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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 19:31

 

En effet, comme le Démon est aussi l’Ange accusateur, qui met en évidence, à l’instant du jugement, ce qui peut être reproché à l’âme du défunt, toutes ses sanies morales, de même le Coq fouille la pourriture du fumier et met en évidence les vers qui sont nés de ce fumier même.

Comme le Démiurge mesure ce Temps et cet Espace dont il est l’auteur en tant que seigneur de la Matière, de même le Coq rythme et mesure par son cri la roue perpétuelle des jours de la Vie, l’enchaînement des heures. Et comme l’Ange Rebelle, il est un annonciateur de la lumière, luci-fere, sans être la lumière elle-même.

Dans le Talmud, le Coq est désigné en effet comme le compagnon de Samaël, l’Ange du Mal et de la Mort (« Satan, le jetzer hara en hébreu l’impulsion mauvaise, et l’Ange de la Mort ne font qu’un… » - Talmud : B. b. 16a). Et selon le légendaire et l’iconographie démoniaque, les Esprits du Mal ont fréquemment des pieds de coq dans leurs apparitions. En Kabale, Astaroth, le « dieu » de la troisième « quliphah », Abron, a une crête de coq. C’est pourquoi la croyance chrétienne superstitieuse prête au Diable en général une crête de coq, nous dit Charbonneau-Lassay en son « Bestiaire du Christ ».  

 

Hellraiser : Pinhead, Prince des Enfers et des Cénobites métaphore de Samaël (Satan) Prince des Ténèbres, du Mal et de la Mort

   

 

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Chez les Romains, le coq était mis en relation avec le Monde Infernal, (Cf. Cicéron : Contre Pison, 27, fin : « Ubi galli cantum audivit avum suum revixisse putat mensam tolli jubet… » paragraphe 10, 24 et « Petrone » 74).

 

Henri-Cornelius Agrippa, en sa fameuse « Philosophie Occulte », livre IV, à la « Table des Signes et Figures des Mauvais Génies », nous dit que la crête de Coq, est significatrice du duché (latin dux : conducteur), soit les fonctions de chef de cohorte ou de légion parmi les démons :

« Nous pourrions connaître les dignités des Mauvais Esprits par ces mêmes Tables des Caractères et Images. Car un Esprit quelconque, à qui est attribué quelque emblème ou instrument, possède par lui-même quelque dignité. Si c’est la couronne, ceci indique la dignité royale, si c’est la crête, le duché, etc… »

Le lamaïsme tibétain donne au Coq, le symbolisme de la luxure, et l’iconographie chrétienne également. Elle y ajoute en plus celui du péché d’orgueil.

Le Coq annonce par son cri le retour prochain du Soleil, comme la venue de l’Antéchrist annoncera celui du Christ Glorieux. C’est le Coq qui est le guetteur des sabbats de sorcellerie, prévenant les officiants des rites noirs, de la venue de cette lumière physique qui dissoudrait par ses rayons l’essence psychique et occulte des sortilèges.

Et dans l’épisode du reniement de Pierre, il est bien là l’incarnation de l’Accusateur par excellence, ce Coq solitaire qui, du sein du Temple, mystérieusement, fait éclater son cri vainqueur dès que Pierre, pour la troisième fois, a renié son Maître…

  

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Et c’est pourquoi tout le mystère demeure, et du choix de cet oiseau, si chargé de symbolisme maléfique pour l’Israël ancien, et de sa présence dans le Temple du Seigneur, à Jérusalem. A moins qu’on ne l’associe aussi à celui du « potier », de cet Ouvrier-en-Argile que nous avons tenté en ces pages, de mettre en évidence, et qui avait logiquement sa place dans un sanctuaire conçu pour être l’image ésotérique de l’Univers…

On ne saurait exciper rien de sérieux de la présence du Coq en haut des clochers de nos églises d’Europe occidentale. Ceci n’est pas antérieur à l’architecture gothique, c’est-à-dire au Moyen Age. Les églises byzantines, puis romanes, qui sont les plus anciennes églises chrétiennes, n’en eurent jamais. Or, les « bâtisseurs » médiévaux de nos cathédrales avaient conservé certains rites athropoïques de fondations. C’est ainsi qu’ils avaient coutume, au début des fouilles, de sacrifier de nuit un coq au centre de celles-ci. Et le sacrifice d’un coq, généralement noir, d’ailleurs (en Grèce, les victimes sacrifiées à Hadès, étaient noires), figure dans les grimoires de la sorcellerie des campagnes, comme un hommage aux puissances souterraines. C’est d’ailleurs pourquoi, et sans doute par prudence, l’Eglise catholique impose que le Coq d’un clocher soit béni et contienne toujours des reliques.

Les anciens Gnostiques, eux, ne s’y étaient pas trompés, qui représentaient le Démiurge, qu’ils nommaient l’Abraxas (en grec, ce mot a pour valeur numérale 360, nombre des « cieux » créés par le Démiurge) sous la forme d’un Serpent à tête de Coq.

Les évangiles apocryphes gnostiques

D’autres évangiles furent écrits qui, eux, n’étaient pas intéressés à décrire des faits de la vie de Jésus en les rehaussant par l’imaginaire. Abstraits, portés sur la spéculation intellectuelle, ils sont marqués par une doctrine précise et ils comptent parmi les écritures sacrées d’un mouvement religieux dont l’importance fut grande aux premiers siècles de notre ère : la gnose.

Qu’est-ce que la Gnose ?

« Qui sommes-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où avons-nous été jetés ? Où allons-nous ? » (Théodote, maître gnostique du IIe siècle). 

 

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La gnose est centrée sur la recherche et la réalisation d’une connaissance (gnôsis en grec) qui illumine subitement l’homme en lui révélant à la fois qui il est, quelle est sa condition dans le monde et quel lien l’unit à Dieu. Cette connaissance totale offre à celui qui l’obtient un salut immédiat et définitif.

  

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La doctrine de la gnose s’est répandue, animée par divers courants, entre les IIe et IVe siècles, dans l’Empire romain. A cette époque règne une forte tension intellectuelle, où se croisent des idées venant d’Orient comme d’Occident. Le problème de l’homme, de son rapport au monde et à Dieu est au cœur de la réflexion religieuse. Si le judaïsme, le christianisme et le paganisme dominent la scène, d’autres courants de religiosité cherchent par différentes voies – cultes à mystères, magie ou expérience mystique – un contact direct et personnel avec Dieu. C’est dans ce creuset syncrétiste que s’inscrit la pensée de ceux qui partagent les idéaux de la gnose, les gnostiques (en grec, gnostikoi, « ceux qui connaissent »).

Les lieux où elle s’est développée sont les grands centres culturels de l’époque, Alexandrie, en Egypte, Edesse et Antioche, en Syrie, et bien sûr Rome. L’Asie Mineure a été également un foyer de la pensée gnostique. A partir de ces grands centres cosmopolites, la gnose s’est frayé un chemin dans l’Empire tout entier, portée par des penseurs qui firent de la propagande pour leurs idées et fondèrent des écoles de pensée.  

L’univers, une prison planétaire

« Les âmes ont été réduites en esclavage par le premier père (le démiurge) et, ainsi, elles ont été enfermées dans les prisons des corps façonnés jusqu’à l’achèvement de l’éon » (traduction de M. Tardieu, in Ecrit sur les origines du monde, Nag Hammadi, codex II, 5). 

 

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L’un des fondements de la pensée gnostique est que l’univers n’est pas l’œuvre d’un dieu bon, mais qu’il a été créé par un dieu second, malhabile et méchant. En langage gnostique, ce dieu inférieur est appelé le démiurge (du grec demiurgos, « façonneur »). Aidé par ses anges mauvais, les archontes (du grec archon, « chef »), celui-ci a doté l’homme d’un corps qui lui tient lieu de prison, puis l’a placé dans une geôle encore plus effroyable, l’univers, gardée par des implacables surveillants planétaires qui en contrôlent chaque rouage.

  

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Par cette approche mythique, la gnose aborde le problème du mal, ancré dans toute pensée religieuse ou philosophique et tente de lui apporter une réponse. L’introduction d’un dieu second lui permet de situer l’origine du mal en dehors de l’entité divine supérieure. Toutefois, dans la gnose les deux dieux ne sont pas sur le même plan, le démiurge étant inférieur au dieu suprême, et les systèmes gnostiques ne sont pas véritablement dualistes.  

Le démiurge a fait de l’homme son esclave, le rendant en même temps esclave de son corps, des passions qui le déchirent, de la sexualité et aussi du cycle des générations. Mais il l’a fait avant tout esclave de l’ignorance qu’il l’a rendu aveugle, lui empêchant de distinguer le vrai du faux et de prendre conscience de lui-même. Car l’homme, empêtré dans un corps de chair, possède toutefois un esprit ou une étincelle de connaissance, qui lui vient du dieu transcendant : si l’homme est capable de revivifier en lui cette part de lumière et de la dégager de l’oubli, il peut regagner ses origines divines en se libérant de l’emprise du démiurge.

  

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Le démiurge créateur et le Dieu transcendant

« La matière blesse les yeux de l’âme voulant l’aveugler […]. En secret son fiancé lui a apporté la raison (en grec, logos). Il le lui a donné dans la bouche, pour qu’elle en mange comme d’une nourriture et il a appliqué le logos sur ses yeux comme un collyre pour qu’elle puisse voir avec son intellect et qu’elle reconnaisse ceux qui appartiennent à sa race » (Discours véritable, Nag Hammadi, codex VI, 3, 22-30).

  

L'Architecte et Néo Matrix-01

 

  


 

 

Dans beaucoup de systèmes gnostiques, le démiurge créateur est identifié au dieu de la Bible. C’est lui le geôlier qui enserre l’homme dans les liens pesants de la création pour qu’il oublie le Dieu transcendant dont il est issu. Cette interprétation très polémique du Dieu biblique a entraîné de la part des gnostiques le refus des Ecritures bibliques, inspirées selon eux par le démiurge mauvais. Le récit consigné dans le livre de la Genèse est interprété par les gnostiques comme une histoire de tromperie à l’égard de l’homme, et le serpent devient, dans cette relecture, un symbole de la connaissance que le démiurge refuse d’octroyer à l’homme. En revanche, c’est au dieu supérieur, un dieu parfaitement bon et infiniment éloigné – les gnostiques le nomment l’Inconnaissable – que doivent tendre ceux qui ont pris conscience à la fois de leur condition humaine et de leur origine divine. Les gnostiques, en se reconnaissant comme des étrangers au monde et des exilés sur terre, auront comme seul but de retrouver leur patrie céleste : une patrie de joie, de repos et de lumière où l’être humain, rendu à lui-même, s’épanouira totalement, après s’être dégagé du carcan de l’histoire et du temps. Ceux-ci ne font pas partie de l’économie divine, mais sont les manifestations d’un destin implacable, voulu par les puissances mauvaises dans le but de séparer l’homme de Dieu.

La gnose, une doctrine d’élite

« Peu d’hommes sont capables d’un tel savoir : il n’y en a qu’un sur mille, deux sur dix mille. Leurs mystères ne doivent absolument pas être divulgués mais gardés secrets dans le silence » (Extrait de Basilide, selon Irénée de Lyon, Contre les hérésies, I, 24, 6).

« [Parole de Jésus] Je vous choisirai un sur mille et deux sur dix mille et ils se tiendront étant un seul » (Evangile selon Thomas, Nag Hammadi, codex, II, 2, logion 23).

  

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Cette doctrine fondée sur la connaissance a un aspect profondément élitiste : la gnôsis n’est pas pour tous : seuls ceux qui parviennent à retrouver en eux-mêmes une étincelle de lumière, unique signe de leur appartenance d’antan au royaume céleste désormais perdu, peuvent se pénétrer de la connaissance.

La lumière de la connaissance provient d’une révélation. Chez les gnostiques de culture chrétienne, cette révélation se fonde sur des paroles secrètes que le Christ aurait transmises à quelques disciples privilégiés. Marie-Madeleine, Jean, Jacques, Thomas, Philippe et même Judas ont été, selon eux, les dépositaires de paroles de vérité qui furent consignées par les écrivains de la gnose en des écrits de teneur ésotérique. 

 

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Ces écrits doivent rester cachés au plus grand nombre et ne peuvent être approchés que par ceux qui ont entrepris une quête intérieure. Ce sont donc des « apocryphes », au sens premier du terme (« caché », « secret », du verbe grec krupto, « cacher »).

Puisqu’ils se considéraient comme les héritiers et les détenteurs d’une connaissance supérieure communiquée par le Christ lui-même, certains gnostiques se proclamaient les « vrais chrétiens » et considéraient avec mépris les fidèles de l’Eglise officielle qui était en train de se constituer et de se consolider comme une structure unitaire au IIe siècle. Tertullien de Carthage, un polémiste chrétien qui lutta à cette époque contre les gnostiques, s’exprime ainsi : « Ils nous qualifient de « simples », et de simples uniquement, sans nous reconnaître aussi la sagesse ; comme si la sagesse était nécessairement dissociée de la simplicité alors que le Seigneur les rapproche l’une de l’autre : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes » (Matthieu, 10, 16) » (Contre les valentiniens, II, 1). Les valentiniens sont des groupes issus de l’enseignement de Valentin, maître gnostique d’origine égyptienne du IIe siècle).

  

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Cette prétention de supériorité déclencha la réaction de l’Eglise : le christianisme se voulait une religion universelle, transmettant par le Christ le message destiné à tout le monde, sans distinction de race, de culture ou d’appartenance sociale. La religion gnostique n’est, en revanche, que pour une minorité d’élus qui ont retrouvé en eux-mêmes la voie de la connaissance. Cette connaissance est par ailleurs actualisée et l’homme peut l’atteindre déjà dans sa vie. De plus, du moment que cette gnôsis résulte d’une recherche intérieure à la fois intellectuelle et mystique, l’intermédiaire d’une structure et d’une hiérarchie (l’Eglise, par exemple) se révèle inutile aux fins de sa réalisation.  

Une gnose ou des gnoses ?

Le mouvement de pensée que l’on définit habituellement comme gnose ancienne ou gnosticisme se situe historiquement entre les IIe et IVe siècles. Néanmoins, le terme de gnose peut s’appliquer à diverses formes de pensée centrées sur l’idéal de la connaissance : le manichéisme, le mandéisme ou la kabbale, par exemple, sont des formes de gnose.

Une doctrine revêtue de mythes

La religion gnostique a souvent eu recours au mythe pour exprimer une doctrine construite sur l’opposition entre le monde céleste et l’univers terrestre, les deux dimensions où s’inscrit l’aventure existentielle de l’homme. Des récits hauts en couleur, foisonnants de personnages appartenant au monde d’en haut (Dieu et sa cour céleste), d’une part, et au monde d’en bas (le mauvais créateur et ses troupes démoniaques), d’autre part, permettent de mieux véhiculer une pensée aux contours très abstraits et, dans un certain sens, de la visualiser pour favoriser sa compréhension de la part des adeptes. En lisant certains textes, on pourrait même envisager qu’ils fussent destinés à une représentation théâtrale.

  

La Porte de Jade

 

Le mythe fondateur de la pensée gnostique est un mythe d’exil, coulée dans une épopée tragique et grandiose dont la principale protagoniste est Sophia (terme grec signifiant « sagesse »). Sophia est la dernière entité du monde céleste, que le Père a articulé en une série d’émanations (les éons) allant par paires, mâle et femelle. Insatisfaite de son statut et en quête de nouvelles dimensions, Sophia abandonne le monde parfait d’en haut, le plérôme (terme grec signifiant « plénitude »), mais elle chute vers le bas, et sa chute entraîne dans une série de tableaux successifs, la création, l’imperfection et la mort. 

 

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Elle donne aussi naissance à un avorton ignorant, privé de père, le démiurge, qui s’attellera à la création. Celle-ci portera la marque de son incapacité. Consciente de son erreur, exilée dans un univers défaillant qu’elle a elle-même contribué à faire exister, Sophia prend conscience de sa déchéance et supplie son Père céleste de la ramener dans sa patrie perdue. Apitoyé par tant de souffrance, le Père lui envoi du ciel un sauveur ; grâce à lui, Sophia entreprend le chemin du retour au bout duquel elle retrouvera sa demeure d’antan. 

 

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Les hommes et les femmes adeptes de la gnose revivent sur leur scène intérieure ce mythe de chute et d’exil que les écrivains gnostiques ont décliné sous des formes littéraires variées. Les acteurs en sont l’âme, perdue, dévoyée, et l’esprit, son double céleste par qui va se réaliser le salut. On décèle, par exemple, cette trame existentielle dans un poème des gnostiques naassènes, où l’on décrit l’âme perdue dans un labyrinthe sans issue, faisant appel, dans son effroi, à un Sauveur qui viendra la délivrer. On dégage ce même canevas mythique dans le Chant de la perle où sont contées les aventures d’un prince, fils des dieux, qui descend dans le pays d’Egypte pour s’approprier une perle tombée dans la gueule d’un dragon. Pris d’ivresse et de torpeur, symboles des liens corporels, le prince passe à travers toutes sortes d’épreuves avant de reconquérir la perle, l’âme, et retourner à son royaume d’origine. Une même structure mythique apparaît dans un conte gnostique qui voit l’âme comme une prostituée dans les bras de ses amants, les passions. Dans la souffrance, elle aspire à sa virginité antérieure et à son véritable époux, l’esprit. Sous un mode davantage philosophique, on dégage le même thème de l’exil dans un traité initiatique intitulé l’Etranger, où le protagoniste du même nom remonte les paliers de l’intellect pour parvenir, au terme de sa quête, à l’Un.  

 

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La réaction des autorités chrétiennes : la gnose comme hérésie

La gnose, qui abordait soit par des fresques mythiques, soit par une approche philosophique des questions de théologie, de cosmologie et d’anthropologie, provoqua la réaction des Pères de l’Eglise : prenant violemment position contre une doctrine qu’ils taxèrent d’hérétique, ils composèrent des œuvres de réfutation de la pensée gnostique en rappelant en même temps la « règle de vérité » qui régit l’Eglise et la validité de la succession apostolique mise en cause par les gnostiques. Le mépris du Dieu créateur de la Bible, le refus des Ecritures bibliques, la haine de l’univers et du corps, ainsi que la prétention de posséder une connaissance allant au-delà de celle transmise par l’Eglise furent parmi les points qui suscitèrent la mise au ban de la gnose. De plus, la gnose représentait un danger réel pour l’implantation de l’Eglise, car son haut niveau intellectuel était en mesure d’emporter l’adhésion d’un public cultivé et soutirait des fidèles aux rangs des chrétiens.

  

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Les renseignements contenus dans les ouvrages des Pères de l’Eglise, qu’on appelle aussi hérésiologues, sont précieux, car, au-delà de la relecture polémique des sources gnostiques, ils nous en fournissent des extraits. Ces sources de deuxième main étaient les seules dont l’on disposait, jusqu’à une période récente, pour entendre la voix des gnostiques. En effet, la plupart de leurs écrits furent détruits par la répression organisée non seulement par l’Eglise, mais aussi, au IVe siècle, par l’Etat romain, qui abandonna progressivement le paganisme pour le christianisme.

Des ouvrages de controverse, des « réfutations », furent écrits par les représentants de l’Eglise officielle qui se trouvèrent confrontés au problème de l’unité de l’Eglise. Irénée, évêque de Lyon, écrivit entre 180 et 185 un monumental ouvrage, Contre les hérésies. Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur. Une réfutation de toutes les hérésies fut écrite par le Pseudo Hippolyte au début du IIIe siècle. Epiphane, évêque de Salamine de Chypre, composa vers 375 le Panarion (terme grec signifiant « boîte à médicaments »), où il proposait les antidotes aux morsures de serpents, entendons les doctrines gnostiques. Tertullien de Carthage (160-220), Clément (vers 150-200) et Origène (vers 185-253) – les deux grands représentants de l’école d’Alexandrie – eurent aussi maille à partir avec les gnostiques.

Le corps est une prison

Les âmes ont été réduites en esclavage, selon le sort qui est le leur, par le premier père et ainsi elles ont été enfermées dans les prisons des corps façonnés jusqu’à l’achèvement de l’éon (Ecrit sans titre, NH II,5 114,20-24). 

 

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Il te faut déchirer de part en part la tunique qui te revêt, le tissu de l’ignorance, le support de la malice, la chaîne de la corruption, la geôle ténébreuse, la mort vivante, le cadavre sensible, le tombeau que tu emportes avec toi. […] tel est l’ennemi que tu as revêtu comme une tunique, qui t’étrangle et t’attire en bas vers lui, de peur que, ayant jeté les yeux en haut et contemplé la beauté de la vérité, tu ne viennes pas à haïr la malice de l’ennemi, ayant compris toutes les embûches qu’il a dressé contre toi (Corpus hermétique VII, 2-3). 

 

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Les gnostiques décrivent le corps comme un cachot étroit où l’âme se cogne et suffoque. Le corps est à l’image du monde, geôle infernale où l’humanité se perd comme dans un labyrinthe.

Nous voici plongés au cœur d’un des soucis fondamentaux de la doctrine gnostique : le problème du Mal. 

 

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Le démiurge et les archontes

Dire que le monde est Mal implique que son créateur l’est tout autant. En effet ce n’est pas un dieu de vérité, infiniment bon, qui aurait pu créer cet univers, infiniment mauvais. 

 

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Pour appuyer ce constat, les gnostiques attribuent la création du monde et de l’homme à un deuxième dieu : le démiurge. Sa puissance n’égale pas celle du dieu de vérité (le gnosticisme n’est pas un système aussi radical que le manichéisme), mais suffit toutefois à couvrir de son aile noire l’histoire de l’humanité.

  

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Dans le mythe gnostique, le démiurge (du grec demiurgos, créateur) est fils de Sophia, le dernier des éons célestes, qui voulut engendrer sans son partenaire. Sophia, tombant hors du plérôme, engendre la matière et donne naissance à un avorton monstrueux, fou d’orgueil, pétri de malice qui lui échappe bientôt des mains. Cette créature possède néanmoins un faible rayon d’intelligence, que sa mère lui a légué.

  

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Les gnostiques identifièrent le démiurge au dieu de l’Ancien Testament : leur récit de la création reprend, en le bouleversant, celui du livre de la Genèse. Selon les systèmes, le démiurge assume des noms différents, qui tous évoquent le dieu des juifs. On l’appellera ici Yaldabaoth, suivant le récit du Livre des secrets de Jean. Ejecté dans la matière, Yaldabaoth s’essaie à la création. Tout d’abord, il façonne les archontes. Ce sont des puissances néfastes qui vont le seconder dans un deuxième acte de création : celle d’Adam, le premier homme.

La création d’Adam

Ayant vu se refléter dans l’eau une image du dieu supérieur, Yaldabaoth et ses sept principaux archontes décident de la reproduire, en façonnant le premier homme. Les archontes en modèlent d’abord l’âme, dans laquelle ils insufflent chacun une substance. Adam reçut ainsi une âme d’os, une âme de nerf, une âme de chair, une âme de moelle, une âme de sang, une âme de peau et une âme de poil.

  

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Toutefois, cet assemblage ne tient pas debout. Adam rampe misérablement, témoignant ainsi de l’inaptitude de ceux qui l’ont créé. Recourant à la ruse, Sophia, apitoyée, amène son fils Yaldabaoth à souffler sur Adam le peu d’esprit de lumière qu’elle lui avait transmis. Le démiurge perd ainsi son pouvoir, tandis qu’Adam l’acquiert et surgit à la vie. Conscient de la nouvelle supériorité d’Adam sur lui et les siens, le démiurge n’aura plus qu’un seul but : tuer l’esprit d’Adam. Il ourdit ainsi un complot dont le premier acte est la création d’un corps. Celui-ci étouffera dans sa lourdeur le premier homme.

  

Le Jardin des Délices Adam et Eve de Jérôme Bosch-v04

 

Trois cent soixante-cinq anges s’attellent à la création du corps d’Adam, dont chacun façonne un membre. Détaillant chaque membre d’Adam, l’auteur du Livre des secrets de Jean dissèque l’engrenage monstrueux qu’est la machine du corps.

  

Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch-v01

 

Une tétrade d’archontes fournit à Adam les passions : plaisir, désir, douleur, peur. De celles-ci découle tout ce qui est mal. Quatre éléments forment la substance d’Adam : terre, eau, feu, vent. Par leur biais, le premier homme est situé « sous la coupe de la matière, dans l’ombre de la mort, dans l’ignorance de la ténèbre et du désir, dans le tombeau de l’assemblage du corps que les brigands (les archontes) ont imposé à l’homme comme une chaîne d’oubli qui a rendu Adam mortel » (NH II,1 21,4-13). Les archontes placent alors Adam dans le paradis. Ainsi se réalise la première étape du complot des archontes : donner la vie à Adam a signifié lui donner la mort.

La tromperie

A partir de ce moment s’agence une colossale tromperie à laquelle n’échappe aucun aspect de la vie sur terre. Son but est de séduire l’homme et son arme, la sexualité. Conçue comme une souillure, la sexualité va gouverner non seulement l’homme mais le système cosmique tout entier. La matrice de la nature, fécondée par le sperme des démons, constitue le théâtre où se joue l’action dramatique de l’humanité (l’expression est tirée de la Paraphrase de Sem, NH VII, 1). L’apparition de la sexualité consolide les lourdes chaînes d’Adam. Eve, sa compagne, est séduite par le premier archonte, le serpent, qui « enseigna à Adam et Eve à manger de la procréation dépravée du désir » (Livre des secrets de Jean, NH II,1 22,12-15).

  

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Ainsi se déclenche le processus des générations humaines qui, à l’instar d’Adam, soumet l’humanité tout entière et forme la charpente de l’histoire. En effet, jusqu’à maintenant a continué le commerce sexuel causé par le premier archonte, car il a semé une procréation de désir dans celle qui appartient à Adam et par le commerce sexuel il a créé une descendance en forme de corps et il l’a munie de l’esprit de contrefaçon » (NH II,1 24,26-33). 

 

Les 7 péchés capitaux de Jérôme Bosch-v01

 

La notion de l’esprit de contrefaçon (en grec, antimimon pneuma) est typique de la pensée gnostique : il s’agit d’une force maléfique qui, par le biais de l’apparence et le pouvoir de l’illusion, opère une inversion de valeurs et transforme la réalité en mensonge et le mensonge en réalité. Ainsi, l’être humain, perdant tout repère, interprétera son ignorance comme une connaissance et n’essaiera pas de percer l’illusion de l’univers qui l’entoure.

Le feu de la ténèbre, contrefaçon de la lumière, égare les âmes. Le Livre de Thomas, l’Athlète explique que : « ce feu est trompeur car il donne aux hommes une illusion de vérité et les faits prisonniers d’une douceur ténébreuse » (NH II,7 140,21-24). 

 

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Cette illusion débouche sur la folie :

« Vous riez et vous vous réjouissez dans les rires de la folie […] vous ne comprenez pas que vous êtes dans la ténèbre et la mort. Eh bien, c’est du feu que vous êtes enivrés, votre cœur est égaré […] et ils vous sont doux le poison et les coups de votre ennemi. Les ténèbres vous sont apparues comme si elles étaient la lumière » (NH II,7 143,23-31).

Le traité des Enseignements de Silvanos va dans le même sens ; en proie au mirage de l’illusion, l’homme poursuit la ténèbre en la prenant pour la lumière, il boit de l’eau croupissante, convaincu qu’elle est pure. Il n’a pas reconnu la tromperie de l’Ennemi qui s’est présenté comme un ami » (NH VII,4 88,30-35 ; 95, 12-15). 

 

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Le mécanisme par lequel le faux a remplacé le vrai est décrit par l’Evangile selon Philippe : « Les noms donnés aux choses terrestres sont trompeurs, car ils détournent nos pensées de ce qui est vrai vers ce qui est faux » (NH II,3 53,54-26).

Les archontes ont jonglé avec les noms pour bâtir leur empire :

« Ils voulurent tromper l’homme car ils virent qu’il était apparenté avec ceux qui sont réellement bons. Ils prirent donc le nom de ceux qui sont bons et le donnèrent à ceux qui ne le sont pas : par les noms, ils trompent l’homme. […] ils voulaient en effet annuler la liberté de l’homme et en faire leur esclave pour toujours » (NH II,3 54,19-31).

La création du destin et du temps

Les archontes ne se contentent pas d’avoir emprisonné Adam dans un corps. Pour que leur système carcéral soit parfait, ils créent le destin et ils inventent le temps. Ce dernier va scander avec les jours, les mois et les années le rythme de l’esclavage de la race humaine. Chaque division du temps est réglementée par un archonte. Le destin, que les gnostiques appellent heimarménè, est conçu comme la fatalité oppressive qui se fonde sur le mécanisme du temps et de l’espace. Résultat d’un acte adultère commis par les archontes avec leurs compagnes, le destin est le cadre où se déroule l’histoire de l’humanité :

 

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« Il est source de tourment, à lui se sont mêlés jusqu’à ce jour les dieux, les anges et les démons et toutes les générations. Du destin découle toute iniquité, toute violence, tout blasphème et la chaîne de l’oubli et de l’ignorance, ainsi que tout commandement, les péchés graves et une grande peur. Ainsi, la création est devenue aveugle, de façon que les hommes ne puissent pas connaître le Dieu qui est au ciel » (Le Livre des secrets de Jean, NH II,1 28,21-29).

Eloigner l’homme de Dieu est donc la finalité du complot des archontes : enseveli dans l’oubli, il lui faudra parcourir un long chemin pour échapper à l’illusion et recouvrer la réalité.

La conception de l’histoire et du temps

De ce tableau mythique découle un des fondements de la pensée gnostique : le temps, et l’histoire qui s’égrène en lui, n’ont aux yeux du gnostique aucune valeur car ils ne rentrent pas dans l’économie divine. Dieu, en effet, n’a pas créé le monde. Son intervention dans l’histoire aura comme seul but de sortir l’homme de l’impasse où il se trouve, de « briser l’histoire en morceaux et la révéler comme une imposture ». On peut mesurer l’écart qui sépare la pensée gnostique de la pensée chrétienne où l’histoire, voulue par Dieu dans un monde créé par lui, a une valeur rédemptrice, prépare l’avènement du Christ et le salut de l’homme.  

 

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L’âme en captivité

Le lot d’Adam emprisonné dans la matière est également celui de chaque âme. Les auteurs gnostiques ont longuement décrit ses aventures tragiques en ce monde. Pour ce faire, ils ont souvent adopté la formule du conte romanesque. Ce genre littéraire accroche l’attention du lecteur en lui communiquant, sous des formes imagées, un message qui doit être pour le gnostique une règle de vie : mépriser le monde, redécouvrir l’esprit enfoui dans la matière. Un écrit de Nag Hammadi, le Traité de l’interprétation sur l’âme (NH II, 6 : abréviation IntAme) est entièrement consacré au récit des aventures de l’âme. 

 

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L’auteur joue sur le registre sexuel pour décrire les affres de l’âme, qu’il présente sous les traits d’une femme. Il conte la brusque chute de l’âme du royaume divin où, vierge et androgyne, elle se tenait à côté du Père. Elle se retrouve alors incarnée dans un corps, source de tous ses malheurs : « Quand elle tomba dans un corps et vint dans cette vie, alors elle échoua au milieu d’une foule de brigands et d’hommes orgueilleux qui se la passèrent de main en main et la souillèrent » (IntAme, NH II,6 127,25-29). La chute dans la vie équivaut pour l’âme à un long esclavage sexuel qui l’enchaîne à la prison du corps : violée par les brigands (les archontes), elle se livre à la prostitution ; déçue par ses amants, elle se tourne vers d’autres, qui la séduisent de force ou la convainquent avec des présents trompeurs. D’autres encore la contraignent à s’accoupler avec eux et font d’elle leur esclave. De ces unions souillées naissent des enfants : ils sont débiles et portent en eux la marque de l’acte adultère accompli par leur mère. 

 

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Le résultat de l’avilissement de l’âme est l’oubli de ses origines célestes et par conséquent l’ignorance : aveuglée par la matière, l’âme, à l’instar d’Adam, ne connaît plus que les limites étroites de son cachot.

Il y a tout de même un espoir de salut qui se fait jour dans la ténèbre de la prison. Dans l’IntAme, il débute par une prise de conscience : l’âme se rend compte de sa déchéance et se repent. Désespérée, elle invoque, dans une lucidité retrouvée, le Père d’en haut, qui répondra à son appel. L’âme alors se souvient : de sa maison céleste, de son unique époux d’antan et de son père. Le long chemin du retour peut alors commencer.

Une situation analogue est contée dans l’Hymne de la perle. Il s’agit d’un poème allégorique conservé dans les Actes de Thomas en grec et en syriaque. L’âme revêt ici les traits d’un jeune prince qui quitte son palais d’Orient, investi par son père d’une mission périlleuse : se rendre dans le pays d’Occident et ramener une précieuse perle sur laquelle veille un dragon. Sous le voile de l’allégorie, la perle représente l’étincelle lumineuse enfouie dans la ténèbre et gardée en captivité par les archontes. Le voyage du jeune prince se transforme bientôt en cauchemar : les archontes, qui sont appelés ici les Egyptiens – l’Egypte est un symbole négatif par excellence dans les spéculations gnostiques – trompent le jeune homme, en lui offrant de la nourriture et de la boisson qui le font sombrer dans un lourd sommeil.  

 

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L’esclavage de l’âme, qui était symbolisé dans le Traité de l’interprétation sur l’âme par les liens du sexe, est exprimé ici par une autre gamme de tons qui vont du sommeil à l’ivresse, à l’intoxication. Le résultat est le même : l’oubli. Le prince dit :

« J’oubliai que j’étais le fils des Rois et je servis leur roi. J’oubliai la perle au sujet de laquelle mes parents m’avaient envoyé. A cause de la lourdeur de leurs nourritures, je tombai dans un sommeil profond ». (v. 34-35 de la version syriaque).

Un événement toutefois tire le prince de sa détresse. Ce n’est pas, en ce texte, une prise de conscience de l’âme qui s’adresse à Dieu, mais un appel venant d’en haut qui a le pouvoir de réveiller le prince et d’éveiller sa conscience. Dans le langage imagé du poème de la perle, cet appel prend la forme d’une lettre envoyée au prince par ses parents royaux :

« Réveille-toi et lève-toi de ton sommeil. […] souviens-toi que tu es fils de rois, prends conscience de ton esclavage et du maître auquel tu es asservi. Souviens-toi de la perle à cause de laquelle tu t’es rendu en Egypte (v. 43-45).

La lettre s’envole, transformée en aigle, et parvenue auprès du prince, elle devient parole :

« Au son de sa voix je me réveillai et je me levai de mon sommeil » (v. 53).   

La chambre nuptiale

L’un des principaux thèmes de l’Evangile selon Philippe est la réunification de l’âme et de l’esprit dans une « syzygie » (terme grec signifiant « paire ») céleste, mâle et femelle à la fois. Dans ce couple idéal, l’âme s’unit à son « moi » véritable. Le mythe valentinien de Sophia s’unissant à son partenaire d’en haut, le logos (l’Intellect), a sans doute influencé l’Evangile selon Philippe, même si on n’y fait pas une référence explicite. L’imagerie du mariage, avec son cortège d’allégories, est au cœur du traité. Symbole de la plénitude céleste, le mariage en porte les caractéristiques, car il est à la fois connaissance et vérité, en opposition à l’ignorance et au mensonge qui marquent le monde de leur sceau. Le mariage est aussi symbole de liberté, son accès étant réservé aux hommes libres et interdit aux esclaves : « La chambre nuptiale n’est pas pour les animaux ni pour les esclaves ni pour les femmes souillées, mais elle est pour les hommes libres et les vierges » (69, 1-4).  

 

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Le concept d’hommes libres et d’esclaves doit être compris dans l’optique gnostique : esclaves sont ceux qui sont soumis aux lois du démiurge, sous l’emprise de la sexualité et du lien au corps, libres, en revanche, sont ceux qui en ont compris la tromperie et marchent sur le chemin de la gnose. La liberté découle de la vérité : « Si tu connais la vérité, la vérité te rendra libre » (cf. Jean 8, 32 : 84, 8-9). Ce mariage est aussi un symbole de chasteté, car il est spirituel et non charnel, il dépasse en la niant l’union sexuelle tout en empruntant son langage. Plus encore, ce mariage est un mystère (mysterium), car il appartient à une dimension qui n’est pas celle des hommes.

  

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« Si le mariage de la souillure est caché, en revanche, ce mariage pur de toute tache est un mystère authentique. Il n’est pas charnel, mais il est pur. Il n’appartient pas au désir, mais à la volonté. Il n’appartient pas aux ténèbres et à la nuit, mais au jour et à la lumière » (82, 2-10).

L’union entre l’épouse et l’époux dans la chambre nuptiale porte au rétablissement de l’androgynie. Par l’union spirituelle, mâle et femelle deviennent un, et il n’y aura plus ni mâle ni femelle, mais un seul être. Si la métaphore du mariage a permis de concevoir l’idée d’une sexualité spirituelle, celle-ci, à son tour, est annulée dans l’union mystique de l’androgyne.

Une séparation porteuse de mort

Cette union porte remède à la séparation entre l’homme et la femme, advenue quand l’élément femelle tomba dans la matière, selon le mythe de Sophia. La séparation mena à l’avènement de la mort, comme l’explique l’Evangile selon Philippe par l’interprétation d’une image biblique : Adam et Eve, qui étaient unis l’un à l’autre au paradis, étaient dans l’unité et la connaissance mais, une fois séparés en deux êtres différents, ils connurent la mort et l’état d’ignorance : « Lorsque Eve était en Adam, la mort n’existait pas. Quand elle se fut séparée de lui, la mort survint. Si, à nouveau Eve rentre en lui et s’il la prend en lui, la mort n’existera plus » (68, 22-26). Au mythe des origines répond l’histoire de l’humanité : « Si la femme n’était pas séparée de l’homme, elle ne serait pas morte avec l’homme. Sa séparation a été à l’origine de la mort » (70, 9-12).  

 

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C’est le Christ qui efface la séparation  « C’est pourquoi le Christ est venu corriger la séparation qui existait depuis le début, en les réunissant tous deux, homme et femme, et vivifiant dans l’union ceux qui étaient morts dans la séparation » (70, 12-17).

« Le monde est un mangeur de cadavres et tout ce qui est mangé en ce monde meurt aussi. La vérité est une mangeuse de vie et personne nourrie de vérité mourra. Jésus est venu de ce lieu-là et en a apporté de la nourriture. Il a donné la vie à ceux qui le désiraient, pour qu’ils ne meurent pas » (73, 19-27).

Des sacrements réels ou des signes symboliques ?

L’Evangile selon Philippe prête un grand intérêt à des moments rituels qu’on peut appeler sacrements : « Le Seigneur fit toute chose dans un mystère : baptême, onction, eucharistie, rédemption et chambre nuptiale » (67, 27-30). Sur le dernier de la liste se sont interrogés tant les Pères de l’Eglise que les spécialistes de la gnose : le sacrement de la chambre nuptiale avait-il une seule valeur symbolique et spirituelle ou était-il mis en pratique dans les groupes gnostiques ?

« Le mystère du mariage est grand. Sans lui, le monde n’existerait pas. L’existence du monde dépend des gens, tout comme l’existence des gens dépend du mariage. Réfléchis sur la puissance qui réside dans l’union pure, même si son image (charnelle) est souillée » (64, 31-35, 1).

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Orphée - dans Esotérisme & Gnose