, au contraire de rompre le texte trois versets plus loin…

A moins que cela ne soit voulu, et qu’il s’agisse là d’une occultation du texte, à l’intention du vulgaire…

 

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Quoi qu’il en soit, et à partir de la trente-deuxième répétition du nom Elohim, son emploi cesse, et nous voyons aussitôt apparaître une dénomination nouvelle : Yaveh Elohim. Cette dernière sera employée exactement vingt fois, jusqu’à la fin du troisième chapitre.

Revenons donc à la fin du premier chapitre. Le second commence ainsi, dans les traductions de langue française, qu’il s’agisse d’une Bible catholique, protestante ou juive :

« Chapitre II.

« 1 – Ainsi furent terminés les Cieux et la Terre, avec tout ce qu’ils renferment.

« 2 – Elohim mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par Lui ; et Il se reposa le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.

« 3 – Elohim bénit le septième jour, et le proclama saint, parce qu’en ce jour, Il se reposa de l’œuvre entière qu’Il avait produite et organisée.

« 4 – Telles sont les origines du Ciel et de la Terre, lorsqu’ils furent créés, à l’époque où Yaveh-Elohim fit une Terre et un Ciel.

« 5 – Or, aucun produit des champs n’apparaissait encore sur la Terre et aucune herbe des champs ne poussait encore, car Yaveh Elohim n’avait pas encore fait pleuvoir sur la Terre, et d’homme il n’y avait point pour cultiver la Terre… » (Genèse, II, 1-5). 

 

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Et nous nous trouvons devant une contradiction singulière. Car en ce 5e verset du Chapitre II, on nous dit qu’il n’y avait pas encore d’homme pour cultiver la Terre. Mais on oublie que, déjà, au 26e verset du Chapitre I, l’homme était créé :

« Elohim dit : Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, enfin sur toute la terre et sur tous les êtres qui s’y meuvent.

« Elohim créa donc l’homme à son image, à l’image d’Elohim, il créa, mâle et femelle furent créés à la fois. » (Genèse, I, 26-27).

Mais pour le second Chapitre de la Genèse, c’est bien après que l’homme est créé :

« Yaveh Elohim façonna l’homme, poussière détachée du sol, Yaveh Elohim fit pénétrer en ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant, Yaveh Elohim planta un jardin en Eden, vers l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait façonné. » (Genèse : II, 7-8).

Mais cette apparente contradiction s’explique fort simplement si, compte tenu de ce que constituent les « Trente-deux Voies de la Sagesse », nous terminons le Chapitre I de la Genèse après le 3e verset du IIe Chapitre, et si le dit second Chapitre commence en réalité avec le début du troisième verset…

Et dès lors, nous nous trouvons en présence de deux textes, ou plutôt de deux Livres bien différents.

Le premier chapitre, nous donne la clef de la Création Totale par le Dieu Suprême Lui-même.

C’est un tout. Il constitue un Livre, au sens exégétique du mot, au même titre que les Nombres, le Deutéronome, etc… On pourrait le nommer la « Grande Genèse ».

Et le second Chapitre débute en réalité au quatrième verset, soit ainsi :

« Voici les origines du Ciel et de la Terre, lorsqu’ils furent créés, à l’époque où Yaveh Elohim (première apparition de ce terme) fit une terre et un ciel. » (Genèse II, 4).

Cette phrase, que l’on constitue ainsi la « conclusion » du déroulement antécédent des « Trente-deux Voies de la Sagesse » est, en réalité, l’ouverture, la « présentation », de ce qui va suivre, à savoir :

La création d’une terre et d’un ciel par un autre « aspect » de la divinité ; le Démiurge…

C’est à cet instant que se situe la remarque des « philosophumena », citant les disciples de Marcus (et tous les gnostiques d’ailleurs) :

« … le Démiurge voulut imiter la Nature Infinie, Eternelle, étrangère à toute limite et à tout temps. Aussi… créa-t-il des temps, des moments, d’innombrables séries d’années, etc… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, VI, 55).

  

 

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C’est à cet instant que se place la création de l’homme charnel, forme issue de l’argile des origines, limon modelé par des Anges (Elohim, on l’a vu, est une pluralité divine, signifiant dieux, anges, etc…) en vue de leur service, et pour l’organisation (culture) du Monde matériel, démiurge secondaire. D’où la phrase célèbre :

« Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, en la connaissance du Bien et du Mal… » (Genèse, III, 22).

Ce second Chapitre lui, est donc en quelque sorte la « Petite Genèse ».

Sans doute, il est impossible de supposer que le Démiurge n’a pas, en suivant cette impulsion qui l’incitait à créer la forme charnelle de l’homme, suivi inconsciemment des Ordres Supérieurs, émanant du Père Suprême, ordres qu’il ne comprenait pas toujours, ni n’en voyait distinctement l’aboutissement.

Soutenir le contraire serait prétendre que l’incarnation du Christ fut une conséquence d’un essai, d’une expérience, d’une ambition du Démiurge, alors qu’en réalité, elle était inscrite de toute éternité dans la Pensée Divine.

Mais il n’en est pas moins à peu près certain, si l’on accorde au texte sacré quelque autorité, que l’homme charnel a pour auteur le Démiurge, inconscient artisan de la future Incarnation, alors que l’homme spirituel a pour auteur le Dieu Suprême.

Cette théorie était peut-être, plus qu’on ne le croie communément, volontiers soutenue par le grand Origène :

« Nous aussi, même si nous avons eu le Pharaon pour père, même si le Prince de ce Monde nous a engendré dans les œuvres du Mal, quand nous venons aux Eaux, recueillons la Loi Divine… » (Origène : Homélie sur l’Exode, II, 4).

Toutefois, redisons-le encore, le Démiurge ne peut rien faire d’autre que d’œuvrer dans la Matière, il régit la Chair et non l’Esprit, il créé l’Homme d’Argile mais pas l’Ame Vivante :

« Jérémie l’a prédit : « Voici que la Perdrix a lancé son cri, elle a amassé ce qu’elle n’a point engendré, elle s’est constitué des richesses injustes, mais celles-ci l’abandonneront au milieu de ses Jours, la fin de sa vie sera celle d’un Insensé… » (Jérémie : XVII, 11, cité par Origène, in Homélie sur l’Exode, I, 5).

  

 

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« Le Diable comprend que c’est lui qui est figuré par la Perdrix, amassant ce qu’il n’a pas engendré. Il comprend que ceux qu’il a groupés injustement autour de lui, le quitteront au milieu de ses Jours pour suivre Jésus-Christ, leur Seigneur et Créateur, qui, Lui, les a engendrés… » (Origène, op. cit. I, 5).

La Perdrix était en effet, dans l’antique Orient, le symbole des voleurs d’enfants. (Cf. Charbonneau-Lassay : « Le Bestiaire du Christ », LXX, IV : La Perdrix, antithèse de la Caille).  

 

 

 

Peut-être est-ce pour éviter de tomber dans un certain extrémisme gnostique que les docteurs d’Israël scindèrent le texte sacré de la Genèse de cette façon. Rétablir la répartition véritable des versets, c’était évidemment mettre en lumière ce qui constituait certainement un des plus grands arcanes de cette tradition orale que Moïse et les soixante-douze Anciens du Peuple reçurent au Sinaï.

L’interdiction de prononcer les véritables noms divins essentiels et surtout celui de Iahvé Elohim, le fait de lui substituer celui d’Adonaï (Seigneur), ne permettait pas des échanges d’idées ni des remises d’enseignements secrets en cette matière.

Ainsi, les découvertes qui pouvaient être réalisées sur ce sujet étaient-elles toujours personnelles et intransmissibles.

Pourtant, ce que nous disent Arthur Drews dans « Die Christusmythe » et B. Smith dans « Der vor christliche Jesus », avec raison, à côté du judaïsme orthodoxe, il existait en Israël, ou sur ces confins, des sectes qui, par leur gnosticisme, s’apparentaient déjà et par avance, au futur Christianisme. Dans son « Problème de Jésus », C. Guignebert nous dit que « … dans les plus avancés en hérésie, on peut soupçonner le culte du dieu de la Vérité Suprême, opposé au dieu organisateur de la matière, ou Démiurge, assimilé à Yaveh » (Cf. Ch. Guignebert, Le Problème de Jésus, pp. 95 et suivant).

Là, il est un point important qu’il importe de ne jamais oublier, à peine de tomber dans l’erreur marcionite. C’est que Iahvé Elohim est bien un des « Noms Divins » de l’Absolu, du Dieu Suprême, du « Père de toutes les Paternités », comme le nommaient les Gnostiques. Mais que le Démiurge est aussi, ici-bas, l’Ange qui porte le dit Nom :

« Voici que j’envoi un Ange devant toi, pour te protéger en chemin et pour te faire arriver au lieu que je t’ai préparé. Tiens-toi sur tes gardes en sa présence, et écoute sa voix. Ne lui résiste point, parce qu’il ne pardonnera pas vos péchés, car Mon Nom est en lui… Mon Ange marchera devant toi et te conduira chez les Amoréens, les Hétiens, les Phéréziens, les Cananéens, les Héviens, et les Jébusiens, et Je les exterminerai… » (Exode : XXIII, 20-23).

  

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L’Ange qui porte le dit Nom est donc un Ange de Rigueur, c’est le Démiurge, qui sanctionne et récompense, sans y mêler la moindre indulgence ou miséricorde, c’est le promulgateur du talion, il est double !

Si nous doutions encore, il nous suffirait de relire ce qu’écrivait le prophète Habacuc :

« Dieu viendra du côté du Midi, et le Saint de la montagne de Pharan… La Mort paraîtra devant Sa Face, et le Diable marchera devant Lui… » (Habacuc : III, 3, 5).

Ainsi, les soixante-douze Anges du Shemamphorash, (qui n’en constituent en réalité qu’un seul), bien connus des Cabalistes, sont-ils doublés de soixante-douze mauvais Anges, dont les prérogatives sont exactement contraires. Or, les données cabalistiques traditionnelles qui accompagnent le Shemamphorash, ou « Grand NOM de 72 Lettres », contiennent, voilées, les indications permettant de découvrir les noms des Soixante-douze mauvais Anges.

Par exemple, Hariel, quarante-sixième Ange, signifie « Fournaise de Dieu » ou « Lion de Dieu ». C’est le nom de l’autel des holocaustes dans Ezéchiel, XLIII, 15-16. La tradition nous dit qu’il donne les plus grandes révélations, fait connaître les secrets de la Nature, fait voir en songe les choses désirées. Or, les données cabalistiques qui l’accompagnent révèlent le nom de l’Ange opposé : Etoalbaal, lequel cause les tribulations d’esprit, porte l’homme à commettre les plus grandes inconséquences, envoûte les esprits faibles, et dont le nom signifie : « Fournaise de Baal »…

  

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Le Démiurge est un intendant infidèle, mais un intendant malgré tout, c’est aussi à lui que s’applique la parabole du créancier débiteur :

« Le Royaume des Cieux est comparé à un Roi qui voulut faire rendre des comptes à ses serviteurs. Et ayant commencé à le faire, on lui ne présenta un qui lui devait dix mille talents. Mais, comme il n’avait pas le moyen de les lui rendre, son maître commanda qu’on le vendit, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu’il avait, pour satisfaire à cette dette.

« Ce serviteur, se jetant à ses pieds le conjurait, en lui disant : Seigneur, ayez un peu de patience, et je vous rendrai tout. Alors le Maître, touché de compassion le laissa aller et lui remit sa dette.

« Mais ce serviteur étant sorti, trouva un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le prit à la gorge et l’étouffait, en lui disant : Rends-moi ce que tu me dois.

« Son compagnon, se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez un peu de patience et je vous rendrai tout.

« Mais l’autre ne le voulut point et il s’en alla, le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il eut payé tout ce qu’il lui devait.

« Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant cela, en furent extrêmement affligés et vinrent instruire leur maître de tout ce qui s’était passé.

« Alors, son maître l’ayant fait venir lui dit : Mauvais serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez parce que vous m’en aviez prié. Ne fallait-il pas que vous eussiez également pitié de votre compagnon, comme j’avais eu pitié de vous ?

« Et ce maître, tout en colère, le livra entre les mains des bourreaux jusqu’à ce qu’il eut lui-même payé tout ce qu’il devait.

« C’est ainsi que vous traitera Mon Père qui est dans le Ciel si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur… » (Matthieu : Evangile, XVIII, 23-25).

  

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Cette parabole a, outre son aspect moral, une signification supérieure. Le Maître, c’est Dieu, le Mauvais Serviteur, c’est le Démiurge implacable, qui promulgue une Loi sans charité, le talion, et détourne à son profit un culte à Dieu seul. Et le second Serviteur, c’est l’Homme. 

 

 

 

Si l’on se souvient du passage de saint Paul où celui-ci précise la nature du Prince de ce Monde en tant que « Puissance de l’Air » :

« Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon la loi de ce monde, selon le Prince de la Puissance de l’Air, de l’Esprit qui agit maintenant dans les incrédules et les rebelles… » (Saint Paul : Epître aux Ephésiens, II, 2).

Alors certains versets de l’Ancien Testament s’éclairent étrangement… Qu’on en juge :

« Il a choisi sa retraite dans les Ténèbres. Il a sa tente autour de lui, et cette tente, c’est l’eau ténébreuse des nuées de l’air. Les nuées se sont fendues par l’éclat de sa présence, et il en a fait sortir de la grêle et des charbons de feu… » (Psaumes : XVII, 13-15).

  

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Souvenons-nous de cet étrange « ouvrier qui souffle sur les charbons de feu dont il a besoin pour son ouvrage », souvenons-nous du « meurtrier qui ne songe qu’à tout perdre », cité par Isaïe (LIV, 16), et le dieu du Sinaï va nous paraître bien près de ces « autres dieux et autres seigneurs » dont parle saint Paul (Ière Epître aux Corinthiens, VIII, 5, 6).

Il n’a rien de commun avec le Père auquel le Christ fera si souvent, par la suite, une allusion fort claire. Car le dieu du Sinaï est un peu différent du Dieu enseignant aux Hommes l’Amour et le Pardon :

« Le Seigneur est un dieu vengeur et un dieu jaloux. Le Seigneur fait éclater sa vengeance, et il le fait avec fureur. Oui le Seigneur se venge de ses ennemis… » (Nahum : 1, 2).

« Le Seigneur des Armées… lancera ses dards comme la foudre… Le Seigneur des Armées les protégera, ils dévoreront leurs ennemis, ils boiront leur sang, ils en seront enivrés comme du vin, ils en seront remplis comme les coupes du sacrifice, enduits comme les cornes de l’autel… » (Zacharie, IX, 14-15).

Non, l’Elohim de l’Orage, le Héraut du Sinaï, est un personnage un peu différent du Père Suprême, c’est bien l’Ange de Rigueur, mais pas le Dieu de Miséricorde que prêchera Jésus. Il faut le prendre tel qu’il est, avec ses défauts et avec ses grandeurs, se souvenir simplement qu’il est lui aussi une Créature ; et que si DIEU l’a utilisé, s’il lui a donné un rôle, c’est que la Sagesse divine, qui voit au-delà, avait ses raisons.

  

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Sans doute, le Christ a-t-il affirmé que jusqu’à la Fin des Temps, la Loi demeurerait :

« Ne pensez pas que je sois venu pour détruire la loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu détruire mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, le Ciel et la Terre ne passeront point que tout ce qui est dans la Loi ne soit parfaitement accompli, jusqu’à un seul iota et un seul point… » (Matthieu : Evangile, V, 17, 18).

Mais d’autres passages des Epîtres de Paul ou de Pierre, et des Actes des Apôtres, mettent la chose au point et précisent ce qu’il faut entendre par là. En outre, il est parmi les Logia Agrapha des premiers temps du Christianisme, un aphorisme curieux. Le protestant Théodore de Bèze l’ayant découvert dans un vieux manuscrit du couvent Saint-Irénée, à Lyon, l’envoya aussitôt à l’Université de Cambridge, avec cette note prudente du docile « jéoviste » qu’il était : « A dissimuler plutôt qu’à publier. »

Cette curieuse parole du Christ est rapportée par Daniel-Rops, page 428 de son ouvrage « Jésus en son temps ».

Dans le Coedex Bezae que possède maintenant l’Université de Cambridge, il existe une version de l’Evangile selon saint Luc où, au VIe Chapitre, 4e verset, s’intercale un étrange passage :

« En ce jour-là, voyant quelqu’un travailler pendant le sabbat, Jésus lui dit : Homme, si tu sais ce que tu fais, bienheureux es-tu ! Mais si tu ne le sais pas, tu es maudit, transgresseur de la Loi… »

  

Christ Transfiguré

 

En effet, dans le premier cas, l’homme se libère d’une contrainte, inutile, eu égard à l’utilité du but poursuivi. Dans le second cas, il viole une défense légale, sans autre raison que l’intérêt matériel. Dans le premier cas, il est un libéré, dans le second cas, un simple désobéissant.

Cette observation de la Loi par Jésus ne saurait d’ailleurs, en aucun cas, être obligatoirement considérée comme une approbation de tout ce qu’elle a impliqué de meurtres et de violences pendant l’histoire d’Israël.

Ici, le Christ entend simplement dire que la Loi est nécessaire pour l’annonce et la justification de Sa propre Mission. C’est là en effet l’utilité première de l’Ancien Testament qui, par les Récits et par les Visions des Prophètes, nous révèle la Chute, son remède, la venue d’un Sauveur, les moyens de le reconnaître et de l’identifier.

En outre, et c’est là l’aspect plus particulièrement gnostique du problème, cette conservation de la Loi, pourtant dépassée, permet à travers les siècles, aux générations successives, de constater les différences fondamentales entre la Loi de Rigueur de l’Ancien Testament et la Loi d’Amour du Nouveau, cette Loi qui, selon saint Paul, ne nous donnait que la connaissance du Péché (Romains : III, 20, VII, 1, 7) – (Galates : III, 19) et ne produisait que la Colère (Galates : IV, 15) sans doute fruits de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal planté par le Démiurge. Alors que la seconde consiste dans la Charité.

En effet, la Loi du Talion ne faisait que déplacer le Mal en un déséquilibre perpétuel. La Loi du Pardon anéantit le Mal en l’assimilant.

Enfin, la Loi juive, pour imparfaite qu’elle soit, représentait et représente encore, malgré tout, quelque chose d’infiniment supérieur aux cultes idolâtriques des peuples voisins d’Israël. Il est donc normal qu’elle demeure, jusqu’à la Fin des Temps, l’héritage d’un peuple choisi qui, s’il n’est pas encore acquis au Christ, doit s’y rallier vers l’approche du Grand Sabbat.

Sur le Démiurge, les docteurs de la Gnose se sont volontiers étendus. Citons quelques extraits de la « Pistis Sophia », attribuée à Valentin, extraits qui, si imagés qu’ils soient, ne sont pas pour cela dépourvus de toute profondeur :

« Et selon le Commandement de Mon Père, le Premier Mystère, Je (Jésus), descendis dans le Chaos, j’attaquai la Puissance à Face de Lion, qui était la plus grande « lumière de ce lieu. Je lui enlevai sa clarté et je frappai tous les rejetons du Triple Pouvoir. Alors, tous tombèrent sans puissance, dans le Chaos… » (Valentin : Pistis Sophia).

On sait que le Lion est, dans le Tétramorphe d’Ezéchiel, le symbole de la Justice absolue (d’où la Loi du Talion), et, en son mauvais aspect, des épreuves de la Vie. D’où la parole de l’Ecclésiastique appliquée à David :

« Il joue, en sa jeunesse, avec les lions, comme avec des chevreaux. » (Ecclésiastique : XLVII, 3).

Mais c’est encore une image de l’Esprit du Mal, ainsi qu’en témoigne l’épisode du « Livre des Rois », dans lequel on voit David (dont le nom signifie amour en hébreu) lutter contre un lion :

« Lorsque votre serviteur menait paître les troupeaux de son père, il est venu parfois un lion ou un ours, qui emportait un bélier du troupeau. Alors, je courais après eux… je les attaquais… je leur arrachais leur proie… » (Livre des Rois, Ier livre, XVII, 34).

  

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Le Démon est représenté par saint Pierre comme un lion :

« Soyez sobres et veillez, car le Démon, votre Ennemi, tourne autour de vous tel un lion rugissant. » (Pierre, 1ère Epître, V, 8).

D’où la prière de la liturgie latine :

« Libérez-les Seigneur, de la gueule du lion, et qu’elles (les Ames) ne soient pas englouties par le Tartare infernal… » (Bréviaire romain : Liturgie des Funérailles, Offertoire de la Messe).

Revenons à la « Pistis Sophia » :

« Marie, continuant de parler, dit à Jésus : Seigneur, quelle est la forme des ténèbres extérieures ? Et combien renferment-elles de lieux de tourments ?

« Et Jésus répondit : Les Ténèbres Extérieures sont un Grand Dragon dont la queue est en dedans de sa gueule. Il est en dehors du Monde entier, et il entoure le Monde entier… Il enserre un grand nombre de lieux de tourments, qui comprennent douze divisions. Et en chacune d’elles, est un Arkonte… » (« Pistis Sophia », in Dictionnaire des Apocryphes, de Migne).

Le Dragon en question est donc bien le Prince de ce Monde, et comme le dit l’apôtre Jean en sa première Epître, « L’Univers tout entier est sous son empire » (V, 19).

  

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C’est également le Révolté initial :

« Et le Grand Orgueilleux, qui est la troisième des Triples Puissances, et qui réside dans la troisième Région des Eons, celui qui fut indocile en ne produisant pas toute la pureté de la force qui est en lui et en ne montrant pas la Pure Lumière au temps où les Eons donnaient leur pureté, celui-là voulut être le souverain de la troisième Région et celui de ceux qui sont en-dessous… » (Pistis Sophia).

Ce passage semble montrer que, pour les Gnostiques, Lucifer aurait dissimulé l’existence du Dieu qui lui était supérieur aux Hiérarchies qui lui étaient soumises. A rapprocher de la théorie de Denys l’Aréopagite sur l’illumination progressive des Chœurs angéliques, illumination descendant de haut en bas. Enfin, que les Eons et les Anges seraient identiques.

Et ici, on nous révèle le nom du Démiurge :

« Ils la jetèrent (l’Ame) dans le Chaos dont la moitié est de flammes et l’autre moitié de ténèbres, là où se trouve l’Arkonte à face de lion dont je vous ai parlé bien des fois. Et celui-ci est Ialdabaoth… » (Pistis Sophia).

  

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Plus loin, le récit nous dit comment Jésus a pu libérer les Arkontes de ce désir de puissance et de cet orgueil qui les égaraient, en leur faisant oublier le motif de ceux-ci. Ainsi, la miséricorde implique ici, en même temps, une déchéance spirituelle, donc un châtiment non douloureux. Les Arkontes n’en ont pas conscience, mais il demeure éducatif pour les autres Etres :

« Avant que je ne divulguasse Ma Mission à tous les Arkontes des Cycles et à tous les Arkontes de l’Heimarmène et des Sphères, ils étaient tous liés à leurs chaînes, à leurs Sphères, à leurs Sceaux, selon la manière que IAO, Gardien de la Lumière, les lia dès le commencement.

« Et lorsque fut venu le Temps du Nombre de Melkisedec, le Grand Héritier de la Lumière, il vint au milieu des Sphères et il ôta la Pure Lumière à tous les Arkontes, tant des Cycles, des Sphères que de l’Heimarmène, leur retirant ce qui les avait troublés… » (Pistis Sophia).   

Que le Démiurge ait eu son culte partiel au sein du Temple de Jérusalem, c’est ce que nous avons tenté de démontrer au début de cette étude, et l’épisode du Potier, de l’Ouvrier-en-Argile cité par Jérémie comme celui à qui doivent revenir finalement les trente deniers de la trahison de Judas, nous semble le prouver surabondamment.

  

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Toute le reste de ce travail a pu, espérons-le, asseoir cette hypothèse. Mais, s’il demeure quelque doute dans l’esprit du lecteur, nous avons gardé pour la fin cette argumentation complémentaire.

On sait que, dans l’Evangile, le Prince de ce Monde est présenté comme le dispensateur des biens matériels comme des gloires d’ici-bas, toutes ces choses lui ayant été « données en partage ».

Et dans le légendaire universel, le Diable est, en outre, le gardien des trésors enfouis, par seulement de ceux enfouis par les hommes, mais encore des richesses métalliques, des gemmes, qu’il fait générer lentement au long des siècles, par la Nature en travail. D’où la légende du Dragon (le Diable), veillant sur ces richesses encore inconnues.

Voici quelques extraits du « Livre d’Enoch » :

« Le Seigneur a décidé en Sa Justice que tous les habitants de la terre périraient, parce qu’ils connaissent tous les secrets des Anges, qu’ils ont maintenant en mains la puissance des Démons Ennemis, celle de la Magie, et celle de la coulée des Idoles… Ils savent comment l’argent se tire de la poussière de la terre, comment il existe dans les entrailles du sol des lames métalliques, car le plomb et l’étain ne sont pas des fruits de la terre ! Il faut aller les chercher jusque dans ses entrailles… Et l’Ange qui était préposé à leur garde s’est laissé corrompre… » (Le « Livre d’Enoch », LXIV, 6-8, in « Dictionnaire des Apocryphes » de Migne).

« Alors Dieu dit à Noé dans un songe : Quant aux Anges qui ont commis l’Iniquité, ils seront jetés en cette Vallée Ardente que ton aïeul Enoch t’a montrée vers l’occident, et où il y a des montagnes d’or, d’argent, de fer, de métal liquide, (le mercure) et d’étain… » (Le « Livre d’Enoch, LXVI, 4).

  

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On conçoit, à la lueur de ces traditions, comment les peuples primitifs ont pu, toujours, considérer les clans de fondeurs, métallurgistes, comme en relation plus ou moins licite avec le monde d’En-Bas, et les tinrent toujours à l’écart de la société ordinaire. Egalement, pourquoi les peuples anciens eurent très longtemps l’horreur du fer.

Or, dans le monde moderne, ce sont les industries métallurgiques, les ouvriers travaillant ou manipulant le fer, l’acier, qui constituent les masses révolutionnaires et antireligieuses les plus actives. Et ce sont les grands trusts sidérurgiques et métallurgiques qui, par leur égoïsme ou leur matérialisme, les excès qui en découlent, alimentent ce courant révolutionnaire. Nous avons connu jadis également la « fièvre de l’or », qui a considérablement aidé à la désagrégation des sociétés. Actuellement, le pétrole, l’or noir (quel symbole parlant…), prépare les conflagrations de la fin des temps…

En hébreu, vallée se traduit par géhenne.

Ainsi, de ce qui précède, on peut conclure que les richesses de la terre sont sous la garde du Mauvais Ange !

Or, on l’a vu, Zacharie, nous parle d’aller jeter les trente deniers « dans la Maison du Seigneur, à l’Ouvrier-en-Argile… » (Zacharie, XI, 12, 13).

Mais, dans certaines recensions de cette prophétie extraordinaire, le mot iosed, signifiant en hébreu un modeleur, un potier, se trouve remplacé par le mot osad signifiant Trésorier…

Et si nous nous souvenons que Judas était le trésorier de la petite communauté apostolique que Jésus avait groupé autour de lui, on comprend alors comment il put facilement devenir le véhicule, le suppôt, du « Trésorier » qui, dans le plus secret du Temple, y dissimulait sa véritable personnalité occulte… 

 

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Est-on bien certain d’ailleurs, que le corps sacerdotal d’Israël, du moins à ses origines, non seulement ait ignoré certain aspect du dieu du Temple, ou du moins d’un « dieu » qui était figuré dedans, concurrent avec le Dieu vrai ? Nous ne le pensons pas, et voici pourquoi.  

 

 


 

 

 

Dans les quatre évangiles canoniques, nous lisons ceci au sujet du reniement de Pierre :

 

« Cependant, Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui et dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » Mais il le nia devant tous, disant : « Je ne sais ce que tu veux dire… » Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth… » Il le nia de nouveau, et avec serment : « Je ne connais pas cet homme… » Peu après, ceux qui étaient là, s’étant approchés, dirent à Pierre : « Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître… » Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : « Je ne connais pas cet homme !... » Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois… » Et étant sorti, il pleura amèrement… » (Matthieu, Evangile : XXVI, 69-75).

Le fait est également rapporté par Marc (XIV), Luc (XXII), et Jean (XVIII).

Or, longtemps après la destruction de Jérusalem, la ruine du Temple et la dispersion de la nation juive, au cours de l’un des premiers siècles de l’Eglise, il s’éleva une controverse des plus étranges entre des juifs de Rome et quelques chrétiens zélés qui s’efforçaient de les convertir. Et ce qui suit est attesté par une tradition latine, provenant de documents monastiques retrouvés par Villiers de l’Isle-Adam, et rapportée par lui en ses « Nouveaux Contes cruels et propos de l’Au-delà » :

  

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« Un coq chanta ? Dites-vous… s’écrièrent les juifs, avec des sourires ; ils ignoraient donc notre Loi, ceux qui ont écrit cela ! Et vous-mêmes, la connaissez-vous pour répéter une telle chose ?... Sachez donc que l’on n’eut pas trouvé un coq vivant dans tout Jérusalem ! Celui qui eut introduit, dans la Cité de Sion, l’un, vivant, de ces animaux, surtout la veille de ce jour de la Pâque, où l’on immolait, sur les parvis du Temple, des milliers d’holocaustes, eut encouru, comme sacrilège, la lapidation. Car la Loi motivait sa rigueur sur ceci, que le coq, prenant sa vie sur les fumiers, qu’il pique et fouille de son bec, en fait sortir mille impures bestioles, que le vent des hauteurs dissémine, et qui peuvent, en se répandant, et pullulant par les airs, aller altérer les viandes consacrées à Dieu. Or, comme de mémoire d’israélite, aucune mouche même ne vola jamais autour de la chair des victimes expiatoires, comment croire un récit, dicté selon vous par l’Esprit-Saint, et où nous relevons cependant une aussi grossière impossibilité historique ? »

Cette objection, très inattendue, ayant laissé les chrétiens quelque peu interdits, et ces derniers réaffirmant, pour toute réponse, l’infaillible véracité des saints livres, on fit venir, pour les confondre définitivement, en ce point mystérieux et important, un rabbin très âgé, depuis longtemps dans la captivité à Rome, et dont tous vénéraient et la science profonde et l’intégrité.

« Ah ! répondit tristement le vieil exilé, depuis la ruine de la demeure de nos pères, les enfants d’Israël ont-ils donc oublié les rites de la Maison du Seigneur ?... Quoi ! L’ont n’eut pas trouvé, dites vous, de coq vivant dans Jérusalem ?... Vous vous trompez ! Il y en avait un ! Et c’est bien de celui-là que ce Jésus de Nazareth doit avoir voulu parler, puisque le texte que l’on vous oppose dit « avant que LE COQ ne chante… » Et non pas « avant qu’un coq ne chante… »

Oubliez-vous donc le grand Coq solitaire du Temple, le veilleur sacré, nourri des grains que lui jetaient les vierges, et dont le cri s’étendait au-delà du Jourdain ?... Son cri matinal, mêlé au grondant fracas des portes de l’édifice, rouvertes à chaque aurore, retentissait jusque sur la route de Jéricho !... Plus sonore que les sabliers, il annonçait les heures du soir avec la ponctualité des étoiles ! Et la fonction de cet oiseau, crieur exact des instants du ciel, était d’avertir le Préfet du Temple et les lévites armés, (dont ses appels dissipèrent souvent la somnolence), du quadruple moment des rondes de nuit. C’était l’avertissement… »

Cette tradition n’est pas sans rapport avec celle des oies romaines chargées de la garde du Capitole. Mais pourquoi avoir songé à un coq, oiseau  au symbolisme impur pour Israël, sinon parce qu’il signifiait aussi autre chose !

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 19:44

 

On sait combien le Christ a parlé en paraboles, combien celles-ci sont profondes et à double-sens, car, ainsi qu’Il l’a précisé :

« Les perles ne doivent pas être données aux pourceaux. » (Mathieu : VII, 6).

Reprenons donc la parabole du denier de César :

« Mais Jésus connaissant leur duplicité leur dit : Pourquoi me tentez-vous ? Apportez-moi un denier, que je le voie. Ils lui en apportèrent un. Et il leur demanda : De qui est cette image et cette inscription ? Ils lui dirent : De César. Jésus leur répondit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu… » (Marc, Evangile : XII, 13-17).

Or, cette parabole est rapportée de façon bien plus complète dans un texte du milieu du IIe siècle, la Pistis-Sophia, de Valentin :

« Au sujet de cette parole, que tu nous as dite autrefois, lorsqu’on t’apporta ce denier, tu vis qu’il était d’argent et d’airain… Et lorsque tu vis que la pièce était mélangée d’argent et d’airain, tu dis : « Rendez au Roi ce qui appartient au Roi, et à Iahveh… »

Autrement dit, à la mort (le denier, comme l’obole, était déposé sous la langue au moment de l’inhumation), restituez au Roi (Dieu) l’argent (symbole de la Lune, de l’Eglise) et au Démiurge l’airain, symbole des combats et du désordre (l’airain des glaives et des boucliers), c’est-à-dire, respectivement, l’âme et la chair à leurs auteurs.

C’est pourquoi Origène pouvait conclure :

« Et Israël certes, et aussi Juda, sont ensemencés d’une semence, non seulement d’Hommes, mais aussi d’animaux… » (Origène, Commentaires sur l’Evangile de Jean : I, 29).

Et, dès lors, certains par l’enseignement même des Ecritures que l’Archonte d’ici-bas a pu participer, soit malgré lui, par ordre d’En-Haut, ou par pure malice ou par simple orgueil, à l’élaboration de formes matérielles, nous devons suivre le développement de cette vérité, en toutes ses conséquences.

Au sujet des âmes qui appartiennent, les uns au Christ, les autres à l’Adversaire, nous lisons ceci dans l’ « Evangile des Douze Apôtres », un apocryphe copte, qu’Origène n’hésitait pas à considérer comme antérieur à celui de saint Luc, avec l’ « Evangile des Egyptiens » :

« Et le Seigneur Jésus descendit de la montagne avec ses Disciples. Or, voici que Satan se présenta à eux sous la forme d’un pécheur. De nombreux démons le suivaient, portant une multitude de filets, de pièges, d’hameçons, et de crochets, jetant les uns et les autres sur la montagne. 

 

Christ et le Diable

 

« Lorsque les Apôtres les virent jeter leurs filets et leurs hameçons ainsi, s’ils s’étonnèrent beaucoup, disant : « Seigneur, quel est l’homme de cette sorte, qui fait de telles choses dans un désert ?... »

« Et Jésus leur dit : « Pierre, celui-là est celui dont je t’ai dit : « Voici que Satan vous demande, pour vous cribler comme on crible le froment. Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. »

« Et Jean lui dit : « Que trouvent-ils en un tel désert ?... » Et Jésus répondit : « Mon bien-aimé Jean, celui après lequel il cherche, voici qu’il l’a pris. C’est le Pécheur qui prend tous les poissons mauvais… C’est le Chasseur qui capture toutes les bêtes souillées, et quiconque est mauvais… »

« Philippe lui dit : « Qui donc, Seigneur, a été saisi par l’hameçon ou dans le filet de celui-ci ? » Et Jésus lui dit : « Il y a une multitude qui est prise par l’hameçon ou le filet de celui-ci… »

« Et André dit au Seigneur : Seigneur, quel est donc le bénéfice de celui-ci à faire transgresser les hommes ?... »

« Et Jésus répondit : « Est-ce que je ne suis pas venu pour prendre en Mon Royaume ceux qui sont à Moi ?... Celui-ci cherche aussi ceux qui sont à lui pour son tourment. Car j’ai supporté cette grande humiliation : Je suis descendu dans le Monde, afin d’arracher Mes brebis à la Mort, qui est celui-ci… » (Evangile des Douze Apôtres, IVe Fragment). 

 

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Nous observons tout d’abord que, précipité par Dieu hors de cette « lumière » spirituelle que la tradition nomme Eden, en punition d’un péché primitif, l’Homme-Esprit a été soumis à un Geôlier qui est le Prince de ce monde.

Or, alors que tout l’enseignement de la Révélation, que ce soit celle du Sinaï (imparfaite étant donné son médiateur…), ou celle complète du Christ, vise à libérer l’Homme de certains instincts et de dangereuses passions, il apparaît nettement que son corps charnel vise, bien au contraire, à les susciter et à les entretenir, puisqu’il est organisé et constitué pour cela.  

Si donc on admet que ce corps est, entièrement et totalement, réalisé conformément aux normes et aux intentions divines, il apparaît une contradiction fort nette entre les dits instincts issus du corps et la loi morale imposée à l’esprit.

Car l’on oublie par trop facilement que les prétendus organes de reproduction ne sont peut-être pas tout à fait destinés à la perpétuation de l’espèce ! Ils se divisent, ne l’oublions pas, en deux catégories. Il y a les organes du plaisir sexuel, et les organes de la reproduction proprement dite. En effet, une femme excisée, c’est-à-dire à qui on a retiré le clitoris, les petites lèvres (ainsi que cela se pratique fréquemment en Afrique Noire), si elle est ainsi rendue à peu près frigide, demeure féconde, et une femme à qui on a retiré les ovaires, voire l’utérus, demeure soumise au désir sexuel tout en étant stérile. 

 

Adam et Eve de Jérôme Bosch-v01

 

Les organes du plaisir sont donc en même temps ceux du désir. Qui donc alors est leur Auteur ?

Que l’on ne vienne point nous dire que Dieu tente ainsi lui-même l’Homme, par certains détails de l’enveloppe qu’il lui a donnée, pour lui permettre de triompher ou de succomber. Car ce rôle de tentateur est réservé à Satan :

« Alors Satan se leva contre Israël, et il incita David à en faire le dénombrement… » (IIe Livre des Rois, XXIV, 1 ou Chroniques I, XXXI, 1).

Mais si, bien au contraire, nous admettons que le soin de réaliser ce corps charnel, voulu par Dieu comme devant être la prison de l’âme humaine, au même titre que l’Univers devenait celle des Anges déchus et de la Collectivité humaine corrompue, si cette tâche a été confiée au Geôlier que l’Homme s’était imprudemment donné pour Maître, un peu comme à un exécuteur des hautes-œuvres (et c’est aussi un des rôles du Démiurge), alors nous pouvons admettre que le corps et ses instincts ont été réalisés en contradiction avec la règle morale perçue et admise par l’esprit…

En ce sens, on comprend alors des expressions comme « la chaîne des passions », « l’aiguillon de la chair », « la servitude des instincts ». 

 

Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch-v02

 

Ceci semble confirmé par l’influence certaine des Astres (véhicules, corps physiques, ou simplement centres de propagation de l’influence occulte des Archontes) sur le corps matériel de l’Homme, et encore mieux par des « correspondances analogiques » certaines entre le Cosmos et l’Homme charnel.

Et il est non moins certain que ces influences cosmiques ne déclencheront pas des réactions semblables dans les trois catégories d’hommes. Celles-ci sont, en effet, semblables à trois catégories de vases. La première a les siens garnis de terre féconde et de bonnes graines qui lèveront un jour. La seconde a les siens également garnis de terre, mais des graines y seront-elles jamais semées ? Et dans l’affirmative, lèveront-elles ? La dernière n’est composée que de vases vides, d’où, par conséquent, rien ne saurait sortir, même si des graines venaient à y être jetées. C’est ainsi que sont les hommes.

Les uns ont l’esprit, l’âme, la chair. Les autres l’âme et la chair. D’autres, la chair seulement. Cette triple constitution de l’homme est d’ailleurs attestée par saint Paul.

Cette division, établie par les Gnostiques, permet à de Faye de conclure ainsi :

« En dehors de Dieu Lui-même, il y a, si l’on peut s’exprimer ainsi, trois Puissances ou Chefs : le Christ, le Démiurge, le Diable. A ces trois personnages, correspondent trois domaines et trois catégories d’êtres.

« En haut, est le domaine spirituel, qui appartient en propre au Christ. Vient ensuite le domaine intermédiaire, dont le Démiurge a été le monarque et le dieu jusqu’à l’avènement du Christ. Tout en bas, se trouve le domaine matériel, sans un rayon de l’esprit. C’est la Sphère propre au Diable. » (De Faye : Gnostiques et Gnosticisme, III, « Les disciples de Valentin »). 

 

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D’où la conclusion des Evangiles :

« On ne met pas une pièce neuve sur de la vieille étoffe, ni du vin nouveau dans de vieilles outres… » (Luc, Evangile : V, 36).

« Un bon arbre ne saurait donner de mauvais fruits, pas plus qu’un mauvais arbre n’en donnera de bons… » (Luc, Evangile : VI, 43).

Ce qui signifie que les êtres de la dernière catégorie ne sauraient jamais devenir d’eux-mêmes des spirituels ou pneumatiques, et que pour les êtres de la catégorie médiane (psychiques), ce n’est pas absolument certain… Il ne leur reste qu’une chance : l’intervention divine. Mais sur cette chance, nos Gnostiques nous transmettent une tradition qui veut que le « Dieu inconnu » soit intervenu en ce sens… 

 

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D’où cet émouvant appel que les Philosophumena d’Hippolyte de Rome nous rapportent, issu des rituélies naasséniennes :

« Réveille-toi, toi qui sommeille, lève-toi, et le Christ luira à tes yeux… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, V).

En ce même ouvrage, nous trouvons ceci :

« En même temps que Basilide, florissait à Antioches de Syrie un certain Satornil, qui enseignait les mêmes doctrines que Ménandre.

« D’après lui, il existe un Père Unique, inconnu de tous, qui a créé des Anges, des Vertus, des Archanges, des Puissances. Et ce sont des Anges, au nombre de sept, qui ont créé le Monde et tout ce qu’il renferme.

« L’Homme, lui aussi, a été fait par des Anges. Une Image éclatante, venant d’en-haut, de la Puissance Suprême, apparut tout à coup. Les Anges ne purent la retenir, raconte Satornil, parce qu’elle remonta aussitôt au Ciel. Alors, ils s’exhortèrent mutuellement par ces paroles « Faisons l’Homme, à l’Image et à la Ressemblance… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, VII, 28). 

 

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Cette « Image », Valentin en parle :

« Autant l’Image est inférieure à la vivante physionomie, autant l’Univers matériel est au-dessous de l’Eon Vivant, ou Monde Suprasensible… De même, le Démiurge est le reflet du Père, qu’on ne peut nommer… » (Valentin : Péri Philôn).

Ce qui veut dire qu’il existe un « Plan » permanent, où les Idées sont les Modèles et les Moules éternels de tout ce qui est susceptible d’être. C’est en ce Monde Idéal, que les Anges avaient détecté le Modèle de l’Homme et c’est selon lui qu’ils le constituèrent, en évertuant la vie au sein de la Matière (qui était leur domaine), en vue de sa réalisation matérielle.   

« Mais une sorte d’épouvante survint aux Anges, en présence de cet Etre qu’ils venaient de former, lorsqu’il proféra des paroles hors de proportion avec ses origines. Cela lui venait de Celui qui, sans se laisser voir, avait déposé en lui une semence de la Substance d’En-haut, et parlait, avec cette hardiesse, en lui…

« C’est ainsi que, parmi les hommes éphémères, leurs ouvrages sont un objet d’effroi pour ceux qui les ont faits, telles des statues, des images, bref tout ce que font leurs mains, pour représenter la Divinité.

« Car Adam ayant été formé au nom de l’Homme, inspirait la crainte de l’Homme Préexistant, lequel était en lui. Alors, les Anges furent stupéfaits, et inquiets, ils altérèrent leur ouvrage. » (Valentin, Epîtres, cité par Clément d’Alexandrie, in Stromates, VIII, 36). 

 

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Dans la pensée du grand docteur, les Anges devinent intuitivement que l’être nouveau qu’ils viennent de générer ici-bas, sera la souche d’une humanité qui, un jour, en donnant naissance au Rédempteur, sera cause de la ruine de leur empire.

Lorsque les êtres, issus de ce prototype initial qu’ils viennent de créer, se seront débarrassés de leur autorité, lorsqu’ils ne jouiront plus, (à travers eux, qu’ils compénètrent à loisir) de la vie charnelle parce que leur expulsion aura enfin été réalisée, ils ne seront plus alors, ces Anges, que des Entités errantes et sans puissance.  

 

 

 

Cette « possession » utilitaire et égoïste, Valentin nous la décrit :

« Un seul est bon, dont la présence se manifeste par le Fils. C’est par lui seul que le cœur peut devenir pur, tout Esprit mauvais étant alors expulsé du cœur. Car une multitude d’Esprits demeurant en lui l’empêchent d’être pur, et chacun de ces Esprits produit les effets qui lui sont propres.

« Ils maltraitent l’Ame diversement par de mauvais désirs. Et il me semble qu’il arrive à l’Ame, un peu ce qui arrive à une hôtellerie lorsque des gens grossiers y séjournent. Ils percent les murs, y creusent des trous, souvent ils les remplissent d’ordure. Ils n’ont aucun souci du lieu, sous prétexte qu’il appartient à autrui.

« Il en est de même de l’Ame, tant qu’on la néglige… Elle demeure souillée. Elle est l’asile d’une foule de Démons, mais lorsque le Père qui seul est Bon a égard à elle, elle est alors sanctifiée, et elle resplendit de lumière. C’est pourquoi : bienheureux qui a le cœur pur, parce qu’il verra Dieu… » (Valentin : Epîtres).

En cela, le grand docteur est en accord avec l’Ecriture :

« Lorsque l’esprit impur sort de l’homme (par l’effet du baptême) il erre dans les lieux déserts, cherchant le repos, et il ne le trouve pas. Alors, il dit : Je retournerai dans la demeure d’où j’ai été chassé, et si, en arrivant, il la trouve vide et ornée, il s’en va chercher et ramène sept esprits plus méchants que lui, et entrant dans la maison, il y fait de nouveau sa demeure. Et le dernier état de cet homme est alors pire que le premier… » (Mathieu, Evangile : XII, 43-45). 

 

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Car, nous dit Origène :

« Chacun de nous a un adversaire, qui fait corps avec lui, et dont l’ouvrage est de nous conduire à son Prince… » (Origène, Homélie sur l’Evangile de Luc, XXXV).

Cette incorporation du Démon en nous, vient de notre corps charnel, dont la matière est empruntée à l’origine, au domaine purement démiurgique. Et nous abordons ici le domaine le plus délicat, le plus difficile, du problème posé par l’existence du Démiurge.   

 

 

Dans son « Introduction » à l’ « Homélie sur le Cantique des Cantiques » d’Origène, ouvrage publié avec le concours de Mgr Lagier, Directeur de l’œuvre d’Orient, Dom O. Rousseau, O.S.B. nous dit ceci :

« On connaît le double récit de la création de l’Homme, aux premiers chapitres de la Genèse, récit qui deviendrait, chez les Alexandrins, la « double création ». Philon l’avait déjà expliqué dans un sens tout platonicien, à propos de Genèse, II, 7, en son Commentaire allégorique des saintes Lois :

« Il y a deux genres d’hommes : l’homme terrestre et l’homme céleste. L’homme céleste, en tant que né à l’image de Dieu, n’a pas de part à une substance corruptible et en général terrestre. L’homme terrestre est issu d’une matière éparse, qu’il a appelé une motte. Aussi, dit-il que l’homme céleste a été non pas façonné, mais formé à l’image de Dieu, et que l’homme terrestre est un homme façonné, et non pas engendré par l’Artiste. Mais il faut réfléchir que l’homme de la terre, c’est l’intelligence au moment où elle s’introduit dans le corps. « C’est celle qui est née de la terre et amie du corps, et que Dieu a jugée digne d’un souffle divin », et non pas « l’Intelligence née à Sa Ressemblance et à son Image. »

Chez Philon, l’homme céleste dépendant de la première création est un être immatériel et transcendant, correspondant à l’idée platonicienne de l’homme. Origène interprètera l’Ecriture dans un sens très différent et plus direct. Il intériorise les deux hommes, et explique la double création par les données pauliniennes. 

 

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Il dit, en son prologue au « Grand Commentaire du Cantique des Cantiques : « Au Commencement même des discours de Moïse, là où il est question des origines du Monde, vous voyons qu’il est parlé de deux hommes, le premier « qui a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu », le second « tiré du limon de la terre ».

C’est instruit et éclairé en cette connaissance que l’apôtre Paul a écrit qu’il y a deux hommes en chacun de nous, car il est écrit : « Lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » (II, Corinthiens, IV, 16), et de même : « Je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur. » (Romains, VII, 22), et d’autres choses semblables.

D’où je pense qu’il n’y a pas de doute pour personne que Moïse ait écrit de la création de deux hommes dans la Genèse, puisque l’apôtre qui comprenait mieux que nous ce que Moïse a écrit, parle de ces deux hommes. (Origène, en son « Entretien avec Héraclite » nous déclare : « L’Ecriture dit que l’homme est deux hommes. »)

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« Origène s’étend longuement sur cette idée. Sur ces deux hommes, il établira comme deux structures, deux vies, l’une charnelle, l’autre spirituelle, deux intelligences : puké et noùs, deux amours : éros et agapé. » (Dom O. Rousseau : « Origène : Homélie sur le Cantique des Cantiques, Introduction, pp. 18 à 21).

D’ailleurs saint Paul nous déclare formellement que :

« … S’il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. C’est pourquoi il est écrit : « Le premier Adam est devenu une âme vivante, le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant… Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre, le second homme est du ciel. Et tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres. Et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. » (Paul : 1ère Epître aux Corinthiens, XV, 44-48).  

 


 

  

Nous ne savons dans quel livre, probablement disparu, saint Paul a lu qu’il était écrit « Le premier Adam… le dernier Adam… » Bien des ouvrages formant le fond scripturaire d’Israël ont été perdus au cours de sa longue histoire, à commencer par ce « Livre des Guerres du Seigneur » que cite le « Livre des Nombres » (Nombres, XXI, 15) et que nous ignorons. Disciple du savant docteur Gamaliel, il est possible qu’il ait eu connaissance d’ouvrages réservés, lorsqu’il n’était encore que l’étudiant Saül de Tarse.

Quoi qu’il en soit, la Genèse nous parle de ces deux hommes, en ses premiers et seconds chapitres. Et c’est ce que nous allons maintenant aborder. 

 

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Dans un manuscrit dont les bibliothèques de Carcassonne et de Vienne possèdent chacune un exemplaire, plus connu sous le nom de « Cène Secrète » et dont nous avons déjà parlé, mais que les Albigeois et les Cathares attribuaient à l’apôtre Jean comme un fragment, détaché volontairement, de l’Evangile johannite traditionnel, nous trouvons ce curieux passage :

« Satan conçut le dessein de faire un homme qui fut à son service. Il apporta donc du limon, et fit un homme à l’Image de l’Homme Primitif, et aussi à la sienne à lui. Ensuite, il ordonna à un Ange du Second Ciel d’entrer en cette forme de boue. Il en prit une partie et en fit un second réceptacle, en forme de femme. Et il ordonna à un Ange du Premier Ciel d’entrer en ce nouveau réceptacle. Et les deux Anges pleurèrent en voyant sur eux des formes mortelles et dissemblables. Et Satan leur ordonna de consommer l’œuvre de chair en ces formes de boue… »

  

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Nous constaterons d’abord que la présentation du récit est faite un peu comme quelque chose de bien connu, de traditionnel dans l’occulte judaïque, Satan utilise le procédé des kabbalistes d’Europe centrale, au Moyen-âge, pour l’élaboration de leurs golem. Et ce procédé (qu’on pourrait d’ailleurs rattacher au récit de la Genèse tout aussi logiquement…) est également celui de la coulée des teraphim, petits « simulacres » divins :

« Il y avait un homme de la montagne d’Ephraïm nommé Mica. Il dit à sa mère : Les mille et cent sicles d’argent qu’on t’a pris et pour lesquels tu as fait des imprécations même à mes oreilles, voici. Cet argent est entre mes mains, c’est moi qui l’avais pris. Et sa mère dit : Béni soit mon fils par l’Eternel ! Il rendit à sa mère les mille et cent sicles d’argent, et sa mère dit alors : Je consacre de ma main cet argent à l’Eternel, afin d’en faire pour mon fils une image taillée et une image fondue, et c’est ainsi que je Te le rendrai. Il restitua cet argent à sa mère. Sa mère prit deux cents sicles d’argent. Et elle donna l’argent au fondeur, qui en fit une image taillée et une image en fonte. On les plaça dans la demeure de Mica. Ce Mica avait une maison de Dieu. Il fait alors un éphod et des teraphim, et il consacra l’un de ses fils, qui lui servit de prêtre. » (Livre des Juges : XVII, 1-5).

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 18:51

 

Le Démiurge est l’Ordre, parfois basé sur l’injustice, mais l’Ordre tout de même. Le Daïmon est l’anarchie… C’est pourquoi le Démiurge laisse une impression de puissance, mais aussi d’une équité relative à l’égard de qui suit docilement sa morale « relative ». D’où l’aveu du Démiurge à Salomon quant à David, son père :

 

« Hiram, roi de Tyr, envoya ses serviteurs vers Salomon, car il apprit qu’on l’avait oint roi à la place de son père, et il avait toujours aimé David… » (I, Rois, V. 1).

 

Dans le légendaire judéo-arabe, les serviteurs d’Hiram sont en réalité les Génies que Salomon avait à son service. Ce qui renforce l’hypothèse qu’Hiram est l’image du Démiurge.

 

13 – Le Destin, s’il est codifié, soumis à des lois, prévisible par enchaînement des causes et des effets, est justiciable, défendable, équitable, eu égard à l’intention générale du Démiurge et par rapport au plan qu’il a conçu sur le Monde.

 

La Fatalité n’est que la réaction et le fait d’un plan contraire, logique, elle n’est que la réaction instinctive, systématiquement contraire à tout, du Daïmon ou Diabolos. Ce dernier est donc opposé, et ce a priori, à toute volonté étrangère à la sienne, que cela soit celle de Dieu ou celle du Démiurge.

 

C’est dire que le Daïmon tend à détruire les joies que le Démiurge dispense à la créature, comme il tend par ailleurs à apaiser les peines que le dit Démiurge lui réserve, en châtiment de ses désobéissances à sa propre Loi. On peut déduire de ceci que certaines joies terrestres appartiennent en propre au Diabolos, certaines autres au Démiurge. Egalement que certaines épreuves relèvent de l’un, certaines autres du second.


14 – Du point de vue gnostique général, le Daïmon est le prince du plan hylique (physique, matière), le Démiurge est le prince du plan psychique (mental), et le Soter, ou Sauveur, l’est du plan pneumatique (esprit, spirituel), seul domaine permanent, éternel, durable.


On retrouve là l’image bien connue d’Empédocle d’Agrigente, qui considérait le Monde comme un char attelé et conduit. Le cocher du char était le symbole du pneuma, le cheval l’était de la psychée, le char de l’hylée.


15 – C’est moins pour imiter Dieu que parce que les choses inférieures tendent à reproduire les choses supérieures, que le Démiurge s’est, à son tour, rétracté d’une fraction de son essence pour, lui aussi, se dédoubler et avoir ainsi un auxiliaire.


Mais cette rétraction d’une Créature imparfaite a encore aggravé l’imperfection primitive dans la fraction ainsi « émanée » et abandonnée à elle-même. D’où la nocivité absolue du second.


Cette fraction ainsi dédoublée par le Démiurge, livrée à elle-même, a constitué alors le Daïmon.  

 

 

 

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Deux versets de l’Ecriture peuvent souligner cette imperfection de l’œuvre du Démiurge :


« Comme Jésus entrait dans Capernaüm (ce mot signifie « champ de pénitence », c’est donc bien le Monde d’ici-bas…), un centenier l’aborda, le priant et disant : Seigneur, mon serviteur est couché à la maison, atteint de paralysie et souffrant beaucoup… » (Mathieu, Evangile : VIII, 5).


Pour Héracléon, disciple de Valentin, (cité par Origène comme un argument en faveur de l’Apocatastase) l’épisode du centenier et de son serviteur malade s’applique au Démiurge et à son émanation, le Diabolos. La « maladie » c’est le péché pur.


Le second verset, nous l’avons déjà analysé :


« Vous avez pour père le Diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père… Il est menteur, et son père l’est… » (Jean, Evangile : VIII, 44).


On l’a vu, la Loi donnée au Sinaï est imparfaite par rapport à celle que nous apportera plus tard le Christ. C’est dire que Moïse, Josué, etc… ne reçurent jamais un enseignement parfait, mai seulement une adaptation, une ombre, la préfigure, un à-peu-près. D’où l’apostrophe du Christ à ceux qui vinrent avant lui, et qu’il qualifie de voleurs et de brigands (Jean, Evangile, X, 8-9). Ce n’est point Moïse et ses successeurs qu’il traite ainsi, mais ceux qui se manifestèrent à eux bien avant Lui, comme étant de soi-disant dieux, et que Paul signale en son Epître 1er aux Corinthiens (VIII, 5-6), c’est-à-dire le Démiurge et son fils le Diable. C’est pourquoi, les Prophètes qui se manifestèrent au cours de la longue histoire d’Israël, ne furent pas tous ni toujours inspirés par Dieu et Son Esprit de Vérité. Qu’on en juge :


« Et Michée dit : Ecoute donc la Parole de l’Eternel. J’ai l’Eternel assis sur son Trône, et toute l’Armée des Cieux se tenant auprès de Lui, à sa Droite et à Sa Gauche. Et l’Eternel dit : « Qui donc séduira Achab pour qu’il monte à Ramoth en Galaad, et qu’il y périsse ? » Et un Esprit vint se présenter devant l’Eternel et dit :

 

« Moi, je le séduirai… » L’Eternel dit alors : « Comment ?... » - « Je sortirai, répondit-il, et je serai un Esprit de mensonge dans la bouche de tous ses Prophètes… » L’Eternel dit alors : « Tu le séduiras et tu en viendras à bout. Sors donc et fais ainsi… » (I, Rois : XXII, 19-23, ou III Rois, idem).

 

« Car voici ce que dit le Seigneur des Armées, le Dieu d’Israël : Ne vous laissez point séduire par vos prophètes, qui sont au milieu de vous, ni par vos devins, et n’ayez point égard aux songes que vous avez songés. Parce qu’ils prophétisent faussement en Mon Nom, ce n’est point Moi qui les ai envoyés… » (Jérémie : XXIX, 8, 9).  

 

Dans ses « Philosophumena », Hippolyte de Rome nous rapporte cet enseignement du Gnosticisme traditionnel :


« Les disciples de Marcus disent encore que le Démiurge voulut imiter la Nature Infinie, Eternelle, étrangère à toute limite et à tout temps. Mais il ne put reproduire sa stabilité et sa perpétuité parce qu’il était lui-même le fruit d’une imperfection. Aussi, pour se rapprocher de l’éternité de l’Ogdoade, créa-t-il des temps, des moments, d’innombrables séries d’années, s’imaginant imiter ainsi l’Infinité de cette Nature Eternelle.


« Alors, disent les disciples de Marcus, la Vérité l’abandonna et le Mensonge devint son compagnon. C’est pourquoi, lorsque les Temps seront accomplis, son Œuvre prendra fin… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, lib. VI, 55).


Ces Cycles, et les Régents ou Archontes animateurs de ceux-ci, ressemblent curieusement aux innombrables logos, manous, conducteurs, etc… des systèmes stellaires et planétaires que H. P. Blavatsky nous décrit, en sa théosophie de la « Doctrine Secrète », comme constituant la Création.  

 

 

 

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Il est bien évident que celui que la tradition appelle fort justement le « plus vieil Esprit de l’Univers », l’auteur de la révolte initiale, s’obscurcit spirituellement un peu plus à chaque « création » nouvelle, du fait de ses innombrables crimes antérieurs et de ceux qui furent commis à son instigation. A chaque fois, il oublie un peu plus ses origines, et la Source Première de TOUT. C’est ce que le dialogue entre Moïse et le Pharaon d’Egypte reflète en mode mineur dans l’histoire matérielle d’Israël, histoire qui, comme nous l’avons dit, n’est que la préfigure, le « reflet », de celle de l’Humanité tout entière. Il est traditionnel de soutenir que Moïse est un des « types » préfigurant le Christ, comme Pharaon est en réalité le symbole du « Prince de ce Monde », et l’Egypte le Monde Matériel où les Ames humaines sont prisonnières :


« Moïse et Aaron se rendirent ensuite auprès de Pharaon et lui dirent : Ainsi parle l’Eternel, le Dieu d’Israël : Laisse aller mon Peuple pour qu’il célèbre au Désert une fête en Mon honneur. Et Pharaon répondit : Qui donc est l’Eternel, pour que j’obéisse à sa voix en laissant aller Israël ? Je ne connais point l’Eternel… Et pour cela, je ne laisserai pas aller Israël… » (Exode : V, 1-3).


Notes et réflexions :


Le Maître Jésus affirma que d’une certaine façon, en générant la Création, le Sans-Nom avait du même coup fait jaillir de Son sein la Puissance de Séparativité ou de Dissolution mais que ce n’était là qu’une illusion à des fins d’Eveil. Pourquoi ? Parce que l’ensemble des univers n’étaient pas extérieurs à Sa Conscience et à Son corps qui sont en perpétuelle expansion.

 

Mais dans ce cas, Satan fait-il partie de l’Eternel ? Il est tel un vent que l’Eternel a engendré pour notre avancement et auquel il permet de circuler à travers les mondes… Mais il est aussi un vent que toute forme de vie consciente d’elle-même a la possibilité de nourrir ou non. Si cette Puissance que nous nommons Satan a tant de pouvoir, c’est parce nous lui prêtons main forte à chaque fois que, par l’usage de notre liberté, nous œuvrons dans le sens de la dissolution et non du rassemblement.

 

  

 


 

 

 

Doutons-nous qu’il s’agisse là d’un passage qu’il s’agit de traduire en mode supérieur et non pas en s’en tenant à la signification littérale des mots ? Reportons-nous un peu en avant, et nous saurons que la besogne à laquelle Pharaon tient essentiellement est la procréation des corps et l’entretien de l’Univers matériel, son domaine, puisque nous retrouvons, là encore, le symbolisme de l’argile et de la paille, analysé au début de cette étude :


« Alors les Egyptiens réduisirent les enfants d’Israël à une dure servitude. Ils leur rendirent la vie amère par de rudes travaux en argile et en briques, et par tous les ouvrages des champs, et c’était avec cruauté qu’ils leur imposaient toutes ces charges… » (Exode : I, 14).


« Et ce jour même Pharaon donna cet ordre aux inspecteurs du Peuple et aux commissaires : Vous ne donnerez plus de paille au peuple pour faire des briques, qu’ils aillent eux-mêmes ramasser cette paille… » (Exode : V, 6, 7).


D’ailleurs, en décrétant la destruction des enfants mâles, et en ne laissant la vie qu’aux seules filles, Pharaon, alias le « Prince de ce Monde », vise à l’extinction des esprits des hommes, ne désirant conserver en eux que la seule psychée (filles), pour la bonne tenue du rôle qu’il leur réserve ici-bas : son seul service…


Cet esprit, d’origine divine, personnifié par les enfants mâles d’Israël, le Démiurge n’en a nul besoin, au contraire. Car il lui suffit d’avoir le support psychique (l’âme), - auquel il imprime alors sa propre volonté à loisir – et le véhicule de cette âme, le corps de chair, simple matière issue de l’Hylée. Pour remplacer l’esprit, il lui suffit d’évoquer les « principes » noirs, que Dieu, de toute éternité, par sa prescience et sa sagesse, rejette au Non-être :


« Et le Roi des Ténèbres évoqua, pour les créer, et il les propagea ensuite, des myriades d’espèces, à l’infini, des milliers et des milliers d’horribles Créatures sans nombre… Et les ténèbres s’agrandirent et alors se développèrent ces Démons… » (Le Livre des Trésors d’Adam).  

 

 

 

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On le voit par ce qui précède, le Pharaon d’Egypte, préoccupé d’ouvrages en argile et en paille, est bien l’image du Potier…


Quelle peut être la part prise par le Démiurge et ses Archontes dans la création de l’Homme  Charnel, et d’abord, y en-a-t-il une ? Par la Gnose, nous savons que certaines créatures de forme humaine ne sont pas des hommes, qu’elles ne sont que des apparences, ne possédant que la simple combinaison « hylée-psychée », voire même parfois la simple « hylée ». Et cela, l’Evangile nous le confirme :


« Il (Jésus) leur proposa alors une autre parabole et il dit : Le Royaume des Cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans un champ. Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla…


« Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’Homme. Le champ, c’est le Monde. La bonne semence, ce sont les Fils du Royaume, l’ivraie, ce sont les Fils du Malin, l’ennemi qui l’a semée, c’est le Diable, la moisson, c’est la Fin du Monde, les moissonneurs, ce sont les Anges… » (Mathieu : Evangile : XIII, 24, 25 et 37-40).


« Ils lui dirent : Nous ne sommes point des enfants illégitimes, nous avons un seul Père : Dieu. Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même. Mais c’est Lui qui m’a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez comprendre ma parole… Vous avez pour père le Diable, et ce que vous voulez, c’est accomplir les volontés de votre père… » (Jean, Evangile : VIII, 41-44).  

 

 

 

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Notes et réflexions :

 

Le Maître Jésus l’annonce, c’est vous tous, hommes et femmes de ce monde, qui devenez à la fois ses enfants et ses parents en vous nourrissant de lui et en alimentant son action à chaque pas que vous faites vers la désunion. D’une étincelle de rébellion, vous avez fait un grand feu, puis de ce grand feu un immense brasier. Vous êtes l’énergie et le moteur de ce vent par lequel Satan prend forme… jusqu’à vous façonner vous-même !

 

Issu du seul Principe de Liberté, l’Adversaire est maintenant devenu le fruit de vos carences en Amour, constamment entretenu par la sève de vos petitesses. Il est comme un gigantesque réservoir de venin que vous remplissez à chacune de vos bassesses puis dans lequel vous plongez votre coupe à chaque fois que, par vos orgueils, vos colères et aussi vos peurs en esprit et en actes vous vous séparez du Tout.

 

Ainsi, je vous l’affirme, Satan est un peu de vous tant que vous résistez au sentiment d’union totale avec mon Père dans l’Infini… Votre Père !


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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 18:36

 

L’Acte créateur de Dieu est donc éternel en son principe, il ne l’est pas en ses modalités.


Sur ces créations successives, sur les « Univers antérieurs », nous avons déjà donné en un autre chapitre, les références scripturaires qui permettent d’en souligner la réalité.


5 – Dieu est le « Tout » par excellence, la Création (en ses « aspects » successifs) est donc totalement et absolument « en Dieu ». Mais il serait erroné d’affirmer que Dieu soit totalement en elle. On ne saurait donc, en soutenant cette thèse, aboutir au panthéisme. Toutefois, on ne saurait non plus, affirmer que Dieu est totalement absent de cette Créations et de ses « univers » successifs, puisque l’Ecriture nous dit que c’est son Esprit-Saint qui en est le conservateur, et que rien ne saurait subsister sans Lui. D’où ces curieux logia agrapha que nous révèlent les papyri découverts à la fin du siècle dernier à Oxyrhynque, en Egypte, et où nous trouvons cette stupéfiante parole du Christ :


« Soulève la pierre, tu m’y trouveras… Fends le bois… j’y suis. »

 

 

 

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6 – La Création constitue donc en Dieu (le « Tout ») une « région » que la Divinité compénètre incomplètement. Dieu la suscite (selon l’excellente image des cabalistes palestiniens d’avant notre ère) en retirant une partie de Ses Infinies Perfections, d’une partie de Son Infini lui-même. Ipso facto, apparaît alors l’Imperfection !


Les « univers » sont donc nécessairement et toujours imparfaits.


C’est cette fraction de l’Essence divine, dépouillée par Dieu lui-même d’une partie de Ses prérogatives, qui constitue la materia prima de toutes ces Créations.


7 – Elle est certainement liée à un mystère que l’on nomme l’aspect féminin de Dieu, savoir la Ténèbre Divine. Nous y reviendrons. C’est en elle que Dieu laisse se manifester les potentialités latentes destinées à constituer les créatures, potentialités auxquelles il reconnaît et accorde le droit de l’être. C’est l’Aïn Soph des cabalistes. L’Aïn en est l’opposé.


8 – Pour conduire, organiser, cette œuvre créatrice permanente, Dieu a Son Logos. Celui-ci à son tour, a un « Maître-Jacques », le Démiurge. C’est, on l’a vu, l’Ange tombé.


Créature malgré tout privilégiée, en vertu du rôle important qui lui est assigné, il a nécessairement des responsabilités supérieures qui ont justifié cette grande part de liberté, cet important libre-arbitre, qui lui sont laissés dans le Monde. Il a donc tendance, plus que les autres créatures, à s’égarer.


Notons, à ce sujet, que la thèse de Lactance, que nous avons rapportée dans le chapitre consacré au « Problème du Mal », n’a jamais été condamnée par les Pères et les Conciles.


9 – Ainsi donc, la Création est et sera toujours plus ou moins imparfaite. Faire disparaître cette imperfection, équivaudrait alors à détruire la dite Création en son principe, qui est justement sa différence d’avec Dieu.


Une création parfaite ne saurait coexister avec un Créateur parfait car la perfection est une ; deux choses ou deux êtres ne peuvent coexister de façon absolue sans qu’il manque à l’un ce que possède l’autre.


Le Monde, ou plutôt la suite des Créations, ne sont que des miroitements accidentels dans ce gigantesque kaléidoscope qu’est la Pensée Divine. C’est dire que Dieu et le Monde sont bien distincts, et si Dieu constitue en partie l’essence du Monde, l’inverse n’est pas vrai.

 

 

 

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Or, Dieu est éternel, parfait, infini, parce que situé en dehors du Temps et de l’Espace. Le Monde, lui, n’est ni éternel, ni illimité, ni parfait puisque soumis au Temps et à l’Espace.


Nous pouvons donc alors conclure avec certitude que Dieu et le Monde sont distincts.


10 – Mais si Dieu et le Monde sont distincts, ce dernier est cependant soumis à une volonté qui se manifeste en lui et par lui. Cette volonté mystérieuse fait preuve d’intelligence, et tend manifestement vers la réalisation d’une intention. Toutefois, il semble que cette « âme du Monde » soit amorale sinon immorale. Le plan qu’elle peut avoir sur le Monde n’est pas suivi de façon absolument rationnelle. Des espèces apparaissent, pour disparaître ensuite. Des catastrophes viennent périodiquement annihiler le déroulement de ce plan que l’on soupçonne. Bref, l’équilibre que cette volonté tend à faire régner dans le Monde de façon absolument mécanique est très différent de la justice divine, et très éloigné de toute marque de miséricorde et d’amour. Cette volonté imparfaite comme le Monde qu’elle anime et conduit n’est donc pas celle de Dieu mais celle du Démiurge.


11 – Le Monde que nous venons d’examiner d’une vue d’ensemble est vivant, à des degrés divers en ses éléments constitutifs. Mais il est également évident que cette volonté qui l’anime et s’y manifeste de multiples façons, revêt deux aspects contraires, souvent même absolument opposés.


L’un d’eux semble à tendances évolutives, constructrices, harmonieuses, conservatrices. C’est la vie d’ici-bas, l’attraction, la production, l’affirmation.


L’autre paraît être à tendances chaotiques, destructrices, involutives, inharmonieuses. C’est la mort d’ici-bas, la répulsion, la destruction, la négation.


Concluons donc que le Démiurge n’est pas le seul animateur du Monde, mais qu’il en partage la possession et le principe même de l’action ici-bas avec un autre « prince », qui est le Diable ou Daïmon du Monde.

C’est la présence de ces deux forces antithétiques qui semble faire croire au dualisme.


12 – Le Démiurge et le Daïmon sont deux forces complémentaires, parfois opposées. Le second entrave ou défait ce que le premier tente ou réalise.

 

 

 

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Le Démiurge constitue donc en sa volonté propre le Destin (n’oublions pas qu’il est la LOI…) prévisible parce que relativement harmonisé, évalué, codifié par des éléments durables.


Le Daïmon est la fatalité, sous sa définition populaire, c’est-à-dire imprévisible, inattendue, perturbatrice, toujours maléfique.

 

Notes et réflexions :


Selon le Maître Jésus, Satan n’est pas un être donc pas une conscience ni une volonté individualisée mais plutôt une force participant au fonctionnement de notre type d’univers, un peu comme une sorte de vent. Selon lui, Satan était le fils naturel et inévitable du Principe de Liberté, la résultante du mouvement de rébellion qui en dérivait obligatoirement. C’était nous, les hommes, qui en faisions l’ennemi de l’Eternel alors qu’en réalité il n’était rien d’autre que son instrument.

Aux yeux du Maître Jésus, dans notre monde, la Conscience de l’Amour se mesurait et se désirait face à l’expérimentation du manque d’Amour. La Force d’Union ne pouvait donc s’apprécier que dans la tourmente de celle de la Dispersion. La Puissance rassembleuse et aimante de l’Un ne se percevait pas pleinement sans ce Principe de Séparativité qu’est Satan.

 

 

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 17:27

 

« Au-dessus de toutes les Principautés et de toutes les Puissances, de toutes les Vertus (du latin virtus : force) et de toutes les Dominations, et de tous les titres qui peuvent être, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans celui qui est à venir… » (Paul, Epître aux Ephésiens, 1, 21).

On sait que dans la terminologie paulinienne, le mot siècle ne signifie pas cent années, mais bien un cycle, ce que parfois l’Apôtre nomme un eon, c’est-à-dire une période de la Création, peut-être analogue à l’un des sept « jours », ou un nouvel « Univers » après celui-ci.

« Selon le siècle de ce Monde, selon l’Archonte de la Puissance de l’Air, l’Esprit qui agit maintenant dans les Fils de la Rébellion. » (Paul, Epître aux Ephésiens, II, 2).

« Afin que les Dominations et les Puissances qui sont dans les Cieux, connussent par l’Eglise la Sagesse de Dieu, si merveilleuse dans les ordres différents de sa conduite… » (Paul, Epître aux Ephésiens, III, 10).

Ainsi donc, l’Apôtre lui-même nous révèle que ces Puissances du Cosmos, réparties dans les sphères (cieux), jusqu’à la constitution de l’Eglise par le Christ, et à la révélation de Sa doctrine, ces Puissances ignoraient la Sagesse de Dieu, c’est-à-dire aussi bien l’ordre moral que l’ordre physique, le secret de l’action en vue du Mieux, du Bien, du Bon.

Que ces Puissances cosmiques soient mauvaises, nous n’en doutons pas en lisant ceci :

« Car nous n’avons pas à lutter contre des hommes de chair et de sang, mais contre les Principautés, contre les Princes de ce Monde, c’est-à-dire de ce Siècle de Ténèbres, contre les Esprits du Mal répandus dans les airs… » (Paul, Epître aux Ephésiens, VI, 12).

 

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Le texte grec exigerait que l’on traduise : « répandus dans les lieux célestes ». Car, en effet, ces Puissances sont aussi celles des Eléments constitutifs du Cosmos :

« Autrefois, lorsque nous étions tels des enfants, nous étions asservis aux Eléments du Monde… » (Paul, Epître aux Galates, IV, 3).

« Alors, ne connaissant pas Dieu, vous serviez des dieux qui ne sont pas dieux de par leur nature. Mais à présent, comment pouvez-vous retourner à ces faibles et pauvres Eléments, auxquels vous voulez, de nouveau, vous asservir ?... » (Paul, Epître aux Galates, IV, 8, 9).

Nous précisons, devant les traductions variables de ces deux passages, que nous utilisons là celle de saint Jérôme, qui doit, à notre avis, présenter un caractère plus sérieux que les autres.

« Prenez garde que personne ne vous surprenne par une philosophie et des raisonnements vains et trompeurs, selon les traditions des hommes, selon les principes des Eléments du Cosmos, et non selon le Christ… » (Paul, Epître aux Colossiens, II, 8).

Car :

« … vous êtes morts avec le Christ aux Eléments du Monde… » (Paul, Epître aux Colossiens, II, 20).

Que ces Puissances Cosmiques ne soient pas seulement des forces naturelles, des impulsions cosmiques, mais encore qu’elles soient douées de raison, d’intelligence, qu’en un mot, ce soient des Etres pensants, saint Paul nous le précise en soulignant qu’elles se sont arrogé sacrilègement une place réservée à Dieu seul :

« Car s’il y a des êtres qui sont appelés dieux, soit dans les cieux, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, néanmoins, pour nous, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père de qui viennent toutes choses, qui nous a faits pour Lui, comme il n’est qu’un seul Seigneur : Jésus-Christ… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, VIII, 5, 6).

« Pour les infidèles, dont le Dieu de ce Siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne soient point éclairés par la lumière de l’Evangile… » (Paul : IIe Epître aux Corinthiens, IV, 4).

Ici, nous citerons Simone Petrement, qui, fort intuitivement, relève l’aspect superficiel que revêt la lecture des Evangiles chez la plupart des chrétiens :

« Quand nous trouvons chez Saint Jean l’expression « Prince du Monde », ou plus exactement « Archonte du Monde », nous entendons qu’il s’agit du Diable, et l’habitude nous cache la singularité de l’expression ! C’est bien le Diable, en effet, mais non pas tel que nous le concevons, non pas un Esprit qui sortirait accidentellement de l’Enfer pour jouer sur terre quelque mauvais tour aux humains. C’est un diable qui est, avant tout, le Prince du Monde. Il est le symbole, l’action, la loi, de l’Univers. C’est, si l’on veut, le Dieu du Monde… » (Simone Petrement : Le Dualisme chez Platon, VI, 1).

 

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D’où l’apostrophe de l’Apôtre :

« Nous prêchons la sagesse parmi les parfaits, la sagesse, non de ce Siècle, ni des Archontes de ce Siècle, qui vont être anéantis, mais nous prêchons la Sagesse de Dieu dans le Mystère, la Sagesse Cachée, que Dieu a destinée avant les Siècles, pour notre gloire, et que n’a connue aucun des Archontes de ce Siècle. Car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la Gloire… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, II, 6-8).

« Et le Prince de ce Monde étendra sa main sur le Fils de Dieu et le suspendra au bois, et il le tuera, ne sachant pas qui Il est… » (Ascension d’Isaïe, IX, 15).

« Et Abbadon, qui est la Mort, se leva. Il ne trouva pas la momie de Jésus, avec laquelle il parlait dans le Tombeau ! Il dit à sa Puissance, l’Amenti : « Descends vite dans l’Amenti, fortifie ta main, ferme les Portes de l’Amenti, jusqu’à ce que je voie qui est celui-là qui m’a trompé de cette manière sans que je le connaisse. Nous avons parlé avec lui, il s’est caché à nous, et nous ignorons où il va. Peut-être est-ce le Fils de Dieu ? » (Evangile de Barthélémy, II, 3).

Que ce Monde soit, selon les docteurs de la Gnose, soumis à des Anges, nous le verrons par la suite en étudiant leurs traités à cet égard. Mais, déjà pour Paul, c’est un fait avéré :

« Car, ce n’est pas à des Anges, que Dieu a soumis le Monde à venir… » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 5).

« Mais nous voyons que Jésus, qui avait été rendu, pour un peu de temps, inférieur aux Anges… » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 9).

Pour les Gnostiques, le Dieu promulgateur de la Loi du Sinaï, n’était qu’un Archonte, un Ange, et non pas le Dieu Suprême.

 

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Or ceci est souligné par les Ecritures elles-mêmes. Le Dieu Suprême s’est servi d’une puissance intermédiaire, imparfaite, parce que créature elle-même, pour se manifester à Moïse, au sommet du Sinaï :

« Et le Seigneur dit : Je vais venir à vous dans une Nuée, sombre et obscure, afin que le peuple m’entende lorsque je vous parlerai, et qu’il vous croit désormais… » (Exode : XIX, 9).

Pourquoi le Seigneur ne s’est-il pas manifesté par une Nuée claire et lumineuse ? Parce que cette puissance intermédiaire, véhicule du Divin, en raison même de son élévation ontologique, n’eut pas été perçue par les hommes, êtres imparfaits. Au contraire, à Moïse, Dieu se manifeste au sein d’une masse de lumière et de flamme, le Buisson Ardent d’Horeb.

A Moïse, qui demande à Le voir, Dieu répond :

« Vous ne pourriez voir mon Visage sans mourir… Lorsque Ma Gloire passera, je vous mettrai dans l’ouverture de la pierre, et je vous couvrirai de Ma Main jusqu’à ce que je sois passé… J’ôterai ensuite Ma Main, et vous me verrez par derrière, mais vous ne pourrez voir Mon Visage… » (Exode, XXXIIIn, 20-23).

Ainsi donc, au Sinaï, Moïse n’a pu apercevoir que l’envers de Dieu.

Ce Médiateur imparfait, cette Loi qu’il nous révèle, tout ceci est loin de rivaliser avec la manifestation du Christ et Sa Révélation nouvelle.

 

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Si cette assertion choque certains esprits par trop épris de l’orthodoxie classique, signalons-leur ce passage de l’Apôtre, qui ne s’embarrasse point de subtilités dialectiques :

« Or, si le Ministère de la Mort, gravé avec des lettres sur des pierres, a été glorieux au point que les fils d’Israël ne pouvaient fixer les regards sur le visage de Moïse, à cause de la « gloire » de son visage, et bien que cette « gloire » fut passagère, combien le Ministère de l’Esprit ne sera-t-il pas plus glorieux ? Si le Ministère de la Condamnation a été glorieux, le Ministère de la Justice lui est de beaucoup supérieur en gloire. Et sous ce rapport, ce qui a été glorieux, ne l’a point été (en fait), à cause de cette gloire qui lui était supérieure. En effet, si ce qui était passager a été glorieux, ce qui est permanent est bien plus glorieux… » (Paul : IIe Epître aux Corinthiens, III, 7-11).

Par conséquent, au Sinaï, lors de la remise des tables de pierre portant gravé la Loi, c’était simplement le Ministre de la Mort, c’est-à-dire le Démiurge, souverain passager et transitoire, qui était intervenu.

« Lorsque nous étions encore des enfants, nous étions assujettis aux premières et plus élémentaires instructions que Dieu ait données au Monde. Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme et assujetti à la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous cette Loi, et pour nous rendre enfants adoptifs. » (Paul, Epître aux Galates, IV, 3-5). 
 
« La Loi a été promulguée par des Anges, au moyen d’un Médiateur. » (Paul, Epître aux Galates, III, 19). 
« Car, si la parole annoncée par des Anges, a eu son effet, et si toute transgression et toute désobéissance a reçu une juste rétribution, comment pourrions-nous éviter (la même) si nous négligeons l’Evangile, annoncé par le Seigneur lui-même ?... » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 2, 3).  

 

« Vous qui avez reçu la Loi par l’intermédiaire d’Anges, et qui pourtant ne l’avez point gardée… » (Actes des Apôtres, VII, 53).

« Que personne ne vous condamne donc pour le manger ou pour le boire ; ou bien sur le sujet des jours de fêtes, des nouvelles lunes et des jours de sabbat. Car toutes ces choses n’ont été que l’ombre de celles qui devaient arriver… »

« Que nul ne vous ravisse le prix de votre course, en affectant de paraître humble par un culte superstitieux des Anges… » (Paul, Epître aux Collossiens, II, 16-18).

Ainsi donc, la Loi n’est autre chose, en son observation docile, qu’un culte erroné, rendu à des Anges usurpateurs. D’où ce rôle de gardien, juge, rétributeur, agent des rigueurs divines, du Dieu de la Loi :

« Avant que la Foi de Jésus-Christ fut venue, nous étions sous la garde de la Loi, qui nous tenait renfermés, pour nous disposer à cette Foi qui devait nous être révélée un jour… » (Paul, Epître aux Galates, III, 23).

Ici, se place un des plus mystérieux versets de l’Evangile selon saint Jean :

« Et Jésus leur dit donc : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez sans doute… Vous êtes les enfants du Diable, et vous ne désirez accomplir que les désirs de votre père ! Il a été homicide dès le commencement, et il n’est point demeuré dans la Vérité parce que la Vérité n’est point en lui… Lorsqu’il dit des mensonges, il dit ce qu’il trouve en lui-même, car il est menteur, et son père… (sous-entendu ‘aussi ‘) » (Jean, Evangile, VIII, 44).

On traduit volontiers par « car il est menteur et le père du mensonge ».

Ce sens peut se défendre. Mais à la lecture, la première version apparaît comme la plus naturelle, et aussi la plus ancienne.

D’ailleurs, le Rituel de l’Extrême-onction de l’Eglise latine, nous dit ceci ;

« Que l’Ennemi ne puisse plus rien contre lui, et que le Fils d’Iniquité ne puisse lui nuire… » (Rituel des Sacrements, Desclée de Brower, 1938).

Saint Jérôme, en sa version, nous dit en effet ceci :

« IIIe homicida erat ab initio, et in usritate non stetit, quia non est veritas in so : cum loquitur mondacium, ex propiis loquitur : quia mandax est, et pater eius. »

On peut donc supposer que le Diable est une créature psychique, qui a pour auteur le Démiurge, mais encore plus imparfaite que ce dernier, la perfection diminuant au fur et à mesure que l’on s’éloigne davantage de Dieu. Cette hypothèse a sa valeur ; si l’on considère le Dieu du Sinaï comme le Démiurge, on verra que dans l’Ancien Testament, Satan est bien l’agent de la rigueur du second : Nombres, XXII, 22, II, Samuel, XIX, 22 – I Rois, XI, 25 – Psaumes CIX, 6 – I Chroniques, XXI, etc.

 

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L’empire des Cosmocrateurs, des Dominations et des Puissances sur le Monde matériel, s’est symboliquement écroulé lorsque tomba Jérusalem, l’an 70 de notre ère, aux mains des légions de Titus. Mais depuis près de quarante ans, ce qui nous ramène aux environs de la mort du Christ, au Calvaire, d’innombrables prodiges avaient annoncé la ruine du Temple et de la Ville Sainte. 

Dans la préface de son livre sur « Les Guerres de Judée » l’historien juif Flavius Josèphe, nous dit :

« Je n’oublierai pas de raconter comment le Temple fut brûlé et la Ville entièrement détruite, ni surtout de mentionner les intersignes et les prodiges qui précédèrent la catastrophe… »

Nous trouvons effectivement, dans le cinquième chapitre de son sixième Livre, le récit détaillé de sept prodiges distincts, qu’il décrit comme ayant été terribles.

Il parle tout d’abord d’une étrange lumière, à minuit :                                      

« C’est ainsi qu’avant la révolte des juifs, alors que le peuple était assemblé en grande foule pour la fête des pains sans levain, au huitième jour du mois xanthicus (nisan) et à la neuvième heure de la nuit, une si grande lumière resplendit autour de l’autel et du saint édifice, qu’on se fut cru en plein jour pendant une demi-heure. »

De plus, la porte orientale de la cour intérieure du Temple, qui était en airain, très lourde, à peine capable d’être fermée par une vingtaine d’hommes, et qui était maintenue par de très solides verrous, s’ouvrit tout à coup, d’elle-même, vers la sixième heure de la nuit. Ce ne fut qu’avec beaucoup de peine que le capitaine du Temple et ses hommes, parvinrent à la refermer. Josèphe ajoute que le peuple, naïvement optimiste, interpréta cet événement en disant que Dieu ouvrirait la voie de la délivrance, tandis que les saints docteurs, au contraire, en conclurent que c’en était fait de la sécurité du saint Temple, puisque la porte s’en ouvrait toute seule, mystérieusement, devant leurs ennemis.

Flavius Josèphe nous parle encore d’étranges visions de chariots de guerre et d’armées, dans le ciel :

« Quelques jours après la Fête, le 21 du mois artemisius, il se produisit un phénomène incroyable et prodigieux. Avant le coucher du soleil, la foule put contempler des chariots, des troupes de soldats armés, soudain apparus dans les airs. »

Il nous dit encore qu’une voix étrange fut entendue dans le Temple :

« De plus, à cette fête que nous appelons Pentecôte, comme les prêtres allaient de nuit dans la cour intérieure du Temple, selon leur coutume, pour remplir les fonctions saintes, ils ressentirent un tremblement violent et entendirent un grand tumulte, qui fut bientôt suivi des voix d’une grande multitude disant : « Partons d’ici, partons d’ici… »

Les dieux étaient chassés du Monde, le règne de son Prince prenait fin… Ces faits, attestés d’autre part par Tacite, l’historien romain, sont à rapprocher de la fameuse clameur, qui un jour, monta sur la Mer, aux dires des nautonniers latins : « Pan… le grand Pan… est mort… » 

Fait qui est à rapprocher du dernier oracle entendu à Delphes. Dans cet ultime message d’Apollon, l’Ange tombé conserve encore toute sa grandeur :

« Dites au roi : le beau temple orné est en ruines, Phoïbos n’a plus de gîte, le laurier mantique est mort, la source jasante s’est tue… » (Cité par Spiros Alibertis, dans « Bizance et Thessalonnique »).

Le Démiurge cédait la place au Christ, le « potier » quittait le Sanctuaire…

Est-il possible de concilier à la fois les théories gnostiques sur le Monde, le Démiurge, et la Doctrine chrétienne classique ? Nous le croyons, il n’est que de considérer la pensée de saint Paul sur ces questions.

On l’a vu, l’Apôtre accorde aux Anges la promulgation de la Loi remise à Israël, sous-entend que l’imperfection de celle-ci découle de l’imperfection de ceux-là, et évoque le cas de certains d’entre eux qui s’arrogent indûment le droit à un culte, réservé pourtant à Dieu seul.

Or, dans la plupart des cosmogonies gnostiques, nous apprenons que les Anges ont eu connaissance d’une chose mystérieuse, parfois être, parfois cité, appartenant à un « plan » différent du leur, auquel d’ailleurs ils n’ont pas accès en vertu de leur nature inférieure, et que cette connaissance accidentelle les a enthousiasmés. Ils ont alors désiré reproduire eux-mêmes cette chose, pour leur propre usage, et dans l’Univers qui est le leur. Mais leur imperfection et le caractère limité de leurs moyens, ont fait que leur œuvre est très loin d’être identique au Modèle Eternel un instant perçu. L’Homme, créature destinée à couronner cette reproduction, n’est alors resté qu’une créature psychique dénuée de spiritualité, un robot destiné à les servir. Il serait curieux d’imaginer les répercussions, dans l’humanité future, d’une révolte ou d’un dérèglement des robots cybernétiques que la science actuelle envisage de multiplier…

 

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On connaît par ailleurs la banale expérience qui consiste, dans les Observatoires astronomiques, à transformer les radiations lumineuses venues des astres en radiations sonores. Et actuellement, à Nançay, près de Vierzon, le laboratoire de radioastronomie enregistre directement des rayonnements sidéraux d’ondes diverses, on peut dire que l’on écouté chanter les étoiles… Mais quel savant aura l’audace de construire un robot cybernétique muni des possibilités humaines classiques : déplacement, mouvement, manipulation, etc… et de le soumettre uniquement (comme agent moteur) aux seules radiations sidérales ? Quel comportement aurait ce robot ? Et en cas de succès, quel triomphe pour l’Astrologie… 

Cette thèse, qui est celle de la plupart des grands docteurs de la Gnose, nous en verrons tout à l’heure un aspect plus précis avec les citations de ces derniers.

Mais, sans aller aussi loin dans ce domaine de la recherche hypothétique que nos Gnostiques hétérodoxes, nous pouvons admettre, à la lumière de la pensée paulienne, que Dieu fait connaître Sa Pensée Créatrice à des Créatures Privilégiés, les plus proches de Lui par leurs perfections naturelles. Ces créatures manifestent cette Pensée Divine, à leur tour, à d’autres Etres spirituels, d’une essence cependant moins élevée que les premiers… Et ainsi de suite, de chœurs en chœurs, de plans en plans, de sphères en sphères…

Au fur et à mesure de sa descente, la Pensée Divine prend de plus en plus corps, (expression qui parle merveilleusement…) mais les Ouvriers étant de moins en moins parfaits, la comprennent de moins en moins exactement. Elle n’est plus alors, dans les derniers degrés de sa transmission et de sa réalisation, qu’une manifestation imparfaite, amoindrie, de la Pensée Première, car les derniers Etres chargés d’y œuvrer y mêleront inconsciemment, par voie de réactions naturelles, des concepts qui leur sont propres. En outre, leur imperfection morale y mêlera nécessairement certaines notes d’égoïsme. Ils tendront, en leurs efforts, à travailler davantage pour eux que pour l’Idée Pure, qu’ils ne percevront pas d’ailleurs, ne recevant intuitivement que les concepts des plans immédiatement proches.

 

L'Archipel des 7 étoiles

 

C’est là l’histoire connue de telle consigne militaire qui, transmise et retransmise de bouche à oreille, de grades à grades, finit en parvenant aux soldats des derniers rangs, non seulement à ne plus être exprimée dans le langage châtié du début, mais même à ne plus signifier tout à fait la même consigne primitive.

On peut également comprendre le mécanisme de cette perception de plus en plus confuse en appréciant combien les « clichés » véridiques se trouvent mêlés, chez la plupart des grands voyants, à des images inutiles, sans rapport avec le sujet, et parfois même trompeuses.

 


 

 

 

D’où cette plainte lamentable de la liturgie mandéenne :

« Je suis une étincelle de la Grande VIE.

« Qui donc m’a jetée dans la misère des Anges ?... » (Ginzâ : CDLXIII, 27, 28).

Dans le « Dictionnaire de Théologie Catholique », (Tome Ier, colonne 257, Paris 1928), nous lisons ceci :

« Peut-être ne prend-on pas d’ordinaire, assez garde à cette antithèse paulienne où la Loi, domaine des Anges, s’oppose à l’Evangile, œuvre du Christ… »

Car il est bien évident que si l’on se reporte à certaines phrases des épîtres du grand Apôtre, on ne peut manquer d’en tirer certaines conclusions :

 « Ce n’est pas à des Anges qu’Il (Dieu) a remis le gouvernement de ce Monde à venir dont nous parlons… » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 5).

Ce qui tend à souligner le fait que ce Monde-ci leur est soumis.

Mais, de quels Anges s’agit-il ? Des mauvais Anges, très certainement…

Et, effectivement, saint Augustin le confirme :

« La partie inférieure du Monde, celle que nous habitons, a été soumise aux Anges prévaricateurs par la Loi de la Divine Providence, à laquelle est dû l’ordre magnifique des choses… » (Saint Augustin : De Doctrina Christiana, II, 25).

Il semble bien d’ailleurs que cette Loi, dictée par des Anges soumis à un Médiateur, comme le souligne à plusieurs reprises saint Paul, soit parfois mêlée d’énigmatiques objurgations. Tel ce verset :

« Maudit soit celui qui est pendu au bois. Tu ne laisseras point son corps accroché au gibet passé le coucher solaire, afin de ne pas souiller la terre que Je te donnerai en héritage… » (Deutéronome : XXI, 23).

Il faut bien reconnaître que ce passage rend un son étrange. En quoi la terre sera-t-elle plus souillée par cette exposition d’un cadavre après le coucher du soleil qu’avant ? Car il est à noter que le pendu auquel fait allusion ce verset est celui qui, condamné à la lapidation ou à la strangulation pour blasphème, sorcellerie, ou idolâtrie, était ensuite pendu par les mains à un poteau, (la crucifixion est un supplice romain, non un mode d’exécution judaïque).  Or, ce sont là les crimes reprochés plus tard au Christ par le Sanhédrin, et le Christ sera lui aussi pendu par les mains, et soigneusement descendu du gibet avant la nuit.

Faut-il voir là, de la part du mystérieux et ambigu « Médiateur » du Sinaï, une sorte de révolte intuitive contre Celui qui, bien des siècles plus tard, le dépouillera peu à peu de son empire terrestre ?

Car enfin, il y a quelque chose de choquant en cette phrase qui est presque sacrilège, à l’égard d’une Image, incontestablement préexistante, de l’Instrument de Salut par excellence : la CROIX…

N’oublions pas en effet que la Croix sera, sous le nom de Storos (le Pieu), le nom d’un des Eons de la gnose traditionnelle, notamment dans le système de Valentin.

Une prophétie messianique annonce son rôle particulier en tant que symbole antidémoniaque :

« En ce temps-là, le rejeton de David sera exposé comme un étendard devant tous les Peuples, les Nations viendront lui offrir leurs prières, et son sépulcre sera glorieux… » (Isaïe : XI, 10).

« Pour vous, je nomme cette Croix de Lumière tantôt le Verbe, tantôt l’Intelligence, tantôt le Christ, tantôt la Porte, tantôt la Voie, tantôt le Pain, tantôt la Semence, tantôt la Résurrection, tantôt Jésus, tantôt le Père, tantôt l’Esprit, tantôt la Vie, tantôt la Vérité, tantôt la Foi, et tantôt la Grâce… » (Actes de Jean, apocryphe).

 

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La théorie gnostique qui veut que le Démiurge se soit, en son orgueil, imaginé qu’il était l’auteur du domaine matériel est d’ailleurs plus ancienne que les docteurs qui la diffusèrent :

« Ainsi par le Seigneur, l’Eternel : « Voici que je viens à toi, Pharaons, roi d’Egypte, grand crocodile couché au milieu de tes fleuves, et qui dis : Mon fleuve est à moi, c’est moi qui l’ai créé… Et voici que je mettrai une boucle à tes mâchoires, que j’attacherai à ton écaille les poissons de tes fleuves, et que je tirerai du milieu de tes fleuves, avec tous les poissons qui s’y trouvent, et qui seront encore attachés à tes écailles… » (Ezéchiel, XXIX, 3-4).

Il ne s’agit pas là du pharaon humain, car celui-là n’avait pas plusieurs fleuves en son royaume, mais un seul : le Nil. Nous savons d’ailleurs que l’Egypte symbolise dans l’Ecriture le Monde d’Ici-bas, la prison des hommes, la Mer Rouge l’au-delà, la Terre Promise la Cité Céleste. Et le Pharaon de ce verset n’est autre que le Démiurge qui s’imagine avoir créé, alors qu’il ne fait qu’administrer sa propre prison. D’ailleurs, en Egypte, le crocodile était alors l’image de Typhon-Set, dieu du Mal.

 

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"C’est au Diable, qui était à l’origine le premier des Anges, que Dieu confia le gouvernement de la Terre… » (Grégoire de Nysse : Discours catéchétiques, VI, 5).

« Béhémot est appelé principe des Voies de Dieu, parce que c’est par lui que Dieu commença l’œuvre de Sa Création, et qu’Il le plaça au-dessus des autres Anges… » (Saint Grégoire, pape, Morales, XXXII, 47).

La nation juive a connu cette notion du Démiurge. Dieu s’adressant à Satan, lui dit :

« Quoique Je t’ai accrédité comme gouverneur du Monde, exerçant le pouvoir sur tout le genre humain, tu n’as pas à t’occuper de ce peuple-ci (Israël), car ce sont Mes propres enfants… » (Talmud : Lévitikon, R, 18, 3). 



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WelcomeToHell

 

 

 

 

 

« Ne doutons pas que les Anges Rebelles ont été précipités dans le cachot de notre atmosphère ténébreuse… » (Saint Augustin : La Genèse interprétée, II, 33).

« Ainsi, la cause de la Création n’a pas été de faire de bonnes choses, mais d’en éviter de mauvaises… » (Origène : Contre Celse).

D’ailleurs, et quant à la Loi, il faut observer que le caractère imparfait en est souligné, même en son aspect cultuel, par le Christ :

« L’heure viendra où vous n’adorerez le Père, ni sur cette Montagne, ni à Jérusalem… » (Jean, Evangile, IV, 21).

D’où ce commentaire d’Héracléon, disciple de Valentin :

« La montagne signifie le Diable ou son Cosmos, car le Diable constitue une partie de la Matière intégrale, et son Cosmos, c’est, tout entière, la Montagne d’Iniquité. C’est là ce repaire des bêtes sauvages, abandonné des hommes. Voici ce qu’adoraient, en réalité, les hommes d’avant la Loi, et les païens… » (Héracléon, Commentaires sur Jean, frag. 20).

Si cet enseignement d’Héracléon n’était pas suffisamment convaincant quant au symbolisme de la montagne, image du Diable, nous n’aurions alors à citer que le Psaume :

« Et vous, montagnes à plusieurs sommets, pourquoi jalousez-vous la sainte Montagne de Dieu ?... » (Psaumes, LXVIII, 16).

 



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On lit dans Isaïe un étrange verset, que nous avons déjà mis en évidence comme épigraphe :

« C’est MOI (Dieu) qui ai créé l’Ouvrier qui souffle sur les charbons de Feu pour former les Instruments dont il a besoin pour son Ouvrage… C’est MOI qui ai créé le Meurtrier qui ne songe qu’à tout perdre… » (Isaïe, LIV, 16).

 

 
On sait d’autre part que le mot démiurge tire ses origines du grec demiourgos, issu de demios : commun, banal, public, et de ergon : ouvrage. Or, l’Ecriture nous dit que le Temple de Jérusalem était l’image du Monde, comme Israël l’était de l’Humanité tout entière, d’où la dédicace propitiatoire de Salomon :
   
« J’ai bâti une maison qui sera Ta Demeure, un lieu où Tu résideras éternellement… » (I. Rois, VIII, 13).

 

Il est bien évident que Salomon n’envisage pas que le bâtiment matériel puisse durer dans l’Eternité ! C’est ce qu’il entend lui faire préfigurer qui durera éternellement, c’est-à-dire, un Univers purifié, où Dieu régnera seul.

Et le texte sacré nous dit aussi que Salomon préfigurait le Christ en cette fonction de la dédicace :

« Voici que tu deviendras enceinte, et que tu enfanteras un fils. Tu lui donneras le nom de Jésus, il sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son Père… » (Luc, Evangile : I, 31, 32).

« Et voici qu’ici il y a plus que Salomon… » (Matthieu, Evangile, XII, 42).

Or, Salomon, reflet du Christ pour la réalisation du Temple, lui-même reflet du Monde, s’adresse à Hiram, roi de Tyr, lequel lui envoie son serviteur et homonyme, Hiram, architecte et fondeur, c’est-à-dire un « ouvrier qui souffle les charbons de feu pour former les instruments dont il a besoin pour son ouvrage… »

« Hiram, roi de Tyr, envoya ses serviteurs vers Salomon, car il apprit qu’on l’avait oint pour roi à la place de son père, et il avait toujours aimé David. Salomon fit dire à Hiram… » (I, Rois, V, 1-3).

« Hiram, roi de Tyr, répondit dans une lettre qu’il envoya à Salomon… Je t’envoie donc un homme habile et intelligent, Hiram-Abi, habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain, en fer, en pierre et en bois, etc… » (I, Chroniques, I, 13, 14).

Mais, au-dessus du sens historique et matériel de ce passage, il en est un autre, plus mystérieux, au second aspect exégétique. C’est celui donné à Lucifer, en tant que roi de Tyr, qui était en Orient un des noms donnés à la planète Mercure, et que nous donne également l’Ecriture :

« Fils de l’Homme, prononce une complainte sur le roi de Tyr. Tu lui diras : Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel. Tu mettais le sceau à la Perfection, tu étais plein de sagesse, parfait en beauté, tu étais en Eden, le jardin de Dieu, couvert de toutes espèces de pierres précieuses… Chérubin protecteur aux ailes déployées, je t’avais placé et tu étais sur la Sainte Montagne de Dieu, etc… » (Ezéchiel : XXVIII, 12-19).

Nous avons déjà donné ce passage. Il est fort clair, et le roi de Tyr en question est le Chérubin déchu, et non le petit souverain humain de la ville de ce nom.

Ainsi, nous retrouvons là deux entités ;

a)      Hiram, roi de Tyr, qui personnifie Lucifer,

b)      Hiram, son serviteur, métallurge et fondeur, qui, probablement, personnifie Satan.

Par l’Ecriture, nous avons rejoint la théorie gnostique affirmant l’existence du Demiourgos et du Diabolos. Et la vieille tradition populaire qui fait, chez les peuples anciens ou primitifs, des forgerons et des fondeurs les suppôts de Satan, maître des richesses souterraines, est intuitivement proche d’une vérité métaphysique !

Les Arabes appellent d’ailleurs l’enfer « la fonderie »…

 

 

L'Enfer de Jérôme Bosch-v01

 

Nous reviendrons par la suite sur ce dédoublement. Continuons, pour le moment, à étudier les éléments de l’erreur du Démiurge. Nous lisons dans la Cène Secrète, apocryphe johannite rendu célèbre par l’usage qu’en firent les Cathares, le récit symbolique de celle-ci :

« Demandes de Jean, apôtre et évangéliste, dans la Cène Secrète du Royaume des Cieux, sur l’organisation de ce Monde-ci, sur son Prince, et sur Adam.

« I. – Moi, Jean, votre frère, qui participe à la tribulation pour participer également au Royaume de Dieu, lorsque, pendant la Cène, je me trouvais penché sur la poitrine de Notre Seigneur Jésus-Christ, j’ai demandé : Seigneur, qui donc te trahit ? Et le Seigneur me répondit : Celui qui vient de mettre la main au plat en même temps que Moi. Alors Satan est entré en lui, et il a décidé de me trahir.

« II. – J’ai alors demandé : Seigneur, avant que Satan ne tomba des Cieux, en quelle gloire se trouvait-il auprès du Père ? Et Jésus me répondit : « Il était dans une gloire telle que, du trône de Mon Père invisible, il gouvernait les Vertus des Cieux. Moi, alors, j’étais encore assis auprès de Mon Père. Mais lui-même gouvernait tous ceux qui imitaient le Père. Il descendait du Ciel jusque dans les Enfers, et il montait des Enfers jusqu’à trône du Père Invisible. Il veillait sur la gloire qui était dans tous les Cieux. Et c’est alors qu’il conçut le dessein de situer son trône au-dessus des Cieux eux-mêmes, et qu’il voulut, ainsi, être semblable au Très-Haut.

 

Démiurge Michel-Ange

 

« Il descendit alors vers les Anges de l’Air et de l’Eau, et il leur dit : « Toutes ces choses sont à moi ; si vous m’écoutez, je poserai mon trône au-dessus des nuées et je serai ainsi semblable au Très-Haut, et je règnerai avec vous dans les cycles des cycles. Et, en disant cela aux Anges, il monta vers d’autres cieux, jusqu’au cinquième, corrompant les Anges du Père Invisible, et disant à chacun d’eux séparément : Combien dois-tu à ton Maître ? Le premier répondit : Cent jarres d’huile. Il lui dit : Prends ton billet, une plume et de l’encre, et écris : Cinquante ! Il dit à un autre : Et toi, combien dois-tu à ton Maître ? Celui-ci répondit : Cent jarres de froment. Il lui dit : Prends ton billet et écris : Quatre-vingt… Il monta aussi vers tous les cieux, il parla ainsi jusqu’au cinquième ciel, séduisant les Anges du Père Invisible. » (Cène Secrète : I, 1-3, apocryphe).

C’est sans doute de là que se situe la séparation nette entre le Monde matériel et le Royaume d’En-Haut. Il semble malheureusement que nous ne possédions pas, arrivés à ce point de la tragédie cosmique, certaines clés. Divers textes le laissent entendre, tant dans les Ecritures canoniques que dans les Apocryphes. C’est ainsi que dans la même Cène secrète, nous lisons ce curieux passage :

« Et Satan répondit au Père Invisible : Prends patience… Un peu de temps encore, et je te restituerai tout… » (Cène secrète : I).

« Alors le Diable le transporta (Jésus) sur une haute montagne, d’où, lui ayant fait voir en un moment tous les royaumes du Monde, il lui dit : Je vous donnerai toute cette puissance, et la gloire de tous ces royaumes, car ils m’ont été donnés en partage, et je les donne à qui me plaît… » (Luc, Evangile, IV, 5, 6).

Qui ne comprendrait alors la révolte de Job :

« Maintenant encore ma plainte est une révolte mais la souffrance étouffe mes soupirs… Pourquoi les méchants vivent-ils ?... Pourquoi les voit-on vieillir et accroître leur force ? Leur postérité s’affermit avec eux et en leur présence, leurs rejetons prospèrent sous leurs yeux, en leurs demeures règne la paix, sans mélange de crainte, la verge de Dieu ne vient pas les frapper… Ils disent pourtant à Dieu : « Retire-toi de nous… » On arrache l’orphelin à la mamelle, on prend des gages sur le pauvre… Et Dieu ne prend pas garde à ces infamies… » (Job : XXIII, 1-2 ; XXI, 7-9, 14 ; XXIV, 9, 12).

 



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C’est que le Prince de ce Monde soutient et protège les siens, et qu’il a horreur des autres ! D’où la triple tradition chrétienne des vœux de pauvreté, chasteté, obéissance. N’étant pas du Monde du Démiurge, le gnostique chrétien ne saurait contracter ces dettes que sont les joies trompeuses dispensées par l’Esprit de la Terre.

Ces deux passages tendent à démontrer que, réellement, le Monde matériel lui a été abandonné en même temps qu’il devenait sa propre prison. Il y est, en quelque sorte, exilé, tout en demeurant le souverain de cette terre d’exil.

 

 

 

Cette sorte de souveraineté réelle, le récit des trois tentations du désert, subies par le Christ, tend encore à asseoir l’hypothèse du Prince de ce Monde souverain législateur de celui-ci. Jésus lui-même, du fait de sa descente dans l’enveloppe charnelle, s’y soumet partiellement en quelque sorte, puisqu’il accepte l’épreuve de la tentation.

Et les rapports entre le Sauveur et le Diable ne se borneront pas à cette seule rencontre, dans les terribles solitudes des montagnes de Juda. Il semble que, par la suite, Satan se présentera de nouveau à diverses reprises devant Jésus :

« Le Seigneur dit ensuite : « Simon, Simon… Satan m’a demandé à vous cribler tous, comme on crible le froment… Mais j’ai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille point… » (Luc, Evangile : XXII, 31, 32).

Passage à rapprocher de celui où l’on voit Satan discuter avec Dieu :

« Or, les Fils de Dieu (les Anges), vinrent un jour se présenter devant l’Eternel, et Satan vint aussi, au milieu d’eux. Et l’Eternel dit à Satan : « D’où viens-tu ? » Et Satan répondit à l’Eternel : « De parcourir la Terre, et de m’y promener… » (Job : I, 6-7) et (Job : II, 1-2).

 

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Cet empire sur les hommes est absolu en son principe, seul, le Christ n’y aura pas été soumis. Et ce principe, c’est le péché lui-même :

« Il n’y a pas, sur terre, un seul juste qui fasse le Bien et qui ne pèche pas… » (Ecclésiastique : VII, 20).

D’ailleurs, en donnant à Satan le titre de « Prince de ce Monde », les textes parlent clairement. Prince dérive du latin principem, signifiant (de primus) le premier, et du même latin capere : prendre, nous dit le Dictionnaire de Littré. Et le mot Principe vient de la même source : du latin principium, qui a même radical que princeps…

Satan est donc le Principe du Monde, non pas qu’il l’ait créé, mais parce que, en fait, c’est pour lui que le Monde a été créé, en tant que prison, et que c’est lui qui en est l’Ame, l’Animateur, le Régent, l’Organisateur.

 

 

 

 

Il nous faut maintenant étudier le principe même de la Matière.

Une question primordiale est celle-ci : La Matière est-elle éternelle ? Nous répondrons évidemment que non. Mais nous pourrons toutefois soutenir qu’elle est permanente, si nous accordons le nom de Matière, pas seulement à son aspect le plus inférieur (le Monde), mais encore à celui de Substance, de Création, même spirituelles.

1 – Affirmer que Dieu est « tout puissant », c’est impliquer que cette toute-puissance s’est, nécessairement, toujours exercée sur quelque chose, de toute éternité, et ce quelque chose, ce sont des créatures. Dieu ne saurait en effet avoir été d’abord « non-créateur » puis « créateur », ce qui impliquerait en Lui, une succession donc une variation. Et la tradition chrétienne et juive lui a toujours donné, entre autres, le nom d’Etre Inaltérable, Existant en Soi et par Soi, Celui qui EST.

2 – Ainsi donc, devant Dieu, Perfection Absolue, a toujours existé et de toute éternité une « Création », composée de créatures, ce qui implique une imperfection graduée, nuancée, pour ces dernières.

3 – Car, par leur état même de créatures, celles-ci sont nécessairement et même en leurs aspects le plus élevé, plus ou moins imparfaites.

4 – On ne saurait pourtant parler de dualisme ; puisque cette création n’est pas permanente, n’existe pas « en soi et par soi », privilège de Dieu seul. Mais elle existe toutefois en raison directe de l’Acte Créateur de Dieu, Acte qui, lui, est permanent. Elle est éternellement décidée, voulue par Dieu, il en est donc à la fois l’Auteur, le Continuateur, le Conservateur. Parce qu’impermanente nécessairement, elle est scindée, rompue, par des périodes d’être et de non-être, de « genèse » et de « jugement », qui, en se succédant soulignent son impermanence voulue et assurent son renouvellement.

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 12:00

 

L’Argile dans l’Ecriture, image de la Misère et de l’Esclavage de ce Monde

Cette même argile, mélange de terre et d’eau, c’est-à-dire des deux « éléments » les plus inférieurs (opposés à l’air et au feu, symbole du psychisme et de l’esprit), est inévitablement considérée comme l’image de la déchéance des Ames tombées ici-bas :

« Votre mémoire sera comme de la cendre, et vos têtes superbes seront comme de la boue… » (Job : XIII, 12).  

 

 

Dieu potier Khnoum qui façonna les espèces

 

 

 

« Je les écraserai et je les réduirai en poussière, comme il en est de la boue des rues… » (IIe Livre des Rois, XXII, 43).

« Il a exaucé mes prières, et il m’a tiré de l’abîme de misère, de la boue profonde où j’étais… » (David, Psaumes, XXXIX, 2).

« Ils prirent donc Jérémie… Et l’ayant attaché avec des cordes, ils le firent descendre en cette basse-fosse, où il n’y a point d’eau, mais seulement de la boue… » (Jérémie : XXXVIII, 6).

« Vous avez ouvert le chemin à vos chevaux à travers la mer, à travers la boue des grandes eaux… » (Habacuc : III, 15).

« Et comme vous avez pu voir en ce songe que les pieds de la statue étaient en partie d’argile et en partie de fer, ainsi le royaume sera divisé… » (Daniel : II, 41).

« Les méchants sont comme une mer, toujours agitée, qui ne se peut calmer, et dont les flots vont se briser sur le rivage avec une écume sale et bourbeuse… » (Isaïe : LVII, 20).

Selon ce dernier verset, la matière absolue serait donc le résidu de la « mer astrale », elle-même image d’un milieu dans lequel les Ames sont ballotées et en danger de perdition. D’où le symbolisme du filet du Pêcheur, que les Papes portent encore de nos jours gravé sur leur anneau, et qui est l’image de la Grâce Divine retirant l’homme (petit ichtus, en grec poisson et anagramme des noms du Christ « Jésus Sauveur des Hommes ») de la « mer ténébreuse » et diabolique, dont parle l’apocryphe « Histoire de Joseph le Charpentier ». L’ésotérisme lamaïque connaît lui aussi l’Hameçon de miséricorde et le Lasso de Compassion.

Il est d’ailleurs évident que cette même argile est dans l’Ecriture l’image de la prima materia inférieure.

De l’argile symbolique, matière première du Monde d’En-Bas

Lorsque les hommes révoltés contre Dieu projettent de créer la Tour de Babel, il semble bien qu’ils aient en vue de modifier le Cosmos, contrairement à l’ordre préétabli.

« Ils s’entredirent encore : Venez, faisons-nous une Ville et une Tour qui soient élevées dans le Ciel, et rendons notre nom célèbre avant que nous nous dispersions sur toute la Terre… 

 

Le dieu créateur Ptah sur son tour de potier

 

« Et ils se dirent l’un à l’autre : Allons, faisons des briques et cuisons-les au feu. Ils se servirent donc de briques comme de pierres, et de bitume comme de ciment… » (Genèse : XI, 4, 3).

« Toute ma force s’en est allée, desséchée comme la Terre cuite au feu… » (David, Psaumes, XXI, 16).

Cette tour de Babel, c’est la contre-Eglise, c’est l’organisation des Lieux-Bas par les Anges réprouvés, puisque l’Eglise pré-existante est, elle-même, symbolisée par une tour dans la vision d’Hermès, évêque de Cumes, un des quatre pères apostoliques :

« Et la tour, dis-je, que représente-t-elle ? Cette tour, me répondit le Pasteur, c’est l’EGLISE… Elle a été créée la première, avant toute chose… C’est pour elle que le Monde fut créé… » (Hermès : le Pasteur : XIII, 2 et IIIe Vision).

Tombées ici-bas, les Ames humaines deviennent les esclaves du Prince de ce Monde qui, par la défaillance d’Adam « Gardien des Limites », s’est emparé du Cosmos avec ses cohortes démoniaques. D’où :

« Les Egyptiens haïssaient les enfants d’Israël et ils les affligeaient en les insultant. Et ils leur rendaient la vie impossible en les employant à des travaux pénibles de mortier et de briques, et à toutes sortes d’ouvrages de terre, dont ils étaient accablés… » (Exode : I, 14).

« Et comme le roi d’Egypte les traitait avec dureté et les accablait de travail à réaliser des ouvrages de terre et de briques, qu’il les obligeait à faire pour bâtir des villes, ils crièrent vers Dieu, qui frappa de différentes plaies toute la terre d’Egypte… » (Judith : V, 10). 

 pantheon 

« Puisez de l’eau pour vous préparez au siège, rétablissez vos remparts, entrez dans l’argile, foulez-la aux pieds, et mettez-la en œuvre pour en faire des briques… » (Nahum : III, 14).

« Est-ce vous, qui saisissant les extrémités de la Terre, l’avez secouée et en avez précipité les impies ? Elle reprendra une face nouvelle, comme une molle argile, et elle demeurera ferme comme son vêtement… » (Job : XXXVIII, 14).

« Un Potier qui manie l’argile molle comme il lui plaît, en fait, par son travail, tous les vases dont nous nous servons. Il les forme de la même boue, et pour des usages honnêtes et pour d’autres qui ne le sont pas. Et le seul juge de l’emploi qu’il doit faire de ces vases, c’est le Potier… » (Sagesse : XV, 7).

« Et par un vain travail, il forme de la même boue un « dieu », lui qui a été formé de la même terre un peu auparavant, et qui, peu après, doit y retourner, lorsqu’on lui redemandera l’âme qu’il avait reçue en dépôt… » (Sagesse : XV, 8).

« Comme l’argile est dans la main du potier, qui la manie et la forme à son gré, et comme il l’emploie à tous les usages qu’il lui plaît, ainsi l’Homme est dans la main de celui qui l’a créé… » (Ecclésiastique : XXXII, 13).

« Ainsi le potier s’assied près de son argile, il tourne la roue avec ses pieds, et il ne fait rien qu’avec art et mesure, en un soin continuel pour son ouvrage. Son bras donne la forme qu’il veut à la dite argile, son cœur s’appliquant à donner la perfection dernière à son ouvrage… » (Ecclésiastique : XXXVIII, 33).

« Cette pensée est folle et impie ! Comme si l’argile s’élevait contre le potier, comme si le vase disait à celui qui l’a formé : Ce n’est point vous qui m’avez créé… Et comme si l’ouvrage disait à l’ouvrier : Vous êtes un ignorant… » (Isaïe : XXIX, 16).

« Je l’ai appelé du septentrion, et il viendra de l’Orient. Il reconnaîtra la grandeur de MON NOM, il traitera les grands de ce Monde comme de la boue, et il les foulera aux pieds comme le potier foule sous ses pieds l’argile… » (Isaïe : XLI, 25).

« Malheur à l’Homme qui dispute contre celui qui l’a créé, lui qui n’est qu’un peu d’argile et qu’un vase de terre ! L’argile dit-elle au potier : Qu’avez-vous fait ? Votre ouvrage n’a rien d’une main savante… » (Isaïe : XLV, 9).

On le voit, par tous ces versets des Ecritures, le Potier, l’Argile, et le Vase qu’il modèle, sont des symboles particulièrement réservés à la matière du monde, à son modeleur, et aux êtres qu’il en tire. Dans la Bible, pour ces mêmes désignations, les scribes sacrés successifs ont utilisé les mêmes mots. Il y a donc là l’indication, par la pérennité de cet usage même, d’une clé du vocabulaire sacré. Et, il faut bien le reconnaître, ce triple symbole est en accord avec la règle ésotérique traditionnelle :

Potier --------- Esprit --------- Pneuma --------- Spirituel

Vase ---------- Ame ----------  Psyché ---------- Psychique

Argile -------- Corps ---------- Sôma ------------- Matériel

Dès lors, et en présence de cette certitude issue de cette clé, nous allons pouvoir rechercher dans la tradition judéo-chrétienne des passages scripturaires mettant en évidence de façon absolue l’existence de ce Démiurge, ou ouvrier divin.

Dans le traité talmudique Yebamoth (16b) on cite un « Prince du Monde ». Et, nous dit A. Cohen en son ouvrage « Le Talmud », les écrivains tardifs du judaïsme l’ont identifié à l’Ange Metatrôn. Ce nom est probablement venu du latin metator : précurseur. On voyait en effet jadis en lui l’Ange qui précéda les Israélites dans le désert.

« Et j’enverrai un Ange, pour qu’il vous serve de précurseur, afin que je chasse les Chanaéens, les Amorhéens, les Héthéens, les Phérézéens, et les Jabuséens… » (Exode : XXXIII, 2).

« Mais pour vous, allez, et conduisez ce peuple au lieu que je vous ai dit. Mon Ange marchera devant vous… » (Exode : XXXIV, 34).

  

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« Alors l’Ange de Dieu qui marchait devant le camp des Israélites alla derrière eux et, en même temps, la Colombe de Nuée quittant la tête du peuple se mit aussi derrière, entre le Camp des Egyptiens et le Camp d’Israël. Et la nuée était ténébreuse d’une part, et de l’autre éclairait la nuit, en sorte que les deux armées ne purent s’approcher durant tout le temps de la nuit… » (Exode : XIV, 20).

Il est donc difficile de soutenir, avec le Rituel Latin de la « Bénédiction du Cierge Pascal », que, lorsque le Diacre entonne l’Exultet :

« Il chante cette nuit bienheureuse qui fut témoin de la sortie des Hébreux de la terre d’Egypte, sous la conduite de la Nuée qui les illuminait de la splendeur du Christ… »

Car cette Nuée n’est pas là l’image du Sauveur, mais simplement celle de l’Ange qui, au sommet du Sinaï, dictera la Loi.

Cet Ange, à demi-ténèbres et à demi-lumière, est bien le symbole du Démiurge imparfait. Il dut être entouré d’une vénération particulière durant une assez longue période, puisqu’il fallut préciser qu’on ne devait point lui adresser des prières :

« Un sadducéen déclara au rabin Idith : Il est écrit : Il dit à Moïse : Monte auprès de l’Eternel (Exode, XXIV, 1). Cela devait être : Monte auprès de Moi ! Mais le rabin Idith répondit : Non. Car ce n’est pas l’Eternel lui-même qui parlait, mais simplement Metatrôn… Son Nom est en effet le même que celui du Maître, car il est écrit dans l’Exode (XXIII, 20, 21) : « Mon ange marchera devant vous. Respectez-le, car il porte Mon Grand Nom…

- En ce cas, reprit le sadducéen, nous devrions donc le prier ?

- Non, répondit le rabbin, car il est écrit : « Il ne vous pardonnera pas, lui, quand vous pécherez ! (sous-entendu : « Il n’y a que Moi qui puisse le faire »). » (Talmud : Sanhédrin, 38b).

Qu’il soit, de plus, comme Yama dans le panthéon indien, le Seigneur et le Juge des Morts non libérés, nous n’en voulons pour preuves que le passage suivant :

« Trace deux chemins pour servir de passage à l’épée du Roi de Babylone… Car le Roi de Babylone se tient au Carrefour, à l’entrée des deux chemins… » (Ezéchiel, XXI, 26).

  

Le Jugement Dernier de Giotto di Bondone-v02

 

Ainsi, il semble bien que le Démiurge soit, dans la sphère psychique, le Maître des Rétributions posthumes à caractère expiatoire. Souvenons-nous du symbolisme de l’Ypsilonn, (la lettre Y de l’alphabet hellénique), et de ce qu’il désignait chez les Pythagoriciens.

Pourtant, néanmoins, le rôle de Metatrôn serait privilégié par rapport aux autres êtres célestes. Selon la vision d’Elisée ben Abouya, un des quatre extatiques qui réussirent l’ascension de la Mercabah et qui fut des trois qui en recueillirent la perdition, Metatrôn est le seul Ange qui lui apparut assis, en sa vision de l’Assemblée céleste. Symbolisme qui doit s’interpréter comme l’expression ésotérique d’une puissance très proche de celle de Dieu.

Selon la tradition, on lui adjoint un autre Ange du nom de Sandalphôn, terme issu d’un mot grec signifiant « associé à son frère ». Son rôle symbolique est d’unir et de fusionner les prières avant qu’elles parviennent à l’Eternel. (Talmud : Khagiga, 13b).

Ceci semble confirmé pour certains par ce passage :

« Alors, je dis à mon Seigneur : Que marquent ces deux Oliviers, dont l’un est à la droite du Chandelier et l’autre à la gauche ?

« Ne savez-vous pas ce que cela signifie, me dit-il ? Je lui répondis : Non, mon Seigneur…

« Alors, il me dit : Ces deux Oliviers sont les deux Oints de l’Huile Sacrée, qui se tiennent devant le Dominateur de toute la Terre… » (Zacharie : IV, 11, 14).

Un autre grand prophète évoque lui aussi la présence d’un « roi » terrestre. Ezéchiel, décrivant le Tetramorphe divin et les quatre grands animaux symboliques qui le constituent, (l’Ange, l’Aigle, le Lion et le Taureau), ajoute en effet :

« Leurs faces et leurs ailes s’étendaient en haut ; ils se tenaient l’un l’autre par deux de leurs ailes, ils couvraient leurs corps avec les deux autres. Et ces animaux paraissaient, à les voir, comme des charbons brûlants et comme des lampes ardentes…

  

die vision des ezechiel detail 

« Lorsque je regardai ces Animaux, je vis paraître près d’eux comme une Roue qui était sur la Terre et qui avait quatre Faces… » (Ezéchiel : I, 11, 13, 15).

Ainsi donc, dans le Monde matériel, sur la Terre, il est une Entité qui reflète le Tétramorphe du Monde divin. C’est le « Prince du Monde » du Talmud.

Et Metatrôn est parfois nommé Kohen ha Gadol, le Grand Prêtre, ou Maleak ha Elokime : l’Ange dans lequel est Dieu. Or, un des noms de Samaël (Satan), l’Ange de Rigueur, est Sâr ha Gadol : le Grand Prince…

Or, nous savons, d’après la Kabale, que les « Roues » désignent les Ophanims, devenus, dans la tradition ordinaire, les Chérubins. Ainsi, le « Prince du Monde » est un ophanim, c’est-à-dire un chérubin.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ce détail.

G. G. Scholem, en son bel ouvrage « Les Grands courants de la Mystique Juive », nous dit à son tour ceci au sujet de Metatrôn :

« La mystique de Metatrôn gravite autour de la personne d’Enoch. Celui-ci, après une vie de piété, fut enlevé et mis, selon la légende, au rang de premier des Anges et de « Prince de la Face » ou de la « Présence Divine », d’où le terme complémentaire adjoint au nom de Métatron : Sar-ha-Panim. »

Il a d’ailleurs de nombreux noms, dont le nombre répond à des considérations mystiques numérales, dans la Kabale. Le « Répertoire de l’Angélologie Juive » de Moïse Schwab, nous en donne un certain nombre : Midras, Miboun, etc…

Les Kabbalistes le nomment aussi l’Adolescent, d’où ce passage de l’Ecriture :

« J’ai vu tous les hommes vivants qui marchent sous le soleil, avec le second jeune Homme, qui doit se lever en la place de l’Autre… » (Ecclésiastique : IV, 16, 15).

Ainsi, Enoch aurait pris la place d’un « Ange de la Présence » ou « de la Face », primitif. Pourquoi cette substitution ? Peut-être parce que le premier aurait perdu ce rang primordial… Ecoutons donc encore l’Ecriture :

« Le Seigneur m’adressa encore Sa Parole et me dit : Fils de l’Homme, donnez le signal du deuil sur le Roi de Tyr[1]. Et vous lui direz : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : « Vous étiez le Sceau de la Ressemblance[2], vous étiez plein de sagesse, parfait en beauté. Vous avez été dans les délices du Paradis de Dieu. Votre vêtement était enrichi de toutes les sortes de pierres précieuses ; sardoine, topaze, jaspe, chrysolithe, onyx, béryl, saphir, escarboucle, émeraude, or furent employées pour relever votre beauté, et les instruments les plus parfaits ont été préparés pour le jour où vous fûtes créé Vous étiez un chérubin qui étend ses ailes et qui protège, je vous avais établi sur la sainte montagne de Dieu, vous marchiez au milieu des pierres étincelantes ! »

Notons encore ce passage d’Ezéchiel, qui, par son identification de Lucifer à un arbre, rend un curieux son cabalistique, si l’on se souvient que les arbres du Jardin d’Eden désignent des connaissances supérieures, des mystères transcendants :

« Fils de l’Homme, dis à Pharaon, roi d’Egypte et à sa multitude : A qui ressembles-tu dans ta grandeur ? Voici, l’Assyrie était un cèdre du Liban, ses branches étaient belles, son feuillage était touffu, sa tige élevée, et sa cime s’élançait au milieu d’épais rameaux. Les eaux l’avaient fait croître, l’abîme l’avait fait pousser en hauteur, des fleuves coulaient autour du lieu où il était planté, et envoyaient leurs canaux à tous les arbres des champs. Ses branches avaient multiplié, ses rameaux s’étendaient, par l’abondance des eaux qui l’avaient fait pousser. Tous les oiseaux du Ciel nichaient en ses branches… Et tous les arbres d’Eden, dans le jardin de Dieu, lui portaient envie… » (Ezéchiel : XXXI, 1-9).

 On sait qu’en hébreu le mot « oiseau » se traduit parfois par reseph, signifiant également « étincelle, fils de la Flamme », ou par kenaph, signifiant « les Ailés » (les Anges), ou par Bal Kenaph les « Maîtres Ailés », c’est-à-dire les dieux du ciel, les bâalim.

On connaît également le symbolisme de l’Arbre, dans la Kabale, symbole de toute création. Et le dernier verset compare notre Pharaon-Lucifer à l’Eden proprement dit. Ainsi donc, lorsque la Genèse nous dit qu’Adam devait garder et travailler le Jardin d’Eden, elle nous ramène à la théorie de Martinez de Pascally, qui, dans son « Traité de la Réintégration des Etres », nous révèle que ce travail consistait à travailler à la ré-illumination de Lucifer.

Metatrôn

« Vous étiez parfait en vos voies au jour de votre création, jusqu’à ce que l’iniquité ait été trouvée en vous. Dans l’étendue de votre action, vos entrailles ont été emplies d’iniquité, vous êtes tombé dans le péché et je vous ai chassé de la montagne de Dieu, je vous ai exterminé, ô chérubin qui protégiez les autres, du milieu des pierres étincelantes… Vous avez perdu la sagesse en votre beauté, votre cœur s’est élevé en son éclat, et je vous ai précipité à terre… » (Ezéchiel : XXVIII, 11 à 17).

Ainsi, le prophète nous précise que l’Ange tombé est un chérubin et qu’il a été précipité sur terre, et, on l’a vu ci-dessus, Enoch, un des prototypes du Christ, en prit la place dans les Hauteurs, comme le Christ lui-même, « un nouveau Lucifer » ainsi que le nomme la liturgie latine, a pris la place du premier.

 

Le souffle d'or

 

D’où ces paroles prêtées à Enoch :

« Dieu m’a pris du milieu du cours du Fleuve – la vie terrestre – et m’a transporté sur les ailes mouvantes de la Shékina vers le Ciel le plus élevé, et Il m’a introduit dans les grands palais, sur les hauteurs du septième ciel, nommé l’Araboth, où se trouvent le trône de la Shékina et de la Merkaba, les légions de colère et des armées de courroux, les Shinanim de feu, les Chérubins aux torches ardentes, les Ophanim, ou charbons enflammés, les Gardiens des Flammes, et les Séraphins de Lumière. Et il m’a placé là chaque jour, pour servir le trône de Sa Gloire… » (Hekhalot Rabbati).

Cet Enoch, dont la chair fut transformée en flammes, les veines en feu, les cils en rayons de lumière, les pupilles en torches enflammées, et que Dieu a placé sur un trône proche du trône de la Gloire, a donc reçu après cette transfiguration céleste, le nom de Metatrôn, c’est-à-dire « précurseur » ou « précédent ». En fait, les grands voyants d’Israël ont vu là le Christ futur, qui est en effet celui que l’homme doit d’abord rejoindre, rencontrer, avant la Divinité elle-même, puisqu’il est le médiateur par excellence, la « porte », ainsi que le disent les évangiles…

  

Maitreya1

 

Mais on peut songer encore au Buisson Ardent de Moïse, à cet Ange de la Face, qui lui affirme : « Dieu est un Feu qui brûle… »

Ce serait après le début du XIe siècle de notre ère, probablement pas avant, nous dit encore G. G. Scholem, que le patriarche Enoch a été identifié selon ses métamorphoses à l’ange Yahoël ou Yohël, qui occupait une position importante et quelquefois très élevée, dans les documents les plus anciens de la mystique du Trône et dans les diverses « apocalypses ».

Le premier qui semble avoir soupçonné l’identité de Metatrôn et de Yahoël est Box, en son « Introduction à l’Apocalypse d’Abraham ». Les caractères les plus remarquables de cet Ange sont alors à cette époque transférés à Metatrôn. Nous trouvons ainsi Yahoël comme premier nom dans les diverses listes des fameux « Soixante-dix noms de Metatrôn », établies pendant la période gaonique, (VIIe au XIe siècle de notre ère).

L’Apocalypse d’Abraham nous dit d’ailleurs ceci :

« Je suis nommé Yahoël, une Puissance, une Vertu, du NOM Ineffable de Dieu, qui demeure en moi… »

On sait que Yaho est un des termes du Tetragramme divin, IO, IA, IAO, IEOAH. Le même Yaoël fut nommé par les gnostiques juifs « le petit IAO », et, au second siècle de notre ère, ce nom avait déjà pris de l’importance dans la littérature gnostique non juive :

« Yahoël est appelé ainsi car il fut le maître de notre ancêtre Abraham, et il lui transmit la Tora… Yahoël est l’Ange qui appela notre maître Moïse pour qu’il s’éleva au Ciel (dans la montée au Sinaï). En effet, dans le traité talmudique Sanhédrin, il est écrit : « Il dit à Moïse : Monte vers Dieu (EL YHWH). Il aurait dû dire « Monte vers MOI ». Or, il a simplement dit : « Monte vers l’Ange dont le nom est celui de son Maître… » Or, en hébreu, EL IHWH est justement l’anagramme de Yahoël… »

Le Talmud de Babylone ne contient, lui, que trois mentions de Metatrôn, et le plus important de ces passages n’a, paraît-il, pas de sens, si on le lui rapporte. Ainsi, cette notion est particulière à la gemara palestinienne.

Cependant, nous savons que la notion d’un démiurge aux ordres de Iaweh était familière à certaines sectes juives de la période de Saadia, sectes dont les doctrines demeurèrent pendant fort longtemps à la limite extrême du judaïsme rabbinique orthodoxe, et ce sont elles qui, certainement, inspirèrent les docteurs gnostiques non-juifs.

En ces sectes, il était enseigné que Dieu n’avait pas créé le Monde directement, mais bien par l’intermédiaire d’un Ange, soit que cet Ange ait été émané de Dieu lui-même (principe de la théologie chrétienne ; le Christ, en tant que Logos, est le saint Démiurge dont parle Clément d’Alexandrie en ses Stromates), soit que Dieu l’ait créé. 

Cet Ange, qui apparaît effectivement comme un véritable Démiurge, est également défini comme étant le sujet de toutes les visions anthropomorphiques de l’Ecriture, et comme « l’Etre éclatant » perçu par les visions des prophètes. Citons simplement Ezéchiel :

« La vingt-cinquième année de notre captivité, au commencement de l’année, le dixième mois, quatorze ans après la ruine de Jérusalem, ce jour-là la main du Seigneur fut sur moi et me conduisait en esprit à Jérusalem.

« Elle me conduisit en une vision divine au pays d’Israël et me mit sur une fort haut montagne, sur laquelle était comme l’édifice d’une ville tournée vers le midi.

« Il me fit entrer dans cet édifice, et je rencontrai d’abord un Homme dont le regard brillait comme de l’airain étincelant. Il tenait d’une main un cordeau de lin fin, il portait dans l’autre une canne à mesurer, et il se tenait devant la porte… » (Ezéchiel : XL, 1 à 3).

Toutefois en sa pénétrante étude « En marge de la Tradition Chrétienne », Albert Frank-Duquesne émet certaines réserves au sujet de ce Metatrôn judaïque, étude qu’il importe de citer ici, en tant que commentaires aux versets d’Ezéchiel cités plus avant (XVIII, 11-17).

« N’est-il pas curieux que, dans le Talmud, qui substitue Metatrôn à la Parole – ou Memrâ – des Targounim, pour faire pièce à l’apologétique chrétienne, ce Metatrôn et le Démon portent, tous les deux, les mêmes surnoms : Sar-ha-Olam (Prince de ce Monde), et El Acher (l’Autre Dieu) ?... »

Or, effectivement, c’est là le nom que les Ecritures chrétiennes donnent à Satan :

« Je ne m’entretiendrai plus guère avec vous, car voilà le Prince de ce Monde qui vient, et cependant, il n’a nul droit sur moi… » (Jean : Evangile, XIV, 30).

« C’est maintenant que le Monde va être jugé ! C’est maintenant que le Prince de ce Monde va être jeté dehors… » (Jean : Evangile, XII, 31).

« Et lorsque le Consolateur sera venu, il convaincra le Monde du Péché, (de la nécessité) de la Justice et du Jugement. Du péché parce qu’il na point cru en moi. De la Justice parce que je m’en vais vers mon Père et que vous ne me verrez plus. Et du Jugement, parce que le Prince du Monde est déjà jugé… » (Jean : Evangile, XVI, 8, 9, 10, 11).

« Nous savons que le Monde tout entier est sous l’empire du Mauvais Esprit… » (Jean, 1ère Epître, V, 19).

« Tout ce qui est dans le Monde ne vient pas du Père, mais vient du Monde… » (Jean, 1ère Epître : II, 16).

« Car, encore qu’il y en ait qui soient appelés dieux, soit dans le Ciel soit sur le Terre, et ainsi qu’il y ait plusieurs dieux et plusieurs seigneurs… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, VIII, 5).

D’où cette parole du Christ :

« Tous ceux qui vinrent avant moi furent voleurs et brigands… Moi seul, je suis la Porte… » (Jean : Evangile, X, 7, 8).

  

Matrix Neo realises

 

« Que si l’Evangile que nous prêchons est encore voilé, c’est pour ceux qui périssent qu’il est encore voilé ! Pour ces infidèles dont le dieu de ce siècle (variante : « de cet éon-ci… ») a aveuglé les esprits, afin qu’ils ne soient point éclairés par la lumière de l’Evangile, de la « Gloire » de Jésus-Christ, qui est l’Image de Dieu… » (Paul, IIe Epître aux Corinthiens, IV, 3, 4).

Voici donc encore un passage qui évoque le rôle d’Ange de la Face et de la Présence exclusivement rempli par le Christ.

D’autre part, on sait ce rôle d’accusateur rempli par Satan :

« Car il a été précipité, l’Accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu… » (Apocalypse : XII, 10).

Or, dans certaines traditions initiatiques rapportées par Eliphas Lévi, le Démon apparaît comme le Grand Scribe Universel, le grand agent cosmique qui clicherait les événements, l’Akasha de l’ésotérisme hindou, la « lumière astrale » des Occultistes occidentaux… Ceci est significatif. Et les penseurs libres ou libres penseurs, qui, sous prétexte de « spiritualisme rationnel » s’affirment résolument panthéistes devraient bien réfléchir à cela.

  6 Amas de Galaxie 

Lorsque Staline, en son « Matérialisme Dialectique et Matérialisme Historique », met en relief le caractère unitaire de l’Univers, sous-entendant l’existence d’un principe centralisateur, en nous disant :

« Contrairement à la métaphysique, la dialectique regarde la Nature non comme une accumulation accidentelle d’objets, de phénomènes détachés les uns des autres, isolés et indépendants les uns des autres, mais comme un tout uni et cohérent, où les objets, les phénomènes, sont organiquement liés entre eux, dépendent les uns des autres et se conditionnent réciproquement… »

Il ne fait que découvrir ce que les anciens philosophes païens désignaient par l’expression « Ame du Monde », ce dieu de ténèbres, comme le qualifiait Mani.

La Kabale qualifie encore Metatrôn de « petit dieu », « pourvu de sept Noms », nous dit Frank Duquesne. C’est évidemment curieux, car on songe alors à la Bête à Sept Têtes et à Dix Cornes dont parle l’Apocalypse :

« Puis je vis monter de la Mer une Bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses sept têtes des Noms de Blasphèmes… » (Apocalypse : XIII, 1).

Certaines Kabbalistes chrétiens ont vu dans le Démon la première des Sephiroths. Celles-ci sont des organes de l’activité de Dieu, dans le système kabalistique.

Sans être en dehors de la Divinité, en soi latente et non-manifestée, elles ne sont pas de Sa Substance même, et elles se trouvent à Sa disposition comme des « énergies », à la fois suscitées et immanentes, comme des modes de manifestations. (Noter l’analogie avec la doctrine des énergies divines, que la théologie orthodoxe a reprise à saint Grégoire Palamas).

Or, selon la Kabale, Kether Elyon, « Couronne Suprême de Dieu », l’Ange de la Présence par excellence et le Metatrôn du Talmud, est la première de ces Puissances qui se trouvent « auprès de Dieu » et qui opèrent en son Unité :

« Les Anges reçoivent les commandements divins en-deçà du Voile, et lui seul, Metatrôn, les reçoit au-delà… » (Talmud : Gemara Khagiga, 15a et 16a ; Yebamoth, 16b ; Tosephts, 60a).

C’est pourquoi, observe Frank Duquesne :

« On comprend à la fois la grandeur et l’envie de Kether, menacée de découronnement par la Vision anticipée (bien que sans révélation de l’union hypostatique future pourtant…) de la Gloire Suprême promise à l’Image de l’Homme… »

On sait que cette théorie est partie intégrante de la théologie islamique sur les motifs de la chute de Lucifer. La tradition chrétienne en possède des fragments :

« Je considérai ces choses dans le cours d’une vision nocturne, et je vis le Fils de l’Homme, qui venait, avec des nuées, du Ciel, et qui s’avança jusqu’à l’Ancien-des-Jours. Et ils (les Anges) le présentèrent devant Lui. Et Il lui donna la Puissance, l’Honneur et le Royaume, et tous les peuples et toutes les langues le serviront. Sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera point ôtée, et son Royaume ne sera jamais détruit… » (Daniel : VII, 13, 14).

C’est pourquoi :

« La Mort est entrée dans le Monde par l’envie du Diable… » (Sagesse, II, 24).

Car :

« Dieu n’a pas créé la Mort. Il a tout créé afin que tous subsistent. Toutes les créatures étaient saines à leur origine, et le règne des Enfers n’était point encore sur la Terre… » (Sagesse : I, 13, 14).

« Parmi ces Puissances angéliques, le Prince de l’Ordre Terrestre, celui à qui Dieu a confié le soin de la Terre, était par nature non mauvais, mais bon. Il avait été créé dans le Bien, n’ayant reçu du Créateur aucune trace de Mal. Mais, ne conservant pas l’Illumination et la Dignité qui lui avaient été octroyées par Dieu, il déchut (par un acte libre de sa volonté), de ce qui est conforme à la nature en ce qui est contre nature. Il se révolta donc librement contre Dieu son Créateur, et s’étant le premier détourné de Dieu, il tomba dans le Mal… » (St-Jean Damascène : De fide orthodoxa, II, 4).

Que ce rôle démiurgique ait été dévolu, par l’effet d’un des plus grands et des plus mystérieux desseins de la Providence, à un Chérubin, ainsi que nous l’avons constaté plus avant, semble bien confirmé par la tradition kabbalistique elle-même, qui veut que les Ophanim ou Chérubins « ordonnent et dégagent le Chaos primordial, l’Hylée. Ils donnent à l’Homme la lumière de la pensée, la force de la sagesse, les très hautes idées et les images par lesquelles nous pouvons concevoir ici-bas les choses divines ».

  

L'Architecte et Néo Matrix-01

 

Ce rôle d’ordonnateur de ce qui n’est encore que désordre, chaos, est confirmé par la théologie catholique, qui veut qu’ils apportent la Grâce, permettent de sortir de la voie du Péché, et de cheminer en celle de la perfection chrétienne, ainsi qu’en fait foi le texte qu’elle attribue, dans la récitation de la « couronne angélique », au second Chœur des Anges.

Mais quant à celui des Chérubins qui est évoqué par la mystérieuse parole de Zacharie : « Et j’allai en la maison du Seigneur, les porter (les trente deniers) à l’Ouvrier-en-Argile… » (Zacharie, XI, 12, 13) parole que nous citions au début de cette étude, il est encore une coïncidence étrange à son sujet, coïncidence qu’on ne peut passer sous silence.

C’est que le « champ du sang », ou Haceldama, que les prêtres achetèrent avec l’argent que l’Iscariote alla jeter, désespéré, dans le Sanctuaire, ce champ se trouve exactement dans cette vallée maudite où l’on faisait autrefois offrande des premiers-nés à Moloch par le truchement du brasier rituel, vallée qu’on nommait et qu’on nomme encore de nos jours du terrible nom de Géhenne…

En son remarquable ouvrage sur « Le Dualisme chez Platon, les Gnostiques et les Manichéens », Simone Petrement souligne le fait que la plupart des idées qui constituent le dualisme gnostique se trouvent en quelque mesure dans les Epîtres de saint Paul, l’Evangile de Jean et, en général, dans tous les écrits néo-testamentaires, à l’exception, bien entendu, des évangiles synoptiques, bien que malgré tout, dans celui de saint Luc, on en pourrait trouver quelques traces.

En complément des recherches précédentes, citons-en quelques-uns.

  


 

 

Il est d’abord évident que pour qui sait lire en profondeur, l’opposition gnostique entre le Royaume de Dieu et le Monde matériel est soulignée de nombreuses fois. Nous sommes très loin d’un Univers créé, organisé, conduit et administré par le Logos Divin seul. Il y a autre chose, un autre personnage, qui y a participé ou y participe encore, et qui fait que cet Univers est plus mauvais que bon. Qu’on en juge :

« Nous savons que nous sommes de Dieu, et que tout l’Univers est sous l’empire du Mauvais Esprit… » (Jean, 1ère Epître, V, 19).

« Vous êtes d’En-Bas, je suis d’En-Haut, vous êtes du Monde, je ne suis pas du Monde… » (Jean, Evangile, VIII, 23).

« Si le Monde vous hait, sachez qu’il ma haï avant vous… Vous n’êtes pas du Monde, et pour cette raison, le Monde vous haït… » (Jean, Evangile, XV, 18, 19).

« Ils ne sont pas du Monde, comme Je ne suis pas du Monde… » (Jean, Evangile, XV, 17, 14).

« Je ne prie pas pour le Monde, mais pour ceux que Tu m’as donné… » (Jean, Evangile, XVII, 9).

« Afin que nous ne soyons point condamnés avec le Monde… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, XI, 32).

« Nous n’avons pas reçu l’Esprit du Monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, II, 12).

  

1-223                  architecte[1]

 

La thèse des docteurs de la Gnose, affirmant que jusqu’à la venue du Sauveur les hommes avaient ignoré le Dieu d’En-Haut, le véritable Créateur de toutes choses, a sa confirmation dans les Evangiles synoptiques eux-mêmes :

« Père Juste, le Monde ne t’a point connu… » (Jean, Evangile, XVII, 25).

« Mon Royaume n’est point de ce Monde… » (Jean, Evangile, XVIII, 36).

« N’aimez pas le Monde, ni les choses qui sont dans le Monde. Si quelqu’un aime le Monde, l’Amour du Père n’est pas en lui. Car, tout ce qui est dans le Monde, le désir de la chair, le désir des yeux, et l’orgueil de la Vie, tout cela n’est point du Père, mais est du Monde… » (Jean, 1ère Epître, II, 15, 16).

 

La Crucifixion de Giotto di Bondone-v03

 

Que d’autres dieux se soient manifestés avant Lui, qu’ils aient tenté de détourner à leur profit le culte des hommes, qu’ils leurs aient dissimulé l’existence d’un Dieu Suprême, supérieur à eux-mêmes, ou bien que par le fait de leur spiritualité restreinte, de leur imperfection, ils aient ignoré ce Dieu, c’est là une thèse gnostique bien connue. Elle est la base de toute doctrine sur le Démiurge. Et le Christ la confirme de façon formelle :

« Tous ceux qui vinrent avant Moi furent des voleurs et des brigands, et les brebis ne les ont point écoutés. Moi seul, je suis la Porte, si quelqu’un entre par Moi, il sera sauvé… » (Jean, Evangile, X, 8, 9).

  

Matrix2 156[1]

 

  

 

 

Que dire en effet de cette prise de position formelle, où le Christ se présente en contradicteur absolu de la Loi :

« Vous avez appris qu’il a encore été dit aux Anciens : Vous ne vous parjurez point, mais vous vous acquitterez envers le Seigneur des serments que vous aurez faits.

« Et Moi, Je vous dis de ne point jurer du tout ! Ni par le Ciel, parce que c’est le Trône de Dieu, ni par la Terre, parce qu’elle est l’escabeau de Ses Pieds, ni par Jérusalem, parce que c’est la Ville du Grand Roi…

« Vous ne jurerez pas non plus par votre tête, parce que vous ne pouvez en rendre un seul cheveu blanc ou noir ! Mais que votre parole soit : Oui, oui, ou bien : Non, non.

« Car tout ce qui se dit de plus vient du Démon… » (Mathieu, Evangile, V, 33-37).

Ce Monde que le Nouveau Testament met ainsi au pilori devant les âmes prédestinées, ce Monde est en effet tout peuplé d’Anges, de Puissances, d’Archontes, d’Autorités plus ou moins légitimes et plus ou moins désintéressées :

 

L'Architecte Matrix-01                            L'ascension vers l'empyrée

 

« Et nous montâmes ; lui (l’Ange) et moi dans le Firmament, et là, je vis Samaël et ses Puissances, et il y avait un grand combat dans le Firmament. Les Anges de Satan se portaient violemment envie l’un à l’autre. Et de même qu’en haut en ce Firmament, il en est ainsi sur la Terre, car l’image de ce qui est dans le Firmament est ici sur la Terre… Ainsi en est-il depuis que le Monde existe, et cette lutte persistera jusqu’à ce que vienne Celui qui détruira le Monde… » (Ascension d’Isaïe : VII, 10-12).

« Ensuite, sera la Fin ; lorsqu’il remettra la Royauté à Celui qui est Dieu et Père, lorsqu’Il détruira toute Domination, tout Autorité, tout Puissance. Car, il faut qu’Il règne jusqu’à ce qu’Il ait mis tous ses Ennemis sous ses pieds… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, XV, 24-25).

« Il a effacé l’Acte qui nous condamnait, l’Acte dont les décrets nous étaient contraires, et Il l’a détruit en le clouant à la Croix. Il a ainsi dépouillé les Dominations et les Puissances, et Il les a offertes en spectacle en triomphant d’elles par la Croix… » (Paul, Epître aux Colossiens, II, 14, 15).

.../...

 

 

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[1] Tyr est aussi le nom de la planète Vénus, encore nommée Lucifer.

[2] Ceci peut correspondre au terme « Ange de la Face »…

 



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Orphée - dans Esotérisme & Gnose
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