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6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 00:21

Anacharsis Cloots

L’orateur du genre humain et La République Universelle

 

 

Le baron Jean-Baptiste de Cloots, dit Anacharsis Cloots, né le 24 juin 1755 au château de Gnadenthal (Val-de-Grâce), près de Clèves en Allemagne et guillotiné le 24 mars 1794 à Paris, était un penseur et militant politique prussien, fait citoyen d’honneur de la France le 26 juin 1792, très favorable à la Révolution française et tenant fervent de l’athéisme.

Anacharsis Cloots (1755-1794), héritier d’une grande fortune, érudit francophile et critiques des religions révélées, né dans une famille noble prussienne d’origine hollandaise, il dévoile avec un certain talent d’orateur son projet de République universelle.

Le projet d’unifier le genre humain en vue d’établir un Nouvel Ordre Mondial ne date pas d’hier.

« Ces gens-là ne croiront jamais à la destruction de la plus nuisible des corporations, les corps nationaux. Cette heureuse tendance nous annonce l’approche du nivellement final : la souveraineté universelle, la nation unique, le peuple humain. »

Aristocrate rhénan ayant renié sa classe et sa patrie par enthousiasme pour la philosophie des Lumières, le gallophile Jean-Baptiste Cloots accourut à Paris après la prise de la Bastille. D’abord voltairien modéré, quoique d’un tempérament fort exalté, il ne cessa de se sans-culottiser et finit dans la même charrette que les partageux parisiens, sous la dictature de Robespierre et de sa clique chauvine, qui ne goûtaient ni son athéisme intransigeant, ni son extravagante radicalité. Entre-temps, il s’était paré du prénom d’Anacharsis et du titre d’orateur du genre humain, puis avait été élu à la Convention, s’y signalant par sa vitupération des Girondins et autres fédéralistes. Internationaliste avant l’heure, il rêvait de fraternité universelle et d’un monde sans frontières dont le chef-lieu eût été Paris, capitale de l’Idée.

Anacharsis Cloots reçut une éducation parfaitement française : « Ce fut dans les livres français, écrit-il, que j’appris à lire… Et au sortir de la maison paternelle, à l’âge de neuf ans, je fus envoyé à Bruxelles dans un collège, puis à Mons chez les Jésuites, enfin à Paris au collège de Plessis. » Cloots demeura six ans à Paris ; puis il passa à l’école militaire de Berlin qui, par sa discipline rigoureuse, le dégoûta de la vie de caserne. La mort de son père lui rendit la liberté, il accourut à Paris (1775).

Le voici, à vingt ans, et en possession d’une belle fortune,  menant la vie d’homme de lettres, fréquentant les salons littéraires, se liant avec Mably, Sébastien Mercier, l’abbé Soulavie, avec les astronomes Bailly et Lalande. En 1780, il publia son premier ouvrage, un drame intitulé « Voltaire triomphant ou les prêtres déçus ». Cloots s’intéressé également à la vie politique française, flattant « le claivoyant Calonne » et « les ministres patriotes ». Dans ses « Vœux d’un Gallophile » (1785), il s’affirme patriote français et quelque peu chauvin : trait qui le caractérisera jusqu’à sa fin. Il y reprend la doctrine des frontières naturelles. « Un objet que la Cour de Versailles ne doit pas perdre de vue, c’est de reculer les frontières de la France jusqu’à l’embouchure du Rhin. Ce fleuve est la borne naturelle des Gaules, ainsi que les Alpes, les Pyrénées, la Méditerranée et l’Océan ». Français d’adoption, Cloots ne pouvait que souhaiter que son petit pays de Clèves devienne français. Comme l’écrit Albert Mathiez « il ne conçut la République Universelle que sous l’hégémonie française ».

Dans les années qui précédèrent la Révolution, Cloots entreprit des voyages à travers toute l’Europe, visitant l’Angleterre, l’Italie, la Hongrie, mais sans jamais perdre de vue Paris, la nouvelle Athènes dont les lumières doivent éclairer le monde. La prise de la Bastille le surprit en Espagne. Il se hâta de regagner Paris.

Cloots se lance alors dans la mêlée politique. Il devient « l’un des plus ardents brochuriers » du parti patriote. Il multiplie brochures, pamphlets et articles dans les journaux les plus divers : La Chronique de Paris, Le Patriote français de Brissot, Les Annales patriotiques de Cara, Les Révolutions de France et de Brabant de Camille Desmoulins.

En mars 1790, on trouve Cloots aux Jacobins, dont il affirma avoir été l’un des premiers membres ; et il présente une motion pour demander « que l’exercice de tous les cultes soit renfermé dans l’enceinte des temples » ; et il signe : « Cloots du Val-de-Grâce, baron en Allemagne, citoyen en France ». Alors que se préparait la Constitution civile du clergé qui devait faire de l’Eglise de France une Eglise nationale, Cloots proposait de rompre tout lien entre l’Eglise et l’Etat, et d’imiter les Américains qui avaient eu « le bon sens de reconnaître qu’un corps politique, que le Souverain n’a point de religion, quoique les membres du Souverain puissent en avoir une individuellement ». L’anticléricalisme et la propagande anticléricale furent dès lors l’un des traits essentiels de l’action révolutionnaire de Cloots.

La fête de la Fédération approchait : fête de l’unité nationale française. Cloots voulut en faire aussi la fête du genre humain. N’avait-il pas écrit dans sa lettre à C. de Pauw, en janvier 1790, que les Droits de l’Homme étaient des principes universels, que, grâce à eux, la France était devenue « la cité de Philadelphie dont l’enceinte embrassera tout l’univers, toute la famille anthropique » ? Le lendemain de cette fête mémorable, Cloots écrivait à son amie Madame de Beauharnais : « Je ne vous ferai pas la description d’une solennité qui efface le souvenir de toutes les fêtes anciennes ou modernes…J’étais à la fêtes des étrangers dans les tribunes du palais, en qualité d’ambassadeur du genre humain, et les ministres des tyrans nous regardaient d’un œil jaloux et mal assuré. Cette fête nationale vous transporte à deux mille ans en arrière, par je ne sais quelle teinte d’antiquité ; elle vous transportera à deux mille ans en avant, par les progrès rapide de la raison dont cette fête est le fruit précoce et délectable ».

Orateur ou ambassadeur du genre humain, titre qu’il s’est lui-même décerné, Cloots fut dès lors comme le représentant officiel des étrangers accourus à Paris en « pèlerins de la liberté ». Il délivra des certificats de présence et de civisme à la fois, aux étrangers qui l’avaient entouré lors de la Fédération du 14 juillet. « Au Chef-lieu du Globe… J’atteste et fais savoir à tous les hommes libres de la terre que Joseph Cajadar Chamas, membre du souverain opprimé de Mésopotamie, a eu l’honneur d’assister à la Fédération du 14 juillet, en vertu d’un décret émané de l’auguste Sénat français, le 19 juin de l’an premier « de la liberté » Anacharsis Cloots, octobre 1790 ». Cloots s’était débaptisé, changeant son prénom chrétien de Jean-Baptiste en celui d’Anacharsis emprunté à l’Antiquité grecque.

Le 21 avril 1792, au lendemain de la déclaration de guerre qu’il approuva avec enthousiasme, il présentait à l’Assemblé législative son dernier ouvrage « La République Universelle ou Adresse au tyrannicides ». Quelles que soient les différences de couleur, de langage, de mœurs, l’espèce humaine est une. « La différence même des modifications constitutionnelles, des régimes intérieurs est une source sanglante de haines et de rivalités ». Pour faire disparaître la guerre, il faut supprimer les nations. « Il en est du genre humain divisé en peuplades comme de l’anarchie féodale qui métamorphose de paisibles donjons en châteaux forts, en repaires de voleurs et d’assassins. Il importe donc au propriétaire, au négociant, à l’habitant de la ville et de la campagne d’abolir la féodalité universelle, après avoir aboli la féodalité intérieure ou nationale ». Il ne s’agit pas de créer au-dessus de la société des nations, un organisme d’arbitrage comme l’avait proposé l’abbé de Saint-Pierre mais « d’aplanir tout l’édifice de la société et du droit politique national ; en créant un nivellement absolu, un renversement total de tous les régimes et de toutes les barrières nationales qui croisent les intérêts de la famille humaine. C’est bien assez du choc des individus, sans provoquer le choc des masses inutiles, des corporations nuisibles ».

Et Cloots de dresser un tableau idyllique du monde unifié et pacifié, ou « chacun s’empressera de se confondre dans la grande société pour en partager les bénéfices, pour en goûter les délices… L’économie sera immense, les impôts seront légers et le bonheur sera sans bornes ». Ce n’est pas là pure utopie : « Je défie de me montrer un seul article de notre Déclaration des droits qui ne soit pas applicable à tous les hommes, à tous les climats… Rien ne doit nous étonner après ce que nous avons vu depuis le mois de juillet 1789 jusqu’à présent ».

Ainsi, nous pouvons affirmer qu’Anacharsis Cloots était, en quelque sorte, un visionnaire, un prophète et un précurseur du Nouvel Ordre Mondial moderne. Sa vision du monde unifié et pacifié pour le genre humain n’est pas sans rappeler l’idéal de « La République » de Platon ; la doctrine des Illuminés de Bavière ; le Pacte Synarchique Révolutionnaire ; sans oublier la dimension « théologique » ou « mystique », même si Anacharsis Cloots était un fervent athée, la République Universelle et la souveraineté unique du genre humain font un lointain écho à la Genèse de la Bible, L’Eden, le retour au Paradis perdu où Adam et Eve symbolisant le genre humain dans son ensemble vivaient heureux et en paix dans la Lumière Divine ! On y retrouve également une référence symbolique à la Gnose, à la Kabbale et à l’Alchimie avec la représentation symbolique du genre humain en Adam Kadmon – L’Homme Archétype ou L’Homme Céleste – et l’esquisse de L’Homme Parfait de Léonard de Vinci, parfait en toutes proportions, en nature et en tempérament, et en parfaite symbiose dans son Unité Divine Première avant la Chute…

 

 

 

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