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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 11:57

Le stade du vertige

 


- Puis-je te parler de vertige ? Je ne sais si tu perçois à quel point tout ce que tu me dis et me fais aussi vivre, par la même occasion, a de quoi donner le vertige à la quasi-totalité de mes semblables. Ta présence, les mots que tu emploies et ce que tu suggères de ton monde sont empreints d’une telle hauteur et d’un tel idéal que tout cela est nécessairement baigné d’une aura d’inaccessibilité qui peut inquiéter et même faire peur.

 

- Nous le savons bien. D’où l’intérêt de te parler à bâtons rompus ainsi que j’ai entrepris de le faire. Pourtant, il ne faut pas se leurrer. Quel que soit le degré de proximité que nous puissions donner à ce dialogue, son existence et son déroulement sont conçus pour créer ou élargir une brèche de plus dans la conscience humaine. Le stade du vertige se montre donc inévitable. Lorsque l’on agrandit une demeure, on sait très bien que, pendant un certain temps, on va devoir vivre parmi les gravas, les matériaux nouveaux, les échafaudages et aussi les ouvriers dont la présence nous dérangera sans doute dans nos habitudes. C’est le prix de l’expansion ! C’est l’inconfort qui préside toujours à l’apparition d’un mieux-être. Est-ce trop cher payer ? Est-ce trop perturbant ? Alors, il ne faut pas que l’humanité terrestre se plaigne des maux qui sont les siens. Il n’est pas cohérent non plus que ta société traîne ostensiblement son mal de vivre comme un vieux havresac, si elle n’a pas l’audace de risquer le vertige.


 

dimensions petites

 

 

 

Le déséquilibre a une fonction enseignante, ne l’oublie pas ! Nous aussi, rassure-toi, il nous arrive encore de la connaître cette zone de trouble dans laquelle les repères usuels s’estompent. Fort heureusement d’ailleurs, car elle est le signe de notre capacité de renouvellement, donc d’émerveillement. La pétrification, la fixité et, globalement, tout réflexe d’immobilisme sont synonymes d’une stagnation que l’on ne trouve pas même au sein de ce que vous appelez la mort. Combien de tes contemporains sont plus morts que la mort pour ne pas oser vraiment courir le risque de vivre !

 

- Si je comprends bien, ne puis-je m’empêcher de commenter, c’est la raison pour laquelle les anges, ou ceux qui tentent de s’en rapprocher, sont toujours des êtres… zélés !

 

- C’est tout à fait cela ! Les ailes de la conscience ou le zèle de la confiance ne poussent qu’avec le goût de l’aventure !

 

- Pourquoi ne dis-tu pas « les ailes de la pensée » ?

 

- Parce que la pensée, au risque de te choquer, demeure un sous-produit de la conscience… La pensée est une manifestation intermédiaire de la Vie qui cherche à incarner quelque chose. Elle représente un outil, un instrument, mais elle n’illumine pas, car elle n’est ni la Source, ni le but. Elle change de forme ou de fonctionnement selon les nécessités et ne sera jamais qu’une sorte de langage, une courroie de transmission inventée par la Source originelle. La pensée génère un savoir, tandis que la Connaissance intuitive, fruit de la pure Conscience, exprime l’essence même de la Vie.

 

- Mais tout cela reste bien compliqué !

 

- Parce qu’on ne se donne pas la peine d’y réfléchir… Parce que l’on conçoit mieux passer du temps à jongler avec un programme informatique que de se pencher sur ce qui nous fait vivre ou, au contraire, nous asphyxie.

 

Peux-tu me dire s’il existe, sur Terre, une Ecole qui a à son programme un cours de bonheur ? Non, on apprend à penser, c’est-à-dire à tricoter des théories avec des idées pour former d’autres idées et cela à l’infini. On s’en tien là ! Jamais on n’évoque l’art d’être heureux, c’est-à-dire l’art de se rejoindre soi-même sans poser de limite à notre propre potentiel d’illumination.

 

- Peut-être parce que l’on trouve cela ennuyeux ! Il est courant d’affirmer que les gens heureux n’ont pas d’histoire…

 

- C’est pour cette raison que nous prenons à nouveau la parole aujourd’hui. Le bonheur peut, en effet, paraître ennuyeux si on l’enferme dans un code de pensée, si on le boucle à double tour dans une prison dogmatique. Le bonheur, c’est un autre mot pour l’Amour. Ainsi, dis-moi, comment peut-on aimer ce qui suggère un enclos, avec des barbelés d’obligations et d’interdits ?

 


Tuer les émotions ?

 


(…) Ma poitrine tout entière s’est mise à déborder d’une joie invraisemblable… Je continuais à regarder l’être, ou du moins ses contours, et aucun autre mot ne me venait que : « Merci, merci… ». Je crois que j’ai alors reçu comme l’onde d’un extraordinaire sourire, son effluve peut-être, car mes yeux ne captaient que l’ensemble d’une forme muette.

 

Soudain, j’ai été pris d’un violent soubresaut, puis d’une vertigineuse sensation de chute… J’étais assis sur mon lit, les membres quelque peu tremblants et le cœur battant à tout rompre. Impression de beaucoup trop… ou de trop peu, je ne sais. Pourtant, quel puissant sentiment de manque ou de frustration, ce matin, en retrouvant ma plume et mon cahier. Pourquoi me suggérer une main tendue et puis me l’ôter presque aussitôt ?



 

faucheusemoderne

 

 

 

- Holà, mon ami d’en haut ! M’entends-tu ?

 

Dehors, le ciel est blanc. Aussi blanc que cette page qui attend encore les mots dont j’espère le déferlement en moi.

 

- Holà, m’entends-tu ?

 

- Fais donc un peu de silence ! Ne comprends-tu pas qu’il n’y a justement pas assez d’espace blanc en toi, ce matin ? Tu te parles, tu te racontes… Comment voudrais-tu qu’il y ait assez de place pour nous ? Regarde l’émotion qui est venue s’abattre sur toi, telle une vague et son écume ! Je ne te dis pas de la chasser… Au contraire, vis-la, laisse-la accomplir son travail. C’était beau ? Alors laisse-toi envelopper par cette présence du beau, savoure-la, accorde-lui de se développer jusqu’à satiété. Ne joue pas à vouloir ressembler à ces sages pour lesquels il est de bon ton de ne rien laisser paraître. Vis ce que tu as à éprouver. Après, tu écouteras !

 

La voix se retire de moi, comme happée par l’arrière… et la ronde des minutes commence. Je prends une inspiration et j’essaie de savourer… tendrement… jusqu’à ce que progressivement monte en moi la perception d’une possible imposture.

 

Comment donc ? A en croire certains, il faudrait tuer ses émotions ? Il y a peu de jour encore, j’ai lu précisément cette expression au hasard des pages d’une revue, leitmotiv de tout un courant de pensée. Tuer nos émotions ! En cet instant, cela me paraît insensé et illusoire. Et pourquoi pas tuer notre ego ? Cela aussi je l’ai entendu maintes fois. Dépasser, aller au-delà, oui ! Eviter de se laisser mener par notre personnalité inférieure et son cortège d’émotions dévastatrices, d’accord ! Mais alors, disons plutôt les maîtriser et les sublimer… car tuer sera toujours tuer. Ce sera toujours nourrir ce même réflexe dualiste qui crée de toutes pièces l’ennemi absolu par le simple fait de le désigner. Et il ne me semble pas qu’il y ait d’ennemi absolu dans une vie. Des adversaires à démasquer, sans doute, mais surtout des occasions de se rencontrer soi-même.

 


Un esprit ?

 


- Et si nous reprenions la discussion là où nous l’avons laissée ? déclare soudain la voix en émergeant au-dedans de moi. Je crois que tu m’as déjà demandé si je pouvais me définir comme un « esprit ». Laisse-moi te dire que je trouve ta question plutôt étrange et même drôle ! Bien sûr que je suis un esprit ! De la même façon que toi et tous ceux qui te liront ! Nous sommes tous bien plus esprits que corps ! Les uns et les autres, ce que nous voyons ou ce que nous donnons à voir de nous, n’est rien d’autre que la projection, l’objectivation de la conscience que nous sommes, son hologramme, si tu préfères. Voilà donc encore un mot, vois-tu, qui est peu clair et qui génère finalement plus de confusion et d’idées fausses qu’il n’explique de choses.

 

 

 

 

The Outer Limits-v32

 

 

 

- Mais tu sais bien ce que je voulais dire exactement…

 

- Oui, et c’est pour cela que je m’en amuse ! Il faut absolument détricoter toute une façon de penser qui permet aux notions erronées ou vieillies de se multiplier les unes par les autres. Non… ceux qui parlent d’esprits pour définir des êtres désincarnés, devraient bien plutôt parler d’âmes en tant que personnalités-actrices sur un autre canal de vie. L’esprit, c’est vraiment autre chose ! Appelons-le, si tu le veux, supra-conscience. D’ailleurs, si on pousse un peu la réflexion, le mot « désincarné » ne répond pas non plus à une réalité fixe. L’esprit, c’est un principe situé au-delà de l’âme. Un principe qui fait qu’un être demeure lui-même et qu’il prend corps dans un monde, puis dans un autre, tout en revêtant à chaque fois un vêtement approprié, une apparence.

 

- Tu m’approuves donc si j’utilise les expressions la chair de l’âme ou le corps de la conscience ?

 

- Tout à fait. En ne perdant jamais de vue qu’il s’agit d’expressions qui ont aussi leurs limitations ! Elles évoquent des analogies bien plus que des réalités absolues. Ce qu’il y a de plus intéressant en elles, c’est leur aspect poétique car, vois-tu, la poésie est l’art du mariage des essences. En suggérant l’impalpable, elle fait voyager au-delà des contours de la pensée statique.

 

C’est donc tout ce que j’ai à te dire pour « esprit ». Tu as vu à quel point ta question était sans grand fondement !

 

Je te déclarerai, en définitive, que je représente une communauté de non-terrestres. Ainsi, cela résumera l’essentiel, tout en englobant de nombreux aspects de ma réalité. Et maintenant que je me suis identifié, permets-moi de te demander, à mon tour, qui tu es.

 

Je dois avouer que la question de mon interlocuteur me laisse un instant perplexe, car j’imagine que ce n’est pas ma fiche signalétique d’individu vivant sur Terre et dans tel pays qui l’intéresse.



 

The Outer Limits-v33

 

 

 

- Note bien qu’il serait intéressant de poser la même question à tous ceux de ta planète, ajoute-t-il sans me laisser le temps de faire le point en rassemblant mes idées. En fait, le problème de l’identité représente sans doute la difficulté majeure que rencontre ce monde aujourd’hui. Personne ne parvient à dire au juste qui il est et à quoi sert sa vie. On peut bien déclarer : « Je suis maçon, médecin, professeur ou commerçant », en affirmant cela on n’a rien dit du tout. On a nommé notre rôle, mais on n’a certainement pas parlé de qui on est. Et le côté douloureux de la question, c’est que l’immense majorité de tes semblables sont incapables d’y répondre, ni même de la formuler, d’ailleurs.

 

- Je suis bien de ton avis, mais qui, actuellement, a le courage ou le loisir de philosopher ?

 

- Voilà justement une réflexion symptomatique d’un état d’engourdissement qui justifierait à lui seul notre intervention sur Terre. Qui te parle de philosopher ? Est-ce manier des idées pour une jouissance intellectuelle que de tenter de savoir qui on est et ce que signifie notre vie ?

 

Je vais te confier un secret. Depuis des millions d’années que notre civilisation observe les mondes et entre en contact avec d’autres civilisations, elle a toujours remarqué ceci : dès qu’un être ou un peuple commence à pouvoir décliner son identité réelle, dès qu’il se rapproche de son origine et trouve, par conséquent, un sens à sa présence dans le Vivant, il perd toute volonté de domination sur autrui. Il oublie tout réflexe propre à créer des rapports de force et tout besoin maladif de conflit. Et surtout, étrangement, il oublie sa peur de vivre.

 

Voilà donc pourquoi cette question : « Qui es-tu ? », est au cœur de ce que mes semblables et moi pouvons, en vérité, apporter à ton monde… si celui-ci veut toutefois s’ouvrir à une volonté de bonheur.

 

Nous ne sommes aucunement des philosophes, du moins pas au sens où vous entendez généralement la philosophie. Nous sommes, au contraire, des êtres pratiques et si nous avons aujourd’hui réalisé ce que nous sommes, c’est parce que nous avons accepté de désamorcer très concrètement les difficultés à leur base. Nous n’avons plus voulu nous raconter d’histoires. Face aux obstacles, nous nous sommes posé de vraies questions pour y trouver de vraies réponses. Cela continue encore et ce n’est ni une démarche spirituelle, ni un acte de foi religieux, ni une attitude scientifique. C’est juste une inébranlable volonté de Vie… Car la Vie est bonheur et émerveillement. Car la Vie ignore le profane et le sacré. Elle est la Vie, belle et indivisible et c’est tout !

 


L’idée de Dieu

 


- Tu emploies le mot Vie de la même façon que certains utiliseraient l’expression « Force divine ». Y a-t-il une notion qui corresponde à l’idée de Dieu dans le monde où tu vis ?

 

- Chaque chose en son temps… Nous parlions d’identité… Ne contourne pas la question !

 

- A franchement parler et compte-tenu de tout ce que tu viens de me faire remarquer, il me paraît bien difficile d’exprimer qui je suis. Par contre, il serait plus évident de tenter de dire ce que je ne suis pas. Je ne suis pas le rôle que la Vie m’a assigné…

 

- … Que tu t’es assigné dans la vie. Sois précis… Continue donc !

 

 


 

anges&demons haut23

 

 

 

- Je ne crois pas être mes pensées, non plus. Il y a une idée de continuité, une permanence dans ce que je suis que les pensées ne peuvent pas traduire. D’autant qu’il n’y a rien de plus instable qu’une pensée. Mes pensées sont davantage un reflet de ce que je suis, à un moment donné…

 

- Réponds-moi clairement : te caches-tu derrière elles ou sont-elles au contraire ton révélateur ?

 

- Je serais évidemment tenté de dire qu’elles me révèlent… mais j’imagine qu’il y a un piège dans ta question !

 

Au centre de mon crâne, la voix part aussitôt dans un superbe éclat de rire et j’avoue que, n’était l’effort de réflexion qui m’est demandé, je l’aurais déjà imitée car j’ai l’impression d’être devenu un élève qui a entrepris une joute oratoire avec son professeur.

 

- Mais détends-toi donc ! Ose rire ! Pourquoi te cramponner à la notion de travail ? Le but de tout cela, c’est de réaliser le plaisir de vivre, c’est la joie ! La Vie ignore le travail, elle s’amuse ! Toutes vos souffrances naissent de l’oubli chronique de ce principe de base.

 

- Alors, fais-je avec le sourire aux lèvres et en essayant de ne pas éparpiller mes idées, puisqu’il y a donc un piège, il serait plus juste de dire que je me cache, que nous nous cachons tous, derrière nos pensées. C’est cela, n’est-ce pas ?

 


Un espace entre les pensées

 


- C’est plus juste, en effet. Les pensées façonnent… non pas l’être, mais l’individu, c’est-à-dire la personnalité, avec ses multiples strates qui sont autant d’apparences. Celles-ci peuvent refléter l’âme, se comparer à son miroir, mais elles entretiennent surtout le voile opaque qui sépare l’âme de l’esprit. Elles ne permettent pas la connexion directe avec l’essence de ce que tu es. Jamais ! Elles singent le Principe qui vit en toi. Elles sont le langage qui fait que l’on se prend au sérieux !

 

- Alors, c’est simple, arrêtons de penser !

 

- Le pourrais-tu ? Prétends-tu pouvoir te passer d’outil ? Ne rejette pas l’instrument. Apprends seulement à ne plus renverser les rôles. Je veux dire : décide de ne plus être l’instrument des pensées envahissantes qui te traversent et auxquelles tu finis tôt ou tard par t’identifier. Je veux dire aussi : dépasse l’outil, prends-le pour ce qu’il est et va voir au-delà, car c’est là que te trouves.




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Au-dessus de ma tête, sur la verrière, les gouttes d’une petite pluie fine et froide distillent soudain leur clapotis. Il n’en faut pas plus pour que mes oreilles se détournent du dedans de mon être et que je reprenne conscience de ma pesanteur. Tout est là d’ailleurs, au même moment, pour me ravir à la Présence : le crissement des pneus d’une voiture sur l’asphalte mouillé, en bas, dans la rue, le cri enfin d’une de ces premières mouettes qui s’éloignent… Oh, comme il est facile de s’échapper à soi-même ! Qu’est-ce qui est donc le plus vivant, ou le plus vrai en moi ?

 

- Ecoute, reprend la voix qui vient me chercher avec fermeté, écoute… Ce que nous sommes et qui nous sommes peut se laisser entrevoir entre nos pensées, dans cet espace éminemment sacré, totalement vierge et vivant de silence auquel nous n’accordons que rarement d’attention. Tourner la clé dans la serrure ne signifie pas arrêter de penser, mais dilater l’espace qui existe au beau milieu de tous les éléments qui nous traversent et dont on a le réflexe de se parer. Ainsi, tu es véritablement… ce que tu étouffes présentement entre tes pensées.

 

- En fait, tu es en train de me dire qu’il faut méditer. J’en accepte volontiers l’idée, mais ce n’est pas mon opinion à ce sujet qui compte, en l’occurrence. La voie de la méditation me paraît trop austère ou trop chargée de colorations diverses pour que l’on puisse la proposer avec succès à tout un chacun. Je n’ai jamais eu la sensation que le dialogue que tu me proposes ait pour but de conforter ceux qui font un travail sur eux-mêmes dans leur conviction de former une élite. A mon avis, un certain nombre de ceux qui se mettent en marge de la société pour passer quotidiennement d’interminables heures en méditation dissimulent bien souvent un indéfectible sentiment de supériorité derrière un semblant d’humilité.

 

- Aussi, n’est-ce pas de cela dont il est question. Nous savons très bien que le seul terme de méditation fait souvent hausser les épaules et même déguerpir des foules entières. Dans ta société, l’idée de méditer suggère un non-enracinement et une marginalisation toute faite d’austérité susceptibles de fabriquer, avant tout, de doux utopistes.

 

Et quand il arrive que l’on admire ceux qui méditent, on se dit que ce n’est pas pour soi, que l’on voudrait bien mais que l’on n’en a guère le temps…

 


Les deux méditations

 


Soudain me vient une question et celle-ci jaillit tellement vite hors de moi que j’ai la certitude de ravir la parole à mon interlocuteur.

 

- Et dans le monde d’où tu viens, est-ce que l’on médite ?

 

- Plus guère, ou presque pas ! Du moins pas dans le sens où on l’entend sur Terre. Notre observation des mondes nous a fait constater qu’il existe globalement deux façons de méditer. On pourrait dire qu’il y a la méditation-outil et la méditation-état d’esprit. L’une n’excluant pas l’autre. Comprends que lorsque je te dis : « Nul ne médite dans le monde dont je suis issu », cela signifie en fait : « Nul n’y pratique la méditation-outil, la méditation technique. »

 

Mes semblables et moi-même accordons plutôt à chacune de nos actions une valeur sacrée… car les actes, tout comme les attitudes, sont aussi des langages, des parcelles de ce vocabulaire avec lequel la Vie s’écrit. Leur accorder une fonction sacrée, c’est finalement laisser s’exprimer l’espace silencieux ou encore cette non-action qui réside en eux.

 

- Tu veux me dire qu’il peut y avoir de la non-action au sein même de l’action ?




 

bang

 

   

   

- Oui. Dans l’action juste, c’est-à-dire dans ce que nous appelons l’action sacrée. Evidemment, cela demande une explication… Le sacré, pour nous, n’est pas le religieux. Le sacré représente ce qui se coule dans le sens de la Vie, ce qui se rapproche le plus possible de l’essence de celle-ci. Par la non-action dans l’action, nous touchons tout simplement à la suppression des rapports de force, à l’annihilation totale de l’idée de combat. Depuis longtemps, nous avons intimement pris conscience que la Présence du Vivant en nous et à travers nous sait exactement où Elle va et ce qu’Elle veut. La non-action, dans le sens où nous l’entendons, c’est enfin le non-réflexe de guerre et le regard de non-dualité.

 

J’imagine qu’il t’est déjà arrivé de voir pratiquer l’art oriental du Taï-Chï… Eh bien, nous vivons selon ce mode de souplesse et d’élégance, sans qu’il nous soit nécessaire de pratiquer physiquement une telle discipline. Le rapport que nous entretenons aux êtres et aux choses devient ainsi naturellement fluide. Cela ne signifie pas que nous ne rencontrions aucun obstacle sur notre route, mais que nous glissons subtilement sur leurs apparentes parois. Disons que nous nous faufilons justement dans les fameux espaces de silence et de vide qui les constituent. Nous laissons les pensées qui en représentent la base se raconter elles-mêmes et nous livrer ainsi le cœur de leur enseignement.

 

- Vous affirmez donc, vous aussi, que tout est enseignement.

 

- Déclarer cela n’est pas nouveau, j’en conviens volontiers… Mais vivre selon ce regard, c’est autre chose et c’est surtout totalement révolutionnaire dans cette société qui est la tienne ! Un tel mode de vie, dans lequel nous voyons un art à part entière, prend la valeur et la force d’une méditation permanente. Il ne peut ni se concevoir, ni s’épanouir en dehors d’un rapport d’amour avec nous-même et avec tout ce qui se présente sur notre chemin.

 

Cela n’exclut pas, bien sûr, la méditation-méthode ou encore outil technique, si l’être se sent attiré par elle ou si son état présent la requiert, mais cela offre l’immense mérite d’en éviter les pièges et de s’ouvrir à tous.

 

Vois-tu, nous voulons dé-marginaliser l’extraordinaire réalité de la Présence subtile en chacun. Nous sommes là pour semer des graines de bonheur et pour vous suggérer aussi, dans ce sens-là, l’auto-ensemencement. Loin de nous l’intention de dessiner les paramètres d’une nouvelle foi !

 

- Tu as évoqué rapidement les pièges de la méditation en tant que technique…

 

- Le piège consiste d’abord à confondre le moyen avec le but. Méditer n’a jamais été une finalité en soi. Ce n’est rien de plus qu’empoigner un ciseau de sculpteur, puis un marteau et façonner un bloc de pierre pour libérer la forme parfaite qui attendait déjà dans celui-ci. On peut aisément oublier la Vie à force de l’observer et de la disséquer.

 

Le dessèchement de vos racines au cœur même de votre monde résulte d’un tel piège. Lorsque vous y tombez, vous oubliez l’aspect transcendant des beautés qui vous entourent.

 

Enfin, il existe un dernier piège à la méditation : la fuite face à vos responsabilités d’acteur. Car méditer, ne le nions pas, cela peut être aussi, pour certains, s’acheter une bonne conscience devant un amour-offrande que l’on est parfois incapable de faire naître au quotidien.

  

 

Le Vivant

 


- Je dois reconnaître que je suis émerveillé par ton approche de ce que tu appelles très sobrement le « Vivant » et qui me semble résumer à la perfection ce Principe de Vie qui imbibe tout, sans aucune limite.

 

 

planete bulle

 

 

 

- Ne t’y trompe pourtant pas, ce mot n’est jamais lui-même qu’une caricature. Un mot ne représente rien d’autre que la coquille d’un concept qui évolue sans cesse. Si on s’y attache outre mesure, on en fait notre prison et on se montre alors incapable de se faufiler entre les barreaux du vocabulaire, puis au beau milieu de ces espaces de silence dont je te parlais tantôt. En exagérant à peine, on pourrait dire qu’il y a autant de lexiques que d’êtres pensants, dès l’instant où ceux-ci placent le Vivant à l’extérieur d’eux-mêmes. C’est là toute l’histoire de la Tour de Babel. Chacun s’enferme dans son petit monde et rétrécit l’univers aux étroitesses de l’individu. C’est l’expérimentation de ce qui porte véritablement le nom de « mort ».

 

- En suivant ton raisonnement, nous sommes tous, ou peu s’en faut, présentement « morts » sur Terre !

 

- J’hésitais un peu à te le dire, tout au moins de façon aussi abrupte, mais puisque tu me devances… ! La mort, c’est tout ce que vous supposez être définitif. La mort, c’est le credo des limitations que vous récitez chaque matin, sans le savoir, en vous levant. La mort, c’est vouloir définir la Vie, c’est se croire capable d’exprimer l’Inexprimable.

 

- Et la Vie, alors ?

 

- La Vie, cela signifie se savoir appeler à se fondre dans ce même Inexprimable…

 

 

.../...

   

 

 

 

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Orphée - dans Mystères et Paranormal