Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 15:45

Le Logos et Satan ne font qu’Un

 

Mais il est suffisamment établit maintenant que tous les soi-disant mauvais Esprits que l’on accuse d’avoir fait la guerre aux Dieux, sont identiques en tant que personnalités ; qu’en outre, toutes les anciennes religions enseignaient la même doctrine, sauf la conclusion finale, qui diffère de celle des Chrétiens. Les sept Dieux primordiaux avaient tous un double état ; l’un essentiel et l’autre accidentel. Dans leur état essentiel ils étaient tous les Constructeurs ou Façonneurs, les Conservateurs et les Souverains de ce Monde et dans leur état accidentel, se revêtant d’un corps visible, ils descendaient sur la Terre et régnaient sur elle en qualité de Rois et d’Instructeurs des Légions inférieures qui s’étaient incarnées une fois de plus comme homme.

 

Ainsi la Philosophie Esotérique établit que l’homme est véritablement la divinité manifestée sous ses deux aspects : bon et mauvais, mais la Théologie ne peut admettre cette vérité philosophique. Enseignant comme elle le fait le dogme des Anges Déchus, au pied de la lettre et ayant fait de Satan la pierre angulaire et le pilier du dogme de la rédemption, elle se suiciderait en l’admettant. Puisqu’elle a déclaré que les Anges Rebelles étaient distincts de Dieu et du Logos dans leurs personnalités, si elle admettait que la chute des Esprits désobéissants signifiait simplement leur chute dans la génération et la matière, cela équivaudrait pour elle à déclarer que Dieu et Satan sont identiques. En effet, puisque le Logos, ou Dieu, est l’agrégat de la Légion jadis divine qui est accusée d’avoir fait une chute, il s’ensuivrait tout naturellement que le Logos et Satan ne font qu’un.

 


 

750px-Pieter Bruegel the Elder - The Fall of the Rebel Ange

 

 

 

Telle était pourtant la véritable idée philosophique que se faisait l’antiquité de ce dogme aujourd’hui défiguré. Le Verbe ou le « Fils » était représenté sous un double aspect par les Gnostiques Païens – en fait, c’était un dualisme en pleine unité. De là les innombrables versions différentes. Les Grecs avaient Jupiter, le fils de Cronos, le Père, qui le précipite dans les profondeurs du Cosmos. Les Aryens avaient Brahmâ (dans la Théologie postérieure), précipité par Shiva dans l’Abîme des Ténèbres, etc. Mais la Chute de tous ces Logoï et Démiurges, du haut de la position exaltée qu’ils occupaient primitivement, avait dans tous les cas un seul et même sens Esotérique ; la Malédiction, dans son sens philosophique, consistait à être incarné sur cette Terre ; c’était là un échelon inévitable de l’Echelle de l’Evolution Cosmique, une Loi Karmique hautement philosophique et appropriée, sans laquelle l’existence du Mal sur la Terre demeurerait un mystère à jamais impénétrable pour la vraie philosophie. Dire, comme l’auteur des Esprits Tombés des païens, que, depuis que :

 

« L’on donne pour base au Christianisme deux piliers, celui du mal et celui du bien ; deux forces en résumé, si nous supprimons le châtiment des forces du mal, la mission protectrice des puissances bienfaisantes n’aura plus ni valeur ni sens ».

 

C’est exprimer la plus antiphilosophique des absurdités. Si elle concorde avec le dogme Chrétien et l’explique, elle obscurit les faits et les vérités de la Sagesse primitive des anciens âges. Les prudentes allusions de Paul renferment toutes le véritable sens Esotérique et il a fallu des siècles de casuistique pour leur donner le faux sens de leurs interprétations actuelles. Le Verbe et Lucifer ne font qu’un sous leur double aspect et le « Prince de l’Air » (princeps aeris hujus) n’est pas le « Dieu de cette période », mais un principe éternel. Lorsqu’il représentait ce dernier comme circulant sans cesse autour du monde (qui circumambulat terram), le grand Apôtre faisait simplement allusion aux cycles ininterrompus des Incarnations humaines, dans lesquels le mal dominera sans cesse, jusqu’au jour où l’Humanité obtiendra sa rédemption grâce à la véritable Lumière divine qui procure une perception correcte des choses.

 

Il est aisé de dénaturer de vagues expressions écrites dans des langues mortes et oubliées depuis longtemps et de les imposer aux masses ignorantes comme des vérités et des faits révélés. L’identité de la pensée et de la signification est la seule chose qui frappe l’étudiant, dans toutes les religions qui font mention de la tradition des Esprits Déchus et, dans ces grandes religions, il n’y en a pas une qui omette d’en faire mention et de la décrire sous une forme ou sous une autre. Ainsi, Hoang-ty, le Grand Esprit, voit ses Fils, qui avaient acquis la sagesse active, tomber dans la Vallée des Misères. Leur guide, le Dragon Volant, ayant bu l’Ambroisie interdite, tomba sur la Terre avec sa Légion (les Rois). Dans le Zend Avesta Angra Mainyu (Ahriman), s’entourant de Feu (les « Flammes » des Stances), cherche à conquérir les Cieux, lorsque Ahura Mazda, descendant du Ciel solide qu’il habite, pour venir en aide aux Cieux qui tournent (dans le temps et l’espace, les mondes manifestés des cycles comprenant ceux de l’incarnation) et les Amshaspands, les « sept brillants Sravah », accompagnés de leurs étoiles, combattent Ahriman et les Dévas vaincus tombent sur la Terre avec lui. Dans la Vendîdâd, les Daêvas sont appelés « malfaisants » et sont représentés comme se précipitant « dans les abîmes du monde de l’enfer », ou de la Matière. C’est là une allégorie qui nous montre les Dévas obligés de s’incarner, dès qu’ils se furent séparés de leur Essence-Mère, ou, en d’autres termes, après que l’Unité fut devenue multiple, après la différenciation et la manifestation.

 

Le Septième Mystère de la Création

 

Typhon, le Python Egyptien, les Titans, les Souras et les Asouras appartiennent tous à la même légende d’Esprits peuplant la Terre. Ce ne sont pas des « Démons chargés de créer et d’organiser l’univers visible », mais les Façonneurs ou « Architectes » des Mondes et les Progéniteurs de l’Homme. Ce sont, métaphoriquement, les Anges Déchus – les « vrais miroirs » de la « Sagesse Eternelle ».

 

Quelle est la vérité complète au sujet de ce mythe universel ; quelle est sa signification Esotérique ? L’essence entière de la vérité ne peut être transmise de bouche à oreille. Aucune plume ne peut non plus la décrire, pas même celle de l’Ange Archiviste ; l’homme doit découvrir la réponse dans le sanctuaire de son propre cœur, dans les profondeurs de son intuition divine. C’est le grand Septième Mystère de la Création, le premier et le dernier ; et ceux qui lisent l’Apocalypse de Saint Jean peuvent découvrir son ombre dissimulée sous le septième sceau. On ne peut le représenter que sous sa forme objective apparente, comme l’éternelle énigme du Sphinx. Si le Sphinx se jeta dans la mer et périt, ce ne fut pas parce qu’Œdipe avait découvert le secret des temps, mais parce qu’en anthropomorphisant l’à-jamais-spirituel et le subjectif, il avait déshonoré pour toujours la grande vérité. Aussi ne pouvons-nous le donner que sur ses plans philosophique et intellectuel, qu’ouvrent respectivement trois clefs – car les quatre dernières clefs des sept, qui ouvrent toutes grandes les portes des Mystères de la Nature, sont entre les mains des plus hauts Initiés et ne peuvent être livrées aux masses, durant ce siècle (le XIXe siècle où le texte a été rédigé, compilé et commenté), tout au moins.

 

La lettre-morte est partout la même. Le dualisme dans la religion Mazdéenne est né de l’interprétation exotérique. Le saint Airyaman, le « dispensateur du bonheur », invoqué dans la prière appelée Airyama-ishyô, est l’aspect divin d’Ahriman, « le mortel, le Daêva des Daêvas » et Angra Mainyu est l’aspect matériel sombre du premier. « Préserve-nous de celui qui nous hait, ô Mazda et Armaita Spenta », est une prière et une invocation ayant identiquement le même sens que : « Ne nous induis pas en tentation » et elle est adressée par l’homme au terrible esprit de dualisme qui se trouve dans l’homme lui-même. En effet, Ahura Mazda n’est autre que l’homme Spirituel Divin et Purifié et Armaita Spenta, l’Esprit de la Terre ou matérialité, est, dans un sens, le même qu’Ariman ou Angra Mainyu.

 


 

940359

 

 

 

La littérature Magicienne ou Mazdéenne tout entière – ou ce qui en reste – est magique, occulte et, par suite, allégorique et symbolique, même dans son « mystère de la loi ». Or, le Mobed et Parsi gardent, pendant le sacrifice, les yeux fixés sur le Baresma – la divine branche arrachée à « l’Arbre » d’Ormazd ayant été transformée en un faisceau de baguettes métalliques – et s’étonnent de ce que ni les Amesha Spentas, ni « le grand et superbe Haômas d’or, ni même leur Vohu-Manô (bonnes pensées), ni leur Râta (offrande du sacrifice) », ne les aident beaucoup. Qu’ils méditent sur « l’Arbre de Sagesse » et que, par l’étude, ils s’en assimilent les fruits un à un. La voie qui mène à l’Arbre de la Vie Eternelle, le Haôma blanc, le Gaokéréna, traverse la Terre d’une extrémité à l’autre et Haôma est dans le Ciel comme il est sur la Terre ; mais pour en devenir encore une fois un prêtre et un « guérisseur », l’homme doit se guérir lui-même, car ceci doit se faire avant qu’il ne puisse guérir les autres.

 

Ceci prouve une fois de plus que pour que l’on puisse s’occuper des soi-disant « mythes », avec, tout au moins, un degré approximatif de justice, ceux-ci doivent être étudiés de près sous tous leurs aspects. En fait, chacune des sept clefs doit être correctement employée et n’être jamais mélangée aux autres – si l’on veut dévoiler le cycle entier des mystères. A notre époque de Matérialisme lugubre qui tue l’âme, le terme Prêtres-Initiés est devenu, suivant l’opinion de nos savantes générations, synonyme d’habiles imposteurs qui attisent le feu de la superstition afin d’obtenir une domination plus aisée sur le mental des hommes. C’est là une calomnie qui ne repose sur rien et qui est l’œuvre du scepticisme et des pensées peu charitables. Personne ne croyait davantage qu’eux aux Dieux – nous pourrions les appeler les Puissances aujourd’hui invisibles, ou les Esprits, les Noumènes des phénomènes – et ils croyaient, simplement parce qu’ils savaient. Et, bien qu’après avoir été initiés dans les Mystères de la Nature, ils fussent obligés de cacher leur savoir aux profanes, qui en auraient sûrement abusé, ce secret était indéniablement moins dangereux que la politique de leurs usurpateurs et successeurs. Les premiers n’enseignaient que ce qu’ils savaient bien. Les derniers enseignant ce qu’ils ne savaient pas, ont inventé, en guise de port de refuge pour leur ignorance, une Divinité jalouse et cruelle qui interdit à l’homme de scruter ses mystères sous peine de damnation ; ils ont bien fait, car ses mystères peuvent tout au plus être insinués à une oreille cultivée, mais jamais décrits. Reportez-vous à Gnostics and their Remains de King et assurez-vous par vous-mêmes de ce qu’était la primitive Arche d’Alliance, suivant l’auteur, qui dit :

 

« Il existe une Tradition Rabbinique… d’après laquelle les Chérubins placés au-dessus étaient représentés comme mâle et femelle, durant l’acte de la copulation, afin d’exprimer la grande doctrine de l’Essence de la Forme et de la Matière, les deux principes de toutes choses. Lorsque les Chaldéens envahirent le Sanctuaire et aperçurent ce stupéfiant emblème, ils s’écrièrent bien naturellement : « Est-ce donc là votre Dieu dont vous êtes si fiers, parce qu’il est tellement attaché à la pureté ! ».

 

King est d’avis que cette tradition «  a une saveur qui rappelle trop la philosophie Alexandrine, pour que l’on puisse y ajouter foi », mais nous en doutons. La forme des ailes des deux Chérubins qui se trouvent à la droite et à la gauche de l’Arche, ailes qui se rencontrent au-dessus du « Saint des Saints, sont un emblème assez éloquent par lui-même, sans parler du « saint » Jod qui se trouve dans l’Arche ! Le Mystère de l’Agathodaemon, dont la légende dit : « Je suis Chnumis, Soleil de l’Univers, 700 », peut seul résoudre le Mystère de Jésus, dont le nom a pour nombre « 888 ». Ce n’est pas la clef de saint Pierre, ou le dogme de l’Eglise, mais le Narthex – la Baguette du Candidat à l’Initiation – qu’il faut arracher à l’étreinte du Sphinx silencieux des temps passés. D’ici là : « Les Augures qui, en se rencontrant, doivent faire des efforts pour réprimer un éclat de rire », sont peut-être plus nombreux à notre époque qu’ils ne le furent jamais aux jours de Sylla.

 


 








Un dieu personnel est un dieu limité

 

En lisant la Bible au moyen de la méthode numérique, l’auteur de « The Source of Measures » en déduit que :

 

« Le système hébraïque tout entier paraît avoir été considéré anciennement comme un système basé sur la nature et qui fut adopté par la nature, ou Dieu, comme la base ou loi en vertu de laquelle s’exerce pratiquement le pouvoir créateur – c’est-à-dire que c’était le projet créateur dont la création était l’application pratique. Ceci paraît établi par le fait que, dans le système exposé, les mesures des temps planétaires servent au même degré comme mesures de la dimension des planètes et des particularités de leurs formes – c’est-à-dire dans l’extension de leurs diamètres équatorial et polaire… Ce système (celui du projet créateur) paraît servir de base à tout l’édifice biblique, comme la fondation sur laquelle repose son ritualisme et le déploiement des œuvres de la Divinité, en fait d’architecture, par l’emploi de l’unité sacrée de mesures, dans le jardin d’Eden, l’arche de Noé, le Tabernacle et le Temple de Salomon ».


 

Creation20of Sun 322 

 

 

Ainsi, d’après l’exposé même des défenseurs de ce système, il est prouvé que la Divinité Juive n’est, tout au plus, qu’une Dyade manifesté, mais jamais l’Unique Tout Absolu. Expliqué géométriquement, c’est un nombre ; symboliquement, c’est un Priape évhémérisé et ceci ne saurait guère satisfaire une humanité qui a soif de la démonstration de réelles vérités spirituelles et de la possession d’un Dieu ayant une nature divine et non pas anthropomorphe. Il est étrange que les plus savants Cabalistes modernes ne puissent voir dans la croix ou le cercle autre chose qu’un symbole de la Divinité créatrice et androgyne manifestée, dans ses rapports avec ce mode phénoménal. Un auteur croit que :

 

« Bien que l’homme ait obtenu la connaissance de la mesure pratique… par laquelle la nature était supposée ajuster les dimensions des planètes afin de les mettre en harmonie avec la notation de leurs environnements, il semble qu’il obtint et en apprécia la possession comme un moyen d’arriver à se faire une idée de la Divinité – c’est-à-dire qu’il approcha de si près la conception d’un Etre ayant un mental comme le sien, mais infiniment plus puissant, qu’il pût se faire une idée d’une loi de création instituée par cet Etre, qui doit avoir existé avant toute création (appelé cabalistiquement le Verbe) ».

 

Ceci peut avoir satisfait l’esprit pratique des Sémites, mais l’Occultisme Oriental ne peut que repousser l’offre d’un tel Dieu ; en vérité, une Divinité, un Etre, « ayant un mental comme celui de l’homme, mais infiniment plus puissant », n’est pas un Dieu ayant une place au-delà du cycle de la création. Il n’a aucun rapport avec la conception idéale de l’Univers Eternel. C’est, tout au plus, un des pouvoirs créateurs subordonnés, dont la Totalité est appelée les Séphiroth, l’Homme Céleste et l’Adam Kadmon, le Second Logos des Platoniciens.

 

On retrouve clairement cette même idée au fond des plus habiles définitions de la Cabale et de ses mystères ; par exemple par John A. Parker, tel qu’il est cité dans le même ouvrage :

 

« La clef de la Cabale est supposée être le rapport géométrique de la surface d’un cercle inscrit dans le carré, ou du cube, avec la sphère, donnant naissance au rapport du diamètre avec la circonférence d’un cercle, avec la valeur numérique de ce rapport exprimée en intégrales. Le rapport du diamètre à la circonférence est un rapport suprême qui se rattache aux noms divins d’Elohim et de Jéhovah (termes qui sont respectivement des expressions numériques de ces rapports – le premier exprimant la circonférence et le dernier le diamètre) et qui embrasse sous lui tous les autres rapports inférieurs. Deux expressions, en intégrales, du rapport de la circonférence au diamètre sont employées dans la Bible : La parfaite et l’imparfaite. Un des rapports entre elles est tel que si est soustrait de il reste une unité de la valeur d’un diamètre en termes, ou dans la dénomination de la valeur de la circonférence d’une cercle parfait, ou une unité en ligne droite ayant une valeur circulaire parfaite, ou un facteur d’une valeur circulaire ».

 

De pareils calculs ne peuvent conduire qu’à déchiffrer le mystère de la troisième phase de l’Evolution ou de la « Troisième Création de Brahmâ ». Les Hindous initiés savent opérer la « quadrature du cercle » bien mieux qu’aucun Européens. Le fait est que les Mystiques Occidentaux ne commencent leurs spéculations qu’à la phase durant laquelle l’Univers « tombe dans la matière » comme disent les Occultistes. Dans toute la série des ouvrages cabalistiques nous n’avons pas rencontré une seule phase indiquant une allusion, même lointaine, au côté psychologique et spirituel, aussi bien qu’aux secrets mécaniques et physiologiques de la « création ». Devons-nous donc considérer l’évolution de l’Univers comme n’étant, sur une gigantesque échelle, qu’un prototype de l’acte de la procréation, comme un phallisme « divin » et nous livrer là-dessus à des élucubrations semblables à celles que l’on doit à l’auteur mal inspiré d’un récent ouvrage du même nom ? Nous ne le croyons pas et nous nous croyons en droit de parler ainsi, puisque l’étude la plus attentive de l’Ancien Testament – tant au point de vue ésotérique qu’au point de vue exotérique – ne paraît pas avoir conduit les chercheurs les plus enthousiastes au-delà de la certitude mathématique que du premier au dernier chapitre du Pentateuque, chaque scène, chaque personnage et chaque événement ont un rapport direct ou indirect avec l’origine de la naissance sous sa forme la plus crue et la plus brutale. En conséquence, si intéressantes et si ingénieuses que soient les méthodes rabbiniques, l’auteur, d’accord avec d’autres Occultistes Orientaux, doit préférer celle des Païens.

 

Ce n’est donc pas sur la Bible que doivent porter nos recherches pour retrouver l’origine de la croix et du cercle, mais sur la période qui précède le Déluge. Aussi, pour en revenir à Eliphas Lévi et au Zohar, nous répondrons au nom des Occultistes Orientaux et nous dirons en mettant en pratique le principe, ils sont absolument d’accord avec Pascal, qui dit que :

 

« Dieu est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part ».

 

Tandis que les Cabalistes disent le contraire et ne le soutiennent qu’en raison de leur désir de voiler leur doctrine. La définition de la Divinité par un cercle, soit dit en passant, n’est pas du tout de Pascal, comme le pensait Eliphas Lévi. Cette définition fut empruntée par le philosophe français, soit à Mercure Trimégiste, soit à l’ouvrage latin du Cardinal Cusa, qui pour titre De Doctâ Ignorantiâ et dans lequel elle est employée. De plus, cette définition est défigurée par Pascal, qui remplace les mots « Cercle Cosmique », que l’on trouve symboliquement dans l’inscription originale, par le mot Théos. Chez les anciens, les deux mots étaient synonymes.

 

Le mystérieux Soleil de l’initiation

 

On peut mieux se rendre compte de l’antiquité de la Doctrine Secrète quand on montre à quelle époque de l’histoire ses Mystères avaient déjà été profanés, en étant mis au service de l’ambition personnelle du roi despote et du prêtre rusé. Ces drames religieux, composés avec beaucoup de science et une profonde philosophie, et dans lesquels étaient représentées les plus grandioses vérités de l’Univers Occulte ou Spirituel, ainsi que le savoir caché, avaient commencé à être persécutés bien avant l’époque où florissaient Platon et même Pythagore. Malgré tout, les révélations primordiales faites au genre humain n’ont pas disparu avec les Mystères ; elles sont encore conservées comme l’héritage de générations futures, plus spirituelles.

 


 

eclipse soleil-459


 

Il a été exposé, dans Isis Dévoilé que, même à l’époque lointaine d’Aristote, les grands Mystères avaient déjà perdu leur grandeur et leur solennité primitives. Leurs rites étaient tombés en désuétude, ils avaient notablement dégénéré en simples spéculations sacerdotales et étaient devenus des duperies religieuses. Il est inutile d’exposer à quelle époque ils firent leur première apparition en Europe et en Grèce, puisqu’il est possible de dire que l’histoire reconnue commence avec Aristote, puisque tout ce qui le précède semble être dans une inextricable confusion chronologique. Il suffit de dire qu’en Egypte les Mystères étaient connus depuis l’époque de Ménès et que les Grecs les reçurent seulement lorsque Orphée les importa de l’Inde. Dans un article intitulé : « L’écriture était-elle connue avant Pânini ? » il est dit que les Pandous avaient conquis la domination universelle et avaient enseigné les Mystères « sacrificiels » aux autres races dès l’an 3300 avant J.-C. En fait, lorsque Orphée, fils d’Apollon ou Hélios, reçut de son père le phorminx – la lyre à sept cordes, symbole du septuple mystère de l’Initiation – ces Mystères étaient déjà d’une antiquité reculée, dans le centre de l’Asie, et en Inde. Selon Hérodote, ce fut Orphée qui les importa de l’Inde, et Orphée est bien antérieur à Homère et à Hésiode. Ainsi donc, à l’époque d’Aristote, il ne restait plus que de rares Adeptes en Europe et même en Egypte. Les héritiers de ceux qui avaient été dispersés par l’épée victorieuse des différents envahisseurs de l’antique Egypte, avaient été dispersés à leur tour. De même que 8000 ou 9000 ans auparavant, le courant du savoir était lentement descendu, des plateaux de l’Asie Centrale, dans l’Inde et vers l’Europe et l’Afrique du Nord, de même, environ 500 ans avant J.-C., il avait commencé à remonter vers son antique point de départ. Durant les deux mille ans qui suivirent, la connaissance de l’existence de grands Adeptes s’éteignit presque complètement en Europe. Pourtant, en certains endroits secrets, les Mystères continuèrent à être célébrés dans toute leur pureté primitive. Le « Soleil de Justice » continuait à briller haut dans le ciel de minuit et tandis que les ténèbres s’étendaient sur le monde profane, il y avait la lumière éternelle dans les Sanctuaires Occultes durant les nuits d’Initiation. Les vrais Mystères ne furent jamais rendus publics. Eleusis et Agra, pour les multitudes ; le Dieu « de bon conseil », la grande Divinité Orphique, pour le Néophyte.

 

Ce Dieu mystère – que nos Symbologues confondent avec le Soleil – qu’était-il ? Tous ceux qui ont une idée de l’antique foi exotérique des Egyptiens, savent parfaitement que pour la multitude Osiris était le Soleil dans le Ciel, « le Roi Céleste », Ro-Imphab : que les Grecs appelaient le Soleil « l’œil de Jupiter », de même que, pour le Pârsi orthodoxe moderne, il est « l’œil d’Ormuzd » : que l’on invoquait en outre le Soleil comme « le Dieu qui voit tout », comme le « Dieu Sauveur » et le « Dieu de Salut ». Lisez à Berlin le papyrus de Paphéronmès et la stèle, telle que l’a traduite Mariette Bey et voyez ce qu’ils disent :

 

« Gloire à toi, ô Soleil, enfant divin !… Tes rayons apportent la vie aux purs et à ceux qui sont prêts… Les Dieux (les « Fils de Dieu ») qui t’approchent tremblent de joie et de terreur… Tu es le premier né, le Fils de Dieu, le Verbe ».

 

L’Eglise s’est emparée de ces termes et voit l’annonce de la venue du Christ dans ces expressions du rituel de l’Initiation et dans les paroles prophétiques des Oracles Païens. Ce n’est nullement exact, car elles s’appliquaient à tous les dignes Initiés. Si les expressions employées dans les écrits hiératiques et dans les glyphes, des milliers d’années avant notre ère, se retrouvent maintenant dans les hymnes et les prières des Eglises chrétiennes, c’est simplement parce que les Chrétiens latins n’ont pas rougi de se les approprier, espérant bien que la postérité ne s’en apercevrait jamais. On avait tout fait pour détruire les manuscrits païens originaux et l’Eglise se croyait à l’abri. Le Christianisme eut incontestablement ses grands Voyants et ses grands Prophètes, comme toute religion, mais le fait de nier leurs prédécesseurs ne renforce pas leurs prétentions.

 

Ecoutez ce que dit Platon :

 

« Sache, Glaucus, que lorsque je parle de la production du bien, c’est au Soleil que je fais allusion. Le Fils a une analogie parfaite avec le Père ».


.../...


Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 15:22



Les vies se suivent et ne se ressemblent pas, mais elles s’enchaînent avec une logique impitoyable. Si chacune d’elles a sa loi propre et sa destinée spéciale, leur suite est régie par une loi générale qu’on pourrait appeler la répercussion des vies. D’après cette loi, les actions d’une vie ont leur répercussion fatale dans la vie suivante. Non seulement l’homme renaîtra avec les instincts et les facultés qu’il a développés dans sa précédente incarnation, mais le genre même de son existence sera déterminé en grande partie par le bon ou le mauvais emploi qu’il aura fait de sa liberté dans sa vie précédente. Pas de parole, pas d’action qui n’ait son écho dans l’éternité, dit un proverbe. Selon la doctrine ésotérique, ce proverbe s’applique à la lettre d’une vie à l’autre. Pour Pythagore, les injustices apparentes de la destinée, les difformités, les misères, les coups du sort, les malheurs de tout genre trouvent leur explication dans ce fait que chaque existence est la récompense ou le châtiment de la précédente. Une vie criminelle engendre une vie d’expiation ; une vie imparfaite, une vie d’épreuves. Une vie bonne détermine une mission ; une vie supérieure, une mission créatrice. La sanction morale qui s’applique avec une imperfection apparente au point de vue d’une seule vie, s’applique donc avec une perfection admirable et une justice minutieuse dans la série des vies. Dans cette série, il peut y avoir progression vers la spiritualité et vers l’intelligence, comme il peut y avoir régression vers la bestialité et vers la matière. A mesure que l’âme monte en degrés, elle acquiert une part plus grande dans le choix de ses réincarnations. L’âme inférieur la subit ; l’âme moyenne choisit entre celles qui lui sont offertes ; l’âme supérieure qui s’impose une mission l’élit par dévouement. Plus l’âme est élevée, et plus aussi elle conserve, dans ses incarnations, la conscience claire, irréfragable de la vie spirituelle, qui règne au-delà de notre horizon terrestre, qui l’enveloppe comme une sphère de lumière et envoie ses rayons dans nos ténèbres. La tradition veut même que les initiateurs du premier rang, les divins prophètes de l’humanité, se soient souvenus de leurs précédentes vies terrestres. Selon la légende, Gautama Bouddha, Cakya-Mouni avait retrouvé dans ses extases le fil de ses existences passées, et l’on rapporte de Pythagore qu’il disait devoir à une faveur spéciale des Dieux de se souvenir de quelques-unes de ses vies antérieures.




25+La+Vision+de+l27Enfer



Nous avons dit que, dans la série des vies, l’âme peut rétrograder ou avancer, selon qu’elle s’abandonne à sa nature inférieure ou divine. De là une conséquence importante dont la conscience humaine a toujours senti la vérité avec un tremblement étrange. Dans toutes les vies, il y a des luttes à soutenir, des choix à faire, des décisions à prendre dont les suites sont incalculables. Mais sur la route montante du bien qui traverse une série considérable d’incarnations, il doit y avoir une vie, une année, un jour, une heure peut-être où l’âme, parvenue à la pleine conscience du bien et du mal, peut s’élever par un dernier et souverain effort à une hauteur d’où elle n’aura plus à redescendre et où commence le chemin des cimes. De même, sur la route descendante du mal, il y a un point où l’âme perverse peut encore revenir sur ses pas. Mais ce point une fois franchi, l’endurcissement est définitif. D’existence en existence, elle roulera jusqu’au fond des ténèbres. Elle perdra son humanité. L’homme deviendra démon, le démon animal, et son indestructible monade sera forcée de recommencer la pénible, l’effrayante évolution par la série des règnes ascendants et des existences innombrables. Voilà l’enfer véritable selon la loi de l’évolution, et n’est-il pas aussi terrible et plus logique que celui des religions exotériques ?

 

L’âme peut donc ou monter ou descendre dans la série des vies. Quant à l’humanité terrestre, sa marche s’opère d’après la loi d’une progression ascendante qui fait partie de l’ordre divin. Cette vérité que nous croyons de découverte récente était connue et enseignée dans les Mystères antiques. « Les animaux sont parents de l’homme et l’homme est parent des Dieux », disait Pythagore. Il développait philosophiquement ce qu’enseignaient aussi les symboles d’Eleusis : le progrès des règnes ascendants, l’aspiration du monde végétal au monde animal, du monde animal au monde humain et la succession dans l’humanité de races de plus en plus parfaites. Ce progrès ne s’accomplit pas d’une manière uniforme, mais en cycles réguliers et grandissants, renfermés les uns dans les autres. Chaque peuple a sa jeunesse, sa maturité et son déclin. Il en est de même des races entières : de la race rouge, de la race noire et de la race blanche qui ont régné tour à tour sur le globe. La race blanche, encore en pleine jeunesse, n’a pas atteint sa maturité de nos jours. A son apogée, elle développera de son propre sein une race perfectionnée, par le rétablissement de l’initiation et par la sélection spirituelle des mariages. Ainsi se suivent les races, ainsi progresse l’humanité. Les initiés antiques allaient bien plus loin dans leurs prévisions que les modernes. Ils admettaient qu’un moment viendrait où la grande masses des individus qui composent l’humanité actuelle passerait sur une autre planète pour y commencer un nouveau cycle. Dans la série des cycles qui constituent la chaîne planétaire, l’humanité entière développera les principes intellectuels, spirituels et transcendants, que les grands initiés ont cultivés en eux-mêmes dès cette vie, et les amènera ainsi à une efflorescence plus générale. Il va sans dire qu’un tel développement n’embrasse pas seulement des milliers, mais des millions d’années, et qu’il amènera de tels changements dans la condition humaine que nous ne pouvons les imaginer. Pour les caractériser, Platon dit qu’en ce temps-là les Dieux habiteront réellement les temples des hommes. Il est logique d’admettre que dans la chaîne planétaire, c’est-à-dire dans les évolutions successives de notre humanité sur d’autres planètes, ses incarnations deviennent d’une nature de plus en plus éthérée qui les rapprocheront insensiblement de l’état purement spirituel, de cette huitième sphère qui est hors du cercle des générations et par laquelle les anciens théosophes désignaient l’état divin. Il est naturel aussi que tous n’ayant pas la même impulsion, beaucoup restant en route ou retombant, le nombre des élus aille toujours en diminuant dans cette prodigieuse ascension. Elle a de quoi donner le vertige à nos intelligences bornées par la terre, mais les intelligences célestes la contemplent sans peur comme nous contemplons une seule vie. L’évolution des âmes ainsi comprise n’est-elle pas conforme à l’unité de l’Esprit, ce principe des principes ; à l’homogénéité de la Nature, cette loi des lois ; à la continuité du mouvement, cette force des forces ? Vu à travers le prisme de la vie spirituelle, un système solaire ne constitue pas seulement un mécanisme matériel, mais organisme vivant, un royaume céleste, où les âmes voyagent de monde en monde comme le souffle même de Dieu qui l’anime.

 


 

Creation20of Adam 320

 

 

 

Quel est donc le but final de l’homme et de l’humanité selon la doctrine ésotérique ? Après tant de vies, de morts, de renaissances, d’accalmies et de réveils poignants, est-il un terme aux labeurs de Psyché ? Oui, disent les initiés, lorsque l’âme aura définitivement vaincu la matière, lorsque, développant toutes ses facultés spirituelles, elle aura trouvé en elle-même le principe et la fin de toute chose, alors, l’incarnation n’étant plus nécessaire, elle entrera dans l’état divin par son union complète avec l’intelligence divine. Puisque nous pouvons à peine pressentir la vie spirituelle de l’âme après chaque vie terrestre, comment ferions-nous pour imaginer cette vie parfaite qui devra suivre toute la série de ses existences spirituelles ? Ce ciel des cieux sera à ses félicités précédentes ce que l’océan est à des fleuves. Pour Pythagore, l’apothéose de l’homme n’était pas l’immersion dans l’inconscience, mais l’activité créatrice dans la conscience suprême. L’âme devenue pur esprit ne perd pas son individualité, elle l’achève puisqu’elle rejoint son archétype en Dieu. Elle se souvient de toutes ses existences antérieures, qui lui semblent autant d’échelons pour atteindre le degré d’où elle embrasse et pénètre l’univers. En cet état, l’homme n’est pas homme, comme disait Pythagore ; il est demi-dieu. Car il réfléchit dans tout son être la lumière ineffable dont Dieu remplit l’immensité. Pour lui, savoir c’est pouvoir ; aimer c’est créer ; être c’est rayonner la vérité et la beauté.

 

Ce terme est-il définitif ? L’Eternité spirituelle a d’autres mesures que le temps solaire, mais elle a aussi ses étapes, ses normes et ses cycles. Seulement ils dépassent entièrement les conceptions humaines. Mais la loi des analogues progressives dans les règnes ascendants de la nature nous permet d’affirmer que l’esprit parvenu à cet état sublime ne peut plus revenir en arrière, et que si les mondes visibles changent et passent, le monde invisible qui est sa raison d’être, sa source et son embouchure et dont fait partie la divine Psyché – est immortel.



dames-blanches-2
 


C’est par ces perspectives lumineuses que Pythagore terminait l’histoire de la divine Psyché. La dernière parole avait expiré sur les lèvres du sage, mais le sens de l’incommunicable vérité restait suspendu dans l’air immobile de la crypte. Chacun croyait avoir achevé le rêve des vies et s’éveiller dans la grande paix, dans le doux océan de la vie une et sans bornes. Les lampes de naphte éclairaient tranquillement la statue de Perséphone, debout en moissonneuse céleste, et faisaient revivre son histoire symbolique dans les fresques sacrées du sanctuaire. Quelquefois une prêtresse, entrée en extase sous la voix harmonieuse de Pythagore, semblait incarner dans son attitude et dans son visage rayonnant l’ineffable beauté de sa vision. Et les disciples – saisis d’un religieux frisson – regardaient en silence. Mais bientôt le maître, d’un geste lent et sûr, ramenait sur la terre la prophantide inspirée. Peu à peu, ses traits se détendaient, elle s’affaissait dans les bras de ses compagnes et tombait dans une léthargie profonde, d’où elle s’éveillait confuse, triste et comme épuisée de son essor. Alors on remontait de la crypte dans les jardins de Cérès, à la fraîcheur de l’aube qui commençait à blanchir sur la mer, au bord du ciel étoilé.

 

 

Le Plérôme est-il le repaire de Satan ?

 

Il est impossible de savoir si la description grandiose que Milton donne de la bataille de trois jours livrée par les Anges de Lumière aux Anges de Ténèbres, permet de supposer qu’il ait eu connaissance de la tradition Orientale correspondante. Néanmoins, s’il n’a pas eu de rapports personnels avec un Mystique, il a dû en avoir avec une personne qui pouvait consulter les ouvrages secrets du Vatican. Parmi ceux-ci se trouve une tradition concernant les « Beni Shamash » - les « Fils du Soleil » - qui décrit l’allégorie orientale avec des détails bien plus minutieux, dans sa triple version, que ceux que l’on pourrait trouver dans le Livre d’Enoch, ou dans la bien plus récente Révélation de saint Jean, au sujet de « l’Antique Dragon » et de ses divers meurtriers, comme on vient de l’expliquer.

 

Il semble inexplicable de trouver encore, jusqu’à présent, des auteurs qui appartiennent à des sociétés mystiques et qui persistent dans leurs doutes préconçus au sujet de l’antiquité « supposée » du Livre d’Enoch. Ainsi, l’auteur des “Sacred Mysteries among the Mayas and Quiches” est porté à voir dans Enoch un initié converti au Christianisme, et le compilateur anglais des “Mystères de la Magie” d’Eliphas Lévi partage la même opinion. Il fait remarquer que : « A part l’érudition du Dr Kenealy, aucun savant moderne n’attribue à ce dernier ouvrage (le Livre d’Enoch) une antiquité remontant plus loin que le IVe siècle avant J.-C. »

 



Creation 319

 

 

La science moderne s’est rendue coupable d’erreurs plus graves que celle-ci. Tout récemment encore, les plus grands critiques littéraires d’Europe niaient l’authenticité même de cet ouvrage, ainsi que des Hymnes Orphiques et même du Livre d’Hermès ou Thot, jusqu’au moment où des versets entiers de ce dernier ouvrage furent découverts sur des monuments et des tombeaux égyptiens, des premières dynasties.

 

« L’Antique Dragon » et Satan, qui sont devenus maintenant, séparément et collectivement, les symboles des « Anges Déchus » et les termes théologiques employés pour les désigner, ne sont décrits sous cet aspect, ni dans la Cabale originale (le Livre des Nombres Chaldéen), ni dans la Cabale moderne. En effet, le très érudit, sinon le plus grand des Cabalistes modernes, Eliphas Lévi, décrit Satan en ces termes ardents :

 

« C’est cet Ange qui était assez fier pour se croire un Dieu ; assez courageux pour acheter son indépendance au prix d’une éternité de supplices ; assez beau pour s’être adoré lui-même en pleine lumière divine ; assez fort pour régner encore dans les ténèbres, au milieu de la douleur et pour se faire un trône de son inextinguible bûcher. C’est le Satan du républicain et de l’hérétique Milton… le prince de l’anarchie, servie par une hiérarchie de purs esprits ».

 

Cette description – qui concilie avec tant d’adresse le dogme théologique avec l’allégorie Cabalistique et trouve même le moyen d’englober un compliment politique dans son texte – est tout à fait correcte lorsqu’on la lit convenablement.

 

Oui vraiment ; c’est l’idéal le plus haut, ce symbole à jamais vivant, - on pourrait dire cette apothéose, - du sacrifice de soi-même en faveur de l’indépendance intellectuelle de l’humanité ; cette Energie toujours active protestant contre l’Inertie Statique : ce principe en vertu duquel l’affirmation de Soi-même est un crime et pour lequel la Pensée et la Lumière du Savoir sont odieuses. Comme le dit Eliphas Lévi, avec une justice et une ironie qui n’ont jamais été égalées :

 

« C’est ce prétendu héros des éternités ténébreuses qui, calomnié de laideur, est affublé de cornes et de griffes, qui conviendraient plutôt à son implacable tourmenteur. »

 

C’est lui qui a finalement été transformé en un Serpent, le Dragon Rouge, mais Eliphas Lévi encore soumis aux autorités Catholiques Romaines, - on pourrait ajouter, était trop jésuite, pour confesser que ce Diable n’était autre que l’humanité et n’avait jamais existé sur la Terre en dehors de cette humanité.

 

En ceci, la Théologie Chrétienne, bien que marchant servilement sur les traces du Paganisme, n’a fait que se conformer à sa politique traditionnelle. Elle devait s’isoler et affirmer son autorité. Elle ne pouvait donc mieux faire que de transformer en démons toutes les Divinités Païennes. Chaque brillant Dieu Solaire de l’antiquité, - Divinité glorieuse pendant le jour et son propre adversaire et antagoniste pendant la nuit, appelée Dragon de Sagesse, parce qu’elle était supposée renfermer les germes de la nuit et du jour, a été maintenant transformée en une hypothétique ombre de Dieu et est devenue Satan de par la seule autorité, sans sanction, d’un despotique dogme humain. Après quoi tous ces producteurs de lumière et d’ombre, tous ces Dieux Solaires et Lunaires, ont été maudits, et un Dieu, choisi dans le nombre, puis Satan, ont été ainsi anthropomorphisés tous deux.

 

Jéhovah est un esprit qui joue un rôle

 

Mais la Théologie semble avoir perdu de vue la faculté que possède l’homme de discerner et d’enfin d’analyser tout ce qu’on impose artificiellement à son respect. L’Histoire fait ressortir chez toutes les races et les tribus, surtout chez les nations Sémitiques, une tendance naturelle à exalter la divinité de leur propre tribu au-dessus de toutes les autres, à lui conférer la suprématie sur les Dieux et elle prouve que le Dieu des Israélites était un Dieu de tribu de ce genre et rien de plus, bien que l’Eglise Chrétienne, suivant l’exemple du peuple « élu », trouve bon d’imposer le culte de cette divinité spéciale et de lancer l’anathème contre toutes les autres. Qu’il s’agisse, à l’origine, d’une erreur consciente ou inconsciente, c’est une erreur en tout cas. Dans l’antiquité, Jéhovah n’a jamais été qu’un Dieu « parmi » d’autres « Dieux ». Le Seigneur apparut à Abraham et tout en lui disant : « Je suis le Dieu tout-puissant », il ajouta : « J’établirai mon union… afin d’être un Dieu pour toi » (Abraham) ; et pour sa descendance après lui mais non pour les Européens.

 


Creation of Animals 324

 

 

 

Mais il y avait alors la grandiose et idéale figure de Jésus de Nazareth, à placer contre ce fond obscur, pour la rendre plus radieuse par le contraste, et l’Eglise ne pouvait inventer un fond plus obscur. Ne possédant pas la symbologie de l’Ancien Testament, ignorant la computation véritable du nom de Jéhovah, - le substitut rabbinique secret du nom Ineffable et Imprononçable, - l’Eglise prit pour la réalité, l’ombre savamment fabriquée, prit le symbole générateur anthropomorphisé pour l’Unique Réalité Sans Rivale, la Cause Inconnaissable de Tout. Comme conséquence logique, l’Eglise, dans un but de dualisme, se trouva dans la nécessité d’inventer un Diable anthropomorphisé, - créé, comme elle l’enseigne, par Dieu lui-même. Satan est aujourd’hui devenu le monstre fabriqué par Jéhovah-Frankenstein, c’est la malédiction de son père et une épine dans le flanc divin, un monstre, dont aucun Frankenstein terrestre n’eût pu fabriquer une plus ridicule copie.

 

L’auteur de New Aspects of Life décrit fort correctement le Dieu hébreux, en se plaçant au point de vue cabalistique, comme étant :

 

« L’esprit de la Terre, qui s’était révélé au juif comme Jéhovah… C’est aussi cet Esprit qui, après la mort de Jésus, prit sa forme et jouer son rôle comme Christ ressuscité ».

 

C’est, comme on peut le voir, la doctrine de Cérinthe et de plusieurs Gnostiques, avec fort peu de variations, mais les explications et les déductions de l’auteur sont remarquables :

 

« Personne ne savait… mieux que Moïse… ni aussi bien que lui, combien était grande la puissance de ces (Dieux de l’Egypte), avec les prêtres desquels il avait discuté… de ces dieux dont on prétend que Jéhovah est le Dieu (les Juifs seulement).

 

L’auteur pose cette question :

 

« Qu’étaient-ce donc ces Dieux, ces Achar dont Jéhovah, l’Achad, aurait été le Dieu… en le dominant ? »

 

L’Occultisme répond ceci : C’étaient ceux que l’Eglise appelle maintenant les Anges Déchus et, collectivement, Satan, le Dragon – vaincu, si nous acceptons ce qu’elle dit, par Michel et sa Légion, Michel qui n’était autre que Jéhovah lui-même ou, tout au plus, un des Esprits subordonnés. Aussi l’auteur a-t-il encore raison de dire :

 

Les Grecs croyaient à l’existence de… daimons, mais… furent devancés en cela par les Hébreux, qui croyaient qu’il y avait une classe d’esprits représentatifs qu’ils désignaient sous le nom de démons, « acteurs »… En admettant, avec Jéhovah qui affirmait expressément l’existence d’autres dieux, qui… jouaient le rôle du Dieu Unique, ces autres dieux ne constituaient-ils qu’une classe supérieure d’esprits acteurs… qui avaient acquis et exerçaient de grands pouvoirs ? Et le rôle joué par d’autres ne constitua-t-il pas la clef du mystère de l’état d’esprit ? Mais, ceci une fois admis, comment pourrons-nous savoir si Jéhovah n’était pas un esprit jouant un rôle, un esprit qui prétendait être, et qui devint aussi, le représentant du Dieu unique, inconnu et inconnaissable ? Comment saurions-nous si l’esprit qui se donnait le nom de Jéhovah ne fut pas cause, en s’appropriant ses attributs, que sa propre désignation fut imputée à l’Unique qui est en réalité, aussi dépourvu de nom qu’il est inconnaissable.

 

L’auteur démontre alors que « l’esprit Jéhovah est un acteur » de son propre aveu. Il avoua à Moïse « qu’il était apparu aux patriarches comme le Dieu Shaddaï et le Dieu Hélion ».

 

Il assuma d’un seul trait le nom de Jéhovah et c’est sur la foi de l’affirmation de cet acteur que les noms de El, Eloah, Elohim et Shaddaï ont été lus et interprétés en juxtaposition avec Jéhovah, comme signifiant le « Seigneur Dieu Tout-Puissant ». Puis quand le nom de Jéhovah devint ineffable, la désignation d’Adonaï « Seigneur », lui fut substituée et… c’est par suite de cette substitution que le « Seigneur » passa des Juifs au « Verbe » et au Monde Chrétien comme une désignation de Dieu.

 

Et comment saurions-nous, pourrait ajouter l’auteur, si Jéhovah ne représentait pas de nombreux esprits jouant le rôle de l’apparemment unique – Jod ou Jod-Hé ?

 

Mais si l’Eglise Chrétienne fut la première à faire de l’existence de Satan un dogme, ce fut, comme on le démontre dans Isis Dévoilée, parce que le Diable, - le puissant Ennemi de Dieu – devait devenir la pierre d’assise et le pilier de l’Eglise. En effet, comme le fait observer avec raison un Théosophe, M. Jules Baissac, dans son ouvrage intitulé « Satan ou le Diable » :

 

« Il fallait éviter de paraître autoriser le dogme du double principe, en faisant de ce Satan créateur une puissance réelle et pour expliquer le mal originel, on profère contre Manès l’hypothèse d’une permission de l’unique Tout-Puissant ».

 

Ce choix et cette politique furent en tout cas malheureux. On aurait dû établir une distinction bien tranchée entre le personnage jouant le rôle du Dieu inférieur d’Abraham et de Jacob et le « Père » mystique de Jésus, ou bien les Anges « Déchus » n’auraient pas dû être calomniés par de nouvelles fictions.

 

Chaque Dieu des Gentils se rattache à Jéhovah, - les Elohim – et a des rapports étroits avec lui, car ils ne forment à eux tous qu’Une Légion, dont les unités ne différent que par le nom dans les Enseignements Esotériques. Il n’y a aucune différence entre les Anges « Obéissants » et les Anges « Déchus », sauf en ce qui concerne leurs fonctions respectives, ou plutôt l’inertie des uns et l’activité des autres, parmi les Dhyân Chohans, ou Elohim, qui eurent pour mission « de créer », c’est-à-dire de fabriquer le monde extérieur à l’aide de la matière éternelle.

 

Les cabalistes disent que le véritable nom de Satan est celui de Jéhovah retourné, attendu que « Satan n’est pas un Dieu noir, mais la négation de la Divinité blanche », ou de la Lumière de la Vérité. Dieu est la Lumière et Satan représente les Ténèbres ou l’Ombre nécessaire pour la faire ressortir, sans quoi la pure lumière serait invisible et incompréhensible. « Pour les Initiés, dit Eliphas Lévi, le Diable n’est pas une personne, mais une Force créatrice, pour le Bien comme pour le Mal ». Les Initiés représentaient cette Force, qui préside à la génération physique, sous la mystérieuse forme du Dieu Pan ou de la Nature ; de là les cornes et les sabots de cette figure mythique et symbolique, comme aussi le « bouc » chrétien du « Sabbat des Sorcières ». A ce sujet, les Chrétiens ont encore imprudemment oublié que le « bouc » était aussi la victime choisie pour l’expiation de tous les péchés d’Israël, que le bouc émissaire était en réalité le martyr du sacrifice, le symbole du plus grand mystère existant sur la Terre – la « chute dans la génération ».

 

Eliphas Lévi cherche à expliquer le dogme de son Eglise par des paradoxes et des métaphores, mais il réussit bien misérablement, en présence des nombreux volumes écrits par les pieux Démonologistes Catholiques Romains, avec l’approbation et sous les auspices de Rome. Pour le vrai Catholique Romain, le Diable ou Satan est une réalité ; le drame joué dans la Lumière Sidérale, suivant le voyant de Patmos – qui voulait, peut-être, renchérir sur le récit que contient le Livre d’Enoch – est un fait aussi réel et aussi historique que toute autre allégorie ou que tout autre événement symbolique que l’on trouve dans la Bible. Les Initiés donnent toutefois une explication qui diffère de celle d’Eliphas Lévi, dont le génie et l’intellect plein de ruse devaient se soumettre à un certain compromis qui lui était dicté de Rome.

 

Akasha, le Mysterium Magnum

 

Les véritables cabalistes „qui n’acceptent pas de compromis“ admettent que pour tout ce qui concerne la Science et la Philosophie, il suffit que le profane sache que le Grand Agent Magique, appelé Lumière Astrale par les disciples du Marquis de Saint-Martin, ou Martinistes, Vierge Sidérale et Mysterium Magnum par les Cabalistes et Alchimistes du Moyen Age et Aether, ou reflet de l’Akâsha, par les Occultistes Orientaux, n’est autre que ce que l’Eglise appelle Lucifer. On n’apprendra rien à personne en disant que les scolastiques latins ont réussi à transformer en Satan l’Ame Universelle et le Plérôme, le Véhicule de Lumière et le réceptacle de toutes formes, une Force répandue dans tout l’Univers, avec ses effets directs et indirects, mais on est prêt maintenant à communiquer aux profanes mentionnés plus haut, les secrets même auxquels Eliphas Lévi fait allusion, sans explication suffisante, car le système de révélations voilées d’Eliphas Lévi ne pourrait conduire qu’à de nouvelles superstitions et à de nouveaux malentendus. Qu’est-ce qu’un étudiant en Occultisme, qui serait un commençant, pourrait tirer de phrases hautement poétiques comme celles d’Eliphas Lévi que nous citons plus bas et qui sont aussi apocalyptiques que les œuvres de n’importe quel Alchimiste ?



 
 

Le souffle d'or

 

 

Lucifer (la Lumière astrale)… est une force intermédiaire répandue dans toute la création ; elle sert à créer et à détruire, et la chute d’Adam fut le résultat d’une ivresse érotique qui a fait de sa génération l’esclave de cette fatale Lumière… toute passion amoureuse qui envahit les sens est un tourbillon de cette Lumière qui cherche à nous entraîner vers les abîmes de la mort. La folie, les hallucinations, les visions, les extases sont des formes d’une excitation très dangereuse due à ce phosphore intérieur ( ?). Enfin, cette lumière est de la nature du feu, dont l’usage intelligent échauffe et vivifie, dont l’excès, au contraire, brûle, dissout et anéanti.

 

L’homme serait appelé à prendre un souverain empire sur cette Lumière Astrale et à conquérir par ce moyen son immortalité et il serait menacé en même temps d’être enivré, absorbé et éternellement détruit par elle.

 

Cette lumière, en tant que dévorante, vengeresse et fatale, serait le feu de l’enfer, le serpent de la légende ; l’erreur tourmentée dont elle serait pleine, les larmes et les grincements de dents des êtres avortés qu’elle dévore, le fantôme de la vie qui leur échappe, tout cela serait le Diable ou Satan.

 

Il n’y a rien de faux dans tout ceci ; rien, sauf une surabondance de métaphores mal employées, comme, par exemple, l’emploi du mythe d’Adam pour donner un exemple des effets astraux. L’Akâsha, la Lumière Astrale, peut être définie en quelques mots ; c’est l’Ame Universelle, la Matrice de l’Univers, le Mysterium Magnum d’où naît tout ce qui existe, par séparation ou différenciation. C’est la cause de l’existence ; elle remplit tout l’Espace infini, c’est l’Espace lui-même, dans un sens, ou, tout à la fois, son sixième et son septième principe. Mais en tant que fini dans l’Infini, par rapport à la manifestation, cette Lumière doit avoir son côté sombre – ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer. Or, comme l’Infini ne peut jamais être manifesté, il s’ensuit que le monde fini doit se contenter de l’ombre seule, que ses actions attirent sur l’humanité et que les hommes attirent et forcent à l’activité. Aussi, tandis que la Lumière Astrale est la Cause Universelle dans son unité et dans son infini non-manifesté, elle n’est plus, en ce qui concerne l’humanité, que les effets des causes produites par les hommes au cours de leurs vies pleines de péchés. Ce ne sont pas ses brillants habitants, - qu’on les appelle Esprits de Lumière ou de Ténèbres – qui produisent le Bien ou le Mal, mais c’est l’humanité elle-même qui détermine des actions et des réactions inévitables dans le Grand Agent Magique. C’est l’humanité qui est devenue le « Serpent de la Genèse » et qui est ainsi cause, jour par jour et heure par heure, de la Chute et du Péché de la « Vierge Céleste » - qui devient alors, en même temps, la Mère des Dieux et des Diables ; car c’est la Divinité toujours aimante et bienfaisante pour tous ceux qui émeuvent son Ame et son Cœur, au lieu d’attirer vers eux-mêmes l’ombre manifestée de son essence, désignée par Eliphas Lévi sous le nom de « lumière fatale » qui tue et détruit. L’Humanité, dans ses unités, peut surmonter et maîtriser ses effets, mais seulement par la sainteté des vies et en produisant des causes bonnes. Elle n’a de pouvoirs que sur les principes inférieurs manifestés, - l’ombre de la Divinité Inconnue et Inconnaissable dans l’Espace. Mais dans l’antiquité, et en réalité, Lucifer, ou Luciferus, était le nom de l’Entité Angélique qui présidait à la Lumière de la Vérité, comme à la lumière du jour. Dans le grand Evangile Valentinien, Pistis Sophia, on enseigne que parmi les trois Puissances qui émanent des Noms Sacrés des trois Triples Pouvoirs, celle de Sophia (le Saint-Esprit, suivant ces Gnostiques, - la plus raffinée de toutes), réside dans la planète Vénus ou Lucifer.

 

Ainsi, pour le profane, la Lumière Astrale peut être Dieu et le Diable à la fois – Demon est Deus inversus – c’est-à-dire qu’à tous les points de l’Espace Infini vibrent les courants magnétiques et électriques de la Nature animée, les vagues qui donnent la vie et la mort, car la mort sur la terre devient la vie sur un autre plan. Lucifer, c’est la Lumière divine et terrestre, le « Saint-Esprit » et « Satan » tout à la fois, l’Espace visible étant véritablement rempli d’une manière invisible, par le Souffle différencié et la Lumière Astrale, les effets manifestés des deux qui n’en font qu’un, guidée et attirée par nous, est le Karma de l’Humanité, une entité à la fois personnelle et impersonnelle – personnelle, parce que c’est le nom mystique que Saint-Martin donne à la Légion des Créateurs Divins, des Guides et des Souverains de cette Planète ; impersonnelle, en tant que Cause et Effet de la Vie et de la mort Universelles.

 

La Chute fut le résultat du savoir de l’homme, car ses « yeux furent ouverts ». Il fut, en effet, instruit dans la Sagesse et dans le Savoir Occulte par « l’Ange Déchu », car ce dernier était devenu depuis lors son Manas, son Mental et sa Soi-conscience. Chez chacun de nous, ce fil d’or de la Vie interrompue – passant périodiquement par des cycles actifs et passifs d’existence sensible sur la Terre et suprasensible dans le Dévachan – existe depuis le moment de notre apparition sur cette Terre. C’est le Sûtrâtmâ, le fil lumineux de l’état de la Monade immortelle, impersonnelle, sur lequel nos « vies » terrestres, ou Egos éphémères, sont enfilées comme des perles – suivant la belle expression de la philosophie védantine.


.../...








 




Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 11:54

 

Mysterium Logos

 

Un grand Soleil plein d’amour

 

 

« J’avoue que je suis très disposé à affirmer l’existence de natures immatérielles dans le monde et de placer mon âme à moi dans la catégorie de ces êtres. Il sera un jour prouvé, je ne sais où ni quand, que l’âme humaine, même dans ce monde, est indissolublement liée à toutes les natures immatérielles du monde des esprits, qu’elle agit sur elles, et en reçoit des impressions. » Emmanuel Kant

 


 

 

Méditation 

 

 

 

Introduction aux Mystères

 

Troisième degré de l’évolution pythagoricienne – Cosmogonie et psychologie – L’évolution de l’âme

 

Le disciple avait reçu du maître les principes de la science. Cette première initiation avait fait tomber les écailles épaisses de la matière qui recouvrait les yeux de son esprit. Déchirant le voile brillant de la mythologie, elle l’avait arraché au monde visible pour le jeter éperdument dans les espaces sans bornes et le plonger dans le soleil de l’Intelligence, d’où la Vérité irradie sur les trois mondes. Mais la science des nombres n’était que le préambule de la grande initiation. Armé de ces principes, il s’agissait maintenant de descendre des hauteurs de l’Absolu dans les profondeurs de la nature pour y saisir la pensée divine dans la formation des choses et dans l’évolution de l’âme à travers les mondes. La cosmogonie et la psychologie ésotérique touchaient aux plus grands mystères de la vie, à des secrets dangereux et jalousement gardés des sciences et des arts occultes. Aussi Pythagore aimait-il à donner ces leçons loin du jour profane, la nuit, au bord de la mer, sur les terrasses du temple de Cérès, au murmure léger de la vague ionienne, d’une si mélodieuse cadence, aux lointaines phosphorescences du cosmos étoilé ; ou bien, dans les cryptes du sanctuaire, où des lampes égyptiennes de naphte répandaient une clarté égale et douce. Les femmes initiées assistaient à ces réunions nocturnes. Quelquefois, des prêtres ou des prêtresses, arrivés de Delphes ou d’Eleusis, venaient confirmer les enseignements du maître par le récit de leurs expériences ou par la parole lucide du sommeil clairvoyant.

 

L’évolution matérielle et l’évolution spirituelle du monde sont deux mouvements inverses, mais parallèles et concordants sur toute l’échelle de l’être. L’un ne s’explique que par l’autre, et, vus ensemble, ils expliquent le monde. L’évolution matérielle représente la manifestation de Dieu dans la matière par l’âme du monde qui la travaille. L’évolution spirituelle représente l’élaboration de la conscience dans les monades individuelles et leurs tentatives de rejoindre, à travers le cycle des vies, l’esprit divin dont elles émanent. Voir l’univers au point de vue physique ou au point de vue spirituel, ce n’est pas considérer un objet différent, c’est regarder le monde par les deux bouts opposés. Au point de vue terrestre, l’explication rationnelle du monde doit commencer par l’évolution matérielle, puisque c’est par ce côté qu’il nous apparaît ; mais en nous faisant voir le travail de l’Esprit universel dans la matière et poursuivre le développement des monades individuelles, elle conduit insensiblement au point de vue spirituel et nous fait passer du dehors au dedans des choses, de l’envers du monde à son endroit.

 

Ainsi, du moins, procédait Pythagore, qui considérait l’univers comme un être vivant, animé d’une grande âme et pénétré d’une grande intelligence. La seconde partie de son enseignement commençait donc par la cosmogonie.


 

Syst Solaire

 

 

 

Si l’on s’en tenait aux divisions du ciel, que nous trouvons dans les fragments exotériques des pythagoriciens, cette astronomie serait semblable à l’astronomie de Ptolémée, la terre immobile et le soleil tournant autour, avec les planètes et le ciel tout entier. Mais le principe même de cette astronomie nous avertit qu’elle est purement symbolique. Au centre de son univers, Pythagore place le Feu (dont le soleil n’est qu’un reflet). Or, dans tout l’ésotérisme de l’Orient, le Feu est le signe représentatif de l’Esprit, de la Conscience divine, universelle. Ce que nos philosophes prennent généralement pour la physique de Pythagore et de Platon n’est donc pas autre chose qu’une description imagée de leur philosophie secrète, lumineuse pour les initiés, mais d’autant plus impénétrable au vulgaire, qu’on la faisait passer pour une simple physique. Cherchons-y donc une sorte de cosmographie de la vie des âmes, et pas autre chose. La région sublunaire désigne la sphère où s’exerce l’attraction terrestre et est appelée le cercle des générations. Les initiés entendaient par là que la terre est pour nous la région de la vie corporelle. Là se font toutes les opérations qui accompagnent l’incarnation et la désincarnation des âmes. La sphère des six planètes et du soleil répond à des catégories ascendantes d’esprits. L’Olympe, conçu comme une sphère roulante, est appelé le ciel des fixes, parce qu’il est assimilé à la sphère des âmes parfaites. Cette astronomie enfantine recouvre donc une conception de l’Univers spirituel.

 

Mais tout nous porte à croire que les anciens initiés et particulièrement Pythagore avaient de l’univers physique des notions beaucoup plus justes. Aristote dit positivement que les pythagoriciens croyaient au mouvement de la terre autour du soleil. Copernic affirme que l’idée de la rotation de la terre autour de son axe est venue en lisant, dans Cicéron, qu’un certain Hycétas, de Syracuse, avait parlé du mouvement diurne de la terre. A ses disciples du troisième degré, Pythagore enseignait le double mouvement de la terre. Sans avoir les mesures exactes de la science moderne, il savait, comme les prêtres de Memphis, que les planètes issues du soleil tournent autour de lui ; que les étoiles sont autant de systèmes solaires gouvernés par les mêmes lois que le nôtre et dont chacun a son rang dans l’immense univers. Il savait aussi que chaque monde solaire forme un petit univers qui a sa correspondance dans le monde spirituel et son ciel propre. Les planètes servaient à en marquer l’échelle. Mais ces notions, qui auraient bouleversé la mythologie populaire et que la foule eût taxées de sacrilèges, n’étaient jamais confiées à l’écriture vulgaire. On ne les enseignait que sous le sceau du plus profond secret.

 

L’univers visible, disait, Pythagore, le ciel avec toutes ses étoiles n’est qu’une forme passagère de l’âme du monde, de la grande Maïa, qui concentre la matière éparse dans les espaces infinis, puis la dissout et la parsème en fluide cosmique impondérable. Chaque tourbillon solaire possède une parcelle de cette âme universelle, qui évolue dans son sein pendant des millions de siècles, avec une force d’impulsion et une mesure spéciales. Quant aux puissances, aux règnes, aux espèces et aux âmes vivantes qui apparaîtront successivement dans les astres de ce petit monde, elles viennent de Dieu, elles descendent du Père ; c’est-à-dire qu’elles émanent d’un ordre spirituel immuable et supérieur, ainsi que d’une évolution matérielle antérieure, j’entends d’un système solaire éteint. De ces puissances invisibles, les unes, absolument immortelles, dirigent la formation de ce monde, les autres attendent son éclosion dans le sommeil cosmique ou dans le rêve divin, pour rentrer dans les générations visibles, selon leur rang et selon la loi éternelle. Cependant, l’âme solaire et son feu central, qui meut directement la grande Monade, travaille la matière en fusion. Les planètes sont filles du soleil. Chacune d’elles, élaborée par les forces d’attraction et de rotation inhérentes à la matière, est douée d’une âme semi-consciente issue de l’âme solaire et a son caractère distinct, son rôle particulier dans l’évolution. Comme chaque planète est une expression diverse de la pensée de Dieu, comme elle exerce une fonction spéciale dans la chaîne planétaire, les anciens sages ont identifié les noms des planètes avec ceux des grands dieux, qui représentent les facultés divines en action dans l’univers.

 

Les quatre éléments, dont sont formés les astres et tous les êtres, désignent quatre états gradués de la matière. Le premier, étant le plus dense et le plus grossier, est le plus réfractaire à l’esprit ; le dernier, étant le plus raffiné, montre pour lui une grande affinité. La terre représente l’état solide ; l’eau, l’état liquide ; l’air, l’état gazeux ; le feu, l’état impondérable. Le cinquième élément, ou éthérique, représente un état de la matière tellement subtil et vivace, qu’il n’est plus atomique et  doué de pénétration universelle. C’est le fluide cosmique original, la lumière astrale ou l’âme du monde.

 

Pythagore parlait ensuite à ses disciples de l’Egypte et de l’Asie. Il savait que la terre en fusion était primitivement entourée d’une atmosphère gazeuse, qui, liquéfiée par son refroidissement successif, avait formé les mers. Selon son habitude, il résumait métaphoriquement cette idée en disant que les mers étaient produites par les larmes de Saturne (le temps cosmique).

 

Mais voici les règnes qui apparaissent, et les germes invisibles, flottant dans l’aura éthérée de la terre, tourbillonnent dans sa robe gazeuse, puis sont attirés dans le sein profond des mers et sur les premiers continents émergés. Les mondes végétal et animal encore confondus apparaissent presque en même temps. La doctrine ésotérique admet la transformation des espèces animales, non seulement d’après la loi secondaire de la sélection, mais encore d’après la loi primaire de la percussion de la terre par les puissances célestes, et de tous les êtres vivants par des principes intelligibles et des forces invisibles. Lorsqu’une espèce nouvelle apparaît sur le globe, c’est qu’une race d’âmes d’un type supérieur s’incarne à une époque donnée dans les descendants de l’espèce ancienne, pour la faire monter d’un échelon en la remoulant et la transformant à son image. C’est ainsi que la doctrine ésotérique explique l’apparition de l’homme sur la terre. Au point de vue de l’évolution terrestre, l’homme est le dernier rameau et le couronnement de toutes les espèces antérieures. Mais ce point de vue ne suffit pas plus pour expliquer son entrée en scène qu’il ne suffirait pour expliquer l’apparition de la première algue ou du premier crustacé dans le fond des mers. Toutes ces créations successives supposent, comme chaque naissance, la percussion de la terre par les puissances invisibles qui créent la vie. Celle de l’homme suppose le règne antérieur d’une humanité céleste qui préside à l’éclosion de l’humanité terrestre et lui envoi, comme les ondes d’une marée formidable, de nouveaux torrents d’âmes qui s’incarnent dans ses flancs et font luire les premiers rayons d’un jour divin dans cet être effaré de l’animalité, et forcé pour vivre de lutter avec toutes les puissances de la nature.

 



Systeme solaire16

 

 

 

Pythagore, instruit par les temples de l’Egypte, avait des notions précises sur les grandes révolutions du globe. La doctrine indienne et égyptienne connaissait l’existence de l’ancien continent austral qui avait produit la race rouge et une puissante civilisation, appelée Atlantes par les Grecs. Elle attribuait l’émergence et l’immersion alternatives des continents à l’oscillation des pôles et admettait que l’humanité avait traversé ainsi six déluges. Chaque cycle inter diluvien amène la prédominance d’une grande race humaine. Au milieu des éclipses partielles de la civilisation et des facultés humaines, il y a un mouvement général ascendant.

 

Voici donc l’humanité constituée et les races lancées dans leur carrière, à travers les cataclysmes du globe. Mais sur ce globe que nous prenons en naissant pour la base immuable du monde et qui flotte lui-même emporté dans l’espace, sur ces continents qui émergent des mers pour disparaître de nouveau, au milieu de ces peuples qui passent, de ces civilisations qui croulent, quel est le grand, le poignant, l’éternel mystère ? C’est le grand problème intérieur, celui de chacun et de tous, c’est le problème de l’âme, qui découvre en elle-même un abîme de ténèbres et de lumière, qui se regarde avec un mélange de ravissement et d’effroi et se dit : « Je ne suis pas de ce monde, car il ne suffit pas pour m’expliquer. Je ne viens pas de la terre et je vais ailleurs. Mais où ? » C’est le mystère de Psyché qui renferme tous les autres.

 

La cosmogonie du monde visible, disait Pythagore, nous a conduits à l’histoire de la terre, et celle-ci au mystère de l’âme humaine. Avec lui nous touchons au sanctuaire des sanctuaires, à l’arcane des arcanes. Sa conscience une fois éveillée, l’âme devient elle-même le plus étonnant des spectacles. Mais cette conscience même n’est que la surface éclairée de son être, où elle soupçonne des abîmes obscurs et insondables. Dans sa profondeur inconnue, la divine Psyché contemple d’un regard fasciné toutes les vies et tous les mondes : le passé, le présent, le futur que joint l’Eternité. « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux. » Voilà le secret des sages initiés. Mais pour pénétrer par cette porte étroite dans l’immensité de l’univers invisible, éveillons en nous la vie directe de l’âme purifiée et armons-nous du flambeau de l’Intelligence, de la science des principes et des Nombres sacrés.

 

Pythagore passait ainsi de la cosmogonie physique à la cosmogonie spirituelle. Après l’évolution de la terre, il racontait l’évolution de l’âme à travers les mondes. En dehors de l’initiation, cette doctrine est connue sous le nom de transmigration des âmes. Sur aucune partie de la doctrine occulte on n’a plus déraisonné que sur celle-là, si bien que la littérature antique et moderne ne la connaît que par des travestissements puérils. Platon lui-même, celui de tous les philosophes qui a le plus contribué à la populariser, n’en a donné que des aperçus fantaisistes et parfois extravagants, soit que sa prudence, soit que ces serments l’aient empêché de dire tout ce qu’il savait. Peu de gens se doutent aujourd’hui qu’elle ait pu avec pour les initiés un aspect scientifique, ouvrir des perspectives infinies et donner à l’âme des consolations divines. La doctrine de la vie ascensionnelle de l’âme à travers la série des existences est le trait commun des traditions ésotériques et le couronnement de la théosophie. J’ajoute qu’elle a pour nous une importance capitale. Car l’homme d’aujourd’hui rejette avec un égal mépris l’immortalité abstraite et vague de la philosophie et le ciel enfantin de la religion primaire. Et cependant la sécheresse et le néant du matérialisme lui font horreur. Il aspire inconsciemment à la conscience d’une immortalité organique qui réponde à la fois aux exigences de sa raison et aux besoins indestructibles de son âme. On comprend, du reste, pourquoi les initiés des religions antiques, tout en ayant connaissance de ces vérités, les ont tenues si secrètes. Elles sont de nature à donner le vertige aux esprits non cultivés. Elles se lient étroitement aux profonds mystères de la génération spirituelle, des sexes et de la génération dans la chair, d’où dépendent les destinées de l’humanité future.

 

On admettait donc avec une sorte de frémissement cette heure capitale de l’enseignement ésotérique. Par la parole de Pythagore, comme par une lente incantation, la lourde matière semblait perdre son poids, les choses de la terre devenaient transparentes, celles du ciel visibles à l’esprit. Des sphères d’or et d’azur sillonnées d’essences lumineuses déroulaient leurs orbes jusqu’à l’infini. Alors les disciples, hommes et femmes, groupés autour du maître dans une partie souterraine du temple de Cérès appelée crypte de Proserpine, écoutaient avec une émotion palpitante : l’histoire céleste de Psyché.

 

 

L’histoire céleste de Psyché

 

Qu’est-ce que l’âme humaine ? Une parcelle de la grande âme du monde, une étincelle de l’esprit divin, une monade immortelle. Mais si son possible avenir s’ouvre dans les splendeurs insondables de la conscience divine, sa mystérieuse éclosion remonte aux origines de la matière organisée. Pour devenir ce qu’elle est dans l’humanité actuelle, il a fallu qu’elle traversât tous les règnes de la nature, toute l’échelle des êtres en se développant graduellement par une série d’innombrables existences. L’esprit qui travaille les mondes et condense la matière cosmique en masses énormes se manifeste avec une intensité diverse et une concentration toujours plus grande dans les règnes successifs de la nature. Force aveugle et indistincte dans le minéral, individualisé dans la plante, polarisée dans la sensibilité et l’instinct des animaux, elle tend vers la monade consciente dans cette lente élaboration ; et la monade élémentaire est visible dans l’animal le plus inférieur. L’élément animique et spirituel existe donc dans tous les règnes, quoique seulement à l’état de quantité infinitésimale dans les règnes inférieurs. Les âmes qui existent à l’état des germes dans les règnes inférieurs y séjournent sans en sortir pendant d’immenses périodes, et ce n’est qu’après de grandes révolutions cosmiques qu’elles passent à un règne supérieur en changeant de planète. Tout ce qu’elles peuvent faire pendant la période de vie d’une planète, c’est de montrer quelques espèces. Où comment la monade ? Autant vaudrait demander l’heure où s’est formée une nébuleuse, où un soleil a relui pour la première fois. Quoi qu’il en soit, ce qui constitue l’essence de n’importe quel homme a dû évoluer pendant des millions d’années à travers une chaîne de planètes et les règnes inférieurs, tout en conservant à travers toutes ces existences un principe individuel qui la suit partout. Cette individualité obscure, mais indestructible, constitue le sceau divin de la monade en qui Dieu veut se manifester par la conscience.




Angel-2


Plus on monte la série des organismes, plus la monade développe les principes latents qui sont en elle. La force polarisée devient sensible, la sensibilité instinct, l’instinct intelligence. Et à mesure que s’allume le flambeau vacillant de la conscience, cette âme devient plus indépendante du corps, plus capable de mener une existence libre. L’âme fluide et non polarisée des minéraux et des végétaux est liée aux éléments de la terre. Celle des animaux fortement attirée par le feu terrestre y séjourne un certain temps lorsqu’elle a quitté son cadavre, puis revient à la surface du globe pour se réincarner dans son espèce sans jamais pouvoir quitter les basses couches de l’air. Celles-ci sont peuplées d’élémentaux ou d’âmes animales qui ont leur rôle dans la vie atmosphérique et une grande influence occulte sur l’homme. L’âme humaine seule vient du ciel et y retourne après la mort. Mais à quelle époque de sa longue existence cosmique l’âme élémentaire est-elle devenue l’âme humaine ? Par quel creuset incandescent, par quelle flamme éthérée a-t-elle passé pour cela ? La transformation n’a été possible, dans une période interplanétaire, que par la rencontre d’âmes humaines déjà pleinement formées, qui ont développé dans l’âme élémentaire son principe spirituel et ont imprimé leur divin prototype comme un sceau de feu dans sa substance plastique.

 

Mais que de voyages, que d’incarnations, que de cycles planétaires encore à traverser, pour que l’âme humaine ainsi formée devienne l’homme que nous connaissons ! Selon les traditions ésotériques de l’Inde et de l’Egypte, les individus qui composent l’humanité actuelle auraient commencé leur existence humaine sur d’autres planètes, où la matière est beaucoup moins dense que sur la nôtre. Le corps de l’homme était alors presque vaporeux, ses incarnations légères et faciles. Ses facultés de perception spirituelle directe auraient été très puissantes et très subtiles dans cette première phase humaine ; la raison et l’intelligence par contre à l’état embryonnaire. Dans cet état semi-corporel, semi-spirituel, l’homme voyait les esprits, tout était splendeur et charme pour ses yeux, musique pour ses oreilles. Il entendait jusqu’à l’harmonie des sphères. Il ne pensait, ni ne réfléchissait, il voulait à peine. Il se laissait vivre en buvant les sons, les formes et la lumière, en flottant comme un rêve de la vie à la mort et de la mort à la vie. Voilà ce que les orphiques appelaient le ciel de Saturne. Ce n’est qu’en s’incarnant sur des planètes de plus en plus denses, selon la doctrine d’Hermès, que  l’homme s’est matérialisé. En s’incarnant dans une matière plus épaisse, l’humanité a perdu son sens spirituel, mais par sa lutte de plus en plus forte avec le monde extérieur, elle a développé puissamment sa raison, son intelligence, sa volonté. La terre est le dernier échelon de cette descente dans la matière que Moïse appelle la sortie du paradis et Orphée la chute dans le cercle sublunaire. De là, l’homme peut remonter péniblement les cercles dans une série d’existences nouvelles et recouvrer ses sens spirituels, par le libre exercice de son intellect et de sa volonté. Alors seulement, disent les disciples d’Hermès et d’Orphée, l’homme acquiert par son action la conscience et la possession du divin ; alors seulement il devient fils de Dieu. Et ceux qui sur la terre ont porté ce nom ont dû, avant de paraître parmi nous, descendre et remonter l’effrayante spirale.

 

Qu’est-ce donc que l’humble Psyché à son origine ? Un souffle qui passe, un germe qui flotte, un oiseau battu des vents qui émigre de vie en vie. Et cependant – de naufrage en naufrage – à travers des millions d’années, elle est devenue la fille de Dieu et ne reconnaît plus d’autre partie que le ciel ! Voilà pourquoi la poésie grecque, d’un symbolisme si profond et si lumineux, a comparé l’âme à l’insecte ailé, tantôt ver de terre, tantôt papillon céleste. Combien de fois a-t-elle été chrysalide et combien de fois papillon ? Elle ne le saura jamais, mais elle sent qu’elle a des ailes !

 

Tel est le vertigineux passé de l’âme humaine. Il nous explique sa condition présente et nous permet d’entrevoir son avenir.

 

Quelle est la situation de la divine Psyché dans la vie terrestre ? Pour peu qu’on réfléchisse, on ne saurait en imaginer de plus étrange et de plus tragique. Depuis qu’elle s’est péniblement éveillée dans l’air épais de la terre, l’âme est enlacée dans les replis du corps. Elle ne vit, ne respire, ne pense qu’à travers lui ; et cependant il n’est pas elle. A mesure qu’elle se développe, elle sent grandir en elle-même une lumière tremblotante, quelque chose d’invisible et d’immatériel qu’elle appelle son esprit, sa conscience. Oui, l’homme a le sentiment inné de sa triple nature, puisqu’il distingue dans son langage même instinctif son corps de son âme et son âme de son esprit. Mais l’âme captive et tourmentée se débat entre ses deux compagnons comme entre l’étreinte d’un serpent aux mille replis et un génie invisible qui l’appelle, mais dont la présence ne se fait sentir que par le battement de ses ailes et des lueurs fugitives. Tantôt ce corps l’absorbe à tel point qu’elle ne vit que par ses sensations et ses passions ; elle se roule avec lui dans les orgies sanglantes de la colère ou dans l’épaisse fumée des voluptés charnelles, jusqu’à ce qu’elle s’effraie d’elle-même par le silence profond du compagnon invisible. Tantôt attirée par celui-ci, elle se perd à une telle hauteur de pensée qu’elle oublie l’existence du corps, jusqu’à ce qu’il lui rappelle sa présence par un appel tyrannique. Et pourtant une voix intérieure le lui dit : entre elle et l’hôte invisible, le lien est indissoluble, tandis que la mort rompra son attache avec le corps. Mais ballottée entre les deux dans sa lutte éternelle, l’âme cherche vainement le bonheur et la vérité. Vainement, elle se cherche elle-même dans ses sensations qui passent, dans ses pensées qui la fuient, dans le monde qui change comme un mirage. Ne trouvant rien qui dure, tourmentée, chassée comme une feuille au vent, elle doute d’elle-même et d’un monde divin qui ne se révèle à elle que par sa douleur et son impuissance d’y atteindre. L’ignorance humaine est écrite dans les contradictions des prétendus sages, et la tristesse humaine dans la soif insondable du regard humain. Enfin, quelle que soit l’étendue de ses connaissances, la naissance et la mort enferment l’homme entre deux limites fatales. Ce sont deux portes de ténèbres au-delà desquelles il ne voit rien. La flamme de sa vie s’allume en entrant par l’une et s’éteint en sortant par l’autre. En serait-il de même de l’âme ? Sinon, que devient-elle ?

 

La réponse que les philosophes ont donnée à ce problème poignant a été fort diverse. Celle des théosophes initiés de tous les temps est la même pour l’essentiel. Elle est d’accord avec le sentiment universel et avec l’esprit intime des religions. Celles-ci n’ont exprimé la vérité que sous des formes superstitieuses ou symboliques. La doctrine ésotérique ouvre des perspectives bien plus vastes et ses affirmations sont en rapport avec les lois de l’évolution universelle. Voilà ce que les initiés instruits par la tradition et par les nombreuses expériences de la vie psychique ont dit à l’homme : ce qui s’agite en toi, ce que tu appelles ton âme est un double éthéré du corps qui renferme en lui-même un esprit immortel. L’esprit se construit et se tisse, par son activité propre, son corps spirituel. Pythagore l’appelle le char subtil de l’âme, parce qu’il est destiné à l’enlever de terre après la mort. Ce corps spirituel est l’organe de l’esprit, son enveloppe sensitive, son instrument volitif, et sert à l’animation du corps, qui sans cela demeurerait inerte. Dans les apparitions des mourants ou des morts, ce double devient visible. Mais cela suppose toujours un état nerveux spécial chez le voyant. La subtilité, la puissance, la perfection du corps spirituel varient selon la qualité de l’esprit qu’il renferme, et il y a entre la substance des âmes tissées dans la lumière astrale, mais imprégnées des fluides impondérables de la terre et du ciel, des nuances plus nombreuses, des différences plus grandes qu’entre tous les corps terrestres et tous les états de la matière pondérable. Ce corps astral, quoique beaucoup plus subtil et plus parfait que le corps terrestre, n’est pas immortel comme la monade qu’il contient. Il change, il s’épure selon les milieux qu’il traverse. L’esprit le moule, le transforme perpétuellement à son image, mais ne le quitte jamais, et s’il s’en dévêt peu à peu, c’est en revêtissant des substances plus éthérées. Voilà ce qu’enseignait Pythagore, qui ne concevait pas l’entité spirituelle abstraite, la monade sans forme. L’esprit en acte dans le fond des cieux comme sur la terre doit avoir un organe ; cet organe est l’âme vivante, bestiale ou sublime, obscure ou radieuse, mais ayant la forme humaine, cette image de Dieu.



 

faucheuse3

 

 

 

Qu’arrive-t-il à la mort ? Aux approches de l’agonie, l’âme pressent généralement sa prochaine séparation du corps. Elle revoit toute son existence terrestre en tableaux raccourcis, d’une succession rapide, d’une netteté effrayante. Mais quand la vie épuisée s’arrête dans le cerveau, elle se trouble et perd totalement conscience. Si c’est une âme sainte et pure, ses sens spirituels se sont déjà réveillés par le détachement graduel de la matière. Elle a eu avant de mourir, d’une manière quelconque, ne fût-ce que par l’introspection de son propre état, le sentiment de la présence d’un autre monde. Aux sollicitations silencieuses, aux appels lointains, aux vagues rayons de l’Invisible, la terre a déjà perdu sa consistance, et lorsque l’âme s’échappe enfin du cadavre refroidi, heureuse de sa délivrance, elle se sent enlevée dans une grande lumière vers la famille spirituelle à laquelle elle appartient. Mais il n’en est pas ainsi de l’homme ordinaire, dont la vie a été partagée entre les instincts matériels et les aspirations supérieurs. Il se réveille avec une demi-conscience comme dans la torpeur d’un cauchemar. Il n’a plus ni bras pour étreindre, ni voix pour crier, mais il se souvient, il souffre, il existe dans un limbe de ténèbres et d’épouvante. La seule chose qu’il y aperçoive est la présence de son cadavre dont il est détaché, mais pour lequel il éprouve encore une invincible attraction. Car c’est par lui qu’il vivait, et maintenant qu’est-il ? Il se cherche avec effroi dans les fibres glacées de son cerveau, dans le sang figé de ses veines, et ne se trouve pas. Est-il mort ? Est-il vivant ? Il voudrait voir, se cramponner à quelque chose ; mais il ne voit pas, il ne saisit rien. Les ténèbres l’enferment ; autour de lui, en lui tout est chaos. Il ne voit qu’une chose, et cette chose l’attire et lui fait horreur… la phosphorescence sinistre de sa propre dépouille ; et le cauchemar recommence.

 

Cet état peut se prolonger pendant des mois ou des années. Sa durée dépend de la force des instincts matériels de l’âme. Mais, bonne ou mauvaise, infernale ou céleste, cette âme prendra peu à peu conscience d’elle-même et de son nouvel état. Une fois libre de son corps, elle s’échappera dans les gouffres de l’atmosphère terrestre, dont les fleuves électriques l’emportent de-ci et de-là, et dont elle commence à percevoir les errants multiformes plus ou moins semblables à elle-même, comme des lueurs fugaces dans une brume épaisse. Alors commence une lutte vertigineuse, acharnée, de l’âme encore alourdie pour monter dans les couches supérieures de l’air, se délivrer de l’attraction terrestre et gagner dans le ciel de notre système planétaire la région qui lui est propre et que des guides amis peuvent seuls lui montrer. Mais avant de les entendre et de les voir, il lui faut souvent un long temps. Cette phase de la vie de l’âme a porté des noms divers dans les religions et les mythologies. Moïse l’appelle Horeb ; Orphée l’Erèbe ; le christianisme le Purgatoire ou la vallée de l’ombre de la mort. Les initiés grecs l’identifiaient avec le cône d’ombre que la terre traîne toujours derrière elle, qui va jusqu’à la lune et l’appelaient pour cette raison le gouffre d’Hécate. Dans ce puits ténébreux tourbillonnent, selon les orphiques et les pythagoriciens, les âmes qui cherchent par des efforts désespérés à gagner le cercle de la lune, et que la violence des vents rabat par milliers sur la terre. Homère et Virgile les comparent à des tourbillons de feuilles, à des essaims d’oiseaux affolés par la tempête. La lune jouait un grand rôle dans l’ésotérisme antique. Sur sa face, tournée vers le ciel, les âmes étaient censées purifier leur corps astral avant de continuer leur ascension céleste. On supposait aussi que les héros et les génies séjournaient un temps sur sa face tournée vers la terre pour revêtir un corps appropriée à notre monde avant de s’y réincarner. On attribuait en quelque sorte à la lune le pouvoir de magnétiser l’âme pour l’incarnation terrestre et de la démagnétiser pour le ciel. D’une manière générale, ces assertions, auxquelles les initiés attachaient un sens à la fois réel et symbolique, signifiaient que l’âme doit passer par un état intermédiaire de purification et se débarrasse des impuretés de la terre avant de poursuivre son voyage.

 



chute 

 

 

 

Mais comment peindre l’arrivée de l’âme pure dans son monde à elle ? La terre a disparu comme un songe. Un sommeil nouveau, un évanouissement délicieux l’enveloppe comme une caresse. Elle ne voit plus que son guide ailé qui l’emporte avec la rapidité de l’éclair dans les profondeurs de l’espace. Que dire de son réveil dans les vallons d’un astre éthéré, sans atmosphère élémentaire, où tout, montagnes, fleurs, végétation, est fait d’une nature exquise, sensible et parlante ? Que dire surtout de ces formes lumineuses, hommes et femmes, qui l’entourent comme une théorie sacrée pour l’initier au saint mystère de sa vie nouvelle ? Sont-ce des dieux ou des déesses ? Non, ce sont des âmes comme elle-même ; et la merveille est que leur pensée intime s’épanouit sur leur visage, que la tendresse, l’amour, le désir ou la crainte rayonnent à travers ces corps diaphanes dans une gamme de colorations lumineuses. Ici, corps et visages ne sont plus les masques de l’âme, mais l’âme transparente apparaît dans sa forme vraie et brille au grand jour de sa vérité pure. Psyché a retrouvé sa divine patrie. Car la lumière secrète où elle se baigne, qui émane d’elle-même et qui lui revient dans le sourire des bien-aimés et des bien-aimées, cette lumière de félicité… c’est l’âme du monde… elle y sent la présence de Dieu ! Maintenant, plus d’obstacles ; elle aimera, elle saura, elle vivra sans autre limite que son propre essor. Oh ! bonheur étrange et merveilleux ! Elle se sent unie à toutes ses compagnes par des affinités profondes. Car, dans la vie de l’au-delà, ceux qui ne s’aiment pas se fuient et ceux-là seuls qui se comprennent s’assemblent. Elle célébrera avec elles les divins mystères en des temples plus beaux, dans une communion plus parfaite. Ce seront des poèmes vivants toujours nouveaux dont chaque âme sera une strophe et où chacune revivra sa vie dans celle des autres. Puis, frémissante, elle s’élancera dans la lumière d’en haut, à l’appel des Envoyés, des Génies ailés, de ceux qu’on nomme des Dieux, parce qu’ils ont échappé au cercle des générations. Conduite par ces intelligences sublimes, elle tâchera d’épeler le grand poème du Verbe occulte, de comprendre ce qu’elle pourra saisir de la symphonie de l’univers. Elle recevra les enseignements hiérarchiques de cercles de l’Amour divin ; elle essaiera de voir les Essences que répandent dans les mondes les Génies animateurs ; elle contemplera les esprits glorifiés, rayons vivants du Dieu des Dieux, et elle ne pourra supporter leur splendeur aveuglante qui fait pâlir les soleils comme des lampes fumeuses ! Et lorsqu’elle reviendra épouvantée de ces voyages éblouissants – car elle frissonne devant ces immensités -, elle entendra de loin l’appel des voix aimées, et retombera sur les plages dorées de son astre, sous le voile rose d’un sommeil ondoyant, plein de formes blanches, de parfums et de mélodie.



 

ame20conduite20au20paraml1

 

 

 

Telle est la vie céleste de l’âme que conçoit à peine notre esprit épaissi par la terre, mais que devinent les initiés, que vivent les voyants et que démontre la loi des analogies et des concordances universelles. Nos images grossières, notre langage imparfait essaient en vain de la traduire, mais chaque âme vivante en sent le germe dans ses profondeurs occultes. Si, dans l’état présent, il nous est impossible de la réaliser, la philosophie de l’occulte en formule les conditions psychiques. L’idée d’astres éthérés, invisibles pour nous, mais faisant partie de notre système solaire et servant de séjour aux âmes heureuses, se retrouve souvent dans les arcanes de la tradition ésotérique. Pythagore l’appelle une contrepartie de la terre : l’antichtone éclairé par le Feu central, c’est-à-dire par la lumière divine. A la fin du Phédon, Platon décrit longuement, quoique d’une manière déguisée, cette terre spirituelle. Il dit qu’elle est aussi légère que l’air et entourée d’une atmosphère éthérée. Dans l’autre vie, l’âme conserve donc toute son individualité. De son existence terrestre, elle ne garde que les souvenirs nobles et laisse tomber les autres dans cet oubli que les poètes ont appelé les ondes du Léthé. Libérée de ses souillures, l’âme humaine sent sa conscience comme retournée. Du dehors de l’univers, elle est rentrée au-dedans ; Cybèle-Maïa, l’âme du monde, l’a reprise dans son sein d’une aspiration profonde. Là, Psyché accomplira son rêve, ce rêve brisé à toute heure et sans cesse recommencé sur la terre. Elle l’accomplira dans la mesure de son effort terrestre et de sa lumière acquise, mais elle l’élargira au centuple. Les espérances broyées refleuriront dans l’aurore de sa vie divine ; les sombres couchers de soleil de la terre s’embraseront en jours éclatants. Oui, l’homme n’eût-il vécu qu’une heure d’enthousiasme ou d’abnégation, cette seule note pure arrachée à la gamme dissonante de sa vie terrestre se répétera dans son au-delà en progressions merveilleuses, en harmonies éoliennes. Les bonheurs fugitifs que nous procurent les enchantements de la musique, les extases de l’amour ou les transports de la charité ne sont que les notes égrenées d’une symphonie que nous entendrons alors. Est-ce à dire que cette vie ne sera qu’un long rêve, qu’une grandiose hallucination ? Mais qu’y a-t-il de plus vrai que ce que l’âme sent en elle et ce qu’elle réalise par sa communion divine avec d’autres âmes ? Les initiés, étant les idéalistes conséquents et transcendants, ont toujours pensé que les seules choses réelles et durables de la terre sont les manifestations de la Beauté, de l’Amour et de la Vérité spirituelles. Comme l’au-delà ne peut avoir d’autre objet que cette Vérité, cette Beauté et cet Amour pour ceux qui en ont fait l’objet de leur vie, ils sont persuadés que le ciel sera plus vrai que la terre.

 

La vie céleste de l’âme peut durer des centaines ou des milliers d’années, selon son rang et sa force d’impulsion. Mais il n’appartient qu’aux plus parfaites, aux plus sublimes, à celles qui ont franchi le cercle des générations, de la prolonger indéfiniment. Celles-là n’ont pas seulement atteint le repos temporaire, mais l’action immortelle dans la vérité ; elles ont créé leurs ailes. Elles sont inviolables, car elles sont la lumière ; elles gouvernent les mondes, car elles voient à travers. Quant aux autres, elles sont amenées par une loi inflexible à se réincarner pour subir une nouvelle épreuve et s’élever à un échelon supérieur ou tomber plus bas si elles défaillent.

 

Comme la vie terrestre, la vie spirituelle a son commencement, son apogée et sa décadence. Lorsque cette vie est épuisée, l’âme se sent prise de lourdeur, de vertige et de mélancolie. Une force invincible l’attire de nouveau vers les luttes et vers les souffrances de la terre. Ce désir est mêlé d’appréhensions terribles et d’une immense douleur de quitter la vie divine. Mais le temps est venu ; la loi doit s’accomplir. La lourdeur augmente, un obscurcissement s’est fait en elle-même. Elle ne voit plus ses compagnons lumineux qu’à travers un voile, et ce voile toujours plus épais lui fait pressentir la séparation imminente. Elle entend leurs tristes adieux ; les larmes des bienheureux aimés la pénètrent comme une rosée céleste qui laissera dans son cœur la soif ardente d’un bonheur inconnu. Alors – avec des serments solennels – elle promet de se souvenir… de se souvenir de la lumière dans le monde des ténèbres, de la vérité dans le monde du mensonge, de l’amour dans le monde de la haine. – Le revoir, la couronne immortelle ne sont qu’à ce prix ! – Elle se réveille dans une atmosphère épaisse. Astre éthéré, âmes diaphanes, océans de lumière, tout a disparu. La revoilà sur la terre, dans le gouffre de la naissance et de la mort. Cependant elle n’a pas encore perdu le souvenir céleste, et le guide ailé encore visible à ses yeux lui désigne la femme qui sera sa mère. Celle-ci porte en elle le germe d’un enfant. Mais ce germe ne vivra que si l’esprit vient l’animer. Alors s’accomplit pendant neuf mois le mystère le plus impénétrable de la vie terrestre, celui de l’incarnation et de la maternité.

 

La fusion mystérieuse s’opère lentement, savamment, organe par organe, fibre par fibre. A mesure que l’âme se plonge dans cet antre chaud qui bruit et qui fourmille, à mesure qu’elle se sent prise dans les méandres des viscères aux mille replis, la conscience de sa vie divine s’efface et s’éteint. Car entre elle et la lumière d’en haut s’interposent les ondes du sang, les tissus de la chair qui l’étreignent et la remplissent de ténèbres. Déjà cette lumière lointaine n’est plus qu’une lueur mourante. Enfin, une douleur horrible la comprime, la serre dans un étau ; une convulsion sanglante l’arrache à l’âme maternelle et la cloue dans un corps palpitant. L’enfant est né, misérable effigie terrestre, et il en crie d’épouvante. Mais le souvenir céleste est rentré dans les profondeurs occultes de l’inconscient. Il ne revivra que par la Science ou par la Douleur, par l’Amour ou par la Mort !



 

18 Triptych of Garden of Earthly Delights(detail)

 

 

La loi de l’incarnation et de la désincarnation nous découvre donc le véritable sens de la vie et de la mort. Elle constitue le nœud capital dans l’évolution de l’âme, et nous permet de la suivre en arrière et en avant jusque dans les profondeurs de la nature et de la divinité. Car cette loi nous révèle le rythme et la mesure, la raison et le but de son immortalité. D’abstraite ou de fantastique, elle la rend vivante et logique, en montrant les correspondances de la vie et de la mort. La naissance terrestre est une mort au point de vue spirituel, et la mort une résurrection céleste. L’alternance des deux vies est nécessaire au développement de l’âme, et chacune des deux est à la fois la conséquence et l’explication de l’autre. Quiconque s’est pénétré de ces vérités, se trouve au cœur des mystères, au centre de l’initiation.

 

Mais, dira-t-on, qu’est-ce qui nous prouve la continuité de l’âme, de la monade, de l’entité spirituelle à travers toutes ces existences, puisqu’elle en perd successivement la mémoire ? – Et qu’est-ce qui vous prouve, répondrons-nous, l’identité de votre personne pendant la veille et pendant le sommeil ? Vous vous réveillez chaque matin d’un état aussi étrange, aussi inexplicable que la mort, vous ressuscitez de ce néant pour y retomber le soir. Etait-ce le néant ? Non ; car vous avez rêvé, et vos rêves ont été pour vous aussi réels que la réalité de la veille. Un changement des conditions physiologiques du cerveau a modifié les rapports de l’âme et du corps, et déplacé votre point de vue psychique. Vous étiez le même individu, mais vous vous trouviez dans un autre milieu et vous meniez une autre existence. Chez les magnétisés, les somnambules et les clairvoyants, le sommeil développe des facultés nouvelles qui nous semblent miraculeuses, mais qui sont les facultés naturelles de l’âme détachée du corps. Une fois réveillés, ces clairvoyants ne se souviennent plus de ce qu’ils ont vu, dit et fait pendant leur sommeil lucide ; mais ils se rappellent parfaitement, dans un de leurs sommeils, ce qui est arrivé dans le sommeil précédent, et prédisent parfois, avec une exactitude mathématique, ce qui arrivera dans le prochain. Ils ont donc comme deux consciences, deux vies alternées entièrement distinctes, mais dont chacune a sa continuité rationnelle, et qui s’enroulent autour d’une même individualité comme des cordons de couleurs diverses autour d’un fil invisible.

 

C’est donc en un sens très profond que les anciens poètes initiés ont appelé le sommeil le frère de la mort. Car un voile d’oubli sépare le sommeil et la veille comme la naissance et la mort, et, de même que notre vie terrestre se divise en deux parts toujours alternées, de même l’âme alterne, dans l’immensité de son évolution cosmique, entre l’incarnation et la vie spirituelle, entre les terres et les cieux. Ce passage alternatif d’un plan de l’univers à l’autre, ce renversement des pôles de son être n’est pas moins nécessaire au développement de l’âme que l’alternative de la veille et du sommeil est nécessaire à la vie corporelle de l’homme. Nous avons besoin des ondes du Léthé en passant d’une existence à l’autre. Dans celle-ci, un voile salutaire nous cache le passé et l’avenir. Mais l’oubli n’est pas total et la lumière passe à travers le voile. Les idées innées prouvent, à elles seules, une existence antérieure. Mais il y a plus : nous naissons avec un monde de souvenances vagues, d’impulsions mystérieuses, de pressentiments divins. Il y a, chez les enfants nés de parents doux et tranquilles, des irruptions de passions sauvages que l’atavisme ne suffit pas pour expliquer, et qui viennent d’une précédente existence. Il y a parfois, dans les vies les plus humbles, des fidélités inexpliquées et sublimes à un sentiment, à une idée. Ne viennent-elles pas des promesses et des serments de la vie céleste ? Car le souvenir occulte que l’âme en a gardé est plus fort que toutes les raisons terrestres. Selon qu’elle s’attache à ce souvenir ou qu’elle l’abandonne, on la voit vaincre ou succomber. La vraie foi est cette muette fidélité de l’âme à elle-même. On conçoit, pour cette raison, que Pythagore, ainsi que tous les théosophes, ait considéré la vie corporelle comme une élaboration nécessaire de la volonté, et la vie céleste comme une croissance spirituelle et un accomplissement.

.../...


 










Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 19:57

L’enseignement orphique

 

Rites et Mystères

    


gadlu

 

 

Orphée

 

Fils du roi de Thrace, Oeagre et de la Muse Calliope, Orphée est le plus grand poète légendaire de la Grèce. Comblé de dons multiples par Apollon, il reçut en cadeau du dieu une lyre à sept cordes, à laquelle il ajouta, dit-on, deux autres cordes, en souvenir des neuf  Muses, les sœurs de sa mère. Il tirait de cet instrument des accents si émouvants et si mélodieux que les fleuves s’arrêtaient, les roches le suivaient, les arbres cessaient de bruire. Il avait aussi la faculté d’apprivoiser les bêtes féroces.

 

Les Argonautes se servirent de ses talents dans leur expédition. Par la douceur et la beauté de sa voix, il sut calmer les flots agités, surpasser la séduction des Sirènes et endormir le dragon de Colchide. Il voyagea en Egypte et s’initia aux mystères d’Osiris, dont il devait s’inspirer en fondant les mystères orphiques d’Eleusis. Au retour de l’expédition des Argonautes, il s’établit en Thrace, où il épousa la nymphe Eurydice. Un jour, la jeune femme, voulant échapper aux avances du berger Aristée, s’enfuit et, piquée par un serpent, mourut aussitôt.



Orphée et Eurydice1

 


Fou de douleur, Orphée obtint de Zeus la permission d’aller la retrouver aux Enfers et de la ramener sur Terre. Avec sa lyre, il calma le féroce Cerbère, apaisa un moment les Furies et arracha sa femme à la mort, mais à condition de ne pas la regarder avant d’avoir atteint le monde des vivants. Au moment où il parvenait aux portes de l’Enfer, il tournait la tête pour voir si Eurydice le suivait. Alors, elle s’évanouit à ses yeux et pour toujours. Revenu en Thrace, Orphée voulut demeurer fidèle à son épouse disparue, et dédaigna l’amour des femmes de son pays, qui dépitées, mirent le poète en pièces. Sa tête jetée dans l’Hèbre et fut recueillie à Lesbos.

 

Sa lyre fut placée par Zeus parmi les constellations à la demande d’Apollon et des Muses, qui, de leur côté, accordèrent une sépulture à ses membres épars aux pieds de l’Olympe.

 

Orphée et Eurydice

 

Orphée est célèbre non pour ses qualités de guerre mais pour ses talents de musicien. Lorsqu’il chantait, même les bêtes sauvages étaient charmées. Il réussit lors de la conquête de la toison d’or à endormir le dragon qui gardait la Toison et à surpasser par sa voix les chants des redoutables sirènes.

 

Orphée était marié à la nymphe Eurydice à laquelle il vouait un amour sans bornes. Or la malheureuse Eurydice fut un jour tuée par la morsure d’un serpent dissimulé par les herbes. Fou de douleur, Orphée descendit aux Enfers et réussit à convaincre par ses chants Hadès et Perséphone, les dieux des Enfers, de laisser repartir sa bien-aimée. Cependant, ils imposèrent une condition : durant le voyage vers le monde des vivants, il ne devrait pas regarder Eurydice.

 

Mais, Orphée ne put résister à la tentation de regarder Eurydice alors qu’il n’était qu’à quelques pas de la sortie du monde infernal. Malgré ses lamentations, Hadès ne consentit pas à donner une autre chance à Orphée et Eurydice. Inconsolable, Orphée fut tué par les Bacchantes, jalouses de l’amour qu’il portait à Eurydice.




Orphée et Eurydice3                           0001BIS

                                                                                         

  

Les Argonautes

 

 

On appelle ainsi les héros qui firent voile pour la Colchide sous la direction de Jason, afin de rapporter à Pélias, roi d’Iolcos, soucieux d’écarter son neveu du trône, la Toison d’or du bélier consacré à Arès par le roi de Colchide, Aiétés. Au nombre d’environ cinquante, les illustres Argonautes, parmi lesquels on cite Jason, Admète, Amphion, Zéthos, Tydée, Thésée, Héraclès, les Dioscures, Orphée et une foule d’autres héros, s’embarquèrent sur le navire Argo, construit sous la direction d’Athéna dans des bois de Dodone. On peut suivre, d’après le récit d’Apollonios de Rhodes, le voyage des illustres navigateurs.

 



jasonargonauts04                       jasonargonauts003 

 

                                                       

 

Leur périple les conduisit d’abord sur l’île de Lemnos, puis les mena dans l’île de Samothrace, où, sur les conseils d’Orphée, ils s’initièrent aux Mystères. Ayant franchi l’Hellespont, les Argonautes jetèrent l’ancre sur la côte de l’île Cyzique, pays des Diolones, gouverné par le roi Cyzicos, qui les accueillit avec tous les honneurs de l’hospitalité. Mais après avoir quitté l’île, ils furent pris dans une immense tempête et rejetés sur le territoire de Cyzicos, par une nuit sombre. Les indigènes ne reconnurent pas leurs hôtes de la veille, et les prenant pour des pirates, ils engagèrent contre les intrus une lutte sans merci, au cours de laquelle leur roi fut tué par Jason. Au petit jour, les combattants des deux camps s’aperçurent de leur méprise et, par des jeux et des veillés funèbres, rendirent hommage aux dépouilles mortelles du roi et de ses guerriers. Après avoir quitté l’île, l’Argo fit escale sur la côte de Mysie, où Hylas fut entraîné dans les eaux par des nymphes trop éprises de lui. Héraclès et Polyphème, qui étaient partis à sa recherche, furent abandonnés par leurs compagnons, qui levèrent l’ancre et firent voile vers le pays des Bébryces chez le roi Amycos, qu’ils tuèrent ainsi que beaucoup de ses sujets. Parvenus ensuite à Thrace, les Argonautes, avec l’aide des Boréades Calaïs et Zétès, réussirent à débarrasser le devin Phinée des Harpyes qui le tourmentaient sans cesse. En témoignage de reconnaissance, le devin donna à ses hôtes des conseils sur le moyen d’éviter les dangers qu’ils encouraient lors de leur voyage.

 

Les Argonautes purent ainsi sans trop d’encombre passer entre les Symplégades, ou les Roches flottantes, qui, poussées l’une contre l’autre par des courants contraires, écrasaient les navires. Après avoir atteint la mer Noire, ils abordèrent en Colchide chez le roi Aiétès, possesseur de la Toison d’or. Grâce au concours de Médée, la fille du roi, Jason put s’en emparer et reprit la route de la mer. Médée, qui s’était enfuie avec les Argonautes, tua son frère Absyrtos et répandit tout au long de sa route les membres du malheureux, afin d’empêcher Aiétés, occupé à ramasser les restes de son fils, de continuer à les poursuivre. Ce geste criminel déplut cependant à Zeus, qui dépêcha sur le navire Argo une puissante tornade. Un devin déclara que seule Circée pourrait purifier les héros criminels. L’Argo remonta alors le cours de l’Eridan (le Pô) et du Rhône, puis descendit vers la Méditerranée et gagna la Sardaigne et l’île d’Aeaea, le royaume de Circé, où ils firent escale. La magicienne purifia les Argonautes, et ils purent reprendre la mer. Ils résistèrent aux chants mélodieux des sirènes grâce à Orphée, qui, de sa lyre, surpassa les dangereuses magiciennes, passèrent ensuite sans dommage entre Charybde et Scylla et atteignirent Corcyre, la pays des Phéaciens. Le roi Alcinoos, ami d’Aiétès, leur demanda la restitution de Médée, mais seulement si elle était vierge. Aussi Jason s’empressa d’épouser celle qui l’avait suivi si fidèlement. Le navire fit route par la suite vers la Libye, la Crète, où le Géant Talos, qui tuait tous les étrangers, succomba aux enchantements de Médée en se déchirant la veine du pied, ce qui provoqua sa mort. Lorsque les Argonautes quittèrent cette île, une nuit opaque les entoura soudain. Ils supplièrent Phoebos de les éclairer. Le dieu les exauça et les navigateurs réussirent à aborder dans la petite île des Sporades. Dès lors, leur périple touchait à sa fin. Après avoir débarqué à Egine, ils regagnèrent Iolcos, avec la précieuse Toison d’or.

 

Cet immense voyage ne serait, selon certains mythographes, que l’image métaphorique d’une entreprise de colonisation dans le Pont Euxin et en Asie Mineure, ou bien le symbole de la découverte dans le Caucase (l’ancien Colchide) de merveilleuses mines d’or. Mais, il existe une autre signification… disons que des textes mythologiques, religieux et philosophiques peuvent s’interpréter de différentes façons, il y a donc plusieurs niveaux de lecture qui font appel à des niveaux de connaissances et de consciences différentes propre à chacun…


L’enseignement orphique

 

« En un mot, l’air est pour eux ce que l’eau et la mer sont ici pour notre usage, et ce que l’air est pour nous, c’est l’éther que l’est pour eux. » Platon (Phédon).

 

Le problème étant, et étant uniquement celui-là : rêvons-nous que nous existons ou existons-nous vraiment ? – Il apparaît qu’on touche, avec Apollôn et Dionysos, l’endroit et l’envers d’une réalité unique.

 

« L’homme est le rêve d’une ombre »  Pindare, Huitième Pythique.

 


jasonargonauts07                   jasonargonauts08

                                          

 

Sans doute la cosmogonie d’Orphée doit-elle se mesurer à l’inextricable prolifération des causes et des effets, des volontés gouvernant le monde, la force dionysiaque menaçant constamment la survie même de l’humanité. En voici l’essentiel :

 

Avant toute chose, comme il est dit au chant XVI de L’Iliade, existe une puissance terrible qui l’emporte même sur les dieux : c’est la Nuit. Des abîmes de la Nuit (confondue avec le Temps dont Pindare dit qu’il est « Maître des dieux ») jaillit l’œuf cosmique ; du noir absolu, informel, ce dur objet immaculé. Le Vent, aussi invisible que le Temps, aussi fluant, est à l’origine de cette apparition, de cette matérialisation première. Nuit et Vent, indomptables parce qu’impalpables, ont ensemble, sans étreinte parce que confondus déjà dans leur essence qui est absence absolue, formé et mis au monde une plénitude solide, l’œuf cosmique, d’où Erôs sortira à son tour.

 

De l’œuf primordial, on retrouve le concept en Inde, en Perse, en Assyrie, en Egypte. Epiménide de Crète, au VIIe siècle avant J.C., n’a fait que reprendre cet élément essentiel des doctrines orphiques. Erôs ayant scindé en deux le cercle fragile qui le tenait prisonnier, comme l’oiseau enclos mais porteur d’ailes et dont le devenir est d’être véloce, presque immatériel, il en résulta Ciel et Terre destinés, par Erôs, à s’unir et à procréer aussi bien les dieux que les hommes, les lynx ravageurs de troupeaux et les grues voyageuses.

 

Intéressantes similitudes entre la vision du chaos originel et les théories du physiologue ionien Anaximandre de Milet (VIe siècle) qui en eut probablement connaissance. L’Apeiron d’Anaximandre ou Infini illimité, contient tous les contraires comme le chaud (soleil) et le froid (terre) dont la fusion permet aux créatures animées d’apparaître. Première solution au problème de l’Un et du Multiple qui découle de cet Un et y retourne après un cycle déterminé. Problème qui obséda tous les philosophes grecs.

 

La nécessité de s’extraire du bourbier qu’est la vie humaine (et pour Orphée, le plus abominable des supplices, dans l’Hadès, est d’être immergé dans la fange ; ce fut là, d’ailleurs, l’un des rites initiatiques des Mystères d’Eleusis, si l’on en croit l’imprudent Aristophane) est à l’origine des spéculations orphiques. L’homme reste une créature ambivalente, capable du meilleur et du pire, doué d’attributs mâles ou femelles dont les prérogatives l’égarent. Pareille dualité, répétons-le, est due à son origine dramatique (Dionysos dévoré par les Titans, cet épisode donna lieu à des rites qui se perpétuèrent longtemps ; à Ténédos, par exemple, des enfants étaient immolés et mangés ; il ne faut jamais oublier que les sacrifices de bêtes ne sont qu’un substitut).

 

Donc Orphée, aussi compatissant qu’intransigeant, propose à ses adeptes d’être des purs. La vie sur cette terre n’est en elle-même que l’occasion d’un choix. Représente-t-elle vraiment une punition ? Les chrétiens, plus tard, se sont plu à décrire la longue suite d’afflictions qui est l’inévitable lot des créatures humaines. Mais en vérité Orphée attribue nos maux uniquement à ces actes que nous mettons au monde jour après jour, à ces pensées discordantes qui prolifèrent en nous, dans la veille comme dans le sommeil. Nulle morale n’est en cause que celle de l’évidence : toute laideur est contagieuse et l’homme dépare le monde quand il se conduit mal.

 

Chacun est l’artisan de sa perte. Chacun doit vivre de manière à éviter la répétition des mêmes erreurs à travers des existences similaires, menées aveuglément, donc vainement. Quiconque ignore cette vérité tombe et retombe dans le piège. Etayée par une telle certitude, l’œuvre de Platon met en garde contre l’enchaînement malencontreux des renaissances. Il envisage dans Le Cratyle, par exemple, la collusion révélatrice des mots sôma (corps) et sêma (tombeau). Les interdits qui s’ensuivent et qui n’ont rien de brimades arbitraires ne servent qu’à rétablir l’équilibre perdu, entre les appétits et leur assouvissement. L’ego dévastateur, l’ego puérilement tendant les bras vers tout ce qui est désirable, il importe de le tenir en respect.

 

          


Orphée1                         Ourobouros1



L’Orient où est explicitée une doctrine des réincarnations, antérieure au Bouddha (VIe siècle), féconda-t-il la pensée grecque à distance ? L’Orient où la pensée ascèse, dans le même temps, était prônée ? Qui peut, grâce à une claire vision des mécanismes maléfiques, maîtriser en soi le désir du désir, celui-là passera enfin le seuil de la délivrance. Orphée, dans ses chants, dont l’envoûtante beauté s’apparente à la voix des oiseaux et apaise nos tempêtes intérieures, continue à nous annoncer cela, qui n’a pas de prix.

 

Quels sont ces commandements particuliers, ou plutôt ces recommandations qui rétablissent la santé de l’âme, enfin responsable de son propre sort ? Il faut s’aimer soi-même pour se vouloir beau. Narcisse n’avait pas tort. Mais il faut s’aimer suffisamment pour désirer sa propre transsubstantiation, pour désirer n’être plus que miroir d’eau, miroir de l’Univers incidemment incarné ici et là, mais qui se fait et se défait sans cesse.

 

La beauté des créatures, interchangeables malgré leurs différences, appelle le respect. Tuer son semblable est le premier des crimes ; comme tuer des bêtes sauvages ou domestiques qui, dans le germe de leur excellence, l’égalent aux dieux.

 

Il découle de cet interdit premier que manger de la chair rend l’homme impur, et donc le condamne à des expiations sans fin. Evidemment, les sacrifices sanglants, par lesquels on a accoutumé de rendre hommage aux dieux, sont répréhensibles. Ils doivent être remplacés par des offrandes de fleurs, de fruits, de lait, de miel.

 

Hérodote rappelle (l’Enquête 2, 123) que les Grecs prirent le concept de l’immortalité de l’âme aux Egyptiens, et de sa transmigration. Pour les Egyptiens, l’âme, après une première existence humaine, entre dans le corps des diverses créatures animales peuplant le monde (du moins l’interprétation « exotérique » que l’on a faite ? !). D’où le culte qu’ils ont pour les bêtes sauvages et domestiques, et leurs dieux zoomorphes. Après trois mille ans de pérégrinations, l’âme s’incarne à nouveau dans une apparence humaine, riche d’une expérience qui lui permettra d’atteindre à sa propre essence divine, à l’union avec l’Un que cette créature humaine est redevenue, et avec le Multiple qu’elle a incarné et en quoi l’Un ne cesse de se subdiviser.




 

Acropole-grec

 


 

En bref, le précepte essentiel est d’éviter toute souillure. La souillure s’attache au meurtre, à la mort comme à la vie qui lui est liée, donc à la naissance. On n’approchera pas d’une femme qui vient d’enfanter, faisant entrer par-là un être dans le cycle des réincarnations. (La roue est l’un des symboles d’Orphée – la roue bouddhique – avec l’échelle qu’on retrouve comme moyen d’accéder aux espaces célestes, dans toutes les mystiques).

 

On évitera aussi le contact des morts et même des cercueils. Le port d’un vêtement blanc est bien entendu de très bon aloi. Il annonce qu’on tend vers l’état de candeur qui permettra l’accès aux îles des Bienheureux (cités par Pindare dans sa Seconde Olympique).

 

Les Mystères orphiques permettaient à l’initié de se croire arrivé à la dernière étape de ce long cheminement où joies et douleurs fondent sur le pèlerin. La béatitude est le prix d’une décantation lente qu’il ne faut pas confondre avec une ascèse toute formelle. Il s’agit non de se refuser aux plaisirs quelconques, mais de les reconnaître pour dérisoires et veules.

 

Enfin l’âme s’épanouit, elle exulte à cause de sa propre beauté. Une simple fleur, dans le raffinement exquis de ses nuances et de ses contours, resplendit autant qu’une étoile. Pour en arriver là, l’initié a observé les règles données par Orphée : le respect du serment, l’aide fraternelle, l’absence de trivialité dans le plaisir, la sobriété, la piété envers les dieux, l’émerveillement toujours avisé par un contact permanent avec l’univers, la pratique du chant, de la musique, la connaissance de certains pouvoirs naturels qu’on acquiert en vivant dans le rayonnement des plantes, des arbres, des sources, du vent, et qu’il ne faut pas confondre avec la magie.

 

Il est impossible, comme pour les Mystères d’Eleusis qui ne font que reprendre des éléments identiques, de savoir en quoi consistait l’initiation orphique, les Télétaï. Les fameux chants d’Orphée comportaient d’abord des hymnes adressés aux dieux et célébraient leur existence et leur nature propre ; ils étaient accompagnés de prières demandant secours et protection. Platon, non sans mépris, fait allusion à des jeux. Mais à quelle sorte de jeux les initiés aux Mystères orphiques pouvaient-ils se livrer ? Mimaient-ils, couronnés de jacinthes et d’anémones, et dansant pieds nus sur l’herbe, parmi les chants du rossignol, du coucou, de la huppe, le bonheur naïf, léger, enfantin en quoi ils avaient foi et qui devait irriter les « non-purs » ? Car, pour ces humbles orgueilleux, le reste de l’humanité demeurait dans l’ignorance et l’aberration.

 

« Allons, hommes, qui par nature vivez obscurs, semblables à la feuille, impuissantes créatures pétries de limon, fantômes inconsistants pareils à des ombres, êtres dépourvus d’ailes, éphémères, infortunés mortels, hommes semblables à des songes, prêtez votre attention à nous les immortels, toujours existants, exempts de vieillesse, occupés de pensées éternelles, afin qu’après avoir entendu de nous toute la vérité sur les choses célestes, connaissant à fond la nature des oiseaux, la genèse des dieux et des fleuves et de l’Erèbe et du Vide, vous puissiez, de ma part, envoyer promener Prodicos désormais. »

 

« Ou peut-être dans les retraites

De l’Olympe aux bois touffus,

Où la cithare d’Orphée,

Jadis, par ses accents, rassemblait

Et les arbres et les bêtes sauvages. »


 

Les mystères de Delphes

 

« Connais-toi toi-même – et tu connaîtras l’Univers et les Dieux. » Inscription du temple de Delphes.

 

« Le Sommeil, le Rêve et l’Extase sont les trois portes ouvertes sur l’Au-Delà, d’où nous viennent la science de l’âme et l’art de la divination. »

 

« L’Evolution est la loi de la Vie.

Le Nombre est la loi de l’Univers.

L’Unité est la loi de Dieu. »

 

« Tu trouveras à gauche de la demeure d’Hadès, une source, et près d’elle, un cyprès blanc dressé ; de cette source ne t’approche absolument pas. Tu en trouveras une seconde, qui fait couler son eau fraîche. A partir du marais de Mnémosyne ; devant elle, il y a des gardiens. Dis : Je suis l’enfant de la Terre et du Ciel étoilé, et ma race est céleste ; cela, vous le savez aussi. Je suis desséchée de soif et je meurs ; donnez-moi vite l’eau fraîche qui coule du marais de Mnémosyne. Et ils te donneront à boire de cette source divine. Et dès lors tu règneras parmi les autres Héros. »

 

« Je suis desséché par la soif et je meurs. – Eh bien, bois à la source jamais tarie, à droite où est le cyprès. Qui es-tu ? D’où vient-tu ? Je suis fils de la Terre et du Ciel étoilé. »

 

« Pure, je viens d’entre les purs, ô souveraine des enfers, Euklês, Eubouleus et vous tous, dieux immortels ; car je me flatte d’être de votre bienheureuse race. Mais la Moire m’accable, et d’autres dieux immortels (…) et la foudre, frappée des astres. Du cercle pénible et dur à supporter je me suis envolée, et mes pieds rapides je me suis élancée vers la couronne désirée. Dans le giron de la souveraine, de la reine de la Terre, je me suis enfoncée ; de la couronne désirée, j’ai chu avec mes pieds rapides. Ô heureux, bienheureux, au lieu de mortel, tu seras dieu. Chevreau, je suis tombé dans le lait. »    Orphée.

 



hr2-poster-art                        hr3-pinhead02



 

Sôma = Sêma  -  Corps = Tombeau

Naître, c’est déjà Mourir !

 

« L’homme est le rêve d’une ombre »  Pindare, Huitième Pythique.

 

 

Orphée, étant descendu chez Hadès à cause de sa femme et ayant vu le monde d’en bas tel qu’il était, cessa d’honorer Dionysos, et regarda dès lors Hélios comme le plus grand des dieux, l’appelant Apollon. S’éveillant la nuit à l’aube, il montait, sur la montagne appelée le mont Pangée et attendait le lever du soleil, afin de voir en premier Hélios. C’est pourquoi Dionysos, pris de colère contre lui, envoya contre lui les Bassarides, ainsi que le raconte Eschyle, le poète tragique : elles le déchirèrent en morceaux et elles jetèrent ses membres séparément les uns des autres ; mais les Muses, les ayant rassemblés, les enterrèrent dans la ville appelée Lébethra.

 

Malgré l’effort des initiés, le polythéisme n’avait abouti en Asie, en Afrique et en Europe qu’à une débâcle de la civilisation. Cela n’atteint plus la sublime cosmogonie d’Orphée si splendidement chantée, mais déjà diminuée par Homère. On ne peut en accuser que la difficulté pour la nature humaine de se maintenir à une certaine hauteur intellectuelle. Pour les grands esprits de l’antiquité, les Dieux ne furent jamais qu’une expression poétique des forces hiérarchisées de la nature, une image parlante de son organisme interne, et c’est aussi comme symboles des forces cosmiques et animiques que ces dieux vivent indestructibles dans la conscience de l’humanité. Dans la pensée des initiés, cette diversité des dieux ou des forces était dominée et pénétrée par le Dieu suprême ou Esprit pur.

 

Le but principal des sanctuaires de Memphis, de Delphes et d’Eleusis avait été précisément d’enseigner cette unité de Dieu avec les idées théosophiques et la discipline morale qui s’y rattachent. Mais les disciples d’Orphée, de Pythagore et de Platon échouèrent devant l’égoïsme des politiciens, devant la mesquinerie des sophistes et les passions de la foule. La décomposition sociale et politique de la Grèce fut la conséquence de sa décomposition religieuse, morale et intellectuel.

 

Apollon, le verbe solaire, la manifestation du Dieu suprême et du monde supraterrestre par la beauté, la justice et la divination, se tait. Plus d’oracles, plus d’inspirés, plus de vrais poètes : Minerve – Sagesse et Providence se voile devant son peuple changé en satyres, qui profane les Mystères, insulte les sages et les dieux, sur le théâtre de Bacchus, dans les farces aristophanesques. Les Mystères eux-mêmes se corrompent ; car on admet les sycophantes et les courtisanes aux fêtes d’Eleusis. Quand l’âme s’épaissit, la religion devient idolâtre ; quand la pensée se matérialise, la philosophie tombe dans le scepticisme.

 

Les Esséniens professaient le dogme essentiel de la doctrine orphique et pythagoricienne, celui de la préexistence de l’âme, conséquence et raison de son immortalité. « L’âme, disaient-ils, descendu de l’éther le plus subtil et attirée dans le corps par un certain charme naturel, y demeure comme dans une prison ; délivrée des liens du corps comme d’un long esclavage, elle s’envole avec joie. » (Josèphe, A. J. H., 8).

 

« Pour l’âme qui vient du ciel, la naissance est une mort » avait dit Empédocle, cinq cent ans avant le Christ. Quelque sublime que soit un esprit, une fois englouti dans la chair, il perd temporairement le souvenir de tout son passé ; une fois saisies dans l’engrenage de la vie corporelle, le développement de sa conscience terrestre est soumis aux lois du monde où il s’incarne. Il tombe sous la force des éléments. Plus haute fut son origine, plus grand sera l’effort pour recouvrer ses puissances endormies, ses innéités célestes et prendre conscience de sa mission.

 




Grece784













 

 

  

 

Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 14:59

Le Voyage Intérieur

 

 

               « Les rêves de l’homme de l’Antiquité et des Temps modernes sont écrits dans le même langage que les mythes dont les auteurs vivaient à l’aube de l’histoire… Je crois que le langage symbolique est la seule langue étrangère que chacun de nous devrait apprendre. Sa connaissance nous rapproche des origines les plus révélatrices de la sagesse… En vérité, les rêves tout comme les mythes sont d’importants messages que nous nous envoyons à nous-mêmes. » Erich Fromm, Le Langage oublié.



 

Monolithe noir



              
Sir Henry Rider Haggard (1856-1925) fut l’un des maîtres anglais du roman d’aventures, mais on doit considérer l’auteur des Mines du roi Salomon comme une grande figure dans le roman fantastique d’inspiration « occulte ». Il ne faut pas oublier, en effet, que le chef-d’œuvre de Haggard, She (publié en 1887), et ses trois suites, Ayesha ou le Retour de She, La Fille de la Sagesse, She et Allan, sont des œuvres franchement théosophiques. En vérité, la plupart des livres d’ « imagination » de cet auteur, et ils sont nombreux, contiennent de nombreuses allusions, explicites ou voilées, à des doctrines et à des enseignements secrets. Haggard a subi profondément l’influence du syncrétisme « occultiste » de l’époque victorienne tardive : spiritisme, théosophie, etc. L’homme qui a écrit She et d’autres livres extraordinaires était lui-même un grand érudit en matière d’occultisme. Une étude exhaustive de ses sources révélerait une familiarité profonde avec de nombreux livres et auteurs spécialisés, parmi lesquels un grand ami de Haggard, Andrew Lang, admirateur érudit des doctrines secrètes de l’Egypte ancienne, l’une des grandes obsessions du romancier. Mais Haggard ne fut pas l’élève déférent d’un ou plusieurs maîtres de l’occultisme. On doit le considérer plutôt comme un écrivain qui a formulé peu à peu son propre système théosophique par l’inclusion, en une synthèse originale, de spéculations mystiques et métaphysiques quelque peu hétérogènes.

 

               Nous espérons montrer, par un grand nombre de citations, que l’œuvre romanesque de Sir Henry Rider Haggard révèle l’intérêt passionné de son auteur pour toutes les formes supérieures de la connaissance interdite.

 

               Haggard est un grand adversaire de la métaphysique classique. Loin de décrier les puissances de l’imagination humaine, il n’hésite pas à écrire : (…) qui dira quelle proportion de fait, passé, présent ou à venir, peut résider dans l’imagination ? Peut-être est-ce une ombre de la vérité intangible, peut-être est-ce la pensée de l’âme. »

 

               L’inspiration directe peut-être complétée grâce à des techniques traditionnelles, secrètement transmises de maître à disciple, et qui peuvent développer dans l’âme humaine la faculté, endormie, de connaissance métaphysique :

 

               « Je vais vous dire ce que je n’ai jamais dit auparavant à une âme vivante. Pendant des années, j’ai étudié des connaissances traditionnelles presque oubliées dans ce pays l’Angleterre, un savoir, qui, une fois qu’il a été intégralement acquis, mettra à la disposition de son possesseur des pouvoirs qui sont cachés dans la nature, qui lui permettra même de regarder au-delà de la nature, et peut-être, pour autant qu’il s’agit de la durée de l’existence, de s’en rendre maître pour un temps. Vous pouvez apprendre ce savoir, en dépit de mon échec. Mon intelligence et ma détermination me permirent d’en découvrir les voies d’accès et de tomber sur quelques-uns de ses secrets, mais sans pouvoir les suivre ; j’ai appris, trop tard, que seuls les bons et les purs peuvent faire cela. »

 

               Il faut choisir entre la connaissance et l’affectivité. Selon Haggard et beaucoup d’occultistes, la partie spirituelle de l’homme doit se développer aux dépens de l’enveloppe physique et des passions terrestres.

 

            Ce qui veut dire que le développement des sens, de la sensualité, de la sexualité, des passions physiques et matérielles n’est pas à rechercher pour l’aspirant aux initiations spirituelles supérieures, c’est une voie ascétique, la « voie sèche » qui seul permet la discipline, l’étude, l’effort intellectuel, mental et spirituel pour parvenir à la compréhension de sa nature profonde et des Forces en présence dans l’Univers, dont le but est de se libérer de la « prison » de la condition humaine dans la « Matrice-Univers » physique dans lequel nous vivons depuis environ 15 milliards d’années « début » du Big Bang, Création de l’Univers et de la Vie. Une ascèse est souvent rendue nécessaire à travers la solitude, la modestie, la pauvreté ou une condition de vie très modeste et la chasteté… c’est une voie très dure et terrible en effet… C’est la voie qui montre « l’Enfer » que peut représenter notre condition physique à tous. A travers l’histoire, des hommes et des femmes ont suivi cette voie dans l’unique but de la Libération de l’âme de la « prison » physique qu’est le corps humain, et montraient à leurs tours le chemin de la Libération des vies successives au reste de l’Humanité… Car amis et chers lecteurs, la vie sur Terre c’est le véritable Enfer… des passions, des amours et des désirs non ou peu assouvies ! Qui causent nos chagrins, nos lamentations, nos regrets, nos souvenirs, nos nostalgies…

 

La « voie humide » c’est la voie des passions physiques débridées de toutes sortes, qui doit être vécues « nécessairement » à un moment donné de nos innombrables vies, mais qui comporte le risque de l’égarement spirituel de l’âme humaine. A être attirer constamment par les passions physiques, l’âme s’obscurcie et perd son essence, son origine et le but de son existence. L’âme erre dans les Ténèbres et se réincarne constamment dans l’ignorance et l’insouciance à la recherche des appétits physiques débridés : alcool, drogue, sexe, luxure, violence, perversions de toutes natures, la satisfaction de ses sens les plus vils, etc. Jusqu’au jour où… l’âme commence à s’interroger sur sa propre vie… C’est le « coup de bâton » sur la tête donné par la Vie… comment puisse-je réellement exister… pourquoi naître, vivre et mourir… c’est étrange, notre vie terrestre est courte et unique… et pourtant j’existe toujours, je suis toujours là… sur Terre, encore et encore une fois… Alors, c’est le « coup d’envoi » de l’initiation spirituelle… l’âme part à la Sainte Quête du « Graal », de son « Graal », son essence primordiale et la raison d’être de son existence et de l’Univers !

 

            Pourtant, la sagesse occulte est toujours, dans les œuvres de Haggard, une connaissance interdite. L’homme peut acquérir la gnose métaphysique, il peut même conquérir de merveilleux secrets pratiques, évoquer les esprits des morts, connaître ses propres incarnations antérieures, etc. Mais il est toujours fort dangereux de toucher aux forces occultes, et l’homme risque de redoutables chocs en retour quand il essaye de s’élever au-dessus de sa condition.

 

            En ce qui concerne notre séjour terrestre, Rider Haggard est d’un pessimisme lucide et sans équivoque. La rançon de la connaissance est toujours pour lui la prise de conscience de la vanité de toutes les choses terrestres :

 

            « Oh, vous pauvres mortels, vous implorez vos dieux de vous accorder de nombreuses années de vie, ignorant que vous semez dans vos poitrines une graine d’où vous devrez retirer dix mille misères. Ne savez-vous pas que ce monde est, à la vérité, la grande maison de l’enfer, dans les chambres duquel l’esprit séjourne par intervalles pour une petite période durant laquelle, las et frappé de stupeur, il se hâte, en gémissant, vers la paix qu’il a gagné ? »

 

            « La grande route du destin progresse comme le char de Djaggernaut, et nous écrase tous à notre tour, quelques-uns tôt, quelques-uns plus tard : cela n’a aucune importance, à la fin elle nous écrase tous. Nous ne nous prosternons pas devant elle, comme les pauvres Indiens : nous fuyons ici et là, nous implorons merci, mais cela ne sert à rien ! Le noir destin tonne, et nous réduit en cendres à la période qu’il a fixée. »

 

            Et Haggard précise cette idée dans le message suivant :

 

            « Le monde des esprits est, comme je le pense, le monde réel. Le reste est un cauchemar, car nous ne connaissons ni le commencement ni la fin de ce rêve. »

 

            L’homme est soumis sans merci, par son étrange destinée, à la loi infernale des réincarnations incessantes :

 

« Contemple le sort de l’homme ! Infailliblement il nous atteindra, et nous dormirons. Infailliblement aussi, nous nous éveillerons et nous vivrons à nouveau et à nouveau nous dormirons ; et ainsi de suite, à travers périodes, espaces et temps, d’éon en éon, jusqu’à ce que le monde soit mort, et que les mondes au-delà du monde soient morts, et que rien ne vive excepté l’Esprit de Vie… Et pourtant la mort n’est que la nuit de la vie, mais de la nuit naît le lendemain, qui engendre à nouveau la nuit. »

 

            « Alors, vous pensez que nous vivons à nouveau sur cette Terre ? A nouveau et encore à nouveau, jusqu’à ce que vienne pour nous le temps de quitter la Terre pour toujours. De ceci, je suis sur. »

 

            « Oui, cet oiseau de passage (l’homme), comme il me semblait être, volant de ténèbres en ténèbres, pouvait avoir étendu ses ailes à la lumière d’autres soleils, des millions et des millions d’années auparavant, et pourrait encore les étendre, devenir rayonnant et lumineux, dans des millions et des millions d’années, en un temps pas encore né. »

 

            « (…) La vie était-elle quelque chose de vaste et splendide au-delà d’atteinte de la vision, quelque chose envoyée par Dieu, commençant et finissant dans l’absolu éternel et participant, finalement, de ses attributs et de sa nature… ? »

 

            Pour Haggard et beaucoup d’autres occultistes, la réincarnation humaine est un fait attesté par un grand nombre de constatations troublantes, le coup de foudre amoureux par exemple.

 

            La condition humaine est misérable, mais on peut obtenir la délivrance par un entraînement mystique que l’individu découvre en son for intérieur :

 

            « (…) Il m’apparut brusquement que mon âme était elle-même le Maître caché duquel je devais apprendre ma leçon. »

 

            D’autre part, il faut admettre que l’amour humain, sur tous les plans : physique, sentimental et spirituel, est la seule force qui puisse vaincre le destin inexorable (celui auquel il m’a tellement manqué finalement et que je n’ai pas vécu, c’est l’auteur de ces lignes qui souligne) :

 

            « Il n’existe qu’une lumière fixe dans les brumes de nos errances. Cette lumière est l’amour !

            Il n’y a qu’une espérance dans notre nuit de désespoir. Cette espérance est l’amour !

            Tout le reste est faux. Tout le reste est ombre se mouvant sur l’eau. Tout le reste est vent et vanité. Qui dira quel est le poids ou la mesure de l’amour ?

            Il est né de la chair, il réside dans l’esprit.

            De chacun (des deux) il tire sa consolation. »

 

            Il n’est donc pas étonnant de constater, chez Haggard, un véritable culte de la femme. Le romancier chante : « (…) la merveille du cœur féminin, qui est microsome des espoirs, des craintes et des désespoirs de notre humanité, dont elle est d’age en age la mère. »

 

            La femme est capable du sacrifice suprême : Yva, l’héroïne de When the World shook, se jette d’elle-même dans le feu tellurique pour empêcher le changement catastrophique de l’équilibre de la Terre : « Pendant une fraction de temps, elle (Yva) se tint là, comme un ange incandescent, enveloppé de feu. Puis elle s’effaça comme un fantôme et s’évanouit de notre vue. Yva était réduit en cendres ! Yva avait disparu ! Le sacrifice était consommé ! »

 

            « Le monde trembla mais Yva avait sauvé le monde ! »

 

            Mais la femme peut être aussi un être pervers et démoniaque, ou allier en elle, suprêmement équivoque, bonté et cruauté. Les personnages féminins de Haggard sont des symboles de tous les pouvoirs mystérieux, bénéfiques, maléfiques ou ambivalents de la femme, laquelle acquiert une signification métaphysique rappelant les vieilles mythologies matriarcales.

 

            La plus intéressante des héroïnes de H. Rider Haggard est sans contexte la mystérieuse « Immortelle » qu’est Ayesha, « Celle qui doit être obéie ». Cette femme réunit en elle tous les attributs attirants, étranges ou effrayants, de l’Eternel Féminin.

 

            Ayesha est un être superbe et extraordinaire, en qui se retrouve toute l’attirance physique de la femme. Le dévoilement d’Ayesha est décrit ainsi par Haggard, dans un passage assez étrange, en fait, pour une époque où les impératifs de « respectabilité » étaient encore redoutables dans la société anglaise victorienne :

 

            « Elle leva ses bras blancs et ronds, je n’avais jamais vu de tels bras auparavant et doucement, très doucement, elle enleva une attache sous ses cheveux. Soudainement, les longs voiles qui lui donnaient l’apparence d’un cadavre entouré d’un linceul tombèrent à terre, et mes yeux remontèrent le long de son corps vêtu seulement d’une tunique blanche collante qui ne servait qu’à montrer ses formes somptueuses et impériales, remplies d’une vie qui était plus que la vie et d’une certaine grâce serpentine, plus qu’humaine. Ses petits pieds étaient chaussés de sandales attachées par des clous d’or ; puis venaient les chevilles, plus parfaites que jamais sculpteur n’en rêva. Autour de la taille, sa tunique blanche était attachée par un serpent d’or solide à la double tête : il s’enroulait en ligne pures et adorables autour de la forme gracieuse, jusqu’à la poitrine de neige et d’argent, où se terminait la tunique et sur laquelle ses bras étaient croisés. Je regardai, au-dessus, le visage, et je n’imaginai pas, je reculai en arrière, aveuglé et frappé de stupeur. J’avais entendu parler de la beauté des êtres célestes. Maintenant, je la voyais ; mais cette beauté, avec toute son effrayante splendeur et sa pureté, était mauvaise ou plutôt, sur le moment, elle me sembla mauvaise… Bien que le visage devant moi fut celui d’une jeune femme n’ayant certainement pas dépassé la trentaine, en parfaite santé et dans le premier éclat de la beauté mûrie, il portait, gravé sur lui, le sceau d’une indicible expérience et d’une connaissance approfondie de la douleur et de la passion. »

 

            « (…) Comme elle se tenait debout, la tunique blanche glissa jusqu’à sa ceinture, dévoilant la beauté éblouissante de ses formes. Elle se tenait là, les doigts serrés, tandis que l’effrayante expression de malveillance se concrétisait et s’approfondissait sur son visage. »

 

            Antinéa, la superbe et perverse femme brune du roman de Pierre Benoît, l’Atlantide (1920), peut être considérée comme une sorte d’avatar posthume de l’étrange héroïne du chef d’œuvre de Haggard.

 

            Il est très difficile de connaître les parts respectives de l’imagination et de la réalité dans la genèse de She who must beodeyed. Haggard peut avoir été frappé par un être réel (il arrive de rencontrer des femmes étranges et fascinantes), mais l’héroïne semble être, avant tout, un produit authentique du subconscient de l’auteur (C.G. Jung a fort bien montré que She est une personnification de l’anima, c’est-à-dire de la partie féminine de l’âme humaine).

 

            Ayesha, la femme immortelle, semble trouver un destin fatal dans les cavernes fantastiques de Kor, mais la suite de She, le roman intitulé Ayesha, nous montre l’héroïne, ressuscitée, devenue l’ « Hesea » et l’ « Esprit de la montagne », la nouvelle prêtresse d’un antique oracle de l’Asie centrale, régnant sur le mystérieux sanctuaire des piliers de feu. Elle est la dernière détentrice du sceptre de « Hes » sur la Terre, c’est-à-dire Isis.

 

            On ne peut nier que She-Ayesha soit un personnage symbolique. « D’abord, nous dit Haggard, je fus incliné à croire que cette histoire d’une femme enveloppée dans la majesté d’années presque sans fin, sur laquelle l’ombre de l’Eternité elle-même gît comme l’aile sombre de la nuit, était une gigantesque allégorie dont je ne pouvais saisir le sens. Puis je pensais que ce pouvait être une tentative hardie pour dépeindre les résultats possibles de l’immortalité pratique, animant la substance d’une mortelle qui tirait pourtant sa force de la terre, et dans le cœur de laquelle des passions naissaient et battaient à la manière dont, dans le monde impérissable autour d’elle, les vents et les marées s’élèvent, tombent et battent sans cesse. »

 

            Le romancier semble en vérité considérer Ayesha comme un être humain et non comme une manifestation divine :

 

            « Seulement, j’étais sur que She elle-même ne pouvait être une divinité bien qu’elle put en être la manifestation, une prêtresse, une messagère, chargée d’accomplir sa volonté, de venger ou de récompenser, et demeurant pourtant une âme humaine, avec des espoirs et des passions à satisfaire, et une destinée à accomplir. »

 

            Mais d’autres passages semblent impliquer que She ne fait qu’une avec la déesse égyptienne Isis, c’est-à-dire avec la nature personnifiée (la Maya de la métaphysique indienne – la Vierge Marie de la tradition chrétienne). Voici, par exemple, des paroles très révélatrices de la mystérieuse Ayesha :

 

            « Je suis de beaucoup d’humeurs et, comme l’eau dans ce vase, je réfléchis beaucoup de choses ; mais elles passent ; elles passent et elles sont oubliées. Mais l’eau est l’eau, et ma qualité ne peut être altérée. »

 

            Le problème fascinant d’une éventuelle prolongation indéfinie de l’existence humaine physique n’a jamais cessé de tourmenter l’esprit de Rider Haggard. Son premier roman d’aventures, Les Mines du roi Salomon (1885), contient la description vivante d’une vieille et horrible sorcière, Gagool, qui vit encore après plusieurs siècles, mais en un corps combien décrépit !

 

            Et l’une des dernières œuvres de Haggard, When the World shook (Quand la Terre trembla), écrite en 1918 et publiée en 1919, base son affabulation sur une méthode scientifique d’hibernation artificielle qui a permis à Oro et à sa fille Yva de dormir durant 250 000 années, et de se réveiller, après une si longue durée, dans l’état physique qu’ils possédaient avant le processus. L’hibernation artificielle est pourtant considérée par Haggard comme un procédé d’immortalité assez décevant : en plongeant le corps dans le sommeil durant 250 000 ans, l’on ne peut empêcher l’inexorable succession des réincarnations corporelles de l’esprit.

 

            « Seule l’enveloppe corporelle demeurait préservée par des artifices mortels, et, quand l’esprit revenu et la lumière de vie y furent infusés à nouveau, il s’éveilla. Mais durant ce long sommeil de mort, cet esprit peut avoir parlé à travers d’autres lèvres et cette vie peut avoir lui à travers d’autres yeux, bien que je ne me souvienne de rien les concernant. »

 

            « Vous me dites, Dame Yva, dis-je, que vous avez dormi, ou devez avoir dormi, pendant 250 000 années. Mais s’il en était ainsi, où se trouvait votre esprit durant tout ce temps ?... Je crois qu’il résidait ailleurs peut-être en d’autres corps sur la Terre, ou dans une terre différente. Du moins, je sais que mon cœur est très rempli de souvenirs, que je ne puis encore dérouler et lire. »

 

            Une prolongation réelle de l’existence totale doit être fondée sur une autre méthode que l’hibernation : dans le même roman, Haggard fait allusion à une « Eau de Vie », sorte de liquide vivifiant le corps. Mais la méthode la plus intéressante qui permet de conquérir l’immortalité physique est décrite dans She et ses trois suites. Elle consiste en l’immersion complète du corps dans le « Feu de Vie ». Certes, il est impossible d’atteindre l’immortalité stricto sensu, même par un procédé aussi spectaculaire :

 

            « Mais je le sais bien (c’est She qui parle) que ma vie n’est que prolongée et rendue plus brillante. »

 

            L’immersion dans le « Feu (ou « Esprit ») de Vie a néanmoins des résultats étonnants : la jeunesse physique peut être prolongée durant un temps incroyable, jusqu’à la fin de notre Terre, si on le désire.

 

            Les mythes haggardiens sur le feu dispensateur de l’immortalité physique sont très intéressants pour le spécialiste de la science des religions, comme pour celui qui étudie l’alchimie et ses ramifications. Ils reposent, en fait, sur un postulat très simple :

 

            « Je crois que, si l’on peut simplement le redécouvrir, il existe un lieu où les forces vitales du monde existent de manière visible. La vie existe ; pourquoi donc les moyens de la préserver indéfiniment n’existeraient-ils pas aussi ? »

 

            « Contemplez la fontaine de vie et le cœur de la vie, tel qu’il bat dans le sein de ce grand monde. Contemplez la substance de laquelle toutes choses tirent leur énergie, le resplendissant esprit de ce globe, sans lequel nous ne pouvons vivre mais devons devenir froids et morts comme la lune morte. Approchez-vous, baignez-vous dans ces flammes vivantes et infusez dans votre pauvre corps leurs vertus dans toute sa force virginale, non telle qu’elle lui faiblement dans votre poitrine, filtrée à travers les écrans d’un millier de vies intermédiaires, mais de telle qu’elle est, ici, dans la fontaine, dans la source même de l’existence terrestre. »

 

            « C’est bien. Préparez-vous à entrer dans le sein même de la Terre où elle conçoit la vie que vous voyez mise au monde dans l’homme et la bête, oui, dans chaque arbre et dans chaque fleur. Préparez-vous, o hommes, car ici vous allez renaître ! »

 

Le Karma

 

            On emploie beaucoup ce mot indien, sans toujours savoir de quoi il s’agit. Le karma, c’est la destinée, conséquence de ce que nous avons créé nous-mêmes au cours des vies antérieures ; toute action de notre part provoque, dans cette vie-ci ou dans la suivante, une réaction : tel est le sens du mot karma. Les prochaines vies seront également le résultat de nos choix d’aujourd’hui. On se réincarne tant que les conséquences de nos actions ne sont pas complètement liquidées… Mais un jour, proche ou lointain (c’est nous qui choisissons), nous n’aurons plus du tout besoin de nous réincarner. Volant en toute liberté dans les espaces infinis, dans la lumière et la joie cosmiques, nous serons des esprits libérés.

 

Pourquoi faudrait-il se réincarner ?

 

            Toutes les traditions philosophiques sont d’accord : pour progresser spirituellement. On retrouve un frère, un père, une mère, un ou une amie, un mari, une épouse, un amant, une maîtresse, etc., en vue d’un progrès spirituel.

            Si vous avez visité les marais salants de l’île de Ré ou de Guérande, vous avez pu remarquer que l’eau de mer devait traverser toute une série de bassins pour se concentrer et s’épurer : c’est seulement après un assez long parcours que les sauniers peuvent récolter ce fameux sel gris à goût de violette qui valait si cher autrefois.

            Pour les âmes, il en est de même : elles ont besoin de beaucoup de temps et d’efforts pour s’affiner, comme le sel ! (Cf. le Christ disait à ses disciples : « Vous etes le sel de la Terre ! »). Chaque vie leur permet de se décanter, de se purifier des scories accumulées par l’âme.

            Mais si certains prennent la ligne directe, et arrivent très vite au but, à la Lumière absolue où ils sont des esprits libérés, d’autres prennent le chemin des écoliers. Ils font l’école buissonnière… jusqu’à ce qu’ils comprennent que certains buissons ont des fruits empoisonnés !



 

chute



Les liens karmiques

 

            Depuis soixante ans, un nombre croissant de psychologues, de thérapeutes, de médecins rencontrent parmi leurs patients des gens qui, sous hypnose, ou autrement, leur affirment s’être réincarnés. Beaucoup d’entre eux disent qu’ils ont voulu retrouver dans une nouvelle vie telle ou telle personne précise : père, mère, enfants, frères et sœurs, etc. Ainsi, se renouent d’anciens liens dans une nouvelle famille. Cela explique les sympathies et antipathies « spontanées » ou « irrésistibles » qu’aucun événement ne peut justifier.

            La tradition ésotérique veut que les jumeaux soient des entités qui se sont follement aimées, au point de ne pas vouloir se séparer : aussi s’incarnent-elles dans la même mère. On ne se réincarne donc pas toujours pour « payer une dette », mais pour continuer une relation privilégiée. Bien que la similitude des thèmes de naissance indique un même itinéraire karmique, cependant, chaque jumeau jouit de sa liberté propre. Il a pu l’utiliser de façon différente dans certaines vies antérieures : ainsi s’expliquent les différences de caractères constatées dans cette vie-ci.

            Inversement, certains jumeaux de jadis se réincarnent à la même époque, dans deux familles différentes, lesquelles peuvent être voisines, parentes, ou alliées, donnant ainsi aux anciens jumeaux l’occasion de se retrouver comme amis.

            Tous les jumeaux, cependant, ne s’aiment pas d’amour tendre. Des ennemis intimes peuvent s’incarner ensemble, pour tenter une nouvelle fois de faire la paix… La Bible parle d’Esau et de Jacob, qui se disputaient déjà dans le sein de la mère Rébecca : « Or les enfants se heurtaient en elle » (Genèse, XXIV, 22).

            Dans les relations familiales, il y a des cas touchants : telle cette jeune femme qui, dans sa dernière vie, avait été la gouvernante d’enfants royaux, en France, au XVIIIe siècle. Très attachée à ces enfants, elle avait souffert de ne pas être leur vraie mère. Ce désir profond l’a amenée à se réincarner actuellement en mère de famille. Et les enfants royaux sont bien, cette fois, les siens : elle a connu cette fois la joie de leur donner le jour, physiquement, et d’être légalement leur mère.

 

Les dettes karmiques

 

            Une maladie karmique est une maladie héritée de vies antérieures. C’est très intéressant en astrologie médicale et en médecine, parce que cela ouvre de nouvelles perspectives sur les relations de l’esprit et du corps.

            Un exemple : un homme venu consulter Edgar Cayce, médium américain surnommé le « prophète endormi », il faisait des « lectures psychiques » en état de sommeil ; parce qu’il était aveugle-né. Edgar Cayce analysa quatre des vies antérieures du consultant – dont l’une se situait dans la Perse ancienne, environ dix siècles avant J.-C. A cette époque, le consultant appartenait à une tribu de mœurs primitives, qui aveuglait ses prisonniers au fer rouge. D’après Cayce, cet homme avait mis beaucoup de sadisme dans son métier de bourreau… qu’il aurait pu refuser.

            Dans cette vie actuelle, aux Etats-Unis, il est confronté aux conséquences de sa cruauté : il doit lui-même subir le sort de ceux qu’il avait jadis aveuglés, afin d’apprendre par là le respect d’autrui, l’attention à la souffrance des autres. Cependant, Cayce lui donna une série de prescriptions (médicaments, régime alimentaire, vertébrothérapie, etc.), lesquelles améliorèrent nettement sa vision. Cayce précisait aussi que la patience, la prière, la bonté allégeraient ou raccourciraient son temps d’épreuve.

            Cette histoire explique aussi ce qu’est une dette karmique vis-à-vis d’autrui (ou vis-à-vis de soi même, l’un n’allant pas sans l’autre). Les entités se réincarnent en même temps que d’autres auxquelles elles ont fait du tort dans une vie précédente : c’est comme une nouvelle chance qui leur est donnée de rattraper la « maille filée » d’un très ancien tricot…

            Les entités, ce sont les esprits qui, lorsqu’ils prennent un corps à la naissance, deviennent des hommes et des femmes. Chacun de nous est une entité, un esprit, un être immortel par essence.

 

 



chute damnes 2

 

 

 

Le mystérieux livre de vie

 

            Les traditions, tant écrites qu’orales, des différentes religions du monde font référence à un mystérieux Livre de Vie, que tout homme est capable de lire (à condition d’être parvenu à un certain degré de sagesse).

            Il s’agirait d’une sorte de « mémoire » de l’Univers, une collection d’enregistrements vibratoires, où se trouve inscrit tout ce qui concerne la création du monde, et tous les événements qui l’on agité depuis. Chaque être vivant, chacun de ses faits et gestes, chacune de ses pensées est inscrit dans ce Livre de Vie. C’est comme une bibliothèque universelle, où rien ne manque.

            Chacun, d’ailleurs, peut lire dans l’Apocalypse de Jean (V, 1) : « J’aperçus dans la main droite de Celui qui siège sur le trône un livre roulé, écrit au verso et au recto, et scellé de sept sceaux. »

            Dans la tradition indienne, le Livre de Vie s’appelle l’Akasha. Voilà pourquoi Edgar Cayce employait le mot anglais reading (en français, « lecture ») dans ses consultations. Il disait qu’il pouvait lire dans le Livre de Vie. Nous figurons tous, à titre personnel, dans ce grand volume, dont l’éditeur est Dieu lui-même…

            Les écrivains ésotériques, tout comme Edgar Cayce, parlent des dossiers akashiques, ou annales akashiques… Ce qui est merveilleux aussi, c’est la mémoire des Indiens, qui ont gardé des connaissances que nous avons oubliées. Cette tradition indienne nous renvoie à nos propres sources, l’ésotérisme occidental, qui était très bien informé dans l’Antiquité, et même au Moyen Age. Les Eglises n’ont pas su le conserver : mais sa redécouverte sera le phénomène éclatant de la dernière moitié du XXe siècle.

 



ARTMAJEURTABLEAUSOLARIAN

 

 

Les femmes ont-elles une âme ?

 

            Je cite Dorothée Koechlin de Bizemont, journaliste et spécialiste de philosophie caycienne : « Avouez, messieurs, que certains d’entre vous ne seraient nullement enchantés d’apprendre qu’ils ont été femme dans une autre vie… tant est ancrée l’idée de « l’infériorité féminine ! »

            N’en déplaise aux phallocrates traditionnels, il ne semble pas que les âmes aient de sexe avant de s’incarner dans ce monde-ci. De multiples témoignages semblent le prouver. Dans le Livre des Esprits, Allan Kardec demande à son Esprit-guide : « L’Esprit qui a animé le corps d’un homme peut-il, dans une nouvelle existence, animer celui d’une femme, et réciproquement ? » - « Oui, ce sont les mêmes esprits qui animent les hommes et les femmes. »

            Même affirmation chez les anciens Egyptiens. On trouve dans les écrits d’Hermès le dialogue suivant : Horus demande à sa mère Isis « si les âmes sont nées males ou femelles », et la déesse répond : « Les âmes, mon fils Horus, sont égales par nature : il n’y a parmi elles ni males ni femelles ; cette distinction n’existe que dans le corps incarnés ». (Sermon d’Isis à Horus).

            Par contre, la tradition indienne est misogyne : selon elle, la dernière incarnation ne peut être que masculine. L’incarnation comme femme est un état de déchéance où l’âme expie de lourdes fautes passées. Une telle croyance est évidemment contredite par les religions chrétiennes, catholiques ou orthodoxes, où le modèle de perfection absolue proposé aux fidèles est Marie, mère du Christ. Laissons le dernier mot à l’apôtre Paul, qui écrit : « Dans le Christ, il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme. » (Epitre aux Galates, III, 28).

 

 



dames-blanches-2


 

La réincarnation explique les inégalités sociales et les destins douloureux

 

            Pourquoi le mal ? Pourquoi certains enfants naissent-ils estropiés ? Pourquoi le malheur semble-t-il s’acharner sur certains ? Et pourquoi des riches, pourquoi des pauvres ? Pourquoi des surdoués et des imbéciles ?

            La réincarnation, nous l’avons vu, permet de répondre logiquement à ces questions. Dans les traditions ésotériques, tant orientales qu’occidentales, l’homme récolte ici et maintenant ce qu’il a semé dans des vies antérieures. Non seulement, il récolte, mais il choisit. Une fois désincarné, après sa « mort », l’Etre voit clairement en quoi il a raté ou réussi. Il choisit donc de se réincarner, c’est-à-dire de choisir un nouveau programme terrestre. Evidemment, une fois dans son nouveau corps, il est limité par le pays, la race, la famille, la religion qu’il a choisis avant de naître… Ainsi, liberté et prédestination sont-elles réconciliées dans cette optique.

            Beaucoup d’âmes choisissent une vie difficile qui leur permettra de faire plus vite des progrès. Ainsi, ceux qui sont pauvres, malades, mal aimés l’ont bien souvent choisie en réparation d’une dette karmique. La tradition veut que ceux qui ont préféré, plusieurs vies de suite, la facilité, en viennent à choisir enfin une vie très douloureuse, où ils seront pris dans les « grandes purges » de l’Histoire, dans les cataclysmes mondiaux… Ainsi, se sont-ils obligés eux-mêmes à une très dure expérience purificatrice.

            Une des tantes à Dorothée Koechlin de Bizemont avait mené une vie vraiment triste. Son fiancé était mort à la guerre de 1914-1918, elle était restée « vieille fille », et sans aucune profession. Moins brillante que ses frères et sœurs, elle était devenue leur Cendrillon, leur bonne à tout faire, leur souffre-douleur. La fin de sa vie fut sinistre : échouée dans un mouroir pour vieillards, reléguée au fond d’une chambre infecte que personne ne visitait jamais, maltraitée par le personnel, elle croupissait là, aveugle, sourde, incontinente, demi-paralysée. Quand Dorothée allait la voir, il régnait une odeur de vieillesse abandonnée, d’urine jamais nettoyée, de crasse fermentée… Atroce ! De ces visites, je revenais en sanglotant, en me disant : « Pourquoi, mais pourquoi ? »

            La tante, elle, souriait, s’informait de la famille, ne manifestait pas la moindre amertume, et se plaignait très peu. Elle mourut sans qu’on me prévienne, et je crois bien qu’il n’y avait pas plus de deux personnes à son enterrement.

            L’année d’après sa mort, je l’interrogeai.

            Elle me répondit, du plan invisible où elle était, et sa réponse illumine encore ma vie : « C’est, me dit-elle, que dans plusieurs vies antérieures j’avais été méchante, malfaisante. J’ai choisi enfin cette vie – et j’en étais consciente – pour réparer toutes ces erreurs. Comme je suis contente ! J’ai liquidé d’un seul coup tout un paquet de karma ! Maintenant, je suis libérée. Je suis heureuse, en pleine lumière, très haut. »

 

Groupes karmiques et karma différé

 

            Il semble que les entités ne se réincarnent pas toujours immédiatement : il peut s’écouler des siècles entre deux vies successives. Certaines entités, complètement traumatisées par une expérience terrestre violente, n’ont aucun enthousiasme pour recommencer. D’autres doivent attendre que l’évolution de l’Histoire leur offre à nouveau les conditions propices. Edgar Cayce évoque la vie d’un Gaulois captif, torturé par des esclaves noirs, qui a attendu le XXe siècle pour se réincarner, en Amérique du Nord : la tension raciale qui y règne lui donne la chance de surmonter sa haine karmique des Noirs. Il est d’ailleurs plus que probable que bien des négriers d’antan se sont un jour réincarnés sous une autre couleur !

            Les situations décrites comme groupes karmiques, sont connues des ésotéristes : cela concerne des gens qui, ayant vécu ensemble à une époque donnée, se réincarnent à la même époque et dans le même lieu. Ainsi Cayce évoque-t-il la guerre d’Espagne (entre les deux Premières Guerres mondiales) ; il dit que les âmes qui se réincarnèrent dans cette atroce guerre civile étaient, pour un grand nombre, celles des conquistadors espagnols du XVIe siècle (ceux-là avaient sûrement une drôle de dette karmique à payer !). Les Atlantes seraient réincarnés chez les Occidentaux du XXe siècle, apportant avec eux les grandes connaissances technologiques, dont a parlé Platon dans ses œuvres le Timée et le Critias.

            Par contre, certaines entités se réincarnent immédiatement, au point que le souvenir de leur mort précédente se confond avec celui de leur actuelle naissance. Dans ce cas, la personne retrouve très facilement la mémoire de sa dernière vie antérieure.

 

La loi de grâce

 

            Les réincarnationnistes occidentaux estiment que la loi « de cause à effet », qui engendre le karma, peut être allégée si l’on fait appel à la grâce du Christ. Notre liberté de choix nous permet donc de recourir à sa Bonté pour accélérer le paiement de nos dettes, et remplir notre programme d’incarnation. Mais la liberté peut être utilisée, bien sur, à contre-programme : dans ce cas, c’est raté, il faut se réincarner encore !

            Dans cette course au bonheur, tout le monde finira par arriver, avec plus ou moins de temps. La « loi de grâce » récupérera tout le monde, même les récalcitrants (qui ont payé cher leurs chemins buissonniers !).

            L’Eglise catholique elle-même commence à se poser des questions sur « l’Enfer éternel ». Elle se demande si ce lieu mystérieux de souffrances est « objectivement » éternel, ou seulement « subjectivement » (c’est-à-dire pour ceux qui le traversent, à qui ces souffrances paraissent interminables). Comment un Dieu infiniment bon ne pardonnerait-il pas aux réprouvés, alors qu’Il est tout-puissant ?

            Quant au « Purgatoire », il pourrait se vivre, soit sous forme d’une nouvelle réincarnation, soit sur d’autres plans cosmiques.

            Allan Kardec, dans le Livre des Esprits, interroge son Esprit-guide :

            - Quelle est la conséquence du repentir à l’état spirituel ?

            - Le désir d’une nouvelle incarnation pour se purifier. L’Esprit comprend les imperfections qui l’empêchent d’être heureux, c’est pourquoi il aspire à une nouvelle existence où il pourra expier ses fautes. A mesure que les Esprits s’épurent, ils s’incarnent dans des mondes de plus en plus parfaits, jusqu’à ce qu’ils aient dépouillé toute matière et se soient lavés de toute souillure, pour jouir éternellement de la félicité des purs Esprits dans le sein de Dieu.

            Plus loin, il dit que « l’Esprit peut se réincarner dans le même monde, s’il n’a pu accomplir sa mission ; et lui-même peut redemander une nouvelle existence pour la compléter, mais alors ce n’est plus pour lui une expiation ».

 

Pythagore, Socrate et Platon croyaient à la réincarnation

 

            Relisons les textes de Platon : c’est écrit noir sur blanc, un peu partout ! Dans mes classes de philosophie, la réincarnation était parfois évoquée, sous le nom de métempsycose[1], comme une théorie ridicule sur laquelle il était malsain de s’attarder, « idée grotesque qui consiste à penser qu’un homme puisse renaître dans une souris ».

            Pourtant, soyons logiques : vingt siècles d’Occident ont professé une admiration sans bornes pour cette sagesse grecque dont est issue notre civilisation. Les philosophes de l’Antiquité avaient pressenti l’atome et l’électricité (deux mots grecs !), évalué la précession des équinoxes et mesuré la circonférence de la Terre… Ces Grecs déliraient-ils complètement quand ils parlaient de réincarnation ?

            Comment avons-nous été assez malhonnêtes pour expurger des textes de Platon cette idée fondamentale – l’immortalité de l’âme à travers ses réincarnations successives ? Comment dix siècles d’études classiques ont-ils pu occulter à ce point des textes aussi explicites ? Dans le Phédon, Platon fait parler Socrate : « C’est une opinion bien ancienne que les âmes, en quittant ce monde, vont dans les enfers, et que, de là, elles reviennent dans ce monde et retournent à la vie après avoir passé par la mort. Il me semble, Cebès, qu’on ne peut rien opposer à ces vérités, et que nous ne nous sommes pas trompés quand nous les avons admises… car il est certain que les vivants naissent des morts. »




Platon                      Pythagore


 

            « Ce que tu dis là, Socrate, dit Cebès en l’interrompant, est une suite nécessaire d’un autre principe que je t’ai entendu souvent établir : que notre science n’est que réminiscence. Si ce principe est vrai, il faut de toute nécessité que nous ayons appris dans un autre temps les choses dont nous nous ressouvenons dans celui-ci… »

            Socrate acquiesce et dit : « Ce que nous appelons « apprendre », n’est-ce pas ressaisir la science que nous avions, et n’avons-nous pas raison d’appeler cela «  ressouvenir » ? »

            Ailleurs, dans La République, Platon ajoute : « On est responsable de son choix ; Dieu est innocent (…). Les âmes sont surtout guidées par les habitudes qu’elles avaient contractées dans leurs vies antérieures. »

            Platon, élève de Socrate, fut également l’admirateur de Pythagore (VIe siècle avant J.-C.). Ce grec-là, lui, y allait carrément : il racontait quelques-unes de ses vies antérieures ! Un jour, en visitant un temple, il avait vu un bouclier accroché en ex-voto sur un mur : il le reconnut, et dit que c’était celui qu’il portait à la guerre de Troie, plusieurs siècles auparavant, alors qu’il s’appelait Euphorbe (Homère le cite dans L’Iliade, XVII, vers. 50). Pythagore se souvenait aussi d’avoir été un devin réputé en Ionie, longtemps auparavant. Expert dans l’art de se dédoubler, c’est ainsi qu’il était mort : à l’occasion d’une de ses sorties dans l’astral, sa femme avait brûlé son corps, de telle sorte que son âme n’avait pu en reprendre possession.

 



Acropole-grec


 

            Ce même Pythagore avait été initié aux « mystères orphiques », où l’on enseignait au disciple comment effectuer au mieux son voyage après la mort, comment se réveiller dans l’Hadès, comment y retrouver sa route, et comment échapper au malheur de se réincarner. Ces « stages pratiques pour touriste de l’Au-delà » semblent avoir eu beaucoup de succès dans la Grèce antique, et n’étaient pas connus des Grecs : les Tibétains les transcriront dans certains de leurs livres sacrés, comme le Bardo Thodol. Les Egyptiens, également : comme le raconte Pluton, ils étaient les héritiers des Atlantes, rescapés du dernier Déluge (plus exactement, de la dernière catastrophe qui avait englouti l’Atlantide il y a 12000 ans environ). Les Atlantes leur avaient transmis de nombreuses connaissances religieuses et ésotériques, concernant l’après-vie – dont certaines sont évoquées dans Le Livre des Morts égyptien.

            On s’est beaucoup posé la question de savoir pourquoi les Egyptiens transformaient leurs morts en momies. Cette tradition se retrouve également en Amérique du Sud, où les civilisations précolombiennes auraient été fondées, parties par des réfugiés atlantes, partie par des réfugiés de Mu (très antérieurement). A la question : « A quoi sert une momie ? », la réponse des égyptologues : « C’est un rite religieux, car les Egyptiens croyaient à la survie de l’âme » n’explique rien. En effet, pourquoi s’imposer un tel travail sur un cadavre, uniquement parce qu’on croit à l’immortalité de l’âme ? Thot-Hermès (Hermès Trismégiste), grand initié légendaire et fondateur de la religion égyptienne, auteur des fameux « livres hermétiques » (La Table d’Emeraude ») très appréciés des premiers Pères de l’Eglise, enseignait la réincarnation. Il ne faut pas oublier que ces enseignements « hermétiques » constituaient l’ancienne théologie égyptienne, celle dans laquelle avait été élevé Moise. Les égyptologues, influencés par le matérialisme occidental du XXe siècle, n’ont pas accordé suffisamment d’attention à cette croyance à la réincarnation, généralement répandue chez les Egyptiens.

            Car ceux-ci en conservant le corps, voulaient conserver à l’âme son soutien matériel, pour lui éviter d’errer à l’aventure dans les mondes invisibles, ensuite se réincarner sous une forme peu désirable. Peut-être aussi, pour lui permettre de réintégrer ce même corps (dans ce cas, la momie était censée « germer »).

            Quoi qu’il en soit, au début de l’ère chrétienne, toutes les religions en usage dans l’Empire romain étaient réincarnationnistes : mystères égyptiens, néo-platonisme d’Alexandrie, druides, cultes de Mithra, christianisme et même judaïsme.

            Pauvre collégiens d’autrefois, anéantis sous l’obligation mortelle d’apprendre le grec et le latin… Si on leur avait parlé de ces mystères essentiels, comme ces années perdues au fond des collèges auraient pu être riches et vivantes ! Apprendre ce que l’on a fait, et ce que l’on fera, de l’autre coté de la mort, n’est-ce pas passionnant ?

            Lorsque Alice traverse les miroirs pour débarquer en Wonderland, elle ne fait pas mieux : elle a réussi à briser la prison de la matière. C’est ce que vont chercher aujourd’hui les Occidentaux qui se tournent vers les philosophes de l’Inde et du Tibet : la réincarnation est une clé essentielle pour ouvrir les portes de l’Espace et du Temps.

            Nous autres, en Occident, avons jeté cette clé au fond d’un puit… Et nous voilà ainsi privés d’yeux et d’oreilles !

            Notre philosophie est devenue myope, nos dogmes religieux insipides, et les foules occidentales errent à la dérive dans les marécages de la consommation.

 

 



 

Avènement

 

  

  


[1] Le mot réincarnation date de 1875 ; il a été popularisé par les disciples d’Allan Kardec.

Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 18:24

Le concept de l’âme sœur

 

 

               « La mort est la fin d’une prison obscure, pour les nobles âmes ; c’est un malaise pour les autres qui ont placé dans la fange toute leur sollicitude. » PETRARQUE, Triomphe de la mort.

 

               Je vous présente un extrait de mes recherches dans le domaine du Paranormal. Voici, des expériences racontées par Patrick Drouot, Physicien français, diplômé de l’Université Columbia de New York, connaisseur de la tradition tibétaine, il suit la voie des Yogis des Himalaya, des tibétains et des chamanes pour nous offrir une perspective d’unification entre la vision scientifique occidentale et la tradition spirituelle orientale. Patrick Drouot est considéré en France comme un grand spécialiste des régressions dans les vies antérieures. Il est l’auteur de best-sellers : « Nous sommes tous immortels », « Des vies antérieures aux vies futures », « Guérison spirituelle et immortalité », « Mémoires d’un voyageur du temps », entre autres.

 

 



fontaine eau


 

 

 

Réincarnation et karma

 

              Le karma, loi de cause à effet, prend une importance considérable dès que l’on aborde les voyages dans le passé. Chacun des problèmes résolus par une régression vient soutenir la thèse de la loi karmique. Chaque expérience montre comment cause et effet s’opèrent, s’interpénètrent, entre passé et présent. Au début de mes recherches, avec d’autres chercheurs américains, nous avons laissé de côté la notion de karma. Mais très vite, nous nous sommes aperçus qu’il était impossible de dissocier cette notion de celle des voyages dans le passé.

              Le karma est le mécanisme qui pousse l’âme dans l’incarnation. Lorsqu’on travaille sur les vies passées, on est forcé de constater que les sujets débouchent souvent sur des existences difficiles et douloureuses. Mais il ne faut pas en déduire que ces existences sont plus nombreuses que les autres. Il y a autant de vies douces que de vies pénibles dans un cycle d’incarnations. Simplement, lorsqu’une personne désire comprendre un problème du présent, elle risque fort d’extraire de sa mémoire, de la somme de ses vies passées, une existence problématique. A l’inverse, une personne qui se demanderait pourquoi elle adore les fleurs risquerait de revivre une existence poétique et fleurie. Le karma n’est ni bon ni mauvais, c’est une loi de totale justice. C’est à travers la compréhension de son propre karma que peu à peu chacun d’entre nous pourra rejoindre sa totalité, son unité. Ainsi, retournerons-nous vers la Source.

 




bosch-vieaprèslamort



 

              Un homme d’une trentaine d’années vint me consulter pour tenter de comprendre pourquoi, par moments, il était saisi de bouffées de violente colère. Ces crises, qui survenaient deux ou trois fois par semaine, duraient cinq minutes et le laissaient pantois. Le reste du temps, c’était un homme affable, doux, et rien dans son comportement ne laissait prévoir un tel dérèglement émotionnel. Nous entreprîmes donc une série de régressions afin d’essayer de découvrir l’origine de ce trouble. L’homme dégagea de sa mémoire enfouie une vie de moine, pendant l’Inquisition. Au fil des séances, le moine décrivit comment les geôliers faisaient parler les malheureux accusés de sorcellerie. Les descriptions étaient assez pénibles, parfois même presque insoutenables. Mais lorsque je demandai à l’homme du présent ce qu’il ressentait, il répondit : « Je ne comprends pas, je ne ressens rien. Pourtant ce que je fais là est horrible, mais ça ne me touche pas ». Vers l’âge de 60 ans, le moine se retira pour entreprendre une vie méditative. Il commença alors à se poser des questions sur sa vie, ses actes et leur bien-fondé : avait-il le droit, au nom de Jésus-Christ, de torturer ces malheureux et de les envoyer au bûcher ? Douze ans plus tard, à 72 ans, il mourut sans avoir pu évacuer sa culpabilité. Il venait de se fabriquer un karma. Dans sa vie suivante, il vécut dans le corps d’une femme qui pratiquait la sorcellerie et donnait des messes noires. Un jour, elle se fît arrêter et passa devant un tribunal religieux qui la condamna. L’homme du présent revécut le procès, la sentence et le bûcher. Il décrivit le prêtre lui tendant une croix à travers les flammes crépitantes. Tout autour, sur la place, les gens riaient. Il régnait une atmosphère de kermesse. La femme du passé mourut dans d’atroces souffrances, au milieu de cette fête, accumulant une dose incommensurable de colère vis-à-vis de ces gens qui se réjouissaient de son malheur. Les pulsions de colère de l’homme du présent n’étaient donc que la résurgence de ce traumatisme, de cette meurtrissure de l’âme, imprimée dans son être le plus subtil.

              Après ces trois séances, l’homme ressentit une paix extraordinaire, et depuis, ses bouffées de colère n’ont plus jamais réapparu.

              Ce cas est fort intéressant, car il met en lumière la façon dont se construit un karma. Le moine inquisiteur, pris de doute, mourut dans la culpabilité, certain d’avoir envoyé injustement des innocents au bûcher. Karmiquement, son âme choisit ensuite une vie qui lui permette d’équilibrer le poids de ses actes. Mais cette seconde vie l’ayant profondément marqué, il en ressentait encore les effets dans son présent. A travers la connaissance de ce passé, il a réussi à dépasser ce traumatisme : la connaissance a effacé le karma.

 

Les liens karmiques, rendez-vous du temps

 

              Au fil de mes recherches, j’ai constaté qu’il existe parfois des liens, venant du passé, entre des personnes qui se connaissent dans le présent. J’ai récemment fait régresser une jeune femme qui se plaignait d’un manque de communication avec son mari. Malgré l’amour qui, de toute évidence, les unissait, il ne lui manifestait jamais le moindre signe extérieur d’attachement, et elle en souffrait beaucoup. Lors d’une séance, elle révéla qu’ils avaient déjà partagé une vie, au siècle dernier, au cours de laquelle il était encore plus taciturne et renfermé que dans son existence actuelle. Nous en apprîmes plus tard la raison : au cours d’une vie précédente, l’homme avait été torturé à mort. Ce traumatisme s’était transmis à sa vie suivante, le rendant sombre et renfermé. Dans sa vie présente, il subissait toujours une partie de cette blessure, sous la forme d’une réserve glaciale. Détail supplémentaire : l’homme du présent possède des tâches de naissance aux endroits où le fer rouge de jadis a travaillé sa chair.

              En découvrant les causes cachées de leur problème du présent, ces deux êtres se sont retrouvés devant un choix, perpétuer les effets du passé, ou s’élever ensemble au-dessus à force d’amour et de sagesse.

              Voici un autre exemple de couple qui a traversé le temps : une femme d’une quarantaine d’années, mariée depuis vingt ans, éprouvait un tel attachement pour son mari qu’elle ne pouvait le quitter d’un pas sans en éprouver un véritable malaise. Et il en était de même pour lui. Au cours d’une séance, elle extirpa de sa mémoire une vie de femme au Tyrol, au siècle dernier. Elle se promenait dans la campagne, dans la lumière pâlissante d’une fin d’après-midi. Elle songeait à son fiancé, qu’elle devait épouser quelques jours plus tard. Toute à sa joie et à son bonheur, perdue dans sa rêverie, elle ne vit pas le soir tomber. Surprise par le crépuscule, elle décida de couper à travers champs et bois pour arriver chez elle avant la nuit. Elle se mit à courir, courir… Soudain, un faux pas. Elle glissa et tomba dans un trou d’eau. Malgré ses efforts, elle ne put en sortir. Elle cria, appela, sans résultat. Elle mourut dans ce triste piège, et sa dernière pensée fut pour les siens : « Ils vont m’attendre mais ils ne me retrouveront jamais. Ils ne sauront même pas ce que je suis devenue. » Les deux jeunes gens se sont retrouvés dans le présent. Ils se sont mariés et ont eu quatre enfants. Pourtant, la femme du présent a continué à ressentir une angoisse diffuse dès qu’elle s’éloignait de son mari, comme si à chaque fois elle courait à nouveau le risque de le perdre.




feecoeur




              Il est parfois aussi des farces du passé : des personnes qui se sont connues au cours d’une vie précédente, et ont vécu des relations très difficiles et mouvementées, peuvent aussi parfois se retrouver dans le présent pour travailler ensemble sur les effets de ce passé commun. Ce type de couple aboutit souvent à la séparation. Mais petit à petit, à travers leurs incarnations successives, ils apprendront, s’ils le doivent, à vivre ensemble. C’est pourquoi, lorsqu’un homme et une femme sentent qu’entre eux c’est fini, et que la séparation est la seule réponse à leur problème, ils doivent s’efforcer d’effectuer cette rupture sans drame, sans sentiments négatifs. S’ils ne parviennent pas à surmonter toute cette émotion négative, ils devront repasser par les mêmes épreuves en un autre temps et un autre lieu, jusqu’à ce qu’ils comprennent les leçons du passé.

              Une relation amoureuse implique deux personnes, et il arrive parfois que leurs évolutions ne soient pas synchronisées : l’un peut évoluer dans une vie, alors que l’autre stagnera et changera dans la suivante. Néanmoins un couple peut arriver à l’équilibre si l’un et l’autre essayent de modifier les idées, les pensées, les actions qui les animent dans le sens d’une plus grande compréhension mutuelle.

              Les membres d’une même famille peuvent également s’être connus dans le passé. Les personnes du présent qui s’aiment sincèrement et se sentent très proches ont vraisemblablement été amis, amants, compagnons, camarades, frères ou sœurs, père ou mère, dans le passé. Ils se retrouveront une fois encore dans le présent pour avancer, comprendre, apprendre, évoluer ensemble. Telle est la loi cyclique de la réincarnation.

 

Les régressions spirituelles

 

              Les vies spirituelles constituent un autre aspect des voyages dans le passé. Certaines personnes entendent dérouler le fil de leur passé à partir de leur éveil spirituel du présent. Il arrive alors que ces régressions débouchent sur des vies qui révèlent des aspects perdus de la tradition ésotérique, qu’il s’agisse des grands courants orientaux ou occidentaux. Parmi ces derniers, on trouve surtout les Templiers, les Cathares, les Druides, et plus loin l’Egypte et l’Atlantide. Chez les orientaux, ce sont plutôt les tibétains et les yogis. Bien des livres ont été écrits sur la chevalerie du Temple et l’Ordre des Templiers. D’après ce que l’histoire nous en a appris, l’Ordre fût fondé en 1118 par neuf chevaliers, qui partirent en Terre Sainte, officiellement pour garder les routes et protéger les pèlerins. Mais les spécialistes pensent aujourd’hui que leur but était tout autre. Certains ouvrages émettent à ce sujet des thèses audacieuses, dont je ne puis juger, n’étant pas expert. Certains, comme Louis Charpentier, pensent que les neuf chevaliers partirent à Jérusalem pour retrouver l’Arche d’Alliance, et revinrent en 1128, mission accomplie. L’Ordre du Temple traversa le Moyen Age comme un météore, et fut décimé en 1307 par Philippe le Bel, qui ordonna l’arrestation des Templiers. Le 22e grand maître, Jacques de Molay, mourut sur le bûcher en 1314, avec ses deux derniers compagnons.

              Récemment, j’ai organisé un séminaire de huit jours dans une ancienne commanderie templière, en Périgord. Le dernier jour, je demandai aux participants d’essayer de se projeter, ensemble, au XIIIe siècle, dans ce même lieu, afin de redécouvrir ce qu’était la vie quotidienne de la commanderie à ce moment-là. Chacun se concentra et se projeta. Soudain, des questions étranges traversèrent ma conscience. Suivant mon impulsion, je le posai à haute voix : « Existait-il un enseignement secret au sein de la commanderie ? Les chevaliers se livraient-ils à des occupations occultes ? » Une autre série d’éclairs traversa ma conscience, et de nouvelles questions affluèrent : « Les Templiers avaient-ils des rites secrets ? Avaient-ils des contacts avec des êtres de « l’autre côté » ? »

              Plusieurs participants se mirent à pleurer. Ce n’était pas de l’hystérie, mais des larmes douces, révélant une émotion intense. A la fin de la séance, j’organisai une discussion générale afin que les participants puissent confronter ce qu’ils avaient ramené. Il en ressortit qu’une partie secrète de l’Ordre des Templiers avait connaissance d’être de « l’autre côté » (à défaut d’un terme plus approprié). Ces contacts se faisaient par l’intermédiaire de portes « spatio-temporelles » dont il fallait posséder les clefs. A ma connaissance, historiquement, ce fait n’est mentionné nulle part, bien que les traditions stipulent que cet Ordre comportait une partie exotérique et une partie ésotérique. C’est peut-être là un des aspects ésotériques de l’activité des Templiers.

              D’autres régressions ont mis à jour des éléments inconnus concernant les rites druidiques. La plus grande partie de la tradition druidique semble perdue. Pourtant, certains sujets ont décrit des rites initiatiques druidiques, incluant la pratique du voyage astral. J’ai cru comprendre que ces initiations comportaient une partie « terrestre » et une partie, la dernière, se déroulant sur un autre plan. L’apprenti druide devait donc maîtriser le voyage astral pour continuer son initiation. Les témoignages que j’ai recueillis à ce sujet se recoupent, bien qu’ils émanent de personnes différentes. Un des éléments qui reviennent le plus souvent est l’utilisation du bouclier astral. Il semble que les druides savaient se protéger physiquement contre les agressions extérieures en confectionnant, à l’aide des forces de l’astral, une sorte de bouclier qui peu à peu se refermait autour du druide comme une carapace infranchissable. Dans « La guerre des Gaules », Jules César raconte comment les druides se tenaient immobiles, debout, en pleine bataille, tous habillés de blanc, sans armes, l’air perdu dans une profonde méditation. Les Romains s’étaient d’ailleurs bien rendu compte que, pour détruire le cœur de la Gaule combattante, il fallait d’abord s’attaquer à ses druides, âme de la résistance celte.

              Plus loin encore dans le passé, on trouve des récits sur l’Egypte. Au-delà des descriptions classiques sur les pyramides et la vie égyptienne, j’ai quelques fois assisté à des voyages étranges. Un sujet revécut ainsi une existence de proche du pharaon, et décrivit comment le souverain, en compagnie d’une quinzaine de dignitaires de sa cour, se projetait dans le monde astral. La personne du présent fut elle-même très étonnée par son récit, car elle ne connaissait même pas l’existence du voyage astral. D’après ses dires, cette pratique, telle qu’elle était utilisée en Egypte, était destinée à « élever les vibrations de la Terre Rouge ».

              Albert Slosman émet l’hypothèse que le mot Egypte proviendrait d’une déformation de « AHA-KA-PTAH », qui signifie « le deuxième cœur de Dieu », « AHA-MEN-PTAH » étant « le cœur aîné de Dieu », origine présumée du terme « Atlantide ».

              Voici un des cas les plus intéressants que j’ai rencontré au sujet de l’Egypte. Au cours d’une séance, un homme revécut une vie de prêtre égyptien, d’où il ramena le souvenir du rite de la mort initiatique. Il décrivit son initiation au voyage astral, puis la façon dont il l’enseigna par la suite à ses disciples. Tout cela se passait vers 1780 avant J.-C.

              A la même époque, une jeune femme s’adressa à moi pour effectuer une série de régressions au cours desquelles elle revécut, elle aussi, une vie en Egypte. Ces deux personnes ne se connaissaient pas, mais elles se croisèrent un jour, fortuitement, chez moi. La jeune femme décrivit sa vie dans une crypte souterraine, en compagnie d’un prêtre qui lui enseignait les techniques de sortie hors du corps. Elle exposa dans le détail les exercices respiratoires, puis la sortie proprement dite. Soudain, une sorte de prescience jaillit dans ma conscience, et je demandai à la jeune femme de se concentrer sur le prêtre pour le décrire. Je constatai alors avec stupéfaction qu’elle me décrivait trait pour trait le prêtre que l’homme m’avait décrit quelques jours auparavant. Désireux de confirmer mes déductions, je demandai à la jeune femme du présent si elle connaissait ce prêtre dans son incarnation actuelle. Elle hésita, puis finit par répondre : « Oui ! C’est l’homme que j’ai croisé ici l’autre jour. » Toujours incrédule, je lui demandai en quelle année se passait tout ce qu’elle venait de me raconter. Elle répondit : « peu après 1800 avant J.-C. » !…

 

 



EQUINOX


 

              Certaines régressions mettent en lumière des concepts extrêmement bizarres, comme en témoigne ce récit : une jeune femme ressentait depuis l’âge de sept ans une gêne au milieu du front, exactement là où la tradition orientale place le troisième œil, siège de la clairvoyance.  Au fil des années, la gêne s’était peu à peu transformée en une véritable douleur, qui résistait curieusement aux soins médicaux. Nous avons donc essayé ensemble d’en découvrir la cause. Et voici, en substance, ce que cette jeune femme raconta :

              « Je suis une femme blonde. Je m’appelle Antinéa et je vis en Egypte, environ 5000 ans avant notre ère. Je me trouve dans une salle ornée de colonnes, assise dans une sorte de fauteuil. Un faisceau sort du centre de mon front. C’est une lumière visible, blanche. Elle émane de moi sans que je fasse le moindre effort, et se dirige vers le sol, sur un homme agenouillé. Le faisceau heurte le sommet de sa tête baissée. Cela me donne un sentiment de puissance, en même temps qu’une gêne physique à l’endroit précis où le rayon s’échappe de mon front. »

              Afin de mieux comprendre ce qui était en train de se produire, je demandai à la jeune femme du présent, ou plutôt à sa conscience supérieure, de se déplacer dans le temps jusqu’à un événement qui nous éclaire sur ce curieux pouvoir.

              « Je me trouve dans une sorte de monastère, raconta-t-elle alors. J’entre à présent dans une pièce où l’on va me transmettre une initiation. Il y a là des êtres, ni hommes, ni femmes, androgynes peut-être. Je me concentre sur l’un d’eux. Il n’a pas de cheveux, ni de barbes. Il n’est pas beau, mais pas effrayant non plus. Il est vêtu d’une sorte de grande robe. Il a trois doigts à chaque main, et sa peau… sa peau est… bleue ! Je suis debout, face à une pyramide de cristal à peu près aussi grande que moi. Il y a sept êtres bleus à mes côtés, autour de cet édifice dont le sommet émet un rayon lumineux qui se dirige vers mon front. A l’instant où le faisceau heurte ma tête, j’ai la sensation qu’il va la faire éclater. Puis cette impression désagréable fait place à un sentiment d’invincibilité. Ces êtres n’appartiennent pas à cette terre. Ils viennent d’ailleurs. J’éprouve pour eux un infini respect. »

              La jeune femme raconta ensuite comment elle utilisait ce don stupéfiant : lors de certaines assemblées, elle projetait le rayon sur l’assistance, et entrait ainsi en contact avec d’autres plans de conscience en compagnie de tous les participants. Une remarque : bien sûr, la femme du passé n’a rien à voir avec « Antinéa », telle qu’elle a été décrite par Pierre Benoît dans son roman « L’Atlantide ». Mais comme nous le verrons dans les chapitres suivants, il arrive relativement souvent que les sujets citent des noms appartenant à la mythologie, au romanesque, en un mot à leur patrimoine culturel. Il semble que certains noms d’un passé trop lointain soient phonétiquement intraduisibles. Le subconscient saisit alors en quelque sorte la vibration du nom, et la transcrit dans une forme compréhensible pour la conscience normale. Une espèce de traduction-adaptation simultanée !

              Ce récit est plus qu’étrange, et suffisamment invérifiable pour éveiller des doutes chez les personnes les moins réticentes. Toutefois, dans les jours qui suivirent cette séance, les douleurs frontales de la jeune femme disparurent. Par la suite, elle se découvrit même un don de médium qu’elle ne se connaissait pas auparavant. Il ne s’agit pas là d’un cas isolé. Bien que ce ne soit pas vraiment courant, j’ai été à maintes reprises confronté à des cas de ce genre, décrivant des contacts avec des êtres non humains. Ici, ces êtres ont trois doigts, dans d’autres récits ils en ont sept, mais mis à part ce genre de détails ces récits se ressemblent curieusement.

              Dans le même ordre d’idée, j’ai aussi eu plusieurs cas de personnes revivant une existence préhistorique au cours de laquelle ils décrivent des scènes curieuses : apparitions de disques de lumière dans le ciel, ou même atterrissage d’engins venus d’ailleurs. A chaque fois, l’être du passé tombe à genoux dans un état de profonde stupéfaction, en disant : « Les Dieux sont là, ils sont revenus. »

              Y aurait-il eu des contacts avec des extraterrestres dès la préhistoire ? Et dans ce cas les thèses d’Erich Von Daniken auraient-elles un fond de vérité ? La question reste posée. Lorsque les sujets remontent plus loin encore dans le passé, ils tombent inévitablement sur la légendaire Atlantide. Cette civilisation disparue a suscité bien des débats et bien des thèses différentes. Dans son livre « Les archives secrètes de l’Atlantide », Jean-Yves Casgha explique : « Chaque fois que l’on vient nous brosser le tableau de la  localisation atlante, la conclusion est toujours la même : le continent disparu ne sert jamais qu’à exciter les imaginations, excitation que nous devons d’abord à Platon, qui, comme chacun le sait, est le type même du joyeux farceur ! La farce doit faire rire beaucoup de monde puisqu’on recense actuellement quelques 20 000 titres consacrés au sujet. »

              Evidemment l’Atlantide, cette civilisation disparue qui aurait existé il y a plusieurs dizaines de milliers d’années au centre de l’Atlantique, a fait couler beaucoup d’encre. L’un des ouvrages les plus intéressants sur le sujet date de la fin du siècle dernier. Il s’intitule « Atlantis » et est signé Ignatius Donelly. L’auteur y évalue systématiquement les écrits de Platon, la mythologie grecque, la Bible, les légendes de Chaldée, l’histoire mondiale, l’archéologie, tous les paramètres qui sont à sa disposition, pour essayer de démontrer l’existence de l’Atlantide. Il détaille ce qu’a pu être la géographie de ce continent, son histoire, sa culture, sa religion, sa destruction, et enfin les influences qui lui survécurent. Un siècle après sa parution, « Atlantis » est encore considéré comme une exploration classique de ce sujet fascinant. Donelly prétend que les Atlantes furent les fondateurs de pratiquement tous nos arts et sciences, les parents de nos croyances fondamentales, les premiers navigateurs, marchands et colonisateurs de notre planète.

              Tant aux USA qu’en France, nombreuses sont les régressions aboutissant à des récits de vie atlante, et toutes se ressemblent sur un grand nombre de points, notamment la splendeur et la puissance incroyable de cette civilisation qui savait utiliser la science du cristal. D’après ces récits, les machines étaient contrôlées par la puissance de l’esprit, et les cristaux servaient entre autres à convertir l’énergie du soleil en une énergie proche de notre électricité. Certaines séances parlent plus précisément de lentilles concaves et convexes, captant les rayons du soleil et stockant l’énergie ainsi transformée en un matériau liquide que d’autres sujets identifièrent par la suite comme étant du cristal liquide. Les Atlantes savaient aussi créer des cristaux géants par la seule force de la pensée, en modifiant la structure moléculaire de la matière. Ils savaient également utiliser les sons et la lumière dans des registres de fréquences imperceptibles à notre plan physique, mais agissant sur le plan du mental. Ils avaient également réussi à mettre au point un principe de vol interstellaire basé sur l’usage de certains cristaux capables de contrôler le transfert d’énergie entre matière et anti-matière.

              Pratiquement toutes les descriptions parlent également d’un gigantesque édifice de cristal, ressemblant soit à une pyramide soit à un temple grec, et appelé Temple de la Connaissance. Les Atlantes y apprenaient à utiliser certaines énergies mentales et psychiques. Les cristaux servaient également à la médecine : certaines combinaisons de lumière, de couleurs et de sons, de magnétisme et de pensée, permettaient aux cristaux de réussir à merveille certains type de guérisons. Les habitants de l’Atlantide utilisaient encore d’autres types de cristaux pour activer les énergies du corps et de l’esprit, et même pour opérer une sorte de chirurgie éthérique sur le corps énergétique des malades. Certains sujets se sont vus en suspension, en lévitation, soutenus par des faisceaux d’énergie, tandis que des êtres travaillaient sur leur corps subtil avec des cristaux. Je pourrais allonger ainsi jusqu’à l’infini la liste des usages que les Atlantes faisaient du cristal, tels qu’ils ressortent de tous les récits de régression en Atlantide. Bien sûr tout cela paraît terriblement fantaisiste et imaginaire, mais je me suis contenté d’exposer ici les témoignages de ceux qui ont revécu une vie à cette époque.

              La légende dit que l’Atlantide, une nuit, s’engouffra dans les flots. Mais il semble, toujours d’après les récits qui me furent rapportés en régression, que les Atlantes et leur civilisation s’effondrèrent à la suite d’une mauvaise utilisation du pouvoir du cristal.

              Ces descriptions au sujet de l’Atlantide sont parfois si étranges que certains chercheurs se sont demandés si l’Atlantide ne se serait pas trouvée sur un plan vibratoire différent du nôtre, un plan plus subtil. Cette vibration aurait fini par s’épaissir jusqu’à se détruire d’elle-même, à la suite d’une mauvaise utilisation par les Atlantes de leurs pouvoirs énergétiques.

              Quoi qu’il en soit, j’ai remarqué que les régressions débouchant sur une vie en Atlantide ont presque toujours le même point de départ : il s’agit en général pour les sujets de rechercher une vie particulièrement spirituelle, voire la vie la plus spirituelle qu’ils aient vécu.

              Voici, à titre d’exemple, le récit d’une régression en Atlantide, particulièrement riche en détails et en description. Je me suis efforcé de conserver les termes exacts employés par le sujet au cours du voyage :

              « Je suis un homme, mince, avec de longs cheveux droits et lisses, gris clair, qui tombent jusqu’au milieu des épaules, et une barbe assez courte. J’ai le nez droit. Mon visage est brillant comme ceux des sages sur les images pieuses. Mes yeux sont très profonds, comme des lacs sombres. Ma peau est blanche, un peu cuivrée. Je porte un genre de robe qui descend jusqu’aux genoux, ceinturée à la taille. Ce vêtement est cousu dans une sorte de coton, doux au toucher. Je porte des sandales et un sac en cuir brun suspendu à mon épaule droite par une corde. A l’intérieur, il y a des pierres, des cristaux. J’en saisis une : c’est un cristal, un quartz blanc taillé comme un diamant. Lorsque je le regarde, je sens comme un doigt qui pousse sur le centre de mon front à l’emplacement du troisième œil. »

              A ce stade de la régression, je demandai au sujet de se déplacer dans le temps jusqu’à un moment où il utilisait cette pierre de manière très précise :

              « Je suis dans une chambre, au cœur d’une pyramide, éclairée par la lumière qui semble émaner de certains cristaux. Le sol est comme du sable, souple, un peu mouvant. A la réflexion ce n’est pas une chambre, c’est plutôt une espèce de grotte, une crypte. Les murs sont concaves et couverts d’aspérités. Je suis seul ici. Il n’y a aucune lumière en provenance du dehors. Seuls les cristaux jettent une lumière pulsante. Surtout un grand cristal posé dans un coin qui émet une lumière verdâtre, mouvante comme de la fumée de cigarette, très apaisante, merveilleuse. Je suis assis en tailleur à même le sol. Je suis en train de charger un cristal que je tiens entre les mains. La lumière qui provient du grand minéral traverse mon corps et opère une sorte de mutation alchimique au plus profond de moi. Je sens de nombreux courants d’énergie circuler autour de mon corps. Ce bain vibratoire émane du grand cristal lumineux. Il semble que je prenne les énergies de ce cristal pour charger celui, plus petit, que je tiens entre mes mains. Curieusement, ce n’est pas seulement une pierre que je tiens ainsi, c’est quelque chose de vivant. Je ressens de l’amour pour ce minéral comme s’il s’agissait d’un animal ou d’un végétal. En même temps, je sens l’amour qui se dégage du cristal comme je pourrais sentir l’amour émaner d’un animal domestique. Ce sentiment prend une intensité physique particulière au centre de ma poitrine. Il s’établit un lien extrêmement puissant et profond entre ce cristal et moi. Peu à peu, le petit minéral mort prend vie entre mes mains. Oui… il commence à vivre ! »

              Désireux de poursuivre cette régression particulièrement riche, je demandai au sujet de se déplacer à nouveau dans le temps jusqu’à un autre événement :

              « Je vois un temple blanc. Une volée de marches mène à la grande porte. Je monte et entre. A l’intérieur une vingtaine de personnes allongées par terre. Ils ont entre 15 et 20 ans. Je suis là pour leur transmettre un enseignement à l’aide du pouvoir du cristal. C’est très difficile à décrire car il n’y a pas de mots pour rendre compte de ce processus. Je vais tout de même essayer : je suis assis en tailleur, la colonne vertébrale très droite. Le cristal est posé à même le sol, à une trentaine de centimètres de moi. Il extrait la connaissance de diverses parties de moi-même, principalement de ma conscience supérieure, et la transmet directement à la conscience supérieure des élèves allongés devant moi. Ces étudiants sont silencieux, comme s’ils étaient plongés dans un état altéré de conscience. Ils sont très beaux. Je sens leurs énergies vitales. Ils sont en équilibre avec eux-mêmes. Nous ne sommes pas dans le monde astral mais bien dans le monde physique. Nous sommes en Atlantide. L’atmosphère qui règne ici est… merveilleuse, je ne trouve pas d’autre mot. Il semble que nous ne soyons qu’une seule âme, un seul être, une seule « chose ». Nous provenons tous de la même source. L’enseignement circule de moi vers eux sous forme d’idéogrammes, de concepts. Une fois encore ce n’est pas facile à expliquer, mais je vais vous donner un exemple : lorsqu’on respire le parfum d’une rose, les yeux fermés, on ne voit pas la fleur mais on sent sa présence, son existence. C’est un peu comme si je ne leur transmettais que la « senteur » de l’enseignement. Et à partir de ce parfum, ils savent retrouver tout l’enseignement. Ils apprennent à se mettre en contact avec leur conscience supérieure, ainsi qu’avec d’autres plans de conscience, à travers une vibration d’amour inconditionnel. Ils sont la source comme je le suis moi-même, la source dont tout provient.

              « Maintenant l’enseignement est terminé. Les étudiants se rassoient. Ils ressentent toutes les vibrations qui les entourent et ils semblent profondément heureux. Je m’approche d’eux et je le parle, mais je n’utilise pas la parole. C’est un mode de communication trop lourd et trop limité, qui recouvre un champ de compréhension trop restreint. Je leur parle dans une sorte de communication d’esprit à esprit, comme un transfert de vibration. Comme si les vibrations d’un mot étaient imprimées directement dans leur conscience. »

              La régression se termine par une description de l’habitation de l’être du passé : « Nous habitons des maisons de forme pyramidale. Je me trouve chez moi. Dans un coin de la pièce, un cristal est posé qui émet des formes mouvantes, des rayons de lumière pulsée dans des couleurs superbes que je ne connais pas. Je possède beaucoup d’autres cristaux, certains pour la méditation, d’autres pour la guérison. Celui que j’utilise en ce moment me permet de quitter l’enveloppe humide de mon corps. Je suis allongé par terre, le cristal est posé juste derrière ma tête, sur une espèce de plate-forme. Je dois observer une technique de respiration particulière (le sujet, sur le divan, commence à respirer profondément). Lorsque j’inspire, j’emmagasine une énergie vitale qui se trouve dans l’atmosphère et je la concentre dans le bas de ma colonne vertébrale, là où se situe le pouvoir du Serpent. Puis je la fais monter le long de ma colonne vertébrale, en même temps que je commence à recevoir le pouvoir du cristal qui s’est mis à irradier. Je viens juste de quitter mon corps physique, je m’envole vers le soleil. Je n’ai plus de corps, pas même de corps subtil. C’est mon essence spirituelle qui s’envole.

              « Nous semblons avoir besoin de sortir de temps en temps de notre corps, de manière à réénergiser certaines autres parties de notre être. Ce soleil paraît irradier des énergies particulières dont nous avons besoin, mais qui n’agissent pas sur notre corps physique, seulement sur notre « essence ». C’est comme un processus de nettoyage, de purification.

              « Encore une fois, c’est très difficile à exprimer avec des mots. Je viens de réaliser que mon corps est composé de plusieurs parties : corps physique, enveloppes subtiles, corps non manifestés, âme, essence spirituelle. Il y a bien sûr des expériences que nous ne pouvons pas vivre, dans la dimension manifestée, sans corps physique, et cette forme d’expérience est indispensable bien qu’il en existe d’autres, plus importantes. Si nous ne prenons pas suffisamment soin de cette enveloppe charnelle, elle risque de nous retenir dans la dimension manifestée au-delà du temps qui nous est nécessaire. Pour parvenir à quitter le corps physique au moment voulu, il faut l’entretenir, et le cristal sert aussi à ça. Nous devons en particulier faire bien attention à ce que les différentes parties de notre être interagissent entre elles de façon harmonieuse, faute de quoi nous perdrions la communion avec nous-mêmes. Et justement, à l’époque où je vis, en Atlantide, certains êtres semblent avoir perdu la faculté de quitter leur corps. C’est comme une forme de maladie, une épidémie qui commence à se répandre et qui nous trouble beaucoup. C’est le signe d’un recul dans notre évolution par la perte d’une faculté naturelle. Ces êtres développent des sentiments étranges que nous ne connaissons pas, comme l’envie ou la jalousie. C’est comme si une partie d’eux-mêmes était plongée dans l’ombre. Nous ne comprenons pas ce qui se passe. C’est peut-être une transformation que nous n’avions pas prévue.

              « Nous vivons une centaine d’années terrestres, peut-être un peu plus, mais le temps n’a pas de réelle importance pour nous. Nous savons qu’avant et après cette vie il y a « autre chose ». Personnellement, je sais quand je quitterai mon corps physique, et lorsque cette heure sera venue, je n’aurai qu’à me défaire de mon enveloppe terrestre, tout simplement, comme on laisse une écorce, et la vie continuera ailleurs. »

              Dans cette description, particulièrement foisonnante, on retrouve un certain nombre de phénomènes caractéristiques des récits de régressions en Atlantide : les énergies du cristal, les descriptions de l’environnement, et la possibilité de quitter son corps à volonté. Il semble que ce récit se situe pendant la période qui amena le déclin de cette civilisation tant controversée.

 

Les light-beings

 

              Lorsqu’on remonte dans le passé, au-delà des civilisations disparues, on tombe parfois sur des cas tellement ahurissants qu’ils laissent songeurs tous les chercheurs qui travaillent sur les vies passées. Les Américains ont classé ces cas extrêmement curieux sous le terme de « light-beings », ce qui signifie en français « être-lumière ». Dans ces voyages, les participants se décrivent sans corps. Ils ne sont qu’une forme d’énergie. Ces séances sont particulièrement fatigantes et longues, car les sujets se placent d’eux-mêmes dans un état très profond avant de se livrer à ces étranges récits. Voici en bref résumé les éléments principaux qui se dégagent de ces voyages : quelque part entre 10.000 et 50.000 ans avant notre ère, la terre fut visitée par des habitants, venus soit d’une autre planète, soit d’un autre plan vibratoire. Les descriptions parlent d’une forme d’énergies tourbillonnante, néanmoins forme de vie, ou de consciences vivantes. Ces êtres n’ont pas besoin de se manifester dans le monde physique. D’ailleurs, s’ils le faisaient, ce seraient pour eux une forme de régression, car ils s’abaisseraient à une forme de vie inférieure.

 




ange-cosmique



             De nombreux sujets racontent qu’en tant qu’être-lumière, ils durent passer devant une espèce de conseil, qui les condamna à l’exil, au bannissement. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés en des lieux tels que la terre, sous la forme d’êtres physiques. Pour cela, ils ont abaissé leur fréquence vibratoire. Dans leur vie présente, ces sujets ont souvent la sensation qu’une partie d’eux-mêmes désire retourner à une forme non physique, malgré tout ce qu’ils ont pu trouver d’agréables à la vie physique. D’autres encore se présentent comme des semences, et précisent que beaucoup d’entre nous proviennent de la même source. Les entités supérieures bloqueraient en nous le souvenir de cette provenance, car cet héritage serait trop lourd à porter.

              Quel est le sens de ces récits ? La terre est-elle simplement une école ? Est-ce là une forme d’engineering génétique ? Certains penseront certainement que ces sujets ont tous été victimes d’une hallucination similaire, mais personnellement, je trouve cette explication un peu trop aisée. Peut-être nous, humains, nous dirigeons-nous vers une transcendance, vers une forme non physique ? Pour l’instant, nul n’en sait rien. Les entités supérieures qui se cachent dans les replis du temps, derrière ces êtres-lumière, sont restées intouchables.

 

Avant le big bang

 

              Désireux de poursuivre la recherche dans le sens de ces témoignages qui ne cessaient de m’intriguer, j’ai tenté de projeter expérimentalement de sujets jusqu’à l’origine des temps, lorsque l’univers physique n’existait pas. Certains sujets racontent alors qu’ils ne sont qu’une âme, qu’ils sont UN avec tout ce qui les entoure, dans un état de parfaite béatitude.

              Lorsqu’ils avancent ensuite jusqu’à la création, ils parlent d’une énergie qui se solidifie, ou d’une gigantesque aspiration vers le bas. A l’inverse, lorsqu’ils reculent plus loin encore dans le passé, ils se retrouvent parfois dans un autre univers, à la fois semblable et différent. Ceci me rappelle curieusement une théorie émise par certains astrophysiciens, selon laquelle notre univers, après sa phase d’expansion, entrera en contraction, puis arrivera peu à peu à sa phase finale dans environ trente milliards d’années. Il n’y aurait plus alors qu’un trou noir, à partir duquel un autre univers entrerait en formation, avec d’autres galaxies, d’autres planètes, et d’autres civilisations pensantes. Viendrons-nous, nous aussi, d’un trou noir qui nous aurait précédé, signifiant la fin d’un autre univers ? Les Hindous racontent que le souffle de Brahmâ équivaut, symboliquement bien sûr, à quatre milliards trois cent vingt millions d’années. Vivons-nous dans l’un des souffles de Brahmâ ?…

              Evidemment, nous sommes là dans un domaine extrêmement mouvant, invérifiable, où les hypothèses les plus folles peuvent être admises ou rejetées avec la même facilité, selon que l’on adhère à tel ou tel système de pensée. C’est pourquoi il est difficile, honnêtement, d’en tirer des conclusions. Toutefois ces récits demeurent très intéressants car ils recèlent une quantité d’informations qui ne demandent qu’à être étudiées.

 


L’Amour éternel

 

 

               « Si tant est que l’âme immortelle se perpétue éternellement à travers l’infini du temps… restera-t-elle à jamais attachée à ce point de l’espace qu’est notre terre ? Ne prendra-t-elle jamais part à une contemplation plus profonde des autres merveilles de la création ? Qui sait si son dessein n’est pas de se rapprocher un jour de ces globes lointains du système cosmique… qui suscitent déjà notre curiosité en dépit de leur éloignement ? » Emmanuel Kant, Histoire universelle de la nature et théorie du ciel.




fee8                         rossetti01


 

 

L’Amour foudre – Shirley MacLaine (1988)

 

               Dialogue entre Shirley MacLaine et une entité désincarnée guide spirituel surnommé Jean.

 

               -Vous allez découvrir ceci, reprit Jean : Pour comprendre la nature de l’âme qui est en vous aujourd’hui, il vous faudra posséder une bonne connaissance des civilisations passées que vous avez connues.

               - Ah bon ? fis-je naïvement.

               Je me sentais un peu ridicule, déroutée.

               - Vous avez été incarnée plusieurs fois, poursuivit Jean, au cours de la civilisation la plus sérieusement évoluée qu’ait jamais connue l’homme. Cette période a duré cinq mille ans. La Bible la décrit sous le nom symbolique de Jardin d’Eden. Je voudrais vous rendre intelligible un concept extrêmement important : le degré d’accomplissement de toute civilisation se mesure à son évolution spirituelle. Les progrès technologiques ont aussi leur importance, mais s’ils doivent retarder, freiner ou empêcher l’élévation spirituelle, ils portent en germe leur propre destruction. Votre civilisation actuelle en témoigne : son entendement spirituel stagne bien loin derrière son savoir technologique. Résultat : vous vous enfoncez dans une ère de folie, de dépression, de confusion dans vos desseins. Quand vous ne sombrez pas dans l’iniquité et la détresse absolues.

 


                      shirley maclaine[1]                      shirley-maclaine-chakra-sky-jewelry-collection[1]



             
- Mais alors, qu’est-ce qu’on peut espérer ? Demandai-je. Si on régresse au lieu de progresser, pourquoi est-ce qu’on vit ?

               - Importante et judicieuse question. Elle nous ramène, une fois de plus, au karma. Si vous voulez comprendre votre nature divine, et votre association avec Dieu, il vous faut découvrir votre identité fondamentale, et reconnaître la puissance de votre libre arbitre.

               - Pardonnez-moi, dis-je, mais quelle place est-ce que vous faites à la religion ?

               - Les religions terrestres réfuteraient bien des points de mon discours. Elles enseignent la soumission aux dogmes, et non la spiritualité. La plupart du temps, elles n’ont fait qu’exploiter l’homme. Vos religions sont fondées sur d’excellents principes. Mais elles se gardent bien d’enseigner que chaque individu est, par nature, créateur et maître de sa propre destinée. Elles prétendent que c’est Dieu seul qu’échoit cette prérogative. Or, tout individu est le partenaire de Dieu en création. Mais vos religions préfèrent exercer leur contrôle sur le genre humain plutôt que de l’inciter à forger lui-même sa destinée, en apprenant à se connaître, à connaître son passé, et à découvrir sa raison d’être, dans le présent autant que dans l’avenir.

               - Donc, fis-je d’une voix anxieuse et un peu assourdie, j’aurais vécu dans une civilisation ancienne ?

               - Plusieurs fois, confirma Jean. Deux fois en qualité d’homme, et une fois en qualité de femme.

               Je m’efforçai de garder mon calme. Un des postulats les plus subtils de la réincarnation me revint à l’esprit :

               - Dans nos vies passées, nous avons tous reçu les attributs des deux sexes, n’est-ce pas ? C’est pour apprendre à mieux nous accorder avec le sexe opposé ?

               - Comme tel. Comment le genre humain pourrait-il comprendre sa nature et ses identités multiples, s’il n’avait vécu des expériences physiques diversifiées ?

               Je me penchai en avant.

               - Il y aurait donc une explication physique à l’homosexualité ? demandai-je. Une âme qui a mal vécu le passage d’un corps femelle à un corps male, par exemple, peut avoir conservé de sa précédente incarnation des séquelles émotives qui lui font éprouver des attirances spécifiquement féminines ?

               - Comme tel. Ces êtres avec leurs prédilections sexuelles nous aident à mieux comprendre que nous sommes tous fondamentalement identiques. Vérité essentielle. Car nos âmes sont androgynes par essence, si vous préférez.

               - Androgynes ?

               - Oui. A un certain degré de spiritualité, on ne connaît plus de différences : des éléments des deux sexes sont associés et leurs polarités s’annulent en une personnalité. Vos anciens prophètes, certains personnages bibliques ou non, tels que Jésus, Bouddha et d’autres, en sont des exemples ; il ne leur était pas nécessaire de se vouer au célibat et à l’abstinence : leurs fréquences vibratoires s’équilibraient parfaitement. Leur yin et leur yang se trouvaient en si parfaite harmonie que la sexualité ne présentait aucun attrait pour eux, puisque toute discorde, et donc toute tension, leur était étrangère. Ils n’avaient pas besoin de sublimer ou de réprimer des pulsions. A leur niveau d’accomplissement spirituel, la sexualité n’exerçait aucune séduction sur eux.

               - Je ne suis pas sur d’être prête à suivre leur exemple ! dis-je.

               Jean, l’entité, fit une pause. Puis :

               - Nous ne préconisons pas l’abstinence sexuelle, reprit-il. Loin de là. Telle que les humains la conçoivent, la sexualité peut mener à Dieu, à condition qu’elle réjouisse autant l’esprit que le corps.

               - Pardonnez-moi, dis-je, mais est-ce qu’on ne s’éloigne pas du sujet ?

               - Si, mais la sexualité est un sujet fascinant, même pour moi (Jean l’entité désincarnée).

               Son commentaire me fit rire.

               - Et vous ? demandai-je. Qui etes-vous ? Avez-vous résidé aussi dans une enveloppe physique ?

               - Certes. Et je me suis incarné plusieurs fois, tant sous les attributs du male que sous ceux de la femelle. C’est depuis peu que j’existe sous forme astrale.

               Tout ça m’intriguait fichtrement. Mais je choisis d’en apprendre davantage sur moi-même.

               - Ah, oui ? Et qui j’étais, moi, dans mes vies antérieures ?

               - D’après les Tables Akashiques, vous étiez incarnée avec une âme jumelle.

               - Ah ? Qu’est-ce que vous entendez exactement par âme jumelle ?

               - Cette question appelle des explications plus complètes, que j’essaierai de vous fournir plus tard. Pour le moment, je me contenterai de vous expliquer ce que sont les âmes sœurs.

               - Les âmes sœurs ?

               J’avais plus d’une fois entendu cette expression. Ne désignait-elle pas deux personnes prétendant avoir trouvé l’une en l’autre la moitié d’elle-même ?

               - Les âmes sœurs ont été créées l’une pour l’autre au commencement des temps, continua Jean : au moment de l’Explosion Initiale (Big Bang ou même avant ?!) comme vous dites aujourd’hui. Elles vibrent à des fréquences électromagnétiques rigoureusement semblables, car chaque d’elles est l’exacte réplique de l’autre. On rencontre couramment des âmes jumelles, qui ont fait l’expérience de plusieurs vies communes, sous une forme ou sous une autre. Tandis que les âmes sœurs, elles, ont été créées à l’aube des temps, par couples indissociables : elles s’appartiennent l’une l’autre… Vous voyez pourquoi la théorie de l’Explosion Initiale est sans doute plus complexe que vous ne l’imaginez… Plus complexes et plus romantique. 



306ffgmi

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:14

L’Archange Michaël

 

Le gardien des secrets de Dieu

 

De tout temps, les Anciens ont parlé d’une grande intelligence cachée dans le feu et qui agissait plus particulièrement à l’équinoxe d’automne. C’est pourquoi les Druides et bien d’autres traditions ont toujours gardé cette coutume d’allumer un feu consacré à Dieu à cette époque de l’année. Cette Intelligence supérieure a été appelée Michaël dans la tradition judéo-chrétienne. Il est celui qui montre à l’homme sa véritable nature, faisant naître en lui le feu des questions existentielles pour le conduire vers l’essentiel en lui et en tout.

 

 

 Archange-MICHEL



Retrouvez le Divin grâce aux Archanges

 

Tu peux trouver la félicité, l’épanouissement intérieur dans le fait de te promener dans une forêt, de prendre ton petit déjeuner, de préparer le repas pour quelqu’un que tu aimes et de le partager avec lui, de discuter avec des amis un soir d’été sur une terrasse en buvant une tisane, de regarder des enfants jouer dans un champ, d’assister au lever du soleil, d’indiquer le chemin à un inconnu dans la rue ou de dire bonjour à la boulangère avec un sourire amical… Si tu passes inconscient à côté de tout cela, tu passes à côté de la vie. Par contre, si tu peux vivre tout cela naturellement, sans aucune arrière pensée, sans intérêt ni calcul, tu es tout proche de l’Archange Michaël et de son Ecole des Mystères. Sache que tout cela n’est pas encore la vie véritable, ce n’est que le prélude. Vivre avec Dieu, c’est le bonheur. Etre en sa compagnie en tout, c’est le chemin de la joie.

 

L’Archange Michaël te permet de le voir là où il est pour toi. L’Archange Gabriel te permet de le sentir avec ton âme dans toutes les relations. L’Archange Raphaël te permet de créer des bases solides et d’unir les deux mondes dans une communion intime. L’Archange Ouriel te permet de vivre avec Dieu dans tous tes centres en activité, il donne à l’homme un corps de Dieu, un corps dans lequel Dieu peut vivre.

 



Image131                  Mist angel1


Alors l’homme comprend que la vie n’est pas tout ce que le dragon (l’expression « dragon » désigne dans la tradition ésotérique toutes les forces sombres qui ne veulent pas que l’homme prenne conscience de son pouvoir créateur de lumière) lui présentait et il entre dans une autre vie, une vie où il n’est plus un orphelin et un étranger, mais où il a un Père, une Mère et une famille dans la lumière et l’amour. Alors la fleur, l’oiseau, la pierre, le ruisseau, le papillon deviennent les porteurs d’un monde plus grand qui vit en l’homme, mais aussi à l’extérieur de l’homme et qui font partie de la grande famille divine. L’homme peut alors contempler une fleur avec respect, simplement pour s’émerveiller de la beauté de cet être et vouloir à son tour se faire beau pour réjouir les autres. Il peut écouter le chant d’un oiseau et ensuite chanter à son tour pour le monde.

 

Un homme peut percevoir la beauté dans une fleur, la présence du soleil, mais si le feu et la lumière des Archanges s’activent de plus en plus en lui, il comprendra des secrets que rien ne peut véritablement expliquer.

 

Hermès-Thot, le Trismégiste, avait simplement dit cette parole des mystères : « Tout est dans tout ».

 

Les mystères de l’automne

 

Dans l’enseignement de l’Ecole Essénienne contemporaine, il est demandé à l’élève d’apprendre à observer, et de devenir conscient de tout ce qui se passe en lui et autour de lui dans ses rapports avec la nature vivante et les autres. Il doit éveiller le sens pratique, c’est-à-dire tendre vers des relations justes et harmonieuses dans le concret, mais il doit aussi entrer dans une subtilité de plus en plus divine. Ainsi, à la période de la célébration de l’Archange Michaël, alors que l’automne approche, il peut sentir une force de dépérissement de soleil couchant. Les feuilles jaunissent, les insectes disparaissent et l’homme entre dans une nostalgie qui évoque en soi les grandes questions sur le sens de la vie et sur les mystères de la mort. Il peut entrer dans le feu des grandes questions de la remise en question. C’est la période où l’ivraie est séparée du bon grain.

 



feu-sacre 

 

 

Beaucoup d’hommes refoulent cet examen de conscience dans leur inconscient et refusent de regarder l’Archange dans les yeux. Mais ce n’est pas l’homme qui est dans la crainte, c’est plutôt le dragon en lui. C’est pourquoi, celui qui a décidé d’être l’élève de l’Archange doit se préparer afin d’affronter l’angoisse de l’obscurité en lui. Il doit regarder sa peur en face et chercher d’où elle vient. C’est ainsi qu’il comprendra qu’à l’image de la parole du Christ, son royaume n’est  pas de ce monde, qu’il n’est pas le corps physique et que s’il s’identifie au corps, alors la peur viendra le visiter pour le réveiller et lui montrer qu’il fait fausse route.

 

C’est l’Archange Michaël, l’Ami des hommes, qui se tient derrière l’angoisse et qui vient pour délivrer l’âme de son illusion. Il dit : « Homme, éveille-toi ! Tu viens du pays de la lumière, ta véritable patrie, et tu y retournes. Ne laisse pas les ombres de la nuit, les apparences éphémères et périssables ravir la belle lumière de ton âme ».

 

La fête des hommes éveillés

 

La célébration du feu de l’Archange Michaël est appelée à prendre une importance croissante dans le futur de l’humanité et de la terre. C’est la fête des hommes éveillés qui s’engagent consciemment dans le service du feu et de la lumière intérieure.

 

L’Archange Michaël n’est pas uniquement le gardien de ce qui est divin et authentique dans l’homme, il est aussi celui qui éveille le juste discernement, qui possède la capacité de délivrer l’homme intérieur de l’emprise du dragon et qui sépare le faux du vrai. Il conduit l’homme dans l’individualisation de la lumière et il le pousse à devenir un créateur ardent. Il est le Père du feu sacré, divin. Que tu sois devant le soleil, devant la flamme d’un bougie, devant le ciel étoilé, ou devant l’œil rayonnant d’un enfant joyeux, tu peux découvrir la présence de l’Archange. Il te faut développer cette qualité de discerner entre ce qui est véritable, éternel, parfait et ce qui est périssable, en devenir, passager.

 

Il y a en toi un feu qui ne s’éteint jamais. Même lorsque tu dors, il est présent et éveillé. Il ne peut mourir car il n’est pas réellement né dans le monde des hommes. Ce feu est à l’intérieur de toi, il est toi, ton essence intime, ton être profond, mais il est aussi à l’extérieur de toi, c’est le Divin dans tous les êtres. Rencontrer ce feu en soi, c’est s’approcher de l’Archange Michaël. Bien sûr, il faut être préparé car c’est une expérience qui peut être difficile. Lorsque cette flamme s’allume dans la conscience et la sensibilité, alors tu deviens créateur, d’abord sur toi-même, sur ta nature mortelle, et ensuite sur le monde extérieur, sur ta destinée.

 

Participer au feu de la Saint Michaël, c’est affirmer sa volonté d’allumer la flamme divine en soi et d’éveiller sa conscience dans la lumière intérieure. C’est aussi proclamer sa volonté de protéger l’enseignement divin, la sagesse de la terre et de l’humanité. Car la sagesse est innée dans l’homme et aussi dans la terre.

 

Le Père du feu est le gardien de la liberté dans l’homme et aussi de l’esprit d’initiative. Il protège l’image de l’homme véritable, de l’homme voulu par Dieu que le dragon veut dénaturer. Il protège également toutes les vertus comme la bonté, l’amour, l’engagement…

 

Le grand secret des vertus

 

Ces vertus constituent la parole de Dieu donnée à l’homme, son enseignement. L’enseignement de Dieu n’est rien d’autre que des vertus en action, vivantes et agissantes. C’est en communiant avec ces vertus que l’homme entre en contact avec les anges et étudie réellement la parole du Père. Cette parole n’est pas dans les livres morts et les dogmes pétrifiés, mais dans la respiration des vertus vivantes. L’Archange Michaël est le gardien de la fidélité de Dieu. Il aime ce qui est vrai, juste, droit, authentique. Il se tient à la porte du royaume de Dieu et il empêche le dragon et tout ce qui n’est pas divin d’entrer. Seul le feu peut rencontrer le feu. Le royaume de Dieu est le lieu de la perfection, du bonheur, de la plénitude, de la félicité ineffable.




Spirit guide1              offering1

 

 

La joie et le bonheur sont des guides lumineux de l’humanité. Mais pour celui qui ne parvient pas à les suivre, qui ne comprend pas leurs lois et leur enseignement, ils peuvent devenir un tourment, un enfer.

 

L’Archange Michaël est un feu qui consume tout ce qu’il ne peut sublimer. Si tu vas jusqu’au bout de la question du bonheur, tu ne pourras faire autrement que de rencontrer le feu de l’Archange et ceux qui le célèbrent dans la joie et l’amitié. Le bonheur a ses lois, c’est un art, une science et il ne faut pas hésiter à mettre toutes les chances de son côté.

 

Le bonheur appartient au monde du feu et pour s’en approcher d’une façon juste il faut s’intéresser aux petites choses, aux petits événements de la vie quotidienne tout en développant cette conscience magique : derrière chaque petite chose insignifiante en apparence se tient le grand, l’universel. Ainsi une petite parole, un petit geste peut cacher une semence d’un grand bonheur ou d’un grand malheur. De même pour une pensée, une attitude, une façon de voir…

 

La vie est tissée par ces événements apparemment insignifiants et c’est justement en eux que réside le moteur de la vie. C’est à travers eux que se dessine le but, l’orientation, la rencontre avec soi-même au bout du chemin. Est-ce un Diable ? Est-ce un Dieu ? C’est la question que pose l’Archange à tous ceux qui se présentent devant son feu d’amour et de fidélité au Père éternel.

 

L’Archange Michaël est l’œil qui emplit le corps et la vie de la lumière et de la présence du Père.

 

Les enfants de la lumière

 

Le Christ ne peut venir dans ce monde et s’y manifester que si les Enfants de la Lumière l’accueillent avec conscience, maîtrise et puissance. Ceux qui aspirent à rencontrer l’Archange Michaël doivent être déterminés dans leur volonté à œuvrer pour la lumière. Il ne s’agit pas uniquement de trouver la perfection en soi, il faut aussi vouloir agir concrètement pour la réaliser à l’extérieur de soi, à travers une Ecole. C’est la clé. Ce n’est pas en étant seul que l’on peut y parvenir, mais c’est en s’unissant dans l’amour, la sagesse et l’être véritable éternel avec tous les êtres qui aspirent à œuvrer dans un idéal supérieur.

 



Transformation              Transcendance1

 

 

 

L’homme est semblable à une pierre : seul, il ne peut construire le temple du Très-Haut. L’Archange Michaël aspire à construire ce temple et c’est pourquoi il veut s’associer avec l’homme afin que la pierre devienne vivante et porteuse d’intelligence. Celui qui aspire à aider le Christ sur la terre et à construire sa cathédrale de lumière dans l’humanité doit avant tout travailler sur sa propre pierre. Il doit s’associer avec ceux qui constituent sur la terre l’Ecole de Dieu et présenter sa pierre à l’Archange Michaël.

 

Ceux qui dans le passé ont bâti les cathédrales et les temples de pierre sont maintenant revenus pour élever la grande cathédrale humaine entre tous les êtres, les peuples, les races, les cultures, les religions… Si nous croyons au Christ, à tout ce qui est beau et divin dans la vie, nous devons trouver le moyen d’offrir notre contribution à l’élaboration du temple de la lumière. Déjà en s’unissant concrètement au travail d’une Ecole initiatique, on contribue efficacement à la venue de tout ce qui est beau et pur sur la terre.

 

L’Archange Michaël et le don de la sagesse

 

L’Archange Michaël cherche à éveiller le feu et la lumière divine dans l’homme. Celui qui s’associe avec lui acquiert la capacité de percevoir en chaque expérience qu’il fait ou qu’un autre fait la présence du feu. Est-ce un feu de colère, un feu d’illusion, ou un feu pur, une flamme de vie et de Dieu ? Ensuite, à travers ce feu, il fait apparaître la lumière, la sagesse, la connaissance sacrée. Ainsi chaque expérience devient une source de sagesse qui ouvre le regard. Même l’expérience d’un autre devient une nourriture pour la lumière intérieure en soi. C’est un enrichissement permanent de la lumière divine en soi. L’homme uni à l’Archange est celui qui voit les choses avec l’œil de la lumière et qui sait extraire de chaque événement une sagesse divine. L’Archange Michaël est l’aigle au regard perçant qui voit l’ennemi ou l’ami de loin car tous ses centres sont éveillés dans la subtilité et son regard est ouvert à 360°.

 



Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 11:33

Kalki

 

L’invincible

 

   



kalki the tenth incarnation of vishnu hc65
 

 

 

« Tu ne dois pas trembler ; il n’est pas de plus grand bien pour le Kshatriya qu’une juste bataille. Quand une telle bataille vient comme la porte ouverte des cieux, heureux alors sont les Ksathriyas » Bhagavad-Gîta.

 

« Quand les pratiques enseignées par les Védas et les instituts de la loi, auront presque cessées, et la fin de l’âge de Kali sera présente, une partie de cet être divin qui existe de sa propre nature spirituelle, dans le caractère de Brahmâ, qui est le commencement et la fin, et qui comprend toutes les choses descendra sur la Terre. Par sa force irrésistible, il détruira tous les barbares et voleurs, et tous les esprits consacrés à l’iniquité. Il rétablira alors la justice sur la Terre ; et les Hommes seront réveillés, l’âme limpide comme du cristal. » Vishnu Purana 4,24.

 

Dans  l’Hindouisme, un avatâra est l’incarnation, ou manifestation, d’un dieu, très souvent de Vishnu. Cette doctrine est apparue la première fois dans le Bhagavad Gîta ; Krishna est une des incarnations les plus connues du dieu qui en a déjà assumé neuf, (le neuvième fut Siddhârta Gautama, le Bouddha historique). Le dixième, s’incarnera sous le nom de Kalki pour rétablir l’âge d’or clôturant le Kali Yuga (Age de fer pour les Hindous).

 

Définition des « Yugas »

 

Les Yugas ou âges sont au nombre de quatre. C’est une notion de temps cyclique prévalant dans la culture indienne, l’unité temporelle. Quatre yugas existent comme nous l’explique Marie Louis Von Franz et forment un tout appelé mahayuga. Quatre signifie ici la totalité, l’accomplissement. A l’intérieur de chaque cycle, le premier des yugas constitue un âge d’or et les suivants subissent une détérioration jusqu’au moment de la grande dissolution. Le cycle alors reprend. Pour vous donner une idée de leurs durées, sachez qu’un mahayuga correspond au plutôt comporte 12000 années des dieux dont chacune est égale à 360 de nos années normales soit 4320000 ans. Des milliers de mahayugas forment une calpa ou un jour dans la vie de Brahmâ, la principale divinité du panthéon Hindouiste.



 

vat1724

 

 


Le premier des Yugas se nomme Krita Yuga, l’âge d’or. Equivalant à notre Jardin d’Eden. Ensuite s’annonce le Treta Yuga ou la vertu se mit à chanceler, puis le Dvâpara Yuga qui vit se dérouler le Mahâbhârata et le Râmâyana (combats et geste guerrière de la Mythologie Indienne). Et enfin, le Kali Yuga marqué par l’ignorance et le vice (notre époque ?). Il faut aussi savoir que la société hindoue Traditionnelle est séparée en 4 castes : Brahmanes : lettrés, prêtres (sortis de la bouche de Brahmâ). Nos Oratores du Moyen-Age. Kshatriyas : guerriers (sortis des bras). Nos Bellatores ceux qui se battent. Vaisyas : commerçants (des cuisses). Sudras : artisans (sortis de ses pieds). Ces deux castes peuvent s’apparenter aux laboratores, les travailleurs. Pour être complet, il existe également : les parias (intouchables) « hors castes venus on ne sait comment. »


Avènements et prédictions

 

Aujourd’hui, pratiquement toutes les religions, toutes les traditions « ésotériques » attendent l’avènement ou le retour d’un Sauveur. Les Chrétiens attendent le retour de Jésus-Christ, nos frères Juifs toujours l’avènement du Messie, les musulmans, le douzième Imam Al Maahdi et les Zoroastriens pensent que le Saoshyant est actuellement sur Terre. La mythologie scandinave nous avertit de la venue prochaine de Balder. Les derniers grands initiés mongols préparent l’avènement de l’actuelle incarnation de Genghis Khan. Et les sociétés secrètes chinoises, les Triades qui non jamais cessées de diriger l’Empire du Milieu oeuvrent pour le retour de Tchin Tseu Houang Ti, l’empereur mythique, fondateur de la Chine, pays auquel il laissa son patronyme. Enfin, les véritables Bouddhistes, le Kalki Avatâra. Tous ceux qui ont lu René Guénon se souviennent de l’avertissement qu’il avait lancé dans son remarquable ouvrage : « Le règne de la quantité et le signe des temps ». Ce livre publié au début de l’entre-deux guerres prophétisait que les masses seraient soumises à une robotisation de plus en plus contraignante. Guénon écrivait : « Les hommes deviendront des automates, animés artificiellement et momentanément par une volonté infernale, ce qui donne l’idée la plus nette de ce qui est arrivé aux confins même de la dissolution finale ». Le philosophe nous avait également annoncé dès 1925 que les hommes seraient condamnés à vivre dans des ruches de verre.




guenon-caire2                          Alexis Carrel

 

 

Un autre visionnaire, le Grand Robert Charroux en 1964 dans un de ses ouvrages parlait d’attentats qui seraient commis par des Kamikazes à bord d’avions venant se briser sur les tous des Manhattan ! Certains d’entre nous auraient-ils accès à des visions précises concernant l’avenir ? On peut le supposer en relisant ces érudits trop tôt disparus. En ce qui concerne les prophéties, ces étranges voyages dans le temps, Newton disait qu’elles sont vraies, mais que l’on peut s’en apercevoir qu’une fois qu’elles sont réalisées. C’est là une observation tout à fait juste, qui porte à réflexion, tout comme cette affirmation du célèbre physicien Arthur Eddington : « Les évènements ne se produisent pas, ils sont en place et nous les rencontrons suivant notre ligne d’univers. » Alors tout serait écrit et fixé d’avance ? Nous ne le pensons pas et préférons penser à des possibilités d’avenirs. Comme sur une autoroute à plusieurs voies, nous pouvons choisir mais trop engagés, et faisant fi des panneaux, arrivé à un moment nous ne pouvons plus reculer, le demi-tour est impossible. Souvenons-nous de cette maxime de sagesse : « Les évènements à venir projettent toujours leurs ombres. »

 

Les voyants par nature s’accordent à rentrer en contact avec les évènements frappant du futur, catastrophes, naufrages, incendies, ces malheurs s’impriment probablement en effet dans l’inconscient collectif, cette hypothèse n’est bien sur envisageable qu’à condition d’adhérer à la proposition intéressante du docteur Alexis Carrel, lauréat du Prix Nobel de Médecine en 1912 : « Certains individus paraissent susceptibles de voyager dans le temps. Les clairvoyants perçoivent des évènements passés et futurs. Les faits de prédictions dans l’avenir nous mènent jusqu’au seuil d’un monde inconnu. Ils semblent indiquer l’existence d’un principe physique capable d’évoluer en dehors des limites de notre corps ». Les avertissements de certains clairvoyants s’ils étaient entendus pourraient permettre de minimiser ou atténuer des évènements au profil lugubre. Mais pour une prédiction « réelle » combien de délires de déséquilibrés ? Il s’avère que dans la plupart des cas les prédictions les plus heureuses se réalisent de manière incomplète et le manque de précisions concrètes sont le lot commun des moins bénéfiques. Dans la célèbre théorie indienne des « avatâra », le monde est soumis à des « descentes » ou manifestations périodiques d’une « Force » du haut « rééquilibrant » les paramètres.

 

Le plus terrible d’entre eux est le dixième Avatar de Vishnu : KALKI qui doit advenir à la fin de l’âge de fer époque dans laquelle nous sommes baignés pour de nombreux exégètes. Il naîtra quand le Soleil sera sous le signe du Cancer, dans le village de Shamballa, d’une famille de Ksathryas (caste de guerriers, comme Siddhârta) porteur des huit facultés surnaturelles. Monté sur un cheval blanc, tenant une épée à la main il exterminera en leur coupant les têtes, tous ceux dont l’esprit est dévoué à l’iniquité, rétablira la Justice sur Terre et instaurera le Krita Yuga (âge de pureté).

 

Son épopée est racontée dans le Kalki Purana

 

Peu connu, même en Inde, ce texte traditionnel n’est pourtant pas négligeable puisqu’il est censé nous annoncer ce qui se passera à la fin des temps, lorsque ce monde parviendra à son terme. C’est d’une certaine façon, l’Apocalypse des Hindous. Son objet est l’exaltation de l’un des avatâra de Vishnu, dieu qui a pour fonction d’intervenir chaque fois que le dharma (l’ordre cosmique) est en péril. Chaque fois que des rois ou des dirigeants sombrent au plus bas de l’existence matérielle jusqu’à vivre comme des animaux, le Seigneur montre sa puissance suprême. Il rétablit la vérité, trace la voie juste, accorde sa Grâce toute particulière aux croyants et accomplit des actes glorieux. Il se manifeste ainsi sous diverses formes sublimes selon les besoins du temps en différents âges. « Au crépuscule de l’âge présent, lorsque les rois seront devenus des voleurs ! Le Seigneur de l’Univers naîtra d’un renom de Vishnu (Vishnu Yashas) et sera nommé Kalki ». (Bhâgavata Purâna, 25).


 

Kalki-1256

 

 

 

Kalki permettra aux justes de subsister jusqu’à l’extinction cosmique. Plus tard, sur les ruines de ce monde apparaîtra : « Une nouvelle humanité revenant au Krita Yuga ». Cette prophétie non réalisée, apparaît comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes ! L’Avatara de Vishnu sous la forme d’une comète ou d’un astéroïde est-il à prendre au sens propre ou au sens figuré ?

 

La légende des Marouts

 

Les sages Hindous affirment haut et fort que nous sommes politiquement le jouet des Marouts. Marouts est un terme sanskrit qui signifie « âme morte », susceptible de se réincarner dans de faux vivants. Les Marouts sont les instruments du dieu védique Roudra qui les manipule. Les Brahmanes prétendent que lorsque Shiva, la Providence, veut rabaisser l’humanité, il place aux postes les plus importants de la société des Marouts ne possédant par essence qu’une âme corrompue. Ces êtres pourriront à leur tour la morale, la religion, les arts et la nature et engendreront le déclin de ceux qu’ils dominent. Le Coran dans sa sourate « la Génisse » en parle : « Ceux qui jetèrent derrière leur dos les Ecritures et le livre de Dieu, suivent ce que les démons ont imaginé sur le pouvoir du roi Salomon. Ce n’est pas Salomon qui fut infidèle, ce sont les… démons. Ils enseignent aux hommes la magie et la science qui fut donnée aux deux anges « djinns » de Babylone : Harout et Marout. »



Vishnu                    Vishnu-God-125

 

Selon la Tradition talmudique : ils ont été envoyés pour juger l’iniquité des hommes, mais ils se laissèrent corrompre et ne purent revenir au Ciel. Ils incitèrent alors les hommes au mal et au péché. « Ceux-ci n’instruisaient personne sans dire : Nous sommes la tentation, nous semons la désunion. » Mais n’attaquez personne sans la permission de Dieu. Mais bien que les hommes sachent que ceux qui suivraient leur art maléfique seraient « déshérités du ciel » ils préféraient apprendre le mal. L’affirmation de la tradition Hindoue n’est sans doute qu’une image mystique, mais nous devons bien admettre que si nous regardions attentivement autour de nous, sans nous laisser manipuler par les médias, nous serions rapidement convaincus de sa véracité !

 

Viens Toi que nous attendons !

 

Un Souverain envoyé par la Divinité instaurera le règne nouveau et triomphal des Fils de la Lumière fidèle aux principes de la Force, de la Sagesse et de la Beauté. De cette conception, les Hébreux tirèrent leur idée du Messie et les Chrétiens plus tard leur idée du Christ. Mais, il fallut attendre le prophétisme pour voir celle-ci prendre des traits exclusivement mystiques et religieux. Dans l’ancienne conception, le Messie « Messiah » est autant une Autorité Temporelle qu’un Pouvoir Spirituel (néanmoins guidé par la Providence), une émanation du « Dieu des Armées », et devait assurer au « peuple élu » le pouvoir sur ce monde et l’écrasement de ses ennemis.

 

Paradoxalement, ce mythe retrouva force et vigueur à la période impériale romaine. Virgile, dans sa fameuse églogue, annonce avec l’avènement d’Auguste, la fin de l’âge de fer (Kali Yuga) et l’apparition d’un nouvel âge d’or. Alors, se répand une espèce d’attente messianique autour de la figure de chaque nouvel Empereur salué par la formule quasi liturgique : « Viens, toi que nous attendons ! » Préparant, ainsi le terrain à l’idéal chrétien.




dieu-vishnu                      Vishnu-God

 

 

Puis, le Moyen-Age nous dessine avec les légendes du Graal, une autre idée de reconquête d’un royaume déchu qui renaît à une splendeur nouvelle, grâce à la ténacité et la pureté d’un Héros tel Perceval. A cette idée, nous rajouterons le symbole de la « dernière bataille » dont parle l’Apocalypse de Jean : « L’Armageddon » symbole de l’ultime combat avant l’instauration de la Parousie. Ce nom désigne en réalité un lieu : La ville d’Har-Meggido en Israël. « Ils les rassemblèrent dans un lieu appelé en Hébreux Harmageddon » (Apocalyspe 16/16). 16 répété deux fois, la Maison-Dieu : la destruction, l’effondrement dans le Tarot.

 

Dans cet endroit doit se dérouler la lutte entre deux visions antagonistes du monde, or cette ville existe et est une base aérienne importante de l’Etat Hébreux. Donc, une figure à la fois Sacerdotale et Guerrière identifiée sera réveillée par des évènements « maléfiques » et, appelée par ses zélateurs mènera avec ceux qui lui sont restés fidèles une bataille contre les forces de « l’Adversaire » prince des ténèbres dans lesquelles nous accepté de pénétrer. Dans plusieurs variantes (notamment Gog et Magog) ce moment coïnciderait avec le moment du déferlement de peuples manipulés par des entités démoniaques, masses matérialisées et sans Dieu ou, pire sous la bannière d’un Anti-Dieu, vecteur d’une contre-initiation.

 

Et si demain ?

 

Dans quel état est notre monde actuellement ? Toute civilisation se doit de viser plus haut, plus beau, l’Homme digne de ce nom ne vit pas égoïstement mais se dirige et tente de se rapprocher de l’Arbre de la Connaissance. Les légendes et les mythes sont peut-être présents pour nous avertir de nos dérives, qu’il est temps de modifier notre conduite. Changeons et devenons ce que nous sommes car selon le vieil adage scolastique : Pour agir il faut être ! Et si demain Kalki venait vraiment restaurer la Tradition et instaurer l’Age d’Or en combattant les hordes démoniaques de l’Age sombre, réunissant les fonctions de Prêtre et de Guerrier. Mais ce n’est bien sûr qu’un mythe, « muthos » veut dire se taire en grec, alors taisons-nous ! Mais si demain… ?

 


 

200-Kalki

 

 

  

 


 

 

 

Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:21

Héliopolis

 

La Cité des Mystères - La Porte des étoiles

 

 

Héliopolis, la légendaire cité du soleil, possédait de nombreux temples car son clergé était très actif. De nos jours, il ne reste de cette cité rayonnante que quelques ruines.

 

 

 

 hliosl9

 

 

Des textes bibliques évoquent Héliopolis sous le vocable de On-du-Nord. La cité possédait de nombreux temples, dont un dédié à Atoum divinité protectrice de la ville. Ce dernier avait pour animaux sacrés l’anguille et l’ichneumon. Le clergé l’avait placé à la tête d’une ennéade de dieux qu’il avait créé. A l’origine, il avait émergé des eaux primordiales sur une colline de sable. Aussi était-il venu à l’existence lui-même. La légende affirme qu’il donna naissance au couple primitif de dieux, Chou et Tphénis, qui mirent en mouvement Geb et Nout : respectivement l’air et l’humidité, la terre et le ciel. Nous devons ici établir une différence. Les couples issus de Geb et de Nout, Isis et Osiris, Seth et Nephtys sont des dieux locaux et non des personnifications mythologiques d’éléments cosmiques. Atoum chtonien, fut éclipsé mais non supprimé par Ré, le Soleil.

 

Très tôt, Héliopolis eut un clergé, qui dès l’aube de l’histoire fonda une des écoles théologiques les plus remarquables d’Egypte. Les théories héliopolitaines se répandirent dans le pays comme les eaux fluides de l’inondation du grand fleuve. Platon et Eudoxe, à l’instar de nombreux voyageurs grecs vinrent prendre contact avec l’antique Egypte à Héliopolis. Aujourd’hui, il ne reste plus grand chose de cette cité rayonnante. On en découvre quelques vestiges en se rendant dans la localité voisine el-Matarieh. Là, on peut visiter le site où la Sainte Famille se serait arrêtée, un mur entourant un jardin carré contenant un dattier desséché, une source d’eau douce et un cycomore qu’on appelle l’arbre de la Vierge. Ce n’est en réalité qu’un descendant de l’arbre duquel la Vierge Marie et l’Enfant Jésus se seraient reposés.

 

Le passage de la Sainte Famille, sur cet ancien haut lieu de la spiritualité, a sans doute une portée symbolique beaucoup plus importante que celle que le commun des touristes lui accorde. Nous devons nous souvenir que c’est ici que le prêtre Manéthon se documenta pour la première histoire de son pays. Ses textes le font remonter à plus de quarante mille ans ! La nouvelle ville d’Héliopolis fut fondée en 1905, c’est aujourd’hui un faubourg semi-résidentiel du Caire situé à deux pas de l’aéroport. Les anciens Egyptiens nommèrent Héliopolis : la Ville du Pilier. Le pilier, c’est le djed d’Osiris, ou méridien des dieux. Les prêtres de ce grand centre religieux étaient censés d’après la tradition posséder un objet sacré d’une puissance redoutable appelé « benben ». Celui-ci serait tombé du ciel à une époque très reculée. Le temple d’Héliopolis où le benben avait été déposé était la demeure du Phénix.

 

Analogie

 

Le nom de Ville du Pilier nous fait songer à Delhi où se dresse le plus grand minaret du monde : Qutb-ud-Din 9, « le Pôle de la Foi » (Qutb-Minar). Sa hauteur atteint 72,55 m. Ce fantastique monument repose sur une base de 14,40 m de diamètre. Il commémore la victoire des fidèles de l’Islam sur les incroyants.

 

Au XIVe siècle, un tremblement de terre l’ébranla, on ne peut aujourd’hui accéder qu’à son premier étage. Il existe une grande similitude architecturale entre Quth-Minar et un autre édifice du même type implanté à Djam en Afghanistan.

 

Depuis, la galerie accessible au public on découvre une vue étonnante de la grande cité, et on peut contempler à quelques centaines de mètres du « Pôle de la Foi », la foule nombreuse qui s’agglutine tout autour de la Colonne de Fer dressée dans la cour de la mosquée Quwwat-uk-Islam Masjin. Une légende locale pleine de charme affirme en effet que celui qui peut ceinturer ce pilier les mains dans le dos, et faire toucher ses doigts est assuré d’avance de posséder toute sa vie une immense fortune. L’opération paraît banale, mais pourtant ils sont peu nombreux ceux qui réussissent cet exploit !

 

Cette colonne de fer qui ne rouille pas aurait été dressée là au Ive siècle de notre ère. Haute de 7,20 m pour un diamètre de 0,93 m, nul ne connaît sa véritable histoire. Deux thèses s’affrontent quant à sa destination première. La première assure qu’érigée à l’époque gupta, elle devait servir de Dvajatambha, c’est-à-dire de porte étendard, consacré à Vishnu. Quel dommage que les conquérants de l’Islam ne l’aient pas conservée dans sa présentation originelle, car nous aurions alors sous les yeux l’image exacte de cet engin cosmique du messager céleste.

 

La colonne de fer ne s’altère jamais et certaines avancent l’hypothèse qu’elle aurait été taillée dans une gigantesque météorite. D’autres n’hésitent pas à affirmer qu’elle fut extraite d’un véhicule divin, d’un vimana, des âges fabuleux dont parle le Mahabharata !

 

La Porte des étoiles

 

Dans l’Egypte ancienne, le fer utilisé pour façonner les objets sacrés était uniquement d’origine météoritique. Certains prétendent que Héliopolis serait situé sur un « méridien lumineux ». Elle serait une « Porte du temps », un passage entre deux mondes ou entre deux dimensions, celle des dieux et celle des hommes. Il se trouve en effet que cette porte des étoiles est mentionnée dans « les textes des pyramides ». Ce dernier assure que l’âme du disparu voguerait pour l’éternité sur les « vaisseaux des dieux ». Les écrits des pyramides d’Ounas évoquent une échelle de corde déployée du ciel vers la terre à partir d’une « plaque de fer » suspendue dans le ciel.



 
 

9075 3

 

 

 

La strophe 310 confie : quelle barque doit-on apporter à pharaon ? Celle qui vole et qui se pose ? Plus précise la strophe 669 nous dit : avec quoi le roi peut-il s’élever dans l’air ? Dans le vaisseau HNW. Il s’envolera avec eux, il s’envolera et se posera sur la terre… Si nous manquons de confiance dans les écrits de l’ancienne Egypte, en ce qui concerne ces étranges machines volantes, ouvrons une Bible au Livre des Rois (II : 2,8), on y apprend que le prophète Elie jette son manteau en boule dans le Jourdain pour le traverser à pieds secs et se rendre là où un char de feu le conduira dans les mondes célestes. Ce manteau magique est nommé Adereth la splendeur, formé à partir de Adar.

 

Notre planète n’a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire une sorte d’île oubliée au cœur de l’immensité cosmique. Dans la nuit des temps, des contacts ont été établis entre d’autres mondes et le nôtre. L’étude de la géographie sacrée est sans doute à même de nous livrer les points de rencontres qui jadis furent des lieux de rencontres entre les hommes et ceux qui furent nommés les dieux.

 

Des Dogons aux Egyptiens : les secrets d’une géographie secrète

 

Depuis quelques décennies, des chercheurs érudits et clairvoyants ont mis en évidence l’existence d’une géographie sacrée imaginée par les sages de l’Ancien Monde. La géographie sacrée nous donne le canevas d’un Grand Œuvre réalisé par des savants que nous qualifions aujourd’hui d’initiés. Ils avaient atteint les plus hauts sommets de la connaissance transcendantale. Certaines réalisations architecturales sont les dernières traces que nous puissions trouver de leur science qui unissait dans une symbiose admirable le Cosmos, la Terre et l’Homme. L’étude de cette troublante géographie, nous conduit directement à la notion de centrales énergétiques réparties à la surface du globe et agissant sur l’évolution de l’humanité.

 


dogons



Les actuels travaux d’un chercheur français, Raymond Terrasse prouvent qu’il existe une corrélation entre certains lieux où furent observés des OVNI posés au sol et un schéma géographique précis, reliant entre eux ces points bien particuliers suivant une harmonique de distances qui ne doit rien au hasard. Tout se déroule comme si une trame invisible existait sur notre planète.

 

Les Dogons tout comme les Egyptiens ont basé leur calendrier et leur évolution vitale sur Sirius. Les Dogons avaient identifié un autre corps céleste situé près de Sirius, qu’il considérait comme le régulateur de notre Univers. Les prêtres de la vallée du Nil ont observé dans des temps archaïques, un objet brillant voisin de Sirius. Il est devenu aujourd’hui invisible. De nombreux auteurs font remarquer, actuellement, que la constellation d’Orion, mais aussi les constellations voisines de ce dernier se positionnent parfaitement sur la terre des pyramides. Kheops, Khephren et Mykérinos correspondent aux trois étoiles du Baudrier d’Orion. Mais, les Hyades, constellation située dans le Taureau, et représentées par un grand « V » dans le ciel (genre cornes de Moïse) se positionnent à leur place dans le ciel à côté des pyramides. Seth le frère d’Osiris, est censé dans la mythologie égyptienne, venir de la constellation des Hyades.

 

Le Sphinx est positionné aux pieds des pyramides donc d’Orion. Ici, il nous faut réfléchir et remettre en question bien des certitudes. En effet, l’astre rayonnant adoré par Akhenaton, Rê-Horarkty, ne serait pas le soleil, mais « l’autre astre » dissimulé derrière Sirius et symbolisé par Horus dans la mythologie des prêtres du Nil. De nombreuses statues égyptiennes ne portent pas « le disque solaire », mais bien cet autre astre caché positionné comme par hasard sur Héliopolis. Ce corps céleste aurait été vénéré dans cette cité sainte. C’est Héliopolis qui fut considérée comme la source du savoir transmis aux hommes mortels depuis le premier temps fabuleux des dieux. Ce sont les prêtres de cette ville qui gardaient la nécropole de Gizeh. Ils étaient les dépositaires du mystérieux Livre de Thot.

 

Ce dieu fut l’auteur de 42 rouleaux que l’on supposait conservés et cachés dans la ville sacrée. Ils formaient la base du culte de la renaissance après la mort. Longtemps Thot fut assimilé à Hermès (Orion-Osiris) que l’on disait être l’architecte des pyramides. Signalons d’ailleurs qu’il existe une remarquable similitude entre le dieu Thot et le dieu Bramah des Hindous. L’emblème de la divinité égyptienne occupait les parties les plus apparentes de tous les temples. La tradition dit que Khufu (Kheops) désirant retrouver les chambres secrètes de Thot rencontra un vieux magicien qui connaissait le lieu précis où se tenait le sanctuaire.

 

Les Egyptiens croyaient qu’après avoir civilisé notre planète, Thot-Orion (Osiris) avait établi sa demeure dans le Globe lunaire et qu’il suivait notre satellite dans ses révolutions. D’ailleurs le cycle d’Osiris est basé sur 28 jours comme la révolution lunaire. Souvent, sa tête est surmontée du croissant ou du disque lunaire. La Lune est-elle, comme l’on envisagé certains auteurs traités un peu vite d’écrivains de science-fiction, une base extraterrestre ? Certains textes égyptiens prétendent que lorsque les habitants de la Terre, éclairés par les leçons de Thot seront soumis à une organisation sociale régulière, imitation imparfaite de l’ordre qui règne dans les régions célestes, Thot se retirera de la Lune pour se consacrer à l’accomplissement de nouveaux devoirs.

 

Du mystère d’Orion à celui d’Horus

 

Actuellement, certains égyptologues astronomes plus perspicaces que d’autres ont prouvé que les trois pyramides de Gizeh, loin de représenter Kheops, Khephren et Mykérinos, représentent en réalité les trois étoiles du baudrier d’Orion : Alnitak, Alnilam et Mintaka. Une des autres étoiles d’Orion se nomme Beltégeuse que l’on peut également traduire par Bethel-Geuse, la maison de Dieu, la pierre ou la météorite.

 

Le plan géographique sacré de l’Egypte fut conçu sur celui du ciel. Il serait en fait le cadran d’une énorme Horloge Cosmique ou Astrale qui permettrait de calculer avec précision quand et où les dieux doivent réapparaître et d’où ils proviennent. Souvenons-nous que le phénix, l’oiseau sacré honoré a Héliopolis (Horus), est aussi le dieu des cycles, de la division du temps et des calendriers. Il existe un mystère d’Horus qui a été partiellement ou volontairement oublié des égyptologues. Le texte des Pyramides dit de lui : « Je suis Horus, l’être vivant, le fils de Sothis ».

 



cadrepapyrus                         
 atoum-copie-1.jpg

 

 

Jouons cartes sur table, Horus prétend être le fils de Sothis-Sirius, c’est-à-dire cette fameuse étoile invisible cachée derrière Sirius, assimilée au Benben et dont parle longuement la mythologie des Dogons. Les Textes des Pyramides situent exactement cette fameuse Etoile du Matin qui fut si chère aux anciens alchimistes : « La sœur du roi Osiris est Sothis (Sirius) ; L’enfant roi Osiris est l’Etoile du Matin (Horus) ». Il est évident dans ces écrits que ce fils d’Horus et de Sothis s’identifie également à un corps céleste ! L’œil du soleil ou l’œil d’Horus que certains considèrent comme un symbole protecteur joue un rôle énorme dans les légendes égyptiennes. Malheureusement, il est loin d’être clair. Il semble que l’origine de cette personnification de l’œil divin doit être recherchée dans les vieilles légendes astrales qui subirent au cours des siècles, de nombreuses modifications. Le dieu Horus n’était pas seulement considéré comme un dieu guerrier, ou comme un dieu roi, mais aussi comme un dieu du ciel.

 

Cette conception est très ancienne et une fois encore les textes des Pyramides y font de fréquentes allusions. Les deux yeux de ce dieu du ciel étaient le soleil et la lune. Cette image du monde astral ne devait pas conserver sa forme primitive si simple, si naïve et, en même temps, si poétique. Les prêtres héliopolitains, qui établirent dans l’Egypte entière un hénothéisme de caractère solaire, ne pouvaient pas supporter que la première place, dans le panthéon revint à un dieu qui ne fut pas le soleil. Ce fut une des raisons pour lesquelles ils identifièrent l’ancien dieu du ciel, Horus à Rê : l’œil du soleil appartient dès lors à Ré, et non plus au dieu du ciel, à celui-ci fut réservé l’œil lunaire. La conception primitive subsiste cependant jusqu’à la basse époque, on la retrouve dans certains aspects d’Horus, en particulier dans la forme du dieu-faucon adoré à Létopolis sous un nom : Mékhentiirty « celui dont le visage possède deux yeux », qui fait clairement allusion au mythe primitif.

 



re-hathor                     platon

 

 

L’égyptologue allemand Junker affirme que ce dieu du ciel était primitivement anonyme, il ne prit son nom d’Horus qu’après son identification avec le dieu faucon. On retrouve également des allusions aux yeux du ciel dans les textes du temple d’Edfou, sanctuaire consacré à Horus. Mais, en règle générale, l’œil d’Horus est devenu l’œil lunaire. La Lune comme tout ce qui touche au monde astral, a beaucoup intrigué les Egyptiens. Junker, que nous avons cité plus haut, s’est attaché à décrypter le mystère de Mékkhenti-en-irty, en consacrant un article à Létopolis dans lequel il étudie successivement le nom et la nature du dieu, ainsi que la place qu’il occupa dans les divers enseignements des temples. Le culte qu’on lui rendit à Létopolis, à Cusae, à Kom Ombo, mérite une attention toute particulière.

 

L’oudjat, cet œil vénéré dans toute la vallée du Nil, a joué un rôle considérable dans les anciennes légendes. Les plus vieilles versions sont déjà contaminées par le mythe osirien, mais un fait est certain, elles évoquent un maître universel, à l’origine du monde. Quel astre pouvait-on appeler « Etoile du Matin », tout en le considérant comme voisin d’Isis-Sirius ? Les anciens Egyptiens avaient-ils aperçu de façon apparente ou cyclique, un corps céleste très brillant, devenu ensuite invisible ? Ou bien qui aurait toujours été invisible et ne serait apparu qu’en de rares circonstances particulières. Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel, serait la porte et la clé du mystère égyptien.

 

Des prêtres astronomes

 

Les prêtres d’Héliopolis étaient réputés depuis la plus antiquité pour posséder une grande connaissance astronomique. Il est évident qu’ils n’ignoraient rien de cette étoile invisible et double de Sirius. Mieux, ils l’avaient matérialisée par la pierre Benben (qui provenait peut-être de cet astre). Selon eux, ce Benben ou Phénix revenait suivant un cycle préétabli, afin d’instaurer un nouvel âge d’or. Le Phénix revenait accompagné des anciens dieux. A périodes régulières, ils ramenaient la sagesse sur la Terre, et certains égyptologues comme le professeur Lauer ont avancé qu’il pourrait s’agir d’une « météorite ».

 

Curieusement, la face du Sphinx, gardien vigilant des pyramides était jadis recouverte d’une couleur rouge (ou plutôt à tendance violette), la plus haute couleur sur l’échelle des vibrations et associée comme par hasard à Uranus-Ouranos-Horus. Chaque année, lorsque Sirius réapparaissait entre le 17 et le 20 juillet, le Sphinx contemplait le soleil et son compagnon et sa face éclatait d’une couleur pourpre sous le pouvoir de l’aube qui naissait et annonçait la venue de la grande inondation.

 

Rê-Horakhty, l’Horus de l’horizon annonçait aux initiés le retour de la présence invisible, mais palpable sous forme de radiations, d’énergies particulières, venant inonder le Sphinx. La lumière rayonnante de Sirius inonde la terre de parcelles divines. Le symbole astrologique de Sirius fécondant la vallée du Nil était le scarabée Kheperer. Ce mot contient les mêmes consonnes que le verbe venir à l’existence. Comme le fait remarquer François Daumas dans son superbe livre « La civilisation de l’Egypte Pharaonique », Khepri désignait le démiurge divinisé : Qui était venu à l’existence de lui-même et avait créé le Soleil.

 

Aménophis III avait fait dresser près du lac sacré de Karnak, image de l’océan primordial, un autel portant un scarabée. Ce dernier est aujourd’hui encore l’objet d’une adoration qui touche à la superstition.



GebNutSchu 

  

 

 

Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose
8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 10:52

Apollonius de Tyane

 

Apollonius de Tyane a vécu au 1er siècle de notre ère, et de nombreux auteurs ont tenté de faire passer ce personnage contemporain de Jésus pour un imposteur. Il restera pour l’histoire religieuse à la fois un grand thaumaturge, un brillant philosophe et surtout un mystique. Ce personnage mystérieux jadis vénéré, mais aujourd’hui totalement oublié du public est d’autant plus intéressant à redécouvrir et à étudier qu’il vécut à la même époque que le Christ. Il eut les mêmes expériences spirituelles que ce dernier et accomplit les mêmes prodiges.



Apollonius-12569

 

  

Pour ceux qui étudient les origines du christianisme, il n’est pas de période plus intéressante dans l’histoire orientale et occidentale. Malgré les récentes découvertes archéologiques, entre autres celles de Qumram et de Nag Hammadi, nous restons malgré tout mal documentés en ce qui concerne les conditions religieuses et sociales de cette époque ; les souverains, hommes d’Etat et guerres de l’Empire semblant avoir absorbé la majeure partie de l’intérêt des historiens des premiers siècles. Sur ce terrain particulier de l’histoire politique, il nous est possible de connaître les actes publics des Empereurs et de contrôler ces renseignements d’après des archives et des inscriptions. Lorsque nous désirons connaître les actes privés de ces mêmes Empereurs et les mobiles de leurs actes, nous nous trouvons souvent dans le domaine des préjugés, des scandales ou tout simplement, des simples spéculations hasardeuses. Les actes politiques d’un Empereur ou de ses subordonnés peuvent nous donner une faible idée de l’état général des conditions sociales de l’époque, mais ils n’en donnent aucune concernant les conditions religieuses, sauf bien sur dans les cas où la religion touche au domaine de la politique. Si nous voulions tirer de notre code civil ou de la récente « Constitution européenne » une conception de notre spiritualité ou des religions suivies par nos concitoyens, ce serait mission impossible.

 

Il est tout aussi difficile de reconstituer de manière fiable un tableau de la vie religieuse du 1er siècle de notre ère, d’après les actes ou les écrits officiels retrouvés parfois dans des conditions miraculeuses. Il en est de même pour les documents qualifiés d’authentiques qui nous sont parvenus par le biais d’archives ou de bibliothèques religieuses. Ils sont loin de nous aider à nous faire une idée des plus fiables du milieu dans lequel par exemple Paul et Pierre introduisirent la foi chrétienne nouvelle en Asie Mineure, en Grèce ou à Rome. Ce n’est qu’en réunissant laborieusement des parcelles d’informations disséminées dans d’obscures bibliothèques, en récupérant des textes gnostiques ayant échappé à la censure ou encore en récoltant des manuscrits perdus et des fragments d’inscriptions ou d’ouvrages de littérature sauvées de l’Inquisition que nous pouvons percevoir l’existence d’une autre réalité historique.

 

Nous faisons alors la connaissance d’un tout autre monde d’associations religieuses et de cultes parfois bien curieux. Même par ce biais et par cette méthode, nous n’obtenons encore que des notions fragmentaires, très peu précises sur ce qui se passait réellement dans ces sociétés initiatiques ou ces confréries secrètes. Le peu que nous en apprenons nous donne une idée des principes religieux auxquels leurs membres se référaient, tout en regrettant le fait que nous nous trouvons dans l’impossibilité actuelle d’en savoir davantage.

 



apollonius1                   Apollonius-693

 

 

Apollonius de Tyane, ce penseur néo-pythagoricien fait partie de ces personnages influents qui furent volontairement occultés et oubliés par l’histoire, particulièrement par les autorités religieuses. Apollonius de Tyane était ce que l’on appelle un « thaumaturge ». Elément moins connu du public, depuis près de dix-neuf siècles, de nombreux mystiques et initiés se sont recommandés de lui. Lorsque l’on se donne la peine de chercher des ouvrages consacrés à Apollonius de Tyane, on s’aperçoit qu’il existe un certain nombre d’ouvrages, ce qui est assez normal puisqu’il fut, le plus célèbre philosophe néo-pythagoricien du monde gréco-romain. Le dictionnaire, de manière succincte, nous apprend qu’il est né dans les premières années de l’ère chrétienne à Tyane une ville du sud de la Cappadoce. Issu d’une famille possédant une grande fortune, il a tout d’abord étudié sous Euthydémus et Euxénus d’Héraclée un  pythagoricien qui enseignait à Tarse, le centre intellectuel le plus important de l’époque. On remarquera surtout qu’il était doué d’une mémoire prodigieuse. Infatigable voyageur, il sillonnera longuement l’Asie Mineure, s’établira un moment à Egée et en Perse, étudiera même dans un monastère situé au Népal et se rendra par la suite en Inde. Partout où il passait, les portes des temples, des sanctuaires sacrés et des communautés s’ouvraient à lui, ce qui nous porte à croire qu’il devait, par son initiation, exister entre ces différents centres une espèce de filiation analogue à celle des sociétés initiatiques.

 

L’emploi de ses journées était réglé d’une manière invariable. Au lever du soleil, il accomplissait seul certains exercices religieux, dont il n’expliquait la nature qu’à ceux qui, comme lui, avaient subi la discipline « des quatre ou cinq années » de silence. Il s’entretenait ensuite avec les prêtres ou supérieures, selon qu’il résidait dans un temple grec ou non grec ayant des rites publics, ou dans une communauté ayant, outre le culte public, un discipline particulière. Il tenta d’ailleurs de rendre aux cultes extérieurs la pureté de leurs anciennes traditions et il suggéra améliorations aux pratiques des confréries privées. Il était considéré comme un maître de la voie occulte par ceux qui pratiquaient la vie intérieure. La formation de ses disciples constituait la plus importante partie de son travail.




Apollonius of Tyana 2                     ApolloniusElderly

 

 

Maîtres ou élèves, il accordait à tous ses soins, toujours prêt à répondre aux questions, à donner conseils et enseignements. Il ne négligeait pas pour autant la foule et l’enseignait régulièrement, mais l’après-midi seulement, car, disait-il, « ceux qui veulent vivre de la vie intérieure doivent converser avec les Dieux à la pointe du jour, puis jusqu’à midi, donner et recevoir les instructions sur les choses divines, et seulement l’après-midi s’entretenir des choses humaines. » Il connut ainsi au cours de sa longue existence (il mourut presque centenaire) la vie active et secrète de villes aussi prestigieuses que Babylone, Ninive, Antioche, Séleucie, Chypre, Ionie, Ephèse, Troie. Il revint de ses nombreux périples à Lesbos puis au Pirée à Athènes, et à Rome sous l’empereur Néron pour enseigner certaines doctrines mystiques et initiatiques. En 66, Néron ayant publié un décret interdisant le séjour à Rome à tous les philosophes, Apollonius fut contraint de partir pour l’Espagne et débarqua à Cadix. Il s’embarqua ensuite pour l’Afrique et séjourna un moment en des lieux aussi éloignés que la Sicile et Rhodes. C’est de cette île qu’il rejoindra enfin Alexandrie. Il y passera quelques temps et aura plusieurs entretiens avec Vespasien, le futur empereur romain.

 

Il entreprit ensuite un long voyage, remontant jusqu’en Ethiopie, au-delà des cataractes, pour visiter une intéressante communauté d’ascètes, celle des Gymnosophistes. A son retour à Alexandrie, il fut mandé à Tarse pour y avoir un entretien en 81 avec Titus qui venait d’être couronné empereur. Après quoi, il semble être retourné en Egypte, car Philostrate évoque vaguement une période passée par Apollonius en Basse-Egypte et des visites aux Phéniciens, aux Ciliciens, aux Ioniens, aux Achéens avant de rejoindre à nouveau l’Italie.

 

Malgré ce parcours extraordinaire et sa personnalité hors du commun, certains historiens mal intentionnés n’ont voulu voir en lui que l’austérité de ses mœurs et ses discours sentencieux. Il est vrai qu’en 81, lorsque Domitien monta sur le trône, Apollonius censura les actes de l’empereur, de même que jadis il s’était opposé aux extravagances de Néron. Domitien le prit en suspicion mais Apollonius eut le courage de braver le tyran face à face. Il traversa la mer pour aller à Rome où il passa en jugement en 93 et fut acquitté. On évoque assez souvent ses prophéties, tout en retenant la série de miracles (dont quelques-uns sont tout à fait semblables à ceux de Jésus) qu’il a accomplis ou du moins que lui attribuèrent ses disciples. Ce qui est certain, c’est que l’un des derniers faits qui nous soit transmis et le concernant directement est sa vision de l’assassinat de Domitien en 96 à Rome, alors qu’Apollonius se trouvait à Ephèse. Il est certain, au travers des témoignages qui nous sont restés, qu’Apollonius parvint certainement à séduire ses contemporains au point que de nombreux admirateurs firent ériger des statues et de nombreux temples. Sa réputation fut telle qu’elle se maintint assez longtemps auprès de nombreux chrétiens jusqu’au cinquième siècle de notre ère. Des écrits anciens rapportent que sa longue vie fut consacrée à la purification des divers cultes de l’Empire romain et à l’instruction des prêtres de ces diverses religions. Hormis le Christ, aucune figure plus intéressante pour le monde occidental ne semble apparaître à cette époque de l’histoire.

 

Toutefois, les opinions concernant Apollonius sont aussi nombreuses que contradictoires, le récit de sa vie étant parvenu plutôt sous la forme d’un conte merveilleux que sous celle d’une simple biographie. Ceci est lié à la vie austère et retirée que mena Apollonius. Il ne faisait en effet que de rares apparitions en public et réduisait au maximum ses passages pour enseigner. Ce n’est que par indiscrétion qu’on apprit que plusieurs sectes à caractère ésotérique et d’inspiration chrétienne ont eu pour Maître secret ce même Apollonius de Tyane, mort à Ephèse en 97 de l’ère chrétienne. Dans le courant ésotérique de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle des personnages clefs comme Papus et Marc Haven s’inspireront d’ailleurs de sa doctrine pour choisir leur pseudonyme à travers d’un de ses ouvrages qui nous est parvenu « Le Nycthéméron ».

 

L’histoire d’Apollonius est surtout connue par un texte de Philostrate, rhéteur du début du IIIème siècle, intitulé « Vie d’Apollonius de Tyane ». Ce témoignagne est donc très postérieur à l’époque de rédaction des Evangiles, alors qu’il s’agit d’un personnage presque contemporain du Christ. Certains chercheurs se sont même posés la question de savoir si Apollonius avait réellement existé. Sa vie paraît d’autant plus indéniable que quelques pères de l’Eglise l’ont évoquée, avant même que Philostrate ne l’écrive. D’autres se sont tout simplement demandés si Apollonius de Tyane n’était pas Jésus-Christ lui-même mais présenté différemment. Mais qu’en est-il vraiment en définitive de la vie de ce grand penseur ? Des chroniques des premiers siècles nous rapportent que pendant ses voyages lointains, on le perdit de vue des années entières et lorsqu’il pénétrait dans les sanctuaires les plus sacrés des temples ou dans le cercle étroit des communautés les plus exclusives, ce qui s’y passait demeurait pour ses contemporains, un vrai mystère.

 

C’est de ce mystère que naquirent probablement toutes les légendes fantastiques forgés par des gens incapables de comprendre une telle démarche d’ascète. C’est pourquoi, dans le portrait que nous dressons de lui dans le présent article, nous tenterons de présenter une courte esquisse du problème soulevé par sa légende et les traditions liées à sa vie. Nous avons la chance de posséder un certain nombre de documents donnant une description du personnage pour le moins énigmatique, en puisant dans la littérature des auteurs classiques mais aussi, et c’est assez surprenant, au travers des écrits des Pères de l’Eglise. Des études plus contemporaines et des bibliographies importantes ont été également réalisées, comme celle entre autres de Silvestre de Sacy, de Chassang, de Laurent d’Aussy, de Mario Meunier, ou encore de Jan Van Rijkenborgh et Jean Louis Bernard. A cela s’ajoute diverses opinions et commentaires issus généralement des courants ésotériques de la littérature ayant survécu au cours des siècles ainsi que les nombreuses discussions engendrées à son sujet.

 

Commençons tout d’abord par les références des auteurs classiques et des Pères de l’Eglise. Nous apprenons ainsi, par une étude anglaise parue au XXième siècle sous la plume de G. Mead, que Lucien le spirituel écrivain de la première moitié du IIème siècle, prit comme sujet d’une de ses satires, l’élève d’un disciple d’Apollonius, plus particulièrement l’un de ceux qui connaissait toute la tragédie de sa vie. Apulée, l’auteur de l’ouvrage initiatique « L’Ane d’or » et un contemporain également de Lucien, mirent Apollonius ainsi que Moïse et Zoroastre ou Osthane, au même rang que les célèbres mages de l’antiquité. Nous trouvons également à la même époque, dans un ouvrage intitulé « Questions et Réponses des Orthodoxes » (attribué d’abord à Justin Martyr et qui eut un grand retentissement vers le milieu du IIème siècle), un intéressant renseignement à son sujet. Il est ainsi posé la question portant le numéro 24 : « Si Dieu est l’auteur et le maître de la création, comment les talismans d’Apollonius possèdent-ils un pouvoir sur les divers ordres de cette création ? Car, ainsi que nous le voyons, ces talismans calment les vagues en fureur, limitent le pouvoir des vents, le pullulement de la vermine, les attaques des bêtes sauvages… »

 

Dion Cassius, dans l’histoire qu’il écrivit de 211 à 222 de notre ère, raconte que l’empereur Caracalla (211-216) éleva une chapelle à la mémoire d’Apollonius. C’est de cette même époque (216) que date la « Vie d’Apollonius » composée par Philostrate, à la demande de Julie Domna, femme de Septime-Sévère et mère de Caracalla, un document qui servi de base à de nombreux travaux cités par Godefroy Oléarius. Celui-ci écrira également la vie d’Apollonius dans l’édition des œuvres qu’il consacra à Philostrate.

 

Lampride, auteur de « La vie d’Alexandre Sévère », vers le milieu du IIIème siècle nous apprend par exemple que cet empereur qui régna de 222 à 235, plaça dans son lararium, à côté de l’image du Christ, d’Abraham et d’Orphée, en bonne place, une statue d’Apollonius. Dans leurs différentes biographies, ces auteurs disculpent Apollonius de toute pratique magique. Godefroy Oléarius nous fournit même des matériaux probants en faveur de l’assertion d’Apulée. De plus, il rappelle que les Evangiles n’étaient guère connus au temps de Philostrate et que celui-ci a surtout fait œuvre d’érudition. Il semble que ce rhéteur était surtout préoccupé de renseigner ses contemporains au sujet de la tradition. Il reflète par ses écrits l’opinion alors établie touchant l’extraordinaire pouvoir dont Apollonius aurait été doté.

 

Originaire, comme nous l’avons dit, de Tyane, une ville de Cappadoce en Turquie, quelques années seulement avant que Jésus-Christ lui-même ne vint au monde, Apollonius vit sa naissance entourée de prodiges annonçant sa destinée. Arrivé à l’âge de l’adolescence, il résolut de vivre en pythagoricien. A partir de ce moment, il devint végétarien et ne mangea plus aucune viande animale. C’était selon lui, une nourriture impure et propre à alourdir l’esprit. Il se nourrissait de légumes et de fruits, affirmant que tout ce que donnait la terre était pur. Quant au vin, il considérait comme pure la boisson fournie par un arbuste si précieux à l’homme, mais il la jugeait néanmoins contraire à l’équilibre de l’esprit et comme troublant la partie supérieure de l’âme. Après avoir purifié son estomac, il s’honorait de marcher pieds nus, ne portait que des étoffes de lin, renonçant à toutes celles qui étaient faites de poils d’animaux. Il laissa croître sa chevelure et vécut dans le temple. Durant des années, il s’astreignit à un rigoureux silence. « Au lever du soleil, il faisait en secret certaines cérémonies auxquelles il n’admettait pas d’autres témoins que ceux qui avaient observé le silence pendant quatre ans. »




apollo1                        couvapollonius

 

 

 

Ayant renoncé aux biens terrestres, Apollonius partit pour les pays les plus lointains. Dans la ville qui s’appelait jadis Babylone, il s’attacha à Damis, un jeune assyrien qui ne le quitta plus et qui a laissé, des mémoires dont Philostrate dit avoir tiré la majeure partie des faits rapportés. Comme Flavius Philostrate, est le seul auteur dont la biographie d’Apollonius nous soit parvenue et que cet auteur est considéré comme un homme de lettres distingué, il est important de prendre en considération son travail. N’oublions pas qu’il faisait partie du cénacle d’écrivains et de penseurs célèbres dont s’entoura Julie Damna, cette impératrice philosophe, guide intellectuel de l’Empire romain pendant les règnes de son époux Septime Sévère et de son fils Caracalla. Ce fut à la requête expresse de Julie Damna que Philostrate écrivit la vie d’Apollonius, et ce fut elle qui lui donna comme canevas un certain manuscrit qu’elle possédait. Cette grande érudite détenait une importante collection de livres provenant de toutes les parties du monde, principalement des manuscrits de philosophes et des notes biographiques concernant tous ceux qui avaient étudié le sens caché des choses. Certains critiques se sont malgré tout posés la question de savoir si Philostrate était à la hauteur de la tâche qui lui fut confiée car il n’était pas un véritable philosophe mais bien plus un sophiste et un critique d’art passionné. Fanatique de Pythagore et de son école, il les admirait à distance, à travers le prisme de sa vive imagination.

 

Quant aux sources d’où il tira ses documents sur Apollonius, Philostrate les exposa en ces termes : « J’ai tiré mes documents des villes qui ont aimé Apollonius, des temples dont il a rétabli les rites et les règles tombés en désuétude. J’ai recueilli ce que les uns et les autres m’ont dit de lui et j’ai consulté ses propres lettres ». Ce détail est d’autant plus important que nous savons qu’une partie de ces lettres appartenaient à l’empereur Hadrien, un souverain éclairé et un esprit religieux, initié aux mystères d’Eleusis. Il révéla également comment il avait obtenu des informations plus détaillées à propos d’Apollonius et dit que dans l’ancienne cité de Ninus (Ninive en Iraq) vivait autrefois un homme instruit, nommé Damis disciple d’Apollonius. Il raconta les voyages qu’ils entreprirent ensemble, citant au cours de son récit, les idées, les maximes, les prédictions de son maître. Le témoignage qu’il rapporta de ce compagnon de route d’Apollonius dont il avait consulté les notes originales ne peut que nous convaincre de la réalité des périples d’Apollonius en Inde, en Egypte, en Ethiopie, en Espagne, et dans bien d’autres pays. On apprend ainsi des choses étranges comme lorsqu’il traversa le Caucase : « Alors qu’ils marchaient par un beau clair de lune, une entité leur apparut, prenant tantôt une forme, tantôt une autre, et quelques fois devenant tout à fait invisible. Apollonius, sachant ce que c’était, chargea d’imprécations ce fantôme, et dit à ses compagnons d’en faire autant : c’était là, selon lui, le véritable moyen de contrer ce type d’apparitions. Et en effet, le fantôme s’enfuit en poussant des cris aigus comme le font les spectres ». Une autre fois auprès du roi Phraote avec lequel il avait de longs entretiens, Apollonius, s’exprima sur l’oniromancie (la Science des Rêves) car il se considérait comme maître dans cet art. Son disciple Damis écrivit à ce propos : « Ce qu’il y a de plus divin parmi les hommes, se découvre plus facilement à un esprit qui n’est pas troublé par les fumées du vin, mais qui les observe, et dans lequel ils pénètrent, sans être intercepté par aucun nuage. Aussi ces interprètes des songes, ces « oniropoles », comme disent, les poètes, ne se hasarderaient, à expliquer aucune vision sans avoir demandé dans quelle circonstance elle était arrivée. » Plus tard, nous le voyons à Pergame où il existait une extraordinaire bibliothèque qui concurrençait en réputation celle d’Alexandrie.

 

Il indiquait ce qu’il fallait faire pour obtenir des songes contenant des présages favorables. Mentionnons aussi que du temps de Philostrate, on avait connaissance des phénomènes de lévitation communs chez les fakirs de l’Inde. Ainsi, le même Damis raconta-t-il : « Qu’il les as vu lui-même s’élever en l’air à la hauteur de deux coudées, non pour étonner (car ils se défendaient de telles prétentions), mais parce que, selon eux, tout ce qu’ils faisaient en l’honneur du soleil à quelque distance de la terre était digne de ce Dieu ». A suivre ces témoignages qui ne manquent pas, Apollonius et Damis furent témoins de bien des prodiges. Mais plusieurs écrits initiatiques nous rapportent qu’il y avait surtout des séances secrètes consacrées à la science des astres, à la divination, à l’art de lire dans l’avenir où l’on faisait des sacrifices. Nous avons des traces de ces séances où assistait un certain Iarchas. Ce dernier nous a laissé quatre livres sur l’astrologie, cités entre autre par Méragène. Damis dit encore que « Iarchas fit don à Apollonius de sept anneaux qui portaient les noms de sept planètes, et Apollonius en mettait un chaque jour, selon le nom du jour ». Certaines chroniques rapportent que de retour à Smyrne, Apollonius calma les esprits des habitants lorsque la peste s’abattit sur Ephèse. Ne trouvant aucun remède à opposer au fléau, les Ephésiens envoyèrent des députés à Apollonius, dont ils espéraient qu’il les guérisse. Apollonius ne crut pas devoir différer : « Allons, dit-il, et au même instant il fut à Ephèse », sans doute pour imiter Pythagore, qui s’était trouvé à Thurium et à Métaponte, il rassembla les Ephésiens et leur dit : « Rassurez-vous, dès aujourd’hui, je vais arrêter le fléau. » Il amena la foule dans l’amphithéâtre, à l’endroit où se trouvait encore il y a un siècle une statue d’Hercule le Sauveur. Là se tenait un vieux mendiant qui feignait de loucher. Il portait une besace remplie de morceaux de pain, était vêtu de haillons et avait le visage pâle et défait. « Entourez, cet ennemi des Dieux, s’écrie Apollonius, ramassez autant de pierres que vous en pourrez trouver, et jetez-les sur lui. »

 

Un tel ordre étonna les Ephésiens qui jugeaient inique de tuer un étranger, un homme dont la position était si misérable, et qui par ses prières s’efforçait de provoquer leur commisération. Mais Apollonius insista et pressa les Ephésiens de ne pas le laisser s’en aller. Quelques-uns se mirent alors à lui jeter des pierres. L’homme qui avait auparavant  l’œil louche, fit voir des yeux étincelants et flamboyants. Les Ephésiens reconnurent en lui un démon, et l’ensevelirent sous une montagne de pierres. Après un court intervalle, Apollonius ordonna d’enlever ces pierres, pour que tous voient le monstre qui venait d’être tué. On les écarta et l’on vit que le vieux mendiant avait disparu. A sa place, il y avait un énorme molosse de la taille d’un lion, tout meurtri et la gueule remplie d’écume comme un chien enragé. C’est à cet endroit que fut érigée la statue d’Hercule Sauveur.




apollonius-v1                    Apollonius-image

 

 

Apollonius fut un philosophe, non seulement au sens ordinaire de ce mot, c’est-à-dire un spéculateur théorique, disciple d’une organisation ou d’une école de discipline et de renoncement, mais surtout au sens pythagoricien du mot. Pour Pythagore, le seul véritable philosophe était celui qui connaissait les secrets de la nature et qui avait autorité pour parler de ce sujet. C’était par la connaissance directe, et non par les discours d’autrui qu’Apollonius connaissait les secrets de la nature. Pour lui, le sentier de la philosophie était la vie même du philosophe, vie qui amenait l’homme à devenir un instrument de connaissance. La religion était non seulement une foi, mais une science, et il ne voyait dans les choses extérieures que des apparences éternellement changeantes. Cultes, rites, religions, étaient égaux à ses yeux, lorsqu’ils possédaient le véritable esprit. Il ne faisait aucune différence entre les races ou les croyances, car il avait dépassé le stade de ces étroites limitations.

 

Plus que n’importe qui, Apollonius eut ri de voir ses œuvres qualifiées de miracles, car le miracle (au sens chrétien théologique du mot) était inconnu dans l’antiquité. Aujourd’hui, d’ailleurs, le miracle n’est plus qu’un vestige de superstitions. De plus en plus de savants croient à la possibilité de certains résultats obtenus par les seules forces de la volonté et par certains dons psychiques des individus. Même si la science actuelle explique encore très mal ce phénomène et ne se contente que d’étudier les phénomènes physiques, elle est malgré tout impuissante à les reproduire par ses méthodes d’expérimentation, ce qui l’agace prodigieusement.

 

Les principaux « miracles » attribués à Apollonius sont des prophéties, des visions, la connaissance du passé, des guérisons, des exorcismes. Dans sa jeunesse déjà à Egée, il donna des signes de sa science psychique. Lorsque Apollonius connut Damis celui-ci lui proposa de l’accompagner dans ce long voyage en Inde parce qu’il parlait les langues des contrées que son maître allait traverser. « Mais je les comprends toutes ! » lui répondit notre philosophe avec son air énigmatique habituel, « quoique je n’en ai appris aucune ». Il ajouta : « Ne vous étonnez pas de ce que je comprends ce que disent les hommes, car je sais même ce qu’ils ne disent pas ». Apollonius signifiait par là qu’il pouvait lire dans les pensées et non pas qu’il connaissait toutes les langues.

 

Damis et Philostrate, ignorant la télépathie s’imaginèrent qu’Apollonius comprenait toutes les langues humaines et même le langage des oiseaux et des animaux. Dans son entretien avec Vardane, roi de Babylone, Apollonius proclama clairement ses dons de prescience. Etant médecin des âmes, il pouvait guérir le roi de sa maladie mentale, non seulement parce qu’il connaissait les moyens à utiliser, c’est-à-dire les règles enseignées dans l’école de Pythagore, mais aussi parce qu’il avait la connaissance de la véritable nature et de la personnalité du roi. Nous savons d’ailleurs que la prévision ou prédiction (science profondément étudiée par Apollonius) était l’un des principaux sujets des entretiens de notre philosophe avec les Sages hindous. Ainsi qu’Apollonius l’expliqua à son studieux ami et disciple Télésinus, philosophe et consul romain, la sagesse était une sorte de déification de l’entière nature de l’homme, une sorte d’état permanent d’inspiration. C’est pourquoi, grâce à l’énergie puissance de son être supérieur, Apollonius avait conscience de toutes les choses existantes dans la nature.

 

Les étudiants des écoles de Pythagore et de Platon appelaient « daïmon » ce que, de nos jours, les psychologues nomme l’ego supérieur, la petite voix intérieure qui nous guide et nous conseille. Ce nom désignait le côté spirituel de l’âme, séparé de tout élément purement humain, la partie la plus élevée dans l’homme. Pour les anciens, celui qui pouvait réaliser l’union de sa conscience physique avec cet ego supérieur « habitant les cieux », obtenait pendant sa vie terrestre (ainsi que l’enseignait la philosophie mystique la plus pure de la Grèce), les pouvoirs des démons, de ces entités immatérielles, intermédiaires entre les hommes et les dieux. A un degré supérieur encore, l’homme initié pouvait s’unir à son âme divine, devenant un dieu sur la terre. Plus haut encore, lorsque s’accomplissait son union parfaite avec le principe suprême, il fusionnait avec lui. Ceci nous explique pourquoi Apollonius protesta avec énergie contre l’accusation de magie que les ignorants faisaient peser sur lui, pourquoi il s’indigna qu’on puisse croire qu’il usait d’un art qui n’arrivait à son but qu’avec l’aide d’entités inférieures fourmillant dans les bas-fonds de la nature occulte. Apollonius, en parfait initié et philosophe, refusait d’être confondu avec les devins ou les diseurs de bonne aventure, tous ces arts inférieurs le répugnaient. Il ne manquait jamais d’affirmer que son don de prescience n’avait aucun rapport avec la divination, au sens vulgaire du mot, mais qu’il était « la sagesse que Dieu révélait aux sages ».

 

La plupart des miracles attribués à Apollonius étant des cas de prescience et de prophétie, nous devons reconnaître que les paroles prononcées par lui dans certains cas, furent souvent obscures et énigmatiques. Il en vas d’ailleurs généralement ainsi pour les prédictions : soit, les événements futurs ne peuvent être vus que sous une forme symbolique dont le sens ne devient clair qu’après leur réalisation, soit les voyants eux-mêmes entendent les prédictions sous forme de sentences énigmatiques. Il nous est rapporté quelques exemples très précis de cas de clairvoyance par exemple lorsque Apollonius refusa de s’embarquer sur un navire qui fit naufrage pendant la traversée. Un autre événement eut lieu à Athènes, le jour des fêtes Epidauriennes, alors qu’Apollonius se présentait pour recevoir l’initiation, « l’hiérophante ne voulut pas l’admettre dans le temple, déclarant que jamais, il n’initierait un magicien, et ne découvrirait les mystères d’Eleusis à un homme qui profanait les choses divines. » Une terrible méprise. Les dons de vision et de prédiction d’Apollonius étaient encore une fois injustement considérés comme étant des « tours de magie ».

 

 


apollonius-874                        apolloniusm45.jpg


Un autre exemple de vision à distance est l’annonce faite par Apollonius, pendant un discours qu’il prononça à Alexandrie, de l’incendie d’un temple à Rome, au moment même où il se produisait. De même aussi, un grand nombre de personnes qui connaissent peu de chose de la vie d’Apollonius savent, comme nous l’avons signalé précédemment qu’étant à Ephèse, il eut une vision de l’assassinat de Domitien au moment précis où cet événement se produisait. Il était midi, raconte Philostrate, Apollonius était dans un de ces petits parcs ou jardins avoisinant les faubourgs d’Ephèse où il donnait une conférence sur un profond sujet de philosophie. Sa voix baissa tout à coup, comme sous l’empire d’une violente émotion. Cependant, il continua son discours, mais avec moins d’énergie, comme s’il pensait à un autre sujet. Puis il se tut, comme si les mots lui faisaient défaut. Fixant les yeux à terre, il fit alors quelques pas en avant en criant : « Frappe le tyran, frappe ! » Et cela, non de l’air d’un homme apercevant une scène dans un miroir, mais comme s’il voyait la scène dans toute sa réalité et y prenait part. Se tournant alors vers son auditoire stupéfait, il raconta la vision qu’il venait d’avoir. Quoique tout le monde espérait cette délivrance, personne ne voulut ajouter foi aux paroles d’Apollonius, et on crut que le philosophe avait perdu l’esprit. Mais il dit alors avec douceur : « Vous avez raison d’attendre pour vous réjouir, d’avoir reçu la nouvelle d’une façon normale ; quant à moi, je vais rendre grâces aux Dieux de ce que j’ai vu par moi-même. »

 

Si nous continuons à étudier le livre de Philostrate, nous y trouvons aussi bon nombre de rêves symboliques expliqués par Apollonius, l’interprétation des songes constituant l’un des points les plus forts de la discipline ésotérique de l’école pythagoricienne. Nous ne devons donc pas être surpris de ce que, plein de confiance en ses intuitions, Apollonius obtint un sursis grâce auquel un innocent eut la vie sauve alors qu’il allait être exécuté avec une bande de malfaiteurs. En vérité, même si ces phénomènes échappent aujourd’hui à un homme du 21ème siècle, Apollonius semble avoir eu l’exacte connaissance du passé le plus secret de tous ceux qui l’approchaient par ce que nous pourrions appelé dans un langage plus « moderne » la voix du channeling. Notre génération, qui se familiarise chaque jour davantage avec les faits du paranormal, n’aura pas de peine à croire qu’Apollonius ait détenu de tels pouvoirs, qu’il ait guéri les malades par le magnétisme et chassé les mauvais esprits par la technique de l’exorcisme à une époque où la psychiatrie n’existait pas et où les cas d’obsession et de possession étaient fréquents. Gardons-nous cependant d’être trop crédules par rapport aux récits fantastiques dans lesquels se complaît parfois Philostrate. S’il est probable qu’Apollonius réussit à guérir certaines maladies mentales mal définies, Damis et Philostrate n’avaient aucune notion exacte de ces faits. Ils ont, dans leurs récits, donné libre cours à leur imagination. Il est possible aussi que Philostrate se soit fait seulement l’écho de légendes populaires, comme par exemple dans le cas de la guérison de la fameuse peste d’Ephèse prédite par Apollonius à maintes reprises.

 

Une jeune fille romaine de haute naissance fut dit-on rappelée à la vie par Apollonius. Rencontrant un cortège funèbre, le maître s’approcha du cercueil, étendit les mains au-dessus de la jeune femme, en prononçant des paroles qu’on n’entendit pas, et elle fut réveillée de sa mort apparente. « Mais, ajoute Damis, Apollonius vit-il que l’étincelle de l’âme vivait encore dans cette jeune fille, ce qu’aucun de ses parents ou amis n’avait remarqué (il pleuvait, ce jour-là, et une légère vapeur entourait le visage de la morte) ou bien ralluma-t-il la vie en elle ? Ni moi ni aucune des personnes qui assistèrent à cet événement ne sauraient le dire. » Apollonius, traduit devant Tigellin, fit aussi disparaître sur les tablettes d’un de ses accusateurs ce qui y était écrit. Quoique enchaîné dans le donjon de Domitien, il dégagea sa jambe des fers dont on l’avait chargée pour montrer à Damis qu’il n’était pas réellement prisonnier. Nous ne devons pas supposer qu’Apollonius, à cause de sa connaissance des choses occultes, dédaigna ou négligea l’étude des phénomènes physiques. Au contraire, nombreux sont les cas où Apollonius repoussa, en faveur de l’explication physique d’un phénomène naturel, toute idée d’intervention divine. Telles sont par exemple les explications qu’il donna de l’activité volcanique de l’Etna ou d’un raz de marée en Crète dont il annonça les résultats qui se produisirent immédiatement après. Par le fait de ces troubles sous-marins, une île avait surgi à un point fort éloigné, ce qui fut constaté par la suite. Dans cette catégorie peut être aussi classée son explication des marées à Cadix.

 

Avec ce que nous avons décrit précédemment, il est aisé de penser que durant toute sa vie, Apollonius produisit une impression profonde sur la foule par son style de vie, ses enseignements religieux, à la fois populaires et élevés et ses actions merveilleuses. La tradition est formelle à ce sujet. Il n’y a plus d’histoire possible si l’on ne consent pas à lui reconnaître un fondement quelconque. Ce philosophe parcourut de nombreuses contrés lointaines. Il composa quelques ouvrages, entre autres une vie de Pythagore, un traité sur les sacrifices, un autre sur les prédictions astrologiques, des Epîtres et même un Testament. Il se consacra à l’évangélisation de ses contemporains, et fut sans doute face aux tracasseries de nombreux hommes politiques qu’il croisa sur son chemin, comme l’Empereur Domitien. Ce sont des faits que la critique historique ne peut nier.

 

Le texte de Philostrate n’en représente pas moins une histoire largement romancée. Au fil du temps Apollonius a certainement constitué comme pour le portrait de Jésus une sorte de modèle idéalisé. L’excellente analyse donnée par Mario Meunier dans son très beau livre « Apollonius de Tyane ou le séjour d’un Dieu parmi les hommes » paru en 1936 chez Grasset permet de bien comprendre le problème : Jacques d’Arès cite d’ailleurs cet auteur en disant que « malgré l’incroyable popularité et l’étonnant renom d’Apollonius, sa vie, sa légende et son nom ne seraient sans doute parvenus jusqu’au XXème siècle qu’en se maintenant dans le cadre restreint de ces hagiographies, plus ou moins oubliées… si un gouverneur de Bithynie, puis de Basse-Egypte, connu sous le nom de Sossianus Hiéroclès, ne s’était avisé d’utiliser au profit de la réaction païenne l’éclatant prestige du sage de Tyane. C’était sous le règne de Dioclétien, et près d’un siècle après la parution de la Vie d’Apollonius. Désireux de soutenir l’empereur dans la lutte qu’il entreprenait pour paralyser l’extension dans l’Empire du christianisme, Hiéroclès, qui était un sophiste, prit le parti de s’adresser directement aux chrétiens.

 

Dans un opuscule qu’il intitula « Discours ami de la vérité », ce gouverneur de Bithynie, dit Lactance (dans ses Institutions divines), essayait d’affaiblir l’importance des miracles du Christ sans toutefois les nier, et voulait démontrer qu’Apollonius en avait fait de pareils et même de plus grands. Pour réfuter de telles allégations, Eusèbe de Césarée répondit par un petit traité qu’il écrivit contre la Thèse de Hiéroclès sur Apollonius de Tyane. Suivant livre par livre la narration de Philostrate, Eusèbe reconnaissait sans difficulté qu’Apollonius était un sage digne d’admiration ; il admettait tout ce qu’on racontait de sa sainteté, de son enseignement, de son austérité, mais il rejetait les merveilleux prodiges qui lui étaient attribués, les révoquant en doute ou les attribuant, soit à la magie, soit à l’intervention des démons. »

 

D’autres, comme Saint Justin, ont considéré qu’Apollonius détenait une véritable science magique fondée sur la connaissance des lois naturelles, ce qui n’avait rien d’étonnant pour un authentique pythagoricien. En fait, Apollonius est connu essentiellement par l’utilisation que l’on a fait de lui, pour essayer de contrer le Christianisme, en lui opposant le Pythagorisme. L’étude détaillée de sa vie, pour autant qu’on puisse la dépouiller des enjolivures volontaires, révèle un véritable homme de bien, totalement désintéressé, dont la quête était tournée à la fois vers l’Amour et vers la Connaissance, et qui ne pouvait en rien être assimilé à un magicien noir.

 

Compte tenu des nombreux déplacements d’Apollonius au cours du premier siècle, dans l’Empire romain et au-delà, il est absolument impensable qu’il n’ait pas rencontré un certain nombre des disciples du Christ. Certains auteurs ont même imaginé qu’il aurait été un « disciple secret », ce qui expliquerait les pouvoirs dont il disposait, pour le plus grand bien de tous, comme en avaient les apôtres et les disciples. Aurait-il été essénien comme Jean le Baptiste et… Jésus… ? La question reste ouverte…

 

 

  


vestige-ruine-architecture-temple-segeste-14964


Repost 0
Orphée - dans Esotérisme & Gnose