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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 17:08

 

Nous avons vu que pour certains docteurs de la Gnose (sinon tous) tels que Valentin, Satornil, Ménandre, des Anges appartenant au Cosmos matériel ont créé une forme humaine, l’ont dotée ainsi et d’une chair et d’une psychée. Puis, par suite d’un insondable décret d’un Dieu qu’ils ne connaissent pas, ou qu’ils ne connaissent plus, la Grâce d’En-Haut a insufflé invisiblement un Esprit à cette créature encore presqu’animale.

On peut d’ailleurs, avec quelque logique, y voir ce que les hommes de science moderne nomment le « déclic », encore mal défini, et qui est à la source de l’évolution de tels grands anthropoïdes disparus vers le futur règne hominal. Evolution qui fut soudaine, inattendue, selon leurs conclusions.

Or, si nous nous reportons aux deux premiers chapitres de la Genèse, nous ferons certaines conclusions curieuses.  

 

 

 

Avènement

 

 

 

En son « Oedipus Aegyptiacus », le R. P. Athanase Kircher, S. J. (Rome, 1652-1654, 4 volumes in-folio) aux chapitres traitant de la Cabale des Hébreux, nous dit ceci touchant les « Trente-Deux Voies de la Sagesse » :

« Les Trente-Deux Voies de la Sagesse sont les chemins lumineux par lesquels les saints hommes de Dieu peuvent, par un long usage, une longue expérience des choses divines, et une longue méditation sur elles, parvenir aux Centres Cachées… » (Kircher, Oedipus Aegyptiacus, Cabala Hebracorum § 11).

Ces trente-deux voies mystérieuses ne sont autres que les trente-deux premiers versets de la Genèse dans lesquels on rencontre le nom divin Elohim, c’est-à-dire Dieu en français, et, plus précis encore en hébreu : « Dieu, renfermant toutes les forces, tous les attributs, dieux, juges, anges, avec le sens de divin, excellent » (Cf. « Dictionnaire Rabbinique hébreu-français », de N.-P. Sander – Paris, 1859, Archives Israélites).

Cette précision nous permet donc de délimiter de façon très exacte le texte s’y rapportant, et de fait, il part du verset 1 du premier chapitre pour se terminer avec le verset 3 inclus du second chapitre…

Car, immédiatement avec le verset 4 du même second chapitre, nous voyons apparaître un autre mode d’expression pour définir Dieu : Yaveh Elohim.

Ainsi, nous pouvons nous étonner que d’après un texte primitif exclusivement manuscrit, copié sur des peaux cousues bout à bout, montées sur deux rouleaux de cèdre, ne comportant ni ponctuation, ni même (à l’origine et pendant fort longtemps) aucun de ces points massorétiques permettant de reconnaître les voyelles des consonnes, on ait pu rompre l’enchaînement des versets au 31e verset du chapitre I, et faire alors débuter un second chapitre, alors que la tradition des « Trente-deux Voies de la Sagesse » permettrait, au contraire de rompre le texte trois versets plus loin…

A moins que cela ne soit voulu, et qu’il s’agisse là d’une occultation du texte, à l’intention du vulgaire…

 

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Quoi qu’il en soit, et à partir de la trente-deuxième répétition du nom Elohim, son emploi cesse, et nous voyons aussitôt apparaître une dénomination nouvelle : Yaveh Elohim. Cette dernière sera employée exactement vingt fois, jusqu’à la fin du troisième chapitre.

Revenons donc à la fin du premier chapitre. Le second commence ainsi, dans les traductions de langue française, qu’il s’agisse d’une Bible catholique, protestante ou juive :

« Chapitre II.

« 1 – Ainsi furent terminés les Cieux et la Terre, avec tout ce qu’ils renferment.

« 2 – Elohim mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par Lui ; et Il se reposa le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.

« 3 – Elohim bénit le septième jour, et le proclama saint, parce qu’en ce jour, Il se reposa de l’œuvre entière qu’Il avait produite et organisée.

« 4 – Telles sont les origines du Ciel et de la Terre, lorsqu’ils furent créés, à l’époque où Yaveh-Elohim fit une Terre et un Ciel.

« 5 – Or, aucun produit des champs n’apparaissait encore sur la Terre et aucune herbe des champs ne poussait encore, car Yaveh Elohim n’avait pas encore fait pleuvoir sur la Terre, et d’homme il n’y avait point pour cultiver la Terre… » (Genèse, II, 1-5). 

 

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Et nous nous trouvons devant une contradiction singulière. Car en ce 5e verset du Chapitre II, on nous dit qu’il n’y avait pas encore d’homme pour cultiver la Terre. Mais on oublie que, déjà, au 26e verset du Chapitre I, l’homme était créé :

« Elohim dit : Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, enfin sur toute la terre et sur tous les êtres qui s’y meuvent.

« Elohim créa donc l’homme à son image, à l’image d’Elohim, il créa, mâle et femelle furent créés à la fois. » (Genèse, I, 26-27).

Mais pour le second Chapitre de la Genèse, c’est bien après que l’homme est créé :

« Yaveh Elohim façonna l’homme, poussière détachée du sol, Yaveh Elohim fit pénétrer en ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant, Yaveh Elohim planta un jardin en Eden, vers l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait façonné. » (Genèse : II, 7-8).

Mais cette apparente contradiction s’explique fort simplement si, compte tenu de ce que constituent les « Trente-deux Voies de la Sagesse », nous terminons le Chapitre I de la Genèse après le 3e verset du IIe Chapitre, et si le dit second Chapitre commence en réalité avec le début du troisième verset…

Et dès lors, nous nous trouvons en présence de deux textes, ou plutôt de deux Livres bien différents.

Le premier chapitre, nous donne la clef de la Création Totale par le Dieu Suprême Lui-même.

C’est un tout. Il constitue un Livre, au sens exégétique du mot, au même titre que les Nombres, le Deutéronome, etc… On pourrait le nommer la « Grande Genèse ».

Et le second Chapitre débute en réalité au quatrième verset, soit ainsi :

« Voici les origines du Ciel et de la Terre, lorsqu’ils furent créés, à l’époque où Yaveh Elohim (première apparition de ce terme) fit une terre et un ciel. » (Genèse II, 4).

Cette phrase, que l’on constitue ainsi la « conclusion » du déroulement antécédent des « Trente-deux Voies de la Sagesse » est, en réalité, l’ouverture, la « présentation », de ce qui va suivre, à savoir :

La création d’une terre et d’un ciel par un autre « aspect » de la divinité ; le Démiurge…

C’est à cet instant que se situe la remarque des « philosophumena », citant les disciples de Marcus (et tous les gnostiques d’ailleurs) :

« … le Démiurge voulut imiter la Nature Infinie, Eternelle, étrangère à toute limite et à tout temps. Aussi… créa-t-il des temps, des moments, d’innombrables séries d’années, etc… » (Hippolyte de Rome : Philosophumena, VI, 55).

  

 

2001 3

 

 

C’est à cet instant que se place la création de l’homme charnel, forme issue de l’argile des origines, limon modelé par des Anges (Elohim, on l’a vu, est une pluralité divine, signifiant dieux, anges, etc…) en vue de leur service, et pour l’organisation (culture) du Monde matériel, démiurge secondaire. D’où la phrase célèbre :

« Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, en la connaissance du Bien et du Mal… » (Genèse, III, 22).

Ce second Chapitre lui, est donc en quelque sorte la « Petite Genèse ».

Sans doute, il est impossible de supposer que le Démiurge n’a pas, en suivant cette impulsion qui l’incitait à créer la forme charnelle de l’homme, suivi inconsciemment des Ordres Supérieurs, émanant du Père Suprême, ordres qu’il ne comprenait pas toujours, ni n’en voyait distinctement l’aboutissement.

Soutenir le contraire serait prétendre que l’incarnation du Christ fut une conséquence d’un essai, d’une expérience, d’une ambition du Démiurge, alors qu’en réalité, elle était inscrite de toute éternité dans la Pensée Divine.

Mais il n’en est pas moins à peu près certain, si l’on accorde au texte sacré quelque autorité, que l’homme charnel a pour auteur le Démiurge, inconscient artisan de la future Incarnation, alors que l’homme spirituel a pour auteur le Dieu Suprême.

Cette théorie était peut-être, plus qu’on ne le croie communément, volontiers soutenue par le grand Origène :

« Nous aussi, même si nous avons eu le Pharaon pour père, même si le Prince de ce Monde nous a engendré dans les œuvres du Mal, quand nous venons aux Eaux, recueillons la Loi Divine… » (Origène : Homélie sur l’Exode, II, 4).

Toutefois, redisons-le encore, le Démiurge ne peut rien faire d’autre que d’œuvrer dans la Matière, il régit la Chair et non l’Esprit, il créé l’Homme d’Argile mais pas l’Ame Vivante :

« Jérémie l’a prédit : « Voici que la Perdrix a lancé son cri, elle a amassé ce qu’elle n’a point engendré, elle s’est constitué des richesses injustes, mais celles-ci l’abandonneront au milieu de ses Jours, la fin de sa vie sera celle d’un Insensé… » (Jérémie : XVII, 11, cité par Origène, in Homélie sur l’Exode, I, 5).

  

 

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« Le Diable comprend que c’est lui qui est figuré par la Perdrix, amassant ce qu’il n’a pas engendré. Il comprend que ceux qu’il a groupés injustement autour de lui, le quitteront au milieu de ses Jours pour suivre Jésus-Christ, leur Seigneur et Créateur, qui, Lui, les a engendrés… » (Origène, op. cit. I, 5).

La Perdrix était en effet, dans l’antique Orient, le symbole des voleurs d’enfants. (Cf. Charbonneau-Lassay : « Le Bestiaire du Christ », LXX, IV : La Perdrix, antithèse de la Caille).  

 

 

 

Peut-être est-ce pour éviter de tomber dans un certain extrémisme gnostique que les docteurs d’Israël scindèrent le texte sacré de la Genèse de cette façon. Rétablir la répartition véritable des versets, c’était évidemment mettre en lumière ce qui constituait certainement un des plus grands arcanes de cette tradition orale que Moïse et les soixante-douze Anciens du Peuple reçurent au Sinaï.

L’interdiction de prononcer les véritables noms divins essentiels et surtout celui de Iahvé Elohim, le fait de lui substituer celui d’Adonaï (Seigneur), ne permettait pas des échanges d’idées ni des remises d’enseignements secrets en cette matière.

Ainsi, les découvertes qui pouvaient être réalisées sur ce sujet étaient-elles toujours personnelles et intransmissibles.

Pourtant, ce que nous disent Arthur Drews dans « Die Christusmythe » et B. Smith dans « Der vor christliche Jesus », avec raison, à côté du judaïsme orthodoxe, il existait en Israël, ou sur ces confins, des sectes qui, par leur gnosticisme, s’apparentaient déjà et par avance, au futur Christianisme. Dans son « Problème de Jésus », C. Guignebert nous dit que « … dans les plus avancés en hérésie, on peut soupçonner le culte du dieu de la Vérité Suprême, opposé au dieu organisateur de la matière, ou Démiurge, assimilé à Yaveh » (Cf. Ch. Guignebert, Le Problème de Jésus, pp. 95 et suivant).

Là, il est un point important qu’il importe de ne jamais oublier, à peine de tomber dans l’erreur marcionite. C’est que Iahvé Elohim est bien un des « Noms Divins » de l’Absolu, du Dieu Suprême, du « Père de toutes les Paternités », comme le nommaient les Gnostiques. Mais que le Démiurge est aussi, ici-bas, l’Ange qui porte le dit Nom :

« Voici que j’envoi un Ange devant toi, pour te protéger en chemin et pour te faire arriver au lieu que je t’ai préparé. Tiens-toi sur tes gardes en sa présence, et écoute sa voix. Ne lui résiste point, parce qu’il ne pardonnera pas vos péchés, car Mon Nom est en lui… Mon Ange marchera devant toi et te conduira chez les Amoréens, les Hétiens, les Phéréziens, les Cananéens, les Héviens, et les Jébusiens, et Je les exterminerai… » (Exode : XXIII, 20-23).

  

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L’Ange qui porte le dit Nom est donc un Ange de Rigueur, c’est le Démiurge, qui sanctionne et récompense, sans y mêler la moindre indulgence ou miséricorde, c’est le promulgateur du talion, il est double !

Si nous doutions encore, il nous suffirait de relire ce qu’écrivait le prophète Habacuc :

« Dieu viendra du côté du Midi, et le Saint de la montagne de Pharan… La Mort paraîtra devant Sa Face, et le Diable marchera devant Lui… » (Habacuc : III, 3, 5).

Ainsi, les soixante-douze Anges du Shemamphorash, (qui n’en constituent en réalité qu’un seul), bien connus des Cabalistes, sont-ils doublés de soixante-douze mauvais Anges, dont les prérogatives sont exactement contraires. Or, les données cabalistiques traditionnelles qui accompagnent le Shemamphorash, ou « Grand NOM de 72 Lettres », contiennent, voilées, les indications permettant de découvrir les noms des Soixante-douze mauvais Anges.

Par exemple, Hariel, quarante-sixième Ange, signifie « Fournaise de Dieu » ou « Lion de Dieu ». C’est le nom de l’autel des holocaustes dans Ezéchiel, XLIII, 15-16. La tradition nous dit qu’il donne les plus grandes révélations, fait connaître les secrets de la Nature, fait voir en songe les choses désirées. Or, les données cabalistiques qui l’accompagnent révèlent le nom de l’Ange opposé : Etoalbaal, lequel cause les tribulations d’esprit, porte l’homme à commettre les plus grandes inconséquences, envoûte les esprits faibles, et dont le nom signifie : « Fournaise de Baal »…

  

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Le Démiurge est un intendant infidèle, mais un intendant malgré tout, c’est aussi à lui que s’applique la parabole du créancier débiteur :

« Le Royaume des Cieux est comparé à un Roi qui voulut faire rendre des comptes à ses serviteurs. Et ayant commencé à le faire, on lui ne présenta un qui lui devait dix mille talents. Mais, comme il n’avait pas le moyen de les lui rendre, son maître commanda qu’on le vendit, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu’il avait, pour satisfaire à cette dette.

« Ce serviteur, se jetant à ses pieds le conjurait, en lui disant : Seigneur, ayez un peu de patience, et je vous rendrai tout. Alors le Maître, touché de compassion le laissa aller et lui remit sa dette.

« Mais ce serviteur étant sorti, trouva un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le prit à la gorge et l’étouffait, en lui disant : Rends-moi ce que tu me dois.

« Son compagnon, se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez un peu de patience et je vous rendrai tout.

« Mais l’autre ne le voulut point et il s’en alla, le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il eut payé tout ce qu’il lui devait.

« Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant cela, en furent extrêmement affligés et vinrent instruire leur maître de tout ce qui s’était passé.

« Alors, son maître l’ayant fait venir lui dit : Mauvais serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez parce que vous m’en aviez prié. Ne fallait-il pas que vous eussiez également pitié de votre compagnon, comme j’avais eu pitié de vous ?

« Et ce maître, tout en colère, le livra entre les mains des bourreaux jusqu’à ce qu’il eut lui-même payé tout ce qu’il devait.

« C’est ainsi que vous traitera Mon Père qui est dans le Ciel si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur… » (Matthieu : Evangile, XVIII, 23-25).

  

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Cette parabole a, outre son aspect moral, une signification supérieure. Le Maître, c’est Dieu, le Mauvais Serviteur, c’est le Démiurge implacable, qui promulgue une Loi sans charité, le talion, et détourne à son profit un culte à Dieu seul. Et le second Serviteur, c’est l’Homme. 

 

 

 

Si l’on se souvient du passage de saint Paul où celui-ci précise la nature du Prince de ce Monde en tant que « Puissance de l’Air » :

« Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon la loi de ce monde, selon le Prince de la Puissance de l’Air, de l’Esprit qui agit maintenant dans les incrédules et les rebelles… » (Saint Paul : Epître aux Ephésiens, II, 2).

Alors certains versets de l’Ancien Testament s’éclairent étrangement… Qu’on en juge :

« Il a choisi sa retraite dans les Ténèbres. Il a sa tente autour de lui, et cette tente, c’est l’eau ténébreuse des nuées de l’air. Les nuées se sont fendues par l’éclat de sa présence, et il en a fait sortir de la grêle et des charbons de feu… » (Psaumes : XVII, 13-15).

  

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Souvenons-nous de cet étrange « ouvrier qui souffle sur les charbons de feu dont il a besoin pour son ouvrage », souvenons-nous du « meurtrier qui ne songe qu’à tout perdre », cité par Isaïe (LIV, 16), et le dieu du Sinaï va nous paraître bien près de ces « autres dieux et autres seigneurs » dont parle saint Paul (Ière Epître aux Corinthiens, VIII, 5, 6).

Il n’a rien de commun avec le Père auquel le Christ fera si souvent, par la suite, une allusion fort claire. Car le dieu du Sinaï est un peu différent du Dieu enseignant aux Hommes l’Amour et le Pardon :

« Le Seigneur est un dieu vengeur et un dieu jaloux. Le Seigneur fait éclater sa vengeance, et il le fait avec fureur. Oui le Seigneur se venge de ses ennemis… » (Nahum : 1, 2).

« Le Seigneur des Armées… lancera ses dards comme la foudre… Le Seigneur des Armées les protégera, ils dévoreront leurs ennemis, ils boiront leur sang, ils en seront enivrés comme du vin, ils en seront remplis comme les coupes du sacrifice, enduits comme les cornes de l’autel… » (Zacharie, IX, 14-15).

Non, l’Elohim de l’Orage, le Héraut du Sinaï, est un personnage un peu différent du Père Suprême, c’est bien l’Ange de Rigueur, mais pas le Dieu de Miséricorde que prêchera Jésus. Il faut le prendre tel qu’il est, avec ses défauts et avec ses grandeurs, se souvenir simplement qu’il est lui aussi une Créature ; et que si DIEU l’a utilisé, s’il lui a donné un rôle, c’est que la Sagesse divine, qui voit au-delà, avait ses raisons.

  

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Sans doute, le Christ a-t-il affirmé que jusqu’à la Fin des Temps, la Loi demeurerait :

« Ne pensez pas que je sois venu pour détruire la loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu détruire mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, le Ciel et la Terre ne passeront point que tout ce qui est dans la Loi ne soit parfaitement accompli, jusqu’à un seul iota et un seul point… » (Matthieu : Evangile, V, 17, 18).

Mais d’autres passages des Epîtres de Paul ou de Pierre, et des Actes des Apôtres, mettent la chose au point et précisent ce qu’il faut entendre par là. En outre, il est parmi les Logia Agrapha des premiers temps du Christianisme, un aphorisme curieux. Le protestant Théodore de Bèze l’ayant découvert dans un vieux manuscrit du couvent Saint-Irénée, à Lyon, l’envoya aussitôt à l’Université de Cambridge, avec cette note prudente du docile « jéoviste » qu’il était : « A dissimuler plutôt qu’à publier. »

Cette curieuse parole du Christ est rapportée par Daniel-Rops, page 428 de son ouvrage « Jésus en son temps ».

Dans le Coedex Bezae que possède maintenant l’Université de Cambridge, il existe une version de l’Evangile selon saint Luc où, au VIe Chapitre, 4e verset, s’intercale un étrange passage :

« En ce jour-là, voyant quelqu’un travailler pendant le sabbat, Jésus lui dit : Homme, si tu sais ce que tu fais, bienheureux es-tu ! Mais si tu ne le sais pas, tu es maudit, transgresseur de la Loi… »

  

Christ Transfiguré

 

En effet, dans le premier cas, l’homme se libère d’une contrainte, inutile, eu égard à l’utilité du but poursuivi. Dans le second cas, il viole une défense légale, sans autre raison que l’intérêt matériel. Dans le premier cas, il est un libéré, dans le second cas, un simple désobéissant.

Cette observation de la Loi par Jésus ne saurait d’ailleurs, en aucun cas, être obligatoirement considérée comme une approbation de tout ce qu’elle a impliqué de meurtres et de violences pendant l’histoire d’Israël.

Ici, le Christ entend simplement dire que la Loi est nécessaire pour l’annonce et la justification de Sa propre Mission. C’est là en effet l’utilité première de l’Ancien Testament qui, par les Récits et par les Visions des Prophètes, nous révèle la Chute, son remède, la venue d’un Sauveur, les moyens de le reconnaître et de l’identifier.

En outre, et c’est là l’aspect plus particulièrement gnostique du problème, cette conservation de la Loi, pourtant dépassée, permet à travers les siècles, aux générations successives, de constater les différences fondamentales entre la Loi de Rigueur de l’Ancien Testament et la Loi d’Amour du Nouveau, cette Loi qui, selon saint Paul, ne nous donnait que la connaissance du Péché (Romains : III, 20, VII, 1, 7) – (Galates : III, 19) et ne produisait que la Colère (Galates : IV, 15) sans doute fruits de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal planté par le Démiurge. Alors que la seconde consiste dans la Charité.

En effet, la Loi du Talion ne faisait que déplacer le Mal en un déséquilibre perpétuel. La Loi du Pardon anéantit le Mal en l’assimilant.

Enfin, la Loi juive, pour imparfaite qu’elle soit, représentait et représente encore, malgré tout, quelque chose d’infiniment supérieur aux cultes idolâtriques des peuples voisins d’Israël. Il est donc normal qu’elle demeure, jusqu’à la Fin des Temps, l’héritage d’un peuple choisi qui, s’il n’est pas encore acquis au Christ, doit s’y rallier vers l’approche du Grand Sabbat.

Sur le Démiurge, les docteurs de la Gnose se sont volontiers étendus. Citons quelques extraits de la « Pistis Sophia », attribuée à Valentin, extraits qui, si imagés qu’ils soient, ne sont pas pour cela dépourvus de toute profondeur :

« Et selon le Commandement de Mon Père, le Premier Mystère, Je (Jésus), descendis dans le Chaos, j’attaquai la Puissance à Face de Lion, qui était la plus grande « lumière de ce lieu. Je lui enlevai sa clarté et je frappai tous les rejetons du Triple Pouvoir. Alors, tous tombèrent sans puissance, dans le Chaos… » (Valentin : Pistis Sophia).

On sait que le Lion est, dans le Tétramorphe d’Ezéchiel, le symbole de la Justice absolue (d’où la Loi du Talion), et, en son mauvais aspect, des épreuves de la Vie. D’où la parole de l’Ecclésiastique appliquée à David :

« Il joue, en sa jeunesse, avec les lions, comme avec des chevreaux. » (Ecclésiastique : XLVII, 3).

Mais c’est encore une image de l’Esprit du Mal, ainsi qu’en témoigne l’épisode du « Livre des Rois », dans lequel on voit David (dont le nom signifie amour en hébreu) lutter contre un lion :

« Lorsque votre serviteur menait paître les troupeaux de son père, il est venu parfois un lion ou un ours, qui emportait un bélier du troupeau. Alors, je courais après eux… je les attaquais… je leur arrachais leur proie… » (Livre des Rois, Ier livre, XVII, 34).

  

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Le Démon est représenté par saint Pierre comme un lion :

« Soyez sobres et veillez, car le Démon, votre Ennemi, tourne autour de vous tel un lion rugissant. » (Pierre, 1ère Epître, V, 8).

D’où la prière de la liturgie latine :

« Libérez-les Seigneur, de la gueule du lion, et qu’elles (les Ames) ne soient pas englouties par le Tartare infernal… » (Bréviaire romain : Liturgie des Funérailles, Offertoire de la Messe).

Revenons à la « Pistis Sophia » :

« Marie, continuant de parler, dit à Jésus : Seigneur, quelle est la forme des ténèbres extérieures ? Et combien renferment-elles de lieux de tourments ?

« Et Jésus répondit : Les Ténèbres Extérieures sont un Grand Dragon dont la queue est en dedans de sa gueule. Il est en dehors du Monde entier, et il entoure le Monde entier… Il enserre un grand nombre de lieux de tourments, qui comprennent douze divisions. Et en chacune d’elles, est un Arkonte… » (« Pistis Sophia », in Dictionnaire des Apocryphes, de Migne).

Le Dragon en question est donc bien le Prince de ce Monde, et comme le dit l’apôtre Jean en sa première Epître, « L’Univers tout entier est sous son empire » (V, 19).

  

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C’est également le Révolté initial :

« Et le Grand Orgueilleux, qui est la troisième des Triples Puissances, et qui réside dans la troisième Région des Eons, celui qui fut indocile en ne produisant pas toute la pureté de la force qui est en lui et en ne montrant pas la Pure Lumière au temps où les Eons donnaient leur pureté, celui-là voulut être le souverain de la troisième Région et celui de ceux qui sont en-dessous… » (Pistis Sophia).

Ce passage semble montrer que, pour les Gnostiques, Lucifer aurait dissimulé l’existence du Dieu qui lui était supérieur aux Hiérarchies qui lui étaient soumises. A rapprocher de la théorie de Denys l’Aréopagite sur l’illumination progressive des Chœurs angéliques, illumination descendant de haut en bas. Enfin, que les Eons et les Anges seraient identiques.

Et ici, on nous révèle le nom du Démiurge :

« Ils la jetèrent (l’Ame) dans le Chaos dont la moitié est de flammes et l’autre moitié de ténèbres, là où se trouve l’Arkonte à face de lion dont je vous ai parlé bien des fois. Et celui-ci est Ialdabaoth… » (Pistis Sophia).

  

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Plus loin, le récit nous dit comment Jésus a pu libérer les Arkontes de ce désir de puissance et de cet orgueil qui les égaraient, en leur faisant oublier le motif de ceux-ci. Ainsi, la miséricorde implique ici, en même temps, une déchéance spirituelle, donc un châtiment non douloureux. Les Arkontes n’en ont pas conscience, mais il demeure éducatif pour les autres Etres :

« Avant que je ne divulguasse Ma Mission à tous les Arkontes des Cycles et à tous les Arkontes de l’Heimarmène et des Sphères, ils étaient tous liés à leurs chaînes, à leurs Sphères, à leurs Sceaux, selon la manière que IAO, Gardien de la Lumière, les lia dès le commencement.

« Et lorsque fut venu le Temps du Nombre de Melkisedec, le Grand Héritier de la Lumière, il vint au milieu des Sphères et il ôta la Pure Lumière à tous les Arkontes, tant des Cycles, des Sphères que de l’Heimarmène, leur retirant ce qui les avait troublés… » (Pistis Sophia).   

Que le Démiurge ait eu son culte partiel au sein du Temple de Jérusalem, c’est ce que nous avons tenté de démontrer au début de cette étude, et l’épisode du Potier, de l’Ouvrier-en-Argile cité par Jérémie comme celui à qui doivent revenir finalement les trente deniers de la trahison de Judas, nous semble le prouver surabondamment.

  

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Toute le reste de ce travail a pu, espérons-le, asseoir cette hypothèse. Mais, s’il demeure quelque doute dans l’esprit du lecteur, nous avons gardé pour la fin cette argumentation complémentaire.

On sait que, dans l’Evangile, le Prince de ce Monde est présenté comme le dispensateur des biens matériels comme des gloires d’ici-bas, toutes ces choses lui ayant été « données en partage ».

Et dans le légendaire universel, le Diable est, en outre, le gardien des trésors enfouis, par seulement de ceux enfouis par les hommes, mais encore des richesses métalliques, des gemmes, qu’il fait générer lentement au long des siècles, par la Nature en travail. D’où la légende du Dragon (le Diable), veillant sur ces richesses encore inconnues.

Voici quelques extraits du « Livre d’Enoch » :

« Le Seigneur a décidé en Sa Justice que tous les habitants de la terre périraient, parce qu’ils connaissent tous les secrets des Anges, qu’ils ont maintenant en mains la puissance des Démons Ennemis, celle de la Magie, et celle de la coulée des Idoles… Ils savent comment l’argent se tire de la poussière de la terre, comment il existe dans les entrailles du sol des lames métalliques, car le plomb et l’étain ne sont pas des fruits de la terre ! Il faut aller les chercher jusque dans ses entrailles… Et l’Ange qui était préposé à leur garde s’est laissé corrompre… » (Le « Livre d’Enoch », LXIV, 6-8, in « Dictionnaire des Apocryphes » de Migne).

« Alors Dieu dit à Noé dans un songe : Quant aux Anges qui ont commis l’Iniquité, ils seront jetés en cette Vallée Ardente que ton aïeul Enoch t’a montrée vers l’occident, et où il y a des montagnes d’or, d’argent, de fer, de métal liquide, (le mercure) et d’étain… » (Le « Livre d’Enoch, LXVI, 4).

  

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On conçoit, à la lueur de ces traditions, comment les peuples primitifs ont pu, toujours, considérer les clans de fondeurs, métallurgistes, comme en relation plus ou moins licite avec le monde d’En-Bas, et les tinrent toujours à l’écart de la société ordinaire. Egalement, pourquoi les peuples anciens eurent très longtemps l’horreur du fer.

Or, dans le monde moderne, ce sont les industries métallurgiques, les ouvriers travaillant ou manipulant le fer, l’acier, qui constituent les masses révolutionnaires et antireligieuses les plus actives. Et ce sont les grands trusts sidérurgiques et métallurgiques qui, par leur égoïsme ou leur matérialisme, les excès qui en découlent, alimentent ce courant révolutionnaire. Nous avons connu jadis également la « fièvre de l’or », qui a considérablement aidé à la désagrégation des sociétés. Actuellement, le pétrole, l’or noir (quel symbole parlant…), prépare les conflagrations de la fin des temps…

En hébreu, vallée se traduit par géhenne.

Ainsi, de ce qui précède, on peut conclure que les richesses de la terre sont sous la garde du Mauvais Ange !

Or, on l’a vu, Zacharie, nous parle d’aller jeter les trente deniers « dans la Maison du Seigneur, à l’Ouvrier-en-Argile… » (Zacharie, XI, 12, 13).

Mais, dans certaines recensions de cette prophétie extraordinaire, le mot iosed, signifiant en hébreu un modeleur, un potier, se trouve remplacé par le mot osad signifiant Trésorier…

Et si nous nous souvenons que Judas était le trésorier de la petite communauté apostolique que Jésus avait groupé autour de lui, on comprend alors comment il put facilement devenir le véhicule, le suppôt, du « Trésorier » qui, dans le plus secret du Temple, y dissimulait sa véritable personnalité occulte… 

 

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Est-on bien certain d’ailleurs, que le corps sacerdotal d’Israël, du moins à ses origines, non seulement ait ignoré certain aspect du dieu du Temple, ou du moins d’un « dieu » qui était figuré dedans, concurrent avec le Dieu vrai ? Nous ne le pensons pas, et voici pourquoi.  

 

 


 

 

 

Dans les quatre évangiles canoniques, nous lisons ceci au sujet du reniement de Pierre :

 

« Cependant, Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui et dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » Mais il le nia devant tous, disant : « Je ne sais ce que tu veux dire… » Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth… » Il le nia de nouveau, et avec serment : « Je ne connais pas cet homme… » Peu après, ceux qui étaient là, s’étant approchés, dirent à Pierre : « Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître… » Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : « Je ne connais pas cet homme !... » Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois… » Et étant sorti, il pleura amèrement… » (Matthieu, Evangile : XXVI, 69-75).

Le fait est également rapporté par Marc (XIV), Luc (XXII), et Jean (XVIII).

Or, longtemps après la destruction de Jérusalem, la ruine du Temple et la dispersion de la nation juive, au cours de l’un des premiers siècles de l’Eglise, il s’éleva une controverse des plus étranges entre des juifs de Rome et quelques chrétiens zélés qui s’efforçaient de les convertir. Et ce qui suit est attesté par une tradition latine, provenant de documents monastiques retrouvés par Villiers de l’Isle-Adam, et rapportée par lui en ses « Nouveaux Contes cruels et propos de l’Au-delà » :

  

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« Un coq chanta ? Dites-vous… s’écrièrent les juifs, avec des sourires ; ils ignoraient donc notre Loi, ceux qui ont écrit cela ! Et vous-mêmes, la connaissez-vous pour répéter une telle chose ?... Sachez donc que l’on n’eut pas trouvé un coq vivant dans tout Jérusalem ! Celui qui eut introduit, dans la Cité de Sion, l’un, vivant, de ces animaux, surtout la veille de ce jour de la Pâque, où l’on immolait, sur les parvis du Temple, des milliers d’holocaustes, eut encouru, comme sacrilège, la lapidation. Car la Loi motivait sa rigueur sur ceci, que le coq, prenant sa vie sur les fumiers, qu’il pique et fouille de son bec, en fait sortir mille impures bestioles, que le vent des hauteurs dissémine, et qui peuvent, en se répandant, et pullulant par les airs, aller altérer les viandes consacrées à Dieu. Or, comme de mémoire d’israélite, aucune mouche même ne vola jamais autour de la chair des victimes expiatoires, comment croire un récit, dicté selon vous par l’Esprit-Saint, et où nous relevons cependant une aussi grossière impossibilité historique ? »

Cette objection, très inattendue, ayant laissé les chrétiens quelque peu interdits, et ces derniers réaffirmant, pour toute réponse, l’infaillible véracité des saints livres, on fit venir, pour les confondre définitivement, en ce point mystérieux et important, un rabbin très âgé, depuis longtemps dans la captivité à Rome, et dont tous vénéraient et la science profonde et l’intégrité.

« Ah ! répondit tristement le vieil exilé, depuis la ruine de la demeure de nos pères, les enfants d’Israël ont-ils donc oublié les rites de la Maison du Seigneur ?... Quoi ! L’ont n’eut pas trouvé, dites vous, de coq vivant dans Jérusalem ?... Vous vous trompez ! Il y en avait un ! Et c’est bien de celui-là que ce Jésus de Nazareth doit avoir voulu parler, puisque le texte que l’on vous oppose dit « avant que LE COQ ne chante… » Et non pas « avant qu’un coq ne chante… »

Oubliez-vous donc le grand Coq solitaire du Temple, le veilleur sacré, nourri des grains que lui jetaient les vierges, et dont le cri s’étendait au-delà du Jourdain ?... Son cri matinal, mêlé au grondant fracas des portes de l’édifice, rouvertes à chaque aurore, retentissait jusque sur la route de Jéricho !... Plus sonore que les sabliers, il annonçait les heures du soir avec la ponctualité des étoiles ! Et la fonction de cet oiseau, crieur exact des instants du ciel, était d’avertir le Préfet du Temple et les lévites armés, (dont ses appels dissipèrent souvent la somnolence), du quadruple moment des rondes de nuit. C’était l’avertissement… »

Cette tradition n’est pas sans rapport avec celle des oies romaines chargées de la garde du Capitole. Mais pourquoi avoir songé à un coq, oiseau  au symbolisme impur pour Israël, sinon parce qu’il signifiait aussi autre chose !

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose