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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 17:27

 

« Au-dessus de toutes les Principautés et de toutes les Puissances, de toutes les Vertus (du latin virtus : force) et de toutes les Dominations, et de tous les titres qui peuvent être, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans celui qui est à venir… » (Paul, Epître aux Ephésiens, 1, 21).

On sait que dans la terminologie paulinienne, le mot siècle ne signifie pas cent années, mais bien un cycle, ce que parfois l’Apôtre nomme un eon, c’est-à-dire une période de la Création, peut-être analogue à l’un des sept « jours », ou un nouvel « Univers » après celui-ci.

« Selon le siècle de ce Monde, selon l’Archonte de la Puissance de l’Air, l’Esprit qui agit maintenant dans les Fils de la Rébellion. » (Paul, Epître aux Ephésiens, II, 2).

« Afin que les Dominations et les Puissances qui sont dans les Cieux, connussent par l’Eglise la Sagesse de Dieu, si merveilleuse dans les ordres différents de sa conduite… » (Paul, Epître aux Ephésiens, III, 10).

Ainsi donc, l’Apôtre lui-même nous révèle que ces Puissances du Cosmos, réparties dans les sphères (cieux), jusqu’à la constitution de l’Eglise par le Christ, et à la révélation de Sa doctrine, ces Puissances ignoraient la Sagesse de Dieu, c’est-à-dire aussi bien l’ordre moral que l’ordre physique, le secret de l’action en vue du Mieux, du Bien, du Bon.

Que ces Puissances cosmiques soient mauvaises, nous n’en doutons pas en lisant ceci :

« Car nous n’avons pas à lutter contre des hommes de chair et de sang, mais contre les Principautés, contre les Princes de ce Monde, c’est-à-dire de ce Siècle de Ténèbres, contre les Esprits du Mal répandus dans les airs… » (Paul, Epître aux Ephésiens, VI, 12).

 

750px-Pieter Bruegel the Elder - The Fall of the Rebel Ange

 

Le texte grec exigerait que l’on traduise : « répandus dans les lieux célestes ». Car, en effet, ces Puissances sont aussi celles des Eléments constitutifs du Cosmos :

« Autrefois, lorsque nous étions tels des enfants, nous étions asservis aux Eléments du Monde… » (Paul, Epître aux Galates, IV, 3).

« Alors, ne connaissant pas Dieu, vous serviez des dieux qui ne sont pas dieux de par leur nature. Mais à présent, comment pouvez-vous retourner à ces faibles et pauvres Eléments, auxquels vous voulez, de nouveau, vous asservir ?... » (Paul, Epître aux Galates, IV, 8, 9).

Nous précisons, devant les traductions variables de ces deux passages, que nous utilisons là celle de saint Jérôme, qui doit, à notre avis, présenter un caractère plus sérieux que les autres.

« Prenez garde que personne ne vous surprenne par une philosophie et des raisonnements vains et trompeurs, selon les traditions des hommes, selon les principes des Eléments du Cosmos, et non selon le Christ… » (Paul, Epître aux Colossiens, II, 8).

Car :

« … vous êtes morts avec le Christ aux Eléments du Monde… » (Paul, Epître aux Colossiens, II, 20).

Que ces Puissances Cosmiques ne soient pas seulement des forces naturelles, des impulsions cosmiques, mais encore qu’elles soient douées de raison, d’intelligence, qu’en un mot, ce soient des Etres pensants, saint Paul nous le précise en soulignant qu’elles se sont arrogé sacrilègement une place réservée à Dieu seul :

« Car s’il y a des êtres qui sont appelés dieux, soit dans les cieux, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, néanmoins, pour nous, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père de qui viennent toutes choses, qui nous a faits pour Lui, comme il n’est qu’un seul Seigneur : Jésus-Christ… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, VIII, 5, 6).

« Pour les infidèles, dont le Dieu de ce Siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne soient point éclairés par la lumière de l’Evangile… » (Paul : IIe Epître aux Corinthiens, IV, 4).

Ici, nous citerons Simone Petrement, qui, fort intuitivement, relève l’aspect superficiel que revêt la lecture des Evangiles chez la plupart des chrétiens :

« Quand nous trouvons chez Saint Jean l’expression « Prince du Monde », ou plus exactement « Archonte du Monde », nous entendons qu’il s’agit du Diable, et l’habitude nous cache la singularité de l’expression ! C’est bien le Diable, en effet, mais non pas tel que nous le concevons, non pas un Esprit qui sortirait accidentellement de l’Enfer pour jouer sur terre quelque mauvais tour aux humains. C’est un diable qui est, avant tout, le Prince du Monde. Il est le symbole, l’action, la loi, de l’Univers. C’est, si l’on veut, le Dieu du Monde… » (Simone Petrement : Le Dualisme chez Platon, VI, 1).

 

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D’où l’apostrophe de l’Apôtre :

« Nous prêchons la sagesse parmi les parfaits, la sagesse, non de ce Siècle, ni des Archontes de ce Siècle, qui vont être anéantis, mais nous prêchons la Sagesse de Dieu dans le Mystère, la Sagesse Cachée, que Dieu a destinée avant les Siècles, pour notre gloire, et que n’a connue aucun des Archontes de ce Siècle. Car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la Gloire… » (Paul, 1ère Epître aux Corinthiens, II, 6-8).

« Et le Prince de ce Monde étendra sa main sur le Fils de Dieu et le suspendra au bois, et il le tuera, ne sachant pas qui Il est… » (Ascension d’Isaïe, IX, 15).

« Et Abbadon, qui est la Mort, se leva. Il ne trouva pas la momie de Jésus, avec laquelle il parlait dans le Tombeau ! Il dit à sa Puissance, l’Amenti : « Descends vite dans l’Amenti, fortifie ta main, ferme les Portes de l’Amenti, jusqu’à ce que je voie qui est celui-là qui m’a trompé de cette manière sans que je le connaisse. Nous avons parlé avec lui, il s’est caché à nous, et nous ignorons où il va. Peut-être est-ce le Fils de Dieu ? » (Evangile de Barthélémy, II, 3).

Que ce Monde soit, selon les docteurs de la Gnose, soumis à des Anges, nous le verrons par la suite en étudiant leurs traités à cet égard. Mais, déjà pour Paul, c’est un fait avéré :

« Car, ce n’est pas à des Anges, que Dieu a soumis le Monde à venir… » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 5).

« Mais nous voyons que Jésus, qui avait été rendu, pour un peu de temps, inférieur aux Anges… » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 9).

Pour les Gnostiques, le Dieu promulgateur de la Loi du Sinaï, n’était qu’un Archonte, un Ange, et non pas le Dieu Suprême.

 

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Or ceci est souligné par les Ecritures elles-mêmes. Le Dieu Suprême s’est servi d’une puissance intermédiaire, imparfaite, parce que créature elle-même, pour se manifester à Moïse, au sommet du Sinaï :

« Et le Seigneur dit : Je vais venir à vous dans une Nuée, sombre et obscure, afin que le peuple m’entende lorsque je vous parlerai, et qu’il vous croit désormais… » (Exode : XIX, 9).

Pourquoi le Seigneur ne s’est-il pas manifesté par une Nuée claire et lumineuse ? Parce que cette puissance intermédiaire, véhicule du Divin, en raison même de son élévation ontologique, n’eut pas été perçue par les hommes, êtres imparfaits. Au contraire, à Moïse, Dieu se manifeste au sein d’une masse de lumière et de flamme, le Buisson Ardent d’Horeb.

A Moïse, qui demande à Le voir, Dieu répond :

« Vous ne pourriez voir mon Visage sans mourir… Lorsque Ma Gloire passera, je vous mettrai dans l’ouverture de la pierre, et je vous couvrirai de Ma Main jusqu’à ce que je sois passé… J’ôterai ensuite Ma Main, et vous me verrez par derrière, mais vous ne pourrez voir Mon Visage… » (Exode, XXXIIIn, 20-23).

Ainsi donc, au Sinaï, Moïse n’a pu apercevoir que l’envers de Dieu.

Ce Médiateur imparfait, cette Loi qu’il nous révèle, tout ceci est loin de rivaliser avec la manifestation du Christ et Sa Révélation nouvelle.

 

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Si cette assertion choque certains esprits par trop épris de l’orthodoxie classique, signalons-leur ce passage de l’Apôtre, qui ne s’embarrasse point de subtilités dialectiques :

« Or, si le Ministère de la Mort, gravé avec des lettres sur des pierres, a été glorieux au point que les fils d’Israël ne pouvaient fixer les regards sur le visage de Moïse, à cause de la « gloire » de son visage, et bien que cette « gloire » fut passagère, combien le Ministère de l’Esprit ne sera-t-il pas plus glorieux ? Si le Ministère de la Condamnation a été glorieux, le Ministère de la Justice lui est de beaucoup supérieur en gloire. Et sous ce rapport, ce qui a été glorieux, ne l’a point été (en fait), à cause de cette gloire qui lui était supérieure. En effet, si ce qui était passager a été glorieux, ce qui est permanent est bien plus glorieux… » (Paul : IIe Epître aux Corinthiens, III, 7-11).

Par conséquent, au Sinaï, lors de la remise des tables de pierre portant gravé la Loi, c’était simplement le Ministre de la Mort, c’est-à-dire le Démiurge, souverain passager et transitoire, qui était intervenu.

« Lorsque nous étions encore des enfants, nous étions assujettis aux premières et plus élémentaires instructions que Dieu ait données au Monde. Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme et assujetti à la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous cette Loi, et pour nous rendre enfants adoptifs. » (Paul, Epître aux Galates, IV, 3-5). 
 
« La Loi a été promulguée par des Anges, au moyen d’un Médiateur. » (Paul, Epître aux Galates, III, 19). 
« Car, si la parole annoncée par des Anges, a eu son effet, et si toute transgression et toute désobéissance a reçu une juste rétribution, comment pourrions-nous éviter (la même) si nous négligeons l’Evangile, annoncé par le Seigneur lui-même ?... » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 2, 3).  

 

« Vous qui avez reçu la Loi par l’intermédiaire d’Anges, et qui pourtant ne l’avez point gardée… » (Actes des Apôtres, VII, 53).

« Que personne ne vous condamne donc pour le manger ou pour le boire ; ou bien sur le sujet des jours de fêtes, des nouvelles lunes et des jours de sabbat. Car toutes ces choses n’ont été que l’ombre de celles qui devaient arriver… »

« Que nul ne vous ravisse le prix de votre course, en affectant de paraître humble par un culte superstitieux des Anges… » (Paul, Epître aux Collossiens, II, 16-18).

Ainsi donc, la Loi n’est autre chose, en son observation docile, qu’un culte erroné, rendu à des Anges usurpateurs. D’où ce rôle de gardien, juge, rétributeur, agent des rigueurs divines, du Dieu de la Loi :

« Avant que la Foi de Jésus-Christ fut venue, nous étions sous la garde de la Loi, qui nous tenait renfermés, pour nous disposer à cette Foi qui devait nous être révélée un jour… » (Paul, Epître aux Galates, III, 23).

Ici, se place un des plus mystérieux versets de l’Evangile selon saint Jean :

« Et Jésus leur dit donc : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez sans doute… Vous êtes les enfants du Diable, et vous ne désirez accomplir que les désirs de votre père ! Il a été homicide dès le commencement, et il n’est point demeuré dans la Vérité parce que la Vérité n’est point en lui… Lorsqu’il dit des mensonges, il dit ce qu’il trouve en lui-même, car il est menteur, et son père… (sous-entendu ‘aussi ‘) » (Jean, Evangile, VIII, 44).

On traduit volontiers par « car il est menteur et le père du mensonge ».

Ce sens peut se défendre. Mais à la lecture, la première version apparaît comme la plus naturelle, et aussi la plus ancienne.

D’ailleurs, le Rituel de l’Extrême-onction de l’Eglise latine, nous dit ceci ;

« Que l’Ennemi ne puisse plus rien contre lui, et que le Fils d’Iniquité ne puisse lui nuire… » (Rituel des Sacrements, Desclée de Brower, 1938).

Saint Jérôme, en sa version, nous dit en effet ceci :

« IIIe homicida erat ab initio, et in usritate non stetit, quia non est veritas in so : cum loquitur mondacium, ex propiis loquitur : quia mandax est, et pater eius. »

On peut donc supposer que le Diable est une créature psychique, qui a pour auteur le Démiurge, mais encore plus imparfaite que ce dernier, la perfection diminuant au fur et à mesure que l’on s’éloigne davantage de Dieu. Cette hypothèse a sa valeur ; si l’on considère le Dieu du Sinaï comme le Démiurge, on verra que dans l’Ancien Testament, Satan est bien l’agent de la rigueur du second : Nombres, XXII, 22, II, Samuel, XIX, 22 – I Rois, XI, 25 – Psaumes CIX, 6 – I Chroniques, XXI, etc.

 

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L’empire des Cosmocrateurs, des Dominations et des Puissances sur le Monde matériel, s’est symboliquement écroulé lorsque tomba Jérusalem, l’an 70 de notre ère, aux mains des légions de Titus. Mais depuis près de quarante ans, ce qui nous ramène aux environs de la mort du Christ, au Calvaire, d’innombrables prodiges avaient annoncé la ruine du Temple et de la Ville Sainte. 

Dans la préface de son livre sur « Les Guerres de Judée » l’historien juif Flavius Josèphe, nous dit :

« Je n’oublierai pas de raconter comment le Temple fut brûlé et la Ville entièrement détruite, ni surtout de mentionner les intersignes et les prodiges qui précédèrent la catastrophe… »

Nous trouvons effectivement, dans le cinquième chapitre de son sixième Livre, le récit détaillé de sept prodiges distincts, qu’il décrit comme ayant été terribles.

Il parle tout d’abord d’une étrange lumière, à minuit :                                      

« C’est ainsi qu’avant la révolte des juifs, alors que le peuple était assemblé en grande foule pour la fête des pains sans levain, au huitième jour du mois xanthicus (nisan) et à la neuvième heure de la nuit, une si grande lumière resplendit autour de l’autel et du saint édifice, qu’on se fut cru en plein jour pendant une demi-heure. »

De plus, la porte orientale de la cour intérieure du Temple, qui était en airain, très lourde, à peine capable d’être fermée par une vingtaine d’hommes, et qui était maintenue par de très solides verrous, s’ouvrit tout à coup, d’elle-même, vers la sixième heure de la nuit. Ce ne fut qu’avec beaucoup de peine que le capitaine du Temple et ses hommes, parvinrent à la refermer. Josèphe ajoute que le peuple, naïvement optimiste, interpréta cet événement en disant que Dieu ouvrirait la voie de la délivrance, tandis que les saints docteurs, au contraire, en conclurent que c’en était fait de la sécurité du saint Temple, puisque la porte s’en ouvrait toute seule, mystérieusement, devant leurs ennemis.

Flavius Josèphe nous parle encore d’étranges visions de chariots de guerre et d’armées, dans le ciel :

« Quelques jours après la Fête, le 21 du mois artemisius, il se produisit un phénomène incroyable et prodigieux. Avant le coucher du soleil, la foule put contempler des chariots, des troupes de soldats armés, soudain apparus dans les airs. »

Il nous dit encore qu’une voix étrange fut entendue dans le Temple :

« De plus, à cette fête que nous appelons Pentecôte, comme les prêtres allaient de nuit dans la cour intérieure du Temple, selon leur coutume, pour remplir les fonctions saintes, ils ressentirent un tremblement violent et entendirent un grand tumulte, qui fut bientôt suivi des voix d’une grande multitude disant : « Partons d’ici, partons d’ici… »

Les dieux étaient chassés du Monde, le règne de son Prince prenait fin… Ces faits, attestés d’autre part par Tacite, l’historien romain, sont à rapprocher de la fameuse clameur, qui un jour, monta sur la Mer, aux dires des nautonniers latins : « Pan… le grand Pan… est mort… » 

Fait qui est à rapprocher du dernier oracle entendu à Delphes. Dans cet ultime message d’Apollon, l’Ange tombé conserve encore toute sa grandeur :

« Dites au roi : le beau temple orné est en ruines, Phoïbos n’a plus de gîte, le laurier mantique est mort, la source jasante s’est tue… » (Cité par Spiros Alibertis, dans « Bizance et Thessalonnique »).

Le Démiurge cédait la place au Christ, le « potier » quittait le Sanctuaire…

Est-il possible de concilier à la fois les théories gnostiques sur le Monde, le Démiurge, et la Doctrine chrétienne classique ? Nous le croyons, il n’est que de considérer la pensée de saint Paul sur ces questions.

On l’a vu, l’Apôtre accorde aux Anges la promulgation de la Loi remise à Israël, sous-entend que l’imperfection de celle-ci découle de l’imperfection de ceux-là, et évoque le cas de certains d’entre eux qui s’arrogent indûment le droit à un culte, réservé pourtant à Dieu seul.

Or, dans la plupart des cosmogonies gnostiques, nous apprenons que les Anges ont eu connaissance d’une chose mystérieuse, parfois être, parfois cité, appartenant à un « plan » différent du leur, auquel d’ailleurs ils n’ont pas accès en vertu de leur nature inférieure, et que cette connaissance accidentelle les a enthousiasmés. Ils ont alors désiré reproduire eux-mêmes cette chose, pour leur propre usage, et dans l’Univers qui est le leur. Mais leur imperfection et le caractère limité de leurs moyens, ont fait que leur œuvre est très loin d’être identique au Modèle Eternel un instant perçu. L’Homme, créature destinée à couronner cette reproduction, n’est alors resté qu’une créature psychique dénuée de spiritualité, un robot destiné à les servir. Il serait curieux d’imaginer les répercussions, dans l’humanité future, d’une révolte ou d’un dérèglement des robots cybernétiques que la science actuelle envisage de multiplier…

 

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On connaît par ailleurs la banale expérience qui consiste, dans les Observatoires astronomiques, à transformer les radiations lumineuses venues des astres en radiations sonores. Et actuellement, à Nançay, près de Vierzon, le laboratoire de radioastronomie enregistre directement des rayonnements sidéraux d’ondes diverses, on peut dire que l’on écouté chanter les étoiles… Mais quel savant aura l’audace de construire un robot cybernétique muni des possibilités humaines classiques : déplacement, mouvement, manipulation, etc… et de le soumettre uniquement (comme agent moteur) aux seules radiations sidérales ? Quel comportement aurait ce robot ? Et en cas de succès, quel triomphe pour l’Astrologie… 

Cette thèse, qui est celle de la plupart des grands docteurs de la Gnose, nous en verrons tout à l’heure un aspect plus précis avec les citations de ces derniers.

Mais, sans aller aussi loin dans ce domaine de la recherche hypothétique que nos Gnostiques hétérodoxes, nous pouvons admettre, à la lumière de la pensée paulienne, que Dieu fait connaître Sa Pensée Créatrice à des Créatures Privilégiés, les plus proches de Lui par leurs perfections naturelles. Ces créatures manifestent cette Pensée Divine, à leur tour, à d’autres Etres spirituels, d’une essence cependant moins élevée que les premiers… Et ainsi de suite, de chœurs en chœurs, de plans en plans, de sphères en sphères…

Au fur et à mesure de sa descente, la Pensée Divine prend de plus en plus corps, (expression qui parle merveilleusement…) mais les Ouvriers étant de moins en moins parfaits, la comprennent de moins en moins exactement. Elle n’est plus alors, dans les derniers degrés de sa transmission et de sa réalisation, qu’une manifestation imparfaite, amoindrie, de la Pensée Première, car les derniers Etres chargés d’y œuvrer y mêleront inconsciemment, par voie de réactions naturelles, des concepts qui leur sont propres. En outre, leur imperfection morale y mêlera nécessairement certaines notes d’égoïsme. Ils tendront, en leurs efforts, à travailler davantage pour eux que pour l’Idée Pure, qu’ils ne percevront pas d’ailleurs, ne recevant intuitivement que les concepts des plans immédiatement proches.

 

L'Archipel des 7 étoiles

 

C’est là l’histoire connue de telle consigne militaire qui, transmise et retransmise de bouche à oreille, de grades à grades, finit en parvenant aux soldats des derniers rangs, non seulement à ne plus être exprimée dans le langage châtié du début, mais même à ne plus signifier tout à fait la même consigne primitive.

On peut également comprendre le mécanisme de cette perception de plus en plus confuse en appréciant combien les « clichés » véridiques se trouvent mêlés, chez la plupart des grands voyants, à des images inutiles, sans rapport avec le sujet, et parfois même trompeuses.

 


 

 

 

D’où cette plainte lamentable de la liturgie mandéenne :

« Je suis une étincelle de la Grande VIE.

« Qui donc m’a jetée dans la misère des Anges ?... » (Ginzâ : CDLXIII, 27, 28).

Dans le « Dictionnaire de Théologie Catholique », (Tome Ier, colonne 257, Paris 1928), nous lisons ceci :

« Peut-être ne prend-on pas d’ordinaire, assez garde à cette antithèse paulienne où la Loi, domaine des Anges, s’oppose à l’Evangile, œuvre du Christ… »

Car il est bien évident que si l’on se reporte à certaines phrases des épîtres du grand Apôtre, on ne peut manquer d’en tirer certaines conclusions :

 « Ce n’est pas à des Anges qu’Il (Dieu) a remis le gouvernement de ce Monde à venir dont nous parlons… » (Paul, Epître aux Hébreux, II, 5).

Ce qui tend à souligner le fait que ce Monde-ci leur est soumis.

Mais, de quels Anges s’agit-il ? Des mauvais Anges, très certainement…

Et, effectivement, saint Augustin le confirme :

« La partie inférieure du Monde, celle que nous habitons, a été soumise aux Anges prévaricateurs par la Loi de la Divine Providence, à laquelle est dû l’ordre magnifique des choses… » (Saint Augustin : De Doctrina Christiana, II, 25).

Il semble bien d’ailleurs que cette Loi, dictée par des Anges soumis à un Médiateur, comme le souligne à plusieurs reprises saint Paul, soit parfois mêlée d’énigmatiques objurgations. Tel ce verset :

« Maudit soit celui qui est pendu au bois. Tu ne laisseras point son corps accroché au gibet passé le coucher solaire, afin de ne pas souiller la terre que Je te donnerai en héritage… » (Deutéronome : XXI, 23).

Il faut bien reconnaître que ce passage rend un son étrange. En quoi la terre sera-t-elle plus souillée par cette exposition d’un cadavre après le coucher du soleil qu’avant ? Car il est à noter que le pendu auquel fait allusion ce verset est celui qui, condamné à la lapidation ou à la strangulation pour blasphème, sorcellerie, ou idolâtrie, était ensuite pendu par les mains à un poteau, (la crucifixion est un supplice romain, non un mode d’exécution judaïque).  Or, ce sont là les crimes reprochés plus tard au Christ par le Sanhédrin, et le Christ sera lui aussi pendu par les mains, et soigneusement descendu du gibet avant la nuit.

Faut-il voir là, de la part du mystérieux et ambigu « Médiateur » du Sinaï, une sorte de révolte intuitive contre Celui qui, bien des siècles plus tard, le dépouillera peu à peu de son empire terrestre ?

Car enfin, il y a quelque chose de choquant en cette phrase qui est presque sacrilège, à l’égard d’une Image, incontestablement préexistante, de l’Instrument de Salut par excellence : la CROIX…

N’oublions pas en effet que la Croix sera, sous le nom de Storos (le Pieu), le nom d’un des Eons de la gnose traditionnelle, notamment dans le système de Valentin.

Une prophétie messianique annonce son rôle particulier en tant que symbole antidémoniaque :

« En ce temps-là, le rejeton de David sera exposé comme un étendard devant tous les Peuples, les Nations viendront lui offrir leurs prières, et son sépulcre sera glorieux… » (Isaïe : XI, 10).

« Pour vous, je nomme cette Croix de Lumière tantôt le Verbe, tantôt l’Intelligence, tantôt le Christ, tantôt la Porte, tantôt la Voie, tantôt le Pain, tantôt la Semence, tantôt la Résurrection, tantôt Jésus, tantôt le Père, tantôt l’Esprit, tantôt la Vie, tantôt la Vérité, tantôt la Foi, et tantôt la Grâce… » (Actes de Jean, apocryphe).

 

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La théorie gnostique qui veut que le Démiurge se soit, en son orgueil, imaginé qu’il était l’auteur du domaine matériel est d’ailleurs plus ancienne que les docteurs qui la diffusèrent :

« Ainsi par le Seigneur, l’Eternel : « Voici que je viens à toi, Pharaons, roi d’Egypte, grand crocodile couché au milieu de tes fleuves, et qui dis : Mon fleuve est à moi, c’est moi qui l’ai créé… Et voici que je mettrai une boucle à tes mâchoires, que j’attacherai à ton écaille les poissons de tes fleuves, et que je tirerai du milieu de tes fleuves, avec tous les poissons qui s’y trouvent, et qui seront encore attachés à tes écailles… » (Ezéchiel, XXIX, 3-4).

Il ne s’agit pas là du pharaon humain, car celui-là n’avait pas plusieurs fleuves en son royaume, mais un seul : le Nil. Nous savons d’ailleurs que l’Egypte symbolise dans l’Ecriture le Monde d’Ici-bas, la prison des hommes, la Mer Rouge l’au-delà, la Terre Promise la Cité Céleste. Et le Pharaon de ce verset n’est autre que le Démiurge qui s’imagine avoir créé, alors qu’il ne fait qu’administrer sa propre prison. D’ailleurs, en Egypte, le crocodile était alors l’image de Typhon-Set, dieu du Mal.

 

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"C’est au Diable, qui était à l’origine le premier des Anges, que Dieu confia le gouvernement de la Terre… » (Grégoire de Nysse : Discours catéchétiques, VI, 5).

« Béhémot est appelé principe des Voies de Dieu, parce que c’est par lui que Dieu commença l’œuvre de Sa Création, et qu’Il le plaça au-dessus des autres Anges… » (Saint Grégoire, pape, Morales, XXXII, 47).

La nation juive a connu cette notion du Démiurge. Dieu s’adressant à Satan, lui dit :

« Quoique Je t’ai accrédité comme gouverneur du Monde, exerçant le pouvoir sur tout le genre humain, tu n’as pas à t’occuper de ce peuple-ci (Israël), car ce sont Mes propres enfants… » (Talmud : Lévitikon, R, 18, 3). 



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« Ne doutons pas que les Anges Rebelles ont été précipités dans le cachot de notre atmosphère ténébreuse… » (Saint Augustin : La Genèse interprétée, II, 33).

« Ainsi, la cause de la Création n’a pas été de faire de bonnes choses, mais d’en éviter de mauvaises… » (Origène : Contre Celse).

D’ailleurs, et quant à la Loi, il faut observer que le caractère imparfait en est souligné, même en son aspect cultuel, par le Christ :

« L’heure viendra où vous n’adorerez le Père, ni sur cette Montagne, ni à Jérusalem… » (Jean, Evangile, IV, 21).

D’où ce commentaire d’Héracléon, disciple de Valentin :

« La montagne signifie le Diable ou son Cosmos, car le Diable constitue une partie de la Matière intégrale, et son Cosmos, c’est, tout entière, la Montagne d’Iniquité. C’est là ce repaire des bêtes sauvages, abandonné des hommes. Voici ce qu’adoraient, en réalité, les hommes d’avant la Loi, et les païens… » (Héracléon, Commentaires sur Jean, frag. 20).

Si cet enseignement d’Héracléon n’était pas suffisamment convaincant quant au symbolisme de la montagne, image du Diable, nous n’aurions alors à citer que le Psaume :

« Et vous, montagnes à plusieurs sommets, pourquoi jalousez-vous la sainte Montagne de Dieu ?... » (Psaumes, LXVIII, 16).

 



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On lit dans Isaïe un étrange verset, que nous avons déjà mis en évidence comme épigraphe :

« C’est MOI (Dieu) qui ai créé l’Ouvrier qui souffle sur les charbons de Feu pour former les Instruments dont il a besoin pour son Ouvrage… C’est MOI qui ai créé le Meurtrier qui ne songe qu’à tout perdre… » (Isaïe, LIV, 16).

 

 
On sait d’autre part que le mot démiurge tire ses origines du grec demiourgos, issu de demios : commun, banal, public, et de ergon : ouvrage. Or, l’Ecriture nous dit que le Temple de Jérusalem était l’image du Monde, comme Israël l’était de l’Humanité tout entière, d’où la dédicace propitiatoire de Salomon :
   
« J’ai bâti une maison qui sera Ta Demeure, un lieu où Tu résideras éternellement… » (I. Rois, VIII, 13).

 

Il est bien évident que Salomon n’envisage pas que le bâtiment matériel puisse durer dans l’Eternité ! C’est ce qu’il entend lui faire préfigurer qui durera éternellement, c’est-à-dire, un Univers purifié, où Dieu régnera seul.

Et le texte sacré nous dit aussi que Salomon préfigurait le Christ en cette fonction de la dédicace :

« Voici que tu deviendras enceinte, et que tu enfanteras un fils. Tu lui donneras le nom de Jésus, il sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son Père… » (Luc, Evangile : I, 31, 32).

« Et voici qu’ici il y a plus que Salomon… » (Matthieu, Evangile, XII, 42).

Or, Salomon, reflet du Christ pour la réalisation du Temple, lui-même reflet du Monde, s’adresse à Hiram, roi de Tyr, lequel lui envoie son serviteur et homonyme, Hiram, architecte et fondeur, c’est-à-dire un « ouvrier qui souffle les charbons de feu pour former les instruments dont il a besoin pour son ouvrage… »

« Hiram, roi de Tyr, envoya ses serviteurs vers Salomon, car il apprit qu’on l’avait oint pour roi à la place de son père, et il avait toujours aimé David. Salomon fit dire à Hiram… » (I, Rois, V, 1-3).

« Hiram, roi de Tyr, répondit dans une lettre qu’il envoya à Salomon… Je t’envoie donc un homme habile et intelligent, Hiram-Abi, habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain, en fer, en pierre et en bois, etc… » (I, Chroniques, I, 13, 14).

Mais, au-dessus du sens historique et matériel de ce passage, il en est un autre, plus mystérieux, au second aspect exégétique. C’est celui donné à Lucifer, en tant que roi de Tyr, qui était en Orient un des noms donnés à la planète Mercure, et que nous donne également l’Ecriture :

« Fils de l’Homme, prononce une complainte sur le roi de Tyr. Tu lui diras : Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel. Tu mettais le sceau à la Perfection, tu étais plein de sagesse, parfait en beauté, tu étais en Eden, le jardin de Dieu, couvert de toutes espèces de pierres précieuses… Chérubin protecteur aux ailes déployées, je t’avais placé et tu étais sur la Sainte Montagne de Dieu, etc… » (Ezéchiel : XXVIII, 12-19).

Nous avons déjà donné ce passage. Il est fort clair, et le roi de Tyr en question est le Chérubin déchu, et non le petit souverain humain de la ville de ce nom.

Ainsi, nous retrouvons là deux entités ;

a)      Hiram, roi de Tyr, qui personnifie Lucifer,

b)      Hiram, son serviteur, métallurge et fondeur, qui, probablement, personnifie Satan.

Par l’Ecriture, nous avons rejoint la théorie gnostique affirmant l’existence du Demiourgos et du Diabolos. Et la vieille tradition populaire qui fait, chez les peuples anciens ou primitifs, des forgerons et des fondeurs les suppôts de Satan, maître des richesses souterraines, est intuitivement proche d’une vérité métaphysique !

Les Arabes appellent d’ailleurs l’enfer « la fonderie »…

 

 

L'Enfer de Jérôme Bosch-v01

 

Nous reviendrons par la suite sur ce dédoublement. Continuons, pour le moment, à étudier les éléments de l’erreur du Démiurge. Nous lisons dans la Cène Secrète, apocryphe johannite rendu célèbre par l’usage qu’en firent les Cathares, le récit symbolique de celle-ci :

« Demandes de Jean, apôtre et évangéliste, dans la Cène Secrète du Royaume des Cieux, sur l’organisation de ce Monde-ci, sur son Prince, et sur Adam.

« I. – Moi, Jean, votre frère, qui participe à la tribulation pour participer également au Royaume de Dieu, lorsque, pendant la Cène, je me trouvais penché sur la poitrine de Notre Seigneur Jésus-Christ, j’ai demandé : Seigneur, qui donc te trahit ? Et le Seigneur me répondit : Celui qui vient de mettre la main au plat en même temps que Moi. Alors Satan est entré en lui, et il a décidé de me trahir.

« II. – J’ai alors demandé : Seigneur, avant que Satan ne tomba des Cieux, en quelle gloire se trouvait-il auprès du Père ? Et Jésus me répondit : « Il était dans une gloire telle que, du trône de Mon Père invisible, il gouvernait les Vertus des Cieux. Moi, alors, j’étais encore assis auprès de Mon Père. Mais lui-même gouvernait tous ceux qui imitaient le Père. Il descendait du Ciel jusque dans les Enfers, et il montait des Enfers jusqu’à trône du Père Invisible. Il veillait sur la gloire qui était dans tous les Cieux. Et c’est alors qu’il conçut le dessein de situer son trône au-dessus des Cieux eux-mêmes, et qu’il voulut, ainsi, être semblable au Très-Haut.

 

Démiurge Michel-Ange

 

« Il descendit alors vers les Anges de l’Air et de l’Eau, et il leur dit : « Toutes ces choses sont à moi ; si vous m’écoutez, je poserai mon trône au-dessus des nuées et je serai ainsi semblable au Très-Haut, et je règnerai avec vous dans les cycles des cycles. Et, en disant cela aux Anges, il monta vers d’autres cieux, jusqu’au cinquième, corrompant les Anges du Père Invisible, et disant à chacun d’eux séparément : Combien dois-tu à ton Maître ? Le premier répondit : Cent jarres d’huile. Il lui dit : Prends ton billet, une plume et de l’encre, et écris : Cinquante ! Il dit à un autre : Et toi, combien dois-tu à ton Maître ? Celui-ci répondit : Cent jarres de froment. Il lui dit : Prends ton billet et écris : Quatre-vingt… Il monta aussi vers tous les cieux, il parla ainsi jusqu’au cinquième ciel, séduisant les Anges du Père Invisible. » (Cène Secrète : I, 1-3, apocryphe).

C’est sans doute de là que se situe la séparation nette entre le Monde matériel et le Royaume d’En-Haut. Il semble malheureusement que nous ne possédions pas, arrivés à ce point de la tragédie cosmique, certaines clés. Divers textes le laissent entendre, tant dans les Ecritures canoniques que dans les Apocryphes. C’est ainsi que dans la même Cène secrète, nous lisons ce curieux passage :

« Et Satan répondit au Père Invisible : Prends patience… Un peu de temps encore, et je te restituerai tout… » (Cène secrète : I).

« Alors le Diable le transporta (Jésus) sur une haute montagne, d’où, lui ayant fait voir en un moment tous les royaumes du Monde, il lui dit : Je vous donnerai toute cette puissance, et la gloire de tous ces royaumes, car ils m’ont été donnés en partage, et je les donne à qui me plaît… » (Luc, Evangile, IV, 5, 6).

Qui ne comprendrait alors la révolte de Job :

« Maintenant encore ma plainte est une révolte mais la souffrance étouffe mes soupirs… Pourquoi les méchants vivent-ils ?... Pourquoi les voit-on vieillir et accroître leur force ? Leur postérité s’affermit avec eux et en leur présence, leurs rejetons prospèrent sous leurs yeux, en leurs demeures règne la paix, sans mélange de crainte, la verge de Dieu ne vient pas les frapper… Ils disent pourtant à Dieu : « Retire-toi de nous… » On arrache l’orphelin à la mamelle, on prend des gages sur le pauvre… Et Dieu ne prend pas garde à ces infamies… » (Job : XXIII, 1-2 ; XXI, 7-9, 14 ; XXIV, 9, 12).

 



Cenobitehr13 

 

C’est que le Prince de ce Monde soutient et protège les siens, et qu’il a horreur des autres ! D’où la triple tradition chrétienne des vœux de pauvreté, chasteté, obéissance. N’étant pas du Monde du Démiurge, le gnostique chrétien ne saurait contracter ces dettes que sont les joies trompeuses dispensées par l’Esprit de la Terre.

Ces deux passages tendent à démontrer que, réellement, le Monde matériel lui a été abandonné en même temps qu’il devenait sa propre prison. Il y est, en quelque sorte, exilé, tout en demeurant le souverain de cette terre d’exil.

 

 

 

Cette sorte de souveraineté réelle, le récit des trois tentations du désert, subies par le Christ, tend encore à asseoir l’hypothèse du Prince de ce Monde souverain législateur de celui-ci. Jésus lui-même, du fait de sa descente dans l’enveloppe charnelle, s’y soumet partiellement en quelque sorte, puisqu’il accepte l’épreuve de la tentation.

Et les rapports entre le Sauveur et le Diable ne se borneront pas à cette seule rencontre, dans les terribles solitudes des montagnes de Juda. Il semble que, par la suite, Satan se présentera de nouveau à diverses reprises devant Jésus :

« Le Seigneur dit ensuite : « Simon, Simon… Satan m’a demandé à vous cribler tous, comme on crible le froment… Mais j’ai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille point… » (Luc, Evangile : XXII, 31, 32).

Passage à rapprocher de celui où l’on voit Satan discuter avec Dieu :

« Or, les Fils de Dieu (les Anges), vinrent un jour se présenter devant l’Eternel, et Satan vint aussi, au milieu d’eux. Et l’Eternel dit à Satan : « D’où viens-tu ? » Et Satan répondit à l’Eternel : « De parcourir la Terre, et de m’y promener… » (Job : I, 6-7) et (Job : II, 1-2).

 

Cenobitehr12

 

Cet empire sur les hommes est absolu en son principe, seul, le Christ n’y aura pas été soumis. Et ce principe, c’est le péché lui-même :

« Il n’y a pas, sur terre, un seul juste qui fasse le Bien et qui ne pèche pas… » (Ecclésiastique : VII, 20).

D’ailleurs, en donnant à Satan le titre de « Prince de ce Monde », les textes parlent clairement. Prince dérive du latin principem, signifiant (de primus) le premier, et du même latin capere : prendre, nous dit le Dictionnaire de Littré. Et le mot Principe vient de la même source : du latin principium, qui a même radical que princeps…

Satan est donc le Principe du Monde, non pas qu’il l’ait créé, mais parce que, en fait, c’est pour lui que le Monde a été créé, en tant que prison, et que c’est lui qui en est l’Ame, l’Animateur, le Régent, l’Organisateur.

 

 

 

 

Il nous faut maintenant étudier le principe même de la Matière.

Une question primordiale est celle-ci : La Matière est-elle éternelle ? Nous répondrons évidemment que non. Mais nous pourrons toutefois soutenir qu’elle est permanente, si nous accordons le nom de Matière, pas seulement à son aspect le plus inférieur (le Monde), mais encore à celui de Substance, de Création, même spirituelles.

1 – Affirmer que Dieu est « tout puissant », c’est impliquer que cette toute-puissance s’est, nécessairement, toujours exercée sur quelque chose, de toute éternité, et ce quelque chose, ce sont des créatures. Dieu ne saurait en effet avoir été d’abord « non-créateur » puis « créateur », ce qui impliquerait en Lui, une succession donc une variation. Et la tradition chrétienne et juive lui a toujours donné, entre autres, le nom d’Etre Inaltérable, Existant en Soi et par Soi, Celui qui EST.

2 – Ainsi donc, devant Dieu, Perfection Absolue, a toujours existé et de toute éternité une « Création », composée de créatures, ce qui implique une imperfection graduée, nuancée, pour ces dernières.

3 – Car, par leur état même de créatures, celles-ci sont nécessairement et même en leurs aspects le plus élevé, plus ou moins imparfaites.

4 – On ne saurait pourtant parler de dualisme ; puisque cette création n’est pas permanente, n’existe pas « en soi et par soi », privilège de Dieu seul. Mais elle existe toutefois en raison directe de l’Acte Créateur de Dieu, Acte qui, lui, est permanent. Elle est éternellement décidée, voulue par Dieu, il en est donc à la fois l’Auteur, le Continuateur, le Conservateur. Parce qu’impermanente nécessairement, elle est scindée, rompue, par des périodes d’être et de non-être, de « genèse » et de « jugement », qui, en se succédant soulignent son impermanence voulue et assurent son renouvellement.

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose