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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:21

L’Episode du Jardin d’Eden

 

le Serpent, tentateur ou initiateur ?

 


 

Adam-et-Eve

 

 

 

Le Jardin d’Eden n’est pas une invention hébraïque, quoi qu’on en pense ! Le mot eden est akkadien, langue proto-hébraïque ou proto-sémitique introduite en Mésopotamie par le peuple d’Agadé ou Akkad qui domina l’ancien royaume de Sumer au cours de la seconde moitié du troisième millénaire avant J.-C. L’Eden est en réalité un concept sumérien signifiant « paradis » ou « plaine ».

 

Des chercheurs qui se sont amusés à rechercher l’endroit où se trouvait jadis ce jardin des délices (en admettant qu’il ait réellement existé) en ont conclu qu’il se situait probablement en Irak actuel, considéré depuis toujours comme le « berceau de la civilisation ». C’est de leur captivité en Mésopotamie que les Hébreux ramenèrent leurs idées de création, de péché, de déluge et de démons. Lors de leur exil, les Juifs découvrirent l’esprit mauvais ou Angra Mainyu (Ahriman en Perse) qui s’opposait à son frère Spenta Mainyu, tardivement identifié à Ahura Mazda, le génie du bien. Angra Mainyu avait choisi le mal consciemment, et par cet acte, avait créé la mort. La lutte perpétuelle de ces « frères ennemis » correspondait au principe zoroastrien (issu du zoroastrisme, religion fondée par Zarathoustra au cours du premier millénaire avant J-C) de deux puissances antagonistes destinées à se combattre éternellement.

 

Le Zend-Avesta est le texte le plus sacré des « Zoroastriens » avec le « Bundahishn ». Ce dernier comprend un mythe créationniste dans lequel une tige de rhubarbe grandit et se divise en deux êtres humains, Masya et Masyanag, père et mère des mortels. Le couple vit dans la pureté jusqu’à ce qu’il soit séduit par Angra Mainyu, l’esprit mauvais, le « Satan » à venir, (ou selon diverses versions par les daevas, génies malveillants, ou les ahouras, les « brillants » disgraciés) qu’il allait désormais vénérer à la place d’Ahoura Mazda, le Dieu du bien. Une fois corrompu, les premiers humains perdent leur pureté originelle. Les Zoroastriens pensaient que cette faute primitive avait marqué à jamais leur descendance.

 

Il existe des ressemblances entre les récits perses et hébreux de la chute originelle, les premiers ayant probablement inspiré les seconds. Pour Zecharia Sitchin, éminent chercheur, auteur de la célèbre « Douzième Planète », les « histoires bibliques concernant la création de la Terre et de la vie, de l’homme, le Jardin d’Eden, le Déluge, la Tour de Babel… étaient des récits écrits pour la première fois par des Sumériens, il y a 6000 ans ! ». Selon Andrew Collins, auteur de l’ouvrage « Nos ancêtres les Anges », les « notions judaïques de la chute de l’homme, du serpent et de la chute des anges dérivent directement ou indirectement des sources zoroastriennes ou pré-zoroastriennes ».

 



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Le serpent de la Genèse comme celui du Bundahishn serait la représentation figurée des daevas ou ahuras ayant séduit l’humanité à l’époque de la chute. Il personnifierait Bélial, Shemyaza ou Azazel, noms donnés au chef des « Veilleurs » dans les récits énochiens ; ces anges déchus qui s’accouplèrent avec des femmes de chair et leur firent des enfants. Examinons ce que révèle « L’Ancien Testament » à propos de l’épisode du Jardin d’Eden et résumons-le brièvement.

 

La Genèse montre le premier couple. Adam et Eve, menant une existence paisible dans un lieu idyllique où tous les animaux cohabitent pacifiquement. Yahvé leur a donné un ordre formel : « De tout arbre du jardin tu pourras manger, mais de l’arbre de la science du bien et du mal tu n’en mangeras pas, car du jour où tu en mangeras, tu mourras ». Genèse II, 16-17. le serpent qui était le « plus rusé de tous les animaux qu’avait faits Yahvé Elohim » dit à la femme : « Est-ce que vraiment Elohim a dit : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ? » la femme lui répond : « Du fruit des arbres du jardin nous pouvons manger, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Elohim a dit : « Vous n’en mangerez pas et n’y toucherez pas, de peur que vous ne mouriez ». Le serpent lui révèle alors : « Vous n’en mourrez pas, mais Elohim sait que, le jour où vous ne mangerez, vos yeux se dessilleront (s’ouvriront) et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal ». La femme voit que l’arbre est « bon à manger », qu’il est « agréable aux yeux et plaisant à contempler ». Elle prend de son fruit et en mange puis le présente à Adam qui le goûte à son tour. Alors, leurs yeux s’ouvrent et ils se rendent compte qu’ils sont nus. Ils cousent des feuilles de figuier et se font des ceintures pour cacher leur nudité.

 

Entendant la voix de Yahvé qui se promène dans le jardin, Adam et Eve se cachent au milieu des arbres. Yahvé Elohim appelle l’homme et lui dit : « Où est-tu ? » Adam répond : « J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché ». Yahvé lui dit : « Qui t’a révélé que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais ordonné de ne pas manger ? » L’homme avoue : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné de l’arbre et j’ai mangé ». Yahvé Elohim dit à Eve : « Qu’est-ce que tu as fait ? » La femme répond : « Le serpent m’a dupée et j’ai mangée » - Genèse III, 8-13. Yahvé Elohim s’adressant au serpent lui dit : « Puisque tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et entre tous les animaux des champs. Sur ton ventre tu marcheras et mangeras de la poussière tous les jours de ta vie ! J’établirai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et sa race : celle-ci t’écrasera la tête et, toi, tu la viseras au talon ». Il avertit la femme : « Je vais multiplier tes souffrances et tes grossesses : c’est dans la souffrance que tu enfanteras des fils. Ton élan sera vers ton mari et, lui, il te dominera ». A l’homme, il dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné un ordre, en disant : Tu n’en mangeras pas ! Maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la souffrance que tu te nourriras de lui tous les jours de ta vie. Il fera germer pour toi épine et ronce et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ton retour au sol, puisque c’est de lui que tu as été prix, car tu es poussière et tu retourneras en poussière ». Genèse III, 14-19.

 



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Yahvé dit ensuite (à qui s’adressait-il ?) : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal ! Maintenant, il faut éviter qu’il étende sa main, prenne aussi de l’arbre de vie, en mange et vive à jamais ». Yahvé Elohim chasse Adam et Eve du Jardin d’Eden pour qu’il cultive le sol d’où il avait été extrait. Il installe à l’Orient du Jardin, les anges Chérubins et la flamme tournoyante de l’épée pour garder la route de l’arbre de vie… Voilà pour l’histoire officielle. Nous verrons que celle narrée par les textes gnostiques est bien différente.

 

En résumé, l’origine de la chute est liée à la faiblesse de caractère dont fit preuve le premier couple face aux séductions du serpent et suite au non-respect d’une injonction divine. Cette faute plongea la race humaine dans le mal. L’homme est toujours corrompu par le délit commis par ses deux parents. Le « Paradis perdu » est devenu le mythe de l’homme déchu. Cette chute est généralement mise en parallèle avec celle de Lucifer et des légions d’anges rebelles. Depuis ces temps reculés où les premiers humains péchèrent, alors qu’ils ne savaient même pas ce qu’était le mal, l’humanité porte le poids d’une faute que rien ne semble pouvoir laver. Mais, était-ce bien une faute ? Une faute se commet en toute connaissance de cause. « Qu’avons-nous à faire d’une faute de nos ancêtres qui n’en était d’ailleurs pas une ? » se demande avec justesse Gérard Messadié, dans son « Histoire générale du Diable ». Nous sommes en droit de nous questionner sur le bien-fondé d’une divinité suprême qui refuse à ses créatures la connaissance du bien et du mal et qui leur dénigre toute possibilité de s’affranchir.

 

Le serpent surgit de nulle part, créé par on ne sait qui, mais porteur d’une interrogation cruciale. Son apparence reste une énigme, même si différents illustrateurs l’ont doté d’une figure humaine et d’un corps de reptile. Peut-on dès lors imaginer ce que la Bible ne nous dit pas ou plutôt ce qu’elle nous cache ? On sait que certains enseignements perses nommaient Angra Mainyu (Arihman), le « vieux serpent qui a deux pieds ! » De toute évidence, le reptile de la Genèse était plutôt de type « lézard » que « serpent », comme l’a figuré en son temps le peintre belge Hugo Van der Goes. Le Haggadah (signifiant littéralement « narration », « écrit » en hébreu) décrit le reptile comme étant grand, avec deux jambes et des pouvoirs mentaux supérieurs.

 

La Genèse révèle que le serpent fut condamné à ramper et à être foulé aux pieds, suggérant qu’avant cette malédiction, il se tenait débout sur ses deux pieds ! Selon R. A. Boulay, auteur de « Serpents et dragons volants », le « Haggadah » révèle aussi que le serpent aurait marché comme un homme et que ses pieds et ses mains furent coupés. Le serpent est l’œuvre de Dieu, comme toutes ses créations, c’est du moins ce que nous pouvons supposer. Ses actes participent donc aux œuvre divines ou pour le moins sont issus de sa volonté. On peut imaginer que le serpent est l’instrument, l’outil dont Yahvé se sert pour réaliser le parachèvement de sa Création. Ayant achevé son ouvrage, ce n’est plus lui qui agit mais un autre être programmé à cet effet. Mais si tel avait été le cas, Yahvé n’aurait pas eut cet accès de rage. Il y a plutôt lieu de penser que le reptile s’est immiscé en secret dans le Jardin. Dans une perspective ésotérique, on peut croire qu’il a incité l’Homme primordial, à travers son principe féminin (dans le dialogue, Eve et le serpent sont seuls. Adam et Yahvé sont absents), à manger le fruit, donc à vivre l’initiation. Le serpent a donné à l’homme les moyens d’atteindre le niveau de conscience nécessaire, à la condition que sa liberté soit employée à bon escient et dans la bonne direction. Si le serpent est un éveilleur, alors l’épisode du Jardin devient une parabole initiatique. N’oublions pas que traduit par le mot hébreu « nahash », souvent interprété comme « serpent », le mot signifie aussi « celui qui résout les secrets… »

 

Il existe une complicité naturelle entre la femme et le reptile, comme en témoignent les multiples représentations des Déesses mères, souvent accompagnées de reptiles. Le serpent fut probablement le premier être créé, la femme fut le dernier. Femme et serpent marquent l’Alpha et l’Omega de la création du règne animal. Dans le symbole de l’Ouroboros, Eve et le serpent se confondent. Rappelons que le mot « Eve » est apparenté au mot hébreu « hève » ou « hava » désignant à la fois la vie et le serpent. L’épisode du Jardin d’Eden n’était pas un rendez-vous fortuit mais un destin savamment programmé. La femme ne sembla d’ailleurs pas surprise de cette rencontre inopinée. A aucun moment, le serpent ne tente de savoir où est Adam ni n’essaye de lui parler. L’Eglise conclut hâtivement que le serpent préféra s’adressa à l’être le plus faible, la femme ! Les artistes donnèrent même à l’animal offrant un fruit à l’homme un visage féminin. Evoquant le rôle du serpent, Josy Eisenberg, auteur du livre « A Bible ouverte » révèle : « Attention ! Le serpent n’est ni le diable ni un menteur. Il n’est pas le diable, car lui aussi est créé par Dieu. Il ne fait ni ne dit rien sans y être autorisé. Il entre dans le jardin. Il ne représente pas la révolte, mais la provocation. Sa démarche est naturelle : les rabbins disent qu’il a bien exécuté son office. L’histoire du monde n’a de sens que si le Serpent peut parler. On doit résister à la tentation : encore faut-il qu’elle existe ! Le Serpent n’est pas non plus un menteur. Il promet à Adam et Eve que leurs yeux s’ouvriront et, effectivement, cette prophétie se réalise : « Et leurs yeux s’ouvriront, et ils surent qu’ils étaient nus ». On peut se demander si le Serpent veut attirer Adam et Eve hors du Paradis – les faire « chuter » ou bien s’il n’est pas un ami qui leur veut du Bien. Le summum du Bien. Peut-on le connaître sans affronter le Mal ? Adam ne connaît que le Bien. Dieu connaît le Bien et le Mal. La tentation, c’est que l’homme accroisse son champ de connaissance en expérimentant le Mal. Peut-être en tirera-t-il bénéfice ».

 



Rubens                          180px-Hans Baldung Grien - Eve, Serpent and Death

 

 

Le serpent ne dissimulait rien de malhonnête. Il n’avait pas été créé « mauvais ». Il était venu éclairer, guider montrer la voie, libérer, jamais égarer. Le serpent est à rapprocher de Judas, qui nous le savons maintenant grâce à la parution de son évangile apocryphe, était un initié qui trahit Jésus à sa demande. La vérité est que le serpent avait été adoré par les Egyptiens et par de nombreux peuples qualifiés de païens, tous des ennemis d’Israël. Il était donc logique qu’il devienne pour les Hébreux et donc pour les Chrétien, qui firent leurs les révélations de L’Ancien Testament, la représentation du mal absolu. Le serpent fut l’instrument nécessaire pour que les énergies de l’univers se condensent et que l’homme entre dans la matière, c’est-à-dire s’incarne. Le seul et unique porteur du bien et du mal et de la liberté de s’en servir, c’est l’homme… mais l’homme conscient, l’homme nourrit du fruit de « l’Arbre de la Connaissance ». Si deux pôles d’attraction et de répulsion ne cohabitaient pas en nous, si nous n’étions pas habité (et entouré) par ce dualisme permanent, nous ne serions que des animaux supérieurs guidés exclusivement par leurs instincts.

 

La secte gnostique des Ophites affirma : « Nous vénérons le serpent car Dieu en a fait la source de la Connaissance pour l’humanité. Ialdabaoth (le mauvais Dieu qui créa le monde matériel et l’homme) ne voulait pas que les hommes puissent retourner à la « Mère » ou au « Père ». C’est le serpent qui, ayant tenté l’homme, apporta la Connaissance, enseigna à l’homme et à la femme la connaissance totale des mystères des Cieux. C’est pourquoi leur père Ialdabaoth (Yahvé) rendu fou de fureur les exila du Paradis ». Hippolyte déclara : « … Personne ne peut être sauvé et relevé sans le Fils (Jésus), qui est le Serpent. Car c’est Lui qui apporta les sources du Père et c’est Lui qui emporte jusqu’aux Cieux ceux qui ont été éveillés de leur sommeil et ont revêtu les attributs du Père ».

 

Chef d’œuvre de la littérature babylonienne, l’Epopée de Gilgamesh, poème datant du 7ème siècle avant J.-C. mais qui puise à des sources bien plus anciennes, rapporte les exploits d’un héros à la recherche de l’immortalité. A la fin de son aventure épique, Gilgamesh apprend qu’au fond de l’océan pousse la « plante de vie ». Le héros plonge sans hésitation dans l’eau et cueille la plante miraculeuse. Malheureusement, lors de son voyage de retour, il s’arrête pour se baigner et un serpent s’empare de son trésor. Le serpent vient d’acquérir à jamais l’immortalité que Gilgamesh convoitait. L’immortalité a souvent été reliée à la connaissance détenue par le serpent. Quand Gilgamesh trouve la plante de vie, il se la fait voler par un serpent qui en partant laisse derrière lui sa peau, témoignant d’une forme d’immortalité, de rajeunissement. Adam et Eve goûtent au fruit du savoir et perdent à jamais l’accès à la vie éternelle. Dans de nombreuses mythologies, le serpent a été le symbole de la guérison et de la renaissance.

 

A ce propos, une série de textes apocryphes narrent ce que notre « Genèse » ignore ou laisse délibérément de côté. Le récit connu sous le nom de « Conflit d’Adam et Eve avec Satan », écrit originairement en arabe (probablement d’origine égyptienne) puis traduit en éthiopien, commence avec le bannissement du couple originel et continue jusqu’aux premières générations adamiques, enchaînant avec la naissance de Caïn et Abel sur laquelle s’ouvre la Genèse 4. Après avoir été éjecté du Paradis et s’être nourris pour la première fois, le couple originel constate que leurs corps ont acquis des « fonctions étranges » et que « toute chair qui a besoin de nourriture et d’eau pour exister, ne peut pas être dans le Jardin ». Il existe une incompatibilité fondamentale entre la nature matérielle des hommes après la chute et la nature de gloire de l’Eden. Dans le texte pseudépigraphique connu sous le nom de « Vie grecque d’Adam et Eve », Seth, voyant son père sur son lit de mort, s’offre de retourner dans le Jardin demander aux anges qui le gardent un fruit donnant la vie éternelle. Averti sur les risques d’une telle désobéissance, Adam décline sa proposition. En Revanche, il prie Seth et Eve d’aller chercher dans les alentours du Jardin un arbre dont « l’huile de pitié » pourrait soulager ses douleurs. Après que Seth se soit fait attaqué par une bête sauvage, il arrive finalement au Paradis et invoque Dieu. L’archange Michael apparaît et lui révèle que « l’huile de miséricorde » ne sera donnée qu’à la fin du monde…

 

Outre la connaissance cachée et l’immortalité, le serpent représente aussi le désir sexuel sinon le membre viril lui-même. Selon le Talmud juif, le diable copula avec Eve. Le « fruit défendu » serait le symbole d’un acte sexuel illicite. Dans la tradition talmudique, la séduction adultère d’Eve par le serpent ne fait aucun doute. Dans le « Talmud Abot » de Rabbi Nathan, le serpent a pour projet de tuer Adam et d’épouser sa femme ! Selon Léon Azkenasi, quand Eve répond « le serpent m’a séduite et j’ai mangé le fruit », le terme hébreu employé signifie en réalité « il a mis sa semence ». Dans le Proto-évangile de Jacques, apocryphe du IIème siècle, Joseph s’interroge : « L’histoire d’Adam se répète-t-elle à mon sujet ? Car tandis qu’Adam faisait sa prière de louange, le serpent s’approcha et surprit Eve, seule. Il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe ». Le mythe d’Eve succombant au charme du reptile est aussi à mettre en relation avec l’ensemble des femmes qui séduites par les Fils d’Elohim de la Genèse, appelés « Veilleurs » dans le Livre d’Enoch, s’unirent à eux, leur firent des enfants et reçurent de leurs amants célestes une connaissance que la divinité suprême se réservait pour son usage exclusif.

 

Notons que la mythologie et la littérature hindoue sont remplies de liaisons sexuelles entre des dieux serpents et l’espèce humaine. L’Inde est aussi le berceau du serpent de la Kundalini (d’après un terme sanskrit, « boucle »), l’énergie primordiale lovée au bas de la colonne vertébrale que l’homme doit réveiller pour atteindre l’illumination libératrice, la fusion avec le Dieu suprême. Cette énergie est figurée sous la forme d’un reptile enroulé sur lui-même trois fois et demi. Le serpent de la Kundalini est pareil à Ananta, le reptile lové à la base de l’axe du monde, gardien du nadir, le point opposé au zénith. Le dynamisme reste engourdi dans les profondeurs du corps humain mais le serpent ne dort que d’un œil. Son réveil est l’objectif principal du Yoga tantrique. Il se réalise par paliers successifs de sept étapes représentant des niveaux d’énergie et de conscience progressifs. En une puissante aspiration ascendante, l’énergie du serpent remonte le long de la colonne vertébrale, libérant au passage les forces subtiles propres à chaque plexus ou chakra pour s’épanouir, s’il y a expérience complète, jusqu’au sommet du crâne, au niveau de la fontanelle, dans le ciel de la conscience divine. Telle une ligne à haute tension, la Kundalini canalise l’énergie provenant de l’union des deux pôles : Shiva, le principe masculin et Shakti, le principe féminin.

 

C’est l’extase absolue, la béatitude suprême. Selon certains, le serpent du Jardin d’Eden révéla à Eve la connaissance de l’arbre, c’est-à-dire de la Kundalini, symbolisée par le « Caducée », un savoir permettant au premier couple de s’affranchir de l’autorité de Yahvé et de retourner à la grande Lumière primordiale.

 



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Les deux Genèses

 

La version des événements telle que décrite dans les textes gnostiques de Nag Hammadi, avec quelques variantes de détails, est confirmée par l’Ancien Testament qui raconte, et cela peu de gens le remarquent, non pas une, mais deux genèses, par deux créateurs différents.



 
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Cette idée avait déjà été exprimée par Brinsley Le Poer Trench, dans son livre « Le Peuple du Ciel » paru en 1960 ; Selon lui, la « première histoire de la création dans la Genèse a trait à l’établissement de l’Age d’Or. La seconde, au chapitre 2, raconte la création de l’être humain au corps chimique animal, la création d’un second Adam, par Yahvé ». Cette création fut le péché du grand archange qui a dit « je serai semblable à Dieu » et qui fut puni de sa témérité en devenant responsable des effets de ses expériences interdites jusqu’à l’heure où les choses pourront être remises au point, à la satisfaction de toutes les entités concernées ».

 

Au commencement, Elohim créa le ciel et la terre. Il sépara la lumière des ténèbres, les eaux de la terre ferme, puis il forma les végétaux, les luminaires (le Soleil et la Lune), les poissons, les reptiles, les oiseaux, les mammifères et enfin, Elohim dit : « Faisons les humains à notre image. Selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer… Elohim créa les humains à son image : il les créa à l’image d’Elohim : homme et femme, il les créa. Elohim les bénit ; Elohim leur dit « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez la. Dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre » - Genèse 1, versets 26-28. Nous étions le sixième jour. Elohim donna au premier homme/femme et aux animaux tout ce que la terre portait comme herbe et comme arbre fruitier. Le septième jour, Elohim se reposa. Elohim créa par le Verbe, des êtres à sa ressemblance. Leur tâche était de se multiplier et de dominer la terre.

 

Le Zohar puisant à des sources non expurgées explique que l’être primordial a été créé androgyne, c’est-à-dire mâle et femelle : « Dieu fit l’homme parfait. Il le forma mâle et femelle et la femelle comprise dans le mêle ». Et si dans la tradition chrétienne, Eve fut la première femme d’Adam, le Zohar révèle pour sa part que : « Dans l’abîme d’en haut existe une femelle qui… porte le nom de Lilith. Elle fut la première à se présenter a Adam. Lorsque Adam fut créé et que son corps fut achevé, mille esprits du côté gauche accoururent et chacun voulut le pénétrer mais n’y parvenait pas. Dieu les chassa. Adam, en attendant, était couché par terre, le corps dépourvu d’esprit et le visage jaune ; et tous les esprits faisaient cercle autour de lui ». Adam n’est encore que le « glébeux », un corps sans vie qui attend de recevoir le souffle d’un esprit pour naître. Le Zohar précise : « Les âmes mâles sont issues du côté droit de Dieu, les âmes femelles du côté gauche ». Lorsque l’Adam androgyne se leva, il avait la femelle unie à lui. Dieu le fendit en deux pour le séparer de sa partie féminine.

 

Il para cette dernière pour l’offrir à son mari mais Lilith préféra s’enfuir au-delà des mers. Elle devint l’archétype de la femme rebelle qui refuse l’autorité masculine à laquelle Dieu la soumet dès le départ, le prototype de la femme révoltée, refusant la soumission, exigeant une place égale à celle de l’homme. Le livre kabbalistique « L’Alphabet de Ben Sirah », datant du XIème siècle révèle : « Les deux premiers partenaires humains furent Adam et Lilith, ils avaient été créés de manière à répondre à un désir manifeste du Créateur : il y aurait égalité de droits entre l’homme et la femme. La tradition talmudique affirme même qu’ils avaient été créés unis par le dos ».




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La première genèse est l’œuvre incontestable des Elohim, traduit erronément par le mot « Dieu » au singulier. En hébreu, le terme Elohim évoque une des neuf classes d’anges appelée malakhi élohim ou encore tarshishims. Elohim est tiré du mot « el » désignant le Dieu des Cananéens que les Juifs identifièrent de manière erronée à leur Dieu tribal Yahvé. Le mot « élohim » est le pluriel d’eloha et signifie littéralement « les Dieux », non une déité unique. Traduire ce mot par un singulier, comme le fait la traduction française de l’Ancien Testament, est un non sens. Il ne s’agit pas davantage d’un « pluriel de majesté » comme l’affirment les théologiens bien embarrassés. Les élohims sont des fils émanés de la pure Lumière primordiale. Elohim est un terme féminin-pluriel désignant des divinités angéliques de type androgyne. L’Adam 1 est un être purement androgyne.

 

Le second chapitre de la Genèse (à partir du verset 2-4) contredit le premier. Il n’est plus question de Elohim mais de Yahvé Elohim (dans la version hébraïque), ce terme pouvant se traduire par le « chef » ou le « Dieu des Elohim ». Nous assistons à une autre création, réalisée cette fois par le « chef des anges » ou plutôt par celui des archontes (selon les gnostiques). Yahvé Elohim n’agit pas seul puisqu’il est écrit : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal ! » Yahvé Elohim créa un ciel et une terre (Genèse 2-4). Beaucoup s’interroge : s’agit-il bien de la même « terre » que précédemment ? Apparemment non. Si la première genèse concernait l’univers, celle-ci s’étend seulement à notre planète. Et c’est à un autre être que Yahvé Elohim donne naissance. Il l’appelle Adam, désignant la terre (adama) d’où il a été tiré. « Yahvé Elohim façonna l’homme de la poussière de la terre ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant ».

 

Ensuite, « il prit l’homme et le plaça dans le Jardin d’Eden pour le cultiver et le garder », lui interdisant de goûter à l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’Adam 2 (de la deuxième race) n’a pas été créé par le Verbe divin mais fabriqué à partir d’éléments matériels. Il est « produit », non créé. La différence a son importance. Mission lui est donnée de « cultiver le jardin et de le garder ». Il est question ici de travail, non de domination, encore moins de reproduction. Adam est créé pour servir. Le Seigneur Dieu dit au verset 18 : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide (nous retrouvons la notion de travail) qui sera son vis-à-vis ». Au verset 21, il « fit tomber une torpeur sur l’homme qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Le Seigneur Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme, et il l’amena vers l’homme ». En la voyant, l’homme s’exclama : « Cette fois, c’est l’os de mes os, la chair de ma chair ! » (Verset 23).

 

Selon Brinsley Le Poer Trench, la femme d’Adam 2 fut fabriquée à partir de tissus prélevés sur son compagnon. Il poursuit : « L’Adam 2 était un être entièrement chimique, un animal terrestre entièrement différent de l’Adam originel – l’homme galactique – créé par les élohims des millénaires plus tôt ! « Depuis des temps immémoriaux, les élohims étaient connus comme étant les « Fils du Serpent », les « Sages ». Le serpent avait toujours été le symbole de la civilisation galactique et le sceau du grand Créateur, celui des « Rois Serpents venus du ciel pour établir sur la Terre le règne bénéfique et civilisateurs des Fils du Soleil ou Fils du Ciel ». Ces créateurs envoyés par la grande Lumière primordiale (le Dieu bon et ineffable des gnostiques) revenaient de temps à autre surveiller leurs Adam 1 tandis que le Jardin d’Eden était protégé par la race des Adam 2 et leurs compagnes qui jusque là n’avaient encore jamais procréé. En étaient-elles capables ? Tel n’était pas leur rôle qui était surtout de cultiver le jardin et de la garder. Selon l’auteur, certaines femelles Adam 2 fraternisèrent avec les élohims. De là à penser qu’elles en arrivèrent à copuler avec eux, il n’y a qu’un pas vite franchi puisque la Genèse en parle. Les Adam 2 s’émancipèrent, comprirent qu’ils étaient nus, commencèrent à se fabriquer des vêtements. En découvrant les désobéissance de ses serviteurs, Yahvé entra dans une grande colère. Il maudit le « Serpent » et prophétisa « la défaite de sa descendance, par l’union de son espèce (les Adam 1) avec les descendants des peuples du jardin (les Adam 2).

 

Brinsley Le Poer Trench poursuit : « La création de l’homme-animal (ou Adam 2) fut un acte illégal, commis sans autorisation dans un lieu isolé, spécifiquement choisi. L’humanité de l’Adam 2 ne devait pas avoir la longévité de ses créateurs. Adam 2 fut inventé et créé pour devenir leur serviteur et ils n’avaient pas la moindre intention d’en faire l’un d’entre eux », ajoutant que la création de l’Adam 2 était relativement « récente » par rapport à celle des Adam 1 androgyne. On peut considérer que les Elohim furent les véritables concepteurs de la Création dans un sens large et du premier homme / femme, un parfait androgyne issu du monde spirituel à qui mission fut donnée de dominer et de se reproduire. Yahvé Elohim (celui que les textes de Nag Hammadi nomme « l’avorton de Dieu ») fut le second créateur, celui de l’univers matériel et d’un être humain de nature plus « animale » destiné à être un esclave.

 



genese-detail jpg                             Genesis-Achileos
 

 

Un élohim compatissant, celui que nous appelons Lucifer, lui transmit la connaissance de l’arbre (ou énergie de la « Kundalini ») lui permettant de retourner à la grande Lumière originelle. L’Eglise a toujours prétendu que le serpent était rusé, vil, menteur, pervers et fourbe. L’animal apparaît seulement dans la seconde création. Il s’introduit dans le jardin où Yahvé Elohim maintenant ses créatures en servitude. Il leur donne les moyens de ses libérer du joug exercé par leur (s) dictateur (s). Il leur offre la « verticalité » de l’arbre, c’est-à-dire, à une voie d’ouverture menant à la grande Lumière primordiale. Ce pouvoir ascensionnel (par rapport à la matière « horizontale ») permet aux êtres humains de se hisser vers le « vrai Dieu ». Yahvé courroucé de voir l’homme et la femme « éveillés » par le serpent les chassent du Paradis et maudit son rival. Le serpent n’a jamais été l’ennemi des hommes/esclaves mais leur émancipateur. Il fut l’envoyé du Dieu suprême, un Elohim (ange) à part entière. Etonnamment, l’Eglise a toujours tout pardonné à l’entité Yahvé. Yahvé est tabou. Peu de gens ont osé faire tomber de son piédestal le Dieu de Moïse. Pourquoi une telle indulgence pour une déité cruelle, colérique, susceptible et jalouse ?! Tout au long de l’Ancien Testament, Yahvé ne fait que brandir l’anathème et la malédiction. Ses actes sont loin de correspondre à l’idée très haute que nous nous faisons d’un bon « Père », d’un Créateur universel. Dans la Genèse, c’est par jalousie ou orgueil qu’il défend à sa créature de toucher à l’arbre de la connaissance.

 

Combien cette défense peut sembler scandaleuse à celui qui cherche la vérité ! Il ment à Adam puisqu’il prétend qu’il mourra s’il touche au fruit défendu : « Le jour où tu en mangeras, tu mourras ». Or, Adam vécut 930 ans ! Il n’est pas très futé puisque dans le Jardin, il questionne : « Adam, où es-tu ? ». Il manque de prescience puisqu’il ne prévoit pas l’intervention du serpent. Enfin, il est vengeur, vindicatif et injuste puisqu’il condamne l’humanité à venir. Notre intention n’est pas de dresser un procès d’intentions à Yahvé. Toutefois, nous pensons que la vérité est cachée sous des artifices trompeurs et que bien souvent, elle est le contraire de ce que l’on nous a toujours enseigné. Pour les gnostiques, Yahvé était un Dieu avorton et mauvais qui donna naissance à une création manquée. Selon Le Poer Trench, la formation de l’homme-animal  détruisit le cycle cosmique. Quiconque créa cet être se rendit responsable des difficultés qui l’accablent. C’est ce que l’on entend par l’aspect « Satan » de Yahvé, ce dernier étant à l’origine un Seigneur de Mars. La Bible l’évoque souvent en tant que « Seigneur des Armées ». Il conclut que « Yahvé désigne un peuple venu d’ailleurs dans l’espace qui créa délibérément, grâce à sa science génétique, une race d’êtres humains particulièrement adaptés pour accomplir certaines fonctions bien définies et prévues ».

 

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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes