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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 17:58

L’Hypostase des Archontes

 

Le texte commence par une référence à Saint Paul qui affirme dans son Epître aux Colossiens, 1, 13 : « Le Père nous a délivré de l’autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien aimé » et dans son Epître aux Ephésiens, VI, 12 : « Ce n’est pas contre la chair et le sang que nous luttons, mais contre les principats, contres les autorités, contre les pouvoirs de ce monde de ténèbres, contre les puissances qui sont dans les lieux célestes ». Le chef de ces puissances est Samaël, qui poussé par sa vanité et son arrogance, déclara « qu’il n’y avait pas d’autre dieu que lui ». Il est qualifié dans le texte de « Dieu des aveugles ».

 

 


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L’Hypostase des Archontes peut être résumé comme suit. A l’origine, le monde visible fut créé à la ressemblance du monde invisible et caché. Le Créateur du grand Tout, celui que nous appelons le « Père » est androgyne. Il possède deux polarités, une masculine et une féminine. Sa partie femelle porte le nom de Sophia dans le texte. Déité directement reliée à la perfection, Sophia aurait normalement dû toujours agir de concert avec la contrepartie masculine à laquelle elle était attachée mais elle désira comprendre plus profondément l’Eternel et commis une erreur fatale et irréparable. Tentant d’imiter son pouvoir créateur, elle se sépara de son principe masculin et tomba du Plérôme (plénitude), c’est-à-dire du Royaume de Dieu. Elle fut précipitée dans le monde des abysses, un monde de néant et d’absence de lumière. Là, du fait de sa puissance, elle enfanta une créature bâtarde, un être monstrueux, un « avorton », à visage de lion et au corps de serpent, un « être fou d’orgueil malicieux et vil », Sabaoth, appelé aussi Samaël. Dans sa folie de vouloir égaler la puissance divine, Sophia créa une aberration, un être abject.

 

 

 

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Une fois engendré, le fils avorton de Sophia (androgyne lui aussi) aperçut devant lui l’univers vaste et étendu. Il devint arrogant et dit : « Moi, je suis Dieu et il n’y en a pas d’autre que moi ». L’Archonte orgueilleux se bâtit un monde d’une grandeur sans limite (notre Univers-Bulle) puis décida de susciter de lui des enfants. Il créa sept androgynes puis leur dit : «  Je suis le Dieu du Tout ! » Il engendra aussi une multitude d’enfants maléfiques, les Archontes (ou démons), qui peuplèrent désormais les mondes de la matière d’où ils étaient issus. Lorsque le vrai Dieu, « l’Incorruptible », abaissa son regard vers la région des eaux « en vue d’unir, selon la volonté du Père, le Tout à la Lumière », son image se refléta et les Archontes (puissance des ténèbres) en devinrent amoureux.

 

Ces faux démiurges androgynes réussirent, on ne sait trop comment, à capter l’image parfaite de l’homme se trouvant de « l’autre côté du voile » et décidèrent de créer un homme d’après l’image parfaite qu’ils avaient aperçue sur l’eau. Les Archontes dirent : « Allons, faisons un homme qui soit de la poussière de la terre. » Ayant pris de la terre, ils modelèrent un homme d’après leur propre corps (avorton animal), à la ressemblance de l’image du dieu qui leur était apparue dans les eaux. Toutefois, étant donné une « imprécision de fabrication », leur créature ne parvenait pas à se tenir debout. Dans leur maladresse, ils créèrent un monstre, une créature hybride mi-humaine, mi-amphibienne, mi-reptilienne qui annonça le règne des premiers animaux sur terre. Alors, Dieu eut pitié d’elle et souffla dans son visage : « L’Esprit (de Dieu) aperçut sur le sol l’homme pourvu d’une âme. Il descendit et vint en lui, et l’homme devint une âme vivante. Il lui donna le nom d’Adam parce qu’il l’avait trouvé rampant sur la terre. » L’homme se mit debout et parla.

 

Bien qu’issu d’une sorte de création « génétique » des Archontes, l’homme était différent d’eux car l’étincelle de vie et d’intelligence lui avait été donnée par le « vrai » Dieu. Les Archontes placèrent Adam dans le Jardin d’Eden « pour qu’il le cultive », en lui interdisant de manger à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, lui prédisant la mort s’il essayait. Quelques temps après, ils se concertèrent et décidèrent de faire tomber Adam dans un profond sommeil (assimilé à l’ignorance), pendant qu’ils tranchaient dans son côté et qu’ils faisaient apparaître une femme. Puis, ils reconstituèrent le côté « en mettant de la chair à la place », un acte qui s’apparente à une véritable « opération chirurgicale ».

 



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Quand les Archontes virent la contre partie féminine d’Adam, « un grand émoi les saisit et ils la désirèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! Jetons en elle notre semence et ils la poursuivirent. (…) ils provoquèrent eux-mêmes leur propre condamnation. » C’est alors que le principe féminin de Dieu, Sophia, s’introduisit dans le « serpent instructeur » et dit à la première femme : « Vous ne périrez pas de mort (si vous touchez au fruit de l’arbre). C’est par jalousie qu’on vous a dit cela. Au contraire, vos yeux s’ouvriront et vous deviendrez comme les dieux, distinguant le bien et le mal ». La femme mangea le fruit défendu puis en donna à son mari. S’apercevant de leur désobéissance, le grand Archonte Samaël maudit la femme et le serpent. Il chassa le couple hors du verger et le tourmenta « par de grandes tribulations et une vie pleine de soucis, afin que l’humanité soit accaparée par la vie matérielle et n’ait pas la possibilité de se consacrer à l’Esprit saint. »

 

Nous assistons ensuite à la naissance de leur descendance, Caïn et Abel, Seth et Noréa. Le texte précise que Noréa, la dernière engendrée ne fut pas « souillée par les Archontes ». Alors qu’ils venaient à sa rencontre, avec l’intention de l’abuser, Samaël lui dit : « Eve, ta mère, est venue à nous. » Mais Noréa, se tournant vers eux, leur dit : « C’est vous qui êtes les gouverneurs des ténèbres ? Vous êtes maudits (…). Je ne suis pas issue de vous : c’est, bien au contraire, du monde d’en haut que je suis venue. »

 

L’Archonte arrogant fit appel à tout son pouvoir et lui dit : « Il te faut nous rendre service (comme l’a fait) ta mère Eve. » Mais Noréa, qui n’était pas un « produit » des Archontes mais une fille issue directement de la Lumière du Père primordial, au même titre que son frère Seth, demanda assistance et protection au grand Créateur, au « Dieu du Tout » : « Protège-moi des Archontes d’iniquité et sauve-moi de leur emprise ! » Alors, l’ange Elelêth, l’un des quatre « Illuminateurs » qui se tiennent debout en présence du grand Esprit invisible lui dit : « J’ai été envoyé pour m’entretenir avec toi et pour te délivrer des griffes de ceux qui sont sans loi. Et je te ferai connaître tes racines ». A la demande de Noréa, l’ange lui expliqua alors comment les Archontes avaient été créés.

 



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L’un des sept fils de Samaël condamna les œuvres de son père. Alors, Sophia et sa fille Zoé l’enlevèrent pour l’établir au septième ciel. Il prit le nom de « Dieu des Forces » et se fabriqua un grand char à quatre face de chérubins, et pour l’assister, créa de nombreux anges. Zoé et Sophia lui enseignèrent les mystères des mondes d’en haut. Ce fils issu du sombre Samaël fut réhabilité sous le nom de Sabaôth, en qualité de second dieu, maître des sept cieux du monde d’en bas, de leurs puissance et de leurs anges. L’écrit sur « L’Origine du Monde » s’étend avec plus de détails sur le rétablissement de Sabaôth dans sa gloire, à travers les visions d’Isaïe et d’Ezéchiel. Le dieu créateur se trouva ainsi divisé en deux personnages. Pour avoir dit « Je suis Dieu et il n’en est pas d’autre », sa partie négative fut précipitée dans le Tartare.

 

On l’identifia plus tard à Satan, l’accusateur public du malheureux Job dans la Bible. Puis, le « petit fonctionnaire » prit du galon et devint le diable, le « Prince de ce monde », qui continue à régner en despote absolu sur la terre. L’Hypostase des Archontes se termine sur l’annonce par l’ange Elelêth de l’arrivée d’un « homme vrai » (le Christ) qui les instruira de toutes choses, les affranchira de la pensée aveugle (Samaël/Satan) et leur montrera comment vaincre la puissance des Archontes. Nous voyons que dans « L’Hypostase des Archontes », le rôle du serpent est tout autre que dans l’Ancien Testament. Il ne tente pas le premier couple mais l’avertit de son état. Il lui donne les moyens d’accéder à la connaissance par les Archontes. Ces derniers, véritables créateurs de l’humanité, sont les uniques responsables de la souffrance existentielle de l’homme.

 

Seule la connaissance, le mépris des lois et des institutions permettront à la créature humaine de rallumer la lumière intérieure avec laquelle elle pourra renouer avec les entités divines issues du monde parfait.

 

Le Livre secret de Jean

 

Le Livre secret de Jean ou Apocryphon de Jean figure en tête de trois codices découverts à Nag Hammadi, ce qui indique son importance. Il en existe quatre versions écrites en copte. Il contient des paroles secrètes reçues par « Jean » (que l’auteur André Wauthier présente comme l’évangéliste Marc) de la bouche même du Christ. Ces révélations portent essentiellement sur les origines de la création du monde et en particulier sur le rôle joué par Barbèlô appelée aussi Epinoïa, la mère céleste, la Sophia de l’Hypostase des Archontes. De l’union de la partie féminine de Dieu ou Barbèlô (Sophia) et de l’esprit « saint virginal et invisible », autrement dit le Père, l’aspect masculin de Dieu, naît un Fils, le Christ appelé l’Autogène.

 

 


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Mais Barbèlô engendre aussi un autre être, sans le secours du Père. Il s’agit de Ialdabaoth (Samaël) qui crée des entités pour le servir et ensuite le monde matériel pour l’asservir. Une faute de « l’aspect féminin » de Dieu est à l’origine du monde matériel, c’est-à-dire du mal. Et cet archonte maléfique est présenté comme étant le demi-frère du Christ !

 

Voici comment le Livre des Secrets de Jean narre la conception de cet avorton bâtard de Dieu. Epinoïa (Barbèlô, Sophia) voulut engendrer un être semblable à elle, sans le consentement de l’Esprit, sans sa participation et sans lui demander son avis. Et du fait de sa puissance, sa pensée ne resta pas improductive. Epinoïa enfanta une « chose imparfaite et disgracieuse, parce qu’elle l’avait engendrée sans son conjoint, et cet être ne ressemblait pas à l’aspect de sa mère, il était d’une forme autre ». Il avait une tête de lion sur un corps de serpent et ses yeux étaient pareils à des éclairs lançant des flammes. Elle le nomma Ialdabaoth, le repoussa loin d’elle et le plaça sur un trône entouré d’une nuée, afin que personne ne puisse le voir, sauf le Père des vivants.


 

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Ialdabaoth appelé aussi Saclas (l’idiot) devint le premier Archonte. Il détenait de par sa mère un grand pouvoir. Il quitta son lieu d’origine et donna naissance à d’autres éons, à des autorités subalternes et douze anges (les douze signes du zodiaque) : Athôt, Harmas, Galila-Omri, Iabêl, Adonaï, Sabaoth, Kaïnan-Kassine, Abrisène, Iôbêl, Armoupiaël, Melkheir, Adônine, Bélias.

 

Ensuite, il plaça dans les sept cieux, sept rois (correspondant aux sept planètes). La folie qui anima le Grand Archonte lui fit déclarer : « Je suis Dieu et il n’y a pas d’autre Dieu à par moi ». Les Archontes créèrent sept puissances et ces dernières engendrèrent 365 anges. Ialdabaoth réaffirma à l’ensemble de ses créatures : « Je suis un Dieu jaloux et il n’y a pas d’autre Dieu que moi ! » Alors, le grand Tout excédé refléta son image parfaite sur les eaux et les Archontes qui la virent se dirent : «  Faisons un homme à l’image de Dieu et conforme à notre apparence afin que cette image soit pour nous une lumière. »

 

Et ils fabriquèrent une créature en associant les pouvoirs des uns et des autres, chacun lui apportant un élément spécifique. Ils créèrent un être ressemblant à l’homme primordial parfait qu’ils appelèrent Adam mais le leur était inerte et sans vie. Alors, le Grand Esprit souffla sur Adam qui se redressa, acquit de la force et s’emplit de lumière. Les Archontes, jaloux de l’esprit et de l’intelligence acquise par Adam le précipitèrent dans les régions les plus basses de la matière (la terre). Mais le « Miséricordieux » prit pitié de lui. Il lui envoya la révélation de ce qu’il était et lui expliqua la manière dont il pouvait remonter jusqu’à lui.

 

Quand les Archontes comprirent que l’Adam qu’ils avaient façonné leur était supérieur, ils le firent devenir mortel et l’emmenèrent au Paradis, dans un Jardin où il n’y avait que des fruits amers à manger, lui cachant le seul arbre défendu, celui du discernement du bien et du mal. Le Livre secret de Jean poursuit la narration en ces termes : « Mais moi, je l’ai incité à en manger ». Or, c’est le Christ qui s’exprime dans le texte, défendant le rôle du serpent tentateur et se l’appropriant !

 

La partie féminine lumineuse d’Adam qui était en lui, sortit de son corps et façonna un « autre modelage ayant la forme d’une femme ». Elle fut appelée la « Vie », la « Mère de tous les vivants » car Sophia était en elle. Le Christ transformé en aigle apparut alors sur l’arbre de la connaissance et instruisit le premier couple qualifié de « deux cadavres d’ignorance ». En apprenant leur désobéissance, Ialdabaoth les chassa du Paradis et quand il vit Eve briller de tous ses feux, il la désira, la séduisit et donna naissance à deux enfants : Elohim et Yahvé. Le premier était juste et le deuxième injuste. Le grand Archonte fit dépendre Elohim de l’eau et de la terre, et Yahvé, du feu et de l’air. Il appela Elohim, Abel et Yahvé, Caïn.

 



Adam-et-Eve                   dragon americano quetzalcoatl
 

 

Vint ensuite une déclaration du Christ qui nous paraît capitale. Répondant à une question de Jean sur l’origine du mal, le « Sauveur » révèle : « Et tous les Archontes commirent tous ensemble l’adultère avec Sophia (Eve), et la vile fatalité fut engendrée par eux : c’est la dernière de leurs épouvantables alliances, l’alliance par laquelle ils se montrés hardis les uns envers les autres. Et celle-ci est plus dure plus forte que celle par laquelle sont unis les dieux et les anges et les démons et toutes les générations jusqu’à ce jour. C’est de la fatalité que sont provenus tous les péchés et injustices et les blasphèmes, ainsi que les chaînes de l’oubli et de l’ignorance, et toutes les décisions difficiles à prendre et les péchés graves, et les grandes terreurs. C’est ainsi toute la création a été aveuglée, en sorte qu’on ne fut capable de connaître le Dieu qui est au-dessus d’eux tous. Et à cause des chaînes de l’oubli, les péchés furent dissimulés (…). Et le grand Archonte regretta tout ce qui était venu par lui à l’existence. Alors, il résolut de submerger par le déluge l’œuvre des hommes. Mais la « grandeur de la Lumière de la Gnose » informa Noé qui le fit savoir à tous les fils d’hommes. »

 

Les Archontes envoyèrent alors leurs anges, « transformés » pour la circonstance chez les filles des hommes survivants qui s’étaient réfugiés avec Noé, afin qu’ils les engrossent. Ces anges apportèrent aux hommes des métaux précieux. Ils prirent des femmes et engendrèrent des fils des ténèbres à leurs images et ainsi, « toute la création fut asservie depuis toujours, depuis l’édification du monde jusqu’à maintenant. » Comme dans l’Hypostase des Archontes, nous voyons que les mauvais anges ont abusé d’Eve (et des filles des hommes), nouant une alliance contre-nature, de sorte que toute la création du grand Archonte à laquelle nous appartenons fut maudite.

 

L’Evangile égyptien

 

L’Evangile égyptien ou « Livre saint du Grand Esprit invisible » qui suivait immédiatement « Le Livre secret de Jean » dans les codex IV découverts à Nag Hammadi fut rédigé par un certain Ghonghessos encore appelé Eugnoste à propos duquel on ne sait presque rien. Il y expose la création du monde matériel et celle de l’homme.

 

 

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Si jusqu’à présent, nous n’avons été confrontés qu’à une seule genèse, à une fabrication réalisée par une déité malfaisante qui donna naissance à un humain constitué à partir d’éléments terrestres et à une femme issue d’une sorte de « manipulation génétique ». L’évangile égyptien précise qu’il y avait eu antérieurement une autre création, affirmant que celle de l’ange Ialdabaoth eut lieu 5.000 ans après la première ! Lors de la première création, de la nuée de la grande Lumière, de la puissance vivante l’Adamas, apparut le premier homme, l’incorruptible « à partir duquel et en lequel tout est venu et sans lequel rien n’est venu. » Un logos de l’homme vint à naître. L’homme vint à l’existence par un mot. Il faisait partie de la race dite des « incorruptibles » dont Seth fut un descendant direct.

 

Cinq mille ans plus tard, naissait le grand Archonte malfaisant Saclas (Ialdabaoth), de même que son grand démon Nibrouel. Saclas créa des anges pour gérer ses mondes et affirma : « Je suis un Dieu jaloux ». Alors, le Père lui envoya de ses hauteurs l’image de l’homme et celle du Fils de l’homme. C’est en regardant l’image d’en haut que l’homme de Saclas fur modelé. C’est la seconde création. Le texte précise qu’il existe deux descendances, une « dégénérée qui désire le démon et qui sera détruite », une autre, celle d’Adamas et du grand Seth (qui donnera plus tard Melchisédech puis le Christ) qui est « comme un soleil ».



BarqueApophis              BastApophis

 

 

Ensuite survint le déluge qui tenta d’effacer toute trace de cette race corrompue par la faute de laquelle les famines et les calamités s’abattaient sur le monde. Seth s’aperçut des activités du diable et de ses plans contre la race des incorruptibles alors surgirent quatre cent anges éthérés chargés de protéger la grande race, jusqu’à la disparition du grand Archonte maléfique et de ses légions.

 

Bref, selon l’Evangile égyptien, l’homme de la première genèse fut créé par le Verbe pur, le second fut fabriqué par le mauvais démiurge à partir d’éléments matériels. Il existait à l’origine deux races distinctes d’êtres humains. Le but du diable sur cette terre est de détruire la première grande race et de l’empêcher de retourner vers son Dieu créateur, probablement par pure jalousie, car en elle repose une part de la lumière divine qui lui fait défaut.

 

Marcion

 

L’Hérétique et sa vision de Dieu

 

Marcion, rédacteur de l’Evangile de Luc (à l’exception des chapitres de l’enfance), disciple de Paul, collationneur de ses Epîtres (voire le rédacteur selon certains) opposa Yahvé, le Dieu despotique de l’Ancien Testament au véritable « père » du Christ. Selon Marcion, le Christ, enfant d’un dieu qui prescrivait la loi d’amour, était venu délivrer les hommes de la puissance du Dieu Créateur (Yahvé). Yahvé n’était pas bon.

 

 


Marcion-01 

 


C’était un juge implacable. Ses promesses n’étaient valables que pour ce monde et que pour les Juifs avec lesquels il avait conclu une alliance de sang. Or, conformément à son choix politique, l’église de Rome glorifia l’autorité de Yahvé et en fit le Dieu unique, créateur et maître de toutes choses. Pire encore, elle s’attacha à rapprocher Jésus de Yahvé au point de les confondre. L’Eglise adopta le Dieu des Juifs et en fit le Dieu des chrétiens, commettant une erreur fondamentale dans laquelle elle persiste toujours à se fourvoyer.

 

Les idées révolutionnaires de Marcion constituèrent un grave péril pour l’Eglise naissante qui s’empressa de le qualifier d’hérétique. Vers l’an 155, Polycarpe de Smyrne le traita de « premier-né de Satan » et l’accusa de rejeter le témoignage de la croix, de la résurrection et du jugement. Mais Marcion était entendu et avait même un nombre impressionnant de fidèles. Aux environs de 208, Tertullien affirma que « la tradition hérétique de Marcion emplissait l’univers… »

 

Pour Marcion, seul Paul avait véritablement compris Jésus. Paul avait reçu de manière initiatique, mystique ou visionnaire, la révélation du salut apporté par le Christ. Il s’agissait d’un message probablement issu d’une croyance antique conservée secrètement dans certaines sectes car Paul déclara « ce mystère est caché depuis l’origine mais maintenant il est révélé par Dieu ». Paul décida de révéler « la sagesse mystérieuse de Dieu cachée à l’origine des temps. » Il existait un « mystère du Christ » et Paul en était le dispensateur. Marcion connaissait ce secret et voulut le révéler au monde. L’Eglise jeta l’anathème sur ses écrits. Qui de nos jours connaît encore Marcion ?

 

Pour Paul et pour Marcion, le Christ ne fut jamais le « fils de l’homme ». Il venait d’une pure essence et représentait l’image du Dieu inconnu « invisible », celui que la Gnose appelait l’innomé, l’ineffable, l’amour pur. Ayant revêtu « une forme divine, il s’en était dépouillé pour prendre une forme d’esclave, devenant ainsi semblable aux hommes. » Le Christ de Marcion révélait qu’il était venu « abolir la Loi et les Prophètes ». Or, les copistes catholiques dans les trois synoptiques remplacèrent les véritables paroles du Christ : « Je ne suis pas venu accomplir la Loi mais l’abolir » par «  Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir », ce qui signifie tout le contraire…

 

Selon Marcion, la venue du Christ annonçait la fin de la loi de Moïse. Deux paroles du Christ étaient on ne peut plus claires à ce propos. Lorsqu’il évoqua deux arbres, le mauvais et le bon, qui ne pouvait produire que des fruits de même nature, Jésus symbolisait le Dieu créateur Yahvé qui n’avait produit que du mauvais, l’opposant au Père de Jésus qui ne produisait que du bien. Lorsque Jésus interdisait de poser une pièce nouvelle sur un vieux vêtement et de verser du vin nouveau dans de vieilles outres, il défendait aux siens de mettre en rapport sa doctrine avec celle de l’Ancien Testament.

 

Aux yeux de Marcion, deux principes étaient en œuvre dans l’univers, celui de la Loi, organisateur du monde et de la nature humaine, et un autre principe, supérieur au premier, la Grâce ou l’Amour sauveur. C’est en se plaçant sous l’autorité de ce second principe que l’homme pouvait échapper à l’esclavage du premier. Marcion établit un contraste fondamental entre la Loi et la Grâce, c’est-à-dire entre les doctrines des deux Dieux. Il croyait en la gratia gratis data, la grâce gratuitement donnée, par opposition à la justicia ex operibus, la justice par les œuvres. C’était là tout le contenu de sa religion. Cependant, Marcion resta fidèle à la tradition judéo-chrétienne en identifiant la création du monde à Yahvé et en considérant l’Ancien Testament comme la présentation fidèle de faits authentiques.

 

Au dernier jour, le Christ ne jugera pas les hommes mais séparera ceux qui ont adoré le Créateur (Yahvé) de ceux qui ont demandé leur rédemption au Dieu « bon », son Père. A ce moment, Yahvé disparaîtra avec le monde qu’il a fait, ce Dieu n’étant ni véritablement divin ni même éternel. A la fin des âges, seul règnera le Dieu suprême. Il n’y aura pas de libération de la chair mais une libération spirituelle, à l’égard du monde et de son créateur. Pour Marcion, la résurrection de la chair, loin d’être un rédemption, aurait été la continuation du mal, c’est-à-dire de la vie « matérielle ».

 

Selon Marcion, les Juifs n’avaient pas reconnu en Jésus leur messie parce qu’il n’avait pas été envoyé par Yahvé. Celui dont ils espéraient toujours la venue n’était autre que l’Antéchrist. A ce propos, vers l’an 208, Tertullien écrivit : « Marcion prétend qu’il y a deux « Christ » ; l’un fut révélé au temps de Tibère par un Dieu que l’on ne connaissait pas, avec mission de sauver tous les peuples ; l’autre est destiné par le Dieu créateur à restaurer Israël et doit apparaître un jour. Il fait entre ces deux « Christ » autant de différences qu’il y a entre la Loi et l’Evangile, le judaïsme et le christianisme. « Ces deux Christ », Paul les évoqua en ces termes : « Si le premier venu vous prêche un autre Jésus que celui que nous avons prêché, un évangile différent de celui que nous avons reçu… » (2 Cor. 11/4). Il préconise aussi de lancer « l’anathème contre celui qui vous prêche un second évangile ». (Gal. 1/6-9). Les écritures juives ne furent jamais considérées comme des autorités ni par le Christ ni par Paul. La révélation du Christ ne complétait ni n’accomplissait en aucune façon le judaïsme mais le supplantait. Et donc, la Bible juive devait être répudiée.

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose