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7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 19:43

La Vaporwave un style musical ambivalent

Critique ou éloge du capitalisme et du consumérisme

 

 

La vaporwave est un style musical ainsi qu’une esthétique particulière nés sur des forums tels que reddit et Tumblr, et qui est devenue progressivement mainstream. Bizarrerie artistique et pure création du web, les critiques divergent quant à savoir s’il s’agit d’une critique radicale du capitalisme ou au contraire une apologie démesurée.

La vaporwave est un genre musical et un mouvement artistique ayant émergé sur Internet dans les années 2010 des scènes dance indépendantes comme le seapunk, la bounce house, la witch house, et le chillwave. Le vaporwave est caractérisé par sa nostalgie et sa fascination pour la culture rétro, la technologie, et les pubs des années 1980 et 1990. Bien que son attitude et son message soient divergents et ambigus, le vaporwave sert à la fois de critique et de parodie de la société de consommation, le système capitaliste, la propagande, de la culture yuppie des années 1980, et de la musique new age.

Imaginez un centre commercial bondé de clients et de consommateurs à l’esprit hagard, absorbés par les lumières et les néons des boutiques, des enseignes et des slogans publicitaires, se promenant dans cette église de la consommation qu’est devenu le centre commercial, le supermarché ou en anglais : Mall ou Supermarket. Nous sommes au paradis de la consommation, du matérialisme, du produit devenu objet d’admiration et de vénération, le summum de la valeur d’échange. Maintenant, imaginez le bruit de fond de ce centre commercial : des mélodies tantôt doucereuses, tantôt rythmées… et là, vous pouvez comprendre les contours de cette musique ambivalente qu’est le vaporwave.

La vaporwave, c’est le fantôme de cet univers, la satire numérique de l’ambiance propre au monde du capitalisme néolibéral de consommation. Un genre musical fabriqué sur le net, emprunt de mélancolie et de fascination, celles des héritiers d’une utopie mercantile ayant dégénéré en comédie dramatique. Un revenant étrange, en somme, qui agit comme une madeleine de Proust numérique : les musiques, des reprises coupées, ralenties, répétées, bourdonnantes de chansons obscures de funk, de smooth jazz, de publicités ou de muzak –cette musique d’ascenseur programmée pour manipuler plus ou moins les travailleurs comme  les consommateurs rappelleront aux uns les soirées de l’époque, aux autres les mangas qui passaient au Club Dorothée, et pour une très grande partie une étrange réminiscence de temps inconnus.

La vaporwave critique du capitalisme

De nombreux auteurs semblent s’accorder sur la critique latente du capitalisme qui transpire de toutes ces productions. La vaporwave serait une sorte de mouvement punk digital : cynique, transgressif, anti-commercial et facile à reproduire.

Robin Burnett se revendique du situationnisme. Il explique ainsi qu’il voulait faire « quelque chose de très debordien, sur la façon dont cette société capitaliste a généré une hyperréalité déshumanisante en se focalisant sur une génération infinie d’idéaux véhiculés par les marchandises. Je vois la société comme entrant dans un état hyper réel. La façon dont c’est arrivé définit en partie ce qu’est Internet Club ».

Et les effets de déformation sonore qu’il emploie seraient là pour « défamiliariser les choses auxquelles on est tellement habitué qu’on ne les remarque même plus », car la culture capitaliste aurait « nié la justice au nom de l’apaisement et de fausses promesses ». La vaporwave serait donc une sorte de détournement de la culture capitaliste, à l’instar de ce que faisaient les situationnistes en mai 1968.

La vaporwave éloge du capitalisme

Mais tout n’est pas si simple. En réalité, comme beaucoup de cultures internet, la vaporwave est pétrie d’ambivalence, et l’on pourrait y voir tout autant une critique qu’une apologie, parfois délirante, du capitalisme et de son mode de vie. L’on pourrait rapprocher cela du courant « accélérationniste ». Inspiré du marxisme, mais aussi des philosophes tels que Deleuze, Lyotard, Guattari et Nick Land, il postule l’idée qu’au lieu de chercher à s’opposer au capitalisme, il s’agirait bien plutôt de l’accélérer, de pousser ses diverses logiques jusqu’à leur bout.

La dissolution de toute civilisation, la concentration du capital, l’accélération du temps, l’individualisation, le progrès technologique étant des créations positives du capitalisme, l’accélérationisme plaide pour favoriser un tel élan, que ce soit pour provoquer un jour une révolution, ou parce qu’il s’agit tout simplement de la conclusion logique et ultime du capitalisme. Le manifeste accélérationniste est sans ambiguïté : les acquis du capitalisme, notamment en matière de technique, « ne demandaient pas à être renversés pour revenir à un état antérieur, mais à être accélérés au-delà des contraintes de la forme de valeur capitaliste ».

Or, après tout, une grande partie de ses références musicales ou visuelles est née dans le capitalisme, que ce soit pour le servir ou parce qu’il a produit le contexte propice à l’émergence de ces styles artistiques. C'est dans cette fascination pour l’art capitaliste que réside le paradoxe de la vaporwave, qui pousse aussi jusqu’à l’absurde le déchainement consumériste et technologique du capitalisme, ainsi que la marchandisation de tout.

 « Cette pop potentiellement accélérationniste remplit et crée les espaces dans lesquels le business du capitalisme est conduit que ce soient le séminaire motivationnel sur l’innovation ou la propagande de la représentation, les couvrant d’une aura artificielle qui les rend porteurs de sens. Cela a pu être appelé muzak ou lounge il fut un temps, mais les espaces dans lesquels elle opère sont désormais plus large, plus brillants, plus connectés et plus impersonnels que la maison ou l’ascenseur. Aujourd’hui et demain, le capital vit partout, dans nos télés, nos téléphones et nos esprits, mais nul part ailleurs n’est-il plus sacré que dans les temples scintillants qui font office d’interface avec le public – hall d’entrée des bureaux, la réception d’un hôtel, et plus que tout le centre commercial. Cette musique appartient à la plaza, au sens littéraire comme au sens littéral, réelle ou imaginaire – l’espace public qui est le centre où se déroule une infinité de transactions sociales, culturelles et financières, et le lieu de leur plus grandes activité et spectacle. »

L’hypocrisie des yuppies et de la cyberculture altermondialiste

Qu’est-ce que le terme Yuppie : il est l’acronyme de Young Urban Professional, terme anglophone définissant les jeunes cadres et entrepreneurs de haut niveau, évoluant dans les milieux du commerce international et de la haute finance, et habitant le cœur des grandes métropoles.

Le terme yuppie a été inventé dans les années 1980. Sa paternité est attribuée sans certitude à plusieurs sociologues, dont Peter York. Forgé initialement afin de décrire une population inédite, qui défrayait le schéma générationnel classique en termes de pouvoir, de visibilité et de poids économique, « yuppie » devient vite un terme péjoratif (à l’instar de « bobo »), désignant les jeunes ambitieux cyniques, faire-valoir du capitalisme dans sa version la plus inégalitaire, obsédés par l’argent et la réussite, amoraux, matérialistes à l’extrême. Un terme équivalent, qui contient aussi la connotation années 1980 de yuppie, serait en France la figure du golden boy ou du jeune cadre dynamique.

Mais si la richesse et la fortune doivent être montrées et affichées aux Etats-Unis. En France, la richesse doit être discrète voire ne pas se montrer car en France officiellement on n’aime pas l’argent, la richesse et les gens riches « cloaques d’impuretés » et de tous les « vices bourgeois » du paraître, de la tromperie, et des faux-semblants mercantiles… Tradition catholique oblige : être près de Dieu c’est être pauvre… A l’instar, du protestantisme anglo-saxon : la richesse c’est être béni par Dieu et malheurs aux indigents…

En réalité, nous vivons dans un monde de faux-semblant où seul l’argent est la seule mesure de toute chose, la consommation et le paraître sont la norme sous couvert de critique officielle du système marchand et du capitalisme, les écolos-bobos gauchistes sont parmi les premiers à être les champions de cette « haute-voltige » des faux-semblants, de l’hypocrisie et du paraître bourgeois. Ces mêmes individus sont des adorateurs camouflés et immodérés de l’argent et ont un ego surdimensionné sous couvert de modestie, de génuflexions à peine dissimulées sous l’autel du Veau d’Or et de la critique du système, n’hésitant pas à mettre leurs vies personnelles en scène à la télévision ou sur Internet. Ils critiquent le capitalisme chez les autres mais se sont les mêmes qui fréquentent les magasins, les bars, les restaurants (réunions entre collègues et amis d’universités avec selfies à la clé) et les boîtes à la mode dans les quartiers chics et sont prêts à débourser une « fortune » pour avoir le dernier iPhone ou Smartphone, quant aux destinations touristiques c’est évidemment les endroits les plus prestigieux qui sont prisés avec des selfies avec leurs amis (ies) ou leurs chères et tendres épouses et/ou maîtresses car selon leurs dires, c’est « vraiment trop ! », c’est « super top ! », c’est « trop fort ! », c’est « trop bien ! » comme s’ils n’avaient jamais rien vu dans la vie… Ils sont pleins de suffisances et ils croient que tout leur est dû dans la vie… Bien entendu, il faut savoir faire la part des choses, l’argent et la richesse n’est pas mauvais en soi tout dépend de la façon dont on le considère et ce que l’on en fait pour soi et pour les autres…

Et comme le disait Epicure : « Gardez-vous de regarder la fortune comme une déesse ». « Les Dieux ne font rien au hasard ni sans conseils ». « Avec une miche de pain et une cruche d’eau, je rivalise de bonheur avec Zeus ». « Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien ».

Critiquer le système ? Soit mais que propose-t-il à la place ? Rien… Rien de valable, ni qui puisse réellement fonctionner… Encore faudrait-il un consensus général de tous les acteurs démocratiques de la société : politiques, économiques, syndicaux, sociaux, intellectuels, philosophes, psychologues, sociologues, scientifiques, représentants du peuple. Une table ronde pour repenser le monde et la société, et envisager un autre avenir, différent cette fois-ci… Mais est-ce réellement faisable et envisageable ? Et le voulons-nous vraiment ?

 

 

 

 

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