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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 18:39

Les Fantômes du Trianon

 

Le célèbre Château de Versailles et ses dépendances seraient hantés par de nombreux spectres dont celui de Marie-Antoinette, victime de la révolution française. Par une chaude fin d’après-midi du 10 août 1901, deux touristes anglaises, Miss Moberly (55 ans), directrice d’une école privée d’Oxford et sa collaboratrice Miss Jourdain (33 ans), après avoir parcouru les salles du Château, décidèrent de visiter le Petit Trianon, là où Marie-Antoinette fit aménager un petit hameau pour lui permettre de jouer à la bergère.




 

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Au lieu de suivre le chemin habituel, c’est-à-dire l’avenue des Deux-Trianons, elles empruntèrent l’allée passant sous un petit pont et pénétrèrent dans le domaine de la reine par la porte voisine de la maison du jardinier. Les touristes aperçurent alors deux hommes vêtus de longs manteaux gris-vert et coiffés de curieux petits tricornes. Sans s’étonner de cette rencontre insolite, Miss Jourdain leur demanda le chemin du Petit Trianon. Ils lui répondirent d’aller tout droit. « A partir de cet endroit », écrivit Miss Jourdain, « nous eûmes l’étrange illusion de marcher dans un rêve. Les arbres, les feuilles, le paysage ne nous parurent plus naturels, et tout prit l’aspect rigide et figé d’une tapisserie. » Sur leur droite, elles virent une petite maison devant laquelle se trouvaient une femme et une jeune fille portant des fichus blancs. Les deux personnages semblaient immobiles et silencieux, comme figés dans leur mouvement. Les visiteuses éprouvèrent une sensation bizarre, « un extraordinaire sentiment de dépression », expliqua Miss Moberly. Et son amie, de son côté, rapporta « qu’une impression de désolation et de solitude montait de l’endroit. »

 

Un peu plus loin, elles remarquèrent, assis près d’un kiosque, un homme enveloppé d’un manteau noir et d’une cape, et coiffé d’un chapeau à larges bords. Son visage était marqué par la petite vérole. Soudain, derrière elles, elles entendirent courir. Elles se retournèrent effrayées et virent un jeune homme semblant surgir d’un rocher décoratif. Selon Miss Moberly, il s’agissait « visiblement d’un gentleman ». Il était jeune, très beau, avec une abondante chevelure brune. Il portait une cape sombre, une écharpe à longs pans et des chaussures à boucles. « Mesdames ! Mesdames ! » cria-t-il, « il ne faut pas passer là ! Par ici… Cherchez la maison. » Puis il s’éloigna à grands pas, en marmonnant des paroles inintelligibles.

 

Les Anglaises s’engagèrent ensuite sur le chemin que l’homme leur avait indiqué. Elles traversèrent un pont rustique enjambant un ruisseau, débouchèrent sur une prairie entourée de petites maisons et arrivèrent au Petit Trianon, par le côté Nord. Sur une terrasse, tournant le dos aux visiteuses, une dame semblait dessiner. Elle portait un chapeau de paille blanche d’où sortaient des boucles blondes. Sa robe était claire, courte (pour l’époque 1900) et légère. Son visage n’était plus jeune, mais elle était encore jolie. « Quand je la regardai », dit Miss Moberly, « une sensation étrange me détermina à m’éloigner d’elle. Je la vis encore de dos. Je remarquai que son fichu était vert pâle et je fus soulagée, je ne sais pourquoi, quand Miss Jourdain, passant aussi tout près d’elle, ne lui demanda pas où se trouvait l’entrée de la maison que nous cherchions. Il y avait quelque chose d’antipathique dans son expression ». Au passage des touristes, la dame leva la tête dans leur direction et les dévisagea.

 




Charlotte Anne Moberly                        jourdaindv4

 

Miss Jourdain se souvint plus tard qu’ayant laissé l’énigmatique jeune femme, elles longèrent une terrasse et se retrouvèrent en surplomb de la cour d’honneur du Petit Trianon. Un sentiment de tristesse les submergea à nouveau. Sur la terrasse, Miss Jourdain eut la sensation d’être entourée de « présences invisibles » et elle ramena vers elle instinctivement les pans de sa robe, pour « faire de la place ». Sortant par une porte de la maison, un jeune homme vint à leur rencontre. Il leur cria d’entrer par la cour d’honneur et leur désigna le bon chemin. « Il avait l’aspect d’un valet de pied, mais ne portait pas de livrée », expliqua Miss Moberly, ajoutant que « nous traversâmes avec lui le jardin français et nous rejoignîmes l’avenue que nous aurions dû suivre dès le début ». A ce moment précis, la sensation d’angoisse, qui ne les avait pas quittées depuis leur rencontre avec les « jardiniers » en tricorne, s’évanouit. Les deux anglaises se retrouvèrent brusquement dans le monde réel de 1901, devant le Petit Trianon, au milieu d’une horde de touristes.

 

De retour à Paris, les amies n’échangèrent pas tout de suite leurs impressions. Elles n’évoquèrent jamais leur étrange promenade. Ce n’est qu’après leur retour en Angleterre que Miss Moberly demanda à Miss Jourdain : « Pourquoi n’avons-nous pas osé demander notre chemin à la dame assise devant le château qui dessinait les arbres de son jardin ? » Miss Jourdain lui répondit qu’elle n’avait aperçu aucune dame devant le château ! Miss Moberly déclara dans une lettre : « A ce moment, je revécus soudain l’angoisse que j’avais éprouvée dans le jardin de la reine et j’en fis part à Miss Jourdain qui me répondit aussitôt qu’elle avait eu, elle aussi, le sentiment d’avoir pénétré dans un monde complètement étrange, mais qu’elle n’avait pas osé me le dire. Les personnages que nous avions rencontrés, chemin faisant, lui avaient paru extraordinaire, aussi bien par leurs costumes que par leurs manières, et une impression de profonde tristesse s’était emparée d’elle. A son avis, Trianon devait être hanté. »

 

Conscientes de l’étrangeté de leur expérience touristique, elles décidèrent de décrire, chacune de leur côté, ce qu’elles avaient vu et entendu. Les deux récits rédigés en 1901 et conservés à la Bodleian Library, concordèrent dans l’ensemble, sauf en ce qui concernait la dame blonde vue par Miss Moberly et le groupe de la femme et de la jeune fille qui frappa beaucoup Miss Jourdain, mais que son amie ne se rappela pas avoir vu. Les deux femmes se rendirent compte que les scènes provenaient d’une « autre époque », probablement de l’Ancien Régime.

 

Le 2 janvier 1902, Miss Jourdain revint seule à Versailles. Elle n’emprunta pas le même chemin mais s’engagea dans une allée conduisant au hameau. De nouveau, elle eut l’impression d’être transportée « ailleurs ». Elle éprouva les mêmes sensations déprimantes. « C’était comme si j’avais franchi une ligne et me trouvais dans la zone d’influence », raconta-t-elle plus tard. Elle vit des bûcherons portant des tuniques et des capes de couleurs vives en train de charger des fagots sur une charrette. Lorsqu’elle se retourna, hommes et charrette avaient totalement disparu.

 

Miss Jourdain s’égare, se retrouve dans un bois. La visite du hameau lui laissa une impression pénible. En janvier, les lieux, souvent désertés par les promeneurs étaient plutôt sinistres. Elle eut la sensation d’être frôlée par des êtres invisibles en vêtements soyeux et d’entendre résonner au loin une musique du XVIIIème siècle. En juillet 1904, Miss Jourdain et Miss Moberly retournèrent ensemble au Petit Trianon. Mais aucun des phénomènes qu’elles avaient précédemment observés ne se renouvela. Elles suivirent le même chemin qu’en 1901 et constatèrent que tout avait changé. Il n’y avait plus de kiosque, ni de ravin, ni de pont et, face à la terrasse, là où elles avaient vu une pelouse, elles trouvèrent du gravier. Le bois dans lequel s’était égarée Miss Jourdain en janvier 1902 avait également disparu. Pourtant, leur affirma-t-on, aucune transformation n’avait eu lieu dans cette partie du parc depuis quatre ans !

 

Les amies furent convaincues d’avoir opéré une sorte de « voyage dans le temps ». Comme elles n’avaient que des notions très vagues sur l’histoire de France, elles se lancèrent, à partir de 1907, dans des recherches historiques minutieuses, des études de plans et de documents anciens, des lectures de mémoires, de comptes de jardiniers du parc du Petit Trianon. Miss Jourdain fit une dernière visite à Versailles, le 12 septembre 1908, au cours de laquelle elle observa de nouveaux phénomènes étranges. Se dirigeant vers l’ancien logis des gardes, elle vit deux femmes se quereller avec violence. A ce moment, elle éprouva le même sentiment de fatigue, de dépression qu’en 1901 et 1902 : « La scène tout entière, ciel, arbres, bâtiments, frémissait comme une toile de fond de théâtre. » Miss Jourdain fit un effort pour poursuivre sa marche et quitter l’allée.

 

« Dès que je fus sortie, les choses redevinrent normales. » Finalement, les deux anglaises relatèrent le récit de leur expérience troublante dans un livre intitulé « An Adventure ». Dès sa parution, en 1911, il remporta un vif succès. Persuadées d’avoir vu, en la belle jeune femme blonde qui peignait sur la terrasse, la reine Marie-Antoinette, les deux Anglaises pensèrent que les scènes aperçues correspondaient à la date du 5 octobre 1789, dernier jour de la reine dans son cher domaine.

 

Elles estimèrent que le phénomène s’était trouvé induit par l’intense visualisation de la souveraine qui, lors de la prise des Tuileries, s’était réfugiée dans l’évocation nostalgique des derniers moments de joie vécus dans son cher domaine. Il existe une vieille légende affirmant que le fantôme de Marie-Antoinette hanterait les jardins du Trianon au mois d’août, plus spécialement le 10, mais aussi lors de l’anniversaire de quelques journées heureuses passées au hameau. Or, les costumes et les sites aperçus ne correspondent pas, dans la plupart des cas, à ceux de 1789 mais nous conduisent plutôt vers les années 1774 ou 1776. De plus, comment ne pas sourire quand les Anglaises affirment que l’homme assis près du kiosque n’était autre que le Comte de Vaudra, parce qu’il portait un chapeau à larges bords et un grand manteau noir, comme lorsqu’il avait joué Almaviva, dans le « Barbier de Séville », au petit théâtre de la reine ou quand elles voient dans la jeune fille et dans le jeune homme pressé, des personnages que Julie Laver mit en scène dans ses « Légendes du Trianon » !

 



 

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Selon un métapsychiste irlandais, W. Lambert, la vision des deux Anglaises se situerait en 1774, peu avant la mort de Louis XV, la livrée verte étant portée par les jardiniers royaux à cette époque. Le phénomène aurait eu pour « inducteurs psychiques », non pas Marie-Antoinette, mais le jardinier Claude Richard, et son fils Antoine. Léon Rey, archiviste paléographe, s’intéressa de près à l’aventure de Miss Jourdain et de Miss Moberly, d’autant que Pierre de Nolhac, maître de tout ce qui touchait à Versailles, ne l’avait pas traitée avec dédain. Les deux Anglaises avaient certes commis des erreurs et manqué d’esprit critique dans leur enquête historique, mais leurs descriptions de certains lieux donnaient matière à une réflexion troublante, notamment celle du kiosque. Miss Moberly avait parlé d’un « léger kiosque de jardin rond et ressemblant à une estrade de musiciens complètement ombragée par les arbres ».

 

Miss Jourdain, plus vague, avait décrit « un bâtiment avec des colonnes et un toit, au fond d’un bois ». Par la suite, elle avait ajouté »… avec un léger aspect chinois dans la courbe supérieure du toit ». Or, écrivit Léon Rey, il se trouve que la première fantaisie de Marie-Antoinette à Trianon avait été la construction du Jeu de Bague, qui fut achevé dès le mois d’août 1776. C’était un monument chinois, sorte de pagode abritant un plateau rond et mobile. Il pouvait aisément être pris pour un kiosque à musique quand les animaux (dragons et paons) qui servaient de montures aux joueurs, avaient été enlevés, ce qui se faisait toujours à la mauvaise saison.

 

Miss Moberly et Miss Jourdain avaient eu connaissance de l’existence du Jeu de Bague. Elles en avaient même vu une gravure, mais elles n’y avaient pas prêté attention parce que la gravure ne montrait pas d’arbres, alors qu’elles avaient toutes deux noté leur présence au cours de leur « voyage dans le temps ». Or, d’après les comptes du jardinier Richard, il était certain que des sorbiers avaient été plantés autour du monument. Léon Rey conclut : « Si le récit des deux Anglaises conduisait à des hypothèses que l’on avait bien du mal à admettre, on devait reconnaître qu’il était profondément troublant de voir évoquer dans leur récit un kiosque de caractère chinois, troublant car ni elles ni personne ne soupçonnaient qu’à la place où elles avaient vu un kiosque chinois ayant l’aspect d’une estrade de musiciens, il y avait eu réellement un Jeu de Bague ressemblant beaucoup au kiosque qu’elles avaient décrit. Le fait qu’il y avait vraiment des arbres derrière le kiosque me paraît ajouter à la bizarrerie de la coïncidence. »

 

Ces personnes affirmèrent avoir vécu, dans le même site, des expériences similaires. Une famille américaine demeurant à Versailles, les Crooke, affirma avoir vu à deux reprises, en 1908, dans le jardins du Grand Trianon, une personne correspondant à la description de la « Marie-Antoinette » de Miss Moberly. Le costume de la dame accusait quelques différences, mais elle aussi était en train de dessiner. Les Crooke avaient aussi ressenti un malaise et éprouvé une « impression d’irréalité ». A une autre occasion, Mrs Crooke avait aperçu un homme en costume du XVIIIème siècle, portant un tricorne.

 

Un jour qu’il se promenait seul, il entendit de vieilles mélodies jouées sur des instruments à cordes. Ceci dit, les Crooke racontèrent leurs visions aux Anglaises, en 1914. Le livre « An Adventure » était déjà paru. En 1928, deux Anglaises encore, une institutrice et son ancienne élève, qui toutes deux ignoraient par contre l’existence du livre « An Adventure » (c’est du moins ce qu’elles affirmèrent), marchaient dans les allées du parc. Parvenues à peu près à l’endroit où Miss Moberly et Miss Jourdain, vingt-sept ans plus tôt, avaient rencontrés les « jardiniers », elles se sentirent affreusement déprimées et hâtèrent le pas. A la fenêtre d’un bâtiment donnant sur le lac, elles aperçurent une femme portant une haute coiffe qui les regardait. Elles remarquèrent aussi un vieil homme à la mise sinistre, vêtu d’un long manteau gris-vert galonné d’argent, portant sur la tête un tricorne.

 

Elles lui demandèrent des renseignements sur le Petit Trianon. Il répondit d’une voix rude, brusque, en un français inintelligible. Les deux Anglaises, que la peur commençait à gagner, s’éloignèrent rapidement. Elles dépassèrent le mystérieux personnage, jetèrent un coup d’œil en arrière : il n’y avait plus personne !

 

En 1955, le 21 mai, un avoué londonien et sa femme, venus passer quelques jours en France, se promenaient dans le parc de Versailles. Ils empruntèrent le chemin conduisant au hameau. Il n’y avait personne aux alentours. Le temps était lourd, oppressant. La femme de l’avoué se sentit mal à l’aise. Soudain, les touristes virent venir à eux une femme et deux hommes qui marchaient tranquillement en devisant. La femme avait une robe très ample, d’un jaune « merveilleux et chatoyant ». Les hommes portaient de longs manteaux noirs, des culottes, des bas et des chaussures noires ornées de boucles d’argent. Le trio disparut mystérieusement. C’est à ce moment-là qu’ils eurent conscience du caractère insolite de l’accoutrement des promeneurs. Le journal « Aux écoutes » du 17 octobre 1958 relata un autre cas pour amuser ses lecteurs. Alors qu’il prenait des croquis à l’intérieur de la bergerie du Petit Trianon, le peinture Kuder avait aperçu l’infortunée reine de France : « J’ai vu, oui, j’ai vu Marie-Antoinette, sans tête. J’ai même entendu le claquement de ses talons ! » affirma-t-il.

 

On peut émettre quelques réserves sur ces récits de hantise, postérieurs à la publication de « An Adventure ». En admettant que le témoignage des anglaises ait été sincère, que penser de leur récit ? A l’époque, il polarisa la colère de deux secteurs idéologiques diamétralement opposés. Les catholiques s’indignèrent car le cas pouvait servir d’argument aux partisans de la réincarnation (les deux Anglaises auraient revécu un épisode d’une vie précédente, à la fin du XVIIIème siècle). Les matérialistes partirent en guerre contre le « merveilleux ».

 

L’un et l’autre camp prétendirent soit que les deux Anglaises avaient entièrement inventé leur trop belle histoire, soit qu’elles avaient assisté à leur insu à un grand bal costumé. Robert Amadou, pourtant farouchement adversaire de l’authenticité « paranormale » du cas de Trianon, constata avec honnêteté, dans l’introduction à son édition des « Fantômes de Trianon » que « la vision des Anglaises ne pouvait être expliquée, ni par la présence d’un décor cinématographique, ni de figurants au Petit Trianon le 10 août 1901, ni par le déroulement d’une fête folklorique. On avait prouvé qu’aucun film n’était tourné à Versailles, qu’aucune fête n’y était donnée le jour de l’aventure. »



 

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On ne saura sans doute jamais ce qui se produisit à Versailles cet après-midi du 10 août 1901. On pourrait, si l’on croit à la réincarnation, songer à l’intrusion soudaine dans le psychisme des deux Anglaises, d’un épisode d’une vie antérieure commune. On pourrait également avancer l’hypothèse plus fantastique débouchant dans le domaine inexploré de l’espace-temps. Il s’agit du soudain passage (en chair et en os) de notre époque à la fin du XVIIIème, avec un retour tout aussi soudain de cette période à la nôtre.

 

Les deux Anglaises avaient-elles remonté le temps ou le temps s’était-il contracté vers elles ? On pourrait aussi admettre qu’il s’agit de personnages morts depuis longtemps qui auraient laissé dans les parages des « radiations » pouvant être « captées » par des personnes réceptives dans certaines conditions atmosphériques ou telluriques. Cette thèse d’une forme « d’empreinte vibratoire » laissée par des personnes ou des événements rappelle une autre thèse d’allure scientifique soutenue par un savant italien, le révérend Père Pellegrino, lequel affirme que dans l’atmosphère, se perpétuent toutes les ondes. Chacune d’elles demeurent indestructible, omniprésente, toujours identique à elle-même, ne se confondant pas avec une autre. Il suffirait d’inventer un appareil susceptible de les capter… Cette théorie fut confirmée par la suite puisqu’un jour fut captée une émission de télévision, hors de tout programme qui avait été diffusée quatre ans plus tôt. Si des émissions de télévision sont retenues dans les mailles de ce gigantesque filet à radiations puis un jour, libérées de leur prison, pourquoi les radiations des êtres humains ne pourraient-elles pas « revenir » et être captées à leur tour par les cerveaux des médiums ?

 

D’autres ont vu dans ce cas la soudaine irruption, dans la vie courante, d’une expérience vécue en rêve. Les deux anglaises auraient été plongées simultanément dans la même réalité onirique, à moins que l’une n’ait transmise son rêve à l’autre, par télépathie. La thèse de fantômes hantant Versailles fut elle aussi évoquée… Enfin, pour ceux qui croient à la bonne foi de Miss Moberly et de Miss Jourdain, mais qui refusent le paranormal, la bonne vieille hypothèse de l’hallucination collective visuelle est l’ultime recours. Mais, c’est une panacée qui nous laisse sur notre faim. Elle ne nous dit pas la cause du phénomène hallucinatoire.

 

L’élément le plus troublant et aussi le plus convaincant de toute cette aventure se trouve dans les modifications topographiques enregistrées par les deux touristes. Elles ont parcouru des sentiers qui n’existaient plus et ont vu des bâtiments aujourd’hui inexistants ce qui incitent à penser qu’elles ont bien déambuler dans le Trianon tel qu’il devait se présenter au XVIIIème siècle. En guise de conclusion, on ne peut passer sous silence l’opinion qu’adopta Lucille Ironmonger dans son livre « Les Fantômes de Versailles », paru en 1958. Elle décrivit des maîtresses d’école déséquilibrées ayant falsifié leurs narrations initiales discordantes sur bien des points.

 

Elles avaient utilisé des documents et des gravures pour modifier ou authentifier leurs visions. Il est vrai que la période entre l’événement et la publication de leur aventure ne plaide pas en faveur de son authenticité. Dix ans, c’est plus qu’il n’en faut pour bâtir un roman ! Les Anglaises ne sont malheureusement plus là pour se défendre des accusations portées à leur encontre…












 

 

Les Dames Blanches

 

Une mystérieuse dame blanche apparut en septembre 1558 dans les couloirs du Monastère de Yuste, en Estramadure, à l’heure, à l’heure où Charles Quint poussait son dernier soupir. En 1807, un spectre similaire se dévoila à Léopoldine, sœur cadette de l’impératrice Marie-Louise, pour lui signaler le décès de leur mère. Léopoldine s’exclama : « Oh, qui est donc cette dame ? » C’est la Dame Blanche qui vient me chercher » répondit leur mère agonisante.



 

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Le 22 juillet 1832, à Schoenbrunn, le fils de Napoléon 1er mourrait de phtisie en prononçant ces mots : « La Dame Blanche, la Dame Blanche… je me noie ! ». La même silhouette se manifesta à la vieille du drame de Mayerling, le 29 janvier 1889. Elle se montra aussi à Elizabeth d’Autriche en 1898 qui se fit poignarder le lendemain par un désaxé ! La famille Hohenzollern possèderait sa Dame en blanc attitrée.

 

En France, le château de Bury (à quelques kilomètres de Blois) est hanté par une dame blanche. De semblables dames se promènent à Rennes-le-Château et au Château de Montségur. En vertu de leur aspect évanescent, l’inconscient populaire a souvent assimilé les Dames Blanches à des Fées. En France, la Dame Blanche n’était autre que la Fée Mélusine. Son nom signifie « merveille » ou « brouillard ». La légende de la Fée Mélusine remonte au XIVème siècle.

 

Un seigneur se promenant le long d’une rivière rencontra une très belle jeune femme, en tomba éperdument amoureux et la demanda en mariage. La dame accepta à la condition qu’il ne cherche jamais à la voir nue. Bien que fort triste, le seigneur consentit à sa demande, l’épousa et les années passèrent, sans qu’il ne déroge à sa promesse.

 

Toutefois, le roi commença, à se sentir frustré, d’autant que de mauvaises langues lui rapportaient que son épouse avait un amant. N’y tenant plus, il décida de l’admirer à la dérobée pendant qu’elle prenait son bain. Il la découvrit magnifique, peignant sa longue chevelure mais aperçut avec stupeur, qu’en guise de jambes, elle arborait une énorme queue de poisson ! Surprise dans sa nudité reptilienne, la beauté aquatique s’envola par la fenêtre… Mélusine fait partie des romans fabuleux de chevalerie. Elle est l’aïeule légendaire de la maison de Lusignan.

 



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Chaque fois que la mort menace un descendant de cette famille, elle apparaît sur la grande tour du château. Elle est représentée sur les armoiries de deux grandes maisons du Poitou et du Dauphiné. La Dame Blanche de la famille des Habsbourg serait aussi une fée avec laquelle leur ancêtre Leutharius aurait jadis conclu un pacte. Mais, le pays de prédilection des Dames Blanches reste l’Irlande, une terre celtique noyée dans les brumes de ses légendes. La dame blanche la plus connue est celle du château va mourir. Quand celle de la famille des Wikmow apparaît, les portes du salon s’entrouvent. Le spectre fait son entrée, traverse la pièce puis se fond dans l’épaisseur des murs. Les mystérieuses Dames en blanc semblent avoir une prédilection pour les familles aristocratiques pour lesquelles sa venue est toujours une menace funeste. Celui qui les voit ou l’un de ses proches devient un mort en sursit. La plupart des Dames Blanches ont une identité. On sait qui elles sont ou plutôt qui elles ont été. En général, ce sont des ancêtres ou des femmes touchant de près à l’ethnie auxquelles elles appartiennent jadis qui jouent le rôle de gardienne de la lignée. Toutefois, ces silhouettes féminines habillées et voilées de blanc de pied en cap, ne sont pas uniquement l’apanage des familles nobles. Certains automobilistes les ont aperçues de nuit, à la croisée des chemins…

 

La revue « Historia » dans un numéro spécial consacré aux fantômes, paru en 1977, pose en substance les questions suivantes : les mystérieuses « Dames Blanches » enveloppées brumes hantant toujours les mêmes lieux sont-elles des âmes errantes condamnées à expier leurs crimes, des victimes de la fatalité, des mortes non délivrées de leurs illusions terrestres, luttant contre leur anéantissement en provoquant des phénomènes de hantise ? Sont-elles issues du produit de l’inconscient collectif, sorte de mémoire ancestrale commune à toute l’humanité ? Naissent-elles de la pensée des membres d’une même famille à laquelle elles sont rattachées ? Sont-elles de simples constructions mentales ? Appartiennent-elles à un monde parallèle au nôtre ? Sont-elles les fantômes éthériques de personnes disparues ? Il existe de par le monde un nombre impressionnant de témoignages concordants à leur sujet, mais actuellement, personne n’a encore pu répondre à ces interrogations…


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Orphée - dans Mystères et Paranormal