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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 18:57

J’ai vu le jour de l’Apocalypse

Billet d’humeur sur un monde en décrépitude

   

Tyrell-Office02

 

J’ai vu le jour de l’Apocalypse.

C’était un jour ordinaire, je me promenais en ville, et je flânais de-ci de-là. Je cherchais quelques produits et accessoires divers pour combler mes désirs matériels du moment.

Je déambulais dans les rues de la ville, c’était un samedi après-midi je crois, le temps était pluvieux un peu verglacé en ces premières journées d’hiver, le vent soufflait par intermittence. En ce début de week-end, journée de détente et de shopping, il y avait une foule immense et bigarrée qui déambulait dans les rues à la recherche de bonnes affaires à réaliser.

J’étais seul, et je me suis mis à penser à toi, à ma dernière relation amoureuse. Oh, était-ce vraiment de l’amour ? C’était-on vraiment aimé ? Je ne m’en souviens presque plus, tout cela me semble désormais si loin comme dans un rêve.

Dans un éclair, un sursaut de conscience, je venais de réaliser que ma vie sentimentale et sociale était d’une pauvreté sans nom. Je n’avais « aimé » que pour mon plaisir personnel comme on achète un produit dans une galerie marchande.

Je vivais dans un univers social réduit à la simple satisfaction de mes désirs égocentriques. Dans ma médiocrité existentielle, je ne faisais les choses que pour la satisfaction de ma modeste personne.

Tout en marchant dans la rue, je décidais de lever les yeux et d’étendre mon regard autour de moi. Ce jour-là, j’étais calme, impassible et même inexpressif comme à l’accoutumé.  

 

blade runner

  

 

 

 

Quel ne fut pas ma surprise de constater, étrangement, que les gens de cette ville avaient tous le même regard inexpressif et tourné à l’intérieur d’eux-mêmes. Pas un son, pas un bruit ne sortait de cette foule informe. Ils erraient comme des ombres entre les étales des marchands. Savaient-ils, au moins, ce qu’ils cherchaient, je me suis permis d’en douter car moi-même je ne savais plus ce que je faisais là…

Je voyais des hommes et des femmes qui marchaient droit devant eux sans se regarder dans l’indifférence la plus totale.

Je voyais des commerçants et des vendeurs ambulants qui cherchaient à attirer l’attention du public pour vendre toujours plus.

Je voyais des grands panneaux publicitaires qui promettaient subtilement et parfois maladroitement une vie meilleure en achetant tels ou tels produits.  

 

Blade Runner city4

 

Je voyais sur des écrans de télévision les discours mensongers des hommes politiques qui certifiaient, à grands renforts d’arguments, que la crise économique était derrière nous, et que nous aurions des lendemains qui chantent contre l’espérance de quelques voix électorales âpres à satisfaire leurs ambitions politiques.

Je voyais le regard désabusé d’un jeune homme qui essayait d’aborder ces homologues féminins, dans le but de faire une rencontre, effet sans retour.

Je voyais une superbe jeune femme, élégamment accoutrée, qui déambulait nonchalamment dans la rue pour attirer le regard des hommes, ce fut sans résultat. 

 

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 Je voyais le regard désespéré et à la fois résigné d’un mendiant assis au coin d’une rue qui tendait une affiche et un bol dans l’espoir de recevoir une modeste aumône, ce fut sans effet.

Je voyais une manifestation de salariés en colère parce que leur usine était menacée de fermeture et d’une délocalisation à cause de la crise, et tenter d’attirer l’attention  des pouvoirs publics sur leurs sorts, ce fut perdu d’avance.

Je voyais la foule des badots qui marchaient dans le vide et qui évitaient de s’approcher des laissés-pour-compte de la société, des sans-domiciles fixes devenus mendiants pour survivre.

Je voyais les gens faire semblant de ne pas voir ces individus abandonnaient à leurs propres sorts car, semble-t-il, la pauvreté est comme une maladie honteuse qui s’attrape sans crier gare.

Je voyais des jeunes gens s’émerveillaient de communiquer sur Internet pour rencontrer d’autres personnes à l’autre bout du pays ou du monde, ce fut étonnant.  

 

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Je voyais des personnes hypnotisées dans leurs canapés en regardant des émissions de télé-réalité où des jeunes garçons et filles se comportent de façon idiotes, ce fut affligeant.

Je voyais des supporters hurlaient leurs soutiens à tels ou tels équipes de sport comme si leurs vies et leurs bonheurs en dépendaient, ce fut consternant.

Je cherchais le regard de mes semblables pour tenter de comprendre ce qui se passait-là en cet instant, ce fut en pure perte, leurs regards étaient froids et fuyants.

Je venais de réaliser que passer toute une vie sans aimer était aussi vide de sens que cette société marchande où tout à un prix même l’amour.

Le ciel s’était tût, il n’y avait pas un seul appel de désespoir qui puisse trouver le moindre écho dans les cieux. Les anges étaient devenus sourds et aveugles aux suppliques des hommes. Comment pouvaient-ils détourner le regard des souffrances humaines ? Nous détournions, nous-mêmes, le regard de nos semblables ; peut-être que les anges voulaient nous faire comprendre quelque chose…  

 

Blade Runner cyborg1

  

Ce qui me frappa ce fut le regard vide et dénué d’espoir de mes contemporains. Ils étaient réduits à une simple mécanique comme on remonte le ressort d’un automate pour qu’il puisse remplir sa fonction. Cette ville était remplie de corps sans âme qui déambulaient dans un monde où l’amour n’a pas sa place.

Oui, ce jour-là ce fut l’Apocalypse, mais à mon grand désespoir, je venais de prendre conscience qu’il en fut ainsi tous les jours, comme une même journée qui se répète sans cesse, comme un disque rayé qui ne peut franchir le sillon suivant, comme une musique qui ne peut élever son octave.

Et si, dans un ultime espoir, l’Apocalypse pouvait faire émerger un monde nouveau où le besoin d’amour, de fraternité et de reconnaissance humaine puissent enfin trouver sa place. Un monde où les problèmes économiques et sociaux trouvent enfin leurs résolutions. Un monde où le besoin d’aimer et d’être aimé puisse trouver enfin pleine satisfaction car la solitude affective et sentimentale est à la mesure du désert économique et sociale qui s’est emparé de nos villes et de nos cœurs.

J’ai vu le jour de l’Apocalypse, ce fut une journée ordinaire, comme un samedi après-midi en ces premières heures d’hiver.  

 

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Orphée - dans Billet d'humeur