Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 17:31

 

Les survivances possibles d’un culte démiurgique

On errerait grandement en supposant que la théorie de l’existence d’un Esprit du Monde, d’un Médiateur imparfait, détournant à son profit le culte du Dieu suprême, ait disparu avec les écoles gnostiques qui la soutenait.

Inconsciemment, dans leur très orthodoxe conception du Prince de ce Monde, les exégètes du christianisme officiel, suivirent parfois les hétérodoxes.

  

Symboles rituels

 

C’est ainsi que l’on fut amené à considérer que le Judaïsme, en se refusant à reconnaître le Messie promis, et en le mettant à mort, s’était tourné sans le savoir vers le Diable, et que, depuis la mort du Christ, c’était effectivement lui le « dieu de la Synagogue ». Et ceci dès le début du Christianisme :

« … de la part des Juifs, qui ont tué même le Seigneur Jésus, et ses prophètes, qui nous ont persécutés, qui ne plaisent plus à Dieu, qui sont ennemis de tous les hommes, puisqu’ils nous empêchent d’annoncer aux Gentils la Parole qui doit les sauver, pour combler ainsi et toujours la mesure de leurs péchés. Car la colère de Dieu est tombée sur eux, et elle y demeurera jusqu’à la Fin… » (Paul : 1ère Epître aux Thessaloniciens, II, 15, 16).

« … et on ne doit point s’en étonner, puisque Satan se transforme en Ange de lumière… » (Paul : 2ème Epître aux Corinthiens, XI, 14).

« Ecrivez aussi à l’Ange de l’Eglise de Smyrne : Voici ce que dit Celui qui est le premier et le dernier, qui a été mort et qui est vivant. Je sais quelle est votre affliction et quelle est votre pauvreté. Mais vous êtes riche, et vous êtes noirci par les calomnies de ceux qui se disent Juifs, ne le sont pas en fait, mais qui sont de la Synagogue de Satan… » (Jean : Apocalypse, II, 8, 9).

« Je vous amènerai bientôt quelques-uns de ceux qui sont de la Synagogue de Satan, qui se disent Juifs mais ne le sont point, mais qui sont des menteurs… » (Jean, Apocalypse, III, 9).

Aussi, dès le Moyen Age, époque où la Symbolique atteint incontestablement son apogée, voyons-nous l’ésotérisme chrétien attribuer à Israël, comme « gouverneur » astrologique, le signe zodiacal du Scorpion.

Or, ce signe est la huitième maison solaire, liée à la mort, aux deuils, dans la tradition astrologique universelle. A ce titre, c’est donc le signe du Diable, lié lui-même à la Mort, qu’il a en quelque sorte hypostasiée lors de sa révolte initiale :

« … afin de détruire par Son trépas celui est le Prince de la Mort, c’est-à-dire le Diable… » (Paul, Epître aux Hébreux : II, 14).

« Et Il précipitera la Mort dans l’Abîme à jamais… » (Isaïe, XXV, 8).

« Israël a péché jusqu’à adorer Baal. Il s’est donné à la Mort ! Mais un jour je te délivrerai de la puissance de la Mort. Et ce jour-là, ô Mort, je serai ta mort… Ce jour-là, ô Schéol, je serai ta ruine. » (Osée : XIII, 1, 14).

« Et tandis que la Mort discutait avec Jésus, dans le tombeau, Jésus affranchissait la Race Humaine, prisonnière aux Lieux-Bas… » (Evangile de Barthélemy : II, 1).

  

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« Alors, Abbadon, qui est la Mort, se leva. Il ne trouva plus le corps de Jésus, avec lequel il discutait dans le tombeau. Il dit alors à sa Puissance, le Fléau : Descends vite dans l’Amenti, et fortifie ta main en fermant les Portes, jusqu’à ce que je discerne qui est celui-là qui m’a ainsi trompé, sans que je le connaisse… » (Evangile de Barthélemy : II, 4).

« Alors, moi Jésus, je regardai dans la direction du Midi, et j’aperçus la Mort. Elle entra dans la demeure, suivie de l’Amenti, qui est son Instrument, et avec le Diable, suivi lui-même d’une foule de Satellites revêtus de Feu. Et je vis, au gémissement de mon père Joseph, qu’il avait discerné ces Puissances, encore jamais vues, et qu’il percevait ces Formes étranges, et qu’il est terrible de contempler… » (Histoire de Joseph le Charpentier, XXI).

« Ce n’est pas Dieu qui a créé la Mort… » (La Sagesse : I, 16).

D’ailleurs, l’animal lui-même est l’emblème du Mal dans la symbolique chrétienne traditionnelle.

« Sur certains monuments égyptiens, Horus, symbole du Bon Principe, nous dit L. Charbonneau-Lassay, luttant contre le principe destructeur et mauvais, foule aux pieds le scorpion en même temps que le crocodile et le serpent. Le scorpion est donc bien là un des idéogrammes du Mal… »

Or, les textes canoniques nous disent la même chose :

« Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les Serpents et les Scorpions, et toute la puissance de l’Ennemi… » (Luc : Evangile : X, 19).

Tertullien, au IIe siècle, assimile l’animal à l’hérésie elle-même (Œuvres, le Scorpiaque, I). Et le Blason lui-même l’adoptera comme image : « des imposteurs, médisants, traîtres, ayant des langues pleines de venin, plus dangereuses que la morsure du Scorpion… » nous dit V. de la Colombière, en sa « Science Héroïque ». 

 

Le Serpent1

 

Il n’est pas jusqu’au symbolique déroulement de la vie du Christ, qui ne tende à accorder au Diable des droits sur le Temple de Jérusalem. En effet, dans la triple scène de la Tentation, c’est d’abord dans le désert aride, puis sur une haute montagne, puis au pinacle du Temple, que Satan transporte Jésus pour mieux le tenter, et pour étaler à ses yeux les signes de sa toute-puissance temporelle et terrestre…

Il n’est pas non plus jusqu’à l’odieuse mesure de la « rouelle », petite roue jaune à huit rayons, que les Juifs devaient porter visiblement sur eux, dans l’Europe médiévale, qui ne parle clairement, elle aussi.

En effet, dans toutes les religions d’Extrême-Orient, mais plus particulièrement dans le Bouddhisme, la roue à huit rayons est l’image des vies successives par lesquelles l’homme épuise son karma, c’est-à-dire les conséquences de ses actions, bonnes ou mauvaises. D’où l’expression, pour désigner l’intérêt des pratiques ascétiques : « faire tourner la roue… », c’est-à-dire accélérer la destruction de ce karma. 

 

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Mais ne faut-il pas voir également à cette roue un sens plus secret encore ?

Pour les Gnostiques chrétiens, le Baptême libérait de l’esclavage du Prince de ce Monde. L’homme ne devait plus alors de comptes qu’à Dieu. Encore fallait-il que cette libération par le dit Baptême eut lieu. Sinon, il demeurait indéfiniment l’esclave de l’Arkonte d’ici-bas, qui, pour mieux le maintenir en esclavage, avait l’aiguillon du désir, la chaîne des passions, la ronde des vies successives :

« Ensuite, ils (les Arkontes) la conduiront en Enfer, vers Ariel, afin de la tourmenter (l’Ame)… Et Iahulam, serviteur d’Adamas Sabaoth, venant vers elle, lui apportera le calice de l’Eau d’Oubli, afin qu’en buvant elle perde le souvenir de toutes les formes qu’elle a déjà revêtues. Et ils la jetteront de nouveau vers un corps de chair… » (Valentin : Pistis Sophia).

« En vérité, je vous le dis, vous ne sortirez pas d’ici que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole… » (Matthieu : Evangile, V, 26).

Dès lors ne peut-on voir en cette roue jaune à huit rayons, imposée aux Juifs du Moyen Age, l’emblème de ceux que certains initiés chrétiens de la haute Eglise considéraient comme encore soumis à la « Roue du Monde », par leur fatal obscurcissement spirituel ? Peut-être…

  

Ermite Saint Paul-v01

 

A notre époque, il existe une entente tacite entre les diverses confessions religieuses. Toute violence, toute polémique déplacée, doivent être bannies des ouvrages d’apologétique ou d’exégèse. Et c’est fort bien ainsi.

Il est en effet incontestable que les prières du Juif ou du Musulman, comme celle du chrétien, sont dites à l’intention du Dieu Suprême. Il n’est que de lire les recueils des prières journalières du judaïsme, ou telles oraisons musulmanes, pour en saisir la profonde beauté, la foi immense, l’élan vers le Divin.

Mais un Origène ou un Clément d’Alexandrie seraient toutefois d’accord avec un Valentin ou un Basilide pour noter que néanmoins ces oraisons, pour belles et sincères qu’elles soient, expriment davantage la crainte devant un Dieu redoutable, que la confiance en un Dieu miséricordieux… Et les derniers n’omettraient point de souligner que ceci vient du fait que, entre le Dieu Suprême et l’Orant, se situe ce Médiateur, intransigeant et tyrannique, qui a encore des droits sur lui et entend s’en prévaloir jusqu’au bout.

  

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Actuellement, l’Islam religieux et l’Eglise catholique semblent faire assez bon ménage. Il n’en fut pas toujours ainsi. Pendant des siècles et des siècles, les théologiens chrétiens considérèrent avec amertume que l’Islam avait arraché au Christianisme l’ensemble du Moyen-Orient chrétien. Avec la chevauchée des successeurs de Mahomet, c’était l’apostasie religieuse qui s’était rapidement répandue.

En effet, que demeure-t-il actuellement des importantes églises chrétiennes établies dans les premiers siècles en Syrie, au Liban, en Arabie, en Tunisie ? Pas grande choses évidemment, tout au plus quelques vestiges épars et dispersés, minoritaires en tout cas et qui furent soumis des siècles au tribut, pour éviter le sabre… 

 

 

  

  

 

 

Et on ne manquait pas au Moyen Age de souligner que le nom même de Mahomet, en grec (langue de l’Apocalypse), donnait 666, le nombre de la Bête, c’est-à-dire de l’Antéchrist :

« C’est ici la sagesse. Que celui qui a l’intelligence comprenne et compte le nombre de la Bête, car ce nombre est celui d’un homme, et ce nombre est six cent soixante-six… » (Jean : Apocalypse, XIII, 18).

Il n’était jusqu’à la symbolique musulmane, que le Moyen Age chrétien, si épris de Symbolisme et d’Esotérisme, ne considérait comme totalement luciférienne. En effet, Mahomet avait proscrit l’emploi de l’or au profit de l’argent pour les bijoux. Or l’or est le symbole du Christ, qui s’est lui-même comparé au Soleil de Justice, (et l’or est le métal solaire). Conséquence, l’argent était le métal de son adversaire…

L’Islam avait adopté toute la symbolique vénusiaque : le vert comme couleur emblématique, le vendredi comme jour de prière (et en place du dimanche, jour du Seigneur) ; le cuivre, pour quantité d’objets domestiques (alors que les Eglises chrétiennes refusaient en premier ce métal pour les vases sacrés de leur liturgie) ; le benjoin (ou Djaoui, ou encens de Java), comme parfum aussi bien liturgique que domestique ; l’étoile à cinq branches, dite pentagramme, en place de la croix, le bois de santal, la turquoise, pour les chapelets, etc…

Or, tous ces symboles, encore une fois, sont liés par des règles analogiques impérieuses, depuis la plus haute antiquité, à la planète Vénus, dont un des noms, lorsqu’elle se lève avant le Soleil, est Lucifer… 

 

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Aussi, pour l’Occident chrétien, et ceci jusqu’à ces cinquante dernières années, Mahomet et la religion fondée par lui, étaient-ils une des manifestations de l’Adversaire.

Il n’était pas jusqu’au fait que le Prophète se disait descendant d’Ismaël qui n’accentuât cette fâcheuse impression. Ismaël, fils d’Abraham et d’Agar, était le frère aîné et le rival d’Isaac, préfigure du Christ, comme Esaü l’avait été de Jacob, et Caïn d’Abel.

C’est pourquoi, pour bien des mystiques chrétiens, le Prince de ce Monde, chassé par le Christ, avait néanmoins réussi à se reconstituer un culte et à reprendre en partie sa place, dans un judaïsme abandonné par Dieu, et dans un Islam qui était son œuvre. 

 

 

 

Pour être complet, nous ajouterons qu’au 18ème siècle, dès l’apparition de la Franc-Maçonnerie, l’Eglise latine prendra position contre la définition même de Dieu par celle-ci, et que de nombreux polémistes chrétiens n’hésiteront pas à identifier le Grand Architecte de l’Univers avec le Prince de ce Monde.

Et il faut bien l’avouer, nombre d’écrivains maçonniques, apporteront maladroitement de l’eau à leur moulin !

 

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En son « Encyclopedia of Freemasonry”, le Dr Mackey nous dit en effet ceci, que n’auraient pas désavoué un Marcus ou un Marcion :

« La Maçonnerie voit dans le Dieu suprême qu’elle adore, non pas un numen divinum, une puissance divine, non pas un moderator rerum omnium, un modérateur de toutes choses, comme l’appelaient les anciens philosophes, mais un grand « architecte » de l’Univers. D’après la conception maçonnique, c’est lui qui est le tout-puissant constructeur de ce globe terrestre et des innombrables mondes qui l’entourent.

« Il n’est pas l’ens entium (l’Etre des êtres), aucun des titres dont l’a gratifié, la spéculation ancienne et moderne ne lui convient. Il est, simplement, l’architecte, au sens où les Grecs entendaient leur arkitekton, c’est-à-dire un contremaître, sous les ordres duquel nous devons travailler comme des ouvriers… Notre travail constitue donc notre culte… »

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Ainsi, pour le Dr Mackey, le dieu de la Franc-Maçonnerie n’est pas l’Etre des êtres, mais simplement son contremaître. Il est difficile d’être plus démiurgique, ni de mieux devancer les conclusions d’Eddington !

Un autre maçon américain, le continuateur du Dr Mackey, en son « The Symbolism of Freemasonry », nous avons nommé McClenachan, traitant du symbolisme de la lettre G figurant dans l’Etoile à cinq branches des Loges maçonniques des trois premiers degrés, nous dit tout d’abords qu’elle signifie le mot anglais GOD, désignant Dieu.

  

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Il faut alors épeler ce mot phonétiquement : G.O.D. initiales de trois mots hébreux : Gomer, Oz, Dabar.

« C’est là une singulière coïncidence, nous dit-il, qui mérite de retenir notre attention. Car les lettres qui composent le mot anglais de la Divinité se trouvent être les initiales des mots hébreux : Sagesse, Force, Beauté, les trois grandes colonnes ou supports métaphoriques de la Franc-Maçonnerie. Elles présentent la raison presque unique qui ait pu faire accepter aux Maçons l’emploi de la lettre G suspendue ostensiblement à l’orient, dans la Loge, au lieu du Delta. Et la coïncidence semble être plus qu’un accident fortuit… »

C’est en effet curieux. D’autant que si nous nous reportons au fameux passage d’Ezéchiel relatif au « roi de Tyr », nous retrouvons ces trois qualités :

« Fils de l’Homme, donnez le signal du deuil sur le roi de Tyr. Vous lui direz : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Vous étiez le sommet de la Perfection, plein de Sagesse, parfait en Beauté, etc… Chérubin protecteur, aux ailes déployées… » (Ezéchiel, XXVIII, 12 et suivant)

Or, le sommet de la perfection divine, c’est la toute-puissance.

Nous retrouvons là les trois qualités du dieu maçonnique : puissance, sagesse, beauté.

  

Monolithe noir

 

Le dieu maçonnique est en outre un dieu essentiellement créateur et générateur au sens matériel et sexuel du mot. Qu’on en juge :

« Le monolithe, ou colonne ronde qui se dresse seule, était pour les anciens une représentation du phallus, symbole de la force créatrice et génératrice, et c’est en ce pilier phallique qu’il nous faudra retrouver la véritable origine du culte des colonnes, qui n’était qu’une des formes du culte phallique, le principal des cultes auxquels se livraient les peuples païens. » (Dr Mackey : Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie et des Sciences qui s’y rattachent)

Or, le gnosticisme extrémiste reprochait justement aux Juifs et aux Chrétiens ordinaires de suivre à la lettre l’axiome du dieu de la Genèse : « Croissez et multipliez… » (Genèse : 1, 28)

A ce passage, ils opposaient les nombreux versets du Nouveau Testament où l’on voit le Christ faire l’éloge de la continence et de la chasteté :

« Vous êtes dans l’erreur… Car à la Résurrection, les hommes ne prendront point de femmes ni les femmes d’époux, mais ils seront comme les Anges de Dieu, dans le Ciel… » (Matthieu : Evangile XXII, 30).

« Ses disciples lui dirent : Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier. Il leur répondit : Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère, il y en a qui le sont devenus par les hommes, et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, en vue du Royaume de Dieu… » (Matthieu : Evangile, XIX, 10-22).

  

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« Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple… » (Luc : Evangile, XIV, 26)

« Le Seigneur m’a révélé ce que l’Ame doit dire quand elle monte au Ciel et comment elle doit répondre à chacune des Puissances Supérieures : « Je me suis connue moi-même, déclare-t-elle, et je me suis recueillie en tous sens. Je n’ai point engendré de fils à l’Archonte, mais j’ai extirpé ses racines, j’ai réuni les membres dispersés, et je sais qui tu es : une des Vertus Supérieures !... » (Evangile de Philippe, apocryphe).

A rapprocher de la phrase célèbre de l’Evangile des Egyptiens, citée par Clément de Rome en sa seconde Epître à l’Eglise de Corinthe et par Clément d’Alexandrie en ses Stromates :

« Et Marie-Salomée demanda au Seigneur : Maître, quand finira le règne de la Mort ? Et Jésus répondit : Lorsque vous autres femmes ne ferez plus d’enfants… Lorsque vous aurez déposé le vêtement de honte et d’ignominie, lorsque les deux deviendront un, que le mâle et la femelle seront unis, qu’il n’y aura plus ni homme ni femme, alors finira le règne de la Mort… »

  

La vie de Marie-Madeleine de Giotto di Bondone-v02

 

Il est d’ailleurs à noter que la propagande en faveur de la procréation à outrance, soutenue aussi bien par les catholiques, les protestants, que par les marxistes, politique suivie instinctivement par les masses incultes tant musulmanes que brahmanistes, mène peu à peu le monde moderne à des famines sans précédents pour la fin du siècle.

Ces famines seront à la source des ruées et des chocs apocalyptiques dans lesquels se ruineront l’Orient et l’Occident, dans lesquels disparaîtront les civilisations actuelles, et qui seront peut-être cause de la fin de notre monde…

Dans la Maçonnerie française, nous nous bornerons à citer un des meilleurs ouvrages modernes (sinon le meilleur), consacré à « La Symbolique Maçonnique », celui de Jules Boucher. Ce dernier nous dit ceci au sujet du Grand Architecte de l’Univers :

« La notion du Grand Architecte de l’Univers est, en Maçonnerie, à la fois plus ample et plus restreinte que celle du Dieu des diverses religions. Le Grand Architecte de l’Univers peut, dans une certaine mesure, être assimilé au Démiurge platonicien, dont l’intelligence nous échappe déjà. » (Jules Boucher : La Symbolique Maçonnique).

Ce même auteur nous a d’ailleurs précisé sa pensée dans un autre ouvrage :

« Le Magiste doit savoir que la Cause Suprême est inaccessible. Il serait vain de s’adresser à elle. Au contraire, le Démiurge, l’Architecte divin, touche plus directement notre monde… » (Jules Boucher : Manuel de Magie Pratique).

  

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Peu après, le même auteur nous donne une formule de consécration du magicien au dit Démiurge ; et il prend soin de nous préciser que cette consécration est faite « in aeternum », pour l’Eternité !

Comme précédemment il avait écrit les lignes suivantes :

« Nous le répétons, nous ne sommes pas luciférien, c’est-à-dire que nous n’appartenons à aucune secte luciférienne… Les sectes lucifériennes actuelles sont loin de la vérité. Elles aussi ont perdu la Parole… », on peut donc admettre que pour cet auteur, comme autrefois pour les Gnostiques, le Démiurge et l’Ange rebelle ne font qu’un. Ses efforts pour constituer un groupement à caractère magique, dans lequel la consécration des membres au Démiurge, ouvertement annoncée, était assurément le fait le plus inattendu pour notre époque, montre que là encore, et cette fois ouvertement, le fait démiurgique revêtait une actualité encore incontestable…

  

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Avec René Guénon, nous passons à une autre définition du Grand Architecte de l’Univers.

« Le Grand Architecte de l’Univers trace le plan idéal qui est réalisé en acte, c’est-à-dire manifesté dans son développement indéfini (mais non pas infini), par les êtres individuels qui sont contenus en son Etre Universel. Et c’est la collectivité de ces êtres individuels, envisagée dans son ensemble, qui constitue le Démiurge, artisan ou ouvrier de l’Univers.

« Cette conception du Démiurge correspond, dans la Qabbalah, à l’Adam protoplaste (premier formateur), tandis que le Grand Architecte de l’Univers est identique à l’Adam Kadmon (l’Homme Universel). Ceci suffit à marquer la profonde différence qui existe entre le Grand Architecte de la Maçonnerie et les dieux des diverses religions qui ne sont tous que des aspects du Démiurge. » (René Guénon, sous le pseudonyme de Palingénius, in revue « La Gnose », 1911). 

 

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Louis Lachat, en son livre « La Franc-Maçonnerie Opérative », commet une erreur lorsqu’il nous montre la cathédrale de Cologne consacrée au Grand Architecte de l’Univers. En réalité, il cite un écrivain franc-maçon qui se laissa emporter par son zèle…

« On répandit des cendres sur le pavé de l’église, et pour marquer que c’était une maison consacrée à cette doctrine dont Jésus-Christ est le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga, l’archevêque, avec l’extrémité de sa crosse, traça sur la cendre répandue toutes les lettres de l’alphabet, depuis la première jusqu’à la dernière. De l’angle sud-est à l’angle nord-ouest, il écrivit l’alphabet grec, et de l’angle nord-est à l’angle sud-ouest, l’alphabet latin, de sorte que les caractères formèrent une croix dont les lignes se coupaient diagonalement. Ensuite, on aspergea l’autel, puis on invoqua le Créateur tout-puissant, le Grand Architecte de l’Univers, on le supplia d’accorder de la durée et de la solidité à cette maison, d’en éloigner les mauvais génies et d’y faire descendre les anges de la paix… » (Sulpice Boisserée : Description de la Cathédrale de Cologne, Paris, 1823).

  

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Il suffit de prendre en mains le « Rituel de Consécration des Eglises » de la liturgie latine pour voir que, si notre auteur suit dans les grandes lignes le déroulement d’une consécration de ce genre, il prend des libertés avec la terminologie !

C’est ainsi que là où la liturgie parle des Esprits du Mal, il emploie l’expression « mauvais génies ». Nous avons parcouru différentes éditions du Pontifical Romain au chapitre des « Prières et Cérémonies de la Consécration ou Dédicace d’une Eglise », éditions portant sur des périodes éloignées, nous n’avons jamais vu apparaître l’expression « Grand Architecte de l’Univers », mais bien celle, classique, de « Père, Fils et Esprit-Saint ». Sans doute Sulpice Boisserée, en son enthousiasme maçonnique, bien dans la note du dix-neuvième siècle, a-t-il cru préférable d’utiliser un vocable qui lui était familier.

Mais il est absolument certain que jamais un évêque ne se permettrait pareille substitution, théologiquement impensable ! 

 

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Nous en avons ici terminé avec l’énumération des survivances possibles d’un culte rendu au Démiurge, dans les aspects les plus communs et les plus familiers.

Il reste à envisager comment le fait peut se produire, dans un monde moderne, pétri de cartésianisme.

Nous pensons que l’explication la plus simple est celle donnée par la Métapsychie.

L’Homme-Individu est lié psychiquement à une Ame-Collective. Comme le dit si bien Carel dans « l’Homme, cet inconnu », il semble que les limites de l’homme réel se trouvent au-delà de sa surface cutanée, que la netteté des contours anatomiques soit en partie une pure illusion, que chacun de nous soit beaucoup plus vaste et aussi plus diffus que son corps. L’esprit n’est pas entièrement et uniquement circonscrit dans les trois dimensions du continuum physique. Il se trouve donc à la fois dans l’Univers matériel, et « ailleurs »…

  

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Il s’insère dans la Matière par l’intermédiaire de son cerveau et de ses perceptions purement sensorielles, et il se prolonge d’autre part, hors de l’Espace et du Temps, comme une algue se fixe à un rocher, tout en laissant flotter sa chevelure dans l’Océan. Et c’est ainsi que, par cette Ame-Collective qu’est en fait l’Humanité-Totale, ou par une perception individuelle et particulière, chacun de nous entre plus ou moins effectivement en relation avec cette Pensée Vivante, baignant et pénétrant tout l’Univers, que nous évoquions au début de notre étude, et que la Science moderne, nous dit Eddington, si elle la perçoit incontestablement à l’œuvre dans le Cosmos et son hylée, ne peut toutefois encore classer parmi les Démons ou les Dieux…

Et en conclusion, nous ne pouvons mieux faire que citer le grand Plutarque, au sujet des religions et des croyances simplement axées sur la notion du Démiurge :

« Quant à ceux pour qui Apollon et le Soleil ne font qu’un, ils méritent à coup sûr nos égards et notre affection, à cause même de leur noblesse d’esprit. Pourtant, éveillons-les, comme des gens qui viennent de rêver de DIEU dans le plus beau des Songes… Et exerçons-les à monter plus haut, pour avoir de la DIVINITE PURE une vision réelle, et contempler, enfin, son Essence… » (Plutarque : « De l’E de Delphes »).

Car, ainsi que le prévoit l’Ecriture :

« Tout ce qui est corruptible sera finalement détruit, et l’Ouvrier s’en ira avec son ouvrage… » (Ecclésiastique : XIV, 20).

Et ce sera donc logiquement la Fin des Temps et de la Matrice…

 

  

La neuvième porte-v1

 

  

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Par Orphée - Publié dans : Esotérisme & Gnose - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 17:03

 

 

L’illusion trompeuse

La gnose a mis l’accent sur la négativité du monde et sur les ruses employées par ses chefs, les archontes, afin de garder l’homme esclave et le persuader que la dimension où il se trouve est la seule vraie. Déboussolé, sans repères, l’homme perd la conscience de ce qu’il est et il s’égare, persuadé que son dieu est le démiurge. Comme l’affirme le Livre de Thomas l’athlète, retrouvé à Nag Hammadi, les ténèbres lui sont apparues comme si elles étaient la lumière. Englué dans l’illusion, il ne sait plus distinguer le vrai du faux – situation menant à la folie, à la perte de soi. L’Evangile selon Philippe aborde ce thème par le problème des noms. 

 

Le Serpent-Art5

 

Affleurent à l’arrière-plan les spéculations juives autour du nom qui contient l’essence d’un être, d’une chose : « Les noms données aux choses terrestres sont trompeurs, car ils détournent nos pensées de ce qui est vrai vers ce qui est faux » […]. Ils [les gouverneurs du cosmos] voulurent tromper l’homme, car ils virent qu’il était apparenté avec les véritablement bons (c’est-à-dire les êtres célestes). Ils prirent donc les noms des bons et les donnèrent à ceux qui ne le sont pas : par les noms, ils trompent l’homme […], ils voulaient, en effet, supprimer la liberté de l’homme et en faire leur esclave pour toujours » (53, 24-54, 31).

  

Marcion-01

 

Tout comme l’Evangile selon Thomas, l’Evangile selon Philippe contient des dits du Christ. Certains d’entre eux, environ une dizaine, ne trouvent aucune comparaison avec ceux conservés par les évangiles canoniques.

Le Sauveur

Un sauveur est dépêché d’en haut pour ramener l’âme auprès de Dieu.

Ce sauveur est l’esprit, double de l’âme, qui, lui, ne s’est pas compromis sur terre. Son rôle est de faire accéder l’âme à la connaissance. 

 

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Dans le Traité de l’interprétation sur l’âme, la connaissance débouche sur une unité retrouvée, rendue par des métaphores nuptiales : âme et esprit se réunissent comme l’époux et l’épouse ; quittant sa vie de prostitution, l’âme réintègre la chambre nuptiale, image du plérôme. 

 

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Dans l’Hymne de la perle, en revanche, le tableau est plus complexe car l’on assiste à un dédoublement des personnages. Le prince est à la fois l’âme qui sombre dans le monde et l’esprit envoyé d’en haut pour libérer la perle. Tombant à son tour sous la coupe des archontes, le prince nécessite, lui aussi, un sauveur. Ce dernier est son alter ego lumineux, qui était resté en sécurité près du Père. Allant à la rencontre du prince sous l’apparence d’un habit de lumière, il s’emploi à le sauver. Cet habit de lumière est le « moi » : et les deux alors deviennent un. Le prince se connaît soi-même et, délivré, il pourra sauver l’âme, la perle.

   

 

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Se dessine ici, sous une forme mythique, le thème gnostique du « Sauveur sauvé ». Ce thème se retrouve également dans des textes gnostiques imprégnés de motifs chrétiens où il s’applique au personnage de Jésus-Christ.  

 

 

 

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Le Sauveur descend sur terre pour le salut des hommes et, à son tour, il assume, pour un temps, leur destinée, non dans le but de donner un sens au monde et à la souffrance ici-bas, comme dans la christologie de la Grande Eglise, mais pour délivrer les parcelles lumineuses qui s’y sont dévoyées. Le sauveur gnostique, en effet, reste foncièrement étranger au monde. Le corps qu’il revêt dans sa descente n’est qu’un masque provisoire pour passer inaperçu aux yeux des puissances cosmiques et leur soutirer les âmes. Le sauveur répond à la tromperie des archontes par la tromperie. Sa passion et sa crucifixion ont eu lieu pour duper les puissances : n’ayant souffert qu’en apparence, Jésus se moque de la crédulité des archontes qui, en voyant sa dépouille crucifiée, pensaient l’avoir tué.

 

De même, la remontée de l’âme en un long voyage périlleux, se fait à l’image de la ruse, seul moyen pour éviter les embûches dont sont parsemées les sphères.

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Par Orphée - Publié dans : Esotérisme & Gnose - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 19:31

 

En effet, comme le Démon est aussi l’Ange accusateur, qui met en évidence, à l’instant du jugement, ce qui peut être reproché à l’âme du défunt, toutes ses sanies morales, de même le Coq fouille la pourriture du fumier et met en évidence les vers qui sont nés de ce fumier même.

Comme le Démiurge mesure ce Temps et cet Espace dont il est l’auteur en tant que seigneur de la Matière, de même le Coq rythme et mesure par son cri la roue perpétuelle des jours de la Vie, l’enchaînement des heures. Et comme l’Ange Rebelle, il est un annonciateur de la lumière, luci-fere, sans être la lumière elle-même.

Dans le Talmud, le Coq est désigné en effet comme le compagnon de Samaël, l’Ange du Mal et de la Mort (« Satan, le jetzer hara en hébreu l’impulsion mauvaise, et l’Ange de la Mort ne font qu’un… » - Talmud : B. b. 16a). Et selon le légendaire et l’iconographie démoniaque, les Esprits du Mal ont fréquemment des pieds de coq dans leurs apparitions. En Kabale, Astaroth, le « dieu » de la troisième « quliphah », Abron, a une crête de coq. C’est pourquoi la croyance chrétienne superstitieuse prête au Diable en général une crête de coq, nous dit Charbonneau-Lassay en son « Bestiaire du Christ ».  

 

Hellraiser : Pinhead, Prince des Enfers et des Cénobites métaphore de Samaël (Satan) Prince des Ténèbres, du Mal et de la Mort

   

 

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Chez les Romains, le coq était mis en relation avec le Monde Infernal, (Cf. Cicéron : Contre Pison, 27, fin : « Ubi galli cantum audivit avum suum revixisse putat mensam tolli jubet… » paragraphe 10, 24 et « Petrone » 74).

 

Henri-Cornelius Agrippa, en sa fameuse « Philosophie Occulte », livre IV, à la « Table des Signes et Figures des Mauvais Génies », nous dit que la crête de Coq, est significatrice du duché (latin dux : conducteur), soit les fonctions de chef de cohorte ou de légion parmi les démons :

« Nous pourrions connaître les dignités des Mauvais Esprits par ces mêmes Tables des Caractères et Images. Car un Esprit quelconque, à qui est attribué quelque emblème ou instrument, possède par lui-même quelque dignité. Si c’est la couronne, ceci indique la dignité royale, si c’est la crête, le duché, etc… »

Le lamaïsme tibétain donne au Coq, le symbolisme de la luxure, et l’iconographie chrétienne également. Elle y ajoute en plus celui du péché d’orgueil.

Le Coq annonce par son cri le retour prochain du Soleil, comme la venue de l’Antéchrist annoncera celui du Christ Glorieux. C’est le Coq qui est le guetteur des sabbats de sorcellerie, prévenant les officiants des rites noirs, de la venue de cette lumière physique qui dissoudrait par ses rayons l’essence psychique et occulte des sortilèges.

Et dans l’épisode du reniement de Pierre, il est bien là l’incarnation de l’Accusateur par excellence, ce Coq solitaire qui, du sein du Temple, mystérieusement, fait éclater son cri vainqueur dès que Pierre, pour la troisième fois, a renié son Maître…

  

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Et c’est pourquoi tout le mystère demeure, et du choix de cet oiseau, si chargé de symbolisme maléfique pour l’Israël ancien, et de sa présence dans le Temple du Seigneur, à Jérusalem. A moins qu’on ne l’associe aussi à celui du « potier », de cet Ouvrier-en-Argile que nous avons tenté en ces pages, de mettre en évidence, et qui avait logiquement sa place dans un sanctuaire conçu pour être l’image ésotérique de l’Univers…

On ne saurait exciper rien de sérieux de la présence du Coq en haut des clochers de nos églises d’Europe occidentale. Ceci n’est pas antérieur à l’architecture gothique, c’est-à-dire au Moyen Age. Les églises byzantines, puis romanes, qui sont les plus anciennes églises chrétiennes, n’en eurent jamais. Or, les « bâtisseurs » médiévaux de nos cathédrales avaient conservé certains rites athropoïques de fondations. C’est ainsi qu’ils avaient coutume, au début des fouilles, de sacrifier de nuit un coq au centre de celles-ci. Et le sacrifice d’un coq, généralement noir, d’ailleurs (en Grèce, les victimes sacrifiées à Hadès, étaient noires), figure dans les grimoires de la sorcellerie des campagnes, comme un hommage aux puissances souterraines. C’est d’ailleurs pourquoi, et sans doute par prudence, l’Eglise catholique impose que le Coq d’un clocher soit béni et contienne toujours des reliques.

Les anciens Gnostiques, eux, ne s’y étaient pas trompés, qui représentaient le Démiurge, qu’ils nommaient l’Abraxas (en grec, ce mot a pour valeur numérale 360, nombre des « cieux » créés par le Démiurge) sous la forme d’un Serpent à tête de Coq.

Les évangiles apocryphes gnostiques

D’autres évangiles furent écrits qui, eux, n’étaient pas intéressés à décrire des faits de la vie de Jésus en les rehaussant par l’imaginaire. Abstraits, portés sur la spéculation intellectuelle, ils sont marqués par une doctrine précise et ils comptent parmi les écritures sacrées d’un mouvement religieux dont l’importance fut grande aux premiers siècles de notre ère : la gnose.

Qu’est-ce que la Gnose ?

« Qui sommes-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où avons-nous été jetés ? Où allons-nous ? » (Théodote, maître gnostique du IIe siècle). 

 

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La gnose est centrée sur la recherche et la réalisation d’une connaissance (gnôsis en grec) qui illumine subitement l’homme en lui révélant à la fois qui il est, quelle est sa condition dans le monde et quel lien l’unit à Dieu. Cette connaissance totale offre à celui qui l’obtient un salut immédiat et définitif.

  

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La doctrine de la gnose s’est répandue, animée par divers courants, entre les IIe et IVe siècles, dans l’Empire romain. A cette époque règne une forte tension intellectuelle, où se croisent des idées venant d’Orient comme d’Occident. Le problème de l’homme, de son rapport au monde et à Dieu est au cœur de la réflexion religieuse. Si le judaïsme, le christianisme et le paganisme dominent la scène, d’autres courants de religiosité cherchent par différentes voies – cultes à mystères, magie ou expérience mystique – un contact direct et personnel avec Dieu. C’est dans ce creuset syncrétiste que s’inscrit la pensée de ceux qui partagent les idéaux de la gnose, les gnostiques (en grec, gnostikoi, « ceux qui connaissent »).

Les lieux où elle s’est développée sont les grands centres culturels de l’époque, Alexandrie, en Egypte, Edesse et Antioche, en Syrie, et bien sûr Rome. L’Asie Mineure a été également un foyer de la pensée gnostique. A partir de ces grands centres cosmopolites, la gnose s’est frayé un chemin dans l’Empire tout entier, portée par des penseurs qui firent de la propagande pour leurs idées et fondèrent des écoles de pensée.  

L’univers, une prison planétaire

« Les âmes ont été réduites en esclavage par le premier père (le démiurge) et, ainsi, elles ont été enfermées dans les prisons des corps façonnés jusqu’à l’achèvement de l’éon » (traduction de M. Tardieu, in Ecrit sur les origines du monde, Nag Hammadi, codex II, 5). 

 

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L’un des fondements de la pensée gnostique est que l’univers n’est pas l’œuvre d’un dieu bon, mais qu’il a été créé par un dieu second, malhabile et méchant. En langage gnostique, ce dieu inférieur est appelé le démiurge (du grec demiurgos, « façonneur »). Aidé par ses anges mauvais, les archontes (du grec archon, « chef »), celui-ci a doté l’homme d’un corps qui lui tient lieu de prison, puis l’a placé dans une geôle encore plus effroyable, l’univers, gardée par des implacables surveillants planétaires qui en contrôlent chaque rouage.

  

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Par cette approche mythique, la gnose aborde le problème du mal, ancré dans toute pensée religieuse ou philosophique et tente de lui apporter une réponse. L’introduction d’un dieu second lui permet de situer l’origine du mal en dehors de l’entité divine supérieure. Toutefois, dans la gnose les deux dieux ne sont pas sur le même plan, le démiurge étant inférieur au dieu suprême, et les systèmes gnostiques ne sont pas véritablement dualistes.  

Le démiurge a fait de l’homme son esclave, le rendant en même temps esclave de son corps, des passions qui le déchirent, de la sexualité et aussi du cycle des générations. Mais il l’a fait avant tout esclave de l’ignorance qu’il l’a rendu aveugle, lui empêchant de distinguer le vrai du faux et de prendre conscience de lui-même. Car l’homme, empêtré dans un corps de chair, possède toutefois un esprit ou une étincelle de connaissance, qui lui vient du dieu transcendant : si l’homme est capable de revivifier en lui cette part de lumière et de la dégager de l’oubli, il peut regagner ses origines divines en se libérant de l’emprise du démiurge.

  

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Le démiurge créateur et le Dieu transcendant

« La matière blesse les yeux de l’âme voulant l’aveugler […]. En secret son fiancé lui a apporté la raison (en grec, logos). Il le lui a donné dans la bouche, pour qu’elle en mange comme d’une nourriture et il a appliqué le logos sur ses yeux comme un collyre pour qu’elle puisse voir avec son intellect et qu’elle reconnaisse ceux qui appartiennent à sa race » (Discours véritable, Nag Hammadi, codex VI, 3, 22-30).

  

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Dans beaucoup de systèmes gnostiques, le démiurge créateur est identifié au dieu de la Bible. C’est lui le geôlier qui enserre l’homme dans les liens pesants de la création pour qu’il oublie le Dieu transcendant dont il est issu. Cette interprétation très polémique du Dieu biblique a entraîné de la part des gnostiques le refus des Ecritures bibliques, inspirées selon eux par le démiurge mauvais. Le récit consigné dans le livre de la Genèse est interprété par les gnostiques comme une histoire de tromperie à l’égard de l’homme, et le serpent devient, dans cette relecture, un symbole de la connaissance que le démiurge refuse d’octroyer à l’homme. En revanche, c’est au dieu supérieur, un dieu parfaitement bon et infiniment éloigné – les gnostiques le nomment l’Inconnaissable – que doivent tendre ceux qui ont pris conscience à la fois de leur condition humaine et de leur origine divine. Les gnostiques, en se reconnaissant comme des étrangers au monde et des exilés sur terre, auront comme seul but de retrouver leur patrie céleste : une patrie de joie, de repos et de lumière où l’être humain, rendu à lui-même, s’épanouira totalement, après s’être dégagé du carcan de l’histoire et du temps. Ceux-ci ne font pas partie de l’économie divine, mais sont les manifestations d’un destin implacable, voulu par les puissances mauvaises dans le but de séparer l’homme de Dieu.

La gnose, une doctrine d’élite

« Peu d’hommes sont capables d’un tel savoir : il n’y en a qu’un sur mille, deux sur dix mille. Leurs mystères ne doivent absolument pas être divulgués mais gardés secrets dans le silence » (Extrait de Basilide, selon Irénée de Lyon, Contre les hérésies, I, 24, 6).

« [Parole de Jésus] Je vous choisirai un sur mille et deux sur dix mille et ils se tiendront étant un seul » (Evangile selon Thomas, Nag Hammadi, codex, II, 2, logion 23).

  

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Cette doctrine fondée sur la connaissance a un aspect profondément élitiste : la gnôsis n’est pas pour tous : seuls ceux qui parviennent à retrouver en eux-mêmes une étincelle de lumière, unique signe de leur appartenance d’antan au royaume céleste désormais perdu, peuvent se pénétrer de la connaissance.

La lumière de la connaissance provient d’une révélation. Chez les gnostiques de culture chrétienne, cette révélation se fonde sur des paroles secrètes que le Christ aurait transmises à quelques disciples privilégiés. Marie-Madeleine, Jean, Jacques, Thomas, Philippe et même Judas ont été, selon eux, les dépositaires de paroles de vérité qui furent consignées par les écrivains de la gnose en des écrits de teneur ésotérique. 

 

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Ces écrits doivent rester cachés au plus grand nombre et ne peuvent être approchés que par ceux qui ont entrepris une quête intérieure. Ce sont donc des « apocryphes », au sens premier du terme (« caché », « secret », du verbe grec krupto, « cacher »).

Puisqu’ils se considéraient comme les héritiers et les détenteurs d’une connaissance supérieure communiquée par le Christ lui-même, certains gnostiques se proclamaient les « vrais chrétiens » et considéraient avec mépris les fidèles de l’Eglise officielle qui était en train de se constituer et de se consolider comme une structure unitaire au IIe siècle. Tertullien de Carthage, un polémiste chrétien qui lutta à cette époque contre les gnostiques, s’exprime ainsi : « Ils nous qualifient de « simples », et de simples uniquement, sans nous reconnaître aussi la sagesse ; comme si la sagesse était nécessairement dissociée de la simplicité alors que le Seigneur les rapproche l’une de l’autre : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes » (Matthieu, 10, 16) » (Contre les valentiniens, II, 1). Les valentiniens sont des groupes issus de l’enseignement de Valentin, maître gnostique d’origine égyptienne du IIe siècle).

  

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Cette prétention de supériorité déclencha la réaction de l’Eglise : le christianisme se voulait une religion universelle, transmettant par le Christ le message destiné à tout le monde, sans distinction de race, de culture ou d’appartenance sociale. La religion gnostique n’est, en revanche, que pour une minorité d’élus qui ont retrouvé en eux-mêmes la voie de la connaissance. Cette connaissance est par ailleurs actualisée et l’homme peut l’atteindre déjà dans sa vie. De plus, du moment que cette gnôsis résulte d’une recherche intérieure à la fois intellectuelle et mystique, l’intermédiaire d’une structure et d’une hiérarchie (l’Eglise, par exemple) se révèle inutile aux fins de sa réalisation.  

Une gnose ou des gnoses ?

Le mouvement de pensée que l’on définit habituellement comme gnose ancienne ou gnosticisme se situe historiquement entre les IIe et IVe siècles. Néanmoins, le terme de gnose peut s’appliquer à diverses formes de pensée centrées sur l’idéal de la connaissance : le manichéisme, le mandéisme ou la kabbale, par exemple, sont des formes de gnose.

Une doctrine revêtue de mythes

La religion gnostique a souvent eu recours au mythe pour exprimer une doctrine construite sur l’opposition entre le monde céleste et l’univers terrestre, les deux dimensions où s’inscrit l’aventure existentielle de l’homme. Des récits hauts en couleur, foisonnants de personnages appartenant au monde d’en haut (Dieu et sa cour céleste), d’une part, et au monde d’en bas (le mauvais créateur et ses troupes démoniaques), d’autre part, permettent de mieux véhiculer une pensée aux contours très abstraits et, dans un certain sens, de la visualiser pour favoriser sa compréhension de la part des adeptes. En lisant certains textes, on pourrait même envisager qu’ils fussent destinés à une représentation théâtrale.

  

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Le mythe fondateur de la pensée gnostique est un mythe d’exil, coulée dans une épopée tragique et grandiose dont la principale protagoniste est Sophia (terme grec signifiant « sagesse »). Sophia est la dernière entité du monde céleste, que le Père a articulé en une série d’émanations (les éons) allant par paires, mâle et femelle. Insatisfaite de son statut et en quête de nouvelles dimensions, Sophia abandonne le monde parfait d’en haut, le plérôme (terme grec signifiant « plénitude »), mais elle chute vers le bas, et sa chute entraîne dans une série de tableaux successifs, la création, l’imperfection et la mort. 

 

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Elle donne aussi naissance à un avorton ignorant, privé de père, le démiurge, qui s’attellera à la création. Celle-ci portera la marque de son incapacité. Consciente de son erreur, exilée dans un univers défaillant qu’elle a elle-même contribué à faire exister, Sophia prend conscience de sa déchéance et supplie son Père céleste de la ramener dans sa patrie perdue. Apitoyé par tant de souffrance, le Père lui envoi du ciel un sauveur ; grâce à lui, Sophia entreprend le chemin du retour au bout duquel elle retrouvera sa demeure d’antan. 

 

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Les hommes et les femmes adeptes de la gnose revivent sur leur scène intérieure ce mythe de chute et d’exil que les écrivains gnostiques ont décliné sous des formes littéraires variées. Les acteurs en sont l’âme, perdue, dévoyée, et l’esprit, son double céleste par qui va se réaliser le salut. On décèle, par exemple, cette trame existentielle dans un poème des gnostiques naassènes, où l’on décrit l’âme perdue dans un labyrinthe sans issue, faisant appel, dans son effroi, à un Sauveur qui viendra la délivrer. On dégage ce même canevas mythique dans le Chant de la perle où sont contées les aventures d’un prince, fils des dieux, qui descend dans le pays d’Egypte pour s’approprier une perle tombée dans la gueule d’un dragon. Pris d’ivresse et de torpeur, symboles des liens corporels, le prince passe à travers toutes sortes d’épreuves avant de reconquérir la perle, l’âme, et retourner à son royaume d’origine. Une même structure mythique apparaît dans un conte gnostique qui voit l’âme comme une prostituée dans les bras de ses amants, les passions. Dans la souffrance, elle aspire à sa virginité antérieure et à son véritable époux, l’esprit. Sous un mode davantage philosophique, on dégage le même thème de l’exil dans un traité initiatique intitulé l’Etranger, où le protagoniste du même nom remonte les paliers de l’intellect pour parvenir, au terme de sa quête, à l’Un.  

 

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La réaction des autorités chrétiennes : la gnose comme hérésie

La gnose, qui abordait soit par des fresques mythiques, soit par une approche philosophique des questions de théologie, de cosmologie et d’anthropologie, provoqua la réaction des Pères de l’Eglise : prenant violemment position contre une doctrine qu’ils taxèrent d’hérétique, ils composèrent des œuvres de réfutation de la pensée gnostique en rappelant en même temps la « règle de vérité » qui régit l’Eglise et la validité de la succession apostolique mise en cause par les gnostiques. Le mépris du Dieu créateur de la Bible, le refus des Ecritures bibliques, la haine de l’univers et du corps, ainsi que la prétention de posséder une connaissance allant au-delà de celle transmise par l’Eglise furent parmi les points qui suscitèrent la mise au ban de la gnose. De plus, la gnose représentait un danger réel pour l’implantation de l’Eglise, car son haut niveau intellectuel était en mesure d’emporter l’adhésion d’un public cultivé et soutirait des fidèles aux rangs des chrétiens.

  

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Les renseignements contenus dans les ouvrages des Pères de l’Eglise, qu’on appelle aussi hérésiologues, sont précieux, car, au-delà de la relecture polémique des sources gnostiques, ils nous en fournissent des extraits. Ces sources de deuxième main étaient les seules dont l’on disposait, jusqu’à une période récente, pour entendre la voix des gnostiques. En effet, la plupart de leurs écrits furent détruits par la répression organisée non seulement par l’Eglise, mais aussi, au IVe siècle, par l’Etat romain, qui abandonna progressivement le paganisme pour le christianisme.

Des ouvrages de controverse, des « réfutations », furent écrits par les représentants de l’Eglise officielle qui se trouvèrent confrontés au problème de l’unité de l’Eglise. Irénée, évêque de Lyon, écrivit entre 180 et 185 un monumental ouvrage, Contre les hérésies. Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur. Une réfutation de toutes les hérésies fut écrite par le Pseudo Hippolyte au début du IIIe siècle. Epiphane, évêque de Salamine de Chypre, composa vers 375 le Panarion (terme grec signifiant « boîte à médicaments »), où il proposait les antidotes aux morsures de serpents, entendons les doctrines gnostiques. Tertullien de Carthage (160-220), Clément (vers 150-200) et Origène (vers 185-253) – les deux grands représentants de l’école d’Alexandrie – eurent aussi maille à partir avec les gnostiques.

Le corps est une prison

Les âmes ont été réduites en esclavage, selon le sort qui est le leur, par le premier père et ainsi elles ont été enfermées dans les prisons des corps façonnés jusqu’à l’achèvement de l’éon (Ecrit sans titre, NH II,5 114,20-24). 

 

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Il te faut déchirer de part en part la tunique qui te revêt, le tissu de l’ignorance, le support de la malice, la chaîne de la corruption, la geôle ténébreuse, la mort vivante, le cadavre sensible, le tombeau que tu emportes avec toi. […] tel est l’ennemi que tu as revêtu comme une tunique, qui t’étrangle et t’attire en bas vers lui, de peur que, ayant jeté les yeux en haut et contemplé la beauté de la vérité, tu ne viennes pas à haïr la malice de l’ennemi, ayant compris toutes les embûches qu’il a dressé contre toi (Corpus hermétique VII, 2-3). 

 

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Les gnostiques décrivent le corps comme un cachot étroit où l’âme se cogne et suffoque. Le corps est à l’image du monde, geôle infernale où l’humanité se perd comme dans un labyrinthe.

Nous voici plongés au cœur d’un des soucis fondamentaux de la doctrine gnostique : le problème du Mal. 

 

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Le démiurge et les archontes

Dire que le monde est Mal implique que son créateur l’est tout autant. En effet ce n’est pas un dieu de vérité, infiniment bon, qui aurait pu créer cet univers, infiniment mauvais. 

 

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Pour appuyer ce constat, les gnostiques attribuent la création du monde et de l’homme à un deuxième dieu : le démiurge. Sa puissance n’égale pas celle du dieu de vérité (le gnosticisme n’est pas un système aussi radical que le manichéisme), mais suffit toutefois à couvrir de son aile noire l’histoire de l’humanité.

  

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Dans le mythe gnostique, le démiurge (du grec demiurgos, créateur) est fils de Sophia, le dernier des éons célestes, qui voulut engendrer sans son partenaire. Sophia, tombant hors du plérôme, engendre la matière et donne naissance à un avorton monstrueux, fou d’orgueil, pétri de malice qui lui échappe bientôt des mains. Cette créature possède néanmoins un faible rayon d’intelligence, que sa mère lui a légué.

  

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Les gnostiques identifièrent le démiurge au dieu de l’Ancien Testament : leur récit de la création reprend, en le bouleversant, celui du livre de la Genèse. Selon les systèmes, le démiurge assume des noms différents, qui tous évoquent le dieu des juifs. On l’appellera ici Yaldabaoth, suivant le récit du Livre des secrets de Jean. Ejecté dans la matière, Yaldabaoth s’essaie à la création. Tout d’abord, il façonne les archontes. Ce sont des puissances néfastes qui vont le seconder dans un deuxième acte de création : celle d’Adam, le premier homme.

La création d’Adam

Ayant vu se refléter dans l’eau une image du dieu supérieur, Yaldabaoth et ses sept principaux archontes décident de la reproduire, en façonnant le premier homme. Les archontes en modèlent d’abord l’âme, dans laquelle ils insufflent chacun une substance. Adam reçut ainsi une âme d’os, une âme de nerf, une âme de chair, une âme de moelle, une âme de sang, une âme de peau et une âme de poil.

  

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Toutefois, cet assemblage ne tient pas debout. Adam rampe misérablement, témoignant ainsi de l’inaptitude de ceux qui l’ont créé. Recourant à la ruse, Sophia, apitoyée, amène son fils Yaldabaoth à souffler sur Adam le peu d’esprit de lumière qu’elle lui avait transmis. Le démiurge perd ainsi son pouvoir, tandis qu’Adam l’acquiert et surgit à la vie. Conscient de la nouvelle supériorité d’Adam sur lui et les siens, le démiurge n’aura plus qu’un seul but : tuer l’esprit d’Adam. Il ourdit ainsi un complot dont le premier acte est la création d’un corps. Celui-ci étouffera dans sa lourdeur le premier homme.

  

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Trois cent soixante-cinq anges s’attellent à la création du corps d’Adam, dont chacun façonne un membre. Détaillant chaque membre d’Adam, l’auteur du Livre des secrets de Jean dissèque l’engrenage monstrueux qu’est la machine du corps.

  

Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch-v01

 

Une tétrade d’archontes fournit à Adam les passions : plaisir, désir, douleur, peur. De celles-ci découle tout ce qui est mal. Quatre éléments forment la substance d’Adam : terre, eau, feu, vent. Par leur biais, le premier homme est situé « sous la coupe de la matière, dans l’ombre de la mort, dans l’ignorance de la ténèbre et du désir, dans le tombeau de l’assemblage du corps que les brigands (les archontes) ont imposé à l’homme comme une chaîne d’oubli qui a rendu Adam mortel » (NH II,1 21,4-13). Les archontes placent alors Adam dans le paradis. Ainsi se réalise la première étape du complot des archontes : donner la vie à Adam a signifié lui donner la mort.

La tromperie

A partir de ce moment s’agence une colossale tromperie à laquelle n’échappe aucun aspect de la vie sur terre. Son but est de séduire l’homme et son arme, la sexualité. Conçue comme une souillure, la sexualité va gouverner non seulement l’homme mais le système cosmique tout entier. La matrice de la nature, fécondée par le sperme des démons, constitue le théâtre où se joue l’action dramatique de l’humanité (l’expression est tirée de la Paraphrase de Sem, NH VII, 1). L’apparition de la sexualité consolide les lourdes chaînes d’Adam. Eve, sa compagne, est séduite par le premier archonte, le serpent, qui « enseigna à Adam et Eve à manger de la procréation dépravée du désir » (Livre des secrets de Jean, NH II,1 22,12-15).

  

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Ainsi se déclenche le processus des générations humaines qui, à l’instar d’Adam, soumet l’humanité tout entière et forme la charpente de l’histoire. En effet, jusqu’à maintenant a continué le commerce sexuel causé par le premier archonte, car il a semé une procréation de désir dans celle qui appartient à Adam et par le commerce sexuel il a créé une descendance en forme de corps et il l’a munie de l’esprit de contrefaçon » (NH II,1 24,26-33). 

 

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La notion de l’esprit de contrefaçon (en grec, antimimon pneuma) est typique de la pensée gnostique : il s’agit d’une force maléfique qui, par le biais de l’apparence et le pouvoir de l’illusion, opère une inversion de valeurs et transforme la réalité en mensonge et le mensonge en réalité. Ainsi, l’être humain, perdant tout repère, interprétera son ignorance comme une connaissance et n’essaiera pas de percer l’illusion de l’univers qui l’entoure.

Le feu de la ténèbre, contrefaçon de la lumière, égare les âmes. Le Livre de Thomas, l’Athlète explique que : « ce feu est trompeur car il donne aux hommes une illusion de vérité et les faits prisonniers d’une douceur ténébreuse » (NH II,7 140,21-24). 

 

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Cette illusion débouche sur la folie :

« Vous riez et vous vous réjouissez dans les rires de la folie […] vous ne comprenez pas que vous êtes dans la ténèbre et la mort. Eh bien, c’est du feu que vous êtes enivrés, votre cœur est égaré […] et ils vous sont doux le poison et les coups de votre ennemi. Les ténèbres vous sont apparues comme si elles étaient la lumière » (NH II,7 143,23-31).

Le traité des Enseignements de Silvanos va dans le même sens ; en proie au mirage de l’illusion, l’homme poursuit la ténèbre en la prenant pour la lumière, il boit de l’eau croupissante, convaincu qu’elle est pure. Il n’a pas reconnu la tromperie de l’Ennemi qui s’est présenté comme un ami » (NH VII,4 88,30-35 ; 95, 12-15). 

 

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Le mécanisme par lequel le faux a remplacé le vrai est décrit par l’Evangile selon Philippe : « Les noms donnés aux choses terrestres sont trompeurs, car ils détournent nos pensées de ce qui est vrai vers ce qui est faux » (NH II,3 53,54-26).

Les archontes ont jonglé avec les noms pour bâtir leur empire :

« Ils voulurent tromper l’homme car ils virent qu’il était apparenté avec ceux qui sont réellement bons. Ils prirent donc le nom de ceux qui sont bons et le donnèrent à ceux qui ne le sont pas : par les noms, ils trompent l’homme. […] ils voulaient en effet annuler la liberté de l’homme et en faire leur esclave pour toujours » (NH II,3 54,19-31).

La création du destin et du temps

Les archontes ne se contentent pas d’avoir emprisonné Adam dans un corps. Pour que leur système carcéral soit parfait, ils créent le destin et ils inventent le temps. Ce dernier va scander avec les jours, les mois et les années le rythme de l’esclavage de la race humaine. Chaque division du temps est réglementée par un archonte. Le destin, que les gnostiques appellent heimarménè, est conçu comme la fatalité oppressive qui se fonde sur le mécanisme du temps et de l’espace. Résultat d’un acte adultère commis par les archontes avec leurs compagnes, le destin est le cadre où se déroule l’histoire de l’humanité :

 

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« Il est source de tourment, à lui se sont mêlés jusqu’à ce jour les dieux, les anges et les démons et toutes les générations. Du destin découle toute iniquité, toute violence, tout blasphème et la chaîne de l’oubli et de l’ignorance, ainsi que tout commandement, les péchés graves et une grande peur. Ainsi, la création est devenue aveugle, de façon que les hommes ne puissent pas connaître le Dieu qui est au ciel » (Le Livre des secrets de Jean, NH II,1 28,21-29).

Eloigner l’homme de Dieu est donc la finalité du complot des archontes : enseveli dans l’oubli, il lui faudra parcourir un long chemin pour échapper à l’illusion et recouvrer la réalité.

La conception de l’histoire et du temps

De ce tableau mythique découle un des fondements de la pensée gnostique : le temps, et l’histoire qui s’égrène en lui, n’ont aux yeux du gnostique aucune valeur car ils ne rentrent pas dans l’économie divine. Dieu, en effet, n’a pas créé le monde. Son intervention dans l’histoire aura comme seul but de sortir l’homme de l’impasse où il se trouve, de « briser l’histoire en morceaux et la révéler comme une imposture ». On peut mesurer l’écart qui sépare la pensée gnostique de la pensée chrétienne où l’histoire, voulue par Dieu dans un monde créé par lui, a une valeur rédemptrice, prépare l’avènement du Christ et le salut de l’homme.  

 

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L’âme en captivité

Le lot d’Adam emprisonné dans la matière est également celui de chaque âme. Les auteurs gnostiques ont longuement décrit ses aventures tragiques en ce monde. Pour ce faire, ils ont souvent adopté la formule du conte romanesque. Ce genre littéraire accroche l’attention du lecteur en lui communiquant, sous des formes imagées, un message qui doit être pour le gnostique une règle de vie : mépriser le monde, redécouvrir l’esprit enfoui dans la matière. Un écrit de Nag Hammadi, le Traité de l’interprétation sur l’âme (NH II, 6 : abréviation IntAme) est entièrement consacré au récit des aventures de l’âme. 

 

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L’auteur joue sur le registre sexuel pour décrire les affres de l’âme, qu’il présente sous les traits d’une femme. Il conte la brusque chute de l’âme du royaume divin où, vierge et androgyne, elle se tenait à côté du Père. Elle se retrouve alors incarnée dans un corps, source de tous ses malheurs : « Quand elle tomba dans un corps et vint dans cette vie, alors elle échoua au milieu d’une foule de brigands et d’hommes orgueilleux qui se la passèrent de main en main et la souillèrent » (IntAme, NH II,6 127,25-29). La chute dans la vie équivaut pour l’âme à un long esclavage sexuel qui l’enchaîne à la prison du corps : violée par les brigands (les archontes), elle se livre à la prostitution ; déçue par ses amants, elle se tourne vers d’autres, qui la séduisent de force ou la convainquent avec des présents trompeurs. D’autres encore la contraignent à s’accoupler avec eux et font d’elle leur esclave. De ces unions souillées naissent des enfants : ils sont débiles et portent en eux la marque de l’acte adultère accompli par leur mère. 

 

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Le résultat de l’avilissement de l’âme est l’oubli de ses origines célestes et par conséquent l’ignorance : aveuglée par la matière, l’âme, à l’instar d’Adam, ne connaît plus que les limites étroites de son cachot.

Il y a tout de même un espoir de salut qui se fait jour dans la ténèbre de la prison. Dans l’IntAme, il débute par une prise de conscience : l’âme se rend compte de sa déchéance et se repent. Désespérée, elle invoque, dans une lucidité retrouvée, le Père d’en haut, qui répondra à son appel. L’âme alors se souvient : de sa maison céleste, de son unique époux d’antan et de son père. Le long chemin du retour peut alors commencer.

Une situation analogue est contée dans l’Hymne de la perle. Il s’agit d’un poème allégorique conservé dans les Actes de Thomas en grec et en syriaque. L’âme revêt ici les traits d’un jeune prince qui quitte son palais d’Orient, investi par son père d’une mission périlleuse : se rendre dans le pays d’Occident et ramener une précieuse perle sur laquelle veille un dragon. Sous le voile de l’allégorie, la perle représente l’étincelle lumineuse enfouie dans la ténèbre et gardée en captivité par les archontes. Le voyage du jeune prince se transforme bientôt en cauchemar : les archontes, qui sont appelés ici les Egyptiens – l’Egypte est un symbole négatif par excellence dans les spéculations gnostiques – trompent le jeune homme, en lui offrant de la nourriture et de la boisson qui le font sombrer dans un lourd sommeil.  

 

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L’esclavage de l’âme, qui était symbolisé dans le Traité de l’interprétation sur l’âme par les liens du sexe, est exprimé ici par une autre gamme de tons qui vont du sommeil à l’ivresse, à l’intoxication. Le résultat est le même : l’oubli. Le prince dit :

« J’oubliai que j’étais le fils des Rois et je servis leur roi. J’oubliai la perle au sujet de laquelle mes parents m’avaient envoyé. A cause de la lourdeur de leurs nourritures, je tombai dans un sommeil profond ». (v. 34-35 de la version syriaque).

Un événement toutefois tire le prince de sa détresse. Ce n’est pas, en ce texte, une prise de conscience de l’âme qui s’adresse à Dieu, mais un appel venant d’en haut qui a le pouvoir de réveiller le prince et d’éveiller sa conscience. Dans le langage imagé du poème de la perle, cet appel prend la forme d’une lettre envoyée au prince par ses parents royaux :

« Réveille-toi et lève-toi de ton sommeil. […] souviens-toi que tu es fils de rois, prends conscience de ton esclavage et du maître auquel tu es asservi. Souviens-toi de la perle à cause de laquelle tu t’es rendu en Egypte (v. 43-45).

La lettre s’envole, transformée en aigle, et parvenue auprès du prince, elle devient parole :

« Au son de sa voix je me réveillai et je me levai de mon sommeil » (v. 53).   

La chambre nuptiale

L’un des principaux thèmes de l’Evangile selon Philippe est la réunification de l’âme et de l’esprit dans une « syzygie » (terme grec signifiant « paire ») céleste, mâle et femelle à la fois. Dans ce couple idéal, l’âme s’unit à son « moi » véritable. Le mythe valentinien de Sophia s’unissant à son partenaire d’en haut, le logos (l’Intellect), a sans doute influencé l’Evangile selon Philippe, même si on n’y fait pas une référence explicite. L’imagerie du mariage, avec son cortège d’allégories, est au cœur du traité. Symbole de la plénitude céleste, le mariage en porte les caractéristiques, car il est à la fois connaissance et vérité, en opposition à l’ignorance et au mensonge qui marquent le monde de leur sceau. Le mariage est aussi symbole de liberté, son accès étant réservé aux hommes libres et interdit aux esclaves : « La chambre nuptiale n’est pas pour les animaux ni pour les esclaves ni pour les femmes souillées, mais elle est pour les hommes libres et les vierges » (69, 1-4).  

 

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Le concept d’hommes libres et d’esclaves doit être compris dans l’optique gnostique : esclaves sont ceux qui sont soumis aux lois du démiurge, sous l’emprise de la sexualité et du lien au corps, libres, en revanche, sont ceux qui en ont compris la tromperie et marchent sur le chemin de la gnose. La liberté découle de la vérité : « Si tu connais la vérité, la vérité te rendra libre » (cf. Jean 8, 32 : 84, 8-9). Ce mariage est aussi un symbole de chasteté, car il est spirituel et non charnel, il dépasse en la niant l’union sexuelle tout en empruntant son langage. Plus encore, ce mariage est un mystère (mysterium), car il appartient à une dimension qui n’est pas celle des hommes.

  

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« Si le mariage de la souillure est caché, en revanche, ce mariage pur de toute tache est un mystère authentique. Il n’est pas charnel, mais il est pur. Il n’appartient pas au désir, mais à la volonté. Il n’appartient pas aux ténèbres et à la nuit, mais au jour et à la lumière » (82, 2-10).

L’union entre l’épouse et l’époux dans la chambre nuptiale porte au rétablissement de l’androgynie. Par l’union spirituelle, mâle et femelle deviennent un, et il n’y aura plus ni mâle ni femelle, mais un seul être. Si la métaphore du mariage a permis de concevoir l’idée d’une sexualité spirituelle, celle-ci, à son tour, est annulée dans l’union mystique de l’androgyne.

Une séparation porteuse de mort

Cette union porte remède à la séparation entre l’homme et la femme, advenue quand l’élément femelle tomba dans la matière, selon le mythe de Sophia. La séparation mena à l’avènement de la mort, comme l’explique l’Evangile selon Philippe par l’interprétation d’une image biblique : Adam et Eve, qui étaient unis l’un à l’autre au paradis, étaient dans l’unité et la connaissance mais, une fois séparés en deux êtres différents, ils connurent la mort et l’état d’ignorance : « Lorsque Eve était en Adam, la mort n’existait pas. Quand elle se fut séparée de lui, la mort survint. Si, à nouveau Eve rentre en lui et s’il la prend en lui, la mort n’existera plus » (68, 22-26). Au mythe des origines répond l’histoire de l’humanité : « Si la femme n’était pas séparée de l’homme, elle ne serait pas morte avec l’homme. Sa séparation a été à l’origine de la mort » (70, 9-12).  

 

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C’est le Christ qui efface la séparation  « C’est pourquoi le Christ est venu corriger la séparation qui existait depuis le début, en les réunissant tous deux, homme et femme, et vivifiant dans l’union ceux qui étaient morts dans la séparation » (70, 12-17).

« Le monde est un mangeur de cadavres et tout ce qui est mangé en ce monde meurt aussi. La vérité est une mangeuse de vie et personne nourrie de vérité mourra. Jésus est venu de ce lieu-là et en a apporté de la nourriture. Il a donné la vie à ceux qui le désiraient, pour qu’ils ne meurent pas » (73, 19-27).

Des sacrements réels ou des signes symboliques ?

L’Evangile selon Philippe prête un grand intérêt à des moments rituels qu’on peut appeler sacrements : « Le Seigneur fit toute chose dans un mystère : baptême, onction, eucharistie, rédemption et chambre nuptiale » (67, 27-30). Sur le dernier de la liste se sont interrogés tant les Pères de l’Eglise que les spécialistes de la gnose : le sacrement de la chambre nuptiale avait-il une seule valeur symbolique et spirituelle ou était-il mis en pratique dans les groupes gnostiques ?

« Le mystère du mariage est grand. Sans lui, le monde n’existerait pas. L’existence du monde dépend des gens, tout comme l’existence des gens dépend du mariage. Réfléchis sur la puissance qui réside dans l’union pure, même si son image (charnelle) est souillée » (64, 31-35, 1).

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Par Orphée - Publié dans : Esotérisme & Gnose - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 17:08

 

Nous avons vu que pour certains docteurs de la Gnose (sinon tous) tels que Valentin, Satornil, Ménandre, des Anges appartenant au Cosmos matériel ont créé une forme humaine, l’ont dotée ainsi et d’une chair et d’une psychée. Puis, par suite d’un insondable décret d’un Dieu qu’ils ne connaissent pas, ou qu’ils ne connaissent plus, la Grâce d’En-Haut a insufflé invisiblement un Esprit à cette créature encore presqu’animale.

On peut d’ailleurs, avec quelque logique, y voir ce que les hommes de science moderne nomment le « déclic », encore mal défini, et qui est à la source de l’évolution de tels grands anthropoïdes disparus vers le futur règne hominal. Evolution qui fut soudaine, inattendue, selon leurs conclusions.

Or, si nous nous reportons aux deux premiers chapitres de la Genèse, nous ferons certaines conclusions curieuses.  

 

 

 

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En son « Oedipus Aegyptiacus », le R. P. Athanase Kircher, S. J. (Rome, 1652-1654, 4 volumes in-folio) aux chapitres traitant de la Cabale des Hébreux, nous dit ceci touchant les « Trente-Deux Voies de la Sagesse » :

« Les Trente-Deux Voies de la Sagesse sont les chemins lumineux par lesquels les saints hommes de Dieu peuvent, par un long usage, une longue expérience des choses divines, et une longue méditation sur elles, parvenir aux Centres Cachées… » (Kircher, Oedipus Aegyptiacus, Cabala Hebracorum § 11).

Ces trente-deux voies mystérieuses ne sont autres que les trente-deux premiers versets de la Genèse dans lesquels on rencontre le nom divin Elohim, c’est-à-dire Dieu en français, et, plus précis encore en hébreu : « Dieu, renfermant toutes les forces, tous les attributs, dieux, juges, anges, avec le sens de divin, excellent » (Cf. « Dictionnaire Rabbinique hébreu-français », de N.-P. Sander – Paris, 1859, Archives Israélites).

Cette précision nous permet donc de délimiter de façon très exacte le texte s’y rapportant, et de fait, il part du verset 1 du premier chapitre pour se terminer avec le verset 3 inclus du second chapitre…

Car, immédiatement avec le verset 4 du même second chapitre, nous voyons apparaître un autre mode d’expression pour définir Dieu : Yaveh Elohim.

Ainsi, nous pouvons nous étonner que d’après un texte primitif exclusivement manuscrit, copié sur des peaux cousues bout à bout, montées sur deux rouleaux de cèdre, ne comportant ni ponctuation, ni même (à l’origine et pendant fort longtemps) aucun de ces points massorétiques permettant de reconnaître les voyelles des consonnes, on ait pu rompre l’enchaînement des versets au 31e verset du chapitre I, et faire alors débuter un second chapitre, alors que la tradition des « Trente-deux Voies de la Sagesse » permettrait, au contraire de rompre le texte trois versets plus loin…

A moins que cela ne soit voulu, et qu’il s’agisse là d’une occultation du texte, à l’intention du vulgaire…

 

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Quoi qu’il en soit, et à partir de la trente-deuxième répétition du nom Elohim, son emploi cesse, et nous voyons aussitôt apparaître une dénomination nouvelle : Yaveh Elohim. Cette dernière sera employée exactement vingt fois, jusqu’à la fin du troisième chapitre.

Revenons donc à la fin du premier chapitre. Le second commence ainsi, dans les traductions de langue française, qu’il s’agisse d’une Bible catholique, protestante ou juive :

« Chapitre II.

« 1 – Ainsi furent terminés les Cieux et la Terre, avec tout ce qu’ils renferment.

« 2 – Elohim mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par Lui ; et Il se reposa le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.

« 3 – Elohim bénit le septième jour, et le proclama saint, parce qu’en ce jour, Il se reposa de l’œuvre entière qu’Il avait produite et organisée.

« 4 – Telles sont les origines du Ciel et de la Terre, lorsqu’ils furent créés, à l’époque où Yaveh-Elohim fit une Terre et un Ciel.

« 5 – Or, aucun produit des champs n’apparaissait encore sur la Terre et aucune herbe des champs ne poussait encore, car Yaveh Elohim n’avait pas encore fait pleuvoir sur la Terre, et d’homme il n’y avait point pour cultiver la Terre… » (Genèse, II, 1-5). 

 

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Et nous nous trouvons devant une contradiction singulière. Car en ce 5e verset du Chapitre II, on nous dit qu’il n’y avait pas encore d’homme pour cultiver la Terre. Mais on oublie que, déjà, au 26e verset du Chapitre I, l’homme était créé :

« Elohim dit : Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, enfin sur toute la terre et sur tous les êtres qui s’y meuvent.

« Elohim créa donc l’homme à son image, à l’image d’Elohim, il créa, mâle et femelle furent créés à la fois. » (Genèse, I, 26-27).

Mais pour le second Chapitre de la Genèse, c’est bien après que l’homme est créé :

« Yaveh Elohim façonna l’homme, poussière détachée du sol, Yaveh Elohim fit pénétrer en ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant, Yaveh Elohim planta un jardin en Eden, vers l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait façonné. » (Genèse : II, 7-8).

Mais cette apparente contradiction s’explique fort simplement si, compte tenu de ce que constituent les « Trente-deux Voies de la Sagesse », nous terminons le Chapitre I de la Genèse après le 3e verset du IIe Chapitre, et si le dit second Chapitre commence en réalité avec le début du troisième verset…

Et dès lors, nous nous trouvons en présence de deux textes, ou plutôt de deux Livres bien différents.

Le premier chapitre, nous donne la clef de la Création Totale par le Dieu Suprême Lui-même.

C’est un tout. Il constitue un Livre, au sens exégétique du mot, au même titre que les Nombres, le Deutéronome, etc… On pourrait le nommer la « Grande Genèse ».

Et le second Chapitre débute en réalité au quatrième verset, soit ainsi :

« Voici les origines du Ciel et de la Terre, lorsqu’ils furent créés, à l’époque où Yaveh Elohim (première apparition de ce terme) fit une terre et un ciel. » (Genèse II, 4).

Cette phrase, que l’on constitue ainsi la « conclusion » du déroulement antécédent des « Trente-deux Voies de la Sagesse » est, en réalité, l’ouverture, la « présentation », de ce qui va suivre, à savoir :

La création d’une terre et d’un ciel par un autre « aspect » de la divinité ; le Démiurge…

C’est à cet instant que se situe la remarque des « philosophumena », citant les disciples de Marcus (et tous les gnostiques d’ailleurs) :

« … le Démiurge voulut imiter la Nature Infinie, Eternelle, étrangère à toute limite et à tout temps. Aussi… créa-t-il des temps, des moments, d’innombrables séries d’années, etc… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, VI, 55).

  

 

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C’est à cet instant que se place la création de l’homme charnel, forme issue de l’argile des origines, limon modelé par des Anges (Elohim, on l’a vu, est une pluralité divine, signifiant dieux, anges, etc…) en vue de leur service, et pour l’organisation (culture) du Monde matériel, démiurge secondaire. D’où la phrase célèbre :

« Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, en la connaissance du Bien et du Mal… » (Genèse, III, 22).

Ce second Chapitre lui, est donc en quelque sorte la « Petite Genèse ».

Sans doute, il est impossible de supposer que le Démiurge n’a pas, en suivant cette impulsion qui l’incitait à créer la forme charnelle de l’homme, suivi inconsciemment des Ordres Supérieurs, émanant du Père Suprême, ordres qu’il ne comprenait pas toujours, ni n’en voyait distinctement l’aboutissement.

Soutenir le contraire serait prétendre que l’incarnation du Christ fut une conséquence d’un essai, d’une expérience, d’une ambition du Démiurge, alors qu’en réalité, elle était inscrite de toute éternité dans la Pensée Divine.

Mais il n’en est pas moins à peu près certain, si l’on accorde au texte sacré quelque autorité, que l’homme charnel a pour auteur le Démiurge, inconscient artisan de la future Incarnation, alors que l’homme spirituel a pour auteur le Dieu Suprême.

Cette théorie était peut-être, plus qu’on ne le croie communément, volontiers soutenue par le grand Origène :

« Nous aussi, même si nous avons eu le Pharaon pour père, même si le Prince de ce Monde nous a engendré dans les œuvres du Mal, quand nous venons aux Eaux, recueillons la Loi Divine… » (Origène : Homélie sur l’Exode, II, 4).

Toutefois, redisons-le encore, le Démiurge ne peut rien faire d’autre que d’œuvrer dans la Matière, il régit la Chair et non l’Esprit, il créé l’Homme d’Argile mais pas l’Ame Vivante :

« Jérémie l’a prédit : « Voici que la Perdrix a lancé son cri, elle a amassé ce qu’elle n’a point engendré, elle s’est constitué des richesses injustes, mais celles-ci l’abandonneront au milieu de ses Jours, la fin de sa vie sera celle d’un Insensé… » (Jérémie : XVII, 11, cité par Origène, in Homélie sur l’Exode, I, 5).

  

 

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« Le Diable comprend que c’est lui qui est figuré par la Perdrix, amassant ce qu’il n’a pas engendré. Il comprend que ceux qu’il a groupés injustement autour de lui, le quitteront au milieu de ses Jours pour suivre Jésus-Christ, leur Seigneur et Créateur, qui, Lui, les a engendrés… » (Origène, op. cit. I, 5).

La Perdrix était en effet, dans l’antique Orient, le symbole des voleurs d’enfants. (Cf. Charbonneau-Lassay : « Le Bestiaire du Christ », LXX, IV : La Perdrix, antithèse de la Caille).  

 

 

 

Peut-être est-ce pour éviter de tomber dans un certain extrémisme gnostique que les docteurs d’Israël scindèrent le texte sacré de la Genèse de cette façon. Rétablir la répartition véritable des versets, c’était évidemment mettre en lumière ce qui constituait certainement un des plus grands arcanes de cette tradition orale que Moïse et les soixante-douze Anciens du Peuple reçurent au Sinaï.

L’interdiction de prononcer les véritables noms divins essentiels et surtout celui de Iahvé Elohim, le fait de lui substituer celui d’Adonaï (Seigneur), ne permettait pas des échanges d’idées ni des remises d’enseignements secrets en cette matière.

Ainsi, les découvertes qui pouvaient être réalisées sur ce sujet étaient-elles toujours personnelles et intransmissibles.

Pourtant, ce que nous disent Arthur Drews dans « Die Christusmythe » et B. Smith dans « Der vor christliche Jesus », avec raison, à côté du judaïsme orthodoxe, il existait en Israël, ou sur ces confins, des sectes qui, par leur gnosticisme, s’apparentaient déjà et par avance, au futur Christianisme. Dans son « Problème de Jésus », C. Guignebert nous dit que « … dans les plus avancés en hérésie, on peut soupçonner le culte du dieu de la Vérité Suprême, opposé au dieu organisateur de la matière, ou Démiurge, assimilé à Yaveh » (Cf. Ch. Guignebert, Le Problème de Jésus, pp. 95 et suivant).

Là, il est un point important qu’il importe de ne jamais oublier, à peine de tomber dans l’erreur marcionite. C’est que Iahvé Elohim est bien un des « Noms Divins » de l’Absolu, du Dieu Suprême, du « Père de toutes les Paternités », comme le nommaient les Gnostiques. Mais que le Démiurge est aussi, ici-bas, l’Ange qui porte le dit Nom :

« Voici que j’envoi un Ange devant toi, pour te protéger en chemin et pour te faire arriver au lieu que je t’ai préparé. Tiens-toi sur tes gardes en sa présence, et écoute sa voix. Ne lui résiste point, parce qu’il ne pardonnera pas vos péchés, car Mon Nom est en lui… Mon Ange marchera devant toi et te conduira chez les Amoréens, les Hétiens, les Phéréziens, les Cananéens, les Héviens, et les Jébusiens, et Je les exterminerai… » (Exode : XXIII, 20-23).

  

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L’Ange qui porte le dit Nom est donc un Ange de Rigueur, c’est le Démiurge, qui sanctionne et récompense, sans y mêler la moindre indulgence ou miséricorde, c’est le promulgateur du talion, il est double !

Si nous doutions encore, il nous suffirait de relire ce qu’écrivait le prophète Habacuc :

« Dieu viendra du côté du Midi, et le Saint de la montagne de Pharan… La Mort paraîtra devant Sa Face, et le Diable marchera devant Lui… » (Habacuc : III, 3, 5).

Ainsi, les soixante-douze Anges du Shemamphorash, (qui n’en constituent en réalité qu’un seul), bien connus des Cabalistes, sont-ils doublés de soixante-douze mauvais Anges, dont les prérogatives sont exactement contraires. Or, les données cabalistiques traditionnelles qui accompagnent le Shemamphorash, ou « Grand NOM de 72 Lettres », contiennent, voilées, les indications permettant de découvrir les noms des Soixante-douze mauvais Anges.

Par exemple, Hariel, quarante-sixième Ange, signifie « Fournaise de Dieu » ou « Lion de Dieu ». C’est le nom de l’autel des holocaustes dans Ezéchiel, XLIII, 15-16. La tradition nous dit qu’il donne les plus grandes révélations, fait connaître les secrets de la Nature, fait voir en songe les choses désirées. Or, les données cabalistiques qui l’accompagnent révèlent le nom de l’Ange opposé : Etoalbaal, lequel cause les tribulations d’esprit, porte l’homme à commettre les plus grandes inconséquences, envoûte les esprits faibles, et dont le nom signifie : « Fournaise de Baal »…

  

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Le Démiurge est un intendant infidèle, mais un intendant malgré tout, c’est aussi à lui que s’applique la parabole du créancier débiteur :

« Le Royaume des Cieux est comparé à un Roi qui voulut faire rendre des comptes à ses serviteurs. Et ayant commencé à le faire, on lui ne présenta un qui lui devait dix mille talents. Mais, comme il n’avait pas le moyen de les lui rendre, son maître commanda qu’on le vendit, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu’il avait, pour satisfaire à cette dette.

« Ce serviteur, se jetant à ses pieds le conjurait, en lui disant : Seigneur, ayez un peu de patience, et je vous rendrai tout. Alors le Maître, touché de compassion le laissa aller et lui remit sa dette.

« Mais ce serviteur étant sorti, trouva un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le prit à la gorge et l’étouffait, en lui disant : Rends-moi ce que tu me dois.

« Son compagnon, se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez un peu de patience et je vous rendrai tout.

« Mais l’autre ne le voulut point et il s’en alla, le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il eut payé tout ce qu’il lui devait.

« Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant cela, en furent extrêmement affligés et vinrent instruire leur maître de tout ce qui s’était passé.

« Alors, son maître l’ayant fait venir lui dit : Mauvais serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez parce que vous m’en aviez prié. Ne fallait-il pas que vous eussiez également pitié de votre compagnon, comme j’avais eu pitié de vous ?

« Et ce maître, tout en colère, le livra entre les mains des bourreaux jusqu’à ce qu’il eut lui-même payé tout ce qu’il devait.

« C’est ainsi que vous traitera Mon Père qui est dans le Ciel si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur… » (Matthieu : Evangile, XVIII, 23-25).

  

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Cette parabole a, outre son aspect moral, une signification supérieure. Le Maître, c’est Dieu, le Mauvais Serviteur, c’est le Démiurge implacable, qui promulgue une Loi sans charité, le talion, et détourne à son profit un culte à Dieu seul. Et le second Serviteur, c’est l’Homme. 

 

 

 

Si l’on se souvient du passage de saint Paul où celui-ci précise la nature du Prince de ce Monde en tant que « Puissance de l’Air » :

« Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon la loi de ce monde, selon le Prince de la Puissance de l’Air, de l’Esprit qui agit maintenant dans les incrédules et les rebelles… » (Saint Paul : Epître aux Ephésiens, II, 2).

Alors certains versets de l’Ancien Testament s’éclairent étrangement… Qu’on en juge :

« Il a choisi sa retraite dans les Ténèbres. Il a sa tente autour de lui, et cette tente, c’est l’eau ténébreuse des nuées de l’air. Les nuées se sont fendues par l’éclat de sa présence, et il en a fait sortir de la grêle et des charbons de feu… » (Psaumes : XVII, 13-15).

  

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Souvenons-nous de cet étrange « ouvrier qui souffle sur les charbons de feu dont il a besoin pour son ouvrage », souvenons-nous du « meurtrier qui ne songe qu’à tout perdre », cité par Isaïe (LIV, 16), et le dieu du Sinaï va nous paraître bien près de ces « autres dieux et autres seigneurs » dont parle saint Paul (Ière Epître aux Corinthiens, VIII, 5, 6).

Il n’a rien de commun avec le Père auquel le Christ fera si souvent, par la suite, une allusion fort claire. Car le dieu du Sinaï est un peu différent du Dieu enseignant aux Hommes l’Amour et le Pardon :

« Le Seigneur est un dieu vengeur et un dieu jaloux. Le Seigneur fait éclater sa vengeance, et il le fait avec fureur. Oui le Seigneur se venge de ses ennemis… » (Nahum : 1, 2).

« Le Seigneur des Armées… lancera ses dards comme la foudre… Le Seigneur des Armées les protégera, ils dévoreront leurs ennemis, ils boiront leur sang, ils en seront enivrés comme du vin, ils en seront remplis comme les coupes du sacrifice, enduits comme les cornes de l’autel… » (Zacharie, IX, 14-15).

Non, l’Elohim de l’Orage, le Héraut du Sinaï, est un personnage un peu différent du Père Suprême, c’est bien l’Ange de Rigueur, mais pas le Dieu de Miséricorde que prêchera Jésus. Il faut le prendre tel qu’il est, avec ses défauts et avec ses grandeurs, se souvenir simplement qu’il est lui aussi une Créature ; et que si DIEU l’a utilisé, s’il lui a donné un rôle, c’est que la Sagesse divine, qui voit au-delà, avait ses raisons.

  

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Sans doute, le Christ a-t-il affirmé que jusqu’à la Fin des Temps, la Loi demeurerait :

« Ne pensez pas que je sois venu pour détruire la loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu détruire mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, le Ciel et la Terre ne passeront point que tout ce qui est dans la Loi ne soit parfaitement accompli, jusqu’à un seul iota et un seul point… » (Matthieu : Evangile, V, 17, 18).

Mais d’autres passages des Epîtres de Paul ou de Pierre, et des Actes des Apôtres, mettent la chose au point et précisent ce qu’il faut entendre par là. En outre, il est parmi les Logia Agrapha des premiers temps du Christianisme, un aphorisme curieux. Le protestant Théodore de Bèze l’ayant découvert dans un vieux manuscrit du couvent Saint-Irénée, à Lyon, l’envoya aussitôt à l’Université de Cambridge, avec cette note prudente du docile « jéoviste » qu’il était : « A dissimuler plutôt qu’à publier. »

Cette curieuse parole du Christ est rapportée par Daniel-Rops, page 428 de son ouvrage « Jésus en son temps ».

Dans le Coedex Bezae que possède maintenant l’Université de Cambridge, il existe une version de l’Evangile selon saint Luc où, au VIe Chapitre, 4e verset, s’intercale un étrange passage :

« En ce jour-là, voyant quelqu’un travailler pendant le sabbat, Jésus lui dit : Homme, si tu sais ce que tu fais, bienheureux es-tu ! Mais si tu ne le sais pas, tu es maudit, transgresseur de la Loi… »

  

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En effet, dans le premier cas, l’homme se libère d’une contrainte, inutile, eu égard à l’utilité du but poursuivi. Dans le second cas, il viole une défense légale, sans autre raison que l’intérêt matériel. Dans le premier cas, il est un libéré, dans le second cas, un simple désobéissant.

Cette observation de la Loi par Jésus ne saurait d’ailleurs, en aucun cas, être obligatoirement considérée comme une approbation de tout ce qu’elle a impliqué de meurtres et de violences pendant l’histoire d’Israël.

Ici, le Christ entend simplement dire que la Loi est nécessaire pour l’annonce et la justification de Sa propre Mission. C’est là en effet l’utilité première de l’Ancien Testament qui, par les Récits et par les Visions des Prophètes, nous révèle la Chute, son remède, la venue d’un Sauveur, les moyens de le reconnaître et de l’identifier.

En outre, et c’est là l’aspect plus particulièrement gnostique du problème, cette conservation de la Loi, pourtant dépassée, permet à travers les siècles, aux générations successives, de constater les différences fondamentales entre la Loi de Rigueur de l’Ancien Testament et la Loi d’Amour du Nouveau, cette Loi qui, selon saint Paul, ne nous donnait que la connaissance du Péché (Romains : III, 20, VII, 1, 7) – (Galates : III, 19) et ne produisait que la Colère (Galates : IV, 15) sans doute fruits de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal planté par le Démiurge. Alors que la seconde consiste dans la Charité.

En effet, la Loi du Talion ne faisait que déplacer le Mal en un déséquilibre perpétuel. La Loi du Pardon anéantit le Mal en l’assimilant.

Enfin, la Loi juive, pour imparfaite qu’elle soit, représentait et représente encore, malgré tout, quelque chose d’infiniment supérieur aux cultes idolâtriques des peuples voisins d’Israël. Il est donc normal qu’elle demeure, jusqu’à la Fin des Temps, l’héritage d’un peuple choisi qui, s’il n’est pas encore acquis au Christ, doit s’y rallier vers l’approche du Grand Sabbat.

Sur le Démiurge, les docteurs de la Gnose se sont volontiers étendus. Citons quelques extraits de la « Pistis Sophia », attribuée à Valentin, extraits qui, si imagés qu’ils soient, ne sont pas pour cela dépourvus de toute profondeur :

« Et selon le Commandement de Mon Père, le Premier Mystère, Je (Jésus), descendis dans le Chaos, j’attaquai la Puissance à Face de Lion, qui était la plus grande « lumière de ce lieu. Je lui enlevai sa clarté et je frappai tous les rejetons du Triple Pouvoir. Alors, tous tombèrent sans puissance, dans le Chaos… » (Valentin : Pistis Sophia).

On sait que le Lion est, dans le Tétramorphe d’Ezéchiel, le symbole de la Justice absolue (d’où la Loi du Talion), et, en son mauvais aspect, des épreuves de la Vie. D’où la parole de l’Ecclésiastique appliquée à David :

« Il joue, en sa jeunesse, avec les lions, comme avec des chevreaux. » (Ecclésiastique : XLVII, 3).

Mais c’est encore une image de l’Esprit du Mal, ainsi qu’en témoigne l’épisode du « Livre des Rois », dans lequel on voit David (dont le nom signifie amour en hébreu) lutter contre un lion :

« Lorsque votre serviteur menait paître les troupeaux de son père, il est venu parfois un lion ou un ours, qui emportait un bélier du troupeau. Alors, je courais après eux… je les attaquais… je leur arrachais leur proie… » (Livre des Rois, Ier livre, XVII, 34).

  

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Le Démon est représenté par saint Pierre comme un lion :

« Soyez sobres et veillez, car le Démon, votre Ennemi, tourne autour de vous tel un lion rugissant. » (Pierre, 1ère Epître, V, 8).

D’où la prière de la liturgie latine :

« Libérez-les Seigneur, de la gueule du lion, et qu’elles (les Ames) ne soient pas englouties par le Tartare infernal… » (Bréviaire romain : Liturgie des Funérailles, Offertoire de la Messe).

Revenons à la « Pistis Sophia » :

« Marie, continuant de parler, dit à Jésus : Seigneur, quelle est la forme des ténèbres extérieures ? Et combien renferment-elles de lieux de tourments ?

« Et Jésus répondit : Les Ténèbres Extérieures sont un Grand Dragon dont la queue est en dedans de sa gueule. Il est en dehors du Monde entier, et il entoure le Monde entier… Il enserre un grand nombre de lieux de tourments, qui comprennent douze divisions. Et en chacune d’elles, est un Arkonte… » (« Pistis Sophia », in Dictionnaire des Apocryphes, de Migne).

Le Dragon en question est donc bien le Prince de ce Monde, et comme le dit l’apôtre Jean en sa première Epître, « L’Univers tout entier est sous son empire » (V, 19).

  

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C’est également le Révolté initial :

« Et le Grand Orgueilleux, qui est la troisième des Triples Puissances, et qui réside dans la troisième Région des Eons, celui qui fut indocile en ne produisant pas toute la pureté de la force qui est en lui et en ne montrant pas la Pure Lumière au temps où les Eons donnaient leur pureté, celui-là voulut être le souverain de la troisième Région et celui de ceux qui sont en-dessous… » (Pistis Sophia).

Ce passage semble montrer que, pour les Gnostiques, Lucifer aurait dissimulé l’existence du Dieu qui lui était supérieur aux Hiérarchies qui lui étaient soumises. A rapprocher de la théorie de Denys l’Aréopagite sur l’illumination progressive des Chœurs angéliques, illumination descendant de haut en bas. Enfin, que les Eons et les Anges seraient identiques.

Et ici, on nous révèle le nom du Démiurge :

« Ils la jetèrent (l’Ame) dans le Chaos dont la moitié est de flammes et l’autre moitié de ténèbres, là où se trouve l’Arkonte à face de lion dont je vous ai parlé bien des fois. Et celui-ci est Ialdabaoth… » (Pistis Sophia).

  

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Plus loin, le récit nous dit comment Jésus a pu libérer les Arkontes de ce désir de puissance et de cet orgueil qui les égaraient, en leur faisant oublier le motif de ceux-ci. Ainsi, la miséricorde implique ici, en même temps, une déchéance spirituelle, donc un châtiment non douloureux. Les Arkontes n’en ont pas conscience, mais il demeure éducatif pour les autres Etres :

« Avant que je ne divulguasse Ma Mission à tous les Arkontes des Cycles et à tous les Arkontes de l’Heimarmène et des Sphères, ils étaient tous liés à leurs chaînes, à leurs Sphères, à leurs Sceaux, selon la manière que IAO, Gardien de la Lumière, les lia dès le commencement.

« Et lorsque fut venu le Temps du Nombre de Melkisedec, le Grand Héritier de la Lumière, il vint au milieu des Sphères et il ôta la Pure Lumière à tous les Arkontes, tant des Cycles, des Sphères que de l’Heimarmène, leur retirant ce qui les avait troublés… » (Pistis Sophia).

 


 

  

Que le Démiurge ait eu son culte partiel au sein du Temple de Jérusalem, c’est ce que nous avons tenté de démontrer au début de cette étude, et l’épisode du Potier, de l’Ouvrier-en-Argile cité par Jérémie comme celui à qui doivent revenir finalement les trente deniers de la trahison de Judas, nous semble le prouver surabondamment.

  

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Toute le reste de ce travail a pu, espérons-le, asseoir cette hypothèse. Mais, s’il demeure quelque doute dans l’esprit du lecteur, nous avons gardé pour la fin cette argumentation complémentaire.

On sait que, dans l’Evangile, le Prince de ce Monde est présenté comme le dispensateur des biens matériels comme des gloires d’ici-bas, toutes ces choses lui ayant été « données en partage ».

Et dans le légendaire universel, le Diable est, en outre, le gardien des trésors enfouis, par seulement de ceux enfouis par les hommes, mais encore des richesses métalliques, des gemmes, qu’il fait générer lentement au long des siècles, par la Nature en travail. D’où la légende du Dragon (le Diable), veillant sur ces richesses encore inconnues.

Voici quelques extraits du « Livre d’Enoch » :

« Le Seigneur a décidé en Sa Justice que tous les habitants de la terre périraient, parce qu’ils connaissent tous les secrets des Anges, qu’ils ont maintenant en mains la puissance des Démons Ennemis, celle de la Magie, et celle de la coulée des Idoles… Ils savent comment l’argent se tire de la poussière de la terre, comment il existe dans les entrailles du sol des lames métalliques, car le plomb et l’étain ne sont pas des fruits de la terre ! Il faut aller les chercher jusque dans ses entrailles… Et l’Ange qui était préposé à leur garde s’est laissé corrompre… » (Le « Livre d’Enoch », LXIV, 6-8, in « Dictionnaire des Apocryphes » de Migne).

« Alors Dieu dit à Noé dans un songe : Quant aux Anges qui ont commis l’Iniquité, ils seront jetés en cette Vallée Ardente que ton aïeul Enoch t’a montrée vers l’occident, et où il y a des montagnes d’or, d’argent, de fer, de métal liquide, (le mercure) et d’étain… » (Le « Livre d’Enoch, LXVI, 4).

  

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On conçoit, à la lueur de ces traditions, comment les peuples primitifs ont pu, toujours, considérer les clans de fondeurs, métallurgistes, comme en relation plus ou moins licite avec le monde d’En-Bas, et les tinrent toujours à l’écart de la société ordinaire. Egalement, pourquoi les peuples anciens eurent très longtemps l’horreur du fer.

Or, dans le monde moderne, ce sont les industries métallurgiques, les ouvriers travaillant ou manipulant le fer, l’acier, qui constituent les masses révolutionnaires et antireligieuses les plus actives. Et ce sont les grands trusts sidérurgiques et métallurgiques qui, par leur égoïsme ou leur matérialisme, les excès qui en découlent, alimentent ce courant révolutionnaire. Nous avons connu jadis également la « fièvre de l’or », qui a considérablement aidé à la désagrégation des sociétés. Actuellement, le pétrole, l’or noir (quel symbole parlant…), prépare les conflagrations de la fin des temps…

En hébreu, vallée se traduit par géhenne.

Ainsi, de ce qui précède, on peut conclure que les richesses de la terre sont sous la garde du Mauvais Ange !

Or, on l’a vu, Zacharie, nous parle d’aller jeter les trente deniers « dans la Maison du Seigneur, à l’Ouvrier-en-Argile… » (Zacharie, XI, 12, 13).

Mais, dans certaines recensions de cette prophétie extraordinaire, le mot iosed, signifiant en hébreu un modeleur, un potier, se trouve remplacé par le mot osad signifiant Trésorier…

Et si nous nous souvenons que Judas était le trésorier de la petite communauté apostolique que Jésus avait groupé autour de lui, on comprend alors comment il put facilement devenir le véhicule, le suppôt, du « Trésorier » qui, dans le plus secret du Temple, y dissimulait sa véritable personnalité occulte… 

 

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Est-on bien certain d’ailleurs, que le corps sacerdotal d’Israël, du moins à ses origines, non seulement ait ignoré certain aspect du dieu du Temple, ou du moins d’un « dieu » qui était figuré dedans, concurrent avec le Dieu vrai ? Nous ne le pensons pas, et voici pourquoi.  

 

 


 

 

 

Dans les quatre évangiles canoniques, nous lisons ceci au sujet du reniement de Pierre :

 

« Cependant, Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui et dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » Mais il le nia devant tous, disant : « Je ne sais ce que tu veux dire… » Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth… » Il le nia de nouveau, et avec serment : « Je ne connais pas cet homme… » Peu après, ceux qui étaient là, s’étant approchés, dirent à Pierre : « Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître… » Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : « Je ne connais pas cet homme !... » Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois… » Et étant sorti, il pleura amèrement… » (Matthieu, Evangile : XXVI, 69-75).

Le fait est également rapporté par Marc (XIV), Luc (XXII), et Jean (XVIII).

Or, longtemps après la destruction de Jérusalem, la ruine du Temple et la dispersion de la nation juive, au cours de l’un des premiers siècles de l’Eglise, il s’éleva une controverse des plus étranges entre des juifs de Rome et quelques chrétiens zélés qui s’efforçaient de les convertir. Et ce qui suit est attesté par une tradition latine, provenant de documents monastiques retrouvés par Villiers de l’Isle-Adam, et rapportée par lui en ses « Nouveaux Contes cruels et propos de l’Au-delà » :

  

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« Un coq chanta ? Dites-vous… s’écrièrent les juifs, avec des sourires ; ils ignoraient donc notre Loi, ceux qui ont écrit cela ! Et vous-mêmes, la connaissez-vous pour répéter une telle chose ?... Sachez donc que l’on n’eut pas trouvé un coq vivant dans tout Jérusalem ! Celui qui eut introduit, dans la Cité de Sion, l’un, vivant, de ces animaux, surtout la veille de ce jour de la Pâque, où l’on immolait, sur les parvis du Temple, des milliers d’holocaustes, eut encouru, comme sacrilège, la lapidation. Car la Loi motivait sa rigueur sur ceci, que le coq, prenant sa vie sur les fumiers, qu’il pique et fouille de son bec, en fait sortir mille impures bestioles, que le vent des hauteurs dissémine, et qui peuvent, en se répandant, et pullulant par les airs, aller altérer les viandes consacrées à Dieu. Or, comme de mémoire d’israélite, aucune mouche même ne vola jamais autour de la chair des victimes expiatoires, comment croire un récit, dicté selon vous par l’Esprit-Saint, et où nous relevons cependant une aussi grossière impossibilité historique ? »

Cette objection, très inattendue, ayant laissé les chrétiens quelque peu interdits, et ces derniers réaffirmant, pour toute réponse, l’infaillible véracité des saints livres, on fit venir, pour les confondre définitivement, en ce point mystérieux et important, un rabbin très âgé, depuis longtemps dans la captivité à Rome, et dont tous vénéraient et la science profonde et l’intégrité.

« Ah ! répondit tristement le vieil exilé, depuis la ruine de la demeure de nos pères, les enfants d’Israël ont-ils donc oublié les rites de la Maison du Seigneur ?... Quoi ! L’ont n’eut pas trouvé, dites vous, de coq vivant dans Jérusalem ?... Vous vous trompez ! Il y en avait un ! Et c’est bien de celui-là que ce Jésus de Nazareth doit avoir voulu parler, puisque le texte que l’on vous oppose dit « avant que LE COQ ne chante… » Et non pas « avant qu’un coq ne chante… »

Oubliez-vous donc le grand Coq solitaire du Temple, le veilleur sacré, nourri des grains que lui jetaient les vierges, et dont le cri s’étendait au-delà du Jourdain ?... Son cri matinal, mêlé au grondant fracas des portes de l’édifice, rouvertes à chaque aurore, retentissait jusque sur la route de Jéricho !... Plus sonore que les sabliers, il annonçait les heures du soir avec la ponctualité des étoiles ! Et la fonction de cet oiseau, crieur exact des instants du ciel, était d’avertir le Préfet du Temple et les lévites armés, (dont ses appels dissipèrent souvent la somnolence), du quadruple moment des rondes de nuit. C’était l’avertissement… »

Cette tradition n’est pas sans rapport avec celle des oies romaines chargées de la garde du Capitole. Mais pourquoi avoir songé à un coq, oiseau  au symbolisme impur pour Israël, sinon parce qu’il signifiait aussi autre chose !

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Par Orphée - Publié dans : Esotérisme & Gnose - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 19:44

 

On sait combien le Christ a parlé en paraboles, combien celles-ci sont profondes et à double-sens, car, ainsi qu’Il l’a précisé :

« Les perles ne doivent pas être données aux pourceaux. » (Mathieu : VII, 6).

Reprenons donc la parabole du denier de César :

« Mais Jésus connaissant leur duplicité leur dit : Pourquoi me tentez-vous ? Apportez-moi un denier, que je le voie. Ils lui en apportèrent un. Et il leur demanda : De qui est cette image et cette inscription ? Ils lui dirent : De César. Jésus leur répondit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu… » (Marc, Evangile : XII, 13-17).

Or, cette parabole est rapportée de façon bien plus complète dans un texte du milieu du IIe siècle, la Pistis-Sophia, de Valentin :

« Au sujet de cette parole, que tu nous as dite autrefois, lorsqu’on t’apporta ce denier, tu vis qu’il était d’argent et d’airain… Et lorsque tu vis que la pièce était mélangée d’argent et d’airain, tu dis : « Rendez au Roi ce qui appartient au Roi, et à Iahveh… »

Autrement dit, à la mort (le denier, comme l’obole, était déposé sous la langue au moment de l’inhumation), restituez au Roi (Dieu) l’argent (symbole de la Lune, de l’Eglise) et au Démiurge l’airain, symbole des combats et du désordre (l’airain des glaives et des boucliers), c’est-à-dire, respectivement, l’âme et la chair à leurs auteurs.

C’est pourquoi Origène pouvait conclure :

« Et Israël certes, et aussi Juda, sont ensemencés d’une semence, non seulement d’Hommes, mais aussi d’animaux… » (Origène, Commentaires sur l’Evangile de Jean : I, 29).

Et, dès lors, certains par l’enseignement même des Ecritures que l’Archonte d’ici-bas a pu participer, soit malgré lui, par ordre d’En-Haut, ou par pure malice ou par simple orgueil, à l’élaboration de formes matérielles, nous devons suivre le développement de cette vérité, en toutes ses conséquences.

Au sujet des âmes qui appartiennent, les uns au Christ, les autres à l’Adversaire, nous lisons ceci dans l’ « Evangile des Douze Apôtres », un apocryphe copte, qu’Origène n’hésitait pas à considérer comme antérieur à celui de saint Luc, avec l’ « Evangile des Egyptiens » :

« Et le Seigneur Jésus descendit de la montagne avec ses Disciples. Or, voici que Satan se présenta à eux sous la forme d’un pécheur. De nombreux démons le suivaient, portant une multitude de filets, de pièges, d’hameçons, et de crochets, jetant les uns et les autres sur la montagne. 

 

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« Lorsque les Apôtres les virent jeter leurs filets et leurs hameçons ainsi, s’ils s’étonnèrent beaucoup, disant : « Seigneur, quel est l’homme de cette sorte, qui fait de telles choses dans un désert ?... »

« Et Jésus leur dit : « Pierre, celui-là est celui dont je t’ai dit : « Voici que Satan vous demande, pour vous cribler comme on crible le froment. Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. »

« Et Jean lui dit : « Que trouvent-ils en un tel désert ?... » Et Jésus répondit : « Mon bien-aimé Jean, celui après lequel il cherche, voici qu’il l’a pris. C’est le Pécheur qui prend tous les poissons mauvais… C’est le Chasseur qui capture toutes les bêtes souillées, et quiconque est mauvais… »

« Philippe lui dit : « Qui donc, Seigneur, a été saisi par l’hameçon ou dans le filet de celui-ci ? » Et Jésus lui dit : « Il y a une multitude qui est prise par l’hameçon ou le filet de celui-ci… »

« Et André dit au Seigneur : Seigneur, quel est donc le bénéfice de celui-ci à faire transgresser les hommes ?... »

« Et Jésus répondit : « Est-ce que je ne suis pas venu pour prendre en Mon Royaume ceux qui sont à Moi ?... Celui-ci cherche aussi ceux qui sont à lui pour son tourment. Car j’ai supporté cette grande humiliation : Je suis descendu dans le Monde, afin d’arracher Mes brebis à la Mort, qui est celui-ci… » (Evangile des Douze Apôtres, IVe Fragment). 

 

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Nous observons tout d’abord que, précipité par Dieu hors de cette « lumière » spirituelle que la tradition nomme Eden, en punition d’un péché primitif, l’Homme-Esprit a été soumis à un Geôlier qui est le Prince de ce monde.

Or, alors que tout l’enseignement de la Révélation, que ce soit celle du Sinaï (imparfaite étant donné son médiateur…), ou celle complète du Christ, vise à libérer l’Homme de certains instincts et de dangereuses passions, il apparaît nettement que son corps charnel vise, bien au contraire, à les susciter et à les entretenir, puisqu’il est organisé et constitué pour cela.  

Si donc on admet que ce corps est, entièrement et totalement, réalisé conformément aux normes et aux intentions divines, il apparaît une contradiction fort nette entre les dits instincts issus du corps et la loi morale imposée à l’esprit.

Car l’on oublie par trop facilement que les prétendus organes de reproduction ne sont peut-être pas tout à fait destinés à la perpétuation de l’espèce ! Ils se divisent, ne l’oublions pas, en deux catégories. Il y a les organes du plaisir sexuel, et les organes de la reproduction proprement dite. En effet, une femme excisée, c’est-à-dire à qui on a retiré le clitoris, les petites lèvres (ainsi que cela se pratique fréquemment en Afrique Noire), si elle est ainsi rendue à peu près frigide, demeure féconde, et une femme à qui on a retiré les ovaires, voire l’utérus, demeure soumise au désir sexuel tout en étant stérile. 

 

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Les organes du plaisir sont donc en même temps ceux du désir. Qui donc alors est leur Auteur ?

Que l’on ne vienne point nous dire que Dieu tente ainsi lui-même l’Homme, par certains détails de l’enveloppe qu’il lui a donnée, pour lui permettre de triompher ou de succomber. Car ce rôle de tentateur est réservé à Satan :

« Alors Satan se leva contre Israël, et il incita David à en faire le dénombrement… » (IIe Livre des Rois, XXIV, 1 ou Chroniques I, XXXI, 1).

Mais si, bien au contraire, nous admettons que le soin de réaliser ce corps charnel, voulu par Dieu comme devant être la prison de l’âme humaine, au même titre que l’Univers devenait celle des Anges déchus et de la Collectivité humaine corrompue, si cette tâche a été confiée au Geôlier que l’Homme s’était imprudemment donné pour Maître, un peu comme à un exécuteur des hautes-œuvres (et c’est aussi un des rôles du Démiurge), alors nous pouvons admettre que le corps et ses instincts ont été réalisés en contradiction avec la règle morale perçue et admise par l’esprit…

En ce sens, on comprend alors des expressions comme « la chaîne des passions », « l’aiguillon de la chair », « la servitude des instincts ». 

 

Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch-v02

 

Ceci semble confirmé par l’influence certaine des Astres (véhicules, corps physiques, ou simplement centres de propagation de l’influence occulte des Archontes) sur le corps matériel de l’Homme, et encore mieux par des « correspondances analogiques » certaines entre le Cosmos et l’Homme charnel.

Et il est non moins certain que ces influences cosmiques ne déclencheront pas des réactions semblables dans les trois catégories d’hommes. Celles-ci sont, en effet, semblables à trois catégories de vases. La première a les siens garnis de terre féconde et de bonnes graines qui lèveront un jour. La seconde a les siens également garnis de terre, mais des graines y seront-elles jamais semées ? Et dans l’affirmative, lèveront-elles ? La dernière n’est composée que de vases vides, d’où, par conséquent, rien ne saurait sortir, même si des graines venaient à y être jetées. C’est ainsi que sont les hommes.

Les uns ont l’esprit, l’âme, la chair. Les autres l’âme et la chair. D’autres, la chair seulement. Cette triple constitution de l’homme est d’ailleurs attestée par saint Paul.

Cette division, établie par les Gnostiques, permet à de Faye de conclure ainsi :

« En dehors de Dieu Lui-même, il y a, si l’on peut s’exprimer ainsi, trois Puissances ou Chefs : le Christ, le Démiurge, le Diable. A ces trois personnages, correspondent trois domaines et trois catégories d’êtres.

« En haut, est le domaine spirituel, qui appartient en propre au Christ. Vient ensuite le domaine intermédiaire, dont le Démiurge a été le monarque et le dieu jusqu’à l’avènement du Christ. Tout en bas, se trouve le domaine matériel, sans un rayon de l’esprit. C’est la Sphère propre au Diable. » (De Faye : Gnostiques et Gnosticisme, III, « Les disciples de Valentin »). 

 

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D’où la conclusion des Evangiles :

« On ne met pas une pièce neuve sur de la vieille étoffe, ni du vin nouveau dans de vieilles outres… » (Luc, Evangile : V, 36).

« Un bon arbre ne saurait donner de mauvais fruits, pas plus qu’un mauvais arbre n’en donnera de bons… » (Luc, Evangile : VI, 43).

Ce qui signifie que les êtres de la dernière catégorie ne sauraient jamais devenir d’eux-mêmes des spirituels ou pneumatiques, et que pour les êtres de la catégorie médiane (psychiques), ce n’est pas absolument certain… Il ne leur reste qu’une chance : l’intervention divine. Mais sur cette chance, nos Gnostiques nous transmettent une tradition qui veut que le « Dieu inconnu » soit intervenu en ce sens… 

 

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D’où cet émouvant appel que les Philosophumena d’Hippolyte de Rome nous rapportent, issu des rituélies naasséniennes :

« Réveille-toi, toi qui sommeille, lève-toi, et le Christ luira à tes yeux… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, V).

En ce même ouvrage, nous trouvons ceci :

« En même temps que Basilide, florissait à Antioches de Syrie un certain Satornil, qui enseignait les mêmes doctrines que Ménandre.

« D’après lui, il existe un Père Unique, inconnu de tous, qui a créé des Anges, des Vertus, des Archanges, des Puissances. Et ce sont des Anges, au nombre de sept, qui ont créé le Monde et tout ce qu’il renferme.

« L’Homme, lui aussi, a été fait par des Anges. Une Image éclatante, venant d’en-haut, de la Puissance Suprême, apparut tout à coup. Les Anges ne purent la retenir, raconte Satornil, parce qu’elle remonta aussitôt au Ciel. Alors, ils s’exhortèrent mutuellement par ces paroles « Faisons l’Homme, à l’Image et à la Ressemblance… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, VII, 28). 

 

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Cette « Image », Valentin en parle :

« Autant l’Image est inférieure à la vivante physionomie, autant l’Univers matériel est au-dessous de l’Eon Vivant, ou Monde Suprasensible… De même, le Démiurge est le reflet du Père, qu’on ne peut nommer… » (Valentin : Péri Philôn).

Ce qui veut dire qu’il existe un « Plan » permanent, où les Idées sont les Modèles et les Moules éternels de tout ce qui est susceptible d’être. C’est en ce Monde Idéal, que les Anges avaient détecté le Modèle de l’Homme et c’est selon lui qu’ils le constituèrent, en évertuant la vie au sein de la Matière (qui était leur domaine), en vue de sa réalisation matérielle.   

« Mais une sorte d’épouvante survint aux Anges, en présence de cet Etre qu’ils venaient de former, lorsqu’il proféra des paroles hors de proportion avec ses origines. Cela lui venait de Celui qui, sans se laisser voir, avait déposé en lui une semence de la Substance d’En-haut, et parlait, avec cette hardiesse, en lui…

« C’est ainsi que, parmi les hommes éphémères, leurs ouvrages sont un objet d’effroi pour ceux qui les ont faits, telles des statues, des images, bref tout ce que font leurs mains, pour représenter la Divinité.

« Car Adam ayant été formé au nom de l’Homme, inspirait la crainte de l’Homme Préexistant, lequel était en lui. Alors, les Anges furent stupéfaits, et inquiets, ils altérèrent leur ouvrage. » (Valentin, Epîtres, cité par Clément d’Alexandrie, in Stromates, VIII, 36). 

 

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Dans la pensée du grand docteur, les Anges devinent intuitivement que l’être nouveau qu’ils viennent de générer ici-bas, sera la souche d’une humanité qui, un jour, en donnant naissance au Rédempteur, sera cause de la ruine de leur empire.

Lorsque les êtres, issus de ce prototype initial qu’ils viennent de créer, se seront débarrassés de leur autorité, lorsqu’ils ne jouiront plus, (à travers eux, qu’ils compénètrent à loisir) de la vie charnelle parce que leur expulsion aura enfin été réalisée, ils ne seront plus alors, ces Anges, que des Entités errantes et sans puissance.  

 

 

 

Cette « possession » utilitaire et égoïste, Valentin nous la décrit :

« Un seul est bon, dont la présence se manifeste par le Fils. C’est par lui seul que le cœur peut devenir pur, tout Esprit mauvais étant alors expulsé du cœur. Car une multitude d’Esprits demeurant en lui l’empêchent d’être pur, et chacun de ces Esprits produit les effets qui lui sont propres.

« Ils maltraitent l’Ame diversement par de mauvais désirs. Et il me semble qu’il arrive à l’Ame, un peu ce qui arrive à une hôtellerie lorsque des gens grossiers y séjournent. Ils percent les murs, y creusent des trous, souvent ils les remplissent d’ordure. Ils n’ont aucun souci du lieu, sous prétexte qu’il appartient à autrui.

« Il en est de même de l’Ame, tant qu’on la néglige… Elle demeure souillée. Elle est l’asile d’une foule de Démons, mais lorsque le Père qui seul est Bon a égard à elle, elle est alors sanctifiée, et elle resplendit de lumière. C’est pourquoi : bienheureux qui a le cœur pur, parce qu’il verra Dieu… » (Valentin : Epîtres).

En cela, le grand docteur est en accord avec l’Ecriture :

« Lorsque l’esprit impur sort de l’homme (par l’effet du baptême) il erre dans les lieux déserts, cherchant le repos, et il ne le trouve pas. Alors, il dit : Je retournerai dans la demeure d’où j’ai été chassé, et si, en arrivant, il la trouve vide et ornée, il s’en va chercher et ramène sept esprits plus méchants que lui, et entrant dans la maison, il y fait de nouveau sa demeure. Et le dernier état de cet homme est alors pire que le premier… » (Mathieu, Evangile : XII, 43-45). 

 

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Car, nous dit Origène :

« Chacun de nous a un adversaire, qui fait corps avec lui, et dont l’ouvrage est de nous conduire à son Prince… » (Origène, Homélie sur l’Evangile de Luc, XXXV).

Cette incorporation du Démon en nous, vient de notre corps charnel, dont la matière est empruntée à l’origine, au domaine purement démiurgique. Et nous abordons ici le domaine le plus délicat, le plus difficile, du problème posé par l’existence du Démiurge. 

 

 

 

Dans son « Introduction » à l’ « Homélie sur le Cantique des Cantiques » d’Origène, ouvrage publié avec le concours de Mgr Lagier, Directeur de l’œuvre d’Orient, Dom O. Rousseau, O.S.B. nous dit ceci :

« On connaît le double récit de la création de l’Homme, aux premiers chapitres de la Genèse, récit qui deviendrait, chez les Alexandrins, la « double création ». Philon l’avait déjà expliqué dans un sens tout platonicien, à propos de Genèse, II, 7, en son Commentaire allégorique des saintes Lois :

« Il y a deux genres d’hommes : l’homme terrestre et l’homme céleste. L’homme céleste, en tant que né à l’image de Dieu, n’a pas de part à une substance corruptible et en général terrestre. L’homme terrestre est issu d’une matière éparse, qu’il a appelé une motte. Aussi, dit-il que l’homme céleste a été non pas façonné, mais formé à l’image de Dieu, et que l’homme terrestre est un homme façonné, et non pas engendré par l’Artiste. Mais il faut réfléchir que l’homme de la terre, c’est l’intelligence au moment où elle s’introduit dans le corps. « C’est celle qui est née de la terre et amie du corps, et que Dieu a jugée digne d’un souffle divin », et non pas « l’Intelligence née à Sa Ressemblance et à son Image. »

Chez Philon, l’homme céleste dépendant de la première création est un être immatériel et transcendant, correspondant à l’idée platonicienne de l’homme. Origène interprètera l’Ecriture dans un sens très différent et plus direct. Il intériorise les deux hommes, et explique la double création par les données pauliniennes. 

 

La fontaine d'eau vive

 

Il dit, en son prologue au « Grand Commentaire du Cantique des Cantiques : « Au Commencement même des discours de Moïse, là où il est question des origines du Monde, vous voyons qu’il est parlé de deux hommes, le premier « qui a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu », le second « tiré du limon de la terre ».

C’est instruit et éclairé en cette connaissance que l’apôtre Paul a écrit qu’il y a deux hommes en chacun de nous, car il est écrit : « Lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » (II, Corinthiens, IV, 16), et de même : « Je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur. » (Romains, VII, 22), et d’autres choses semblables.

D’où je pense qu’il n’y a pas de doute pour personne que Moïse ait écrit de la création de deux hommes dans la Genèse, puisque l’apôtre qui comprenait mieux que nous ce que Moïse a écrit, parle de ces deux hommes. (Origène, en son « Entretien avec Héraclite » nous déclare : « L’Ecriture dit que l’homme est deux hommes. »)

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« Origène s’étend longuement sur cette idée. Sur ces deux hommes, il établira comme deux structures, deux vies, l’une charnelle, l’autre spirituelle, deux intelligences : puké et noùs, deux amours : éros et agapé. » (Dom O. Rousseau : « Origène : Homélie sur le Cantique des Cantiques, Introduction, pp. 18 à 21).

D’ailleurs saint Paul nous déclare formellement que :

« … S’il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. C’est pourquoi il est écrit : « Le premier Adam est devenu une âme vivante, le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant… Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre, le second homme est du ciel. Et tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres. Et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. » (Paul : 1ère Epître aux Corinthiens, XV, 44-48).  

 


 

 

 

Nous ne savons dans quel livre, probablement disparu, saint Paul a lu qu’il était écrit « Le premier Adam… le dernier Adam… » Bien des ouvrages formant le fond scripturaire d’Israël ont été perdus au cours de sa longue histoire, à commencer par ce « Livre des Guerres du Seigneur » que cite le « Livre des Nombres » (Nombres, XXI, 15) et que nous ignorons. Disciple du savant docteur Gamaliel, il est possible qu’il ait eu connaissance d’ouvrages réservés, lorsqu’il n’était encore que l’étudiant Saül de Tarse.

Quoi qu’il en soit, la Genèse nous parle de ces deux hommes, en ses premiers et seconds chapitres. Et c’est ce que nous allons maintenant aborder. 

 

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Dans un manuscrit dont les bibliothèques de Carcassonne et de Vienne possèdent chacune un exemplaire, plus connu sous le nom de « Cène Secrète » et dont nous avons déjà parlé, mais que les Albigeois et les Cathares attribuaient à l’apôtre Jean comme un fragment, détaché volontairement, de l’Evangile johannite traditionnel, nous trouvons ce curieux passage :

« Satan conçut le dessein de faire un homme qui fut à son service. Il apporta donc du limon, et fit un homme à l’Image de l’Homme Primitif, et aussi à la sienne à lui. Ensuite, il ordonna à un Ange du Second Ciel d’entrer en cette forme de boue. Il en prit une partie et en fit un second réceptacle, en forme de femme. Et il ordonna à un Ange du Premier Ciel d’entrer en ce nouveau réceptacle. Et les deux Anges pleurèrent en voyant sur eux des formes mortelles et dissemblables. Et Satan leur ordonna de consommer l’œuvre de chair en ces formes de boue… »

  

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Nous constaterons d’abord que la présentation du récit est faite un peu comme quelque chose de bien connu, de traditionnel dans l’occulte judaïque, Satan utilise le procédé des kabbalistes d’Europe centrale, au Moyen-âge, pour l’élaboration de leurs golem. Et ce procédé (qu’on pourrait d’ailleurs rattacher au récit de la Genèse tout aussi logiquement…) est également celui de la coulée des teraphim, petits « simulacres » divins :

« Il y avait un homme de la montagne d’Ephraïm nommé Mica. Il dit à sa mère : Les mille et cent sicles d’argent qu’on t’a pris et pour lesquels tu as fait des imprécations même à mes oreilles, voici. Cet argent est entre mes mains, c’est moi qui l’avais pris. Et sa mère dit : Béni soit mon fils par l’Eternel ! Il rendit à sa mère les mille et cent sicles d’argent, et sa mère dit alors : Je consacre de ma main cet argent à l’Eternel, afin d’en faire pour mon fils une image taillée et une image fondue, et c’est ainsi que je Te le rendrai. Il restitua cet argent à sa mère. Sa mère prit deux cents sicles d’argent. Et elle donna l’argent au fondeur, qui en fit une image taillée et une image en fonte. On les plaça dans la demeure de Mica. Ce Mica avait une maison de Dieu. Il fait alors un éphod et des teraphim, et il consacra l’un de ses fils, qui lui servit de prêtre. » (Livre des Juges : XVII, 1-5).

.../...

 

 

 

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Par Orphée - Publié dans : Esotérisme & Gnose - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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