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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:57

La Création selon la Gnose

 

Les Pères de l’Eglise, suivis par les historiens anciens et modernes, ont toujours nié l’existence d’un enseignement ésotérique pratiqué par Jésus et perpétué par ses disciples, notamment par Jean. En 1945, des paysans déterrèrent une cinquantaine de traités religieux et philosophiques, rassemblés en 13 codices, cachés il y a 1.600 ans dans une jarre, non loin de Nag Hammadi, un village de Haute Egypte.

 

 

 

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Cette superbe collection de papyrus et de parchemins révéla des Evangiles et des écrits philosophiques d’origine gnostique écrits en copte, langue parlée par les Chrétiens égyptiens. Ces traités, probablement des copies d’originaux rédigés en grec, dataient des IIème, IIIème et IVème siècles. Citons entre autres : Le Livre secret de Jean, l’Evangile de Judas, de Thomas et de Philippe, l’Hypostase des Archontes, l’Evangile des Egyptiens… Cette découverte fit l’effet d’une bombe tant dans les milieux historiques que théologiques car ces écrits attestaient d’une instruction parallèle de nature ésotérique enseignée par Jésus. Parmi ce corpus de 1.200 pages, actuellement conservé au Musée copte du Caire, un texte défraya particulièrement la chronique, « L’Evangile selon Thomas », originellement titré « Paroles cachées de Jésus écrites par Thomas ». Jésus y révélait entre autre : « Fendez du bois, et je suis là ; soulevez une pierre, et c’est là que vous me trouverez. » Cette phrase à elle seule discréditait l’ensemble de l’institution ecclésiastique car si l’homme pouvait découvrir le Christ sous une pierre ou un morceau de bois, à quoi servaient l’Eglise, le clergé, les temples ? On comprend dès lors pourquoi les textes gnostiques qui proposaient des interprétations et des rituels chrétiens différents de ceux officialisés en 325 furent condamnés par l’Eglise, pourchassés et brûlés. Les communautés dissidentes qualifiées d’hérétiques, soucieuses de préserver leur inestimable héritage décidèrent de le rassembler et de le cacher à Nag Hammadi.

 

Ces textes sont très précieux car ils n’ont pas subi les manipulations, les jeux d’écriture, les ré-interprétations et les censures religieuses qu’endurèrent l’Ancien et le Nouveau Testament. De nature ésotérique, ils évoquent un Christ bien différent de celui des Evangiles. Jésus n’est pas venu sauver les hommes de leurs péchés mais les conduire sur le chemin de l’illumination, c’est-à-dire leur révéler la Connaissance qui les affranchira. Plus besoin d’Eglise ni de prêtres. Chacun peut devenir l’instrument de sa propre délivrance. Il n’est jamais question de repentance ni de confession mais d’un cheminement intérieur à travers lequel chaque être humain peut prétendre à l’éveil libérateur.

 

Outre des dialogues fort dérangeants faisant état d’une relation amoureuse entre le Christ et Marie-Madeleine, d’autres paroles, rapportées dans les Evangiles de Philippe et ceux de Thomas constituent une vive critique des croyances chrétiennes relatives à l’Immaculée Conception et à la Résurrection des corps. Les Gnostiques affirmaient détenir le secret des anciennes initiations. Ils disaient être en possession des révélations d’une tradition invariable dont Jésus était le dépositaire et qu’il révéla à ses apôtres. Le sens de son enseignement fut transmis dans les Ecritures sous une forme voilée à travers l’Evangile et « L’Apocalypse de Jean ». Le texte gnostique connu sous le nom de Christ « Pistis Sophia » souligne d’ailleurs qu’après sa résurrection, le Christ aurait passé onze années à enseigner ce haut savoir à ses disciples. Le mot « gnose » est la francisation du grec « gnosis » signifiant « connaissance », le gnosticisme étant l’ensemble des sectes et des penseurs qui prétendirent détenir le vrai savoir. Le gnosticisme est né de l’angoisse des hommes vis à vis du problème du mal, car derrière le voile des apparences se dissimulait une divinité trouble et imparfaite, source de multiples interrogations.

 

 


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Selon les Ecritures, un Dieu unique, Yahvé était notre seul Créateur. Aucune autre entité équivalente n’était mentionnée à ses côtés. L’insistance sur la souveraineté absolue de cette divinité aboutissait inévitablement à inscrire l’origine du mal dans sa propre volonté, car même s’il a avait eu rébellion de ses légions suivie d’une chute, les démons restaient soumis à sa seule volonté. Les Gnostiques en déduisirent logiquement qu’il devait exister deux géniteurs : un bon, suprême, ineffable et par conséquent inaccessible qui n’interférait jamais sur le plan matériel, et un mauvais qui avait créé notre monde et le gérait à sa guise… Dans les différents systèmes gnostiques, on retrouve toujours l’idée d’une opposition entre le bien et le mal, d’une dualité dans laquelle l’homme a été plongé par une espèce de déchéance. La gnose est la connaissance d’un salut conduisant l’homme vers Dieu, fondée sur le dualisme « bien-mal ».

 

La gnose mettait en exergue le fait que la Création était mauvaise, ratée, qu’elle ne relevait pas du Dieu suprême mais d’une divinité mauvaise. Dieu n’aurait jamais pu créer quelque chose de mauvais. Donc, la création était le fruit d’une divinité, ou d’un être négatif, voire d’un accident, ce qui impliquerait le rejet du Dieu créateur Yahvé de « l’Ancien Testament », considéré comme le mal et assimilé à Satan. En aucun cas, Yahvé ne pouvait être le père du Christ comme l’affirma d’ailleurs Marcion (vers 180) qui fut poursuivi pour hérésie par l’Eglise. Cette création ratée a pour autre conséquence que la matière, la chair, le corps étaient aussi mauvais. Il ne pouvait y avoir de résurrection, parce que ce phénomène continuait à enfermer l’âme dans un corps. De nombreux systèmes gnostiques évoquaient le bien-fondé de la réincarnation pouvant être la conséquence d’une punition ou d’une chute. L’idée majeure du gnosticisme se trouvait dans la libération de l’homme par rapport au monde mauvais lui permettant de monter vers le Dieu bon.




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Les textes gnostiques, au même titre que certains écrits de « Qumram », relataient une toute autre version de la création de l’Univers et de la genèse de l’homme. Leur interprétation rejoignait sur bien des points des textes émanant d’autres traditions occultes et religieuses. Comme nous l’avons dit plus haut, notre monde était imparfait parce qu’une puissance appartenant aux mondes célestes (démiurge, éon, ange, archonte) en avait perverti l’équilibre par erreur, orgueil ou inconséquence. Elle était intervenue dans la bonne marche de l’univers et y avait provoqué des perturbations, entraînant la création d’un monde chaotique non souhaité. Contrairement à l’Eglise qui considérait que l’origine du mal provenait d’une faute originelle commise par le premier couple d’humains, les gnostiques évoquaient une erreur de la divinité qui avait été à la base de notre création. Ils refusaient la vision de l’homme souillé par une culpabilité existentielle. L’homme était une création manquée, une sorte de contrefaçon maladroite, soumise à l’autorité d’un mauvais démiurge qui en avait fait un esclave perdu dans un monde de violence, de perversité et de cruauté qui n’aurait jamais dû voir le jour.

 

Envoyé par le Dieu « bon », le Christ, était venu mettre en garde l’humanité contre la présence dans notre monde d’une ou de plusieurs entités maléfiques que les Evangiles gnostiques désignaient sous le nom d’Archontes. Notre véritable combat n’était pas, comme le révélait Saint Paul dans son « Epître aux Ephésiens », VI, 12 : « … contre la chair et le sang que nous luttons, mais contre les principats, contres les autorités, contre les pouvoirs de ce monde de ténèbres, contre les puissance spirituelles mauvaises qui sont dans les lieux célestes ». En d’autres termes, le vrai challenge de l’homme n’était pas de se concentrer sur une lutte contre le péché originel et les attraits de la chair, mais de se défendre contre les puissances maléfiques qui la dirigeaient dans l’ombre et qui avaient pris possession de la terre. La gnose portait aussi un message élitiste. Les gnostiques se disaient initiés à des choses que les autres ne savaient pas. C’est cet élitisme qui fit que la vraie connaissance restait secrète et faisait l’objet d’une initiation. L’humanité se divisait en trois catégories : ceux qui étaient d’emblée dans la bonne connaissance ou pneumatiques, ceux qui étaient « récupérables » ou les psychiques, et ceux qui étaient totalement englobés par la matière et donc « irrécupérables », les terrestres.

 

 


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La gnose se caractérisait aussi par le syncrétisme car elle récupéra des éléments de différentes croyances : dualisme persan, textes de Platon, évangiles apocryphes… Enfin, notons qu’elle accordait une grande importance à l’élément féminin de Dieu, au thème de la Mère universelle. Cette « Mère » était décrite de manière très contradictoire, pouvant être un instrument de condamnation, de jugement, mais aussi une matrice enfermant la création. Dérivant de cela, la place de la sexualité dans la gnose était aussi contradictoire. Des mouvements très ascétiques refusaient le mariage et la sexualité considérée comme une porte ouverte à la procréation qui de nouveau faisait retomber l’âme dans la chair. D’autres courants prônaient une sexualité débridée, par mépris envers la dite chair.

 

Il y eu de nombreuses sectes gnostiques professant des enseignements et des principes qui dans leur ensemble se rejoignaient mais qui présentaient entre eux certaines divergences de vue. Ce dossier se veut une synthèse de la philosophie générale des gnostiques. La gnose reconnaît l’existence d’une déité suprême, transcendante et androgyne qu’elle appelle indifféremment le Dieu non manifesté, la monade, l’Esprit invisible, l’Absolu, le Silence, l’Abîme, l’Eon éternel parfait, l’innomé, l’ineffable, le jamais créé, l’Amour pur, le Dieu étranger, le Dieu lointain, le Dieu inconnu. Selon la gnose, le Dieu ne s’était encore jamais manifesté dans notre monde matériel. Il peut être mis en parallèle avec le Dieu El des Cananéens. De lui émanent un Principe illuminateur mâle, le grand père céleste, et le Principe illuminateur femelle, la grand-mère céleste, la matrice universelle, nommée Barbelo, Epinoia, Sophia, Ennoia ou encore Pistis. La gnose place le Dieu suprême au sommet d’un univers divin appelé « Plérôme » ou « lieu de la Plénitude », constitué par des éons ou puissances célestes hiérarchisées qui entretiennent entre eux des rapports très complexes. Le Christ ou Logos est le seul être ayant été engendré par le Père et la Mère. A l’origine, le monde visible fut créé à la ressemblance du monde invisible et caché.

 

A côté de cet univers divin, complètement séparé de lui, il y a le monde d’en bas, celui des ténèbres. Il a été créé par un mauvais ange qui l’a formé à partir d’une matière préexistante, mais qui ne l’a pas fait correctement, vu qu’il était ignorant du divin, bien qu’il en fut une émanation « bâtarde ». Déité directement reliée à la perfection, Sophia, aurait normalement toujours dû agir de concert avec sa contrepartie masculine à laquelle elle était attachée mais tel ne fut pas le cas. Sophia qui désirait comprendre plus profondément l’Eternel commit une erreur fatale et irréparable. Tentant d’imiter le pouvoir créateur du Dieu ineffable, elle se sépara de son principe masculin et tomba du Plérôme ou Royaume céleste. Elle fut précipitée dans le monde des abysses, un monde de néant et d’absence de lumière. Grâce à sa propre puissance, elle enfanta par inadvertance un monstre à visage de lion et au corps de serpent, une chose imparfaite et disgracieuse, étant donné qu’elle l’avait engendré sans sa polarité masculine et sans l’avis du Dieu ineffable. Les yeux de ce monstre étaient pareils à des éclairs lançant des flammes. Sophia le repoussa loin d’elle et le plaça sur un trône entouré d’une nuée, afin que personne ne puisse le voir, hormis le « Père des vivants » auquel elle ne pouvait rien cacher. Elle venait de donner naissance à une créature saurienne, un être d’orgueil, malicieux et vil, androgyne lui aussi, qualifié de « Dieu des aveugles » et appelé indifféremment, Sabaoth, Samaël, Saclas (l’idiot), Ialdabaoth.




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Les gnostiques l’identifièrent à Yahvé / Satan. Cet archonte maléfique n’est ni plus ni moins que le « demi-frère » du Christ ! Une fois engendré, Satan/Yahvé aperçut devant lui un univers immense à conquérir. Poussé par sa vanité et son arrogance, il déclara qu’il n’y avait pas d’autres dieux qui lui. L’Archonte orgueilleux mais très puissant se bâtit un monde d’une grandeur sans limite (notre univers) puis décida de susciter de lui des enfants. Il créa sept créatures androgynes et leur dit : « Je suis le Dieu du Tout ! ». La folie qui animait le grand Archonte maléfique lui fit aussi déclarer : « Je suis un Dieu jaloux ». Il engendra une multitude de démons, pour le servir, qui peuplèrent désormais les mondes de la matière d’où ils étaient issus. Lorsque le vrai Dieu, « l’incorruptible » abaissa son regard vers la région des eaux « ne vue d’unir, le Tout à la Lumière », son image se refléta et les puissances des ténèbres s’en éprirent. Les faux démiurges androgynes réussirent, on ne sait trop comment, à capter cette image parfaite située de « l’autre côté du voile » et décidèrent de créer un homme. Les Archontes se dirent alors : « Faisons un homme qui soit de la poussière de la terre ». Ayant pris de la terre, ils modelèrent un homme d’après leur propre corps (avorton animal), à la ressemblance de l’image du Dieu qui leur était apparue dans les eaux. Toutefois, étant donné une « imprécision de fabrication », leur créature ne pouvait pas se tenir debout. Dans leur maladresse, ils avaient créé une créature hybride mi-humaine, mi amphibienne, mi reptilienne, annonçant le règne des premiers animaux sur terre. Alors, Dieu eut pitié d’elle et souffla dans son visage. « L’Esprit (de Dieu) aperçut sur le sol l’homme pourvu d’une âme. Il descendit et vint en lui, et l’homme devint une âme vivante. Il lui donna le nom d’Adam parce qu’il l’avait trouvé rampant sur la terre. » Aussitôt, l’homme se mit debout et parla.

 

Bien qu’issu d’une sorte de création « génétique » des Archontes, l’homme était différent de ses créateurs car l’étincelle de vie et d’intelligence divine lui avait été donnée par le « vrai » Dieu. Les Archontes placèrent Adam dans le Jardin d’Eden « pour qu’il le cultive », en lui interdisant de manger à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, lui prédisant la mort s’il essayait. Quelques temps après, ils se concertèrent et décidèrent de faire tomber Adam dans un profond sommeil (assimilé à l’ignorance), pendant qu’ils tranchaient dans son côté et qu’ils faisaient apparaître une femme. Puis, ils reconstituèrent le côté « en mettant de la chair à la place », un acte qui s’apparente à une véritable « opération chirurgicale ». Quand les Archontes virent la contrepartie féminine d’Adam, « un grand émoi les saisit et ils la désirèrent. Ils dirent l’un à l’autre : Allons ! Jetons en elle notre semence et ils la poursuivirent. (…) Ils provoquèrent eux-mêmes leur propre condamnation. »

 

Tentant de réparer sa faute, le principe féminin de Dieu, Sophia, s’introduisit dans le « Serpent instructeur » et dit à la première femme : « Vous ne périrez pas de mort (si vous touchez au fruit de l’arbre). C’est par jalousie qu’on vous a dit cela. Au contraire, vos yeux s’ouvriront et vous deviendrez comme les dieux, distinguant le bien et le mal ». La femme mangea le fruit défendu puis en donna à son mari. S’apercevant de leur désobéissance, Satan/Yahvé maudit la femme et le serpent, chassa le couple hors du verger et le tourmenta « par de grandes tribulations et une vie pleine de soucis, afin que l’humanité soit accaparée par la vie matérielle et n’ait pas la possibilité de se consacrer à l’Esprit saint. »

 




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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes
22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:21

L’Episode du Jardin d’Eden

 

le Serpent, tentateur ou initiateur ?

 


 

Adam-et-Eve

 

 

 

Le Jardin d’Eden n’est pas une invention hébraïque, quoi qu’on en pense ! Le mot eden est akkadien, langue proto-hébraïque ou proto-sémitique introduite en Mésopotamie par le peuple d’Agadé ou Akkad qui domina l’ancien royaume de Sumer au cours de la seconde moitié du troisième millénaire avant J.-C. L’Eden est en réalité un concept sumérien signifiant « paradis » ou « plaine ».

 

Des chercheurs qui se sont amusés à rechercher l’endroit où se trouvait jadis ce jardin des délices (en admettant qu’il ait réellement existé) en ont conclu qu’il se situait probablement en Irak actuel, considéré depuis toujours comme le « berceau de la civilisation ». C’est de leur captivité en Mésopotamie que les Hébreux ramenèrent leurs idées de création, de péché, de déluge et de démons. Lors de leur exil, les Juifs découvrirent l’esprit mauvais ou Angra Mainyu (Ahriman en Perse) qui s’opposait à son frère Spenta Mainyu, tardivement identifié à Ahura Mazda, le génie du bien. Angra Mainyu avait choisi le mal consciemment, et par cet acte, avait créé la mort. La lutte perpétuelle de ces « frères ennemis » correspondait au principe zoroastrien (issu du zoroastrisme, religion fondée par Zarathoustra au cours du premier millénaire avant J-C) de deux puissances antagonistes destinées à se combattre éternellement.

 

Le Zend-Avesta est le texte le plus sacré des « Zoroastriens » avec le « Bundahishn ». Ce dernier comprend un mythe créationniste dans lequel une tige de rhubarbe grandit et se divise en deux êtres humains, Masya et Masyanag, père et mère des mortels. Le couple vit dans la pureté jusqu’à ce qu’il soit séduit par Angra Mainyu, l’esprit mauvais, le « Satan » à venir, (ou selon diverses versions par les daevas, génies malveillants, ou les ahouras, les « brillants » disgraciés) qu’il allait désormais vénérer à la place d’Ahoura Mazda, le Dieu du bien. Une fois corrompu, les premiers humains perdent leur pureté originelle. Les Zoroastriens pensaient que cette faute primitive avait marqué à jamais leur descendance.

 

Il existe des ressemblances entre les récits perses et hébreux de la chute originelle, les premiers ayant probablement inspiré les seconds. Pour Zecharia Sitchin, éminent chercheur, auteur de la célèbre « Douzième Planète », les « histoires bibliques concernant la création de la Terre et de la vie, de l’homme, le Jardin d’Eden, le Déluge, la Tour de Babel… étaient des récits écrits pour la première fois par des Sumériens, il y a 6000 ans ! ». Selon Andrew Collins, auteur de l’ouvrage « Nos ancêtres les Anges », les « notions judaïques de la chute de l’homme, du serpent et de la chute des anges dérivent directement ou indirectement des sources zoroastriennes ou pré-zoroastriennes ».

 



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Le serpent de la Genèse comme celui du Bundahishn serait la représentation figurée des daevas ou ahuras ayant séduit l’humanité à l’époque de la chute. Il personnifierait Bélial, Shemyaza ou Azazel, noms donnés au chef des « Veilleurs » dans les récits énochiens ; ces anges déchus qui s’accouplèrent avec des femmes de chair et leur firent des enfants. Examinons ce que révèle « L’Ancien Testament » à propos de l’épisode du Jardin d’Eden et résumons-le brièvement.

 

La Genèse montre le premier couple. Adam et Eve, menant une existence paisible dans un lieu idyllique où tous les animaux cohabitent pacifiquement. Yahvé leur a donné un ordre formel : « De tout arbre du jardin tu pourras manger, mais de l’arbre de la science du bien et du mal tu n’en mangeras pas, car du jour où tu en mangeras, tu mourras ». Genèse II, 16-17. le serpent qui était le « plus rusé de tous les animaux qu’avait faits Yahvé Elohim » dit à la femme : « Est-ce que vraiment Elohim a dit : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ? » la femme lui répond : « Du fruit des arbres du jardin nous pouvons manger, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Elohim a dit : « Vous n’en mangerez pas et n’y toucherez pas, de peur que vous ne mouriez ». Le serpent lui révèle alors : « Vous n’en mourrez pas, mais Elohim sait que, le jour où vous ne mangerez, vos yeux se dessilleront (s’ouvriront) et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal ». La femme voit que l’arbre est « bon à manger », qu’il est « agréable aux yeux et plaisant à contempler ». Elle prend de son fruit et en mange puis le présente à Adam qui le goûte à son tour. Alors, leurs yeux s’ouvrent et ils se rendent compte qu’ils sont nus. Ils cousent des feuilles de figuier et se font des ceintures pour cacher leur nudité.

 

Entendant la voix de Yahvé qui se promène dans le jardin, Adam et Eve se cachent au milieu des arbres. Yahvé Elohim appelle l’homme et lui dit : « Où est-tu ? » Adam répond : « J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché ». Yahvé lui dit : « Qui t’a révélé que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais ordonné de ne pas manger ? » L’homme avoue : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné de l’arbre et j’ai mangé ». Yahvé Elohim dit à Eve : « Qu’est-ce que tu as fait ? » La femme répond : « Le serpent m’a dupée et j’ai mangée » - Genèse III, 8-13. Yahvé Elohim s’adressant au serpent lui dit : « Puisque tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et entre tous les animaux des champs. Sur ton ventre tu marcheras et mangeras de la poussière tous les jours de ta vie ! J’établirai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et sa race : celle-ci t’écrasera la tête et, toi, tu la viseras au talon ». Il avertit la femme : « Je vais multiplier tes souffrances et tes grossesses : c’est dans la souffrance que tu enfanteras des fils. Ton élan sera vers ton mari et, lui, il te dominera ». A l’homme, il dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné un ordre, en disant : Tu n’en mangeras pas ! Maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la souffrance que tu te nourriras de lui tous les jours de ta vie. Il fera germer pour toi épine et ronce et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ton retour au sol, puisque c’est de lui que tu as été prix, car tu es poussière et tu retourneras en poussière ». Genèse III, 14-19.

 



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Yahvé dit ensuite (à qui s’adressait-il ?) : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal ! Maintenant, il faut éviter qu’il étende sa main, prenne aussi de l’arbre de vie, en mange et vive à jamais ». Yahvé Elohim chasse Adam et Eve du Jardin d’Eden pour qu’il cultive le sol d’où il avait été extrait. Il installe à l’Orient du Jardin, les anges Chérubins et la flamme tournoyante de l’épée pour garder la route de l’arbre de vie… Voilà pour l’histoire officielle. Nous verrons que celle narrée par les textes gnostiques est bien différente.

 

En résumé, l’origine de la chute est liée à la faiblesse de caractère dont fit preuve le premier couple face aux séductions du serpent et suite au non-respect d’une injonction divine. Cette faute plongea la race humaine dans le mal. L’homme est toujours corrompu par le délit commis par ses deux parents. Le « Paradis perdu » est devenu le mythe de l’homme déchu. Cette chute est généralement mise en parallèle avec celle de Lucifer et des légions d’anges rebelles. Depuis ces temps reculés où les premiers humains péchèrent, alors qu’ils ne savaient même pas ce qu’était le mal, l’humanité porte le poids d’une faute que rien ne semble pouvoir laver. Mais, était-ce bien une faute ? Une faute se commet en toute connaissance de cause. « Qu’avons-nous à faire d’une faute de nos ancêtres qui n’en était d’ailleurs pas une ? » se demande avec justesse Gérard Messadié, dans son « Histoire générale du Diable ». Nous sommes en droit de nous questionner sur le bien-fondé d’une divinité suprême qui refuse à ses créatures la connaissance du bien et du mal et qui leur dénigre toute possibilité de s’affranchir.

 

Le serpent surgit de nulle part, créé par on ne sait qui, mais porteur d’une interrogation cruciale. Son apparence reste une énigme, même si différents illustrateurs l’ont doté d’une figure humaine et d’un corps de reptile. Peut-on dès lors imaginer ce que la Bible ne nous dit pas ou plutôt ce qu’elle nous cache ? On sait que certains enseignements perses nommaient Angra Mainyu (Arihman), le « vieux serpent qui a deux pieds ! » De toute évidence, le reptile de la Genèse était plutôt de type « lézard » que « serpent », comme l’a figuré en son temps le peintre belge Hugo Van der Goes. Le Haggadah (signifiant littéralement « narration », « écrit » en hébreu) décrit le reptile comme étant grand, avec deux jambes et des pouvoirs mentaux supérieurs.

 

La Genèse révèle que le serpent fut condamné à ramper et à être foulé aux pieds, suggérant qu’avant cette malédiction, il se tenait débout sur ses deux pieds ! Selon R. A. Boulay, auteur de « Serpents et dragons volants », le « Haggadah » révèle aussi que le serpent aurait marché comme un homme et que ses pieds et ses mains furent coupés. Le serpent est l’œuvre de Dieu, comme toutes ses créations, c’est du moins ce que nous pouvons supposer. Ses actes participent donc aux œuvre divines ou pour le moins sont issus de sa volonté. On peut imaginer que le serpent est l’instrument, l’outil dont Yahvé se sert pour réaliser le parachèvement de sa Création. Ayant achevé son ouvrage, ce n’est plus lui qui agit mais un autre être programmé à cet effet. Mais si tel avait été le cas, Yahvé n’aurait pas eut cet accès de rage. Il y a plutôt lieu de penser que le reptile s’est immiscé en secret dans le Jardin. Dans une perspective ésotérique, on peut croire qu’il a incité l’Homme primordial, à travers son principe féminin (dans le dialogue, Eve et le serpent sont seuls. Adam et Yahvé sont absents), à manger le fruit, donc à vivre l’initiation. Le serpent a donné à l’homme les moyens d’atteindre le niveau de conscience nécessaire, à la condition que sa liberté soit employée à bon escient et dans la bonne direction. Si le serpent est un éveilleur, alors l’épisode du Jardin devient une parabole initiatique. N’oublions pas que traduit par le mot hébreu « nahash », souvent interprété comme « serpent », le mot signifie aussi « celui qui résout les secrets… »

 

Il existe une complicité naturelle entre la femme et le reptile, comme en témoignent les multiples représentations des Déesses mères, souvent accompagnées de reptiles. Le serpent fut probablement le premier être créé, la femme fut le dernier. Femme et serpent marquent l’Alpha et l’Omega de la création du règne animal. Dans le symbole de l’Ouroboros, Eve et le serpent se confondent. Rappelons que le mot « Eve » est apparenté au mot hébreu « hève » ou « hava » désignant à la fois la vie et le serpent. L’épisode du Jardin d’Eden n’était pas un rendez-vous fortuit mais un destin savamment programmé. La femme ne sembla d’ailleurs pas surprise de cette rencontre inopinée. A aucun moment, le serpent ne tente de savoir où est Adam ni n’essaye de lui parler. L’Eglise conclut hâtivement que le serpent préféra s’adressa à l’être le plus faible, la femme ! Les artistes donnèrent même à l’animal offrant un fruit à l’homme un visage féminin. Evoquant le rôle du serpent, Josy Eisenberg, auteur du livre « A Bible ouverte » révèle : « Attention ! Le serpent n’est ni le diable ni un menteur. Il n’est pas le diable, car lui aussi est créé par Dieu. Il ne fait ni ne dit rien sans y être autorisé. Il entre dans le jardin. Il ne représente pas la révolte, mais la provocation. Sa démarche est naturelle : les rabbins disent qu’il a bien exécuté son office. L’histoire du monde n’a de sens que si le Serpent peut parler. On doit résister à la tentation : encore faut-il qu’elle existe ! Le Serpent n’est pas non plus un menteur. Il promet à Adam et Eve que leurs yeux s’ouvriront et, effectivement, cette prophétie se réalise : « Et leurs yeux s’ouvriront, et ils surent qu’ils étaient nus ». On peut se demander si le Serpent veut attirer Adam et Eve hors du Paradis – les faire « chuter » ou bien s’il n’est pas un ami qui leur veut du Bien. Le summum du Bien. Peut-on le connaître sans affronter le Mal ? Adam ne connaît que le Bien. Dieu connaît le Bien et le Mal. La tentation, c’est que l’homme accroisse son champ de connaissance en expérimentant le Mal. Peut-être en tirera-t-il bénéfice ».

 



Rubens                          180px-Hans Baldung Grien - Eve, Serpent and Death

 

 

Le serpent ne dissimulait rien de malhonnête. Il n’avait pas été créé « mauvais ». Il était venu éclairer, guider montrer la voie, libérer, jamais égarer. Le serpent est à rapprocher de Judas, qui nous le savons maintenant grâce à la parution de son évangile apocryphe, était un initié qui trahit Jésus à sa demande. La vérité est que le serpent avait été adoré par les Egyptiens et par de nombreux peuples qualifiés de païens, tous des ennemis d’Israël. Il était donc logique qu’il devienne pour les Hébreux et donc pour les Chrétien, qui firent leurs les révélations de L’Ancien Testament, la représentation du mal absolu. Le serpent fut l’instrument nécessaire pour que les énergies de l’univers se condensent et que l’homme entre dans la matière, c’est-à-dire s’incarne. Le seul et unique porteur du bien et du mal et de la liberté de s’en servir, c’est l’homme… mais l’homme conscient, l’homme nourrit du fruit de « l’Arbre de la Connaissance ». Si deux pôles d’attraction et de répulsion ne cohabitaient pas en nous, si nous n’étions pas habité (et entouré) par ce dualisme permanent, nous ne serions que des animaux supérieurs guidés exclusivement par leurs instincts.

 

La secte gnostique des Ophites affirma : « Nous vénérons le serpent car Dieu en a fait la source de la Connaissance pour l’humanité. Ialdabaoth (le mauvais Dieu qui créa le monde matériel et l’homme) ne voulait pas que les hommes puissent retourner à la « Mère » ou au « Père ». C’est le serpent qui, ayant tenté l’homme, apporta la Connaissance, enseigna à l’homme et à la femme la connaissance totale des mystères des Cieux. C’est pourquoi leur père Ialdabaoth (Yahvé) rendu fou de fureur les exila du Paradis ». Hippolyte déclara : « … Personne ne peut être sauvé et relevé sans le Fils (Jésus), qui est le Serpent. Car c’est Lui qui apporta les sources du Père et c’est Lui qui emporte jusqu’aux Cieux ceux qui ont été éveillés de leur sommeil et ont revêtu les attributs du Père ».

 

Chef d’œuvre de la littérature babylonienne, l’Epopée de Gilgamesh, poème datant du 7ème siècle avant J.-C. mais qui puise à des sources bien plus anciennes, rapporte les exploits d’un héros à la recherche de l’immortalité. A la fin de son aventure épique, Gilgamesh apprend qu’au fond de l’océan pousse la « plante de vie ». Le héros plonge sans hésitation dans l’eau et cueille la plante miraculeuse. Malheureusement, lors de son voyage de retour, il s’arrête pour se baigner et un serpent s’empare de son trésor. Le serpent vient d’acquérir à jamais l’immortalité que Gilgamesh convoitait. L’immortalité a souvent été reliée à la connaissance détenue par le serpent. Quand Gilgamesh trouve la plante de vie, il se la fait voler par un serpent qui en partant laisse derrière lui sa peau, témoignant d’une forme d’immortalité, de rajeunissement. Adam et Eve goûtent au fruit du savoir et perdent à jamais l’accès à la vie éternelle. Dans de nombreuses mythologies, le serpent a été le symbole de la guérison et de la renaissance.

 

A ce propos, une série de textes apocryphes narrent ce que notre « Genèse » ignore ou laisse délibérément de côté. Le récit connu sous le nom de « Conflit d’Adam et Eve avec Satan », écrit originairement en arabe (probablement d’origine égyptienne) puis traduit en éthiopien, commence avec le bannissement du couple originel et continue jusqu’aux premières générations adamiques, enchaînant avec la naissance de Caïn et Abel sur laquelle s’ouvre la Genèse 4. Après avoir été éjecté du Paradis et s’être nourris pour la première fois, le couple originel constate que leurs corps ont acquis des « fonctions étranges » et que « toute chair qui a besoin de nourriture et d’eau pour exister, ne peut pas être dans le Jardin ». Il existe une incompatibilité fondamentale entre la nature matérielle des hommes après la chute et la nature de gloire de l’Eden. Dans le texte pseudépigraphique connu sous le nom de « Vie grecque d’Adam et Eve », Seth, voyant son père sur son lit de mort, s’offre de retourner dans le Jardin demander aux anges qui le gardent un fruit donnant la vie éternelle. Averti sur les risques d’une telle désobéissance, Adam décline sa proposition. En Revanche, il prie Seth et Eve d’aller chercher dans les alentours du Jardin un arbre dont « l’huile de pitié » pourrait soulager ses douleurs. Après que Seth se soit fait attaqué par une bête sauvage, il arrive finalement au Paradis et invoque Dieu. L’archange Michael apparaît et lui révèle que « l’huile de miséricorde » ne sera donnée qu’à la fin du monde…

 

Outre la connaissance cachée et l’immortalité, le serpent représente aussi le désir sexuel sinon le membre viril lui-même. Selon le Talmud juif, le diable copula avec Eve. Le « fruit défendu » serait le symbole d’un acte sexuel illicite. Dans la tradition talmudique, la séduction adultère d’Eve par le serpent ne fait aucun doute. Dans le « Talmud Abot » de Rabbi Nathan, le serpent a pour projet de tuer Adam et d’épouser sa femme ! Selon Léon Azkenasi, quand Eve répond « le serpent m’a séduite et j’ai mangé le fruit », le terme hébreu employé signifie en réalité « il a mis sa semence ». Dans le Proto-évangile de Jacques, apocryphe du IIème siècle, Joseph s’interroge : « L’histoire d’Adam se répète-t-elle à mon sujet ? Car tandis qu’Adam faisait sa prière de louange, le serpent s’approcha et surprit Eve, seule. Il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe ». Le mythe d’Eve succombant au charme du reptile est aussi à mettre en relation avec l’ensemble des femmes qui séduites par les Fils d’Elohim de la Genèse, appelés « Veilleurs » dans le Livre d’Enoch, s’unirent à eux, leur firent des enfants et reçurent de leurs amants célestes une connaissance que la divinité suprême se réservait pour son usage exclusif.

 

Notons que la mythologie et la littérature hindoue sont remplies de liaisons sexuelles entre des dieux serpents et l’espèce humaine. L’Inde est aussi le berceau du serpent de la Kundalini (d’après un terme sanskrit, « boucle »), l’énergie primordiale lovée au bas de la colonne vertébrale que l’homme doit réveiller pour atteindre l’illumination libératrice, la fusion avec le Dieu suprême. Cette énergie est figurée sous la forme d’un reptile enroulé sur lui-même trois fois et demi. Le serpent de la Kundalini est pareil à Ananta, le reptile lové à la base de l’axe du monde, gardien du nadir, le point opposé au zénith. Le dynamisme reste engourdi dans les profondeurs du corps humain mais le serpent ne dort que d’un œil. Son réveil est l’objectif principal du Yoga tantrique. Il se réalise par paliers successifs de sept étapes représentant des niveaux d’énergie et de conscience progressifs. En une puissante aspiration ascendante, l’énergie du serpent remonte le long de la colonne vertébrale, libérant au passage les forces subtiles propres à chaque plexus ou chakra pour s’épanouir, s’il y a expérience complète, jusqu’au sommet du crâne, au niveau de la fontanelle, dans le ciel de la conscience divine. Telle une ligne à haute tension, la Kundalini canalise l’énergie provenant de l’union des deux pôles : Shiva, le principe masculin et Shakti, le principe féminin.

 

C’est l’extase absolue, la béatitude suprême. Selon certains, le serpent du Jardin d’Eden révéla à Eve la connaissance de l’arbre, c’est-à-dire de la Kundalini, symbolisée par le « Caducée », un savoir permettant au premier couple de s’affranchir de l’autorité de Yahvé et de retourner à la grande Lumière primordiale.

 



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Les deux Genèses

 

La version des événements telle que décrite dans les textes gnostiques de Nag Hammadi, avec quelques variantes de détails, est confirmée par l’Ancien Testament qui raconte, et cela peu de gens le remarquent, non pas une, mais deux genèses, par deux créateurs différents.



 
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Cette idée avait déjà été exprimée par Brinsley Le Poer Trench, dans son livre « Le Peuple du Ciel » paru en 1960 ; Selon lui, la « première histoire de la création dans la Genèse a trait à l’établissement de l’Age d’Or. La seconde, au chapitre 2, raconte la création de l’être humain au corps chimique animal, la création d’un second Adam, par Yahvé ». Cette création fut le péché du grand archange qui a dit « je serai semblable à Dieu » et qui fut puni de sa témérité en devenant responsable des effets de ses expériences interdites jusqu’à l’heure où les choses pourront être remises au point, à la satisfaction de toutes les entités concernées ».

 

Au commencement, Elohim créa le ciel et la terre. Il sépara la lumière des ténèbres, les eaux de la terre ferme, puis il forma les végétaux, les luminaires (le Soleil et la Lune), les poissons, les reptiles, les oiseaux, les mammifères et enfin, Elohim dit : « Faisons les humains à notre image. Selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer… Elohim créa les humains à son image : il les créa à l’image d’Elohim : homme et femme, il les créa. Elohim les bénit ; Elohim leur dit « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez la. Dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre » - Genèse 1, versets 26-28. Nous étions le sixième jour. Elohim donna au premier homme/femme et aux animaux tout ce que la terre portait comme herbe et comme arbre fruitier. Le septième jour, Elohim se reposa. Elohim créa par le Verbe, des êtres à sa ressemblance. Leur tâche était de se multiplier et de dominer la terre.

 

Le Zohar puisant à des sources non expurgées explique que l’être primordial a été créé androgyne, c’est-à-dire mâle et femelle : « Dieu fit l’homme parfait. Il le forma mâle et femelle et la femelle comprise dans le mêle ». Et si dans la tradition chrétienne, Eve fut la première femme d’Adam, le Zohar révèle pour sa part que : « Dans l’abîme d’en haut existe une femelle qui… porte le nom de Lilith. Elle fut la première à se présenter a Adam. Lorsque Adam fut créé et que son corps fut achevé, mille esprits du côté gauche accoururent et chacun voulut le pénétrer mais n’y parvenait pas. Dieu les chassa. Adam, en attendant, était couché par terre, le corps dépourvu d’esprit et le visage jaune ; et tous les esprits faisaient cercle autour de lui ». Adam n’est encore que le « glébeux », un corps sans vie qui attend de recevoir le souffle d’un esprit pour naître. Le Zohar précise : « Les âmes mâles sont issues du côté droit de Dieu, les âmes femelles du côté gauche ». Lorsque l’Adam androgyne se leva, il avait la femelle unie à lui. Dieu le fendit en deux pour le séparer de sa partie féminine.

 

Il para cette dernière pour l’offrir à son mari mais Lilith préféra s’enfuir au-delà des mers. Elle devint l’archétype de la femme rebelle qui refuse l’autorité masculine à laquelle Dieu la soumet dès le départ, le prototype de la femme révoltée, refusant la soumission, exigeant une place égale à celle de l’homme. Le livre kabbalistique « L’Alphabet de Ben Sirah », datant du XIème siècle révèle : « Les deux premiers partenaires humains furent Adam et Lilith, ils avaient été créés de manière à répondre à un désir manifeste du Créateur : il y aurait égalité de droits entre l’homme et la femme. La tradition talmudique affirme même qu’ils avaient été créés unis par le dos ».




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La première genèse est l’œuvre incontestable des Elohim, traduit erronément par le mot « Dieu » au singulier. En hébreu, le terme Elohim évoque une des neuf classes d’anges appelée malakhi élohim ou encore tarshishims. Elohim est tiré du mot « el » désignant le Dieu des Cananéens que les Juifs identifièrent de manière erronée à leur Dieu tribal Yahvé. Le mot « élohim » est le pluriel d’eloha et signifie littéralement « les Dieux », non une déité unique. Traduire ce mot par un singulier, comme le fait la traduction française de l’Ancien Testament, est un non sens. Il ne s’agit pas davantage d’un « pluriel de majesté » comme l’affirment les théologiens bien embarrassés. Les élohims sont des fils émanés de la pure Lumière primordiale. Elohim est un terme féminin-pluriel désignant des divinités angéliques de type androgyne. L’Adam 1 est un être purement androgyne.

 

Le second chapitre de la Genèse (à partir du verset 2-4) contredit le premier. Il n’est plus question de Elohim mais de Yahvé Elohim (dans la version hébraïque), ce terme pouvant se traduire par le « chef » ou le « Dieu des Elohim ». Nous assistons à une autre création, réalisée cette fois par le « chef des anges » ou plutôt par celui des archontes (selon les gnostiques). Yahvé Elohim n’agit pas seul puisqu’il est écrit : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal ! » Yahvé Elohim créa un ciel et une terre (Genèse 2-4). Beaucoup s’interroge : s’agit-il bien de la même « terre » que précédemment ? Apparemment non. Si la première genèse concernait l’univers, celle-ci s’étend seulement à notre planète. Et c’est à un autre être que Yahvé Elohim donne naissance. Il l’appelle Adam, désignant la terre (adama) d’où il a été tiré. « Yahvé Elohim façonna l’homme de la poussière de la terre ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant ».

 

Ensuite, « il prit l’homme et le plaça dans le Jardin d’Eden pour le cultiver et le garder », lui interdisant de goûter à l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’Adam 2 (de la deuxième race) n’a pas été créé par le Verbe divin mais fabriqué à partir d’éléments matériels. Il est « produit », non créé. La différence a son importance. Mission lui est donnée de « cultiver le jardin et de le garder ». Il est question ici de travail, non de domination, encore moins de reproduction. Adam est créé pour servir. Le Seigneur Dieu dit au verset 18 : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide (nous retrouvons la notion de travail) qui sera son vis-à-vis ». Au verset 21, il « fit tomber une torpeur sur l’homme qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Le Seigneur Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme, et il l’amena vers l’homme ». En la voyant, l’homme s’exclama : « Cette fois, c’est l’os de mes os, la chair de ma chair ! » (Verset 23).

 

Selon Brinsley Le Poer Trench, la femme d’Adam 2 fut fabriquée à partir de tissus prélevés sur son compagnon. Il poursuit : « L’Adam 2 était un être entièrement chimique, un animal terrestre entièrement différent de l’Adam originel – l’homme galactique – créé par les élohims des millénaires plus tôt ! « Depuis des temps immémoriaux, les élohims étaient connus comme étant les « Fils du Serpent », les « Sages ». Le serpent avait toujours été le symbole de la civilisation galactique et le sceau du grand Créateur, celui des « Rois Serpents venus du ciel pour établir sur la Terre le règne bénéfique et civilisateurs des Fils du Soleil ou Fils du Ciel ». Ces créateurs envoyés par la grande Lumière primordiale (le Dieu bon et ineffable des gnostiques) revenaient de temps à autre surveiller leurs Adam 1 tandis que le Jardin d’Eden était protégé par la race des Adam 2 et leurs compagnes qui jusque là n’avaient encore jamais procréé. En étaient-elles capables ? Tel n’était pas leur rôle qui était surtout de cultiver le jardin et de la garder. Selon l’auteur, certaines femelles Adam 2 fraternisèrent avec les élohims. De là à penser qu’elles en arrivèrent à copuler avec eux, il n’y a qu’un pas vite franchi puisque la Genèse en parle. Les Adam 2 s’émancipèrent, comprirent qu’ils étaient nus, commencèrent à se fabriquer des vêtements. En découvrant les désobéissance de ses serviteurs, Yahvé entra dans une grande colère. Il maudit le « Serpent » et prophétisa « la défaite de sa descendance, par l’union de son espèce (les Adam 1) avec les descendants des peuples du jardin (les Adam 2).

 

Brinsley Le Poer Trench poursuit : « La création de l’homme-animal (ou Adam 2) fut un acte illégal, commis sans autorisation dans un lieu isolé, spécifiquement choisi. L’humanité de l’Adam 2 ne devait pas avoir la longévité de ses créateurs. Adam 2 fut inventé et créé pour devenir leur serviteur et ils n’avaient pas la moindre intention d’en faire l’un d’entre eux », ajoutant que la création de l’Adam 2 était relativement « récente » par rapport à celle des Adam 1 androgyne. On peut considérer que les Elohim furent les véritables concepteurs de la Création dans un sens large et du premier homme / femme, un parfait androgyne issu du monde spirituel à qui mission fut donnée de dominer et de se reproduire. Yahvé Elohim (celui que les textes de Nag Hammadi nomme « l’avorton de Dieu ») fut le second créateur, celui de l’univers matériel et d’un être humain de nature plus « animale » destiné à être un esclave.

 



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Un élohim compatissant, celui que nous appelons Lucifer, lui transmit la connaissance de l’arbre (ou énergie de la « Kundalini ») lui permettant de retourner à la grande Lumière originelle. L’Eglise a toujours prétendu que le serpent était rusé, vil, menteur, pervers et fourbe. L’animal apparaît seulement dans la seconde création. Il s’introduit dans le jardin où Yahvé Elohim maintenant ses créatures en servitude. Il leur donne les moyens de ses libérer du joug exercé par leur (s) dictateur (s). Il leur offre la « verticalité » de l’arbre, c’est-à-dire, à une voie d’ouverture menant à la grande Lumière primordiale. Ce pouvoir ascensionnel (par rapport à la matière « horizontale ») permet aux êtres humains de se hisser vers le « vrai Dieu ». Yahvé courroucé de voir l’homme et la femme « éveillés » par le serpent les chassent du Paradis et maudit son rival. Le serpent n’a jamais été l’ennemi des hommes/esclaves mais leur émancipateur. Il fut l’envoyé du Dieu suprême, un Elohim (ange) à part entière. Etonnamment, l’Eglise a toujours tout pardonné à l’entité Yahvé. Yahvé est tabou. Peu de gens ont osé faire tomber de son piédestal le Dieu de Moïse. Pourquoi une telle indulgence pour une déité cruelle, colérique, susceptible et jalouse ?! Tout au long de l’Ancien Testament, Yahvé ne fait que brandir l’anathème et la malédiction. Ses actes sont loin de correspondre à l’idée très haute que nous nous faisons d’un bon « Père », d’un Créateur universel. Dans la Genèse, c’est par jalousie ou orgueil qu’il défend à sa créature de toucher à l’arbre de la connaissance.

 

Combien cette défense peut sembler scandaleuse à celui qui cherche la vérité ! Il ment à Adam puisqu’il prétend qu’il mourra s’il touche au fruit défendu : « Le jour où tu en mangeras, tu mourras ». Or, Adam vécut 930 ans ! Il n’est pas très futé puisque dans le Jardin, il questionne : « Adam, où es-tu ? ». Il manque de prescience puisqu’il ne prévoit pas l’intervention du serpent. Enfin, il est vengeur, vindicatif et injuste puisqu’il condamne l’humanité à venir. Notre intention n’est pas de dresser un procès d’intentions à Yahvé. Toutefois, nous pensons que la vérité est cachée sous des artifices trompeurs et que bien souvent, elle est le contraire de ce que l’on nous a toujours enseigné. Pour les gnostiques, Yahvé était un Dieu avorton et mauvais qui donna naissance à une création manquée. Selon Le Poer Trench, la formation de l’homme-animal  détruisit le cycle cosmique. Quiconque créa cet être se rendit responsable des difficultés qui l’accablent. C’est ce que l’on entend par l’aspect « Satan » de Yahvé, ce dernier étant à l’origine un Seigneur de Mars. La Bible l’évoque souvent en tant que « Seigneur des Armées ». Il conclut que « Yahvé désigne un peuple venu d’ailleurs dans l’espace qui créa délibérément, grâce à sa science génétique, une race d’êtres humains particulièrement adaptés pour accomplir certaines fonctions bien définies et prévues ».

 

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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes
22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 11:16

L’œuf cosmique

 

Dans la tradition védique, (textes poétiques sacrés de l’Inde antique), le serpent symbolisait le chaos. Il entourait le monde primitif de ses anneaux monstrueux, comme le serpent Midgard de la cosmogonie germanique dont le nom en islandais désignait le « milieu du monde ». Dans la mythologie hindoue, Vishnu, le Dieu créateur, se reposait à la fin de chaque monde sur un serpent flottant sur l’océan, Ananta ou Vasuki, dont les anneaux enserraient la base de la colonne de l’axe du monde ou « œuf cosmique ».

 



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Le serpent fut fréquemment associé à l’œuf originel. Il le fécondait ou le protégeait et incarnait l’élément révélateur de l’œuf en germination. Le serpent symbolise la force créatrice de l’univers lovée sur elle-même, enlaçant son œuf, menaçant la vie de sa morsure empoisonnée pour la conduire à la mort, se « ré-enfantant » lui-même. Tous les êtres vivants commencent leur existence dans un œuf ou dans un élément de forme sphérique : le végétal dans une graine ; le poisson, le reptile, l’insecte, le volatile dans un œuf ; l’homme et les mammifères dans une cellule ovoïde résultant de la fusion des deux cellules originelles père / mère. La sphère et l’œuf, de par leur forme pleine, ronde, féminine, symbolisent la pureté, la plénitude, l’utérus, la gestation, le point originel d’où tout est émané. Dans l’univers de l’infiniment petit (atomique) et de l’infiniment grand (l’espace), tout est courbe, cercles, spirales et sphères : planètes, étoiles, galaxies, mouvement de rotation, ellipses, cycles. A travers une esthétique parfaite, l’Unité de Dieu se dévoile dans toute la splendeur de sa maternité : harmonie des courbes, sérénité de l’état d’être, équilibre des tensions. La fonction de l’œuf est cyclique et peut être liée au mouvement alternant et sinusoïdale du serpent.

 

La naissance du monde à partir d’un œuf est une idée commune aux Celtes, aux Grecs, aux Egyptiens, aux Phéniciens, aux Cananéens, aux Tibétains, aux Hindous, aux Vietnamiens, aux Chaldéens, aux Chinois, aux Japonais, aux populations sibériennes et indonésiennes. Ce mythe se retrouve également chez les Dogons, les Bambaras du Mali, au Congo, chez les Incas, en Finlande et en Suède. Dans la structure de toutes les cosmogonies, l’œuf succède aux chaos, comme un premier principe d’organisation. Il symbolise le germe contenant l’univers en puissance et les prémices des premières différenciations.

 

Un livre sacré de l’Inde, le « Minokhired Péhivi » évoque l’œuf céleste en ces termes : « Le Ciel et la Terre sont faits à la façon d’un œuf d’oiseau. Le ciel, au-dessus et au-dessous de la terre a été fait par Ahura Mazda à la façon d’un œuf. La terre dans le ciel est comme le jaune de l’œuf ». L’œuf est couvé à la surface des eaux primordiales par l’oie Hamsa dit-on en Inde, l’animal représentant l’Esprit, le Souffle divin. Ensuite, il se sépare en deux moitiés pour donner naissance au Ciel et à la Terre. De même, le Brahmânda hindou se sépare en deux demi-sphères d’or et d’argent. L’énergie divine infinie et créatrice plonge une graine dans l’eau afin qu’elle produise la création. Cette graine se transforme en un immense œuf d’or.

 

Après avoir mûri à la surface des eaux pendant mille ans, l’œuf se sépare en deux moitiés, révélant le Dieu Brahma qui crée les sept étages du monde supérieur avec une moitié et les sept étages du monde inférieur avec la seconde. Des héros chinois sont nés d’œufs fécondés par le soleil ou de l’ingestion d’œufs d’oiseaux par leur mère : « Au temps où le ciel et la Terre étaient un chaos ressemblant à un œuf, P’an-kou naquit dans celui-ci et y vécut pendant dix huit mille années. Progressivement, il sépara les éléments du monde : la terre du ciel, mais également la lumière de l’obscurité, l’humide du sec, le yin du yang… qui étaient tous intimement liés à l’intérieur de l’œuf ».

 

 

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L’œuf primordial du Shintô se sépare en une moitié légère (le Ciel) et une moitié plus dense (la Terre). Le Ciel est léger comme le blanc qui l’entoure, la Terre est épaisse comme le jaune de l’œuf coagulé. Dans les traditions chinoises, le chaos a la forme d’un œuf. Au bout de dix-huit mille ans, l’œuf s’ouvre. Les éléments lourds forment la Terre (Yin), les éléments plus légers donnent naissance au ciel (Yang). Une autre théorie chinoise conçoit le monde comme un œuf immense dressé à la verticale. Le ciel et les astres constituent la partie supérieure de la coquille, la Terre est le jaune flottant au milieu de l’océan primordial qui remplit le fond de l’œuf. Dans les mythes orphiques, au commencement était Chronos, le temps. Il engendra le Chaos (l’Infini) et l’Ether (le Fini), enveloppés par la Nuit primordiale, surnommée « la déesse aux ailes noires ». La Nuit fut courtisée par le vent du Nord, c’est-à-dire par le serpent. De cette rencontre naquit l’œuf d’argent, autrement dit la Lune, symbole de Vie, d’Unité et de Perfection. Du sein de cet œuf gigantesque sortit Phanès, la Lumière qui, de par son union avec la Nuit, donna naissance au Ciel, à la Terre et à Zeus. Les anciens Grecs comme les Egyptiens imaginaient que toutes les forces de la nature avaient été concentrées dans un germe primitif apparu sous la forme d’un œuf.

 

Une légende polynésienne révèle qu’au commencement était Taaroa, l’Unique. Il était son propre créateur et demeurait solitaire dans sa coquille. Cette coquille était semblable à un œuf tournant dans l’espace infini, sans ciel, sans terre, sans lune, sans soleil, sans étoiles. Rongé par l’ennui, le Dieu brisa sa coquille. Avec celle-ci, il établit la grande fondation du monde. Son univers était organisé en plates-formes empilées les unes sur les autres. Un trou percé dans chacune d’elles permettait de progresser dans le savoir. Chez les aborigènes d’Australie, le Dieu serpent des mers primitivement enfermé dans un œuf brisa sa coquille. Les éclats formèrent les îles alors que les mouvements de reptation de son corps créèrent les plis de l’écorce terrestre, les courbes des rivières, les éclairs et les arcs-en-ciel. Chez les Incas, un mythe cosmologique recueilli au Pérou par les premiers chroniqueurs espagnols révèle que le héros créateur demanda à son père, le Soleil, de créer des hommes pour peupler la terre. Celui-ci envoya trois œufs. Du premier, un œuf d’or, sortirent les nobles, du second en argent, naquirent leurs femmes, et du troisième en cuivre, fut issu le peuple Inca.

 



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Dans les mythes celtes, le serpent à tête de bélier s’enroulait autour de l’œuf primordial pondu par la grande Déesse et le fertilisa. Pour les Bambaras du Mali, l’œuf est l’esprit premier créé au centre de la vibration sonore. Peu à peu, il se sépara d’elle, gonfla et éclata, libérant les vingt-deux éléments fondamentaux. Au Congo, l’œuf représentait le monde et la perfection. Le jaune figurait le côté féminin et le blanc, le sperme masculin. Certaines tribus pensaient que l’homme devait s’efforcer de « ressembler à un œuf ». En Finlande, une légende raconte qu’avant la naissance des temps, une Vierge sortit son genou des eaux primordiales. Un canard vint y déposer sept œufs dont six en or et un en fer. Ensuite, elle plongea et les œufs se brisèrent dans l’océan. Les divers morceaux se transformèrent en ciel, soleil, lune…

 

L’œuf apparaît comme l’un des symboles de la rénovation périodique de la nature évoquée par la tradition des œufs de pâques et des œufs colorés, dans de nombreux pays. Il illustre le mythe de la création périodique. Parallèlement au principe de la création, il symbolise la renaissance, la régénération et la répétition. Une coutume provençale consiste à offrir à un nouveau-né un œuf pour qu’il soit « bon comme le pain, sain comme le sel, plein (de bénédictions, de vie, de grâces) comme un œuf ». L’œuf devint le symbole du mystère pascal dans lequel s’opère une gestation, une transmutation, les préparatifs de la résurrection. Des œufs d’argile découverts dans des sépultures de Russie et de Suède ont été interprétés comme des emblèmes d’immortalité et des symboles de résurrection.

 



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L’œuf tient une place importante dans la tradition alchimiste. On appelait « Œuf des Philosophes », le vase dans lequel ils enfermaient leur matière pour la cuire. L’œuf symbolise la matière même du magistère contenant le mercure, le soufre et le sel, soit le blanc, le jaune et la coque renfermant le tout. L’œuf philosophique représentait à la fois la création de l’univers et la transmutation des métaux. L’alchimiste le considérait comme l’emblème de l’œuvre sacrée accomplie où les contraires avaient fusionné et au sein duquel l’être renouait avec son état androgyne primitif ouvrant à l’immortalité. Au même titre que le serpent Ouroboros, l’œuf primordial peut être assimilé à la grande roue des incarnations du Bouddhisme ou Samsara à laquelle chaque individu est soumis jusqu’à la libération finale ou nirvana. L’œuf représente la maison, le nid douillet, le sein maternel sécurisant, lié aux valeurs de protection et de repos. Mais pour faire l’expérience de la vie, l’être doit quitter sa douce sécurité comme le poussin brise sa coquille…

 

 

Le Dualisme divin

 

Dans toutes les légendes, la création est synonyme de différenciation, de séparation, d’explosion d’une Unité originelle décrite comme une forme ovoïde. Selon Einstein, créateur de la formule E=MC² : l’énergie est égale à la masse multipliée par la vitesse (célérité) de la lumière au carré. L’univers est en mutation permanente. Sa masse disparaît en certains endroits pour réapparaître à d’autres, en un cycle de flux et de reflux, d’activité et de repos, de création et de destruction. Des mondes cessent d’exister pour se transformer en énergie, puis ils renaissent sous d’autres formes.

 


 

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Ces alternances sont liées à des charges électriques qui se retrouvent partout dans la nature, l’homme, l’atome. L’univers entier est électrique et cette force unit toutes les énergies cosmiques, tant dans notre monde tridimensionnel que dans les univers à dimensions supérieures et inférieures. Il y a toujours alternance de cycles positif et négatif, et le serpent en constitue l’un des principaux symboles, c’est pourquoi il est présent dans la plupart des cosmogonies. Edwin Hubble découvrit dans le fameux observatoire du mont Wilson que toutes les galaxies s’éloignaient les unes des autres à des vitesses fantastiques.

 

Les savants en conclurent que si l’univers était en expansion croissante, c’est qu’au départ, il y avait eu une explosion à partir d’un centre primordial, d’un noyau primitif d’une densité inimaginable. Il semble que cette explosion que les savants imaginent comme un événement chaotique relevant du pur « hasard » fut plutôt une programmation extrêmement intelligente… L’acte de Création provient d’un dédoublement « polaire » de Dieu. Il naît de la rencontre de deux forces, de deux sens, de deux divergences, de deux éléments, à la fois opposés et complémentaires, le positif n’existant que par son négatif et vice versa.

 

C’est le principe philosophique du dualisme considérant l’univers comme un tout formé de deux pôles antagonistes. L’univers est produit grâce à une rupture, une dichotomie de l’Unité primordiale, séparation entre la Lumière ou Yang (polarité masculine, positive, active) et les Ténèbres ou Yin (polarité féminine, négative, passive), entre le Ciel et la Terre, l’Essence et la Substance. Les Evangiles décrivent cet événement en ces termes : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », Genèse 1.1. « Elohim dit qu’il y ait de la lumière et il y eut de la lumière… Elohim sépara la lumière des ténèbres. Elohim appela la lumière « jour » et il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour », Genèse 1.1-5.

 

 


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La scission des principes divins était utile à l’expansion, à la création de la vie et au mouvement. Lucifer, le « porteur de Lumière » est une émanation de la nature divine. Il est l’élément qui divise, distancie, sépare. Si Dieu décidait de reformer son Unité, il est probable que l’univers retournerait au néant primordial, au chaos universel. Après l’éclatement de l’œuf unitaire originel, la Création se vit désormais dans la dualité. L’idée est à une matrice primitive androgyne qui se dédouble en un principe mâle et un principe femelle. Héraclite (philosophe grec, 540-480 avant J.-C.) a écrit : « Dieu est jour-nuit, hiver-été guerre-paix, satiété-faim, cela veut dire tous les opposés ».

 

Pour Mircea Eliade (historien des religions et philosophe, 1907-1986), la réunion des contraires en Dieu constituait un bien grand mystère et l’homme se sentait « séparé d’un état indéfinissable, atemporel, dont il n’avait aucun souvenir précis, mais dont il se souvenait pourtant au plus profond de son être : un état primordial dont il jouissait avant le Temps, avant l’Histoire, et de cet état naquit la nostalgie d’un Paradis perdu, la nostalgie d’un état paradoxal dans lequel les contraires coexistaient sans pour autant s’affronter ».

 

S. Erigène (philosophe et théologien du IXème siècle) pensait que la séparation des sexes faisait partie d’un processus cosmique, la division des substances ayant commencé en Dieu et s’étant ensuite répercutée progressivement jusque dans la nature de l’homme qui fut séparé en mâle et femelle. L’ambivalence divine est un thème attesté dans toutes les religions, tous les mythes et toutes les croyances. Celui que nous appelons « Dieu » n’est pas une entité à polarité unique mais une Unité intégrant du dualisme en puissance. Les trois principales religions monothéistes, à savoir le Christianisme, l’Islam et le Judaïsme, lui ont donné à tort une dimension essentiellement masculine. Ils ont oublié combien l’élément féminin fut vénéré dans toutes les cultures dites « païennes ». Jésus, dans « L’Evangile de Thomas » (texte apocryphe) révéla toute l’importance du pôle féminin (que l’Eglise catholique éradiqua complètement) : « … Si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et la femelle ne soit plus femelle… alors vous entrerez dans le Royaume. Lorsque vous ferez que les deux soient un, vous deviendrez fils de l’homme et si vous dites, montagne, déplace-toi, elle se déplacera ! ». Simon Pierre l’apostropha à propos de Marie : « Qu’elle sorte de femme est parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie ! ». Jésus lui répondit au Verset 117 : « Moi, je l’attirerai pour que je la rende mâle afin qu’elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous (ses apôtres), les mâles ! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des Cieux ». Un autre texte apocryphe, « l’Evangile de Philippe », confirme les paroles de Jésus en ces termes : « Le Christ est venu pour rétablir ce qui a été ainsi séparé au commencement et pour unir à nouveau les deux », une allusion probable au dualisme divin.




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A l’image d’un aimant, le Créateur véhicule deux énergies, l’une positive, l’autre négative. Cette bipolarité originelle est présente dans toute sa création et à tous les niveaux, tant est nous qu’à l’extérieur de nous : homme / femme – positif / négatif – chaud / froid – Nord / Sud – feu / eau – jour / nuit – vie /mort – matière / antimatière – essence / substance – bien / mal… l’homme a assimilé toute l’intelligence de ce principe et l’a adapté dans le langage binaire informatique comportant deux éléments (0 et 1) et traduisant le passage ou non du courant électrique. On évoque souvent l’affrontement, la confrontation, le conflit opposant ces deux vibrations mais il convient plutôt de les saisir comme les deux pôles d’une seule et même énergie. Même si leurs ondes paraissent antagonistes, elles se révèlent interdépendantes et finalement semblables dans les apparentes contradictions. Les deux principes contraires du cosmos ne sont jamais très éloignés l’un de l’autre. Il y a alternances, renouvellements, périodes et cycles. Dans « L’Evangile apocryphe de Philippe », Jésus le confirme en ces termes : « La lumière et les ténèbres, la vie et la mort, la droite et la gauche sont sœurs les unes des autres ; elles sont inséparables ».

 

Dans la tradition gnostique, le « Dieu absolu » recèle deux « générateurs » : le principe mâle et le principe femelle. Le mâle est le principe illuminateur d’en Haut, le principe femelle, l’illuminateur d’en Bas. Ensemble, ils constituent la racine, la source de l’Etre suprême. L’androgynat divin est le symbole parfait de la puissance non séparée d’elle-même, de la coalescence des contraires conciliés au sein d’une entité qui les englobe tout en les transcendant. L’androgynie a toujours été le fait de puissances exceptionnelles ayant régi le fonctionnement du titanesque processus de création de l’univers. Elle est un schéma archétypal universellement répandu dans toutes les croyances humaines. Notre inconscient collectif l’a assimilé à un état primordial originel.

 

La mythologie grecque propose un grand nombre de divinités bisexuelles. L’étrange figure d’Hermaphrodite en constitue l’exemple le plus connu. Zeus est un dieu barbu doté de six mamelles, Dionysos est un homme / femme. Chez les latins, l’indécision sexuelle des Dieux est chose fréquente. Certaines divinités se présentent comme des paires composées par l’esprit pour épouser les aspects d’une puissance unique. Ils sont issus de la scission d’une entité primitive de nature duelle. Dans tous les grands systèmes religieux, l’androgynie a représenté l’Unité parfaite préexistant à l’apparition du monde. La tradition chrétienne, reste très floue à ce sujet mais il est probable que l’Adam, terme générique, désignait un être virtuellement bisexuel. Le « Zohar » voit dans la divinité le modèle du couple de l’union du féminin et du masculin. L’un et l’autre ne peuvent se séparer sous peine de la destruction du monde. C’est de leur entente que le monde survit. Les traditions hindoues de « l’Upanishad » révèlent qu’Atman ou « l’Etre » fut solitaire jusqu’à ce qu’il se divise en deux parties d’où sortirent l’homme et la femme. Dans l’histoire des religions, l’androgyne et le couple primordial ou dominant apparaissent comme des figures réversibles, interchangeables.

 

L’iconographie tantrique fourmille d’images montrant le Dieu Shiva, enlaçant étroitement sa propre puissance, Shakti, figurée par une divinité féminine. Shiva est parfois représenté moitié noir, moitié blanc, moitié mâle, moitié femelle. Sa partie blanche pose parfois le pied sur un taureau, symbole de fécondité et de vie tandis que sa partie sombre repose sur un démon ou un lion représentant la mort. Lorsque les deux courants inverses de la force cosmique sont non seulement distingués mais aussi séparés, ils sont représentés sous la forme de deux serpents différents enroulés dans des sens opposés autour d’un axe commun comme dans le symbole du caducée.

 

 


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Les serpents enlacés représentent les aspects tour à tour maléfiques et bénéfiques, positifs et négatifs de l’énergie créatrice universelle. Leurs anneaux représentent l’ensemble des cycles de la manifestation universelle. Chaque cycle reflète un état de manifestation ou l’une de ses modalités. La fin d’un cycle coïncide avec la naissance du suivant. Les changements d’état s’étalent le long d’un axe vertical traversant chaque anneau ou cycle en son centre, axe où tous les aspects se trouvent en équilibre et en harmonie. Cet axe, appelé « Axe du Monde », symbolise la direction de la manifestation de l’Unité Primordiale. Le macrocosme (plan cosmique) et le microcosme (plan terrestre) se reflètent l’un l’autre et tout ce qui se trouve dans l’univers se retrouve dans l’être humain selon un principe d’analogie.

 

Il convient donc de scinder l’œuf du monde en deux moitiés représentant les courants contraires présentes dans l’unité divine primordiale. Ces deux forces sont symbolisées par un serpent enveloppant l’œuf, appelé amphisbène, du grec « amphis », « des deux côtés », et « bainô », « je marche », pourvu d’une tête à chacune des extrémités, elles-mêmes enroulées dans des sens opposés. Les têtes correspondent aux pôles céleste (Yang) et terrestre de la force cosmique (Yin). Rares sont ceux qui n’ont jamais entendu parler de ces deux principes du Dao (ou Voie) gouvernant l’univers, assurant sa cohérence et son Unité. Ce ne sont pas deux états qui s’opposent et se combattent mais deux phases alternantes d’un même mouvement. Le « Yin » est le devenir du « Yang » et le « Yang » est le devenir du « Yin ». Ensemble, ils forment un couple antithétique uni dans la plus parfaite communion. Beaucoup ont vu dans ces symboles une représentation du bien et du mal mais la pensée chinoise se trouve aux antipodes de ce dualisme primaire. Ce qui est bien aujourd’hui peut devenir mal demain et vice-versa.

 


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Toute chosé éclairée donne naissance à son ombre correspondante. Il ne sert à rien de vouloir combattre l’ombre car elle est indispensable à l’équilibre du monde manifesté. Elle en est même l’origine. Le « Yin » représente le principe féminin avec tout ce qu’il comporte d’intériorisation, d’intuition, de réceptivité, d’abandon au mouvement. C’est l’Eau et aussi la Terre mère nourricière, les notes graves en musique, la lune, la nuit, l’humidité, l’hiver, le repos, le froid, la décrépitude et la mort nécessaire à toute renaissance. Le « Yang » symbolise l’action, l’extériorisation, l’expansion, le Ciel créateur, le Feu, la plénitude, la vie, les notes aiguës, l’élément masculin, la sécheresse, la virilité.

 

L’emblème du « Yin » et du « Yang » est un cercle parfait (symbolisant le Un primordial) comprenant une partie blanche (l’homme) et une partie noire (la femme). Pour exprimer la dépendance réciproque des deux moitiés, on trouve un petit cercle obscur (la femme) dans la partie blanche (l’homme) dans la partie noire (la femme). En chaque pôle, se positionne le point de la force contraire, représentant le germe de la transformation. Il rappelle que tout n’est jamais complètement noir ou complètement blanc, que les forces « Yin » et « Yang » ne peuvent exister l’une sans l’autre.

 

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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes
21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 18:25

Le Symbole du Serpent dans les mythes créateurs

 

Depuis les origines, le serpent (et aussi le dragon) a été l’animal symbolique par excellence. Ses interprétations furent nombreuses et souvent contradictoires. L’animal fut associé à l’idée de la vie comme à celle de la mort et aussi à la notion d’éternité. Sa capacité à se renouveler, à changer de peau, à retrouver l’apparence de la jeunesse, représenta pour les Anciens le principe de l’éternel retour, du passage permanent de la vie au trépas, et vice-versa.

 



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Traditionnellement, dragons et serpents étaient les protecteurs du savoir spirituel et des lieux sacrés. Par dégradation, ils devinrent les gardiens des trésors cachés et des richesses matérielles. Le dragon était le défenseur des fortunes mystérieuses en Occident, de la Toison d’Or et du Jardin des Hespérides ; le gardien de l’immortalité dans les légendes celtes. Quant au serpent, il détenait la connaissance cachée, veillait sur la caverne, la grotte où étaient enfouis les secrets. Possédant la clé du savoir occulte, il recelait une haute valeur initiatique en tant que gardien du passage.

 

Le serpent est un Dieu premier, une divinité ancienne qui a présidé à toutes les genèses et à toutes les cosmogonies. Associé à la fécondité et à la maternité, l’animal a été regardé universellement comme le symbole de la Terre Mère nourricière. La plupart des Déesses mères eurent le serpent comme attribut. Le serpent fut aussi mythiquement le fils de la Terre, le dynamisme mâle engendré par la « Grande Femelle ». Dans la nature, chaque phénomène possède deux aspects distincts qui s’observent dans le mouvement des astres, l’alternance du jour et de la nuit, le rythme des saisons… Il y a toujours croissance et déclin. Le serpent représente la sinusoïde des forces divines qui alternativement croissent et décroissent en un mouvement maintenant l’équilibre des forces. Il symbolise le retournement et la mutation avant une nouvelle création. Sa reptation rappelle le mouvement ondulant des vagues et des flammes et l’assimile aussi bien à l’eau qu’au feu. Sa fluidité le lie à l’élément liquide, sa morsure venimeuse et brûlante l’unit au feu. Son ondulation est aussi souterraine et désigne les forces telluriques alimentant le magnétisme de la terre. Le serpent est par nature un symbole ambivalent, voire polyvalent, représentant les forces primordiales issues des profondeurs, associées au monde des Enfers et à la Mort, à la fertilité et à la fécondation. Son aspect et ses mouvements le réunissent aux eaux sinueuses fertiles et à l’énergie tellurique, ainsi qu’aux cycles alternativement négatifs et positifs, créateurs et destructeurs. L’ophidien fut adoré, déifié, et vénéré dans de nombreuses cultures, ce qui amena certains experts à en conclure que les traditions et les symboles ophidiens puisaient à une source commune ancienne située au Proche Orient.

 



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Ensuite, le culte passa en Afrique, en Asie et en Europe. D’autres affirment que la vénération des serpents se développa un peu partout, de manière tout à fait indépendante. Titans et autres géants dotés de caractéristiques humaines et serpentines sont figurés dans les théogonies du monde entier en tant que précurseurs des hommes. A mesure que le monde prenait forme, les créatures symbolisant les forces créatrices devinrent moins monstrueuses et adoptèrent des apparences humaines ou animales. Le serpent apparaît dans de multiples mythes créationnistes où il est décrit comme un esprit sage et bienveillant. En hébreu, il est nahash, dérivé de la racine « Nhsh » signifiant « déchiffrer », « trouver ». L’une des principales catégories d’anges de la tradition juive est celle des Séraphins ou « serpents ardents ». Nous trouvons plusieurs allusions à ces créatures dans la Bible. Le mot « Eve » est apparenté au mot hébreu « hève » ou « hava » désignant à la fois la vie et le serpent. C’est de ce verbe « hava » que les latins tirèrent les « ave ». Les Chaldéens n’avaient qu’un mot pour désigner le serpent et la vie. En arabe, le serpent est « al-hayyah » et la vie « al-hayat ».

 

Virigine Gimaray, auteur du livre « Le serpent », a dégagé les multiples manifestations du reptile en tant qu’énergie première, enroulement originel, souffle de vie, représentation du corps du monde, chaîne du vivant (ADN), élément de cohésion de l’univers enserrant l’œuf cosmique de ses anneaux, élan fécondateur, dualité fondatrice, éternel renouveau, semence divine, esprit des abîmes, forces chaotiques, incarnation démoniaque, bête de l’Apocalypse, pouvoirs guérisseurs, immortalité, réincarnation, gardien des trésors, messager du divin, voix de la sagesse. Il y a vingt ou trente mille ans, les hommes préhistoriques vénéraient déjà la forme serpentine, la peignaient sur les murs ou la dessinaient avec leurs doigts sur les parois d’argile. En Australie où l’art rupestre est encore régulièrement pratiqué, les serpents figurent dans de nombreuses images aborigènes. Le reptile tient une grande place dans leurs mythes sur la création du monde et celle des hommes. Chez certaines tribus, les serpents Unguds sont identifiés à des êtres mythiques, des héros totémiques appelés Wond’inas qui enseignèrent à leurs lointains ancêtres l’usage des outils, les lois, les rites et les coutumes. Une fois leurs tâches terminées, ils montèrent au ciel ou s’enfouirent sous la terre.

 




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Les serpents jouent un rôle important dans la religion des anciennes cultures d’Amérique centrale et du Mexique. On rencontre une multitude de serpents gravés dans les temples incas, aztèques et mayas. Au Mexique, le serpent était féminin. Il était la grand-mère des Dieux, Coatlicue, déesse de la terre associée au printemps, tantôt représentée avec une tête de serpent, tantôt avec une jupe faite de reptiles entrelacés. De tous les Dieux, le plus étrange est sans contexte le « serpent à plumes », Quetzalcoalt, l’une des plus grandes divinités du panthéon. Le nom « Quetzalcoatl » provient de deux termes signifiant respectivement « plume précieuse » (quetzalli) et « serpent » (coatl). Sa partie oiseau tuait sa partie serpent pour que le sang versé donne naissance à la vie. Quetzalcoatl, le héros civilisateur des sociétés précolombiennes associé à l’humidité, aux eaux de la terre et au vent, était aussi l’inventeur de l’agriculture, de la métallurgie et de l’écriture.


 

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A l’époque toltèque, on dit qu’il fut chassé par le Dieu mauvais Tezcatlipoca, agacé par ses vertus, et qu’il s’embarqua sur un radeau fait de serpents nattés. Quetzalcoatl disparut à l’horizon oriental, promettant de revenir un jour sauver son peuple de la tyrannie toltèque. Depuis son départ, les prêtres attendaient patiemment son retour, particulièrement durant les années du roseau qui lui étaient consacrées. Etant donné que Quetzalcoatl étant apparu sous la forme d’un homme à la peau claire, lorsqu’en 1519, année du roseau, des étrangers à la peau blanche et aux armures resplendissantes débarquèrent sur la côte Est du Mexique, les Aztèques les prirent tout naturellement pour les serviteurs de Quetzalcoatl et ils furent… détruits en moins de deux ans, avant même de comprendre que les Conquistadors n’étaient pas les serviteurs de leur Dieu tant vénéré…

 

Les légendes anciennes de la tribu Nyoro en Afrique affirment que les premiers êtres humains ressemblaient à des caméléons. Ils descendirent du ciel et fondèrent l’espèce humaine. En Afrique australe, l’oiseau foudre dominait les cieux tandis que le serpent « arc en ciel » régnait sur les Enfers. Le folklore gaélique d’Ecosse abonde en légendes où hommes et femmes étaient des phoques ayant épousé des humains, les abandonnant ensuite pour retourner à la mer. Au Japon, dans la ville de Nagasaki, les serpents blancs étaient considérés comme des messagers divins et les anciens Dieux apparaissaient souvent sous la forme de serpents d’eau. L’Inde constitue le berceau des cultes du serpent, en particulier le cobra. Dans ce pays et dans toutes les régions avoisinantes, depuis l’aube de la civilisation, le serpent a joué un rôle primordial. Le cobra était l’animal totem des premiers Dravidiens qui précédèrent la race Aryenne. Jusqu’à une époque récente, dans le Sud et dans l’Est de l’Inde, certaines dynasties prétendaient descendre directement du serpent. Leur couronne portait l’image d’un cobra dressé et ressemblait étrangement à l’uræus des Egyptiens. Que ce soit sous les formes du cobra lové autour de Shiva, d’Anata, de Shesha, le serpent originel, de Kaliya, le serpent géant vaincu par Krishna ou les nâgas, ces êtres mi-serpents mi-humains vénérés avant les Aryens, le serpent est omniprésent dans la mythologie indienne.

 

Ananta était l’immense reptile flottant sur les eaux primordiales du chaos originel et de « l’océan d’inconscience » sur les anneaux duquel Vishnu se reposait entre deux créations du monde. C’est là qu’il donna naissance à Brahma qui surgit de son nombril. Ananta était aussi le prince des ténèbres. Chaque fois qu’il ouvrait la gueule, un tremblement de terre se produisait. Dans la religion védique et le Rig-Veda, le serpent Vrtra incarnait le démon le plus puissant. Selon la tradition, les eaux primordiales étaient retenues dans les vallées des hautes montagnes car Vrtra s’allongeait autour de ces montagnes, bloquant leurs issues, empêchant les eaux de s’écouler vers la terre. Mais Indra vainquit Vrtra avec l’aide de Vishnu. La mort de Vrtra donna naissance au temps. Quelquefois, on lie la destruction de Vrtra avec la séparation de la terre et du ciel et la création des montagnes.

  

 


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Dans le « Mahabharata », le combat acquiert une dimension cosmique et dépasse la dimension temporelle. Selon cette épopée, Indra se prépara durant 25.000 années et la lutte contre le serpent dura 35.000 années. Dans les « Puranas », écrits tardifs créés entre 400 et 1200, Vrtra incarne le désordre universel, le chaos primordial. La bataille contre Vrtra symbolise la lutte perpétuelle entre la lumière et l’obscurité. Figuré quelquefois comme un être à sept têtes de serpent, Shesha fut représenté le plus souvent comme un serpent à mille têtes. Son nom en sanskrit signifie « vestige » ou « résidu ». Shesha est le vestige des univers détruits. Il est le soutien du monde, le serpent originel, né de l’union de Kashyapa et de Kadru (l’immortialité). Il épousa Anantashirsha (ou tête d’Ananta), signifiant le « commencement de l’éternité ». Le Dieu Vishnou se repose indifféremment sur le serpent Shesha, Ananta ou Vasuki. En Inde, le reptile est aussi le nâga portant l’univers sur son dos, mot désignant à la fois l’éléphant et le serpent. Tant l’Hindouisme que le Bouddhisme mentionne des créatures dénommées nâgas, nom sanskrit pour « serpent ». Il s’agit d’êtres mi-humain, mi-serpent, qui furent parfois assimilés à des dragons. Leur nom signifie « ceux qui ne marchent pas, mais rampent ! » Les nâgas étaient au service du serpent Varuna qui séjournait au fond des mers dans un palais merveilleux, d’où il gouvernait l’ensemble de l’élément liquide. Dieux ancestraux, les nâgas ou sarpas passaient pour se métamorphoser en homme ou en serpent à volonté.

 

Avec leurs épouses, les Nagini, ils résidaient dans des demeures souterraines ou sous-marines, des palais somptueux couverts d’or et de pierreries. Dans les légendes de l’Inde et du Sud-Est asiatique, les nâgas gardaient les trésors de la terre. Les Indiens faisaient jadis des sacrifices humains aux nâgas, dans l’espoir de découvrir des trésors cachés. Dans la mythologie brahmanique, les Devas (Dieux) et les Asuras (anti-dieux) utilisent le serpent Vâsuki, comme corde pour faire tourner le Mont Meru sur son axe, afin de faire baratter la mer de lait et en extraire le nectar de l’immortalité ou amrita. Le Bouddhisme comme le Jaïnisme adoptèrent le serpent comme symbole. Une légende bouddhique révèle que le roi serpent Muchilinda protégea de la pluie le Bouddha en méditation en lui faisant un siège de ses anneaux repliés et en formant un abri de son capuchon à sept têtes de cobras.

 

En Egypte, des anciens rois égyptiens portaient les noms de « Scorpion » et de « Serpent ». De l’uræus ornant le front des pharaons à Meresget, le cobra femelle vivant dans les entrailles de la Vallée des Rois, en passant par Outo, Kematef, Apopis et Hapy, les serpents se retrouvent partout dans la mythologie égyptienne. Avant que ne soient crées le ciel et la terre, la vie se trouvait en germination dans une sorte d’élément primordial aqueux nommé Noun. La toute première créature à apparaître dans les eaux originelles fut Amon. Sous la forme d’un serpent, il fertilisa l’œuf cosmique façonné par les huit divinités de l’Ogdoade composée de quatre couples représentant chacun un aspect de l’état fondamental. Ces divinités imaginées comme des serpents et des grenouilles (parfois aussi comme des babouins) symbolisaient les formes potentielles de tous les êtres vivants.

 

 

 



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Un autre Dieu, Atoum sortit lui aussi des eaux sous la forme d’un serpent à cinq têtes et « cracha la création toute entière ». Atoum, habituellement représenté sous forme humaine, formait un tout contenant le principe mâle et le principe femelle. Le « Livre des Morts » lui prête ces paroles : « Je suis ce qui demeure… Le monde retournera au Chaos, à l’indifférencié, je me transformerai alors en serpent qu’aucun homme en connaît, qu’aucun dieu ne voit ! »

 

La dualité du serpent n’échappa pas aux Egyptiens et ils représentèrent son bon comme son mauvais côté. Lors de son voyage nocturne, le Dieu Soleil devait traverser les mondes souterrains. Toute la nuit, il luttait contre le serpent Apopis (de Aapep ou Aapef signifiant « géant » ou « serpent géant »). Apopis était né d’un « crachat du démiurge » que les Dieux primordiaux avaient rejeté, le condamnant à une perpétuelle révolte. Personnification du mal, du chaos et des forces destructrices, l’animal cherchait à anéantir la création divine. Quotidiennement, Apopis sortait des ténèbres pour tenter de faire échouer la barque solaire voguant sur le Noun ou océan primordial, cherchant à mettre fin au processus de création. Chaque matin et chaque soir, il menaçait l’ordre cosmique. Toujours vaincu mais à jamais renaissant, Apopis était indestructible, montrant que les forces de l’ombre pouvaient seulement être contenues, et qu’elles restaient une menace perpétuelle pour le monde. Son sang teintait quotidiennement de rouge le ciel au lever et au coucher du Soleil. Aux dernières heures, le Soleil entrait dans un grand serpent, bénéfique celui-ci, qui le régénérait et il reparaissait rajeuni à l’aube.

 

Le serpent apparaît dans le symbole de l’Ouroboros présent dans de nombreuses civilisations antiques. D’abord chez les Egyptiens en 1600 avant J.-C., il voyagea en Phénicie et arriva chez les Grecs qui lui donnèrent son nom signifiant « celui qui dévore sa propre queue ». Ce signe représentait l’immortalité, le serpent pouvant continuer à vivre en dévorant sa queue qui lui fournissait les éléments nécessaires à sa survie. L’Ouroboros est lié au mouvement perpétuel, à la notion de continuité, d’autofécondation et à l’idée d’éternel retour. Dans certaines représentations, il est figuré moitié blanc, moitié noir, pour symboliser l’union du monde chthonien (d’en bas) et du monde céleste, la réunion des deux principes opposés / complémentaires, du Yin et du Yang, du cycle de la vie libérée de la mort, de l’être parvenu à son état androgynique primordial.

 

 

 
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Pour les gnostiques, l’Ouroboros figurait l’Unité, l’image du temps qui s’écoule et l’évolution. Ils adoptèrent le symbole du serpent à tête de lion appelé Glycon et le rapprochèrent du Dieu égyptien Chnoumis (figuré sous la forme d’un serpent doté de deux jambes humaines). Rappelons que les gnostiques vénéraient un Dieu « inconnu » et rejetaient le créateur du monde physique, Yahvé. Il n’était selon eux qu’un être malfaisant, une sorte d’avorton né d’une création malheureuse de la partie féminine de Dieu. La secte gnostique des Ophites (« ophis » signifiant serpent) et celle des Naassènes du IIème siècle (« nahash » signifiant aussi serpent en hébreu), choisirent le serpent comme divinité tutélaire. Ils considéraient le serpent tentateur du Jardin d’Eden comme le messager d’un Dieu plus ancien que Yahvé, et bien meilleur, qui aurait eu pour mission de transmettre secrètement le savoir ou « gnose » à l’homme. Le serpent constituait à leurs yeux l’un des principaux véhicules du divin. Selon les chrétiens Clément, Tertullien et Irénée, on les nommait Ophites parce qu’ils magnifiaient le reptile à un point tel qu’ils en oubliaient le Christ. Selon eux, c’était le serpent qui était à l’origine de la connaissance du bien et du mal. Ils lui accordaient un rôle initiateur et rédempteur à travers le symbole de l’Ophis-Christos. Le serpent, dans la figure du Sauveur, était aussi représenté enroulé autour du Tau Sacré.

 


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Le serpent joua également un rôle majeur en Mésopotamie où on le retrouve gravé sur de nombreuses tablettes d’argile. Des créatures ophidiennes étaient vénérées dans de nombreux sanctuaires. En Mésopotamie, une légende révèle que lorsque le ciel n’était pas encore nommé, l’Apsu, l’océan primordial d’eau douce et Tiamat, la grande mer salée, représentée sous les traits d’un serpent monstrueux, mélangèrent leurs eaux. De leur union naquirent le ciel, la Terre et les Dieux primordiaux dont le plus important était Marduk. Marduk et Tiamat se livrèrent à une guerre sans merci. Tiamat enfanta des « serpents géants aux dents aiguës, aux mâchoires impitoyables, de venin, en guise de sang, elle emplit leur corps, d’épouvantes elles vêtit des dragons en furie, les surmonta du nimbe de splendeur et les fit pareils aux dieux ». Dans la symbolique grecque, le serpent était un gage de sagesse, de longévité et de fertilité. Les premiers Dieux grecs furent des serpents. Eurynomé, la déesse de toutes choses, surgie nue du chaos primordial, sépara la mer du ciel puis dansa sur les vagues en faisant des mouvements d’ondulation qui firent naître un vent. De ce souffle, elle façonna le serpent Ophion. Par son attitude lascive et provocante, la déesse suscita le désir d’Ophion qui s’enroula autour de ses jambes et la féconda.

 

Elle prit alors la forme d’une colombe et pondit un œuf primordial, l’œuf du monde, qu’Ophion s’empressa de couver. De cet œuf naquit la Création. Zeus fut vénéré sous la forme serpentine et sous le nom de Zeus Melichios, dépeint sous les traits d’un énorme serpent barbu auquel on rendait des sacrifices nocturnes. La déesse mère primordiale Gaïa (ou Ge), personnification de la terre maternelle et nourricière fut elle aussi associée au serpent. Elle était l’ancêtre maternel des races divines mais enfanta aussi les Titans et Titanides, les Cyclopes et les Hécatonchires, des monstres possédant cinquante têtes et cent bras.

 

Le serpent, en rapport avec le divin, fut toujours représenté en position ascensionnelle, s’enroulant autour d’un bâton ou d’un arbre, comme dans le symbole du « caducée ». Il partait de la terre et s’élevait vers la lumière. Le symbole est très ancien puisqu’on le découvre déjà gravé sur la coupe du roi Gudea de Lagash, en 2600 ans avant J.-C. Le terme « caducée » trouve son origine dans le sanskrit « kàrù » signifiant « chanteur », « poète ». Il fut repris par les Grecs en tant que « bâton de hérault », messager officiel lors des transactions diplomatiques. Le caducée est un sceptre attestant de la fonction de celui qui le porte. Ils furent nombreux en Grèce à arborer ce symbole : Asclépios, le Dieu de la médecine, Apollon, Hermès. Inspirés de la tradition égyptienne et mésopotamienne, il y eut durant le IIème siècle avant J.C. environ trois cents temples consacrés aux rêves et dédiés à Apollon ou à son fils Asclépios. Parti de Grèce, le culte d’Esculape et de sa forme serpentine se répandit à Rome durant l’épidémie de peste vers 290 avant J.C. où l’on fit édifier des temples de guérison. Le plus célèbre était celui d’Epidaure où les malades se rendaient en grand nombre.

 

Mais le « caducée » reste surtout l’emblème d’Hermès, (le Mercure latin), le Dieu messager des Olympiens. Fils de Zeus et de Maïa, il avait de nombreuses attributions : guide des voyageurs, conducteur des âmes des morts, dieu du vol et du mensonge, de l’habileté et de la ruse, patron des orateurs et des commerçants, dieu berger et dieu de la santé. Au départ, son attribut était la lyre qu’il échangea avec son demi-frère Apollon contre un « caducée ». Le symbole d’Hermès / Mercure est un bâton autour duquel s’enroulent deux serpents en sens inverse, symbolisant les deux aspects, gauche et droite, diurne et nocturne, bénéfique et maléfique, mâle et femelle, des deux courants cosmiques figurés par la double spirale. Selon la légende, Hermès sépara les deux serpents (représentant le chaos primordial) qui se battaient et les enroula autour d’un bâton représentant l’axe du monde, symbolisant l’intégration des forces contraires autour d’un axe d’équilibre, ce qui fait parfois dire que le « caducée » est un symbole de paix et de neutralité. Par la suite, deux ailes vinrent se fixer sur la partie supérieure. Elles symbolisaient le voyage, le commerce, le messager. Pour Court de Gébelin, le bâton symbolise l’équateur, les ailes symbolisent le temps, et les deux serpents, mâle et femelle, représentent le Soleil et la Lune qui en parcourant l’écliptique sont tantôt séparés, tantôt réunis. Le « caducée » hindou est associé à l’arbre sacré.

 

Le caducée mésopotamien montre une baguette centrale représentant le souvenir de l’arbre et symbolise l’efficience de la divinité de l’arbre. Le serpent associé à l’arbre incarne l’énergie qui fait monter la sève. Dans la mythologie nordique, le serpent Niddhog se trouve au pied de l’arbre cosmique Yggdrasiil, symbolisant l’axe du monde. Par rapport au tronc immobile, le serpent représente le mouvement. Le serpent enroulé autour d’un axe symboliserait l’ensemble des cycles de la manifestation universelle, selon René Guénon. Le caducée peut être mis en parallèle avec l’arbre séfirotique de la kabbale juive. Selon la tradition, cet arbre représente la structure de l’homme (le microcosme) et de l’Univers (le macrocosme). Dieu aurait créé le monde par l’intermédiaire de dix puissances ou verbes appelés Sephiroth (au pluriel Sephira) et des vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu, le tout constituant les trente-deux voies merveilleuses de la sagesse. Ces Sephira sont réunies par une série de « sentiers », de « canaux », pouvant être perçus comme des zones de transition. Les Kabbalistes hébreux n’ont probablement rien inventé puisque les Sumériens vénéraient déjà une sorte d’arbre de vie. Pour les Romains, le bâton représentait le pouvoir, les deux serpents la prudence, les ailes, la diligence, le casque, les pensées élevées. Le « caducée » réunit aussi les quatre éléments de la nature et leur valeur symbolique : la baguette correspond à la terre, les ailes à l’air, les serpents, au feu et à l’eau.

 

 

 


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En hermétisme et en alchimie, le « caducée » représente la notion d’unité dans l’opposition, la coexistence des opposés / complémentaires dans la divinité et en l’homme. Le reptile qu’il soit serpent ou dragon, en tant qu’animal primitif, est associé à la « materia prima » (matière première) des alchimistes. Le « Grand Œuvre », l’union du volatil et du stable, du mercure et du soufre, est représenté par la lutte entre le dragon ailé (symbole du mercure philosophale) et le dragon chtonien (symbole du soufre). Dans l’épisode biblique du serpent d’airain, le reptile revêt un rôle de régénérateur du peuple élu et d’instrument divin. Certains auteurs voient dans cet épisode la première association d’un serpent et d’un bâton symbolisant un acte de guérison, un emblème qui deviendra par la suite l’attribut du monde médical. L’explication du « caducée » médical (de la médecine, de la pharmacie, des soins infirmiers et de l’enseignement pharmaceutique) réside dans l’association du serpent (représentant le remède tenu secret) et du bâton, symbolisant l’arbre de vie. Le « caducée » peut également être mis en parallèle avec la spirale ADN ou Acide Désoxyribo Nucléique qui constitue la base de toutes les cellules vivantes. Sa double hélice est le support de notre patrimoine génétique. La forme de l’Univers étant probablement la spirale, à l’image de toutes les galaxies, à celle de la double hélice d’ADN, le « caducée » d’Hermès, devient dès lors la représentation de l’homme accompli ayant maîtrisé parfaitement ses énergies négatives et positives, et ayant reconstitué l’androgyne parfait, finalité ultime de tous les alchimistes.

 

En conclusion, le serpent participa à toutes les genèses dans la mesure où il a toujours été lié aux eaux génitrices primordiales, aux Dieux et Déesses créateurs initiaux et qu’il a figuré l’opposition régnant à l’intérieur de l’Unité androgyne primitive. Le reptile représentait la dualité essentielle à toute création. Il était le maître de la distinction, de la différenciation, l’empereur du deux. Le serpent de la Genèse, loin d’être un esprit malfaisant, fut un éveilleur de consciences. Il symbolisa la séparation, le mal nécessaire, le recul sans lesquels aucune liberté de choix, aucune évolution ne seraient possibles. Le serpent permit aux créatures humaines de devenir des individus à part entière. L’Eglise a volontairement occulté l’aspect bénéfique du reptile reconnu pourtant dans toutes les anciennes civilisations. En raison de sa capacité spécifique à créer la distanciation, elle l’a associé au diable, à Satan, au semeur de trouble, à « l’opposé » de Dieu. Dans nos sociétés occidentales, le serpent est devenu par sa faute le symbole du mal absolu et est toujours considéré comme l’ennemi juré du bien, de la race humaine et de Dieu. Durant le Moyen âge, la condamnation unilatérale du reptile a pris une réelle importance théologique. Le serpent d’Eve, responsable de la chute originelle et condamné à ramper a occulté le serpent créateur et initiateur. Il est devenu une pièce maîtresse de l’enjeu théologique, l’incarnation de la luxure, du vice, de toutes les dépravations, le symbole de l’archange déchu, du mal, du péché, de la chute, de la mort et des Enfers. L’Eglise a relié de manière totalement erronée l’archange déchu au « grand dragon », à « l’antique serpent », donnant tant à l’animal qu’à Lucifer une connotation uniquement péjorative. Du reptile protecteur dressé fièrement, il est devenu le vil serpent que l’on foule aux pieds. La connaissance qu’il véhiculait a été considérée comme maudite.

 




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Le Christianisme a commis une erreur monumentale car les textes sacrés sur lesquels il se basait avaient gardé pour leur part toute l’ambiguïté des sociétés antiques dans lesquelles ils s’enracinaient, continuant d’évoquer la « sagesse du serpent » et son aspect bénéfique, comme le serpent curatif que Moïse érigea dans le désert et avec lequel il sauva son peuple, comme le bâton d’Aaron qui, se transformant en reptile, dévora les créatures serpentines envoyées par les magiciens égyptiens, leur démontrant toute la puissance de Yahvé. On oublie souvent que dans l’iconographie chrétienne des premiers temps, le serpent symbolisa le Christ sauveur régénérant l’humanité et que durant la seconde partie du Moyen-âge (du XIème au XIVème siècle), de nombreuses crosses d’évêques se terminaient par une volute s’achevant en tête de serpent.

 

L’Eglise a souvent agi au détriment de la vérité historique et spirituelle. Par sa faute, le serpent, héros civilisateur, maître de l’énergie et du mouvement (Bénin), de la parole inspirée (Chine), de l’agriculture (Mexique, Pérou), de la forge et des céréales (Dogons) n’est plus à nos yeux que le destructeur du Paradis terrestre et l’émanation des forces obscures conduisant au chaos.

 

En guise de conclusion, notons que l’omniprésence du symbole du serpent dans les mythes créationnistes a fait dire à certains chercheurs que nos créateurs n’étaient ni plus ni moins que des êtres extraterrestres à l’allure reptilienne, d’autant que l’ophidien en fut fréquemment relié au ciel et aux dieux et figuré avec des ailes, ce qui paraît un non-sens.

 

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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes
20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 19:32

La Création du Monde

 

Cosmogonies et Mythes

 

    

 

La Genèse du Monde 

 

 

« Dieu ne savait que faire, et bâillait, seul en son réduit, quand, semant au hasard son œuvre et ses paroles, il jeta dans les cieux ces outres folles, ivres de vent, pleines de bruit ». Victor Hugo, « La Légendes des siècles ».

 

Le « Big Bang »

 

Depuis des millénaires, les hommes se sont posés des questions sur leurs origines et celles du monde. Ils ont échafaudé de nombreuses cosmogonies mythologiques ou théologiques. Avant de devenir scientifiques ou philosophiques, ces cosmogonies servirent à désigner avant tout les nombreuses légendes décrivant la genèse de l’univers et de la création des hommes et des animaux. Les théories des anciens, par leur naïveté, font sourire aujourd’hui mais que penser de celle du « Big Bang » que l’on croyait imparable et qui est actuellement revisitée ?

 

Toute cosmogonie implique que l’homme se situe par rapport à un système dans lequel il est un élément actif. Mais tous les systèmes imaginés par les hommes ne furent pas compatibles. La vérité porta de nombreux visages et chacun prétendit tenir le bon. La question de la création du monde et les conflits religieux qui agitèrent notre planète prouvent que les êtres humains sont très attachés à la notion du divin. Elle seule parvient à donner un sens à leurs vies. Le terme de « cosmogonie » apparaît en 1585. Il est formé des mots grecs « kosmos », signifiant « univers » et « gonos », la « naissance », la « génération ». La cosmogonie relate la création du monde à travers les différents mythes qui y sont liés. Ces mythes fondateurs furent à l’origine des civilisations.

 




 

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Les éléments souvent associés à la Création furent le serpent et l’œuf cosmique auxquels on doit aussi ajouter l’eau, symbole de pureté, matrice originelle d’où toutes les vies furent issues et aussi l’idée d’un chaos primordial, d’un désordre cosmique initial d’où naquit un monde harmonieux et ordonné, suite à un conflit, une séparation entre Lumière et Ténèbres. Les étapes classiques que l’on retrouve dans la plupart des mythes créationnistes sont : l’apparition de l’univers à partir du néant ou du chaos, la naissance de l’espace et du temps, de la Lumière, de la matière et des quatre éléments et l’apparition de la vie à partir de la fusion de ces éléments. Les cosmogonies primitives se transmirent oralement. La première trace écrite fut grecque, citons la « Théogonie d’Hésiode, la « Bibliothèque d’Apollodore » d’un auteur anonyme et les « Métamorphoses » d’Ovide. Mais la plus connue dans le monde occidental reste l’Ancien Testament faisant partie des textes sacrés des religions dites « révélées », ayant sensiblement les mêmes fondements et les mêmes buts : expliquer l’origine et dire pourquoi cette vision est la seule qui soit authentique. Il y a incontestablement dans toute cosmogonie une querelle potentielle avec celle du voisin…

 

Au commencement, la couleur de la nuit éternelle étendait son noir manteau sur l’espace et le temps. Les éléments à venir se trouvaient là, en attente, dans un embryon portant les germes de milliards de galaxies. Il était le lieu de divergence et le point de convergence, l’origine et la finalité, le ventre qui engendre, qui aspire et qui broie, l’être et le néant, la présence et la dissolution. Tout existait dans l’Unité première, tout s’organisait en son sein, tout se construisait par elle. Au sein d’un cercle virtuel, un point minuscule s’agrandissait, s’amplifiait, se dilatait. Tout allait naître de ce centre et tout y reviendrait un jour pour s’y fondre, y mourir et permettre l’éclosion d’autres mondes et de nouvelles vies. Ce monde clos où tout était dans le rien et où le rien présidait au tout, un beau matin « explosa » ! Une force gigantesque, parfaite, ordonnée, structurée et pure surgit dans l’espace obscur, dans le néant glacial, dans le ventre originel de l’espace mère non encore fécondé.

 

Une fois sa semence projetée au centre de cette singularité conceptuelle, l’espace porta l’enfant de Dieu et accoucha de l’univers et du temps. L’amour transforma le vide en matière, l’obscurité en lumière, les ténèbres en apothéose de feux et d’énergie. L’amour donna une forme à ce qui n’en avait pas, une vie à ce qui n’existait pas, une raison à ce qui ignorait ce que le mot « penser » signifiait. L’amour donna son nom à toute chose et pénétra chaque élément de son énergie de vie. La vibration d’amour a créé l’univers. L’homme lui donna le nom de DIEU !



 

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Au départ, les êtres humains ont cru que la Terre se trouvait au centre de l’univers et que tout s’articulait autour d’elle, jusqu'à ce que Copernic et Galilée révèlent qu’en réalité, c’était le soleil qui était au cœur de notre système. Première déception. Lorsque les hommes découvrirent plus tard la notion de « galaxie », ils pensèrent de manière vaniteuse que leur système occupait certainement le centre de la nébuleuse. Là encore, les travaux de Harlow Shapley publiés en 1918, brisèrent leurs rêves. Le système solaire se situait seulement dans les « faubourgs » de la dite galaxie. Ensuite, les êtres humains crurent qu’il n’existait qu’une seule galaxie, la leur. Leurs espoirs furent à nouveau déçus puisque les savants en trouvèrent des milliards d’autres. Quel chemin parcouru depuis le temps où l’espace se réduisait à une petite partie de Méditerranée, autour de la Grèce !

 

Le soleil est maintenant considéré comme une banale étoile, une sorte de grain de sable minuscule perdu dans l’immense espace galactique. La Terre n’est plus qu’une boule dérisoire. Et que dire de l’homme, le soi-disant « joyau de la création », modelé à l’image de Dieu, d’autant que la science a démontré qu’il existait probablement de nombreuses planètes habitées dans l’Univers. Dieu n’a en aucun cas privilégié la Terre en particulier, encore moins la création humaine. Adam et Eve ont certainement des frères et des sœurs extra-terrestres quelque part… Il est temps pour l’homme de se dégager de son nombrilisme primaire.

 

Hubble confirma, au début des années 1930, que la plupart des galaxies s’éloignaient de nous. Les plus éloignées étaient les plus rapides à fuir. On appela ce phénomène la « fuite des galaxies ». En réalité, les galaxies ne s’écartaient pas vraiment, c’était l’Univers entier qui se dilatait. Il était en expansion croissante. Notre Terre qui semblait stable tournait autour du soleil. Ce même soleil décrivait une courbe autour du centre de la galaxie et cette galaxie, en compagnie de milliards d’autres, filait à toute allure vers on ne sait quel fabuleux « attracteur » universel. L’espace était en mutation constante. Rien n’était fixe, immuable, figé. Reprenant les observations de Hubble, Einstein créa un modèle évolutif d’univers. L’auteur de la « théorie de la relativité » conçut, au début du XXème siècle, un espace courbe, fini, fermé comme un œuf, rejoignant en cela les mythes ancestraux du monde entier. Car dans toutes légendes, la forme ovoïde a été étroitement liée à la genèse du monde. Partout, la tradition a présenté l’état originel, le chaos, comme un œuf au sein duquel le ciel et la terre se trouvaient réunis. Cette plénitude sphérique contenait une pluralité infinie de vies s’ordonnant entre elles en un mouvement spiralé partant du centre du principe absolu. Ensuite, l’œuf engendra le monde par explosion ou éclatement Cette croyance rejoint sur bien des points la thèse scientifique du « Big Bang » ou création de l’univers par explosion d’un « point de singularité », centre de condensation extrême contenant l’ensemble des principes en attente.

 

Le Big Bang désigne l’époque de densité et de chaleur extrême qu’a connu l’univers, il y a environ 15 milliards d’années. Cette phase marqua le début de sa dilatation, de son expansion et aussi de son refroidissement. Le terme « Big Bang » fut utilisé pour la première fois par le physicien anglais Fred Hoyle, lors d’un programme radio de la BBC, dont le texte fut publié en 1950. En réalité, Hoyle ne décrivait pas la théorie, mais se moquait d’elle, lui opposant la thèse dite de « l’état stationnaire » dans laquelle l’univers n’avait pas connu de période dense et chaude. Malgré ce côté initialement dédaigneux et moqueur, l’expression perdura et devint le nom scientifique désignant le phénomène par lequel l’univers fut créé.




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La découverte de l’expansion de l’univers prouvait que celui-ci n’était pas statique et qu’il évoluait. Il en découlait plusieurs interprétations possibles : soit il y avait conservation de la matière et dilution de celle-ci dans le mouvement d’expansion (dans ce cas, l’univers était plus dense par le passé) : c’était la théorie du Big Bang ; soit à l’inverse, l’expansion s’accompagnait d’une création (voire d’une disparition) de matière. Dans ce cadre là, on pouvait imaginer un phénomène de création continue de matière contrebalançant exactement sa dilution par l’expansion. Un tel univers était alors stationnaire, éternel. Il ne pouvait y avoir de conflit entre l’âge de celui-ci et celui d’un objet céleste quelconque. A l’inverse, dans l’hypothèse du Big Bang, l’univers avait un âge défini pouvant être déduit directement de son taux d’expansion. La théorie de l’état stationnaire fut abandonnée.

 

En remontant le temps, les savants découvrirent l’instant où toutes les galaxies se trouvaient réunies en un seul point, une sorte de tête d’épingle. Ils purent remonter jusqu’à l’âge de 10-43 secondes. A ce moment là, l’univers était minuscule, des millions de milliards de fois plus petit qu’un atome ! En son sein, un véritable enfer brûlait de milliards et de milliards de degrés.

 

Ce point infime contenait toutes les créations en attente. Vers l’âge de 1 millionième de seconde, les quarks fusionnèrent en protons et neutrons. Durant les trois premières minutes se créent la plupart des noyaux formant la matière actuelle de l’univers. Ensuite, il fallut attendre des millions d’années pour que protons et électrons forment des atomes d’hydrogène et qu’ils s’unissent en étoiles pour voir naître des atomes plus lourds. Le « cri » originel de l’univers (à mettre peut-être en relation avec le « Verbe » divin) se répercuta  l’infini dans l’espace. Les premiers à le percevoir furent R. Wilson et A. Penzias en 1965. Ils le prirent d’abord pour des parasites alors qu’ils venaient pourtant de trouver le fossile de l’intense chaleur primordiale du Big Bang, appelé le « rayonnement cosmologique de fond de ciel ». La théorie ayant prédit l’existence de ce rayonnement, sa découverte constitua l’un des arguments les plus solides en sa faveur. Elle fut même reconnue par le pape Pie XII qui en 1951 déclara : « Il semble en vérité que la science d’aujourd’hui, remontant d’un trait des millions de siècles, ait réussi à se faire le témoin de ce « fiat lux » initial, de cet instant où surgit du néant, avec la matière, un océan de lumière et de radiations, tandis que les particules des éléments chimiques se séparaient et s’assemblaient en million de galaxies ».



 

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La théorie du Big Bang est toujours considérée par les savants comme l’explication la plus probable quant à la création de l’univers, quoi que pour l’instant, la cosmologie semble entrer dans une phase de précision voire traverser une crise. On évoque deux éléments nouveaux pouvant expliquer un grand nombre d’observations. L’univers contiendrait, en plus des composants habituels, deux éléments jusqu’alors inconnus. Le premier se comporterait essentiellement comme de la matière d’où son nom de « matière noire », le second se comporterait de manière différente et a été appelé « énergie noire » (sa particularité est qu’elle accélérerait l’expansion de l’univers). Des chercheurs proposent des modifications ou des versions alternatives à la théorie de la relativité générale. Leurs choix ne remettent pas en cause cette dernière mais tentent de modifier les équations décrivant le lien entre la courbure spatio-temporelle et son contenu en énergie.

 

De nombreuses tentatives de ce type sont présentées régulièrement au sein de la communauté scientifique. Des pistes nouvelles existent pour aborder les questions cosmologiques et les énigmes qui les accompagnent mais elles sont trop complexes pour être évoquées dans ce dossier. Ces approches très intéressantes suggèrent par exemple l’existence de dimensions supplémentaires capables de modifier l’application de la relativité générale à l’univers. Les conséquences de ces versions étendues de cette théorie n’ont pas encore été testées et beaucoup de travail doit encore être réalisé du point de vue théorique. Envisager la possibilité de l’existence mathématique d’univers parallèles ouvre de nouvelles perspectives de recherches et peut même aboutir à des découvertes fantastiques en matière de spiritualité. Un jour peut-être, nous nous apercevrons que la spiritualité telle que nous la concevons n’existe pas, que les entités que nous appelons « dieux » ou « anges » ne sont en réalité que des êtres inter-dimensionnels…

  

 

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Quoi qu’il en soit, la théorie du Big Bang est celle qui récolte toujours le plus de suffrages parmi la communauté scientifique. La preuve nous en est donné par le prix Nobel de Physique 2006 décerné par l’Académie Royale des Sciences de Suède à deux Américains pour leurs travaux spécifiques en ce domaine. John C. Mather et George F. Smoot viennent d’être récompensés pour leurs travaux sur les radiations cosmiques qui confortent le bien-fondé de la théorie du Big Bang afin d’expliquer l’origine de l’univers. Leurs recherches ont été basées sur des données récoltées par le satellite COBE lancé par l’agence spatiale américaine en 1989. Mather était le responsable de ce projet auquel participèrent plus de 1000 chercheurs et ingénieurs. Smoot avait en charge l’analyse des variations infimes de température des radiations cosmiques.

 

Tout le monde pourtant ne partage pas le même avis. Prenons par exemple la thèse de Frank Hatem, auteur du livre « Les cinq clefs », logicien, diplômé en sciences politiques. Selon lui, les savants se trompent complètement, Dieu n’est pas l’origine de l’Univers, il en est le but ! L’univers ne peut en aucun cas être le fruit d’une explosion : « On voit mal pourquoi au lieu de s’éteindre, cette explosion aurait donné lieu à une évolution vers la vie et l’intelligence. En outre, si Dieu a voulu la lumière, ce n’est pas en la créant une fois pour toutes et en se reposant ensuite qu’il assure l’existence de l’univers. Enfin, il est définitivement indéfendable de penser que l’origine de l’univers soit dans le passé, compte tenu que le seul univers dont il soit légitime de parler est l’univers présent (…). Ce n’est pas dans le passé qu’il faut expliquer l’univers mais dans le présent. En supposant qu’il y ait eu un acte de création à une époque passée, cela aurait pu engendrer un univers éphémère à ce moment-là. Et maintenant ? Quel est l’acte de création qui fait qu’il y a un univers maintenant ? L’idée de créer un univers qui évolue dans le temps est d’autant plus absurde qu’un créateur ne peut s’empêcher de créer. S’il a créé à un moment donné, que faisait-il avant ? Il n’était pas créateur. Et que fait-il après ? Il n’est plus créateur. Qu’est-ce donc qu’un Dieu créateur pendant un instant dans l’éternité ? »

 

Pour Hatem, il n’y a pas eu explosion mais implosion à l’intérieur du point zéro, une implosion d’amour. Et ce n’est pas il y a 14 milliards d’années qu’elle a eu lieu mais maintenant ! Il n’y a pas de création passée car le temps n’est qu’illusion. Il n’y a qu’un éternel processus créateur. Intéressante proposition mais difficilement défendable pour l’instant sur le plan scientifique.

 

  



6 Amas de Galaxie

 

Reste une question essentielle : juste avant le Big Bang, qu’y avait-il ? Avant 10-43 secondes, qui donna le signal de départ de cette formidable expansion de vies ? Les scientifiques ignorent tout de cette minuscule période, une ignorance qui arrange bien l’Eglise. C’est peut-être là que nous devons rechercher le doigt du Créateur… Un fait est sûr, l’univers est intelligent. Il constitue un ensemble d’éléments indissociables d’une complexité extraordinaire, réglé par des lois spécifiques et immuables.

 

Les phénomènes de vie et de mort sont régulés par ces mêmes lois. La disparition des certaines espèces, la naissance de nouvelles, la mutation d’autres, la transformation perpétuelle de la nature participent à un vaste processus évolutif perfectionniste et élitiste, à un mécanisme lent et purificateur, à la fois matériel et spirituel. La vie est cycles, alternant création et destruction, naissance et mort, inspiration et expiration… Dieu est sans conteste le plus grand architecte de cet univers car il aime les nombres et les rapports. Il est le plus grandiose alchimiste du monde. Il a médité l’ensemble de sa création, a créé chaque particule de matière, a conçu chaque loi, a insufflé la vie là où il voulait qu’elle apparaisse. Au niveau de l’atome comme au niveau du cosmos, tout est régenté par des règles immuables et universelles. Comment cet ensemble de lois précises et complexes pourrait-il être le fruit du hasard ? Comment ce « hasard » pourrait-il inventer des lois ? Comment la « chance » pourrait-elle être à l’origine de cette vaste entreprise de naissances de mondes ? Bref, qui se cache derrière le « Big Bang » ? C’est ce que l’homme tente de découvrir depuis l’aube des temps.


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