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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 19:59
Science et conscience

 

            Car, pour conclure ce chapitre sur l’œuvre du Meilleur des Mondes, il importe de souligner qu’Huxley ne condamne pas la science elle-même en tant que désir de percer les mystères de la nature, besoin de découvrir, volonté de savoir. Il reproche même à l’Etat Mondial de bannir la curiosité intellectuelle, de proscrire tout véritable esprit scientifique. Non, ce qu’Huxley condamne, ce sont les applications techniques dangereuses, et l’usage mauvais ou destructeur qui en est fait. Ainsi, la chimie peut nous aider à comprendre la composition de la matière, mais cette connaissance peut aussi servir à la fabrication de redoutables explosifs, comme ceux qui ont été mis au point pendant la guerre de 1914-1918 ou celle de 1939-1945. Ainsi, la télégraphie sans fil et la radio peuvent constituer un extraordinaire moyen de communication, et un facteur d’unité, entre les hommes aussi bien qu’un outil de propagande au service des totalitarismes. En somme, la science n’a rien de néfaste en elle-même ; tout dépend de la manière dont on l’utilise.

 

            Mais l’usage de la science risque fort d’être mauvais quand on la considère comme la seule source de vérité. La science risque d’être utilisée dangereusement quand on la surévalue aux dépens de la sensibilité, de la philosophie, de la religion, de l’art, quand on croit que le progrès scientifique rend caduque la morale et que la société et l’être humain eux-mêmes doivent être considérés, voire manipulés, comme de la matière. Il faut donc, au contraire, que la science reste toujours sous le contrôle de la morale, que ses applications puissent être à tout moment convoquées devant le tribunal de la conscience. En bref, la position d’Huxley à l’égard de la science se situe dans la droite ligne de cette tradition humaniste que résume la fameuse phrase de Rabelais dans Pantagruel : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». A cette différence près que les immenses progrès de la science au XXIe siècle démultiplient jusqu’à l’Apocalypse les risques découlant de son mauvais usage éventuel. Ce qui rend d’autant plus nécessaires la vigilance, le développement de la conscience morale.

            Après cette longue analyse du roman Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, vous comprendrez mieux, je présume, la situation actuelle de l’humanité… car nous en sommes quasiment déjà à cette situation dépeinte dans ce roman d’anticipation… Il ne manque plus qu’un Etat Mondial totalitaire se montre au grand jour avec toute l’autorité nécessaire pour l’asservissement total de l’individu sur la planète. C’est pratiquement chose faite car cette hiérarchie élitiste planétaire existe déjà…

 

Les inventions de la science qui préfigurent le « Meilleur des Mondes »

 

Procréation : un utérus artificiel

 

Un « aquarium » à fœtus : Aldous Huxley l’avait imaginé il y a plus de soixante dans le Meilleur des Mondes, une équipe de chercheurs britanniques et japonais l’a réalisé. Un fœtus de chevreau a été ôté du ventre de sa mère quarante jours avant terme pour être placé dans un « utérus artificiel ». Cette grossesse in vitro s’est déroulée sans anicroche. Le chevreau n’a cependant pas vécu plus de trente jours après sa « naissance ».

 



Zeus storage

 

            Mark Hanson, spécialiste de médecine fœtale à l’université de Londres, et Yoshinori Kuwabara, professeur d’obstétrique à l’université de Tokyo, estiment que, d’ici à quelques années, on pourra appliquer le procédé aux fœtus humains, ce qui permettra de sauver des milliers de prématurés. Les deux chercheurs ne parlent pas (pas encore !) de mettre systématiquement les fœtus en aquarium afin de libérer les femmes de la grossesse. Mais gageons que certains, ou certaines, risquent d’y songer. A défaut d’être meilleur, c’est un drôle de monde qui se prépare…

 

Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM)

 

            Qu’est-ce qu’un organisme génétiquement modifié ? C’est la possibilité d’avoir de nouveaux génotypes. « D’une certaine façon, ça fait partie de l’évolution des techniques d’amélioration des plantes », définit Philippe Joudrier, de l’INRA (Institut Nationale de la Recherche Agronomique). Avec cet outil les sélectionneurs sont mieux armés dans leur combat permanent contre l’évolution. Car OGM ou pas, les résistances aux champignons, virus, insecticides… évoluent et, sans cesse, il faut développer de nouvelles variétés.

            Comment fonctionne un OGM ? Aujourd’hui : Un gène d’intérêt, par exemple une résistance au froid, est introduit dans des plasmides (petits ADN circulaires) associé à un gène de résistance à un antibiotique pour vérifier le succès de l’opération (les plasmides modifiés survivent en présence de l’antibiotique). Ensuite, une méthode d’insertion dans les cellules végétales consiste à les bombarder avec un canon à ADN. Demain : Dans le futur, la connaissance du génome des plantes permettra de savoir qu’une plante A dispose d’un gène d’intérêt que l’on pourrait « réveiller » dans une plante B. En soumettant des graines de B à un traitement mutagène, il sera possible d’obtenir des porteurs de cette mutation. Ces mutants seront ensuite hybridés à des variétés à fort rendement et mis en culture.

 




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            Pour certains scientifiques, les OGM sont un outil puissant pour la recherche, mais dont l’exploitation commerciale s’est faite trop vite, passant outre le principe de précaution nécessaire. « La dérive actuelle consiste à prendre les champs des agriculteurs pour les paillasses des scientifiques », s’insurge le Pr Gilles-Eric Seralini, fondateur du Comité de Recherche et d’Informations Indépendantes sur le génie génétique (CRII-GEN). On passe trop vite des essais en champs au lieu d’une étude en circuit « fermé » comme les serres agricoles, des intérêts financiers semblent l’y contraindre. Les gènes de résistance de la plante transgénique ne risquent-elles pas de « contaminer » le sol de transgènes propre à modifier l’équilibre naturel de la flore et de la faune génétique planétaire sur le long terme ? On assure que le risque est négligeable… un argument timide qui ne me convainc pas… Les transgènes propagateurs d’allergies ? On assure que la fréquence des allergies augmente, OGM ou non. L’AFSSA, dans un avis de février 2002, recommande de limiter l’utilisation des allergènes majeurs dans les produits alimentaires industriels. Risque aussi de contamination et de dissémination dans la nature mais les « pontes » de la science rationnelle et « doués de raison », affirment que les essais en champ n’étaient pas source de contamination significative… discours lénifiant à dose homéopathique… ou empathie généralisée d’un monde scientifique faisant les « doux yeux » aux sirènes alléchantes de l’économie et des finances… Pour preuve !

            Les OGM sont de petites graines qui rapportent gros ! à qui ? mais aux semenciers, sociétés, firmes multinationales détentrices de monopoles dans le marché agroalimentaire mondial. Avec les OGM, c’est tout un comportement agricole ancestral que les entreprises de biotechnologies et les semenciers veulent réformer. Les plantes transgéniques sont des organismes brevetables. Le développeur en est le seul propriétaire. Plus question pour les agriculteurs d’utiliser les grains récoltés comme semences. Avec les OGM, la dépendance des agriculteurs aux semenciers s’accentue, puisque replanter sans payer des semences transgéniques peut conduire à la prison, ou à une forte amende, comme l’ont expérimenté des paysans américains. De plus, en se concentrant sur les OGM, les semenciers éliminent peu à peu de leurs catalogues d’autres semences. Une belle économie pour eux. Une atrophie progressive pour le patrimoine mondial et la biodiversité.

            Les OGM pourront nourrir toute la planète ? Argument fallacieux des promoteurs de l’organisation de l’industrie des biotechnologies et des semenciers tel le géant américain Monsanto. Car qui va croire qu’ils vont nourrir la planète, donc les pauvres gratis ! ! !  Ces firmes font des bénéfices et raisonnent en part de marché à conquérir, de plus les plantes transgéniques étant brevetables, elles rapportent donc des redevances d’utilisation que les agriculteurs, sociétés privées et états sont obligés de s’acquitter sous peine de poursuites.

            L’organisation internationale Via Campesina qui regroupe des petits producteurs d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et même d’Europe est catégorique : un moratoire mondial doit être annoncé sur les organismes transgéniques. Selon elle, il y a trop de risques sanitaires, environnementales et économiques. Si les deux premiers son souvent entendus chez nous, le troisième est un peu moins familier. En fait, les paysans de Via Campesina craignent « une perte d’autonomie et une plus grande dépendance vis-à-vis des compagnies transnationales ». Une crainte justifiée, car les grandes manœuvres ont déjà commencé. En Inde et au Brésil, les paysans payent s’ils replantent des graines. Autre façon plus douce de promouvoir ces techniques, la collaboration privé public ou le transfert de technologie. Aux Philippines, les compagnies Monsanto et Pioneer sont en partenariat avec l’Institut des plantes philippin.

            En conclusion provisoire, sur ce débat très controversé, six ans après l’arrivée des plantes transgéniques en Europe, la contestation est toujours là, amplifiée et étendue. En effet, les belles promesses (nourrir l’humanité, mieux la soigner, préserver l’environnement, etc.) n’ont pas suffi à convaincre. On peut comprendre, ce n’est qu’un argument faussement humaniste, un plan marketing de communication des multinationales de l’agroalimentaire pour nous faire avaler l’irréversibilité de l’évolution des techniques dans le domaine agricole et alimentaire, et accroître considérablement leurs bénéfices tout en assurant une main mise sur les semences devenues brevetables, donc soumis à redevance de la part des utilisateurs.

 

Changer l’espèce humaine

 

            Des hommes transformés génétiquement, plus beaux, plus grands, plus forts, jamais malades… Ce rêve – si dangereux – est aujourd’hui à la portée de généticiens fascinés par la puissance des technologies qu’ils ont élaborées. Qui pourra les arrêter ?

            Après la souris et la tomate, voici venir l’homme transgénique. Un projet fou qui vise à introduire de nouveaux gènes dans notre espèce, comme on le fait déjà chez les animaux de laboratoire et les plantes. Rien à voir avec les thérapies géniques, comme celles que soutient le Téléthon : elles se bornent à ajouter des gènes dans certaines cellules, mais surtout pas dans les cellules sexuelles, ovocytes ou spermatozoïdes, car la modification se transmettrait de génération en génération avec des conséquences imprévisibles.

        


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            En dépit de toutes les mises en garde, et contre l’avis des comités d’éthique du monde entier, des généticiens, de plus en plus nombreux, la plupart américains, envisagent de s’attaquer précisément à ces cellules germinales pour créer des lignées d’hommes transgéniques. Le tabou est brisé. Verra-t-on apparaître une caste de surhommes, dotés de gènes décuplant leur puissance intellectuelle, leur force physique, leur résistance aux maladies, au stress, des hommes capables de vivre plus vieux tout en restant jeunes ? Ils seront nécessairement issus des classes les plus favorisées puisque toutes ces améliorations coûteront fort cher.

            Dans une divagation futuriste, le biologiste Lee Silver, de l’université de Princeton (New Jersey), auteur de Remaking Eden, imagine la séparation de l’humanité en deux classes, les « GenRich » et les « Natural », évidemment dominée par les premiers. Deux classes qui finissent par constituer deux espèces car elles ne peuvent plus se reproduire entre elles. Vision d’horreur ? Certes, mais Lee Silver est un homme positif : ce serait juste une étape difficile vers l’adaptation de certaines espèces humaines à une vie heureuse sur d’autres planètes.

 

 

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            L’ajout d’un chromosome artificiel : plusieurs sociétés américaines et canadiennes (Athersys, Chromos Molecular Systems…) sont parvenues à fabriquer des chromosomes artificiels à partir de morceaux de chromosomes naturels. Cela permettra d’incorporer des gènes thérapeutiques dans les cellules sans avoir à intervenir au sein des chromosomes naturels. Injecté dans le noyau d’un œuf fécondé, le chromosome artificiel sera présent dans toutes les cellules de l’organisme. « Si on a les moyens d’améliorer les hommes, pourquoi ne le ferait-on pas ? » James Watson, Prix Nobel, co-découvreur de l’ADN.

            La toute-puissance des cellules « ES » : chez la souris et quelques autres mammifères, on connaissait des cellules embryonnaires douées de capacités extraordinaires : elles se multiplient indéfiniment in vitro sans jamais donner un tissu particulier. Mais, dès lors qu’on les implante dans un embryon, elles peuvent engendrer n’importe quel type de cellule de l’organisme. Les cellules ES (embryonic stem cells, « cellules souches embryonnaires ») permettent actuellement de concevoir des animaux transgéniques. Les biologistes américains James Thomson et Jeffrey Jones viennent de découvrir le même type de cellules chez l’embryon humain. Ce qui ouvre de fantastiques possibilités pour la production de tissus biologiques ou, dans un avenir plus lointain (pas sûrs ? !), pour la conception d’un homme transgénique. Notons que Thomson et Jones ne pouvaient être financés par l’Etat américain, qui se refuse par éthique à soutenir des recherches non thérapeutiques sur l’embryon humain. C’est donc grâce à des crédits privés qu’ils ont mené leurs travaux. (Il serait intéressant de savoir quelles compagnies privées financent ce type de recherches ? et pour quels débouchés ? dans quels buts ? Remonter la source du financement, ainsi que connaître les membres de ces conseils d’administration pourraient permettre d’en apprendre un peu plus sur les promoteurs de ce type de technologie eugéniste et leurs véritables philosophies ? Le public serait très étonné croyez-moi !).

            (…) L’an dernier encore (1998), il était fort mal vu d’avancer cette idée, quand s’est tenu le premier symposium scientifique consacré à ce qu’on appelle les thérapies génétiques germinales. Organisé par des responsables de l’université de Californie Los Angeles – UCLA (programme « Science, technologie et société » du centre pour l’étude de l’évolution et de l’origine de la vie), il rassemblait le gratin de la génétique américaine. Les débats avaient pour objet d’examiner l’intérêt des interventions sur les cellules germinales humaines et de fournir une information scientifique de qualité aux autorités de santé qui devront prendre des décisions dans ce domaine.

            Pour Gregory Stock, professeur à l’école de médecine de UCLA et co-organisateur du symposium, « la vraie question n’est plus de savoir s’il faut ou non appliquer les thérapies germinales à l’homme, mais quand cela sera possible et comment on s’y prendra. La technologie avance très vite, et ses possibilités sont fascinantes. Elle devrait être disponible dans moins de vingt ans ». Gregory Stock et son collaborateur John Campbell sont d’intarissables partisans des thérapies germinales, dont ils font la promotion à longueur de congrès et sur leur site Internet. Dans ses conférences, Stock ne cesse de procéder à ce sondage éclair : « Imaginez que vous êtes en train de concevoir un enfant in vitro. Accepteriez-vous, si l’opération est sans danger, qu’on ajoute à l’embryon un gène qui le protégerait du cancer ? ». Invariablement, la grande majorité de ses auditeurs répond oui.

 

 

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            Principal argument des défenseurs de cette méthode : elle devrait être beaucoup plus efficace que les thérapies géniques classiques. « Hormis quelques cas anecdotiques, aucune thérapie génique n’a encore fait ses preuves contre une quelconque maladie », rappelle French Anderson (université de Californie du Sud), pionnier mondial dans ce domaine. Ce qui n’a rien de surprenant car, « nos organismes ont passé des dizaines de milliers d’années à apprendre à protéger leur génome des gènes étrangers, ceux des virus notamment ». Si plusieurs essais sont prometteurs, note Anderson, les obstacles sont nombreux. En effet, les gènes thérapeutiques, généralement « emballés » dans un virus vecteur inoffensif, ont un long parcours à effectuer avant d’atteindre le tissu cible – par exemple le muscle dans le cas de la myopathie. Ils traversent les muqueuses (bouche, estomac, poumons) et leur puissant système de défense cellulaire, le système immunitaire, les diverses barrières tissulaires entre les organes, la membrane des cellules cibles, enfin la membrane du noyau cellulaire. Au terme de ce périple semé d’embûches, bien peu de gènes parviennent au but, même quand on vise des tissus plus accessibles tels que la muqueuse des poumons.

 

 

            Au contraire, si le gène est intégré dans un œuf fécondé, au premier stade de son développement, il sera présent dans toutes les cellules de l’enfant, dont celles qui fabriquent les spermatozoïdes ou les ovules. Ses descendants bénéficieront donc eux aussi du gène-médicament. (…)

            Pour mener à bien leur projet, les généticiens peuvent choisir entre deux méthodes : remplacer les gènes défectueux ou ajouter de nouveaux gènes à l’aide de chromosomes artificiels. Ce sont des chromosomes apparemment comme les autres, à ceci près qu’on les fabrique de toutes pièces en laboratoire, à partir de morceaux d’ADN humain. (…)

            Le projet le plus futuriste en la matière conçoit le chromosome artificiel comme une sorte de système d’amarrage muni de « bornes » auxquelles on pourrait attacher, à chaque génération, de nouveaux gènes, comme on ajoute des extensions à un ordinateur. On pourrait plus tard remplacer ces gènes-là par de nouvelles versions plus performantes. Est-ce un délire de savants fous exaltés par leurs rêves de toute-puissance, ou une projection réaliste des applications de techniques déjà disponibles ? Ni l’un ni l’autre. La technologie n’est pas au point (dans le domaine civil ? !), c’est certain. Mais, en dix ans, la génétique a fait des progrès considérables, le décryptage du génome et la découverte des fonctions des gènes avancent à pas de géant, ainsi que la connaissance des enzymes qui participent à leur régulation.

 

 


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            « Si nous avons tendance à surestimer ce que nous serons capables de faire dans cinq ans, estime Mario Capecchi, inventeur des techniques de manipulation génétique les plus élaborées, nous sous-estimons généralement ce que nous pourrons faire dans vingt ans. Aucun obstacle théorique ne s’oppose aux thérapies germinales ». (…)

            L’Etat américain ne condamne pas expressément les recherches de ce type, mais tout essai clinique doit être soumis à l’autorisation de la Food and Drug Administration (FDA). Les tenants des thérapies germinales se livrent donc à une entreprise de « lobbying » auprès de cette autorité. S’ils parviennent à faire triompher leur point de vue – certains experts de la FDA n’y sont pas hostiles -, il ne fait aucun doute que ces thérapies trouveront sans mal une clientèle fermement décidée à faire bénéficier sa descendance des progrès de la science. (…)

            En y regardant de plus près, la volonté farouche de corriger la lignée germinale apparaît d’autant plus malsaine qu’elle n’est pas nécessaire. Axel Kahn est catégorique : cette méthode ne présente aucun avantage sur la sélection génétique in vitro des embryons avant leur implantation dans l’utérus de la mère. En effet, pour dépister certaines maladies héréditaires incurables, on sait prélever, après une fécondation in vitro, une cellule de l’embryon et diagnostiquer la présence de nombreux gènes anormaux. On élimine ensuite les embryons qui seront malades et on implante seulement ceux qui échapperont à la maladie. Cependant, dans le cas d’une maladie récessive (une maladie génétique récessive est une maladie qui se manifeste quand les gènes hérités de la mère et ceux hérités du père portent la même anomalie génétique), on n’écartera pas les embryons porteurs sains. Les gènes anormaux se transmettront à la descendance et se manifesteront lorsqu’ils seront de nouveau appariés à des gènes semblables provenant d’une autre lignée.

            En France, on considère que la suppression des embryons porteurs sains est acte eugéniste condamnable. Encore une fois, cette position n’est pas universelle. Mais, si la sélection d’embryons peut suffire, pourquoi vouloir à tout prix manipuler la lignée germinale ? « Parce que ces chercheurs ont un projet autre que thérapeutique, s’écrie Axel Kahn. Ils veulent améliorer des lignées humaines. Sur le plan éthique, c’est inacceptable ». Inacceptable dans de nombreux pas européens traumatisés par les horreurs du nazisme, mais pas forcément aux Etats-Unis ou en Chine, par exemple.

 

 


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             « Si on a les moyens d’améliorer les hommes, pourquoi ne le ferait-on pas ? » lance James Watson, toujours plus provocateur. Alors que certains tenants de la thérapie germinale s’interrogent sur les limites qu’il faudrait assigner à leurs interventions – rechercher non pas l’amélioration mais seulement la thérapie -, d’autres enjambent la barrière éthique sans vergogne, en faisant remarquer qu’il est d’ailleurs bien difficile de savoir où elle se trouve. A partir de quelque taille un enfant sera-t-il trop petit pour vivre heureux ? Ajouter un gène qui protègera du cancer, est-ce une amélioration ou une thérapie préventive ? L’histoire des comités de bioéthique montre bien que, sous la pression de la compétition scientifique et économique, les barrières morales reculent sans cesse. Par exemple, la loi française de 1994 interdit toute recherche sur l’embryon humain, mais déjà le comité national d’éthique propose d’assouplir cette disposition lors de la révision de la loi (1999).
 

            Admettons que les outils soient enfin disponibles, fiables et sans danger. On nous proposera d’abord de les utiliser contre les maladies héréditaires incurables, puis on passera aux maladies engendrées par des prédispositions génétiques, aux affections dues au vieillissement, au cancer, etc. Et pourquoi ne pas ajouter des gènes de résistance à des virus, ou d’autres qui accroissent la longévité ou améliorent les performances intellectuelles ou physiques ? Nous voici donc en route vers la fabrication de lignées de surhommes aux caractéristiques génétiques artificielles. Domineront-ils le monde ? Seront-ils condamnés à remplir des tâches spécifiques en fonction de leurs aptitudes génétiques ? Ou, comme l’imagine Lee Silver, seront-ils destinés à coloniser des mondes nouveaux ?

            Il est inquiétant d’observer que la volonté de créer une espèce humaine améliorée est celle de scientifiques renommés – satisfaisant le désir d’une partie, minoritaire mais déterminée, de la population. En effet, les partisans des thérapies germinales s’accordent avec leurs opposants pour souligner que la demande viendra des couples eux-mêmes. Dans son Meilleur de Mondes, Aldous Huxley n’avait finalement pas prévu le pire (oh que si !). Il était inutile d’imaginer une sorte d’Etat totalitaire qui contrôlerait la reproduction et la nature humaine. Au fil des générations, les individus risquent de s’en charger eux-mêmes en concevant leurs enfants à façon, pour leur donner, en toute bonne conscience, les gènes les plus favorables à leur réussite.

            Depuis longtemps déjà, par la culture, la technique, la médecine, l’homme échappe à la sélection naturelle. Les thérapies germinales apparaissent comme l’inévitable prolongement de la prise de pouvoir de l’homme sur sa propre évolution. Il devient son propre créateur. Un très vieux rêve démiurgique, vertigineux, si difficile à refouler. Nos arrière-arrière-petits-enfants sauront-ils renoncer à l’extraordinaire puissance des outils que nous leur forgeons ? Il est déjà trop tard…





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