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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:31

 

Les survivances possibles d’un culte démiurgique

On errerait grandement en supposant que la théorie de l’existence d’un Esprit du Monde, d’un Médiateur imparfait, détournant à son profit le culte du Dieu suprême, ait disparu avec les écoles gnostiques qui la soutenait.

Inconsciemment, dans leur très orthodoxe conception du Prince de ce Monde, les exégètes du christianisme officiel, suivirent parfois les hétérodoxes.

  

Symboles rituels

 

C’est ainsi que l’on fut amené à considérer que le Judaïsme, en se refusant à reconnaître le Messie promis, et en le mettant à mort, s’était tourné sans le savoir vers le Diable, et que, depuis la mort du Christ, c’était effectivement lui le « dieu de la Synagogue ». Et ceci dès le début du Christianisme :

« … de la part des Juifs, qui ont tué même le Seigneur Jésus, et ses prophètes, qui nous ont persécutés, qui ne plaisent plus à Dieu, qui sont ennemis de tous les hommes, puisqu’ils nous empêchent d’annoncer aux Gentils la Parole qui doit les sauver, pour combler ainsi et toujours la mesure de leurs péchés. Car la colère de Dieu est tombée sur eux, et elle y demeurera jusqu’à la Fin… » (Paul : 1ère Epître aux Thessaloniciens, II, 15, 16).

« … et on ne doit point s’en étonner, puisque Satan se transforme en Ange de lumière… » (Paul : 2ème Epître aux Corinthiens, XI, 14).

« Ecrivez aussi à l’Ange de l’Eglise de Smyrne : Voici ce que dit Celui qui est le premier et le dernier, qui a été mort et qui est vivant. Je sais quelle est votre affliction et quelle est votre pauvreté. Mais vous êtes riche, et vous êtes noirci par les calomnies de ceux qui se disent Juifs, ne le sont pas en fait, mais qui sont de la Synagogue de Satan… » (Jean : Apocalypse, II, 8, 9).

« Je vous amènerai bientôt quelques-uns de ceux qui sont de la Synagogue de Satan, qui se disent Juifs mais ne le sont point, mais qui sont des menteurs… » (Jean, Apocalypse, III, 9).

Aussi, dès le Moyen Age, époque où la Symbolique atteint incontestablement son apogée, voyons-nous l’ésotérisme chrétien attribuer à Israël, comme « gouverneur » astrologique, le signe zodiacal du Scorpion.

Or, ce signe est la huitième maison solaire, liée à la mort, aux deuils, dans la tradition astrologique universelle. A ce titre, c’est donc le signe du Diable, lié lui-même à la Mort, qu’il a en quelque sorte hypostasiée lors de sa révolte initiale :

« … afin de détruire par Son trépas celui est le Prince de la Mort, c’est-à-dire le Diable… » (Paul, Epître aux Hébreux : II, 14).

« Et Il précipitera la Mort dans l’Abîme à jamais… » (Isaïe, XXV, 8).

« Israël a péché jusqu’à adorer Baal. Il s’est donné à la Mort ! Mais un jour je te délivrerai de la puissance de la Mort. Et ce jour-là, ô Mort, je serai ta mort… Ce jour-là, ô Schéol, je serai ta ruine. » (Osée : XIII, 1, 14).

« Et tandis que la Mort discutait avec Jésus, dans le tombeau, Jésus affranchissait la Race Humaine, prisonnière aux Lieux-Bas… » (Evangile de Barthélemy : II, 1).

  

tombe1

 

« Alors, Abbadon, qui est la Mort, se leva. Il ne trouva plus le corps de Jésus, avec lequel il discutait dans le tombeau. Il dit alors à sa Puissance, le Fléau : Descends vite dans l’Amenti, et fortifie ta main en fermant les Portes, jusqu’à ce que je discerne qui est celui-là qui m’a ainsi trompé, sans que je le connaisse… » (Evangile de Barthélemy : II, 4).

« Alors, moi Jésus, je regardai dans la direction du Midi, et j’aperçus la Mort. Elle entra dans la demeure, suivie de l’Amenti, qui est son Instrument, et avec le Diable, suivi lui-même d’une foule de Satellites revêtus de Feu. Et je vis, au gémissement de mon père Joseph, qu’il avait discerné ces Puissances, encore jamais vues, et qu’il percevait ces Formes étranges, et qu’il est terrible de contempler… » (Histoire de Joseph le Charpentier, XXI).

« Ce n’est pas Dieu qui a créé la Mort… » (La Sagesse : I, 16).

D’ailleurs, l’animal lui-même est l’emblème du Mal dans la symbolique chrétienne traditionnelle.

« Sur certains monuments égyptiens, Horus, symbole du Bon Principe, nous dit L. Charbonneau-Lassay, luttant contre le principe destructeur et mauvais, foule aux pieds le scorpion en même temps que le crocodile et le serpent. Le scorpion est donc bien là un des idéogrammes du Mal… »

Or, les textes canoniques nous disent la même chose :

« Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les Serpents et les Scorpions, et toute la puissance de l’Ennemi… » (Luc : Evangile : X, 19).

Tertullien, au IIe siècle, assimile l’animal à l’hérésie elle-même (Œuvres, le Scorpiaque, I). Et le Blason lui-même l’adoptera comme image : « des imposteurs, médisants, traîtres, ayant des langues pleines de venin, plus dangereuses que la morsure du Scorpion… » nous dit V. de la Colombière, en sa « Science Héroïque ». 

 

Le Serpent1

 

Il n’est pas jusqu’au symbolique déroulement de la vie du Christ, qui ne tende à accorder au Diable des droits sur le Temple de Jérusalem. En effet, dans la triple scène de la Tentation, c’est d’abord dans le désert aride, puis sur une haute montagne, puis au pinacle du Temple, que Satan transporte Jésus pour mieux le tenter, et pour étaler à ses yeux les signes de sa toute-puissance temporelle et terrestre…

Il n’est pas non plus jusqu’à l’odieuse mesure de la « rouelle », petite roue jaune à huit rayons, que les Juifs devaient porter visiblement sur eux, dans l’Europe médiévale, qui ne parle clairement, elle aussi.

En effet, dans toutes les religions d’Extrême-Orient, mais plus particulièrement dans le Bouddhisme, la roue à huit rayons est l’image des vies successives par lesquelles l’homme épuise son karma, c’est-à-dire les conséquences de ses actions, bonnes ou mauvaises. D’où l’expression, pour désigner l’intérêt des pratiques ascétiques : « faire tourner la roue… », c’est-à-dire accélérer la destruction de ce karma. 

 

damned

 

Mais ne faut-il pas voir également à cette roue un sens plus secret encore ?

Pour les Gnostiques chrétiens, le Baptême libérait de l’esclavage du Prince de ce Monde. L’homme ne devait plus alors de comptes qu’à Dieu. Encore fallait-il que cette libération par le dit Baptême eut lieu. Sinon, il demeurait indéfiniment l’esclave de l’Arkonte d’ici-bas, qui, pour mieux le maintenir en esclavage, avait l’aiguillon du désir, la chaîne des passions, la ronde des vies successives :

« Ensuite, ils (les Arkontes) la conduiront en Enfer, vers Ariel, afin de la tourmenter (l’Ame)… Et Iahulam, serviteur d’Adamas Sabaoth, venant vers elle, lui apportera le calice de l’Eau d’Oubli, afin qu’en buvant elle perde le souvenir de toutes les formes qu’elle a déjà revêtues. Et ils la jetteront de nouveau vers un corps de chair… » (Valentin : Pistis Sophia).

« En vérité, je vous le dis, vous ne sortirez pas d’ici que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole… » (Matthieu : Evangile, V, 26).

Dès lors ne peut-on voir en cette roue jaune à huit rayons, imposée aux Juifs du Moyen Age, l’emblème de ceux que certains initiés chrétiens de la haute Eglise considéraient comme encore soumis à la « Roue du Monde », par leur fatal obscurcissement spirituel ? Peut-être…

  

Ermite Saint Paul-v01

 

A notre époque, il existe une entente tacite entre les diverses confessions religieuses. Toute violence, toute polémique déplacée, doivent être bannies des ouvrages d’apologétique ou d’exégèse. Et c’est fort bien ainsi.

Il est en effet incontestable que les prières du Juif ou du Musulman, comme celle du chrétien, sont dites à l’intention du Dieu Suprême. Il n’est que de lire les recueils des prières journalières du judaïsme, ou telles oraisons musulmanes, pour en saisir la profonde beauté, la foi immense, l’élan vers le Divin.

Mais un Origène ou un Clément d’Alexandrie seraient toutefois d’accord avec un Valentin ou un Basilide pour noter que néanmoins ces oraisons, pour belles et sincères qu’elles soient, expriment davantage la crainte devant un Dieu redoutable, que la confiance en un Dieu miséricordieux… Et les derniers n’omettraient point de souligner que ceci vient du fait que, entre le Dieu Suprême et l’Orant, se situe ce Médiateur, intransigeant et tyrannique, qui a encore des droits sur lui et entend s’en prévaloir jusqu’au bout.

  

Hellraiser - Inferno8

 

Actuellement, l’Islam religieux et l’Eglise catholique semblent faire assez bon ménage. Il n’en fut pas toujours ainsi. Pendant des siècles et des siècles, les théologiens chrétiens considérèrent avec amertume que l’Islam avait arraché au Christianisme l’ensemble du Moyen-Orient chrétien. Avec la chevauchée des successeurs de Mahomet, c’était l’apostasie religieuse qui s’était rapidement répandue.

En effet, que demeure-t-il actuellement des importantes églises chrétiennes établies dans les premiers siècles en Syrie, au Liban, en Arabie, en Tunisie ? Pas grande choses évidemment, tout au plus quelques vestiges épars et dispersés, minoritaires en tout cas et qui furent soumis des siècles au tribut, pour éviter le sabre… 

 

 

  

  

 

 

 

Hellraiser - Inferno11

 

 

 

Pour être complet, nous ajouterons qu’au 18ème siècle, dès l’apparition de la Franc-Maçonnerie, l’Eglise latine prendra position contre la définition même de Dieu par celle-ci, et que de nombreux polémistes chrétiens n’hésiteront pas à identifier le Grand Architecte de l’Univers avec le Prince de ce Monde.

Et il faut bien l’avouer, nombre d’écrivains maçonniques, apporteront maladroitement de l’eau à leur moulin !

 

Hellraiser - Inferno13

 

En son « Encyclopedia of Freemasonry”, le Dr Mackey nous dit en effet ceci, que n’auraient pas désavoué un Marcus ou un Marcion :

« La Maçonnerie voit dans le Dieu suprême qu’elle adore, non pas un numen divinum, une puissance divine, non pas un moderator rerum omnium, un modérateur de toutes choses, comme l’appelaient les anciens philosophes, mais un grand « architecte » de l’Univers. D’après la conception maçonnique, c’est lui qui est le tout-puissant constructeur de ce globe terrestre et des innombrables mondes qui l’entourent.

« Il n’est pas l’ens entium (l’Etre des êtres), aucun des titres dont l’a gratifié, la spéculation ancienne et moderne ne lui convient. Il est, simplement, l’architecte, au sens où les Grecs entendaient leur arkitekton, c’est-à-dire un contremaître, sous les ordres duquel nous devons travailler comme des ouvriers… Notre travail constitue donc notre culte… »

Vous voulez un rendez-vous avec « l’Ingénieur » ou L’Architecte ?

Votre dossier sera bientôt complet.

Il connaît votre vie dans les moindres détails…

Il est tant de rentrer à la Maison, là où se trouvent les réponses !

 

  

 

 

 

 


 

 

Ainsi, pour le Dr Mackey, le dieu de la Franc-Maçonnerie n’est pas l’Etre des êtres, mais simplement son contremaître. Il est difficile d’être plus démiurgique, ni de mieux devancer les conclusions d’Eddington !

Un autre maçon américain, le continuateur du Dr Mackey, en son « The Symbolism of Freemasonry », nous avons nommé McClenachan, traitant du symbolisme de la lettre G figurant dans l’Etoile à cinq branches des Loges maçonniques des trois premiers degrés, nous dit tout d’abords qu’elle signifie le mot anglais GOD, désignant Dieu.

  

Hellraiser - Inferno23

 

Il faut alors épeler ce mot phonétiquement : G.O.D. initiales de trois mots hébreux : Gomer, Oz, Dabar.

« C’est là une singulière coïncidence, nous dit-il, qui mérite de retenir notre attention. Car les lettres qui composent le mot anglais de la Divinité se trouvent être les initiales des mots hébreux : Sagesse, Force, Beauté, les trois grandes colonnes ou supports métaphoriques de la Franc-Maçonnerie. Elles présentent la raison presque unique qui ait pu faire accepter aux Maçons l’emploi de la lettre G suspendue ostensiblement à l’orient, dans la Loge, au lieu du Delta. Et la coïncidence semble être plus qu’un accident fortuit… »

C’est en effet curieux. D’autant que si nous nous reportons au fameux passage d’Ezéchiel relatif au « roi de Tyr », nous retrouvons ces trois qualités :

« Fils de l’Homme, donnez le signal du deuil sur le roi de Tyr. Vous lui direz : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Vous étiez le sommet de la Perfection, plein de Sagesse, parfait en Beauté, etc… Chérubin protecteur, aux ailes déployées… » (Ezéchiel, XXVIII, 12 et suivant)

Or, le sommet de la perfection divine, c’est la toute-puissance.

Nous retrouvons là les trois qualités du dieu maçonnique : puissance, sagesse, beauté.

  

Monolithe noir

 

Le dieu maçonnique est en outre un dieu essentiellement créateur et générateur au sens matériel et sexuel du mot. Qu’on en juge :

« Le monolithe, ou colonne ronde qui se dresse seule, était pour les anciens une représentation du phallus, symbole de la force créatrice et génératrice, et c’est en ce pilier phallique qu’il nous faudra retrouver la véritable origine du culte des colonnes, qui n’était qu’une des formes du culte phallique, le principal des cultes auxquels se livraient les peuples païens. » (Dr Mackey : Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie et des Sciences qui s’y rattachent)

Or, le gnosticisme extrémiste reprochait justement aux Juifs et aux Chrétiens ordinaires de suivre à la lettre l’axiome du dieu de la Genèse : « Croissez et multipliez… » (Genèse : 1, 28)

A ce passage, ils opposaient les nombreux versets du Nouveau Testament où l’on voit le Christ faire l’éloge de la continence et de la chasteté :

« Vous êtes dans l’erreur… Car à la Résurrection, les hommes ne prendront point de femmes ni les femmes d’époux, mais ils seront comme les Anges de Dieu, dans le Ciel… » (Matthieu : Evangile XXII, 30).

« Ses disciples lui dirent : Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier. Il leur répondit : Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère, il y en a qui le sont devenus par les hommes, et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, en vue du Royaume de Dieu… » (Matthieu : Evangile, XIX, 10-22).

  

2001 10

 

« Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple… » (Luc : Evangile, XIV, 26)

« Le Seigneur m’a révélé ce que l’Ame doit dire quand elle monte au Ciel et comment elle doit répondre à chacune des Puissances Supérieures : « Je me suis connue moi-même, déclare-t-elle, et je me suis recueillie en tous sens. Je n’ai point engendré de fils à l’Archonte, mais j’ai extirpé ses racines, j’ai réuni les membres dispersés, et je sais qui tu es : une des Vertus Supérieures !... » (Evangile de Philippe, apocryphe).

A rapprocher de la phrase célèbre de l’Evangile des Egyptiens, citée par Clément de Rome en sa seconde Epître à l’Eglise de Corinthe et par Clément d’Alexandrie en ses Stromates :

« Et Marie-Salomée demanda au Seigneur : Maître, quand finira le règne de la Mort ? Et Jésus répondit : Lorsque vous autres femmes ne ferez plus d’enfants… Lorsque vous aurez déposé le vêtement de honte et d’ignominie, lorsque les deux deviendront un, que le mâle et la femelle seront unis, qu’il n’y aura plus ni homme ni femme, alors finira le règne de la Mort… »

  

La vie de Marie-Madeleine de Giotto di Bondone-v02

 

Il est d’ailleurs à noter que la propagande en faveur de la procréation à outrance, soutenue aussi bien par les catholiques, les protestants, que par les marxistes, politique suivie instinctivement par les masses incultes tant musulmanes que brahmanistes, mène peu à peu le monde moderne à des famines sans précédents pour la fin du siècle.

Ces famines seront à la source des ruées et des chocs apocalyptiques dans lesquels se ruineront l’Orient et l’Occident, dans lesquels disparaîtront les civilisations actuelles, et qui seront peut-être cause de la fin de notre monde…

Dans la Maçonnerie française, nous nous bornerons à citer un des meilleurs ouvrages modernes (sinon le meilleur), consacré à « La Symbolique Maçonnique », celui de Jules Boucher. Ce dernier nous dit ceci au sujet du Grand Architecte de l’Univers :

« La notion du Grand Architecte de l’Univers est, en Maçonnerie, à la fois plus ample et plus restreinte que celle du Dieu des diverses religions. Le Grand Architecte de l’Univers peut, dans une certaine mesure, être assimilé au Démiurge platonicien, dont l’intelligence nous échappe déjà. » (Jules Boucher : La Symbolique Maçonnique).

Ce même auteur nous a d’ailleurs précisé sa pensée dans un autre ouvrage :

« Le Magiste doit savoir que la Cause Suprême est inaccessible. Il serait vain de s’adresser à elle. Au contraire, le Démiurge, l’Architecte divin, touche plus directement notre monde… » (Jules Boucher : Manuel de Magie Pratique).

  

9puerta

 

Peu après, le même auteur nous donne une formule de consécration du magicien au dit Démiurge ; et il prend soin de nous préciser que cette consécration est faite « in aeternum », pour l’Eternité !

Comme précédemment il avait écrit les lignes suivantes :

« Nous le répétons, nous ne sommes pas luciférien, c’est-à-dire que nous n’appartenons à aucune secte luciférienne… Les sectes lucifériennes actuelles sont loin de la vérité. Elles aussi ont perdu la Parole… », on peut donc admettre que pour cet auteur, comme autrefois pour les Gnostiques, le Démiurge et l’Ange rebelle ne font qu’un. Ses efforts pour constituer un groupement à caractère magique, dans lequel la consécration des membres au Démiurge, ouvertement annoncée, était assurément le fait le plus inattendu pour notre époque, montre que là encore, et cette fois ouvertement, le fait démiurgique revêtait une actualité encore incontestable…

  

ngate 04                                   Sic Luceat Lux

 

Avec René Guénon, nous passons à une autre définition du Grand Architecte de l’Univers.

« Le Grand Architecte de l’Univers trace le plan idéal qui est réalisé en acte, c’est-à-dire manifesté dans son développement indéfini (mais non pas infini), par les êtres individuels qui sont contenus en son Etre Universel. Et c’est la collectivité de ces êtres individuels, envisagée dans son ensemble, qui constitue le Démiurge, artisan ou ouvrier de l’Univers.

« Cette conception du Démiurge correspond, dans la Qabbalah, à l’Adam protoplaste (premier formateur), tandis que le Grand Architecte de l’Univers est identique à l’Adam Kadmon (l’Homme Universel). Ceci suffit à marquer la profonde différence qui existe entre le Grand Architecte de la Maçonnerie et les dieux des diverses religions qui ne sont tous que des aspects du Démiurge. » (René Guénon, sous le pseudonyme de Palingénius, in revue « La Gnose », 1911). 

 

ngate 06

 

    

 

   

Louis Lachat, en son livre « La Franc-Maçonnerie Opérative », commet une erreur lorsqu’il nous montre la cathédrale de Cologne consacrée au Grand Architecte de l’Univers. En réalité, il cite un écrivain franc-maçon qui se laissa emporter par son zèle…

« On répandit des cendres sur le pavé de l’église, et pour marquer que c’était une maison consacrée à cette doctrine dont Jésus-Christ est le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga, l’archevêque, avec l’extrémité de sa crosse, traça sur la cendre répandue toutes les lettres de l’alphabet, depuis la première jusqu’à la dernière. De l’angle sud-est à l’angle nord-ouest, il écrivit l’alphabet grec, et de l’angle nord-est à l’angle sud-ouest, l’alphabet latin, de sorte que les caractères formèrent une croix dont les lignes se coupaient diagonalement. Ensuite, on aspergea l’autel, puis on invoqua le Créateur tout-puissant, le Grand Architecte de l’Univers, on le supplia d’accorder de la durée et de la solidité à cette maison, d’en éloigner les mauvais génies et d’y faire descendre les anges de la paix… » (Sulpice Boisserée : Description de la Cathédrale de Cologne, Paris, 1823).

  

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Il suffit de prendre en mains le « Rituel de Consécration des Eglises » de la liturgie latine pour voir que, si notre auteur suit dans les grandes lignes le déroulement d’une consécration de ce genre, il prend des libertés avec la terminologie !

C’est ainsi que là où la liturgie parle des Esprits du Mal, il emploie l’expression « mauvais génies ». Nous avons parcouru différentes éditions du Pontifical Romain au chapitre des « Prières et Cérémonies de la Consécration ou Dédicace d’une Eglise », éditions portant sur des périodes éloignées, nous n’avons jamais vu apparaître l’expression « Grand Architecte de l’Univers », mais bien celle, classique, de « Père, Fils et Esprit-Saint ». Sans doute Sulpice Boisserée, en son enthousiasme maçonnique, bien dans la note du dix-neuvième siècle, a-t-il cru préférable d’utiliser un vocable qui lui était familier.

Mais il est absolument certain que jamais un évêque ne se permettrait pareille substitution, théologiquement impensable ! 

 

neuviemegrav09                                             neuviemegrav09bis

 

Nous en avons ici terminé avec l’énumération des survivances possibles d’un culte rendu au Démiurge, dans les aspects les plus communs et les plus familiers.

Il reste à envisager comment le fait peut se produire, dans un monde moderne, pétri de cartésianisme.

Nous pensons que l’explication la plus simple est celle donnée par la Métapsychie.

L’Homme-Individu est lié psychiquement à une Ame-Collective. Comme le dit si bien Carel dans « l’Homme, cet inconnu », il semble que les limites de l’homme réel se trouvent au-delà de sa surface cutanée, que la netteté des contours anatomiques soit en partie une pure illusion, que chacun de nous soit beaucoup plus vaste et aussi plus diffus que son corps. L’esprit n’est pas entièrement et uniquement circonscrit dans les trois dimensions du continuum physique. Il se trouve donc à la fois dans l’Univers matériel, et « ailleurs »…

  

emma            emmafeu

 

Il s’insère dans la Matière par l’intermédiaire de son cerveau et de ses perceptions purement sensorielles, et il se prolonge d’autre part, hors de l’Espace et du Temps, comme une algue se fixe à un rocher, tout en laissant flotter sa chevelure dans l’Océan. Et c’est ainsi que, par cette Ame-Collective qu’est en fait l’Humanité-Totale, ou par une perception individuelle et particulière, chacun de nous entre plus ou moins effectivement en relation avec cette Pensée Vivante, baignant et pénétrant tout l’Univers, que nous évoquions au début de notre étude, et que la Science moderne, nous dit Eddington, si elle la perçoit incontestablement à l’œuvre dans le Cosmos et son hylée, ne peut toutefois encore classer parmi les Démons ou les Dieux…

Et en conclusion, nous ne pouvons mieux faire que citer le grand Plutarque, au sujet des religions et des croyances simplement axées sur la notion du Démiurge :

« Quant à ceux pour qui Apollon et le Soleil ne font qu’un, ils méritent à coup sûr nos égards et notre affection, à cause même de leur noblesse d’esprit. Pourtant, éveillons-les, comme des gens qui viennent de rêver de DIEU dans le plus beau des Songes… Et exerçons-les à monter plus haut, pour avoir de la DIVINITE PURE une vision réelle, et contempler, enfin, son Essence… » (Plutarque : « De l’E de Delphes »).

Car, ainsi que le prévoit l’Ecriture :

« Tout ce qui est corruptible sera finalement détruit, et l’Ouvrier s’en ira avec son ouvrage… » (Ecclésiastique : XIV, 20).

Et ce sera donc logiquement la Fin des Temps et de la Matrice…

 

  

La neuvième porte-v1

 

  

Hellraiser - Inferno - Pinhead1

 

   

 

 

 

 


 

 

 

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose