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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 17:16

SATAN

 

Créateur des hommes et maître du monde ?

 


 

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Au commencement de la première religion monothéiste, celui qui allait devenir plus tard le Dieu d’Israël, Yahvé, divinité omnipotente n’avait pas de concurrent en la personne d’un Dieu du mal. Le monothéisme hébreu était réticent à l’idée de diviser les pouvoirs divins. Dès lors, Yahvé était responsable autant du bien que du mal.

 

Par des exils et des captivités successives (à Babylone notamment), les Hébreux furent mis en contact avec les religions des grands empires de l’Orient où ils firent la connaissance avec une série de divinités bonnes et mauvaises. Peu à peu, ils établirent une distinction plus nette entre les forces positives et négatives. Comme leurs ennemis étaient nombreux, que des désastres s’abattaient régulièrement sur eux et que Yahvé, leur Dieu protecteur, ne pouvait être tenu pour responsable de leur infortune, ils conclurent logiquement à la présence de mauvais esprits. C’est ce que nous pouvons lire entre les lignes de l’Ancien Testament. Celui-ci fut indéniablement manipulé par les différents rédacteurs qui adaptèrent les textes bibliques initiaux pour donner une tournure qui favorisait avant tout les pouvoirs et les institutions qu’ils représentaient.

 

A l’évidence les textes antiques furent arrangés au profit des opinions religieuses de l’époque et il faudrait plutôt concevoir l’histoire agitée de la religion judaïque au travers de ses différentes étapes. D’une part celle de l’époque d’Abraham, le père des Hébreux, qui était sorti de Ur, en pays de Sumer, vers – 1800 et qui avait emporter avec lui dans ses bagages, un petit dieu à caractère familial qui ne portait visiblement pas de nom, une sorte de totem ou de porte-bonheur, qui allait devenir par la suite « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Ce Dieu sorte d’intermédiaire bienveillant entre Abraham et les multiples dieux d’Ur, régna un temps en maître sur le clan et présida à ses destinées, tout en modifiant à la carte et au gré des nécessités le vieux code moral sumérien, toujours en vigueur chez les Abraham. Quatre siècles plus tard vint une seconde étape, celle de Moïse l’égyptien qui emprunta en grande partie sa doctrine religieuse des temples initiatiques de la vallée du Nil. Il reçut probablement les enseignements monothéistes d’un Pharaon qui portait le nom illustre d’Akhenaton. Mais pour le peuple juif Moïse, reste celui qui serait né de la tribu de Lévi et qui aurait initié à la science occulte des prêtres de son époque. Devenu une sorte de magicien et de héros libérateur aux yeux du peuple hébreu, il aurait été très tôt auréolé de gloire grâce à ses connaissances mais aussi suite à ses succès militaires en menant son peuple vers la Terre promise, protégé par un Dieu lié à leur Exode. Ce n’est que plus tard seulement que Moïse rencontra Yahvé et qu’il établira les premières bases de la religion judaïque, il imposera ainsi la circoncision, (rite égyptien), et interdira de manger du porc, que les Egyptiens avaient également en horreur. On sait maintenant que ce sont les scribes tardifs, ceux du clan du Yahvé de la Bible qui tentèrent d’escamoter l’origine égyptienne de la circoncision.

 

Un texte tardif tente même de prétendre qu’Abraham avait institué ce rite en guise d’alliance avec son dieu ce qui est totalement impensable au regard des coutumes que celui-ci pratiquait. La troisième étape, est celle de Josué, qui détruira Jéricho et qui prendra possession du territoire de Canaan. C’est la période où le peuple s’installera à nouveau sur cette terre qui avait déjà donné asile à Abraham, et où le judaïsme prendra naissance.

 

Il semblerait donc que pour les Hébreux, Yahvé, le Dieu d’Israël, était incapable d’avoir créé des entités mauvaises. Si le démon existait, il ne pouvait être qu’un ange servant qui s’était rebellé contre l’autorité divine. Dès lors, le mal n’apparaissait plus comme une punition envoyée par la divinité courroucée mais comme la conséquence d’une révolte puis d’une chute. Des anges créés dans un état de grâce originel s’étaient rebellés contre la puissance de leur Créateur, à la suite de quoi, ils étaient devenus des « diables ».

 

La pensée hébraïque imagina un personnage rebelle, Satan, au départ subordonné au démiurge, qui avec le temps prit de plus en plus d’assurance, jusqu’à devenir une entité indépendante et autonome. Ce tournant décisif, ce revirement, cette « passation de pouvoir » entre Yahvé et Satan se remarque dans les deux versions successives de l’épisode du dénombrement d’Israël ordonné par le roi David. Dans le deuxième « Livre de Samuel », c’est l’esprit de Yahvé qui incite David à dénombrer son peuple et ensuite le punit en lui envoyant la peste. L’injustice de cet acte parut aux Hébreux, alors les « Chroniques » (plus tardives) modifièrent l’ancienne version de manière à ce que ce soit Satan et non plus Yahvé qui se dresse contre Israël et incite David à dénombrer les Israélites. Non seulement l’ange du mal était devenu le seul responsable du démembrement mais il avait agi sans l’accord de Yahvé ! C’est ainsi que l’on détourne une vérité gênante.

 

Mais qui est Satan ? Satan est le nom du diable le plus présent dans la tradition religieuse et littéraire. Il provient du terme hébreu Sathan signifiant « adversaire », « ennemi », « accusateur », « contradicteur ». En hébreu, la racine « stn » signifie « combattre », « accuser », « dresser des embûches », « persécuter ». Dans la version grecque de l’Ancien Testament, Satan est traduit par « diabalos », du verbe diaballo signifiant « séparer », « accuser », « calomnier », « tromper ». Le diable de l’Ancien Testament n’est pas du tout le Satan du Nouveau Testament. Ce dernier est bien plus redoutable. Il a des prérogatives et des comportements bestiaux. Il est dominé par le mensonge et la haine du genre humain.

 

Satan cherche délibérément à altérer l’œuvre du bien. Il est l’emblème de la traîtrise et de l’idolâtrie. Dans l’Evangile selon Saint Jean, il est le « prince de ce monde », celui qui dans l’Apocalypse sera au centre de la bataille eschatologique l’opposant au Fils de Dieu. Mais le personnage de Satan est surtout présent dans le Nouveau Testament où il est identifié au dragon infernal que le Christ voit tomber du ciel (Luc 10,18). Il est le tentateur de Jésus dans le désert (Matthieu 4,10 / Marc 1,13) et l’origine des douleurs physiques des hommes (Luc 13, 16). Il possède son propre royaume, spatial et temporel (Matthieu 12,26 / Marc 3,26). Il a accès à la réalité céleste de Dieu (Job 1,6.12 ; 2,1-7).

 

Saint Paul le désigne comme un être qui « se masque comme un ange de lumière » dans son 2e Epître aux Corinthiens (11,14). Satan apparut très longtemps dans les textes avec la lettre « s » écrite en minuscule, comme un nom commun. Dans les parties les plus anciennes de la Bible hébraïque, le mot était utilisé pour désigner de manière générique un adversaire, à la guerre ou au tribunal, un mauvais conseiller, un accusateur. Pour les raisons dogmatiques précisées plus haut, le mot Satan devint un nom propre. Sa personnalité se dessina plus nettement à l’époque où Jésus annonça l’Evangile. Ainsi, le Nouveau Testament le mentionne à 53 reprises alors que l’Ancien ne l’évoque qu’à de très rares occasions. Il semble que la venue du Christ ait focalisé l’attention des hommes sur Satan, avec des Evangiles faisant largement état de démons que le Christ chassait du corps des possédés.

 

 


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Dans les textes anciens, « l’accusateur » n’a pas de réel caractère diabolique. Par exemple, dans le « Livre de Zacharie », Satan accuse le grand prêtre Josué, mais bien que celui-ci soit coupable, un ange le défend devant Dieu et Satan est réduit au silence. On retrouve ici l’imagerie traditionnelle du Jugement, avec ses deux protagonistes, l’ange et le démon : « Il me fit voir Josué, le grand prêtre qui se tenait devant le messager du Seigneur, tandis que l’adversaire (Satan) se tenait debout à sa droite pour l’accuser » (Zacharie III,2).

 

Satan s’affirme surtout avec le « Livre de Job » en tant que persécuteur des justes. Il s’incarne en une figure bien réelle (Livre de Job I, 6-12) : « Un jour, les fils des Dieu vinrent se présenter devant Yahvé, Satan aussi vint au milieu d’eux. Le Seigneur demanda où il avait été. Je parcourais la Terre de part en part », dit-il. Puis le Seigneur lui demanda : « As-tu considéré mon serviteur Job ? Tu ne trouveras nul autre pareil sur la Terre, un homme sans reproche et droit… » Même s’il est puissant, Satan n’est qu’un membre de la cour céleste, soumis à l’autorité divine.

 

 

Yahvé loue à Satan la foi de Job. Satan lui propose alors de le mettre à l’épreuve : « (…) Etends la main et touche à ses biens ; à coup sûr, il te maudira en face ! Soit, dit Yahvé à Satan, tous ses biens sont en ton pouvoir. Evite seulement de porter la main sur lui. Et Satan sortit de l’audience de Yahvé. » Dieu se sert de Satan pour tester la fidélité de Job, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il se montre particulièrement cruel avec ce dernier. Avec son accord, Satan tourmente le pauvre Job au-delà de ses forces. La première fois, il détruit tous ses biens et tue ses fils. La seconde fois, il le couvre de plaies. Tout cela est fait avec le consentement divin. Au début, Satan n’est qu’un messager ordinaire, missionné pour de basses besognes, un outil dont le démiurge use à sa guise pour faire le mal, sans se salir les mains. Satan semble faire partie de ses intimes, de sa cour, de ceux qui le servent et l’aident à réaliser ses plans.

 

On le retrouve, allié une fois de plus à Dieu, dans le Livre d’Isaïe, dans l’oracle porteur de la malédiction divine à l’égard de l’Egypte. A première vue, il était de bon ton à l’époque que les puissances du mal servent Yahvé et soient les artisans de ses vengeances. Après leur captivité à Babylone, les Hébreux firent de Satan l’antithèse de Yahvé. Satan prit un caractère personnalisé au contact du mazdéisme et des Dieux assyriens et babyloniens. Sa dimension spirituelle se transforma complètement. Il reçut divers noms : le rebelle, l’antique Serpent, l’Archonte de ce monde, le Singe de Dieu… Rappelons que le Satan des Israélites n’a aucun lien de parenté avec le Lucifer des Chrétiens. Ce n’est pas un prince, encore moins un ange déchu, mais un être hideux issu de nos pires cauchemars, sans aucun état d’âme, animé d’une seule volonté, nuire à toutes les créatures vivantes et détruire l’œuvre du « Père ».

 

 

 

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Satan est l’ennemi public n°1 du genre humain, le vil séducteur, le diable cornu auquel toutes les croyances et religions du monde font référence. Il est le malin, le fourbe, le père du mensonge. Il apporte les fléaux, la destruction, la guerre, la maladie, la peur, la luxure, le sexe, la pornographie. Satan, dans le sens où l’entendait Khomeiny, est un pur négatif de la bonté divine. Il est la cause de tous les maux présents sur la terre.

 

Une parole attribuée au Prophète dit que dans chaque homme existe un Shaytân, de la même manière que le sang lui coule dans les veines. Le Coran fournit de nombreux détails sur l’activité du seigneur des démons : il embellit les choses pour mieux vous tromper, vous fait oublier vos devoirs, vous fait des promesses fallacieuses… Le Shaytân du Coran ne s’oppose pas directement à Dieu mais plutôt à sa créature, l’homme, qu’il cherche à séduire pour lui montrer qu’il n’est digne d’aucun privilège. Pour pousser les hommes au péché, il se manifeste sous de multiples formes humaines ou animales, et comme ses fils, les démons Shayâtin, il peut posséder les individus.

 

La « lapidation de Shaytâne » est un rite musulman qui se déroule chaque année à Minâ, près de la Mecque. Chaque pèlerin est invité à lancer sept cailloux contre trois pilastres afin de rappeler le geste d’Abraham quand il chassa le démon du lieu sacré où il se proposait de sacrifier son fils Ismaël. On peut toutefois venir à bout de la puissance de cet être malfaisant ; C’est ce que pensaient les premiers Pères de l’Eglise qui affirmèrent que celui qui craignait Dieu était « hors de portée du diable, les prières suffisant à le faire disparaître. » Selon Tertulien, le seul nom de Jésus-Christ mettait Satan en déroute.

 

 

 

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Aujourd’hui, les siècles se sont écoulés et malgré ces conseils imparables, Satan semble omniprésent, voire même oppressant. Jésus ne nous en a pas libéré, loin de là. Satan continue à faire des « pieds de nez » à Dieu ! Selon Edouard Brasey, auteur du livre « Enquête sur l’existence des anges rebelles », Satan serait un mauvais Dieu qui se serait infiltré par « effraction » au sein de la création, un démiurge aussi puissant que le Père Créateur qui se serait immiscé de manière illégale dans notre monde. Soit il y serait arrivé « par hasard », soit il aurait été invoqué par magie. Satan convoiterait avec avidité notre planète aux vies innombrables. Il chercherait à s’emparer de cet inestimable joyau bleu, aidé par une armée d’entités malveillantes, et par certains hommes corrompus (ceux que Dan Brown dans son livre « Anges et Démons » qualifie d’Illuminatis) avec lesquels il aurait conclu une alliance, une sorte de pacte de sang et de feu.

 

Satan serait une émanation d’une partie divine mal déterminée, peut-être son antithèse. Il proviendrait d’un univers régi par des lois différentes. Il serait un être à part, différent de Dieu, des anges et des hommes, une sorte d’ennemi juré du père, d’égal malveillant prenant plaisir à semer le trouble. Il représenterait le mal infligé de manière volontaire, par sadisme et perversité.

 

Pour les Gnostiques, Satan appelé indifféremment Ialdabaoth, Samaël ou Saclas est le fils bâtard de la partie féminine de Dieu, le créateur de l’univers matériel et de la race humaine. Il est le demi-frère (avorton) du Christ. Il a donné naissance à un monde tourmenté où règne le mal, à une dame nature intrinsèquement cruelle et à des êtres vivants instinctivement portés vers les forces obscures. Satan, puissant despote, aidé de démons soumis et par ses propres fils, dirige en maître incontesté les sept plans vibratoires de conscience, allant du royaume spirituel le plus élevé jusqu’au plan physique, c’est-à-dire l’univers spatial et temporel que nous connaissons, y compris la terre et ses habitants. Ces sept plans imbriqués les uns dans les autres, à la manière d’une poupée russe, constituent une sorte d’univers « miroir », une sorte de « copie » inversée de sept autres plans parfaits supérieurs, ces derniers échappant à l’autorité de Satan.

 

Notre seule chance de nous échapper est de progresser de sphère en sphère, jusqu’à nous glisser à travers le minuscule passage du sablier menant vers les sept mondes de perfection et d’amour où règne celui que nous appelons le « Père ». Au total, nous avons donc quatorze sphères de conscience pouvant être réduites à treize, étant donné que la plus élevée du bas et la plus basse du haut sont confondues dans le passage.

 

Certains pensent que Satan et sa horde de démons proviennent de l’imaginaire humain. Ils sont des formes pensées (égrégores) qui auraient pris une dimension plus vaste, suite à l’endoctrinement et aux propagandes de l’Eglise catholique romaine qui, durant le Moyen Age, exacerba à outrance la peur des fidèles. Vu sous cet angle, Satan serait une sorte de super égrégore maléfique qui se nourrirait de nos colères, de nos haines et de nos peurs. Satan vise à la perdition du genre humain. Il se définit par des actions ayant comme objectif principal la lutte contre le Christ. Dans ses épîtres, saint Paul utilise trois mots pour nommer le diable : satanas, diabolos et daimonion.

 



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Il ne parle jamais de Lucifer. Il utilise également celui de Bélial, issu d’ancienne tradition sémitique dont le nom correspond à « maître » ou à « seigneur ». Dans son Epître aux Ephésiens (6,10-17) dont certains passages furent repris dans les écrits gnostiques, Paul révèle comment nous battre contre le démon : « Du reste, frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu afin d’être en mesure de résister aux manœuvres du diable, car ce n’est pas contre la chair et le sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Souverains de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. C’est pourquoi prenez toutes les armes de Dieu afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et tenir bon parfaitement en tout. Tenez-vous donc debout ayant aux reins la vérité pour ceinture et revêtus de la cuirasse de la justice. Et mettez pour chaussures le zèle à annoncer l’Evangile de la paix. En tout cela, saisissez le bouclier de la foi, grâce auquel vous serez en mesure d’éteindre tous les traits enflammés du malin. Prenez aussi le casque du Salut et le glaive de l’Esprit qui est ici la parole de Dieu ».

 

Si le Christ (Christos) est bien le fils légitime du « Père » et que Satan est le fils bâtard de ce dernier, le Christ peut être considéré comme le « demi-frère » du diable, hypothèse envisagée par certains Pères de l’Eglise. Le Christ fut envoyé par la source de toute bonté pour mettre de l’ordre ici-bas et pour rétablir le règne de l’amour. Sa vie, son œuvre, ses enseignements nous sont connus grâce aux Evangiles qui furent fortement influencés par la démonologie juive issue en droite ligne de Babylone. L’Eglise n’y a vu que ce qu’elle voulait y voir. A partir de la venue du « Fils de Dieu » sur la terre et de son tragique destin, elle a bâti une institution, érigé des dogmes, des principes, des lois, des commandements. Etaient-ils justifiés ? Que reste-t-il du vrai Evangile du Christ ? Quelle fut sa véritable mission ?

 

Alors que dans l’Ancien Testament, Satan apparaît plutôt comme le messager des basses besognes du Seigneur, dans le récit de la vie de Jésus, il devient omniprésent. Dans les quatre Evangiles, Satan ne cesse de dresser des embûches à son rival. Il s’attaque directement à lui lors de l’épisode des tentations. Alors que Jésus s’est retiré dans le désert pour y jeûner, le diable lui apparaît à trois reprises, au bout de quarante jours de privation, et s’adresse à lui en ces termes : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres se changent en pain ! » Jésus lui rappelle les paroles de l’Ecriture : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu 4,4). Satan l’attaque une seconde fois et le transporte à Jérusalem. Au faite du Temple, il lui propose de se jeter en bas, puisque « ses Anges étaient sensés le porter ». Jésus lui répond : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu. » Satan insiste une dernière fois et offre au Christ tous les royaumes de la terre. Jésus triomphe de toutes les propositions du malin. L’emporte-t-il pour autant ? Non. Après ces quarante jours de jeûne et de privations, Jésus est trop affaibli pour éliminer définitivement Satan de la face du monde. Satan se retire, libre de continuer à détruire la vie des hommes. Et s’il n’ose plus affronter directement le Fils de Dieu, il le fait désormais de manière détournée, à travers des personnes possédées que Jésus libérera.

 

A Capharnaüm, en Galilée, le Christ rencontre son premier démoniaque, un homme à l’esprit possédé par un démon impur qui se met à vociférer d’une voix forte : « Ah ! que nous veux-tu Jésus le Nazaréen, es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. » Mais Jésus le menace : « Tais-toi, dit-il, et sors de cet homme. » Et le démon, le projetant à terre devant tout le monde, sortit de l’homme sans lui faire aucun mal ». (Luc IV, 32-35).

 

Au pays des Géranésiens, Jésus démontre ses talents d’exorciste (Matthieu XII, 24). Peu de temps après, il guérit un épileptique. Enfin, en Samarie, il délivre un possédé de son démon muet. Au cours de cet épisode, Jésus s’explique face aux incrédules venus lui demander qui il était pour commander ainsi aux démons. Les Pharisiens lui disent : « Celui-là n’expulse les démons que par Belzéboul, le prince des démons » (Matthieu. XII, 24). L’imaginaire juif s’était enrichi du nom de ce prince du mal, Belzébuth, issu du Dieu Baal des Phéniciens. Le Christ réfute les accusations et confond ses calomniateurs : « Si moi c’est par Belzéboul que j’expulse les démons, par qui vos adeptes les expulsent-ils ? » (Matthieu XII, 27). « Si Satan expulse Satan, il s’est divisé contre lui-même : dès lors comment son royaume se maintiendra-t-il ? » (Matthieu 12, 26). On sait que Jésus délivra Marie-Madeleine des sept démons qui la tourmentaient.

 

Il est possible que le « Père » excédé ait décidé à un moment donné de faire descendre sur terre la force de Christos incarnée pour détruire Satan. Jésus révèle dans Matthieu X-34 : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix : je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée » (la guerre selon les traductions) ». Dans Luc XXII-36, il révèle : « Que celui qui n’a pas d’épée vende son vêtement pour en acheter une. » Jésus était porteur d’un message d’amour certes mais il était peut-être aussi venu mener un combat sans pitié, comme il le confirme dans Luc XIX-27 : « Quant à mes ennemis qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi ».

 

Lorsqu’il abandonne ses disciples et notre monde, Jésus prend soin de leur transmettre ses pouvoirs et le combat contre Satan se poursuit. A chacun de leurs voyages, les apôtres rencontrent des possédés et les guérissent grâce aux dons transmis par Jésus à la Pentecôte. Malgré l’ampleur de la tâche qui les attend, les apôtres restent optimistes. La venue du Christ sur terre a sonné l’heure de la victoire. Les premiers Pères de l’Eglise en son fermement convaincus quoi qu’un malaise subsiste autour de la question fondamentale, jamais franchement posée : Satan a-t-il été vaincu ? Il semblerait que ce ne soit pas le cas.

 

Le monde a cru que le diable ne pourrait jamais nuire au fils du Créateur. A l’évidence, il s’est trompé. Le diable persiste dans son œuvre de destruction. Jésus est mort, sans avoir pu mener sa mission à terme. Si l’Eglise a fait de la crucifixion une victoire, en prétendant que par ce sacrifice, le Christ avait racheté tous les péchés des hommes, il s’agissait d’un mensonge. La crucifixion est la preuve flagrante de son « échec ». Satan est sorti vainqueur de sa bataille l’opposant aux forces du bien. S’il en avait été autrement, le monde tournerait différemment. Le bel optimisme des premiers temps s’est émoussé. Jésus serait-il mort pour rien ?

 

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