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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 19:02

A – Les « sous-groupes » oeuvrant directement avec les Forces de l’Ombre

 

1 – En affichant ce caractère « noir »

 

a) Leurs dirigeants sont conscients du Groupe Noir, la plupart de leurs membres aussi. Ils n’ont pas « pignon sur rue », ne font aucune publicité pour faire connaître leur existence et leurs membres se recrutent par une très discrète cooptation. Ceux-ci sont généralement très puissants dans le monde des affaires et ce, à une échelle internationale.

 

b) Les sous-groupes oeuvrant directement avec le Groupe Noir sans que leurs membres soient véritablement conscients d’être « manipulés ». Ils en sont les victimes et croient réellement soit que les Forces Sombres sont les seules existantes et ont l’unique pouvoir en ce monde, soit que l’utilisation de l’aspect sombre n’a rien de destructeur en soi. Ils justifient cette croyance, si indulgente pour leurs désirs et leurs passions, par des Théories inspirées par le Groupe Noir. Ils travaillent au moyen de « pactes » et de rites « inversés » ; leurs membres en sont généralement de plus grandes victimes encore. Ils recrutent librement et font parler d’eux. Leurs procédés ne se cachent donc pas sous le Manteau de la Tradition Hermétique Authentique mais ils affirment que leurs théories « inversées » sont, en réalité, la Tradition… Les effets sur leurs membres sont les mêmes que ceux qui sont décrits dans la catégorie suivante.



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2 – En se couvrant du Manteau de la Tradition Hermétique

 

Ces sous-groupes cachent ce qu’ils sont en réalité. Ils adoptent le discours de la Tradition Hermétique – donc un caractère essentiellement « blanc » - et rien, si ce n’est une observation aiguë, sur les plans occultes, de leur action véritable, ne peut laisser supposer cette appartenance sombre. Ce paravent « blanc » est « l’appât » devant nécessairement attirer ceux qui s’intéressent aux Sciences Occultes. L’ensemble de leurs dirigeants peuvent ne pas être conscients que leur groupe n’est qu’un maillon de destruction, inspiré par le Groupe Noir, mais un parmi eux l’est nécessairement pour avoir introduit, au sein de pratiques authentiques (récupérées), des éléments qui brancheront les membres sur « le Noyau Noir ». Enfin, ils font parler d’eux et recrutent à portes grandes ouvertes.

 



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a) Leurs procédés :

 

- Concrets : ils ne facilitent généralement pas « le départ » de leurs membres. Diverses difficultés sont créées, en effet, envers ceux qui veulent les quitter : refus, lenteur de la réponse à une lettre de démission, etc…

 

- Occultes : si leurs membres souhaitent quitter ce sous-groupe, des pressions occultes sont exercées : (troubles psychiques importants, présences menaçantes la nuit, etc…). Ils arrivent à leur fin destructrice (le branchement sur le Groupe Noir) par l’ingérence, au sein d’enseignements issus de la Tradition Initiatique Authentique (le paravent de ce groupe) de « mots de pouvoir », parfois d’une « gestuelle précise », qu’il est demandé au membre de dire et de faire, tel jour et à telle heure, en lui expliquant que ce procédé aura tel effet bénéfique quant à sa Quête. Or, ce « mot » et ce « geste » constituent la « clé du réservoir » de la Force et alimentent le Groupe Noir. Ils détournent donc à cet effet une Loi bien connue en Magie qui est appelée « l’Ankhour » et sur laquelle fonctionnent, en toute légitimité, les différents aspects de la Tradition Hermétique. L’adhésion, sincère mais inconscient de tout ce processus, croyant conforter ses efforts spirituels, fait ce qui lui est demandé et alors, lentement, il imprègne son être psychique et mental de la « fréquence vibratoire pernicieuse ».

 

b) Les effets de ces procédés : Cette fréquence vibratoire destructrice provoque, à terme, un état de délabrement global : déstabilisation totale ; tendance au suicide, hargne et violence accrue, dilution des capacités de réflexion, laxisme croissant à l’égard de tout, teinté de dépression profonde, présences invisibles nocturnes plus ou moins ressenties et plus ou moins effrayantes qui tenteront d’ailleurs de se faire passer pour une « projection du Guru » - du Maître- etc…

 


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 c) Subterfuges utilisés pour expliquer ce délabrement : les dirigeants de ces sous-groupes ne manquent de qualifier cette destruction lente mains certaine, opérée dans la structure de leurs adhérents, « d’épreuves nécessaires sur le Sentier », usurpant ainsi cette réalité si durement vécue sur le Véritable Sentier de Lumière… Ils vont même jusqu’à retourner leur argument spécieux à l’encontre d’Ordres Initiatiques Authentiques et de la Pratiques Théurgiques (dans lesquelles sont aussi affrontées des épreuves voulues par la Loi Divine) en arguant que ce vécu-là révèle « le caractère noir » de cet Ordre et de la Théurgie, en oubliant surtout de dire que jamais la Pratique Théurgique et l’Enseignement Véritable, dispensé par un Ordre de Lumière, ne conduisent ses membres à cet état d’anéantissement ! Au contraire : la Force et l’Inspiration Divines sont données lors de ces épreuves, qui ne durent qu’un temps, plus ou moins long, le candidat en sortant avec une Conscience plus vaste, une lucidité et une force de caractère accrues.

 

d) Effets ressentis par ceux qui pratiquent la Théurgique ou qui appartiennent aussi à un Mouvement Philosophique Authentique ou à un Ordre de Lumière : différentes suggestions occultes leur sont données la nuit, et ayant pour origine le Groupe Noir initial, sous forme de rêves, cauchemars, visions persistant à yeux ouverts, ou présences ressenties dans la chambre, tendant à leur faire cesser la Théurgie et à résilier leur affiliation à cet Ordre Initiatique de Lumière. Souvent, l’Image Sainte d’un Adepte – quel que soit celui-ci – dressée sur un Autel individuel ou accrochée à un mur de l’appartement, est irradiée d’une vibration émise par les Forces de l’Ombre, pour que ces membres croient qu’en réalité ce sont les Adeptes qui font « œuvre noire »… Ce mélange d’affiliations perturbe fortement les chercheurs et ceux-ci pensent qu’ils affrontent leurs propres impuretés (comme cela se fait sur le Sentier de Lumière) alors qu’ils ne font que subir l’influx méphitique du Groupe Noir agissant par le canal du sous-groupe auquel ils appartiennent. Le discernement, à ce stade, devient très ardu.

 

 

 

 

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B – Les groupes qui finissent par passer sous la coupe du Groupe Noir

 

Dans cette dernière catégorie, d’une moindre malignité, mais qui peut aller croissant jusqu’à devenir réellement dangereuse, s’inscrivent les groupes qui, à l’origine, ne sont pas issus de l’influence du Groupe Noir initial. Ils sont l’œuvre d’une ou plusieurs personnes de bonne volonté, souhaitant sincèrement dispenser l’Enseignement Authentique de la Tradition. Ces fondateurs peuvent avoir reçu une formation dans un Ordre Authentique ou non, quoi qu’il en soit leur démarche est sincère.

 

Mais, à un moment donné, parce que certains membres portent en eux des failles psychiques et mentales facilitant cette intromission, et aussi parce que, en tant que groupe dispensant la Lumière, l’Ombre va de toute façon tenter d’agir… arrive, au sein de ce groupe, le canal des Forces émanant du Groupe Noir Initial. Ce canal, un être humain, est peut-être conscient de sa « mission » destructrice ou, - et c’est généralement le cas – ne l’est pas ; sa nature peu claire le rend tel et permet à l’Ombre de travailler par son intermédiaire ; il en est la victime parce que victime d’abord de ses propres failles…

 

Seule une observation occulte intense pourra détecter à partir de quand cette ingérence noire s’est opérée et comment elle évolue : soit elle est rejetée par la clarté du groupe (le canal quitte le groupe), soit elle s’instaure définitivement. Dans ce cas, l’organisation, initialement bonne, devient, dans la réalité des forces impliquées,[1] un sous-groupe du Groupe Noir.

 



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3 – Les pièges guettant les Chercheurs de Lumière

 

A – Pièges dus aux « bonnes apparences »

 

Que de catastrophes – et le terme n’est pas exagéré – sèment les Annales de la Quête de la Lumière ! Les victimes sont nombreuses, en effet. Malgré la bonne volonté du chercheur, il est souvent conduit vers un ou des groupes qui, sous des apparences tout à fait louables, accomplissent une œuvre noire.

 

Que de « Gurus », vêtus de la belle robe orange des moines de l’Inde, perpétuent cette immonde entreprise de destruction de la conscience humaine alors que leurs paroles ont la saveur du miel et leur regard (pour qui ne sait vraiment pas lire dans les yeux) se pare d’une douceur illusoire ! Que de « Maîtres », en Occident, avec pompe et théâtre, au vu et au su de tous, se glissent dans l’antre sacré d’Ordres Lumineux ou dans tel Mouvement Philosophique pour en extirper l’Essence au profit du Groupe Noir qu’ils servent consciemment ou non…

 


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B – Pièges dus au manque de développement occulte des chercheurs

 

Il faut avouer que les Occidentaux sont des proies idéales pour ce type de vautours parce qu’ils réunissent les critères nécessaires pour être phagocytés :

 

-         une ignorance du fonctionnement des groupes, bons ou mauvais, sur le plan occulte (invisible) ;

-         un manque de développement psychique : ils ne peuvent capter la réalité de la personne qu’ils ont devant eux et qui les enseigne. Est-il un vrai Guru ? Est-ce « un blanc » (pour reprendre le terme usité dans le jargon initiatique) ou travaille-t-il pour les Forces de l’Ombre ?

-         une appréhension trop concrète des phénomènes : que l’intellect prime, ils se fient simplement aux propos ou aux écrits de ce Guru ; que la structure matérielle soit bien établie (locaux, association légalement déclarée, budget confortable, structure d’accueil, etc…), l’apparence a force de vérité.

 

Ces lignes sont destinées à mettre en garde le chercheur afin qu’il exerce son discernement lorsqu’il contacte un groupe de travail, que l’expression de ce dernier soit orientale ou occidentale.

 


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C – Caractère inéluctable de ces pièges

 

Il faut donc éviter de tomber dans ces pièges mais, paradoxalement, ceux-ci se présentent toujours sur le Chemin de ceux qui empruntent la Voie de l’Evolution Spirituelle accélérée telle que l’offre l’Hermétisme.

 

En effet, le Cycle Légitime de l’Evolution prévoit la rencontre du chercheur avec l’aspect sombre de la Nature, rencontre qui peut prendre des formes différentes selon les étudiants :

 

-         avec un des sous-groupes qui viennent d’être décrits, excepté les deux premiers dont la note « noire » est par trop explicite et que le chercheur fuira instinctivement.

-         avec une personne qui véhiculera, en en ayant conscience ou non, les résidus méphitiques et destructeurs de notre Univers… ; cet être viendra tout simplement dans la vie du chercheur et sera suffisamment magnétique pour en bouleverser les repères ;

-         avec les Forces de l’ombre elles-mêmes, non concrétisées, mais qui insuffleront au chercheur mille et une tentations pour qu’il quitte le Chemin de la Lumière, le poussant parfois au désespoir voire au suicide, et lui inspirant des idées trompeuses sur le Sentier qu’il a pris ; les mêmes effets de détournements de l’Aspect Divin s’opéreront : des suggestions de rejet seront faites sur les Adeptes et leur Image éventuelle sera « contre-chargée »… pour générer la peur…

 

Ces lignes seront peut-être difficiles à comprendre et susciteront une révolte en raison de l’épreuve à expérimenter ; mais il en est ainsi : on ne peut avancer sur le Chemin de la Lumière sans apprendre à reconnaître – et pour en maîtriser la Force – la Voie de la Densité.

 

Mais que l’on se rassure ! Le passage éducatif du chercheur de Lumière dans un groupe pernicieux, ou l’amitié provisoire avec un être négatif, ou, enfin, la présence des Forces Obscures de la tentation, ont toujours une fin.

 

Le chercheur comprend finalement que l’action de ces Forces de « matérialité » sur son être, (via un groupe, une personne, ou directement de façon invisible) lui aura permis de « brûler » l’aspect sombre en lui et de conquérir ses plus beaux Etendards de Victoire sur le Sentier de l’Evolution.

 

Il doit être plus clair, à présent, pour le lecteur, que tout progrès mental, toute éducation des « masses », toute science et technologie nouvelles, tout système juridique clément et surtout cette notion lumineuse des « Droits de l’Homme », constituent un frein à l’action maudite de ce Groupe parce qu’ils tendent tous à alléger les souffrances de l’Humanité.




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4 – L’Organisation Noire planétaire et la divulgation de l’Hermétisme Authentique

 

Toutefois, ce que le Groupe Noir (et ses ramifications plus ou moins conscientes) hait le plus est la divulgation à un vaste public de la Connaissance Hermétique. En effet, cette dernière révèle aux hommes une Organisation de l’Univers tout à fait autre que celle qu’il s’efforce d’inspirer : à la vision d’une Humanité désespérée et « oubliée » quelque part dans un vaste Cosmos, vide, et bâti de la seule matière dense[2], la Tradition Esotérique substitue la Réalité Cosmique, celle d’un Univers plein de Vie[3] dont les Lois sont le Fondement même de toute Espérance et de toute Vie pour l’Eternité…

 

Mais ce que ce Groupe craint le plus, et ce sur quoi il s’acharne depuis des millénaires, est l’application des Lois Universelles, car si la Théorie de la Doctrine Esotérique le gêne, les étudiants en ignorent, pour la plupart, la pratique ; or, seule cette dernière permet non seulement d’appréhender concrètement l’existence de ce Groupe mais aussi et surtout d’anéantir progressivement leurs effets abjects sur la structure éthérique, psychique et mentale de l’être humain.

 

Cette Sainte Application des Lois est la Théurgie ou Magie, au sens authentique de ce terme. Ceci explique pourquoi cette Auguste Science a tant été l’objet de discrédit et de mensonges… Le Groupe Noir inspire des magiciens peu évolués pour en faire des sorciers et une fois les agissements pervers de ceux-ci bien connus, le reste de l’Humanité s’en détourne – à juste titre – mais en confondant ces pratiques avec la Science d’Origine, cette Mère blessée qu’est la Magie.

 




Sceau de la Théosophie                        moses brass-serpent
 

 

 

 

C’est pourquoi, les étudiants mêmes de l’Occultisme sont, pour la plupart, victimes de cette idée pernicieuse, et rejettent, sans même vouloir comprendre, la Magie… Ils rejettent ce qui donnera corps et réalité à leurs études, faisant de leur Quête, par la Purification profonde opérée, un Sentier Brûlant.

 

Qui saura alors la tristesse qu’éprouvent ceux qui doivent, au cours du temps, dispenser cette Science ? L’Humanité les craint et voile son regard devant eux (elle n’est qu’une adolescente… peut-on donc la blâmer ?)… Leurs propres frères sur le Chemin de la Connaissance se détournent d’eux aussi… Mais, en réalité, qui souffre le plus de tout cela ?

 

En conséquence, de même que la guérison d’une maladie implique la connaissance, de la part de la science médicale du moins, de son processus d’éclosion, de diffusion au sein de l’organisme et enfin, des modalités de son éviction, de même, il convient d’éclairer nos contemporains, et surtout les étudiants de l’Occultisme, sur l’origine de ce « mal » pervers qui ronge la Terre depuis des millénaires afin de « guérir » celle-ci définitivement.

 

Contre ce « mal » endémique, des « Médecins Terrestres » oeuvrent également depuis des millénaires.


.../... 



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[1] Ces Forces sont un mélange : le positif initial et le courant destructeur qui circule pernicieusement.

[2] Vision encore actuelle de la Science occidentale.

[3] La Vie, pour être telle, ne nécessite pas expressément un corps de matière dense, comme nous l’expérimentons sur Terre ; ce corps peut être, selon le degré d’évolution des Vagues de vie peuplant les Mondes, de nature éthérique (la plus dense, en fait), psychique, mentale et même de nature supérieure.

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Orphée - dans Mystères et Paranormal
23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 16:44

La Fraternité du Royaume des Ombres

 

L’organisation occulte de notre planète

 

  

 

 

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« Un jour tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion ». Voltaire.

 

« Si tu crains beaucoup la souffrance, si elle n’est pour toi nullement agréable, ne fais le mal ni ouvertement, ni en secret ». Udânavarga, IX, 3.

 

« Même si un homme a commis le mal mille fois, ne le laisse point le faire encore ». Udânavarga, XXVIII, 21.

 

« Antisthène disait que la science la plus difficile était de désapprendre le mal ». Fenelon.

 

« Le mal que font les hommes vit après eux ; le bien est souvent enseveli avec leurs cendres ». Shakespeare.

 

 

A tous ceux qui cherchent la Lumière…

 

Conseils et mise en garde

 

 

« Je suis persuadé qu’un jour viendra où le physiologiste, le poète et le philosophe parleront la même langue et s’entendront tous ». Claude Bernard.

 

A tous ceux qui cherchent la Lumière ce dossier est destiné ainsi que l’ont été toutes les formes que la Connaissance a empruntées depuis des millénaires pour être livrée aux hommes.

 

Que ce fût dans le secret des Temples, dans les manuscrits patiemment et courageusement transcrits de siècle en siècle, le Savoir ne tendait et ne tend qu’à un seul but : la Libération de l’être humain de sa condition tout simplement humaine.

 

Cette Libération était symbolisée par « la Lumière » dont la nature est d’éclairer dans l’obscurité et de dissoudre les ténèbres.

 



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Plus qu’un symbole, cependant, la Lumière, en tant que pouvoir, est une réalité et, contrairement à toutes les apparences, les ténèbres n’existent pas en eux-mêmes ; ils ne sont que l’état généré par l’absence de la Lumière.

 

Si la Lumière est donc une réalité bien appréhendée dans notre monde matériel (la lampe éclaire la pièce sombre, le soleil illumine les routes et les champs, etc…), elle l’est aussi sur les plans plus subtils : plan psychique, mental et spirituel. Sur ces plans, la Lumière, c’est-à-dire ce pouvoir qui absorbe les ténèbres, ne résulte pas du frottement d’une allumette. Elle est le produit de la Conscience.

 

Aussi, lorsque l’on parle de « la Quête de la Lumière », exprime-t-on la recherche d’une plus grande Conscience que celle que l’on possède déjà et qui a seule le pouvoir de libérer chacun de nous de sa prison « humaine ».

 

C’est pourquoi, à l’attention de tous ceux qui cherchent la Lumière, la Fraternité Invisible de Lumière qui gouverne notre Planète a consenti à divulguer depuis plus d’un siècle, ce qu’Elle gardait sous le boisseau. Les nouvelles conditions d’existence qui doivent prochainement s’établir sur Terre ont fondé en partie cette décision de révélation afin que l’Humanité se prépare et ait en mains les moyens d’accélérer son évolution.

 

A titre indicatif, est donnée à la fin de cet ouvrage une bibliographie – non exhaustive – qui tend à réunir les Fondements de l’Occultisme actuel et à constituer une base sûre pour tout étudiant sincère et aspirant à changer réellement sa propre personne et donc sa vie. Le critère de sélection de ces livres est celui de l’efficacité : comment développer ses connaissances au plan intellectuel et que mettre en pratique pour se transformer soi-même. En un mot, comment, sans perdre de temps dans les méandres d’une littérature ésotérique prolifique, développer son mental, son psychisme et s’harmoniser avec l’Aspect Divin inhérent à chaque être.

 

Ces conseils semblent donc impliquer une Quête purement individuelle et solitaire et certains seraient tentés de croire qu’ils contredisent la nécessité d’appartenir à un groupe pour recevoir une « Initiation ». Que signifie ce mot ? Comment une Initiation se prend-elle ? Qui la transmet ?

 

I – L’initiation

 

« La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l’ardeur de mon âme, est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble ». Louis Claude de Saint-Martin.

 



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Il convient de définir très brièvement l’initiation – au sens véritable de ce terme et non selon une appréhension symbolique – et de comprendre que si elle ne se produit que par l’action d’un groupe, celui-ci n’est pas nécessairement manifesté au plan humain, concret et dense ainsi que le sont les Organisations diverses : Ordres Initiatiques Traditionnels en Occident, Sectes Orientales (sans aucune connotation péjorative).

 

L’initiation est l’apport d’un certain type d’énergie à un individu permettant à ce dernier d’accéder au Plan particulier constitué par cette énergie et d’utiliser celle-ci à des fins précises, déterminées par la nature même de ce Plan.

 



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En d’autres termes, l’Initiation octroie un droit de passage, elle est un passeport sans lequel il est impossible de pénétrer un Plan donné. De façon plus explicite, l’Initiation branche littéralement (et ce n’est pas une simple image !) celui qui en bénéficie sur un courant nouveau et l’Initié peut alors user de cette énergie. Le groupe agit en « branchant » celui qui sollicite l’Initiation.

 

Pourquoi un groupe ? Parce que le phénomène de groupe est une des fonctions de l’Univers. Dans celui-ci, en effet, tout ce qui vit et a mouvement ne peut l’être qu’en relation avec d’autres parcelles de vie. Une seule et unique cellule ne vit qu’en liaison avec d’autres cellules et celles-ci constituent un organe. Un seul organe ne vit que parce qu’il est lié à d’autres organes (le foie est alimenté du sang lequel est lié au cœur et aux aliments, travaillés dans l’estomac…). Ces organes constituent à leur tour un être plus grand. Cet être plus grand (plante, animal ou homme) ne peut subsister que l’existence d’autres êtres qui lui fournissent l’Energie de vie, que ce soit la nourriture bien matérielle ou une quantité d’énergies plus subtiles.

 

Ainsi, à un niveau plus élevé, une Energie est-elle véhiculée par un groupe qui la diffuse et en constitue également le gardien. Ce groupe permet l’accès à ce Réservoir de Force lorsque l’individu lui-même est capable de canaliser cette Energie (sinon il subirait de grands préjudices ; fait-on passer un courant de 220 Volts par un fil ne pouvant recevoir que 125 Volts ?). Sont également révélés à l’individu les clés ou procédés divers donnant accès à ce Réservoir. Cette nécessité d’être « en phase » est illustrée par l’adage selon lequel « Lorsque le disciple est prêt, le Maître apparaît ».




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Schématiquement :

 

-         Un individu (en raison de son évolution résultant elle-même de ses efforts au long de plusieurs vies pour accroître sa conscience) est prêt à canaliser un certain type d’Energie de fréquence vibratoire plus élevée que celle qu’il a véhiculée jusqu’alors ;

-         Les Forces Cosmiques ou Karma entraînent cet individu vers le groupe approprié (dont la qualité vibratoire sera en résonance avec le degré d’évolution de l’individu) qui le branchera sur cette Energie ;

-         La qualité de ce groupe (la nature des êtres qui le composent) varie selon la fréquence vibratoire de l’Energie à transmettre ;

-         Ce groupe branche l’individu sur l’Energie en question et lui apprend comment à son tour accéder à elle et l’utiliser.

 

Ce processus, très succinctement décrit, est l’Initiation Authentique. Il suggère donc l’existence d’un « groupe », celui-ci impliquant la création d’un « Egrégore ». Qu’est-ce qu’un Egrégore ?

 



 




 

 



II- La notion d’Egrégore

 

« C’est dans le cœur de l’homme que l’union doit se réaliser ». Louis Claude de Saint-Martin.

 

1 – Formation de tout Egrégore

 

Un groupe humain s’élabore à partir de l’énergie de ceux qui le composent : énergie mentale, psychique et parfois physique (travaux, permanences, conférences, effectués avec ou sans rémunération, etc…). Ainsi se crée-t-il et de même il s’en nourrit. C’est une Loi.

 

La qualité vibratoire, en conséquence, de l’énergie cumulée de ce groupe dépend de la qualité de chaque individu : son degré d’évolution, ses idéaux, la nature de ses pensées et de ses émotions. Quel que soit ce groupe (politique, à but philosophique ou humanitaire, basé sur des motifs d’ordre professionnel, etc…), il existe par le simple fait que des hommes ayant des points communs l’ont créé. L’énergie ainsi cumulée par un groupe est appelée « Egrégore ».

 

Celui qui appartient à un groupe (et il en est toujours ainsi, considérez, par exemple, la famille : elle constitue un groupe ayant une fréquence vibratoire donnée ; celle-ci procure soit une sensation de malaise soit de bien être…) fait donc partie d’un certain Egrégore ; il alimente ce dernier sans s’en rendre compte, à l’évidence, mais il en tire soit un profit quelconque soit des nuisances ou bien les deux à la fois.

 

Du fait de cette appartenance à un groupe, un individu peut voir sa vie prendre un cours qu’elle n’aurait pas emprunté sans cette adhésion : soudain des ennuis viennent perturber le quotidien, ou alors, des malheurs frappent régulièrement, ou, au contraire, des bienfaits abondent, etc… Tout dépend donc de la qualité vibratoire de ce groupe.

 



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2 – L’Egrégore d’un Mouvement Philosophique

 

Un groupe « simplement humain » (un syndicat, une association, une famille, etc…) ne tire, ainsi qu’il vient d’être précisé, son énergie que de ses membres. Toutefois, lorsqu’un groupe se fonde sur des buts essentiellement liés à la Connaissance Esotérique, que ce soit la Méditation, diverses Pratiques Yoguiques, ou bien la Magie, etc… s’ajoute alors l’alimentation naturelle de ce groupe (l’énergie des membres) une énergie supplémentaire, de nature particulière[1], agissant sur le psychisme et toutes les facultés de ses membres. On dit que ce groupe est « branché ».

 

Mais sur quoi est-il branché ? Qui est derrière ce groupe ? Là réside le danger des groupes s’adonnant à l’Occultisme.


 

L'Archipel des 7 étoiles

 

 

III – L’organisation « noire » de notre Planète

 

« Heureux qui a traversé les Mystères ; il connaît la source et la fin de la vie ». Pindare.

 

Poser ces questions revient également à poser celles qui suivent : Est-ce sur un Être ou des Êtres de nature bénéfique, oeuvrant avec le Plan Divin de Vie et d’Evolution de la Conscience qu’est « branché » ce groupe ? Où sont-ce des êtres travaillant consciemment avec le côté sombre de la Nature ?

 

Une « hiérarchie » s’établit, en fait, dans l’Organisation « noire » de notre Planète : le Groupe Noir initial et les sous-groupes qui en dépendent.

 


 

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1 – Le Groupe Noir Planétaire

 

A – Ses Buts

 

1 – La destruction de la Conscience humaine

 

Si la Loi Cosmique est l’Evolution de la Conscience, il est logique (et la triste expérience le prouve, hélas !) que ces êtres oeuvrent pour sa destruction. Il serait trop long, et ce n’est pas le propos ici, d’expliquer pourquoi et comment ils en sont arrivés là, mais le fait est ; il faut donc le savoir. Il faut comprendre également qu’ils utilisent des hiérarchies d’êtres n’appartenant pas au plan humain, souvent désincarnés, pour effectuer leur horrible besogne de déstabilisation, de vampirisme et d’anéantissement final de la Conscience.

 


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2 – Le vampirisme de l’énergie humaine par circuit horizontal

 

Les membres de ce Groupe sont totalement coupés de la Source Energétique de l’Univers (Circuit de transmission verticale) et pour leur « survie », ils ont dû instaurer « un circuit de transmission horizontale » de l’Energie de Vie – le seul auquel ils ont accès – en allant « voler » celle-ci aux êtres humains (qui, eux, même à un degré d’évolution très bas, proche de l’animal, sont ouverts au Circuit Vertical). C’est là le vampirisme, au sens propre du terme.

 

En effet, « survie » signifie pour eux retarder leur annihilation, c’est-à-dire la destruction totale de leur être, car la Loi Divine a programmé pour chaque être, pour chacun de nous, l’acquisition de la Conscience et donc la Conquête de l’Eternité… Allant à l’encontre de cette Loi, ceux qui font partie de ce Groupe Noir, depuis des temps très reculés, savent que l’annihilation, à terme, est la seule issue à la voie qu’ils ont empruntée. Ce qu’ils ont souhaité pour autrui s’applique donc, à long et sûr terme, à eux-mêmes.




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B – Ses procédés

 

Ce Groupe Noir de la Planète œuvre depuis des milliers d’années en détournant à son profit la Force de Destruction. C’est le « noyau sombre », le plus terrible qui ait jamais été et qui soit encore pour peu de temps. Il est responsable de la souffrance, c’est-à-dire des conditions horribles dans lesquelles se poursuit sur Terre l’Evolution humaine.

 

1 – Vue synthétique de ses procédés

 

Ceux qui le constituent sont en très petit nombre et la plupart du temps désincarnés mais leur puissance réside dans le fait qu’ils maîtrisent parfaitement la manipulation des plans subtils dans lesquels les êtres humains vivent sans en avoir conscience. En termes techniques, ces êtres noirs manipulent nos vies en agissant sur les quatre derniers sous-plans (en comptant à partir du plus dense, « en bas ») du :

 

-         plan éthérico-physique (en activant les « feux » des désirs de violence et de sexualité débridée) ;

-         plan astral ou émotionnel (en activant le sadisme, la peur, la haine…) ;

-         plan mental, champ des idées concrètes (en inspirant des théories fondamentales erronées sur l’Univers et les Lois Divines et sur l’évolution humaine : athéisme, racisme, élitisme tortionnaire, culte de « l’inversion » affirmant que « seule existe la densité et ses rites : les sacrifices sanglants… ».

 




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2 – Action détaillée de ce Groupe

 

Voici comment ce Groupe Noir a opéré et tente d’opérer encore ; nous employons le temps « présent » mais ce processus se répète depuis des milliers d’années :

 

a) il stimule les instincts humains les plus bas et en active ensuite le désir d’assouvissement (parmi ces instincts, comptons la violence et le goût du sang) en agissant occultement sur les sous-plans qui viennent d’être indiqués.

 

b) il prolonge continuellement les conditions planétaires de souffrances (guerres, tortures, etc…) en jouant sur la violence humaine et l’attrait du sang ainsi activés.

 

c) il utilise la souffrance humaine (douleur, pauvreté, manque d’amour, maladies, etc…), qui est la conséquence aussi bien de l’action de la « Loi du Karma » sur les hommes que du cycle infernal d’horreurs que lui-même inspire (lequel va déclencher ensuite Karma…) en insufflant aux êtres humains des sentiments de révolte et d’injustice à l’égard de la Loi Une. Cette Loi du Karma freine, en effet, l’assouvissement des appétits humains, pour que les êtres transcendent leur nature animale et elle châtie les actes de violence.



 

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d) il récupère le Message initialement libérateur de quelque Adepte venu en ce monde, Message ultérieurement érigé en Religion, pour le souiller très rapidement en y immisçant des idées, des mœurs et des pratiques, tendant toutes à enchaîner à nouveau les êtres humains à leur ignorance et donc à leur servitude

 

e) ces conditions étant créées par lui, il propose aux hommes la solution « miracle » à ces malheurs : comment être heureux ici-bas, dans un monde de terreur et de pénibilité, hors de portée « d’un Dieu inexistant » en d’autres termes, « comment arracher à la Nature » ce que la Loi Cosmique leur refuse provisoirement ; c’est là l’origine de tous les rites et cérémonies tendant à évoquer la Force de Destruction ; c’est à ce point que se créent des Groupes humains, « sous-Groupes » par rapport au Groupe Noir initial, qui vont tenter de conjurer le malheur ambiant en suivant les instructions ainsi inspirées.

 

f) enfin, pour calmer les interrogations éventuelles et craintives de certains hommes, en qui la Conscience étouffée murmure encore… il modèle le mental humain en inspirant des Théories fallacieuses sur l’Univers, reniant la notion même de Lois et de Karma, de Bien et d’Eternité possible hors de ce monde de matière dense.

 

g) une fois ces sous-Groupes instaurés, le Groupe Noir a à sa disposition plusieurs « Egrégores »…

 

h) ceux-ci, étant le produit de l’adhésion d’hommes malheureux, d’ignorants mais aussi de pervers, chez qui, toutefois, le Circuit Vertical fonctionne encore, vont fournir au Groupe Noir Initial, extraite de façon horizontale (par vampirisme, donc), l’Energie, Source de Vie dont il s’est coupé.




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2 – Les sous-Groupes Noirs

 

Ils dépendent, en conséquence, de ce Groupe Noir, mais sans avoir nécessairement conscience de cette soumission, de cette transmission de courant désastreuse. Leurs membres accomplissent ce que le Groupe attend d’eux : la transmission de l’énergie humaine, que ce Groupe extrait horizontalement, et la propagation de pratiques immondes ainsi que de Théories fallacieuses sur l’Univers, diffusion qui fait perdurer ce cycle maudit ; en échange, ils obtiennent « facilement », en se soustrayant provisoirement à ce que leur Karma individuel avait programmé – par l’entremise des Forces négatives, pouvoir et assouvissement de toutes leurs passions.

 

Ces « sous-groupes » se divisent en plusieurs catégories, allant de la malignité la plus avérée à un caractère néfaste difficilement perceptible.


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[1] Nature déterminée par l’ouverture de ce groupe aux mondes subtils : ceux-ci alors agissent et impliquent leurs énergies respectives aux énergies humaines.

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Orphée - dans Mystères et Paranormal
23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 15:54

L’Empire des Ténèbres

 

 

Les Forces occultes à la conquête du Monde

 

 

 

 

 

« Les hommes deviendront des automates, animés artificiellement et momentanément par une volonté infernale, ce qui donne l’idée la plus nette de ce qui est arrivé aux confins même de la dissolution finale ». René Guénon – Le règne de la quantité et le signe des temps.

 

« Et si le mythe c’était la vérité ? » Valery Larbaud.

 

« Seul le fantastique a des chances d’être vrai. » Teilhard de Chardin.

 

« Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde aussi ». Friedrich Nietzsche.

 

 

La Chute des anges

 

« Que les Anges des Cieux autrefois les conçurent dans les ventres charnels de nos femmes, épris de leur grande beauté, qui déçut leurs esprits : Voyez quelle puissance a la beauté des femmes »

. Pierre de Ronsard.

 

Par des exils et des captivités successives à Babylone notamment. Les Hébreux furent mis en contact avec les religions des grands empires de l’Orient et rencontrèrent une série de divinités bonnes et mauvaises. Ils remarquèrent que leurs ennemis étaient nombreux et que des désastres s’abattaient régulièrement sur leur peuple. Comment expliquer ces revers ? Par la présence de mauvais esprits ?

 

Au début, celui qui allait devenir le Dieu d’Israël, Yahvé, divinité omnipotente, n’avait pas de concurrent en la personne d’un Dieu du mal. Le monothéisme hébreu était réticent à l’idée de diviser les pouvoirs. Au commencement, Yahvé, le Dieu universel, le créateur unique, était responsable du Bien comme du Mal. Si le Diable existait, il ne pouvait être qu’un ange déchu, un serviteur du Créateur. Seul le Dieu unique pouvait infliger des tourments à l’homme.

 

Puis, comme la pensée hébraïque répugnait à attribuer le mal à Dieu, elle imagina le personnage de Lucifer/Satan, subordonné à Yahvé certes, mais responsable par ses paroles du malheur du juste. Le mal n’apparaît plus comme la punition envoyée par la divinité courroucée.

 

 

 

 

Ce revirement, ce tournant primordial se remarque dans les deux versions successives de l’épisode du dénombrement d’Israël ordonné par le roi David. Dans le deuxième Livre de Samuel qui date du XIème siècle avant J.-C., c’est l’esprit de Yahvé qui incite David à dénombrer son peuple et qui ensuite le punit en lui envoyant la peste. L’injustice parut sans doute trop grande, alors cinq siècles plus tard, les Chroniques, plus proches du Livre de Job, modifièrent le récit de manière à ce que ce soit Satan qui se dresse contre Israël et incite David à dénombrer les Israélites.

 

Non seulement l’ange du Mal était nommé, mais il intervenait de son plein gré, sans l’accord de Yahvé. C’est ainsi que l’on crée une légende…

Pour les Hébreux, le Dieu d’Israël était incapable d’avoir créé des entités démoniaques. Dès lors, leur apparition ne pouvait être envisagée que dans la perspective d’une « Chute ». Des anges créés dans un état de grâce originel se rebellèrent contre le Créateur et devinrent de mauvais esprits. Pour quelles raisons les anges se révoltèrent-ils ?

 

Saint Augustin, après avoir affirmé que les anges avaient été produits avec une volonté droite et un chaste amour, ajoute : « Dieu était en eux, formant, leur nature et l’enrichissant de sa grâce ». Toutefois, seul Dieu restait parfait : « Nul n’est bon, si ce n’est Dieu ! » (Luc, 18). Pour Saint-Jérôme, « nul être, sans le secours de Dieu ne saurait conserver la justice, ni homme, ni Ange, ni Archange, ni Chérubin, ni Séraphin ; il n’y a que Dieu seul qui soit impeccable, car toute créature libre peut abuser de sa liberté. »

 

Les anges n’étaient donc point parfaits. Ils étaient dotés du libre arbitre, au même titre que les hommes. Libres de leurs choix, certains d’entre eux trahirent le roi des cieux et après leur défaite furent précipités dans les enfers. Prophètes de l’Ancien Testament, Apôtres et Pères de l’Eglise, tous s’accordèrent pour situer l’apparition du mal au cours de cette rébellion. Selon eux, Dieu qui était bonté ne pouvait en toute logique (dans notre raisonnement humain) créer le malin. Il avait engendré un ange qui, en se détournant de sa lumière, était devenu un esprit des ténèbres. Lucifer, l’archange décrit comme le plus beau et le plus aimé de Dieu, entraîna dans sa révolte un grand nombre de créatures célestes. Alors, s’engagea dans les cieux une formidable bataille cosmique entre Saint-Michel et ses ordres d’anges restés fidèles au Créateur. Lucifer fut vaincu. La vision d’Ezéchiel donne une étonnante description du prince de Tyr. Elle fut de manière erronée attribuée à l’archange déchu et à son orgueil qui le poussa à vouloir détrôner la divinité. 

 

Origène (185-254) s’inspira de cette vision et attribua lui aussi la déchéance du bel archange à sa vanité. Les théologiens assurèrent que l’ange de lumière s’était révolté parce qu’il voulait régner sur le ciel et occuper un trône aussi élevé que celui du Créateur. Certes, il était le meilleur des anges, mais il avait chu pour avoir voulu égaler Dieu. Ce « Prince des orgueilleux » comme le nomma Saint-Hilaire de Poitiers (315-367) avait échoué : « Pour avoir voulu régner sur le ciel, il fut précipité dans les ténèbres. Il avait été le plus lumineux des anges, il devint le plus noir. »

 

Selon une autre théorie, Lucifer fut jaloux de voir l’homme préféré par Yahvé et placé dans le jardin d’Eden. Selon Saint-Basile (329-374). Lucifer s’en prit à la femme car elle était « plus faible et plus facile à corrompre ». L’Archange se vengea des humains n’attirant sur eux le châtiment divin. Saint-Justin, dans le « Dialogue avec Thiphon », révèle que Satan, chef des rebelles était devenu un mauvais ange à l’instant même où il avait poussé Eve à désobéir.


Pour Saint-Irénée, le Diable « devint apostat et rebelle à la loi divine quand il fut jaloux de l’homme ». Tertullien (apologiste chrétien) adopta la même version. Dans le « De Patienta », il exposa la peine et la colère que ressentit Lucifer en constatant que l’homme, créé à l’image de Dieu, allait désormais commander tous les êtres de la création. C’est par jalousie qu’il se révolta. Si les anges se rebellèrent quand Dieu créa l’homme à son image, élevant une créature charnelle à leur niveau, leur crime résida peut-être dans l’affirmation de leur propre identité, de leur valeur, de leur place au sein de la hiérarchie des êtres. Avant l’apparition des êtres humains, les anges avaient été les « préférés » du Seigneur. Après, leur suprématie fut remise en question. Il est possible que certains d’entre eux aient conçu une légitime jalousie envers des créatures élevées jusqu’à eux par le pouvoir divin. Ce sont les arguments avancés par Edouard Brasey dans son livre « Enquêtes sur l’existence des Anges rebelles ».

 

Au début du IVième siècle, riche en hérésie de toutes sortes le théologien L. Caesilius Firmianus, plus connu sous le nom de Lactance, enseigna une version nouvelle. Il lança l’idée que le Diable était le frère du Christ ! Avant la création du monde, Dieu avait produit un esprit semblable à lui-même en vertus, le Christ. Ensuite, il en avait créé un second qui, jaloux de son aîné, avait sombré dans le mal, Satan. Selon Lactance, cet « être qui, de l’état de Bonté passa à celui de Méchanceté, est appelé le Diable par les Grecs ». Satan se serait révolté par jalousie, non pas envers Dieu ni envers les hommes, mais envers son frère Jésus ! Une autre version encore apparut au XVIième siècle à travers la plume d’un éminent théologien italien, Lancelot Politi, devenu dominicain sous le nom d’Ambroise Catarino. En 1552, il publia sa thèse, « De gloria bonorum angelorum et lapsu malorum », dans laquelle le mobile de la rébellion était la jalousie éprouvée par Lucifer pour n’avoir pas été choisi par Dieu pour être l’incarnation du Verbe, c’est-à-dire le Christ !

 

Nous voyons que l’origine de la chute est amplement controversée. Traditionnellement, c’est l’orgueil qui recueille le plus de suffrages. Or, il est possible qu’aucune de ces hypothèses ne soient la bonne d’autant que les textes apocryphes hénochiens en révèlent une bien différente : la concupiscence ! Durant les premières années de la chrétienté, l’idée d’une chute des anges due à leur désir de copuler avec des femmes, était couramment répandue et admise. Dans ses « Apologies », Saint-Justin la raconta selon la tradition amorcée par Enoch : chargés de veiller sur toutes les créatures terrestres, les anges avaient été séduits par les femmes. De leur union naquirent des démons qui furent vénérés par les païens comme des idoles. Enoch est évoqué en tant que référence dans l’Epître de Jude (XIV) et par Paul (Hébreux XI, 5). Paul, dans son « Epître aux Corinthiens » (11-10) ne conseille-t-il pas aux femmes de se couvrir la tête afin de ne pas susciter le désir des anges ?


Pierre et Jacques firent également allusion à Enoch. Origène, Procope et Tertullien évoquèrent le bien-fondé de cette version. La Genèse (chapitre 6, verset 1 et 2) en fit état en ces termes : « Quand les hommes commencèrent à se multiplier à la surface du sol et que des filles leur naquirent, il advint que les fils d’Elohim s’aperçurent que les filles des hommes étaient belles. Ils prirent donc pour eux des femmes parmi toutes celles qu’ils avaient élues… En ces jours-là, il y avait des géants sur la terre et même après cela : quand les fils d’Elohim venaient vers les filles des hommes et qu’elles enfantèrent d’eux, c’était les héros qui furent jadis des hommes de renom ». Ces versets causent pas mal de soucis aux théologiens qui, pour « noyer le poisson », identifient les faits comme étant de simples « symboles » de la chute de l’humanité, passant d’un état édénique à un état de corruption et de vice.

 

Au IIIème siècle, Origène, l’un des Pères de l’Eglise primitive n’affirmait-il pas dans une lettre adressée à Africanus que « les docteurs juifs avaient pour habitude de soustraire à la connaissance des fidèles tout ce qui risquait d’engendrer le doute, l’accusation ou la contestation à l’encontre du dogme, des prêtres, des princes et des juges, ce qui ne les empêchait pas de conserver précieusement les ouvrages de ce genre parmi leurs livres apocryphes ou secrets ? » Le film « Le nom de la Rose » évoque de manière magistrale les propos d’Origène.

 

Le « Livre d’Enoch », texte apocryphe consacré aux Anges raconte comment deux cent d’entre eux descendirent sur la terre, copulèrent avec les filles des hommes, leur firent des enfants et leur révélèrent des secrets jusqu’alors réservés aux seules entités célestes : astrologie, astronomie, vertus des plantes… Dieu prononça une sentence de mort sur cette progéniture infernale et livra tous les Anges fornicateurs aux supplices. Pour des raisons évidentes, l’Eglise condamna le « Livre d’Enoch » aux oubliettes pendant près de 1400 ans !

 

Avec le temps, l’ensemble des secrets délivrés par les « Veilleurs » prit la forme d’un enseignement initiatique transmis de génération en génération.

 

Selon le théosophe Rudolf Steiner, les « esprits lucifériens » étaient des Anges qui, dans un passé très lointain, avaient refusé de se conformer au projet d’évolution établi par les hiérarchies supérieures. Ils se virent alors reléguer sur la planète Terre. Au cours de l’évolution, ces entités se rapprochèrent du corps des humains et leur donnèrent tant « la possibilité du mal » que la capacité à se développer par leurs propres forces.

 

 

 

 

 

 

  

Les Fils de Satan

 

« La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de chose qui la surpassent ». Blaise Pascal.

 

Les « Fils de Satan » que nous allons découvrir ce sont des entités extraterrestres non biologiques, qui depuis l’aube de l’humanité hantent notre environnement ! Le Deutéronome les condamne sous le vocable de « Fils de Bélial ». Ce texte sacré évoque la canaille lubrique de Guibéa qui, au temps des Juges, abusa de la concubine du lévite d’Ephraïm jusqu’à la faire mourir. Bélial désigne finalement la puissance infernale acharnée à pousser les hommes vers la mort. Ainsi, le judaïsme assimile-t-il ce dernier au Diable, tel que la foi du charbonnier le conçoit. C’est le chef des esprits du mal. Ces démons sont des « esprits » mauvais qui assaillent l’homme dans son âme et dans son corps. Jadis ces « bêtes » mystérieuses hantaient les lieux désertiques dont la désolation convenait à leur sinistre nature. De nos jours, c’est toujours dans la discrétion d’une route isolée, dans un bois, et parfois à l’intérieur même d’une demeure qu’ils agissent. A la basse époque, le judaïsme identifia les démons aux anges déchus, esprits impurs, en rébellion contre Dieu.

 

 

                  

                                                                                             

 

Les Esséniens de Qumram, isolés dans les collines qui surplombent la mer Morte, attendaient que les anges les rejoignent pour la bataille finale contre le Mal. Ils se préparaient à la « Guerre des fils de la Lumière contre les fils des Ténèbres ».

 

Cet affrontement de déroule sous nos yeux sans que nous en soyons conscients !

 

Les manifestations de certains types d’Ovnis semblent parfaitement contrôlées par une « diabolique » intelligence dont on ne peut dire actuellement avec certitude si leurs origines sont terrestres, cosmiques ou hors des frontières connues de notre monde physique. Certains chercheurs pencheraient plutôt pour cette dernière hypothèse.

 

Les intelligences qui se dissimulent derrière les apparitions des Mystérieux Objets Célestes savent que notre science s’appuie sur la raison. Elles agissent en fonction de cette particularité de notre raisonnement.

 

Les manifestations insolites se nient elles-mêmes et détruisent subtilement leur propre évidence. Il semble donc bien difficile de les maîtriser ou de les appréhender par une technologie cartésienne, pragmatique et brutale.

 

En accord avec ce qu’à écrit l’écrivain spiritualiste George Vanderman, dans son livre « La Roulette Psychique » : « Le phénomène est réel, mais il nous trompe ». C’est ce qui explique la complète confusion des recherches actuelles et passées, que ces études aient été ou soient faites par des chercheurs indépendants, ou des scientifiques nouvellement conquis par les interrogations que posent ces phénomènes.

 

Un fait est certain. Toute porte à croire que nous sommes les sujets d’une vaste manipulation. En effet, comme le révélaient les anciens textes sacrés, il existe une Bi-Polarisation des éléments liés à ce que nous nommons l’ufologie. L’une est matérielle, l’autre spirituelle. Rien ne nous interdit de croire que toutes les deux ne nous offrent que des leurres imaginés pour nous induire sur de fausses pistes de recherches !

 

Bien des éléments nous donnent à penser que nous sommes soumis à un contrôle, à une manipulation et sans doute même à des expériences, réalisées par des éléments « extérieurs à notre planète ». Eléments totalement différents de nous et sans aucun rapport avec nos origines ni notre biologie.

 

Depuis des décennies, notre société subit l’effet permanent des phénomènes inconnus, nommés à tort ou à raison extraterrestres. 

 

Ils sévissent dans le domaine intellectuel, culturel et social. Un « mind control » de l’humanité, s’appuyant sur l’imagination et les mythes, est envisageable.

 

Comme l’a soutenu avec beaucoup de perspicacité Jacques Vallée : « Une Force invisible se manifeste dans notre environnement et agit sur l’humanité en l’influençant ».

 

Qui sont ces entités qui nous visitent, nous espionnent ou nous exploitent ? Dans le domaine actuel de nos connaissances, il est parfois bien difficile de répondre à cette interrogation.

 

Lorsque des « engins inconnus » sont vus au sol, de nombreux témoins affirment avoir aperçu les occupants de ces objets. La description qu’ils en donnent laisse un malaise. Des nains, des géants, des robots… Leurs constitutions semblent illogiques. Pour se faire une opinion de nos mystérieux visiteurs, seuls les témoignages qui se rattachent à eux peuvent nous guider sur une piste aux traces déjà effacées à l’instant même où on l’a découverte !

 

Un fait est certain, les « humanoïdes » auxquels nous sommes affrontés ne nous ressemblent pas du tout ou alors très peu. Cette perspective est décourageante, pour ne pas dire décevante. Décevante est aussi l’idée que nous pouvons nous faire de ces interlocuteurs.

 

Sachons qu’il existe des dossiers maudits sur des créatures terrifiantes apparues depuis des décennies un peu partout dans le monde. Des gargouilles semblent être tombées tout droit des corniches des cathédrales pour prendre vie dans notre milieu.

 

Il existe un lien bien compliqué qui semble unir les enlèvements d’humains par de mystérieuses entités dites cosmiques, et l’histoire oubliée de l’humanité. Prenons un exemple : Le Livre des Secrets de Jean (Codex II-I). De nombreux points portent à croire qu’il existe entre le Livre des Secrets de Jean et le Livre d’Enoch rédigé en éthiopien et pieusement conservé, une troublante analogie. Hénoch raconte la chute des anges sur la terre, séduits par la beauté des filles des hommes, puis leurs fornications avec elles, suivies de procréations. Ces amants insolites engendrèrent une sorte d’anormalité génétique chez les Géants, leurs fils. Les « Anges » révélèrent aux humains, les arts, les sciences, et des techniques avancées qui pervertirent la race humaine. Selon la version de Jean, Dieu envoya un déluge pour purifier la création de cette souillure. Prenons connaissance de la version, qui selon les exégètes contient un troublant double volet : Le démiurge ourdit un complot avec ses Puissances ? Il dépêcha ses « anges » aux filles des hommes pour accaparer quelques-unes d’entre elles et susciter une semence pour leur plaisir. Mais leur première tentative échoua, ce qui les obligea à se réunir à nouveau entre eux et ourdir un nouveau complot : ils créèrent un esprit travesti à la ressemblance de l’esprit qui était descendu, pour, grâce à lui, corrompre les âmes, et les anges changèrent leur apparence, selon la ressemblance des époux des femmes, en remplissant ceux-ci d’esprits ténébreux qui avaient présidé à leur propre mélange et les plongeant dans une perversité absolue.

 

Ces visiteurs venus d’ailleurs apportèrent de l’or, de l’argent en présents, ainsi que des métaux de bronze et de fer. Et ils infligèrent de grands tourments aux hommes qui les avaient suivis, les faisant fourvoyer en de multiples errements. Et c’est ainsi que la création toute entière fut réduite à jamais en esclavage jusqu’à maintenant. Les fils des Ténèbres se multiplièrent parmi nous. Dans les procès de sorcellerie instruits par l’Inquisition, on découvre de nombreux récits évoquant des rapports charnels entre des hommes et des femmes de notre monde avec des incubes (démons mâles) et des succubes (démons femelles). Il serait sans doute intéressant de donner à ces deux termes leurs véritables sens.

 

Un peu partout dans le monde, mais plus particulièrement aux Etats-Unis, depuis quelques années, de très nombreuses personnes prétendent avoir été enlevées et violées par des entités extraterrestres. Les récits de leurs aventures frappent les psychiatres qui se sont penchés sur ces cas, tout comme les spécialistes du renseignement qui les ont étudiés. Toutes les narrations sont identiques à quelques variantes près et quelque soit le lieu où ces agressions se sont déroulées, les décors, les actes et les manipulations dont les victimes ont été les sujets, se ressemblent et ne varient pas d’un iota dans leur déroulement.

 

Jacques Vallée, dans son livre « Le Collège Invisible » paru en 1975, a pour la première fois avancée l’hypothèse que nous serions manipulés par une « force occulte » inconnue provenant d’une autre dimension. Ses buts seraient ténébreux et elle cacherait sa vraie nature. 

 

 

L’origine de Moloch, Druide et Culte de Canaan

 

« Notre travail est par conséquent historiquement authentique ; il s’agit de redécouvrir la Tradition Sumérienne ».  Aleister Crowley, sataniste.


Canaan regroupe les territoires de Phénicie et de Palestine, les prédécesseurs d’Israël. La religion cananéenne est supposée être un dérivé de la religion babylonienne, elle-même provenant de la théologie sumérienne dont nous avons vu l’interprétation qu’en fait Zecharia Sitchin. Par la suite, la culture religieuse cananéenne influença amplement la religion israélite. De ces territoires proviennent les enseignements qui nous apprennent que Moloch était un synonyme de Nemrod ou de Tammuz.

 

Il est fréquent que nous retrouvions dans les mythologies sumériennes, babyloniennes, et autres, des personnages dont l’histoire est semblable et seul le nom diffère. Le personnage Moloch/Nemrod/Tammuz était connu pour avoir fondé Babylone lorsqu’il portait le nom de Nemrod, ainsi que pour avoir construit des cités telles que Ninive où de nombreuses tablettes sumériennes ont été retrouvées.

 

 

 

 

On a attribué à Nemrod le nom de Baal (le seigneur), et il a été aussi représenté dans un rôle où il était à la fois l’époux et le fils de Sémiramis. Cette dernière est aussi appelée Ninkharsag ou Nin-Khoursag, la « dame de la montagne », dans les mythes sumériens, où elle est le compagnon du Dieu Enlil. Lorsque Nemrod avait le nom de Tammuz, il aurait été crucifié avec un agneau à ses pieds et placé ensuite dans une caverne dont il aurait disparu trois jours plus tard malgré le rocher obstruant le seul accès existant. Cette histoire est similaire à celle de mythes égyptiens, indiens, chinois, asiatiques ou encore à la résurrection de Jésus au jour prêt.

 

Ces cultes ont été basés sur le sacrifice humain. Pourquoi faire appel à des cérémonies de culte au XXème siècle ?




 



 

Au minimum, cela montre un attrait vis-à-vis de pratiques sectaires, c’est-à-dire l’adoration de la destruction, le sang, la barbarie et le sacrifice d’enfants. Les sacrifices humains ont durée longtemps, puisqu’on connaît encore à Carthage le fameux sacrifice « molk » au cours duquel des nouveau-nés étaient livrés au feu. La Bible mentionnera des sacrifices d’enfants encore mille ans plus tard en Israël.

 

John Milton dans Le Paradis Perdu décrit Moloch de la façon suivante : « D’abord s’avance Moloch, horrible roi, aspergé du sang des sacrifices humains et des larmes des pères et des mères, bien qu’à cause du bruit des tam retentissantes le cri de leurs enfants ne fût pas entendu lorsque à travers le feu ils passaient à l’idole grimée ».

 

Ces sacrifices d’enfants se poursuivaient encore par le biais du rituel celtique « Bealltainn » accompli par les druides en Grande-Bretagne le 1er mai. David Icke nous apprend que le mot « druide » pourrait tout aussi bien venir du gaélique « druidh » signifiant « un homme sage » ou « un sorcier », mais il peut venir du mot irlandais « Drui » qui signifie « hommes des chênes ». Le Druidisme des Iles britanniques était simplement un dérivé de la sorcellerie satanique et de la magie de l’Egypte ancienne. Les mystères druidiques de Grande-Bretagne, d’Irlande ou de France étaient enseignés à l’orée des bosquets. Les réunions du Bohémian Club se tiennent en un lieu appelé le Bohémian Grove (Bosquet Bohémien), et les photos nous montrent la densité et la majesté des arbres du lieu.


 

 

En fait les sacrifices auraient une double origine. Par le sacrifice effectué, on fait en sorte que l’âme de la victime anime le lieu ou l’être auquel elle est consacrée. L’immolation rituelle d’une victime est créatrice dans le sens où elle permet à l’être immolé de retrouver un nouveau corps et de rendre « vivant » et donc durable ce nouveau corps, quel qu’il soit.

 

D’inspiration cosmogonique, le rituel se retrouve aussi dans les mythes de la création de l’homme. L’Enouma Elish, le poème babylonien de la création daté officiellement de 2000 ans avant notre ère, nous explique que l’homme est le résultat de la lutte des dieux. Les dieux perdants sacrifient l’un des leurs pour créer l’homme. L’homme se devra d’assurer le service divin par le culte et les sacrifices. Il assumera en fait la faute et le châtiment des dieux perdants à leur place. Dans la tablette VII de l’Enouma Elish on peut lire en caractère cunéiforme :

 

Maître de l’incantation sacrée, qui ressuscite les morts,

Qui eut pitié des dieux enchaînés,

Débarrasse les dieux, ses ennemis, du joug imposé,

Et, pour les sauver, créa l’humanité.

 

Le dieu sacrifié, Kingou, paraît alors devant son bourreau, Ea, qui lui tranche les veines et, de son sang, crée l’homme. L’homme n’est donc pas à sa naissance un être innocent et pur puisque coule dans ses veines le sang d’un dieu coupable et condamné. L’homme assume le châtiment d’un crime qu’il n’a pas commis tout en étant créé pour le service divin.

 

 

 


Mircea Eliade

 


Au début de ce texte vous vous demandiez certainement quel pouvait bien être le rapport entre le Bohemian Club, ce rassemblement des puissants d’Amérique, et les rites que l’on englobe sous le terme trop vague de satanique. J’espère que maintenant vous saisissez mieux le rapport. Si le satanisme tel qu’il est connu du grand public est une sorte de fourre-tout révélateur d’un mal être social, la mise en application de certains de ces rituels par des personnes initiées dépasse l’entendement par leurs natures et leurs effets. Comme nous l’avons vu, le druidisme se situe à un niveau élevé de la pyramide de la connaissance de la fraternité satanique. D’après de nombreux témoignages et des preuves vidéos, il semblerait que les personnalités qui prônent l’institution du Nouvel Ordre Mondial mettent tous les atouts de leur côté en faisant usage de rituels sacrificatoires visant à faire « vivre » leur projet.

 

Baal, Maître sur Terre

 

« L’ombre est sans doute contagieuse mais n’oubliez pas qu’elle demeure assujettie au Soleil ».

 

Les dieux, tout comme les humains, luttent pour le pouvoir. Le poème phénicien qui raconte la légende de Baal montre comment ce dieu des Orages et des Tempêtes doit vaincre ses rivaux, Yam, le dieu de la Mer, et Mot, le dieu de la Mort. Car celui qui règnera sous l’égide du tout-puissant El, roi et père des dieux, sera l’objet de la vénération des hommes et recevra des offrandes et des sacrifices.

 

 

 

Dieu des Ouragans et des Tempêtes, Baal est extrêmement puissant. Mais à la cour du roi des dieux, El, d’autres figures imposantes prétendent comme lui aux honneurs. Pour parvenir à leurs fins, les dieux doivent avant tout obtenir de El l’autorisation de construire un temple, où les hommes apporteront leurs offrandes et célébreront leur culte.

 

Une violente querelle éclate entre Baal et Yam

 

La querelle entre Baal et Yam éclate au moment où le dieu de la Mer décide de se faire construire un palais. Lorsque Baal apprend cette nouvelle, il entre dans une colère folle car cela signifie qu’aux yeux de tous Yam est plus puissant que lui. Dans sa rage, il insulte son rival, le maudit, et promet de bientôt l’anéantir.

 

Ces terribles menaces arrivent aux oreilles du dieu des Eaux salées, qui ne pense plus dès lors qu’à se venger. Un jour que Baal se trouve à la cour du dieu El, des messagers arrivent. Devant l’assemblée silencieuse, ils déclarent que Yam, leur maître, a été outragé, et qu’un tel affront ne sera pas lavé tant que Baal ne lui aura pas été livré. Tout le monde est consterné. El, soit par préférence pour son fils direct, soit pour mettre à l’épreuve le plus fort de tous, annonce alors : « Baal sera ton esclave, o Yam ».

 


 

 

Mais le dieu des Ouragans ne l’entend pas ainsi. Il montre une fois de plus sa redoutable colère et, déchaîné, se lance à l’assaut des messagers de Yam. Heureusement, au dernier moment, sa sœur, la cruelle vierge Anat, retient son bras et évite ainsi à Baal de commettre un sacrilège en assassinant des messagers.

 

Les dieux réunissent leurs forces pour libérer Baal

 

Retenu en captivité par le dieu de la Mer, Baal médite sa vengeance. Il fait alors venir à lui son ami Kothar, dieu de la Technique, architecte rusé et forgeron divin. Faisant montre d’une adresse dont lui seul est capable, Kothar fabrique deux énormes massues destinées à délivrer Baal. Ces armes, maniées par le dieu des Nuages, semblent douées d’une vie autonome : Yam est terrassé, et Baal se prépare enfin à régner.

 

 

Désormais, Baal doit construire un temple, un palais qui fasse connaître sa gloire. Anat, sa sœur, va trouver El, le dieu suprême qui décide de tout, et lui demande de reconnaître Baal en acceptant de lui dédier un édifice. Pour parvenir plus sûrement à ses fins, la jeune fille organise un gigantesque sacrifice de jeunes gens et fait des ablutions avec le sang recueilli.

 

A son tour, le dieu de la Mort affronte Baal

 

Cependant, Mot, le dieu de la Mort, celui qui fait sécher les plaines verdoyantes, ne supporte pas le triomphe de Baal. Il décide de mettre fin aux sacrifices entrepris par la déesse Anat, car si Baal, son ennemi, parvient à régner, lui-même finira par disparaître. Bien que très combative, la sœur de Baal ne peut s’opposer longtemps au dieu infernal. Aussi est-elle bientôt contrainte d’appeler son frère à l’aide. Sur le Septentrion, c’est-à-dire le mont Liban, Baal affronte à son tour Mot et parvient à repousser ses assauts.

 


 


Anat, qui semble n’être jamais à court d’imagination, entreprend d’enduire de sang la grande barbe blanche d’El, ce qui a pour effet de le rajeunir. Le dieu suprême devient alors favorable à Baal et permet la construction de son temple. Alors que Kothar, le dieu des Forges, sculpte des ustensiles de culte en or et en argent, on bâtit un édifice de cèdre et de brique. Une fenêtre est ouverte dans le toit pour recueillir la pluie que Baal fait tomber. Une fois le palais achevé, Baal procède à de grands sacrifices de taureaux, de veaux, de moutons et d’agneaux.

 

La fidèle Anat vole au secours de son frère

 

Devenu le dieu le plus puissant sur Terre, Baal s’engage à pourvoir aux besoins des dieux et des hommes, à faire en sorte qu’ils aient toujours des vivres en abondance. Malheureusement, il doit en contrepartie céder son règne dans le ciel à son ennemi, le dieu Mot, et descendre sous terre. Tous les dieux sont affligés. El, lui-même quitte son trône pour pratiquer les rites funèbres, et, dans sa tristesse, se couvre la tête de poussière et déchire ses vêtements.

 

 

             

 

                                                         

 

Lorsque la cérémonie s’achève et que tous les dieux sont partis, une seule reste inconsolable : c’est la fière Anat, qui pleure son frère. Elle se rend auprès de Mot, qui règle à présent les destinées du monde, et le supplie de faire revenir Baal. Il y a urgence : la terre se dessèche, les fils des hommes meurent. Mais le dieu des Morts est insensible aux prières d’Anat, qui s’emporte alors, car elle est capable du même courroux que son frère. Aussitôt, elle saisit Mot et le tue, puis répand les parties de son corps sur les récoltes. Baal est ramené sur la Terre, les récoltes refleurissent soudain et l’esprit des moissons, enfermé dans le grain, est sauvé. Baal, dieu des Ouragans, des Tempêtes et de la Pluie, peut à nouveau régner.

 

Une multitude de Baal

 

Le terme « Ba’al » signifie Seigneur, Maître ou Mari. On retrouve des dieux portant ce nom sur tout le pourtour du bassin méditerranéen, où ils apparaissent souvent sous la forme d’un taureau. En fait, de nombreuses villes avaient leur propre dieu Baal (Ball Tyr, Ball Biblos…). Dans l’Ancien Testament, le terme Baal désigne le dieu des païens, des idolâtres, en opposition au dieu des Juifs, Yahvé.

 

Des sacrifices en l’honneur de Baal

 

Des détails de stèle punique montre des prêtres portant un enfant préparant un sacrifice rituel en l’honneur du dieu des Orages et des Tempêtes. Le prophète d’Israël Elie (IXe siècle avant J.-C.) éteint le feu des adorateurs de Baal à qui ils s’apprêtaient à sacrifier un mouton, représenté dans une gravure du XIXe siècle après J.-C. illustrant l’Ancien Testament.

 



 







 

 


Une littérature découverte au XXe siècle

 

La civilisation phénicienne étant très ancienne, son apogée se situe au milieu de IIe millénaire avant notre ère, les textes n’ont pas pu être transmis par la tradition savante, comme cela s’est produit, par exemple, pour les textes grecs. Seuls quelques fragments nous sont parvenus. Il a fallu attendre des fouilles archéologiques récentes pour retrouver de grands textes littéraires. Ainsi, la légende de Baal a pu être reconstruite après l’exploration, en 1929, du site de Ras Shamra, en Syrie, l’ancienne Ougarit phénicienne.

 


 


 

Le mythe de Baal : une allégorie de la nature

 

Derrière le combat fantastique des divinités se lit la tentative d’expliquer les forces naturelles et le cours des saisons. Les Phéniciens, habiles navigateurs, considéraient probablement le déchaînement des mers par la tempête comme un combat sans merci entre deux divinités. Dans la figure de Baal, qui gouverne la pluie, et celle de Mot, liée à la mort et à la sécheresse, apparaît la succession des saisons. Quand l’un de ces dieux règne sur la Terre, l’autre meurt ; ainsi le climat aride de l’été efface-t-il l’hiver pluvieux.


Conclusion

 

Le « Livre des Secrets de Jean » de Nag Hammadi, nous offre une variante : les anges ne se posent pas sur terre séduits par les filles de l’homme, mais ils sont envoyés en mission par leur chef, le démiurge. Celui-ci se sert de sa troupe angélique pour réaliser un dessein précis : tromper la race humaine dans le but de l’asservir, l’éloignant à jamais de la connaissance réelle. Le complot du démiurge et de ses complices s’articule en deux étapes bien distinctes. La première consiste dans une tromperie d’ordre sexuel, la seconde dans un mensonge d’ordre intellectuel : les anges révélèrent aux hommes des connaissances perverses. Mais la principale mystification consiste à prendre l’apparence des époux des femmes pour coucher avec elles, et engendrer une progéniture bien dissimulée. Si nous acceptons cette thèse, nous pouvons admettre qu’une race extérieure se livre ici-bas à une guerre subversive d’un genre bien spécial. La clef du Livre Secret de Jean, c’est qu’on y accuse pas les femmes d’avoir tenté les anges par leurs séductions et leurs charmes, mais qu’en revanche ce sont les femmes qui ont été les victimes d’une violence sexuelle perpétrée sur elles par la ruse. Elles ont été abusées par des analogues frauduleux qui ont pris l’apparence de leurs maris.

 

Le texte précise : « Ils prirent alors une forme humaine (se matérialisèrent) et apparurent aux femmes alors qu’elles pensaient à leurs époux. » Ce qui laisse entendre que ces curieux envoyés célestes étaient capables, soit de se métamorphoser par suggestion, soit de s’introduire dans un autre corps. Souvenons-nous que ce thème a été repris par Philon d’Alexandrie. Ce dernier écrit : « Il arrive souvent que les anges « imitent » la forme des hommes pour connaître les femmes et engendrer des Haiks – des Géants. »

 

Par contre, pour cet auteur, les anges ne veulent pas nuire aux hommes, mais améliorer leurs existences. Ils sont capables non seulement de prendre la forme humaine, mais toutes celles qu’ils désirent dans de véritables transformations magiques. Les textes sacrés de la Bible nous affirment que la véritable tromperie de ces Elohïm, fut d’amener à réfléchir sur tout ce qui touche à la matière. Cette science conduisit tous les peuples de la terre à choisir une voie pernicieuse et mortelle. Nous sommes peut-être aujourd’hui les victimes d’un accouplement d’êtres différents et d’une union contre nature.

 

Jean assure que l’homme est emprisonné par le temps, l’espace, la matière et la chair. Il décrit un drame d’angoisse et de mort : le démiurge tint conseil avec ses autorités qui sont ses puissances et ils donnèrent naissance à l’abomination, au blasphème et aux grandes frayeurs, afin qu’on ne puisse pas connaître le Dieu qui est au-dessus. L’humain ordinaire est ainsi tenu dans la prison du corps et dans les œuvres de la terre.



 

 










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Orphée - dans Mystères et Paranormal
22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 21:04

VI - A quand le cataclysme final ?

 

A toutes les époques et sur tous les continents, prophètes, illuminés, visionnaires mystiques… ils furent nombreux à annoncer le pire. Petit florilège des prévisions apocalyptiques.

 



BruegelBabelBig

 

Les mystiques chrétiens

 

Née en 1098 à Bermersheim, en Germanie, sainte Hildegarde de Bingen a développé très tôt un don de voyance : des éblouissements, des visions prémonitoires dont elle ne parlera qu’à partir de 1146, quand une « voix » lui en intima l’ordre. Outre ses appels à la prière, à la justice, au respect de la nature, Hildegarde met aussi en garde contre la venue de l’Antéchrist. Elle écrit, dans Scivias : « Le fils de perdition viendra dans un temps très proche. Beaucoup d’âmes seront enlevées lorsque l’erreur s’élèvera de l’enfer vers le ciel, quand les fils de la lumière seront attachés à la noria du martyr, refusant d’abjurer leur foi dans le fils de Dieu pour reconnaître le fils de perdition. »

 

Il faut dire que de Césaire d’Arles (470-542) au populaire Padre Pio (1887-1968), nombre de saints et de mystiques catholiques prophétisent encore et toujours, généralement autour de la trame fournie par l’Apocalypse de Jean, Anne-Catherine Emmerick (1774-1824) aurait ainsi vu, pour le début du XXIe siècle, l’ère de la gloire crépusculaire de l’Eglise romaine, annonciatrice de bien des catastrophes…

 

« Soleils » aztèques, attentes New Age

 

Les subtils calendriers aztèques et mayas théorisent la succession de cinq ères cosmiques ou « Soleils », nommés à partir du cataclysme devant les détruire, d’une durée de 28.800 ans chacun : le Soleil de Terre, le Soleil de Nuit achevé par la « chute du ciel et de jaguars mangeurs d’homme », le Soleil de Vent clos par de terribles tempêtes, le Soleil de Feu consumé par une pluie brûlante, le Soleil d’Eau ou de Jade englouti par un déluge (celui des traditions bibliques ?). Reste le Soleil de Tremblement, s’achevant par un épouvantable séisme. Ce serait justement le nôtre et sa fin est prévue pour le 21 décembre 2012.



 
 

Calendriers Mayas-v1

 

 

 

Nostradamus

 

Médecin et astrologue, Nostradamus (1503-1566) est réputé pour ses fameuses Centuries (1555), mille quatrains annonçant mille événements, mûri pendant trente ans. Ecrits dans un français obscur, truffé de jeux de mots, d’anagrammes et de références cryptées (notamment astrologiques), chaque quatrain s’offre à toutes les interprétations. A posteriori, on a pu y lire la mort en tournoi d’Henri II, la fuite de Louis XVI à Varennes, le sacre de Napoléon et même la Seconde Guerre mondiale. Vu leurs images aussi incompréhensibles qu’effrayantes, on n’a surtout pas manqué d’y lire des annonces apocalyptiques, reprises par Paco Rabanne ou la secte japonaise Aum qui prédisait le pire pour 1999. En s’inspirant de l’un des rares quatrains comportant une date claire : « L’an mil neuf cens nonante neuf sept mois / Du ciel viendra un grand Roi d’effrayeur / Ressusciter le grand Roi d’Angolmois / Avant après Mars régner par bon heur. »


 

Nostradamus

 

 

La Bible codée

 

Auteur du best-seller la Bible : le code secret (1997), le journaliste américain Michael Drosnin assure que d’effarantes prophéties sont cryptées dans le texte hébreu du Saint Livre. Conjuguant informatique et méthodes kabbalistiques, il y découvre la fin des dinosaures, l’ascension d’Hitler, l’assassinat de Kennedy et surtout celui d’Yitzhak Rabin… Après avoir retrouvé le 11 septembre – après les attaques -, l’exégète numérique n’annonce rien moins qu’une guerre atomique au Moyen-Orient pour 2006. Avant l’Apocalypse… dans la presse, Michael Drosnin défie les sceptiques en les invitant « à trouver dans Moby Dick un message codé qui annonce la mort d’une chef de gouvernement ». Le mathématicien australien Brendan McKay le prend au mot et découvre dans le roman d’Herman Melville… neuf assassinats de premiers ministres, y compris celui d’Yitzhak Rabin. Le clou du décryptage McKay ? La mort de Lady Di « codée » dans Moby Dick avec les noms de son compagnon et du chauffeur…

 

Les dits du Prophète

 

De façon troublante, la tradition met dans la bouche de Mohammed des « signes » précis, non sans rapport avec la société actuelle, de l’approche de la fin du monde. Ainsi, ces hadith, tirés des Signes de la Fin des Temps dans la tradition islamique (Alif Editions, 1998). « On construira des palais élevés (…) et l’on fécondera les femmes stériles. (…) L’enfant sera un sujet d’indignation (…) et la turpitude se manifestera au grand jour. La terre se retirera (remplacée par l’eau ou le désert) et apparaîtront des prédicateurs mensongers, donnant raison aux pires éléments de ma communauté (…) Les vieux ne seront plus respectés (…) et les enfants d’adultères croîtront en nombre. (…) Les hommes se satisferont des hommes et les femmes des femmes. » On constate la banalisation des voyages, la rupture des liens familiaux, l’apparition de mutations (génétiques)… « Les biens constitueront la plus grave des préoccupations des hommes ; ils prendront leurs femmes pour repère et l’argent pour religion. » Alors, « la science sacrée aura disparu, la richesse et l’écriture se seront répandues et le commerce se sera multiplié. Les Rûnis (Occidentaux) seront les plus nombreux. (…) Ils auront des qualités spécifiques : ce seront les gens les plus solides (…) les plus bienveillants à l’égard des faibles ainsi que les plus à même de se préserver de la tyrannie des rois ». Occidentalisation du monde, démocratie de marché, émancipation des femmes, libération sexuelle, intégrisme islamique, désordres écologiques : tout y est. Encore faut-il que ces dits soient ceux du prophète…

 

La Vierge

 

Le 19 septembre 1846, dans les alpages de La Salette, en Isère, deux enfants bergers rencontrent une « belle dame » en pleurs qui leur livre un message de conversion et leur confie : « J’adresse un pressant appel à la Terre ; j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant, (…) les apôtres des derniers temps (…). Il est temps qu’ils sortent et viennent éclairer la Terre : (…) combattez, enfants de Lumière, vous le petit nombre qui y voyez. Car voici le Temps des temps, la Fin des fins. » L’apparition est authentifiée par l’Eglise catholique. Elle fait suite à une série de mises en garde récurrentes attribuées à la Vierge elle-même au cours d’abondantes apparitions, dont celle de Fatima, au Portugal, en 1917.

 

La prophétie de saint Malachie

 

Selon la prophétie de ce moine irlandais du XIIe siècle, ami de saint Bernard, Benoît XVI serait l’avant-dernier successeur de Pierre avant la fin de l’Eglise de Rome… et peut-être celle du monde. Malachie a énuméré 112 sentences en latin, aussi étranges que lapidaires, censées résumer les pontificats à venir. Après De labore solis (Le travail du soleil) liée à Jean-Paul II, Benoît XVI hériterait ainsi de la sentence De gloria olivae (La gloire de l’olive), sans que personne ne sache trop comment la comprendre. Mais la devise de son successeur est autrement plus claire : « Pendant la dernière persécution que souffrira la Sainte Eglise romaine siégera Pierre le Romain. Il paîtra les brebis au milieu de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées, la ville aux sept collines (Rome) sera détruite : et le juge redoutable jugera le peuple. » Pour les historiens, la prophétie de l’évêque irlandais passe pour un faux composé à la fin du XVIe siècle par un bénédiction belge, Arnaud de Wion… qui avait peut-être un don de prophétie.




Le Pape Benoit XVI                         michel dragon[1]
 

 

 



 

 



 

 

 

 

 

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 20:18

III – Les apôtres de l’Apocalypse

 

Nouveaux mouvements religieux et sectes se sont emparés de l’Apocalypse de Jean pour en faire, au fil des siècles, le Livre de la Fin des Temps. La Révélation a cédé la place aux promesses de cataclysmes. Aujourd’hui encore, beaucoup attendent le Jugement Dernier et se préparent à des jours meilleurs, sur Terre ou ailleurs. Qui sont ceux qui se croient élus ?



Ordre du Temple solaire-v2 

 

 

C’est presque un village fantôme. Couvert d’un  fin manteau neigeux, le hameau de Sus-Navarrenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, semble endormi, caché sous la brume épaisse. En cette veille de réveillon, les quelques villageois préparent les fêtes de Noël. De l’autre côté de la place, un château résonne de rires d’enfants : les membres de Tabitha’s Place, eux, débutent le shabbat… Les hommes rangent les tracteurs, les femmes s’affairent aux cuisines, tandis que les gamins, une soixantaine, se ruent vers le chalet où vont se dérouler les prières et le dîner. Ambiance colonie de vacances. On les appelle communément les « 12 tribus », ou les « hippies » car cette tribu patchwork, composé de plus de 30 nationalités, a choisi de vivre simplement, en harmonie avec la nature, la Bible, loin des tentations de la ville. A priori, rien de suspect.

 

Quelques images étonnent, tel ce mince bandeau bleu pastel qui barre le front des hommes : « Il s’agit d’un diadème, qui servira à supporter la couronne du Seigneur lorsqu’il sera de retour sur Terre », explique Yadone, un solide gaillard de 60 ans. La marque des élus, ceux qui échappent aux flammes de l’enfer « parce qu’ils auront préparé le retour du Messie et combattu Satan ». Chacun est libre de le porter, s’empresse d’ajouter cet ancien Parisien qui n’a pas quitté la communauté depuis son arrivée, il y a seize ans.

 

A la « Ferme », les adeptes mènent une vie stricte, basée sur les préceptes de la Bible, rythmée par deux offices quotidiens. Chacun a troqué son état civil pour un prénom hébreux – Yadone signifie reconstructeur de Jérusalem – et préfère dire Jahschua plutôt que Jésus. Comme des premiers chrétiens. Tabitha’s Place s’inscrit dans la mouvance des adventistes du septième jour, apparus aux Etats-Unis au XIXe siècle et croyant au retour du Christ. Elle professe une lecture approfondie de la Bible, des prophéties en particulier, et a choisi le shabbat, septième jour de la semaine, comme jour de culte.

 

En attendant le jour dernier, Yadone et ses compagnons combattent Satan, « présent en chacun de nous ; c’est la part de cupidité et d’égoïsme qui régissent ce monde », dénonce le patriarche qui alimente le feu de la cheminée en sirotant son maté. « Nous croyons en l’Apocalypse, qu’il y aura un jugement dernier, où ceux qui ont fait le bien seront récompensés. » Tour de Babel trouée de lignes ferroviaires, foule poussant la Terre dans un précipice… Leur site Internet l’illustre sans détour. Comme l’a prédit le prophète Isaïe, il y a 2700 ans, la Terre court à sa perte. Coup d’œil vers la cheminée, les flammes n’ont pas faibli ; satisfait, Yadone semble chercher sa chute, conclut sur une pirouette : « La fin du monde va bien arriver un jour, n’est-ce pas ? »

 

Le boom et le flop de l’an 2000

 

Depuis vingt ans, la nébuleuse eschatologique, doctrine de la fin des temps, ne cesse de grossir : mouvances religieuses « reconnues » comme les mormons, certains groupes chrétiens fondamentalistes, telles les églises évangéliques et pentecôtistes, mais aussi sectes apocalyptiques, millénaristes, sans oublier les tenants du New Age… Ils ont tous tiré du dernier Livre de la Bible leur propre testament. Nombre d’entre eux ont surfé sur le changement de millénaire. Et si la fin du monde n’a pas eu lieu, ce n’est qu’un simple problème de timing. « C’est le fameux paradoxe de Festinge : une secte prédit qu’il va neiger pendant huit jours, mais cela dure finalement deux semaines, donc le gourou dit à ses adeptes que leurs prières ne marchent pas parce qu’ils n’y ont pas mis assez de ferveur », schématise Jean-Marie Abgrall, psychiatre, criminologue spécialiste des sectes. Les apprentis prophètes repartent alors de plus belle, avec de nouvelles prophéties, de nouvelles dates et surtout le désir de mieux faire…

 

Selon la Milivudes et l’Adfi, il existerait aujourd’hui une trentaine de sectes eschatologiques en France. Le chiffre serait bien plus important, nombre de groupes adoucissant leurs discours en public. Selon Jean-Marie Abgrall, l’un des dangers pourrait venir de la « mouvance évangéliste et adventiste, des microgroupes charismatiques d’inspiration protestante, mais aussi catholique. Proches des grandes religions traditionnelles, ces mouvements se perçoivent moins comme sectes et sont d’une certaine façon « reconnus » par les Eglises mères ». Une perception d’autant plus difficile que la tendance est plutôt à l’éclosion de « petits groupes farfelus qui représentent un réel danger, plutôt que des grands mouvements structurés ».


 

 

Ordre du Temple solaire-v1 

 

 

Par contre, lorsqu’il s’agit de prédire la fin du monde, la retenue n’est plus de mise : conflits nucléaires, chimiques ou bactériologiques, troisième guerre mondiale, tremblements de terre, déluges, épidémies en tout genre… Nostradamus est dépassé ! La secte Garum et Khnoum innove en prédisant un big bang en 2006, l’Eglise du Salut de Dieu opte pour le départ des élus en vaisseau spatial avec le Dieu-Apocalypse. Dans ce catalogue des catastrophes, la climatologie représente la grande tendance post 2000 : les adeptes de l’Energie Universelle (HUE) attendent toujours « l’inversion des énergies, provoquant la fonte des banquises et les chaleurs excessives »… Enfin, certains sectes, comme le Petit Caillou, proposent un terrifiant package : collision entre la comète Hale Bop et le Soleil, éruptions volcaniques, tremblements de terre, départ du pape de Rome ( ?), troisième guerre mondiale… La totale !

 

Quelle que soit la forme du cataclysme attendu, le scénario biblique est ensuite bien connu : « Cette période d’épouvante et de désespoir, dénommée Grande Tribulation, annonce la venue de l’Antéchrist et des forces du Mal qui vont s’affronter aux forces du Bien dans la gigantesque bataille d’Armageddon », rappelle Jean-Marie Abgrall. Le Bien triomphe, permettant la résurrection du Christ ressuscité et 1000 ans de bonheur. Puis Satan se libère, séduit Gog et Magog – les nations païennes – avant d’être définitivement mis hors d’état de nuire. S’ensuit le Jugement Dernier, les uns disparaissant dans « l’océan de feu et de souffre », les autres rejoignant le royaume de Dieu.

 

Lancés dans le long combat entre le Bien et le Mal, les mouvements eschatologiques utilisent tous le même mode opératoire : prédire le pire pour emporter l’adhésion. Puis faire miroiter une issue de secours, le salut rédempteur. C’est le cas des sectes millénaristes qui attendent la venue et le royaume du Christ. Les groupes apocalyptiques guettent la fin imminente des temps, alors que les tenants du « cataclysmisme » professent un délabrement de l’équilibre entre la Terre et le cosmos. Enfin, les défenseurs de « l’Apocalypse gnostique », tels les adeptes de l’Ordre du Temple Solaire, convaincus que la Terre ne peut être sauvée, souhaitent accéder à des mondes supérieurs. Bref, tous veulent changer d’air… Avec leurs propres armes. Certains disposent de véritables arsenaux, tels les Davidiens de Waco, au Texas, qui résistent aux agents du FBI en avril 1993 : 88 adeptes trouvent la mort, filmée en direct. Au Japon, le 20 mars 1995, les « kamikazes » de Aum Sihinrikyo planifient une véritable opération terroriste en lâchant du gaz sarin dans les couloirs du métro de Tokyo : 11 morts, des milliers de blessés.

 

Mais la plupart du temps, les adeptes retournent leurs armes contre eux : le 18 novembre 1978 au Guyana, 923 membres de la secte du Temple du Peuple s’empoisonnement pour échapper à un complot international pré-apocalyptique. Les 4 et 5 octobre 1994, l’Ordre du Temple Solaire frappe en Suisse et au Canada : devançant l’Apocalypse, les adeptes s’immolent et s’envolent pour Sirius. Autant d’exemples morbides de suicides collectifs où les hommes n’ont pas attendu la fin du monde…

 

L’enfer sur Terre

 

L’Apocalypse ? Les Témoins de Jéhovah n’en parlent pas. Dans leur Bible, ils utilisent le terme « Révélation », traduction du grec apocalupsis. Ils ne croient pas à la destruction de l’humanité, mais en « l’achèvement du systèmes des choses ». Le concept mérite une explication, ailleurs que sur les étals des marchés. Rendez-vous est pris au « Béthel » de Louviers, dans l’Eure, le centre national des Témoins de Jéhovah.

 

Immaculée, la réception du centre ressemble à l’antre de « Monsieur Propre ». En quelques pas, l’histoire défile dans les vitrines du hall : les pyjamas rayés, frappés du triangle violet, des déportés du nazisme, et une maquette du Temple de Salomon attirent l’œil, jusqu’à la reproduction de l’Arche de Noé et son cortège d’animaux. Le Déluge en carton-pâte…

 



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« Nous avons été classés parmi les sectes apocalyptiques. Cela révèle une grande inculture biblique et une méconnaissance de ce que sont les Témoins de Jéhovah ! », s’insurge d’emblée Guy Canonici, responsable du bureau d’information. Bible à l’appui, il déroule son argumentaire : « Nous ne croyons pas en la fin du monde, mais nous pensons que le système de choses actuel, c’est-à-dire le monde tel qu’il existe, prendra fin, à un moment donné. Et que le monde qui s’est éloigné de Dieu laissera place au règne de Dieu. »

 

Pas de cataclysme à l’horizon, les signes le montrent, le chaos est sur Terre : « Certes, le tsunami a une explication sismologique. Une éruption volcanique, un tremblement de terre aussi. Mais tout cela réuni dans une période également marquée par les guerres, les épidémies, les famines, le sida… N’est-ce pas autre chose que des éléments factuels ? » Les Témoins de Jéhovah y voient les « signes avant-coureurs » de la Grande Tribulation, au terme de laquelle, les « humbles » seront sauvés et 144.000 élus appelés à régner avec Christ dans les cieux.

 

Et que dire des échecs des quatre prédictions annonçant la fin du système en 1914, 1922, 1925 et 1975 ? Un faux procès, se défend-il : « Nous pensons que les événements qui ont marqué le monde depuis 1914 indiquent un changement dans le cours de l’Histoire et qu’ils ont un sens car ils sont liés au royaume de Dieu. Après, que certains Témoins de Jéhovah avaient cru aller au ciel plus rapidement… Mais je lis les textes de nos détracteurs, c’est de la littérature de mauvaise foi ! J’ai même appris récemment qu’on annonçait la fin du monde pour les années 2030 ! ».

 

2034 exactement, laissent entendre deux articles de La Tour de Garde du 15 décembre 2003, consacrés à la fin des temps, rapporte Bulles, le trimestriel de l’Adfi. D’un revers de manche, il balaie la cinquième apocalypse, « une extrapolation de nos adversaires ». L’entretien touche à sa fin. Notre prévenant interlocuteur nous donne les derniers numéros de La Tour de Garde et de Réveillez-vous (30 millions d’exemplaires imprimés tous les dix jours, en 150 langues !). Sur la couverture du premier, un dossier sur le combat entre le Bien et le Mal. Sur la seconde, cette question : « A quand la prochaine épidémie mondiale ? » Il est des signes qui ne trompent pas…

 

La fin du monde fait recettes

 

Un demi-milliard de chrétiens croient en l’Armageddon et se préparent à l’Apocalypse. Ce sont les Evangéliques. Apparue il y a un siècle, cette doctrine, ratissant dans les nombreuses églises  néo-protestantes, professe une stricte application des Evangiles et prône le « réveil » des chrétiens endormis.

 


 

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S’ils essaiment un peu partout dans le monde, les Evangéliques se concentrent surtout aux Etats-Unis et au Brésil. Ils ont l’oreille des puissants, dont celles de George W. Bush, proche du pasteur Pat Robertson, fondateur de la Christian Coalition et ex-star de la chaîne évangélique The Family Channel. Selon un sondage de CNN en juin 2002, 59 % des Américains croient que la Bible annonce bel et bien la fin du monde. Et, pour 17 % d’entre eux, qu’elle se produira de leur vivant !

 

En attendant, l’Apocalypse fait recette : en 1995, le best-seller de Tim Lahaye, prêcheur retraité, et du romancier Jeremy Jenkins, The Left Behind a ouvert la voie des « thrillers religieux », sortes de prophéties bibliques actualisées et adaptées aux peurs du moment. Avec ses onze tomes, plus une version illustrée pour les enfants, la série a déjà été vendue à plus de 50 millions d’exemplaires. Du coup, Hollywood s’est rué sur le filon : Deep Impact, Armageddon, Le Jour d’après… La liste des blockbusters surfant sur les cataclysmes ne cesse de s’allonger.

 

Les « divins célibataires » de Brahma Kumari

 

Dans la famille New Age, il y a le grand frère yogi, Brahma Kumari. Situé dans une jolie cour intérieure du 10e arrondissement de Paris, le siège social de cette école spirituelle respire la zen attitude. Un minuscule ashram coincé en pleine jungle urbaine.

 

Né en Inde, les « divins célibataires » - ils professent l’abstinence -, prônent la pratique du Raja Yoga, ou yoga spirituel. Ces yogis ne font pas de postures, uniquement de la méditation. « C’est le yoga royal, le plus élevé, une discipline dont le but est que l’on devienne souverain de soi », décrypte François, membre du centre parisien. Royal donc et religieux. Car ce mouvement pioche dans le Bhagavad Gîta, le poème sacré hindou, et en extrait la croyance en Shiva. Ils ne parlent pas d’Armageddon, mais de « Kali Yuga », l’âge de fer du quadri-cycle cosmique hindou. Le temps des ténèbres, « de l’usure de la matière que nous sommes, du nucléaire, de la pollution… L’homme se détruira lui-même », résume le yogi. En 1936, leur maître Brahma Baba a d’ailleurs eu « la vision de l’atome, ce champignon de fumée détruisant puis amenant un nouveau monde ». « Mais nous pensons que l’homme peut changer les choses », rassure-t-il. C’est là tout le paradoxe de cette « université spirituelle ».

 

Les Brahma Kumari prétendent n’avoir rien à cacher, surtout pas leurs salles de méditation. « Vous n’y verrez personne en position du lotus », rigole notre interlocuteur. Derrière la première porte, un maître au regard pénétrant fait la leçon à trois disciples… En position du lotus.




 

 



 




IV – Les monothéismes face à la fin des temps

 

Les juifs attendent la venue du Messie, les chrétiens le retour du Christ, les musulmans l’anéantissement avant… le Jugement Dernier.



 

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L’histoire du peuple juif est traversée par les catastrophes et les exils, mais aussi par l’espérance du Messie, annoncée dès les prophètes Isaïe et Ezéchiel. La littérature de la « fin des temps » est plus tardive. Elle naît au IIe siècle avant notre ère, dans cette époque troublée de la résistance des Macchabées à la brutale dynastie des Séleucides. Dans les milieux pieux du judaïsme, cette lutte inégale suscite une théologie apocalyptique, lié à l’attente d’une catastrophe cosmique terminale, suivie de l’avènement du Royaume de Dieu, de « cieux nouveaux » et d’une « terre nouvelle ».

 

Cette littérature apocalyptique se développe surtout dans le livre de Daniel, sous la forme de prédictions, de testaments, de visions et de songes. Les temps de détresse seront suivis des « derniers temps » après lesquels Israël sera sauvé. Les morts qui ont dormi dans le « pays de la poussière » s’éveilleront. Ils reviendront à la vie dans leur pleine humanité, dans cette existence d’ici-bas, mais qui, dès lors, durera éternellement : pour les sages, sous la forme de la lumière, pour les autres, sous celle du châtiment.

 



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« Et les gens intelligents rayonneront de splendeur comme la voûte céleste. Après avoir montré aux autres comment être fidèles, ils brilleront pour toujours comme des étoiles à tout jamais » (Daniel 12, 3). La vie nouvelle avec Dieu avait été pressentie et souhaitée depuis longtemps. Mais c’est à l’époque de Daniel qu’apparaît ainsi, pour la première fois aussi nettement, la foi en la résurrection. Les cercles apocalyptiques d’Israël sont convaincus que le seul dont on puisse encore attendre une aide sera un envoyé direct de Dieu, venu du ciel, un sauveur préexistant, comme caché auprès de Dieu.

 

Depuis, cette question de la « fin des temps » - qui n’est pas équivalente, dans le judaïsme, à la fin ou la destruction du monde, mais à la venue du Messie – se pose avec acuité chez les juifs religieux, en particulier ultra-orthodoxes et hassidiques. Pour connaître la date de cet événement, ils utilisent tous les moyens de calcul et de divination possibles. Une question de jours, de semaines, d’années ? La fin du Livre de Daniel ne le dit pas. Le moment est connu de Dieu seul. Aux hommes, il appartient de s’y préparer en se purifiant et en restant fermement attaché à la Loi.

 

C’est ce que disent les auteurs les plus classiques et ce que répètent chaque jour les juifs religieux dans leurs prières, comme celle de l’Amida dans laquelle le fidèle demande à Dieu de « pouvoir être libéré et résider à Sion ». Cette attente de la « fin des temps » est présente aussi bien chez un penseur traditionnel comme Maïmonide (qui y consacre trois chapitres de sa Michne Torah) que chez le rabbi des Loubavitch, Menahen Schneerson, décédé en 1996, qui insistait sur l’imminence de cet événement et demandait à ses fidèles de rester prêts à chaque instant par la prière et par l’étude.

 

Le « Millenium »

 

Du côté du christianisme, la « fin des temps » ne fait pas partie, à proprement parler, du discours officiel des Eglises. Celles-ci enseignent que si la première venue du Christ a inauguré des temps nouveaux, elle ne représente pas encore la plénitude de la Révélation du Royaume de Dieu. Les chrétiens attendent donc, eux aussi dans l’espérance et la vigilance, le « retour glorieux » de Jésus-Christ à la fin des temps appelé parousie, transcription d’un terme grec qui signifie avènement ou manifestation (épiphania, apocalypsis). Des mots qui apparaissent dans les Evangiles, au terme de la vie de Jésus, comme l’épilogue de sa prédication (Matthieu 24-25, Marc 13, Luc 2).



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Ce retour du Christ sera son jour, « le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu » (Epître de Paul aux Romains : 2-5), le jour du jugement dernier, du salut définitif, de l’entrée dans la gloire et la contemplation de Dieu – formulation de la théologie moderne pour parler du Paradis -, ou le jour de la condamnation. Pour les Justes sauvés, c’est le début d’une « vie éternelle » et, pour les réprouvés, la condamnation à un « supplice éternel » (Mathieu, 25, 46).

 

Mais, avant ce jugement final, a eu lieu la résurrection de tous les morts, des « justes et des pécheurs » (Actes des apôtres, 24). Ceux qui gisent dans la tombe en sortent à l’appel de Jésus-Christ. Le Christ descend dans sa gloire, escorté de tous les anges. Devant lui, sont rassemblées toutes les nations. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour la damnation (Jean 5-28, 29).

 

Le récit de l’Apocalypse, dans le Nouveau Testament, décrit cette succession d’âges du monde qui précèdent le jugement universel et cet âge ultime du salut ou de la damnation. Mais il est dangereusement instrumentalisé aujourd’hui par les milieux fondamentalistes, évangéliques et sectaires qui spéculent, avec fébrilité et effroi, sur la fin du monde, sur le moment où elle surgira et ses manifestations.

 

Ils retiennent de ce récit de l’Apocalypse qu’il prophétise « mille années de captivité pour Satan, suivies de mille années de règne terrestre du Christ » (Ap, 20). Ce nouvel avènement du Christ – le fameux Millenium – obsède les milieux protestants « pré-millénaristes ». Pour eux, le retour du Christ est promis en premier lieu au peuple juif, élu de Dieu depuis Abraham et Moïse. Le peuple juif n’a pas reconnu le Christ comme Messie lors de sa première venue, il y a 2000 ans, mais la promesse de Dieu n’est pas pour autant caduque. Ce thème du « rétablissement d’Israël » est l’un des plus constants dans les bastions évangéliques américains et il a donné naissance à un sionisme chrétien qui, jusqu’à Jérusalem, est aujourd’hui en pleine expansion.

 

L’ « anéantissement » musulman

 

Dans l’islam, la « fin des temps » obéit à un scénario très imagé et bien connu de tous les fidèles musulmans. Le récit coranique de la fin du monde a une valeur mythique, tant il est présent dans de nombreuses sourates. Elle est annoncée par de grands signes précurseurs : séismes, éruptions de volcan, catastrophes naturelles. Le ciel s’ouvre, les planètes se dispersent, les mers se soulèvent, les montagnes s’envolent, ainsi que le décrit la sourate de l’Eclairé.

 

Ce schéma apocalyptique se décompose en trois temps.

 

● Anéantissement : le jour où « trembleront les tremblements », l’ange Israfil soufflera dans sa trompe et toutes les créatures subiront l’anéantissement (fana). Il ne restera que Dieu dans sa toute puissance.

 

● Résurrection : Un autre jour retentira à nouveau la trompette d’Israfil, annonçant cette fois la résurrection (qiyama) de tous ceux qui sont morts depuis Adam et ont péri dans le fana général. C’est le jour que commente ainsi la sourate 50, versets 41-41 : « Prête l’oreille : au jour où le Convocateur lancera son appel d’un lieu proche ; au jour où ils entendront une clameur dans le Vrai, alors sera le jour de la sortie des tombes. »

 

● Jugement dernier : Dieu rassemblera tous les hommes, les anges, les djinns, les démons et même les animaux sauvages, les chameaux, les chevaux et les ânes. Le premier qui arrivera à ce rassemblement (hashr) sera Mahomet, puis viendront les prophètes, les anges et les justes, suivis de toutes les autres créatures. Ce sera un grand moment d’attente, de station (mawqif), l’heure du Jugement dernier, qui enverra les uns au paradis et les autres en enfer.

 

 

V – La fin de ce monde dans les religions indiennes

 

Pas question de fin du monde, mais plutôt de « fin d’un monde », de la disparition d’une manifestation touchée, comme tout ce qui existe, par l’éphémère.

 



La roue de la vie Samasara

 

 

Transportons-nous mentalement aux alentours du XXVe siècle. A l’issue d’un terrible conflit, l’humanité est presque réduite à néant. Les hommes survivant à cette effroyable guerre sont comme des animaux, terrés dans des abris sommaires, incapables de toute pensée spirituelle. La fin du monde ? Non, juste un avant-goût de la fin de notre monde. Tel est le scénario prophétique annoncé par l’enseignement du Kalachakra, ou la Roue du Temps, attribué au Bouddha et largement diffusé au Tibet.

 

Contrairement aux trois grandes religions monothéistes, les grandes spiritualités indiennes, l’hindouisme et le bouddhisme, proposent une lecture de l’écoulement du temps et de l’avenir du monde s’inscrivant dans un cadre relatif, sans vrai début, ni vraie fin. Ainsi, il n’existe pas de Création : le commencement du monde s’inscrit dans une conception large, continue, cyclique, fondée sur la croyance en l’existence de grandes ères cosmiques, les kalpa. De même, il n’existe pas un univers mais une multitude d’univers, chacun ayant son rythme propre ; à chaque instant, chacun des univers se trouve à une étape de son existence qui lui est spécifique.

 

La durée attribuée à un cycle varie d’une tradition à l’autre, mais elle est toujours extraordinaire, s’exprimant en millions de générations humaines. Il faut avoir recours à des métaphores ou à des images pour tenter de la concevoir. Un cycle complet, soit « un jour et une nuit du dieu Brahma », dure plus de temps qu’il faudrait à une pièce de soie de Bénarès pour éroder un rocher gigantesque jusqu’à la dernière poussière, en ne le touchant qu’une fois par siècle.

 

Cycle de dégénérescence

 

Selon la tradition védique, notamment dans le Vishnu Purana, un grand cycle se subdivise en 71 périodes, les mahâyuga, chacune divisée en quatre petits cycles, les yuga associés à des métaux (or, argent, cuivre et fer) eux-mêmes subdivisés en cycles plus courts. Ces cycles rythment l’apparition de l’univers puis sa dégénérescence. Il n’est jamais question d’une Apocalypse, dans le sens populaire d’une fin du monde ; il s’agit en fait de la « fin d’un monde », la disparition d’une manifestation touchée, comme tout ce qui existe, par l’éphémère.

 

Hindouisme et bouddhisme se rejoignent encore pour affirmer que nous sommes aujourd’hui dans un cycle de dégénérescence. Le Vishnu Purana, qui fut vraisemblablement rédigé vers le IVe siècle, souligne de façon prophétique qu’en ce temps de déclin « la seule loi sera celle du riche » et que « la violence, la tromperie et l’immoralité » seront la règle commune. Autres signes de cette décrépitude du monde, « les femmes seront réduites à un objet sexuel » et « les anciens essayeront de se comporter comme des jeunes, et les jeunes perdront la candeur de la jeunesse ».



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Le Kalachakra évoque lui aussi ce temps dégénéré. Dans le prolongement de ce que disait la tradition indienne, il annonce l’émergence puis l’expansion d’une religion spirituellement aliénante et la perversion des valeurs. Les forces du Bien, rassemblées dans le royaume invisible au commun de Shambala, auront à lutter contre les armées du Mal qui régneront déjà sur la moitié du monde. La paix établie, la Terre retrouvera la concorde mais ce ne sera qu’une rémission avant une nouvelle dégradation.
 

La chute s’apparente, en effet, à une lente mais irrésistible désescalade, faite de hauts et de bas. A terme, le temps du chaos arrivera et de ce chaos émergera un nouvel univers par un processus assimilable à une condensation de plus en plus grande de ses éléments constitutifs : l’air, le feu, l’eau, la terre…

 

Pour les traditions spirituelles indiennes, au fil des étapes du cycle, la durée de la vie humaine diminue, passant de plusieurs dizaines de milliers d’années à une dizaine d’années seulement avant la plongée dans le chaos. De même, la taille des êtres humains diminue de façon significative pour atteindre une trentaine de centimètres. Dans la période de dégénérescence que nous connaissons, la durée de vie est de 100 ans.

 

Logique fataliste

 

Une lecture philosophique permet de considérer cette perception de l’écoulement du temps d’une façon plus large. Les âges d’or se caractérisent par la spiritualité, la douceur, la longévité, l’harmonie alors que les périodes de dégénérescence se distinguent par la confusion voire l’inversion des valeurs fondamentales du Bien et du Mal, de l’utile et du nuisible. En bref, les époques de croissance correspondent à un espace extérieur et intérieur ouvert ; à l’inverse, lors des époques de décadence, la réduction physique, mentale et spirituelle augmente à mesure que le matérialisme s’accroît. La « fin du monde » est par conséquent l’aboutissement d’un processus d’étouffement du monde, dernière étape d’un repli complet sur lui-même.

 



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La diminution de la taille renvoie à une réduction de l’espace et celle de l’âge à un rétrécissement du temps. L’époque contemporaine correspond à ces données. Notre espace se réduit, d’une part car nos moyens techniques permettent de le maîtriser, d’autre part car l’occupation humaine de la Terre ne cesse de s’amplifier. Si la durée de la vie, quant à elle, ne cesse de s’allonger contrairement à ce qui apparaît dans les traditions bouddhistes ou hindouistes, la qualité du temps vécu diminue. Aux sociétés traditionnelles qui rythmaient le temps en générations, en saisons, les sociétés modernes opposent un temps sectionné, cloisonné, où l’unité n’est plus une vie mais la seconde. L’humanité moderne perd donc de la distance avec le monde, elle perd le recul donné par le rythme lent de la vie où l’homme « a le temps ».

 

L’inversion des valeurs suit cette même logique. Le cycle de dégénérescence que nous traversons conduira l’homme à perdre la spiritualité, du moins à s’éloigner d’une spiritualité libératrice. Au contraire, les croyances « mondaines », celles qui laissent libre cours à l’attachement et au désir, ne cesseront de se développer. La perception du Bien connaîtra une dérive animée par un repli sur soi conduisant des personnes ou des sociétés à s’autoproclamer seuls détenteurs du Bien ; le Mal se banalisera au point qu’il ne sera plus distingué du Bien, d’autant moins que la confusion se sera instillée au fil des générations.

 

S’il apparaît un fatalisme certain dans cette logique cyclique, puisque notre univers est irrémédiablement frappé par la destruction, l’intérêt spirituel ne doit pas être négligé. La dégénérescence et le chaos découlent d’une prise en main du monde par l’homme aux seules fins de satisfaire son désir de domination. Après les périodes fastes où l’esprit était au centre de l’existence, notre âge est celui où l’homme est au centre de ses préoccupations, il se perçoit comme la pierre angulaire du monde, le sommet d’une pyramide charpentée par l’égocentrisme. Il en oublie la base, ne perçoit plus qu’il n’est qu’une partie d’un Tout régi par des lois qui le dépassent, puisqu’au-delà de sa perception de l’espace et du temps.


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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 19:40

L’Apocalypse

 

Les Religions et la fin du Monde

 

 

I – L’Apocalypse de Jean

 

Le dernier texte de la Bible chrétienne est associé aux cataclysmes annonçant la fin du monde… Ce livre hermétique et mystérieux décrit le monde comme lieu d’affrontement entre les forces du Bien et du Mal. D’où vient-il ? Que raconte-t-il et que voulait-il transmettre ?


 

Rétable du Jugement dernier Roger van der Weyden

 

 

« Puis je vis une autre bête qui sortait de la Terre. Elle avait deux cornes semblables à celles d’un agneau et elle parlait comme un dragon… » Ainsi commence l’un des passages les plus célèbres de l’Apocalypse (chapitre 13, verset 11). Il s’achève sur cet avertissement : « Ici, il faut de la sagesse. Celui qui est intelligent peut trouver le sens du chiffre de la bête, car ce chiffre correspond au nom d’un homme. Ce chiffre est 666 » (13, 18). Mais cet appel à la prudence n’a pas toujours été entendu car le récit de l’Apocalypse est propre à enfiévrer l’imagination de ses lecteurs… Pour ne pas s’égarer, mieux vaut le lire, comme tout document ancien, à la lumière des connaissances apportées par les historiens.

 

D’où vient ce livre étrange, dernier Livre de la Bible chrétienne ? Dès son ouverture, il se présente comme une « révélation », sens du mot apokalypsis en grec ancien, langue dans laquelle s’exprime son auteur. Ce terme a été repris par les historiens pour désigner un genre littéraire qui a été très en vogue dans le judaïsme des deux derniers siècles avant notre ère et dans les premiers temps du christianisme. Dans sa partie Ancien Testament, la Bible chrétienne a conservé quelques écrits apocalyptiques d’origine juive comme le Livre attribué au prophète Daniel. Mais nous en connaissons bien d’autres comme – toujours d’origine juive – le Livre d’Enoch, le Quatrième Livre d’Esdras, le Deuxième Livre de Baruch, etc., ou d’origine chrétienne : Apocalypse de Pierre, Apocalypse de Paul, etc.

 

Esotérisme, dualisme, déterminisme

 

Qu’ont en commun ces écrits apocalyptiques ? Du point de vue de l’histoire, ils sont liés à un contexte ressenti comme une grave menace pour l’existence du peuple hébreu ou des communautés chrétiennes : la domination grecque exercée par les successeurs d’Alexandre le Grand, au IIe siècle avant notre ère, puis celle de l’empire romain. Du point de vue de leur contenu, le message qu’ils délivrent vise à rassurer en dévoilant le véritable plan de Dieu.

 

Jusque-là, le consensus est assez large chez les spécialistes. Mais d’autres vont un peu plus loin, comme le bibliste Pierre Prigent, auteur d’un livre de référence sur l’Apocalypse. « D’un point de vue plus théologique, estime-t-il, ces textes ont en commun leur ésotérisme, leur dualisme et leur déterminisme. » Esotérisme d’un langage pour initiés car ce que dévoile le message est considéré comme trop sacré pour être largement divulgué. Dualisme, parce que le monde y est décrit comme le lieu de l’affrontement entre les forces du Bien et du Mal. Déterminisme enfin, car la défaite du Mal est assurée par l’intervention salvatrice de Dieu.

 

 


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Un récit onirique

 

« De tous ces récits, souligne Pierre Prigent, il ressort que Dieu a déjà écrit l’Histoire : quoi qu’il arrive, son plan est sûr, on peut lui faire confiance. La fonction de leur langage fantastique est de faire comprendre que le message qu’ils délivrent dépasse les seules dimensions de l’histoire humaine. » Les écrits apocalyptiques s’enracinent aussi dans la lignée des livres prophétiques où sont recueillies les interventions des prophètes, ces « porte-paroles » de Dieu qui ont balisé l’histoire du peuple hébreu. Mais ils s’en démarquent, aussi par la place importante qu’y tiennent les visions fantastiques.

 

Dès son ouverture, le récit de l’Apocalypse se présente ainsi comme une révélation, accordée à un certain Jean, et une prophétie. Cette présentation est suivie du récit d’une première vision. Elle met en scène un personnage céleste qui n’est autre que Jésus, le Christ ressuscité. Ce dernier dicte à Jean sept lettres adressés à des Eglises chrétiennes d’Asie mineure (Turquie actuelle). Leur message repose sur un schéma analogue : relevé de leurs bons et mauvais comportements, recommandations et encouragements sur le chemin de la vraie foi, promesse de la victoire finale…

 

La suite du récit révèle le scénario de cette victoire pour ceux qui peuvent en comprendre les symboles. C’est bien là toute la difficulté, d’autant que ce récit onirique n’a rien de l’exposé logique… Cette révélation suit une progression dramatique composée de plusieurs séries de visions fantastiques. Au début de la première série, Dieu remet un livre à l’Agneau, figure du Christ ressuscité, le seul être capable d’ouvrir les sept sceaux qui scellent ce livre. A l’ouverture des quatre premiers sceaux surgissent les fameux cavaliers de l’Apocalypse qui vont répandre le malheur sur la Terre. L’ouverture du cinquième offre une vision des martyres exécutés pour leur fidélité à Dieu. Celle du sixième décrit un terrible cataclysme. Mais un intermède apaisant assure que les fidèles serviteurs de Dieu seront préservés du châtiment divin.

 

Un vrai livre à suspens

 

Après l’ouverture du septième sceau, le récit rebondit sur une nouvelle série de visions : sept anges munis de trompettes. Les cinq premières sonneries déclenchent des catastrophes effroyables, dont la chute d’un astre et la libération de l’Ange de l’Abîme dont le nom signifie destruction… La sixième sonnerie libère une armée de millions de cavaliers qui vont semer la désolation. Puis un nouvel intermède montre le voyant emmené au ciel où lui est remis un livre qu’il doit ingurgiter afin de prophétiser. Retentit enfin la septième trompette suivie d’une proclamation de la victoire de Dieu…

 



Jerome Bosch Jesus portant sa croix jpeg                            Hieronymus Bosch Christ on Cross with Donors and Saints
 

 

Mais le suspens reprend de plus belle avec une nouvelle vision : celle d’une femme en train d’accoucher guettée par un énorme dragon qui s’apprête à dévorer son enfant… Ce sont là deux figures mythiques. La femme, dont la tête est couronnée de douze étoiles, est ici le symbole du peuple de Dieu (l’Eglise pour les chrétiens) menacé par le Mal… Le Dragon, lui, n’est autre que « l’antique Serpent » également appelé « le Diable ou le Satan », précise le texte. Grâce à l’intervention des anges, la femme et son enfant échappent au dragon. Mais, expulsé des cieux, il poursuit sa traque sur la Terre. Surgissent alors, dotées de sa puissance maléfique, deux « Bêtes », l’une de la mer, l’autre de la Terre, la fameuse 666… Ennemies du vrai Dieu, ces créatures propagent le blasphème et l’idolâtrie.

 

Le récit se poursuit alors avec une nouvelle série de visions : sept anges munis de fléaux, auxquels sont remises ses sept coupes « remplies de la colère de Dieu ». Nouvelles catastrophes. Mais rien n’y fait, les hommes refusent de changer leurs comportements contraires au salut que Dieu leur propose. Plus grave, les rois assemblent une armée pour défier le châtiment divin « au lieu-dit Harmagedôn ». En vain, car la victoire de Dieu s’annonce avec la vision de la destruction de Babylone, la « Grande Cité » assise « sur sept collines », image qui désigne clairement Rome… Le dénouement est proche. Cette fois, l’agneau s’est transformé en un cavalier dont le nom est Verbe de Dieu et la parole aussi tranchante qu’une épée. La Bête et ses adorateurs sont exterminés.

 


 

 

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Ici survient le passage de l’Apocalypse qui a suscité le plus de confusions dans l’histoire du christianisme. Une nouvelle vision montre un ange enchaînant le Dragon au fond de l’Abîme pour une durée de 1000 ans. Elle décrit ensuite la résurrection des martyres, en les associant aux 1000 ans de règne du Christ sur le monde. Ensuite, Satan relâché s’en va de nouveau « séduire les nations aux quatre coins de la Terre », avant d’être définitivement jeté « dans l’étang de souffre enflammé », image de l’enfer.

 

Alors apparaissent « un ciel nouveau et une Terre nouvelle », symbolisés par une Jérusalem parfaite que rien ne pourra plus souiller car elle est désormais la  « demeure de Dieu avec les hommes ». Cette ultime vision de l’Apocalypse s’achève sur la recommandation, faite par l’Ange au voyant, de ne pas tenir secrètes ces prophéties car « le Temps est proche ». L’épilogue du livre renforce ainsi la conviction qu’avaient les premiers chrétiens de l’imminent retour du Christ ressuscité. Présenté comme « le garant de ces révélations », il affirme en effet : « Oui, mon retour est proche. »

 

Comment interpréter le contenu de ce livre mille neuf cents ans après son écriture ? Outre sa structure très particulière, c’est d’autant plus difficile qu’il est gorgé de références aux livres hébreux de l’Ancien Testament, en particulier ceux des prophètes Isaïe, Jérémie et Ezéchiel concernant, par exemple, la destruction de Babylone et la Jérusalem céleste. Pourtant, alors que les autres livres du Nouveau Testament citent les textes de la Bible juive de manière souvent explicite, l’Apocalypse ne le fait pas. Mais l’auteur s’en inspire pour en reprendre, en les transformant, des passages et des symboles connus. Ainsi, la Bête surgie de la mer ressemble aux quatre bêtes chimériques décrites par le prophète Daniel.

 

Inutile, donc, d’espérer comprendre l’Apocalypse sans une bonne connaissance de l’Ancien Testament. Mais cette difficulté n’en est pas une pour les premiers chrétiens, issus du judaïsme, qui peuvent en décrypter le langage symbolique car leurs références, en matière de Saintes Ecritures, sont encore les seuls écrits de la Bible juive. En revanche, l’Apocalypse marque un net changement de perspective. Son personnage central est le Christ ressuscité devenu, pour les chrétiens, le « Sauveur » (Messie) promis par Dieu au peuple hébreu.

 

Pour l’auteur du livre, ce salut passe désormais par une entière fidélité au témoignage du Christ. Et la révélation qu’il transmet assure que cette promesse de salut ne fait aucun doute à des chrétiens très minoritaires, dans un monde païen dont les pressions sont parfois violentes pour qu’ils suivent les rites de la religion officielle, dont le culte de l’empereur.

 

« L’Apocalypse éclaire l’Ancien Testament, explique Pierre Prigent, en renouvelant son interprétation. La résurrection du Christ marque l’accomplissement des anciennes prophéties. Bien sûr, la dimension futuriste du livre n’est pas négligeable, mais elle est relative. Le but premier de l’Apocalypse n’est pas de décrire ce qui va arriver car, dans le temps de Dieu, passé, présent et futur se confondent. Cette révélation veut dévoiler ce qui se dissimule derrière une réalité oppressive et un avenir sombre : l’action salvatrice de Dieu, déjà à l’œuvre dans le monde. C’est pourquoi l’Apocalypse est souvent définie comme un Evangile, c’est-à-dire une « bonne nouvelle », pour les temps de crise… »

 

Chiffres et symboles

 

L’Agneau

 

Cette figure évoque celle du « serviteur souffrant », conduit comme « un agneau à l’abattoir », évoquée par le prophète Isaïe. Dans l’Apocalypse, elle se rapproche davantage de l’agneau traditionnellement sacrifié par les hébreux lors de la fête de Pâques et devenu, pour les chrétiens, le symbole du Christ exécuté sur la croix mais ressuscité le jour de Pâques…

 

666

 

Dans l’Antiquité, les chiffres s’écrivaient avec des lettres ayant chacune une valeur numérique. L’interprétation couramment retenue du chiffre de la Bête est celle de César Néron, le premier empereur romain (54-68) à avoir persécuté les chrétiens. Durant la seconde partie du Ier siècle, plusieurs écrivains latins témoignent de la forte hantise, pas seulement chrétienne, d’un retour de ce tyran…

 

7

 

Récurrent dans l’Apocalypse, ce chiffre n’a pas de signification particulière. Mais il a, tout au long de la Bible, un caractère sacré en tant que symbole de la perfection divine.

 

Harmagedôn

 

Ce mot grec vient de l’hébreu har Megiddo (mont de Meggido). Mais il n’y a pas de montagne sacré à Megiddo… C’est le nom d’une cité qui joua un rôle important durant les affrontements entre les royaumes du Nord et du Sud suite à la division d’Israël après la mort du roi Salomon.

 

Babylone

 

En 587 avant notre ère, les Babyloniens avaient détruit le Temple de Jérusalem et déporté sa population. En 70 de notre ère, les légions romaines, celles de la « Nouvelle Babylone », ont aussi détruit le second Temple de Jérusalem… Babylone est aussi appelée la « Grande prostituée ».

 

1000 ans

 

Dans l’Ancien Testament, le psaume 90 affirme que 1000 ans sont « comme un jour » pour Dieu. Ce chiffre n’a donc pas une signification dans le temps des hommes. Il est le symbole du temps de Dieu, celui du Paradis, le lieu du bonheur éternel promis à ses fidèles serviteurs.








 

 

 

 

II – Antéchrist, An Mil et millénarisme

 

Les 1000 ans évoqués par Jean ont suscité deux interprétations. L’une a mis l’accent sur les malheurs et cataclysmes. L’autre a privilégié le bonheur et la paix sur Terre, inspirant maintes utopies religieuses et politiques.

 



Le Jugement Dernier-01


 

La division de l’Histoire en tranches de mille ans n’était pas familière au judaïsme ancien. C’est l’Apocalypse, attribuée à Jean, qui fit la fortune du millénaire d’années. Il y est dit qu’après de multiples catastrophes frappant le monde pécheur, un ange enchaînera le « dragon », c’est-à-dire le Mal, pour « mille ans ». Alors, les « justes » qui refusèrent d’adorer la « Bête » reprendront vie et régneront sur Terre avec le Christ pendant « mille années ». Celles-ci écoulées, Satan, libéré, cherchera à nouveau à « séduire les nations ». Après une deuxième séquence de malheurs, interviendront l’ultime bataille entre le Bien et le Mal et, enfin, le Jugement Dernier. L’Antéchrist n’est pas mentionné dans l’Apocalypse. Il figure en revanche, le plus souvent au pluriel, dans les lettres de saint Jean, désignant des chrétiens sortis de l’Eglise et devenus ses ennemis. Ensuite, au cours des âges, on situa l’intervention de l’Antéchrist (au singulier) lors des ultimes épreuves précédant la fin du monde.

 



750px-Pieter Bruegel the Elder - The Fall of the Rebel Ange

 

 

L’Apocalypse a donné naissance à deux versions du millénarisme, qui se sont parfois télescopés. L’une a mis l’accent sur les malheurs et cataclysmes devant, soit précéder une fin de millénaire, soit mettre un terme à l’histoire humaine. L’autre a exalté la période intermédiaire de mille ans de bonheur et de paix sur Terre que le chapitre 20 de l’Apocalypse situe entre les tragédies de l’Histoire et le Jugement Dernier, Jésus régnant alors ici-bas avec les justes ressuscités. Les premières générations chrétiennes partagèrent largement cette espérance exprimée, entre autres, par saint Justin, saint Irénée, Tertullien et Lactance. Elle fait toujours partie des convictions des mormons, des adventistes et des Témoins de Jéhovah. Mais, au Ve siècle, la lecture littérale du chapitre 20 fut rejetée par saint Augustin et l’Eglise officielle qui enseignèrent que la naissance de Jésus avait fait commencer les milles ans de son règne terrestre, le chiffre mille recevant alors un sens symbolique. Il n’y avait donc pas à attendre une période intermédiaire de paix et de bonheur sur Terre avant la fin du monde. Les peurs de l’An Mil se rattachent évidemment à la première des deux attentes évoquées ci-dessus, celle de catastrophes précédant la fin d’un millénaire ou du monde. Mais ont-elles vraiment existé ? Aucun document contemporain ne permet d’affirmer qu’une grande peur collective aurait déferlé sur l’Europe au moment du changement de millénaire.

 

Joachim de Flore, « le prophète »

 

Marginalisée depuis saint Augustin, l’attente d’une période de bonheur sur Terre refit surface au XIIe siècle avec le moine calabrais Joachim de Flore qui, sans employer le mot « millénarisme » qui date seulement du XVIIe siècle, annonçant la venue d’un temps de l’Esprit durant lequel l’humanité vivrait dans une sainte pauvreté, la piété et la paix. Il divisait l’Histoire en trois périodes : l’âge du Père, avant le Christ, l’âge du Fils, depuis la naissance du Sauveur, enfin l’âge de l’Esprit, désormais prochain, où triompheraient l’égalité, l’intelligence et la charité. Diffusé par les « spirituels » franciscains, le message pourtant irénique de Joachim fut traduit en termes révolutionnaires par les Hussites radicaux du XVe siècle, les paysans allemands révoltés du XVIe siècle dirigés par Thomas Muntzer (en qui Friedrich Engels vit le premier prophète prolétarien) ou les exaltés qui s’emparèrent de Munster en 1534 – épisode rappelé par Marguerite Yourcenar dans l’Œuvre au noir. Mais l’influence de Joachim de Flore déborda les milieux extrémistes. Dante le qualifia de « prophète », Christophe Colomb le cita avec éloge. Hegel et Auguste Comte reprirent sa division de l’Histoire en trois périodes. George Sand le plaça au centre de son roman Spiridion qui prévoit une religion de l’humanité. Michelet salua en lui l’annonciateur de « l’âge du libre esprit et de la science ».

 

Luther et Calvin fidèles à Augustin

 

Or le message de Joachim de Flore se combina à partir du XIIIe siècle avec une autre tradition eschatologique plus ancienne. Car, au IVe, puis au VIIe siècle, des sibyllines chrétiennes annoncèrent que, pendant une centaine d’années, un « souverain des derniers jours » installé à Jérusalem ferait sous son sceptre l’unité de la Terre devenue chrétienne et lui apporterait la paix. A la fin de son règne, il déposerait sa couronne sur le Golgotha. Suivraient l’offensive de l’Antéchrist et la fin du monde.




Christ et le Diable                             Christ ressuscité-v3

 

Comme le millénarisme au sens strict cette eschatologie annonçait une période de bonheur sur Terre avant la consommation des siècles. L’espérance de voir le « souverain des derniers jours » régner à Jérusalem a sous-tendu l’entreprise des croisades. Elle explique au moins en partie l’expédition de Charles VIII à Naples, qui devait se poursuivre jusqu’aux lieux saints. Elle fut l’une des attentes de Christophe Colomb qui espéra pouvoir financer la reprise de Jérusalem par les souverains d’Espagne grâce aux richesses américaines. Elle donne son sens aux projets asiatiques de Manuel le Fortuné (roi de 1495 à 1521) pour prendre l’islam à revers. Il songeait pour lui-même à une royauté universelle qui verrait le Portugal amener à la religion de Jésus les nations encore non chrétiennes.

 

Le protestantisme et l’entrée en scène de l’Amérique permirent au millénarisme, sous ses différentes formes, de se manifester plus ouvertement et plus largement. Certes, Luther et Calvin restèrent fidèles à l’interprétation augustinienne de l’Apocalypse. En sens inverse, le grand adversaire protestant de Louis XIV, Pierre Jurieu, fut un millénariste convaincu. Quant à l’histoire anglaise du XVIIe siècle, elle est incompréhensible sans l’éclairage des attentes eschatologiques.

 

Un avenir radieux à l’horizon

 

Le lien historique entre Amérique et millénarisme mérite qu’on s’y arrête. Les premiers franciscains qui arrivèrent au Mexique en 1524 étaient imprégnés de « joachimisme » et croyaient proche le dernier âge du monde, c’est-à-dire une période de paix, de réconciliation et de conversion générale au christianisme. Ils allaient pouvoir reconstituer outre-Atlantique l’âge d’or de l’Eglise primitive, loin de la chrétienté européenne pervertie et faire vivre les indigènes de la Nouvelle-Espagne « dans la vertu et la paix ; au service de Dieu, comme dans un paradis terrestre ». C’est avec le même objectif que les jésuites créèrent, aux XVIIe et XVIIIe siècles au Paraguay, les « réductions » des Guaranis.

 

L’histoire de l’Amérique anglo-saxonne a été profondément marquée par les espérances millénaristes qui éclairent encore aujourd’hui les comportements religieux et politiques des Etats-Unis. Pour le théologien puritain John Cotton, émigré en Amérique au XVIIe siècle, la Nouvelle-Angleterre occupait « une situation sans précédent dans l’Histoire ». Ses habitants formaient une société « libérée de la Bête ». En 1652, John Eliot, le premier missionnaire protestant des Indiens, affirma que le royaume du Christ était maintenant « en train de se lever dans les parties occidentales du monde ». C’est toutefois dans l’œuvre du puritain Jonathan Edwards, initiateur du « grand réveil » de 1740-1744 qu’on trouve la plus forte expression d’un millénarisme lié à l’Amérique du Nord. Il déclara notamment : « Ce Nouveau Monde a probablement été découvert de nos jours pour que le nouvel et plus glorieux Etat de l’Eglise de Dieu sur Terre puisse débuter ici et pour que Dieu y fasse commencer un nouveau monde spirituel, en créant des cieux nouveaux et la nouvelle Terre (…) Au moment où va commencer ce temps de paix, de prospérité et de gloire signifié jadis par le règne de Salomon (…) plusieurs faits me paraissent indiquer (…) que le soleil se lèvera à l’ouest. »


 

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En 1785, le petit-fils de Jonathan Edwards, Timothy Dwight, millénariste comme lui, compara, dans un poème, les soldats tombés durant la guerre d’indépendance aux Hébreux conduits par Josué vers la Terre promise et il annonça qu’allait surgir un empire « de paix, de justice et de liberté ». Le millénarisme, aux Etats-Unis, se laïcisa quelque peu par la suite. Mais il est légitime de penser qu’il a constitué l’une des composantes de l’identité de la nouvelle nation en train de se former.

 

En Europe, le millénarisme se laïcisa aussi de différentes façons. Par la multiplication des utopies, nées au XVIe siècle avec celle de Thomas More et devinrent, à partir du XVIIIe siècle, un genre littéraire important, et par les avancées scientifiques et techniques, la notion de progrès entra dans le bagage mental des Occidentaux. Ceux-ci, aux XVIIIe et XIXe siècles, furent enclins à croire que l’humanité allait vers un mieux terrestre et qu’un avenir radieux était à l’horizon, grâce à l’instruction, aux améliorations techniques et à l’affinement du sens moral. Victor Hugo annonça en 1830 : « Nous verrons avec majesté, / Comme une mer sur ses rivages, / Monter d’étage en étage l’irrésistible liberté. »

 

Robert Owen, le fondateur malheureux de la communauté américaine de New Harmony, assura que le millenium verrait se constituer « la grande humanité unique de la Terre ». Pierre Leroux, l’inventeur probable du mot « socialisme », affirma « le paradis doit venir sur Terre ». Le millénarisme laïcisé s’est alors souvent réinvesti dans le socialisme, y apportant au besoin ses composantes violentes. Marx prophétisa que l’action du prolétariat allait supprimer l’exploitation de l’homme par l’homme et le communisme « résoudre l’énigme de l’Histoire ». Encore en 1921, le marxiste Ernst Bloch écrivait en s’appuyant explicitement sur toute la tradition millénariste : « Il est impossible que n’advienne pas le temps du Royaume. »

 

On connait la suite. L’effondrement des idéologies est en réalité celui du rêve millénariste, c’est-à-dire la perte dramatique de l’espoir fou d’un paradis sur terre. Il nous faut désormais construire l’histoire de demain sans illusions inutiles, mais aussi sans céder au désespoir et en nous souvenant du constat de philosophe autrichien Robert Musil dans les années 1930 : « L’homme est capable de tout, même du bien. »

 

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:57

La Création selon la Gnose

 

Les Pères de l’Eglise, suivis par les historiens anciens et modernes, ont toujours nié l’existence d’un enseignement ésotérique pratiqué par Jésus et perpétué par ses disciples, notamment par Jean. En 1945, des paysans déterrèrent une cinquantaine de traités religieux et philosophiques, rassemblés en 13 codices, cachés il y a 1.600 ans dans une jarre, non loin de Nag Hammadi, un village de Haute Egypte.

 

 

 

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Cette superbe collection de papyrus et de parchemins révéla des Evangiles et des écrits philosophiques d’origine gnostique écrits en copte, langue parlée par les Chrétiens égyptiens. Ces traités, probablement des copies d’originaux rédigés en grec, dataient des IIème, IIIème et IVème siècles. Citons entre autres : Le Livre secret de Jean, l’Evangile de Judas, de Thomas et de Philippe, l’Hypostase des Archontes, l’Evangile des Egyptiens… Cette découverte fit l’effet d’une bombe tant dans les milieux historiques que théologiques car ces écrits attestaient d’une instruction parallèle de nature ésotérique enseignée par Jésus. Parmi ce corpus de 1.200 pages, actuellement conservé au Musée copte du Caire, un texte défraya particulièrement la chronique, « L’Evangile selon Thomas », originellement titré « Paroles cachées de Jésus écrites par Thomas ». Jésus y révélait entre autre : « Fendez du bois, et je suis là ; soulevez une pierre, et c’est là que vous me trouverez. » Cette phrase à elle seule discréditait l’ensemble de l’institution ecclésiastique car si l’homme pouvait découvrir le Christ sous une pierre ou un morceau de bois, à quoi servaient l’Eglise, le clergé, les temples ? On comprend dès lors pourquoi les textes gnostiques qui proposaient des interprétations et des rituels chrétiens différents de ceux officialisés en 325 furent condamnés par l’Eglise, pourchassés et brûlés. Les communautés dissidentes qualifiées d’hérétiques, soucieuses de préserver leur inestimable héritage décidèrent de le rassembler et de le cacher à Nag Hammadi.

 

Ces textes sont très précieux car ils n’ont pas subi les manipulations, les jeux d’écriture, les ré-interprétations et les censures religieuses qu’endurèrent l’Ancien et le Nouveau Testament. De nature ésotérique, ils évoquent un Christ bien différent de celui des Evangiles. Jésus n’est pas venu sauver les hommes de leurs péchés mais les conduire sur le chemin de l’illumination, c’est-à-dire leur révéler la Connaissance qui les affranchira. Plus besoin d’Eglise ni de prêtres. Chacun peut devenir l’instrument de sa propre délivrance. Il n’est jamais question de repentance ni de confession mais d’un cheminement intérieur à travers lequel chaque être humain peut prétendre à l’éveil libérateur.

 

Outre des dialogues fort dérangeants faisant état d’une relation amoureuse entre le Christ et Marie-Madeleine, d’autres paroles, rapportées dans les Evangiles de Philippe et ceux de Thomas constituent une vive critique des croyances chrétiennes relatives à l’Immaculée Conception et à la Résurrection des corps. Les Gnostiques affirmaient détenir le secret des anciennes initiations. Ils disaient être en possession des révélations d’une tradition invariable dont Jésus était le dépositaire et qu’il révéla à ses apôtres. Le sens de son enseignement fut transmis dans les Ecritures sous une forme voilée à travers l’Evangile et « L’Apocalypse de Jean ». Le texte gnostique connu sous le nom de Christ « Pistis Sophia » souligne d’ailleurs qu’après sa résurrection, le Christ aurait passé onze années à enseigner ce haut savoir à ses disciples. Le mot « gnose » est la francisation du grec « gnosis » signifiant « connaissance », le gnosticisme étant l’ensemble des sectes et des penseurs qui prétendirent détenir le vrai savoir. Le gnosticisme est né de l’angoisse des hommes vis à vis du problème du mal, car derrière le voile des apparences se dissimulait une divinité trouble et imparfaite, source de multiples interrogations.

 

 


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Selon les Ecritures, un Dieu unique, Yahvé était notre seul Créateur. Aucune autre entité équivalente n’était mentionnée à ses côtés. L’insistance sur la souveraineté absolue de cette divinité aboutissait inévitablement à inscrire l’origine du mal dans sa propre volonté, car même s’il a avait eu rébellion de ses légions suivie d’une chute, les démons restaient soumis à sa seule volonté. Les Gnostiques en déduisirent logiquement qu’il devait exister deux géniteurs : un bon, suprême, ineffable et par conséquent inaccessible qui n’interférait jamais sur le plan matériel, et un mauvais qui avait créé notre monde et le gérait à sa guise… Dans les différents systèmes gnostiques, on retrouve toujours l’idée d’une opposition entre le bien et le mal, d’une dualité dans laquelle l’homme a été plongé par une espèce de déchéance. La gnose est la connaissance d’un salut conduisant l’homme vers Dieu, fondée sur le dualisme « bien-mal ».

 

La gnose mettait en exergue le fait que la Création était mauvaise, ratée, qu’elle ne relevait pas du Dieu suprême mais d’une divinité mauvaise. Dieu n’aurait jamais pu créer quelque chose de mauvais. Donc, la création était le fruit d’une divinité, ou d’un être négatif, voire d’un accident, ce qui impliquerait le rejet du Dieu créateur Yahvé de « l’Ancien Testament », considéré comme le mal et assimilé à Satan. En aucun cas, Yahvé ne pouvait être le père du Christ comme l’affirma d’ailleurs Marcion (vers 180) qui fut poursuivi pour hérésie par l’Eglise. Cette création ratée a pour autre conséquence que la matière, la chair, le corps étaient aussi mauvais. Il ne pouvait y avoir de résurrection, parce que ce phénomène continuait à enfermer l’âme dans un corps. De nombreux systèmes gnostiques évoquaient le bien-fondé de la réincarnation pouvant être la conséquence d’une punition ou d’une chute. L’idée majeure du gnosticisme se trouvait dans la libération de l’homme par rapport au monde mauvais lui permettant de monter vers le Dieu bon.




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Les textes gnostiques, au même titre que certains écrits de « Qumram », relataient une toute autre version de la création de l’Univers et de la genèse de l’homme. Leur interprétation rejoignait sur bien des points des textes émanant d’autres traditions occultes et religieuses. Comme nous l’avons dit plus haut, notre monde était imparfait parce qu’une puissance appartenant aux mondes célestes (démiurge, éon, ange, archonte) en avait perverti l’équilibre par erreur, orgueil ou inconséquence. Elle était intervenue dans la bonne marche de l’univers et y avait provoqué des perturbations, entraînant la création d’un monde chaotique non souhaité. Contrairement à l’Eglise qui considérait que l’origine du mal provenait d’une faute originelle commise par le premier couple d’humains, les gnostiques évoquaient une erreur de la divinité qui avait été à la base de notre création. Ils refusaient la vision de l’homme souillé par une culpabilité existentielle. L’homme était une création manquée, une sorte de contrefaçon maladroite, soumise à l’autorité d’un mauvais démiurge qui en avait fait un esclave perdu dans un monde de violence, de perversité et de cruauté qui n’aurait jamais dû voir le jour.

 

Envoyé par le Dieu « bon », le Christ, était venu mettre en garde l’humanité contre la présence dans notre monde d’une ou de plusieurs entités maléfiques que les Evangiles gnostiques désignaient sous le nom d’Archontes. Notre véritable combat n’était pas, comme le révélait Saint Paul dans son « Epître aux Ephésiens », VI, 12 : « … contre la chair et le sang que nous luttons, mais contre les principats, contres les autorités, contre les pouvoirs de ce monde de ténèbres, contre les puissance spirituelles mauvaises qui sont dans les lieux célestes ». En d’autres termes, le vrai challenge de l’homme n’était pas de se concentrer sur une lutte contre le péché originel et les attraits de la chair, mais de se défendre contre les puissances maléfiques qui la dirigeaient dans l’ombre et qui avaient pris possession de la terre. La gnose portait aussi un message élitiste. Les gnostiques se disaient initiés à des choses que les autres ne savaient pas. C’est cet élitisme qui fit que la vraie connaissance restait secrète et faisait l’objet d’une initiation. L’humanité se divisait en trois catégories : ceux qui étaient d’emblée dans la bonne connaissance ou pneumatiques, ceux qui étaient « récupérables » ou les psychiques, et ceux qui étaient totalement englobés par la matière et donc « irrécupérables », les terrestres.

 

 


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La gnose se caractérisait aussi par le syncrétisme car elle récupéra des éléments de différentes croyances : dualisme persan, textes de Platon, évangiles apocryphes… Enfin, notons qu’elle accordait une grande importance à l’élément féminin de Dieu, au thème de la Mère universelle. Cette « Mère » était décrite de manière très contradictoire, pouvant être un instrument de condamnation, de jugement, mais aussi une matrice enfermant la création. Dérivant de cela, la place de la sexualité dans la gnose était aussi contradictoire. Des mouvements très ascétiques refusaient le mariage et la sexualité considérée comme une porte ouverte à la procréation qui de nouveau faisait retomber l’âme dans la chair. D’autres courants prônaient une sexualité débridée, par mépris envers la dite chair.

 

Il y eu de nombreuses sectes gnostiques professant des enseignements et des principes qui dans leur ensemble se rejoignaient mais qui présentaient entre eux certaines divergences de vue. Ce dossier se veut une synthèse de la philosophie générale des gnostiques. La gnose reconnaît l’existence d’une déité suprême, transcendante et androgyne qu’elle appelle indifféremment le Dieu non manifesté, la monade, l’Esprit invisible, l’Absolu, le Silence, l’Abîme, l’Eon éternel parfait, l’innomé, l’ineffable, le jamais créé, l’Amour pur, le Dieu étranger, le Dieu lointain, le Dieu inconnu. Selon la gnose, le Dieu ne s’était encore jamais manifesté dans notre monde matériel. Il peut être mis en parallèle avec le Dieu El des Cananéens. De lui émanent un Principe illuminateur mâle, le grand père céleste, et le Principe illuminateur femelle, la grand-mère céleste, la matrice universelle, nommée Barbelo, Epinoia, Sophia, Ennoia ou encore Pistis. La gnose place le Dieu suprême au sommet d’un univers divin appelé « Plérôme » ou « lieu de la Plénitude », constitué par des éons ou puissances célestes hiérarchisées qui entretiennent entre eux des rapports très complexes. Le Christ ou Logos est le seul être ayant été engendré par le Père et la Mère. A l’origine, le monde visible fut créé à la ressemblance du monde invisible et caché.

 

A côté de cet univers divin, complètement séparé de lui, il y a le monde d’en bas, celui des ténèbres. Il a été créé par un mauvais ange qui l’a formé à partir d’une matière préexistante, mais qui ne l’a pas fait correctement, vu qu’il était ignorant du divin, bien qu’il en fut une émanation « bâtarde ». Déité directement reliée à la perfection, Sophia, aurait normalement toujours dû agir de concert avec sa contrepartie masculine à laquelle elle était attachée mais tel ne fut pas le cas. Sophia qui désirait comprendre plus profondément l’Eternel commit une erreur fatale et irréparable. Tentant d’imiter le pouvoir créateur du Dieu ineffable, elle se sépara de son principe masculin et tomba du Plérôme ou Royaume céleste. Elle fut précipitée dans le monde des abysses, un monde de néant et d’absence de lumière. Grâce à sa propre puissance, elle enfanta par inadvertance un monstre à visage de lion et au corps de serpent, une chose imparfaite et disgracieuse, étant donné qu’elle l’avait engendré sans sa polarité masculine et sans l’avis du Dieu ineffable. Les yeux de ce monstre étaient pareils à des éclairs lançant des flammes. Sophia le repoussa loin d’elle et le plaça sur un trône entouré d’une nuée, afin que personne ne puisse le voir, hormis le « Père des vivants » auquel elle ne pouvait rien cacher. Elle venait de donner naissance à une créature saurienne, un être d’orgueil, malicieux et vil, androgyne lui aussi, qualifié de « Dieu des aveugles » et appelé indifféremment, Sabaoth, Samaël, Saclas (l’idiot), Ialdabaoth.




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Les gnostiques l’identifièrent à Yahvé / Satan. Cet archonte maléfique n’est ni plus ni moins que le « demi-frère » du Christ ! Une fois engendré, Satan/Yahvé aperçut devant lui un univers immense à conquérir. Poussé par sa vanité et son arrogance, il déclara qu’il n’y avait pas d’autres dieux qui lui. L’Archonte orgueilleux mais très puissant se bâtit un monde d’une grandeur sans limite (notre univers) puis décida de susciter de lui des enfants. Il créa sept créatures androgynes et leur dit : « Je suis le Dieu du Tout ! ». La folie qui animait le grand Archonte maléfique lui fit aussi déclarer : « Je suis un Dieu jaloux ». Il engendra une multitude de démons, pour le servir, qui peuplèrent désormais les mondes de la matière d’où ils étaient issus. Lorsque le vrai Dieu, « l’incorruptible » abaissa son regard vers la région des eaux « ne vue d’unir, le Tout à la Lumière », son image se refléta et les puissances des ténèbres s’en éprirent. Les faux démiurges androgynes réussirent, on ne sait trop comment, à capter cette image parfaite située de « l’autre côté du voile » et décidèrent de créer un homme. Les Archontes se dirent alors : « Faisons un homme qui soit de la poussière de la terre ». Ayant pris de la terre, ils modelèrent un homme d’après leur propre corps (avorton animal), à la ressemblance de l’image du Dieu qui leur était apparue dans les eaux. Toutefois, étant donné une « imprécision de fabrication », leur créature ne pouvait pas se tenir debout. Dans leur maladresse, ils avaient créé une créature hybride mi-humaine, mi amphibienne, mi reptilienne, annonçant le règne des premiers animaux sur terre. Alors, Dieu eut pitié d’elle et souffla dans son visage. « L’Esprit (de Dieu) aperçut sur le sol l’homme pourvu d’une âme. Il descendit et vint en lui, et l’homme devint une âme vivante. Il lui donna le nom d’Adam parce qu’il l’avait trouvé rampant sur la terre. » Aussitôt, l’homme se mit debout et parla.

 

Bien qu’issu d’une sorte de création « génétique » des Archontes, l’homme était différent de ses créateurs car l’étincelle de vie et d’intelligence divine lui avait été donnée par le « vrai » Dieu. Les Archontes placèrent Adam dans le Jardin d’Eden « pour qu’il le cultive », en lui interdisant de manger à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, lui prédisant la mort s’il essayait. Quelques temps après, ils se concertèrent et décidèrent de faire tomber Adam dans un profond sommeil (assimilé à l’ignorance), pendant qu’ils tranchaient dans son côté et qu’ils faisaient apparaître une femme. Puis, ils reconstituèrent le côté « en mettant de la chair à la place », un acte qui s’apparente à une véritable « opération chirurgicale ». Quand les Archontes virent la contrepartie féminine d’Adam, « un grand émoi les saisit et ils la désirèrent. Ils dirent l’un à l’autre : Allons ! Jetons en elle notre semence et ils la poursuivirent. (…) Ils provoquèrent eux-mêmes leur propre condamnation. »

 

Tentant de réparer sa faute, le principe féminin de Dieu, Sophia, s’introduisit dans le « Serpent instructeur » et dit à la première femme : « Vous ne périrez pas de mort (si vous touchez au fruit de l’arbre). C’est par jalousie qu’on vous a dit cela. Au contraire, vos yeux s’ouvriront et vous deviendrez comme les dieux, distinguant le bien et le mal ». La femme mangea le fruit défendu puis en donna à son mari. S’apercevant de leur désobéissance, Satan/Yahvé maudit la femme et le serpent, chassa le couple hors du verger et le tourmenta « par de grandes tribulations et une vie pleine de soucis, afin que l’humanité soit accaparée par la vie matérielle et n’ait pas la possibilité de se consacrer à l’Esprit saint. »

 




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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes
22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:21

L’Episode du Jardin d’Eden

 

le Serpent, tentateur ou initiateur ?

 


 

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Le Jardin d’Eden n’est pas une invention hébraïque, quoi qu’on en pense ! Le mot eden est akkadien, langue proto-hébraïque ou proto-sémitique introduite en Mésopotamie par le peuple d’Agadé ou Akkad qui domina l’ancien royaume de Sumer au cours de la seconde moitié du troisième millénaire avant J.-C. L’Eden est en réalité un concept sumérien signifiant « paradis » ou « plaine ».

 

Des chercheurs qui se sont amusés à rechercher l’endroit où se trouvait jadis ce jardin des délices (en admettant qu’il ait réellement existé) en ont conclu qu’il se situait probablement en Irak actuel, considéré depuis toujours comme le « berceau de la civilisation ». C’est de leur captivité en Mésopotamie que les Hébreux ramenèrent leurs idées de création, de péché, de déluge et de démons. Lors de leur exil, les Juifs découvrirent l’esprit mauvais ou Angra Mainyu (Ahriman en Perse) qui s’opposait à son frère Spenta Mainyu, tardivement identifié à Ahura Mazda, le génie du bien. Angra Mainyu avait choisi le mal consciemment, et par cet acte, avait créé la mort. La lutte perpétuelle de ces « frères ennemis » correspondait au principe zoroastrien (issu du zoroastrisme, religion fondée par Zarathoustra au cours du premier millénaire avant J-C) de deux puissances antagonistes destinées à se combattre éternellement.

 

Le Zend-Avesta est le texte le plus sacré des « Zoroastriens » avec le « Bundahishn ». Ce dernier comprend un mythe créationniste dans lequel une tige de rhubarbe grandit et se divise en deux êtres humains, Masya et Masyanag, père et mère des mortels. Le couple vit dans la pureté jusqu’à ce qu’il soit séduit par Angra Mainyu, l’esprit mauvais, le « Satan » à venir, (ou selon diverses versions par les daevas, génies malveillants, ou les ahouras, les « brillants » disgraciés) qu’il allait désormais vénérer à la place d’Ahoura Mazda, le Dieu du bien. Une fois corrompu, les premiers humains perdent leur pureté originelle. Les Zoroastriens pensaient que cette faute primitive avait marqué à jamais leur descendance.

 

Il existe des ressemblances entre les récits perses et hébreux de la chute originelle, les premiers ayant probablement inspiré les seconds. Pour Zecharia Sitchin, éminent chercheur, auteur de la célèbre « Douzième Planète », les « histoires bibliques concernant la création de la Terre et de la vie, de l’homme, le Jardin d’Eden, le Déluge, la Tour de Babel… étaient des récits écrits pour la première fois par des Sumériens, il y a 6000 ans ! ». Selon Andrew Collins, auteur de l’ouvrage « Nos ancêtres les Anges », les « notions judaïques de la chute de l’homme, du serpent et de la chute des anges dérivent directement ou indirectement des sources zoroastriennes ou pré-zoroastriennes ».

 



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Le serpent de la Genèse comme celui du Bundahishn serait la représentation figurée des daevas ou ahuras ayant séduit l’humanité à l’époque de la chute. Il personnifierait Bélial, Shemyaza ou Azazel, noms donnés au chef des « Veilleurs » dans les récits énochiens ; ces anges déchus qui s’accouplèrent avec des femmes de chair et leur firent des enfants. Examinons ce que révèle « L’Ancien Testament » à propos de l’épisode du Jardin d’Eden et résumons-le brièvement.

 

La Genèse montre le premier couple. Adam et Eve, menant une existence paisible dans un lieu idyllique où tous les animaux cohabitent pacifiquement. Yahvé leur a donné un ordre formel : « De tout arbre du jardin tu pourras manger, mais de l’arbre de la science du bien et du mal tu n’en mangeras pas, car du jour où tu en mangeras, tu mourras ». Genèse II, 16-17. le serpent qui était le « plus rusé de tous les animaux qu’avait faits Yahvé Elohim » dit à la femme : « Est-ce que vraiment Elohim a dit : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ? » la femme lui répond : « Du fruit des arbres du jardin nous pouvons manger, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Elohim a dit : « Vous n’en mangerez pas et n’y toucherez pas, de peur que vous ne mouriez ». Le serpent lui révèle alors : « Vous n’en mourrez pas, mais Elohim sait que, le jour où vous ne mangerez, vos yeux se dessilleront (s’ouvriront) et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal ». La femme voit que l’arbre est « bon à manger », qu’il est « agréable aux yeux et plaisant à contempler ». Elle prend de son fruit et en mange puis le présente à Adam qui le goûte à son tour. Alors, leurs yeux s’ouvrent et ils se rendent compte qu’ils sont nus. Ils cousent des feuilles de figuier et se font des ceintures pour cacher leur nudité.

 

Entendant la voix de Yahvé qui se promène dans le jardin, Adam et Eve se cachent au milieu des arbres. Yahvé Elohim appelle l’homme et lui dit : « Où est-tu ? » Adam répond : « J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché ». Yahvé lui dit : « Qui t’a révélé que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais ordonné de ne pas manger ? » L’homme avoue : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné de l’arbre et j’ai mangé ». Yahvé Elohim dit à Eve : « Qu’est-ce que tu as fait ? » La femme répond : « Le serpent m’a dupée et j’ai mangée » - Genèse III, 8-13. Yahvé Elohim s’adressant au serpent lui dit : « Puisque tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et entre tous les animaux des champs. Sur ton ventre tu marcheras et mangeras de la poussière tous les jours de ta vie ! J’établirai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et sa race : celle-ci t’écrasera la tête et, toi, tu la viseras au talon ». Il avertit la femme : « Je vais multiplier tes souffrances et tes grossesses : c’est dans la souffrance que tu enfanteras des fils. Ton élan sera vers ton mari et, lui, il te dominera ». A l’homme, il dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné un ordre, en disant : Tu n’en mangeras pas ! Maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la souffrance que tu te nourriras de lui tous les jours de ta vie. Il fera germer pour toi épine et ronce et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ton retour au sol, puisque c’est de lui que tu as été prix, car tu es poussière et tu retourneras en poussière ». Genèse III, 14-19.

 



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Yahvé dit ensuite (à qui s’adressait-il ?) : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal ! Maintenant, il faut éviter qu’il étende sa main, prenne aussi de l’arbre de vie, en mange et vive à jamais ». Yahvé Elohim chasse Adam et Eve du Jardin d’Eden pour qu’il cultive le sol d’où il avait été extrait. Il installe à l’Orient du Jardin, les anges Chérubins et la flamme tournoyante de l’épée pour garder la route de l’arbre de vie… Voilà pour l’histoire officielle. Nous verrons que celle narrée par les textes gnostiques est bien différente.

 

En résumé, l’origine de la chute est liée à la faiblesse de caractère dont fit preuve le premier couple face aux séductions du serpent et suite au non-respect d’une injonction divine. Cette faute plongea la race humaine dans le mal. L’homme est toujours corrompu par le délit commis par ses deux parents. Le « Paradis perdu » est devenu le mythe de l’homme déchu. Cette chute est généralement mise en parallèle avec celle de Lucifer et des légions d’anges rebelles. Depuis ces temps reculés où les premiers humains péchèrent, alors qu’ils ne savaient même pas ce qu’était le mal, l’humanité porte le poids d’une faute que rien ne semble pouvoir laver. Mais, était-ce bien une faute ? Une faute se commet en toute connaissance de cause. « Qu’avons-nous à faire d’une faute de nos ancêtres qui n’en était d’ailleurs pas une ? » se demande avec justesse Gérard Messadié, dans son « Histoire générale du Diable ». Nous sommes en droit de nous questionner sur le bien-fondé d’une divinité suprême qui refuse à ses créatures la connaissance du bien et du mal et qui leur dénigre toute possibilité de s’affranchir.

 

Le serpent surgit de nulle part, créé par on ne sait qui, mais porteur d’une interrogation cruciale. Son apparence reste une énigme, même si différents illustrateurs l’ont doté d’une figure humaine et d’un corps de reptile. Peut-on dès lors imaginer ce que la Bible ne nous dit pas ou plutôt ce qu’elle nous cache ? On sait que certains enseignements perses nommaient Angra Mainyu (Arihman), le « vieux serpent qui a deux pieds ! » De toute évidence, le reptile de la Genèse était plutôt de type « lézard » que « serpent », comme l’a figuré en son temps le peintre belge Hugo Van der Goes. Le Haggadah (signifiant littéralement « narration », « écrit » en hébreu) décrit le reptile comme étant grand, avec deux jambes et des pouvoirs mentaux supérieurs.

 

La Genèse révèle que le serpent fut condamné à ramper et à être foulé aux pieds, suggérant qu’avant cette malédiction, il se tenait débout sur ses deux pieds ! Selon R. A. Boulay, auteur de « Serpents et dragons volants », le « Haggadah » révèle aussi que le serpent aurait marché comme un homme et que ses pieds et ses mains furent coupés. Le serpent est l’œuvre de Dieu, comme toutes ses créations, c’est du moins ce que nous pouvons supposer. Ses actes participent donc aux œuvre divines ou pour le moins sont issus de sa volonté. On peut imaginer que le serpent est l’instrument, l’outil dont Yahvé se sert pour réaliser le parachèvement de sa Création. Ayant achevé son ouvrage, ce n’est plus lui qui agit mais un autre être programmé à cet effet. Mais si tel avait été le cas, Yahvé n’aurait pas eut cet accès de rage. Il y a plutôt lieu de penser que le reptile s’est immiscé en secret dans le Jardin. Dans une perspective ésotérique, on peut croire qu’il a incité l’Homme primordial, à travers son principe féminin (dans le dialogue, Eve et le serpent sont seuls. Adam et Yahvé sont absents), à manger le fruit, donc à vivre l’initiation. Le serpent a donné à l’homme les moyens d’atteindre le niveau de conscience nécessaire, à la condition que sa liberté soit employée à bon escient et dans la bonne direction. Si le serpent est un éveilleur, alors l’épisode du Jardin devient une parabole initiatique. N’oublions pas que traduit par le mot hébreu « nahash », souvent interprété comme « serpent », le mot signifie aussi « celui qui résout les secrets… »

 

Il existe une complicité naturelle entre la femme et le reptile, comme en témoignent les multiples représentations des Déesses mères, souvent accompagnées de reptiles. Le serpent fut probablement le premier être créé, la femme fut le dernier. Femme et serpent marquent l’Alpha et l’Omega de la création du règne animal. Dans le symbole de l’Ouroboros, Eve et le serpent se confondent. Rappelons que le mot « Eve » est apparenté au mot hébreu « hève » ou « hava » désignant à la fois la vie et le serpent. L’épisode du Jardin d’Eden n’était pas un rendez-vous fortuit mais un destin savamment programmé. La femme ne sembla d’ailleurs pas surprise de cette rencontre inopinée. A aucun moment, le serpent ne tente de savoir où est Adam ni n’essaye de lui parler. L’Eglise conclut hâtivement que le serpent préféra s’adressa à l’être le plus faible, la femme ! Les artistes donnèrent même à l’animal offrant un fruit à l’homme un visage féminin. Evoquant le rôle du serpent, Josy Eisenberg, auteur du livre « A Bible ouverte » révèle : « Attention ! Le serpent n’est ni le diable ni un menteur. Il n’est pas le diable, car lui aussi est créé par Dieu. Il ne fait ni ne dit rien sans y être autorisé. Il entre dans le jardin. Il ne représente pas la révolte, mais la provocation. Sa démarche est naturelle : les rabbins disent qu’il a bien exécuté son office. L’histoire du monde n’a de sens que si le Serpent peut parler. On doit résister à la tentation : encore faut-il qu’elle existe ! Le Serpent n’est pas non plus un menteur. Il promet à Adam et Eve que leurs yeux s’ouvriront et, effectivement, cette prophétie se réalise : « Et leurs yeux s’ouvriront, et ils surent qu’ils étaient nus ». On peut se demander si le Serpent veut attirer Adam et Eve hors du Paradis – les faire « chuter » ou bien s’il n’est pas un ami qui leur veut du Bien. Le summum du Bien. Peut-on le connaître sans affronter le Mal ? Adam ne connaît que le Bien. Dieu connaît le Bien et le Mal. La tentation, c’est que l’homme accroisse son champ de connaissance en expérimentant le Mal. Peut-être en tirera-t-il bénéfice ».

 



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Le serpent ne dissimulait rien de malhonnête. Il n’avait pas été créé « mauvais ». Il était venu éclairer, guider montrer la voie, libérer, jamais égarer. Le serpent est à rapprocher de Judas, qui nous le savons maintenant grâce à la parution de son évangile apocryphe, était un initié qui trahit Jésus à sa demande. La vérité est que le serpent avait été adoré par les Egyptiens et par de nombreux peuples qualifiés de païens, tous des ennemis d’Israël. Il était donc logique qu’il devienne pour les Hébreux et donc pour les Chrétien, qui firent leurs les révélations de L’Ancien Testament, la représentation du mal absolu. Le serpent fut l’instrument nécessaire pour que les énergies de l’univers se condensent et que l’homme entre dans la matière, c’est-à-dire s’incarne. Le seul et unique porteur du bien et du mal et de la liberté de s’en servir, c’est l’homme… mais l’homme conscient, l’homme nourrit du fruit de « l’Arbre de la Connaissance ». Si deux pôles d’attraction et de répulsion ne cohabitaient pas en nous, si nous n’étions pas habité (et entouré) par ce dualisme permanent, nous ne serions que des animaux supérieurs guidés exclusivement par leurs instincts.

 

La secte gnostique des Ophites affirma : « Nous vénérons le serpent car Dieu en a fait la source de la Connaissance pour l’humanité. Ialdabaoth (le mauvais Dieu qui créa le monde matériel et l’homme) ne voulait pas que les hommes puissent retourner à la « Mère » ou au « Père ». C’est le serpent qui, ayant tenté l’homme, apporta la Connaissance, enseigna à l’homme et à la femme la connaissance totale des mystères des Cieux. C’est pourquoi leur père Ialdabaoth (Yahvé) rendu fou de fureur les exila du Paradis ». Hippolyte déclara : « … Personne ne peut être sauvé et relevé sans le Fils (Jésus), qui est le Serpent. Car c’est Lui qui apporta les sources du Père et c’est Lui qui emporte jusqu’aux Cieux ceux qui ont été éveillés de leur sommeil et ont revêtu les attributs du Père ».

 

Chef d’œuvre de la littérature babylonienne, l’Epopée de Gilgamesh, poème datant du 7ème siècle avant J.-C. mais qui puise à des sources bien plus anciennes, rapporte les exploits d’un héros à la recherche de l’immortalité. A la fin de son aventure épique, Gilgamesh apprend qu’au fond de l’océan pousse la « plante de vie ». Le héros plonge sans hésitation dans l’eau et cueille la plante miraculeuse. Malheureusement, lors de son voyage de retour, il s’arrête pour se baigner et un serpent s’empare de son trésor. Le serpent vient d’acquérir à jamais l’immortalité que Gilgamesh convoitait. L’immortalité a souvent été reliée à la connaissance détenue par le serpent. Quand Gilgamesh trouve la plante de vie, il se la fait voler par un serpent qui en partant laisse derrière lui sa peau, témoignant d’une forme d’immortalité, de rajeunissement. Adam et Eve goûtent au fruit du savoir et perdent à jamais l’accès à la vie éternelle. Dans de nombreuses mythologies, le serpent a été le symbole de la guérison et de la renaissance.

 

A ce propos, une série de textes apocryphes narrent ce que notre « Genèse » ignore ou laisse délibérément de côté. Le récit connu sous le nom de « Conflit d’Adam et Eve avec Satan », écrit originairement en arabe (probablement d’origine égyptienne) puis traduit en éthiopien, commence avec le bannissement du couple originel et continue jusqu’aux premières générations adamiques, enchaînant avec la naissance de Caïn et Abel sur laquelle s’ouvre la Genèse 4. Après avoir été éjecté du Paradis et s’être nourris pour la première fois, le couple originel constate que leurs corps ont acquis des « fonctions étranges » et que « toute chair qui a besoin de nourriture et d’eau pour exister, ne peut pas être dans le Jardin ». Il existe une incompatibilité fondamentale entre la nature matérielle des hommes après la chute et la nature de gloire de l’Eden. Dans le texte pseudépigraphique connu sous le nom de « Vie grecque d’Adam et Eve », Seth, voyant son père sur son lit de mort, s’offre de retourner dans le Jardin demander aux anges qui le gardent un fruit donnant la vie éternelle. Averti sur les risques d’une telle désobéissance, Adam décline sa proposition. En Revanche, il prie Seth et Eve d’aller chercher dans les alentours du Jardin un arbre dont « l’huile de pitié » pourrait soulager ses douleurs. Après que Seth se soit fait attaqué par une bête sauvage, il arrive finalement au Paradis et invoque Dieu. L’archange Michael apparaît et lui révèle que « l’huile de miséricorde » ne sera donnée qu’à la fin du monde…

 

Outre la connaissance cachée et l’immortalité, le serpent représente aussi le désir sexuel sinon le membre viril lui-même. Selon le Talmud juif, le diable copula avec Eve. Le « fruit défendu » serait le symbole d’un acte sexuel illicite. Dans la tradition talmudique, la séduction adultère d’Eve par le serpent ne fait aucun doute. Dans le « Talmud Abot » de Rabbi Nathan, le serpent a pour projet de tuer Adam et d’épouser sa femme ! Selon Léon Azkenasi, quand Eve répond « le serpent m’a séduite et j’ai mangé le fruit », le terme hébreu employé signifie en réalité « il a mis sa semence ». Dans le Proto-évangile de Jacques, apocryphe du IIème siècle, Joseph s’interroge : « L’histoire d’Adam se répète-t-elle à mon sujet ? Car tandis qu’Adam faisait sa prière de louange, le serpent s’approcha et surprit Eve, seule. Il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe ». Le mythe d’Eve succombant au charme du reptile est aussi à mettre en relation avec l’ensemble des femmes qui séduites par les Fils d’Elohim de la Genèse, appelés « Veilleurs » dans le Livre d’Enoch, s’unirent à eux, leur firent des enfants et reçurent de leurs amants célestes une connaissance que la divinité suprême se réservait pour son usage exclusif.

 

Notons que la mythologie et la littérature hindoue sont remplies de liaisons sexuelles entre des dieux serpents et l’espèce humaine. L’Inde est aussi le berceau du serpent de la Kundalini (d’après un terme sanskrit, « boucle »), l’énergie primordiale lovée au bas de la colonne vertébrale que l’homme doit réveiller pour atteindre l’illumination libératrice, la fusion avec le Dieu suprême. Cette énergie est figurée sous la forme d’un reptile enroulé sur lui-même trois fois et demi. Le serpent de la Kundalini est pareil à Ananta, le reptile lové à la base de l’axe du monde, gardien du nadir, le point opposé au zénith. Le dynamisme reste engourdi dans les profondeurs du corps humain mais le serpent ne dort que d’un œil. Son réveil est l’objectif principal du Yoga tantrique. Il se réalise par paliers successifs de sept étapes représentant des niveaux d’énergie et de conscience progressifs. En une puissante aspiration ascendante, l’énergie du serpent remonte le long de la colonne vertébrale, libérant au passage les forces subtiles propres à chaque plexus ou chakra pour s’épanouir, s’il y a expérience complète, jusqu’au sommet du crâne, au niveau de la fontanelle, dans le ciel de la conscience divine. Telle une ligne à haute tension, la Kundalini canalise l’énergie provenant de l’union des deux pôles : Shiva, le principe masculin et Shakti, le principe féminin.

 

C’est l’extase absolue, la béatitude suprême. Selon certains, le serpent du Jardin d’Eden révéla à Eve la connaissance de l’arbre, c’est-à-dire de la Kundalini, symbolisée par le « Caducée », un savoir permettant au premier couple de s’affranchir de l’autorité de Yahvé et de retourner à la grande Lumière primordiale.

 



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Les deux Genèses

 

La version des événements telle que décrite dans les textes gnostiques de Nag Hammadi, avec quelques variantes de détails, est confirmée par l’Ancien Testament qui raconte, et cela peu de gens le remarquent, non pas une, mais deux genèses, par deux créateurs différents.



 
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Cette idée avait déjà été exprimée par Brinsley Le Poer Trench, dans son livre « Le Peuple du Ciel » paru en 1960 ; Selon lui, la « première histoire de la création dans la Genèse a trait à l’établissement de l’Age d’Or. La seconde, au chapitre 2, raconte la création de l’être humain au corps chimique animal, la création d’un second Adam, par Yahvé ». Cette création fut le péché du grand archange qui a dit « je serai semblable à Dieu » et qui fut puni de sa témérité en devenant responsable des effets de ses expériences interdites jusqu’à l’heure où les choses pourront être remises au point, à la satisfaction de toutes les entités concernées ».

 

Au commencement, Elohim créa le ciel et la terre. Il sépara la lumière des ténèbres, les eaux de la terre ferme, puis il forma les végétaux, les luminaires (le Soleil et la Lune), les poissons, les reptiles, les oiseaux, les mammifères et enfin, Elohim dit : « Faisons les humains à notre image. Selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer… Elohim créa les humains à son image : il les créa à l’image d’Elohim : homme et femme, il les créa. Elohim les bénit ; Elohim leur dit « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez la. Dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre » - Genèse 1, versets 26-28. Nous étions le sixième jour. Elohim donna au premier homme/femme et aux animaux tout ce que la terre portait comme herbe et comme arbre fruitier. Le septième jour, Elohim se reposa. Elohim créa par le Verbe, des êtres à sa ressemblance. Leur tâche était de se multiplier et de dominer la terre.

 

Le Zohar puisant à des sources non expurgées explique que l’être primordial a été créé androgyne, c’est-à-dire mâle et femelle : « Dieu fit l’homme parfait. Il le forma mâle et femelle et la femelle comprise dans le mêle ». Et si dans la tradition chrétienne, Eve fut la première femme d’Adam, le Zohar révèle pour sa part que : « Dans l’abîme d’en haut existe une femelle qui… porte le nom de Lilith. Elle fut la première à se présenter a Adam. Lorsque Adam fut créé et que son corps fut achevé, mille esprits du côté gauche accoururent et chacun voulut le pénétrer mais n’y parvenait pas. Dieu les chassa. Adam, en attendant, était couché par terre, le corps dépourvu d’esprit et le visage jaune ; et tous les esprits faisaient cercle autour de lui ». Adam n’est encore que le « glébeux », un corps sans vie qui attend de recevoir le souffle d’un esprit pour naître. Le Zohar précise : « Les âmes mâles sont issues du côté droit de Dieu, les âmes femelles du côté gauche ». Lorsque l’Adam androgyne se leva, il avait la femelle unie à lui. Dieu le fendit en deux pour le séparer de sa partie féminine.

 

Il para cette dernière pour l’offrir à son mari mais Lilith préféra s’enfuir au-delà des mers. Elle devint l’archétype de la femme rebelle qui refuse l’autorité masculine à laquelle Dieu la soumet dès le départ, le prototype de la femme révoltée, refusant la soumission, exigeant une place égale à celle de l’homme. Le livre kabbalistique « L’Alphabet de Ben Sirah », datant du XIème siècle révèle : « Les deux premiers partenaires humains furent Adam et Lilith, ils avaient été créés de manière à répondre à un désir manifeste du Créateur : il y aurait égalité de droits entre l’homme et la femme. La tradition talmudique affirme même qu’ils avaient été créés unis par le dos ».




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La première genèse est l’œuvre incontestable des Elohim, traduit erronément par le mot « Dieu » au singulier. En hébreu, le terme Elohim évoque une des neuf classes d’anges appelée malakhi élohim ou encore tarshishims. Elohim est tiré du mot « el » désignant le Dieu des Cananéens que les Juifs identifièrent de manière erronée à leur Dieu tribal Yahvé. Le mot « élohim » est le pluriel d’eloha et signifie littéralement « les Dieux », non une déité unique. Traduire ce mot par un singulier, comme le fait la traduction française de l’Ancien Testament, est un non sens. Il ne s’agit pas davantage d’un « pluriel de majesté » comme l’affirment les théologiens bien embarrassés. Les élohims sont des fils émanés de la pure Lumière primordiale. Elohim est un terme féminin-pluriel désignant des divinités angéliques de type androgyne. L’Adam 1 est un être purement androgyne.

 

Le second chapitre de la Genèse (à partir du verset 2-4) contredit le premier. Il n’est plus question de Elohim mais de Yahvé Elohim (dans la version hébraïque), ce terme pouvant se traduire par le « chef » ou le « Dieu des Elohim ». Nous assistons à une autre création, réalisée cette fois par le « chef des anges » ou plutôt par celui des archontes (selon les gnostiques). Yahvé Elohim n’agit pas seul puisqu’il est écrit : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous, grâce à la science du bien et du mal ! » Yahvé Elohim créa un ciel et une terre (Genèse 2-4). Beaucoup s’interroge : s’agit-il bien de la même « terre » que précédemment ? Apparemment non. Si la première genèse concernait l’univers, celle-ci s’étend seulement à notre planète. Et c’est à un autre être que Yahvé Elohim donne naissance. Il l’appelle Adam, désignant la terre (adama) d’où il a été tiré. « Yahvé Elohim façonna l’homme de la poussière de la terre ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant ».

 

Ensuite, « il prit l’homme et le plaça dans le Jardin d’Eden pour le cultiver et le garder », lui interdisant de goûter à l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’Adam 2 (de la deuxième race) n’a pas été créé par le Verbe divin mais fabriqué à partir d’éléments matériels. Il est « produit », non créé. La différence a son importance. Mission lui est donnée de « cultiver le jardin et de le garder ». Il est question ici de travail, non de domination, encore moins de reproduction. Adam est créé pour servir. Le Seigneur Dieu dit au verset 18 : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide (nous retrouvons la notion de travail) qui sera son vis-à-vis ». Au verset 21, il « fit tomber une torpeur sur l’homme qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Le Seigneur Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme, et il l’amena vers l’homme ». En la voyant, l’homme s’exclama : « Cette fois, c’est l’os de mes os, la chair de ma chair ! » (Verset 23).

 

Selon Brinsley Le Poer Trench, la femme d’Adam 2 fut fabriquée à partir de tissus prélevés sur son compagnon. Il poursuit : « L’Adam 2 était un être entièrement chimique, un animal terrestre entièrement différent de l’Adam originel – l’homme galactique – créé par les élohims des millénaires plus tôt ! « Depuis des temps immémoriaux, les élohims étaient connus comme étant les « Fils du Serpent », les « Sages ». Le serpent avait toujours été le symbole de la civilisation galactique et le sceau du grand Créateur, celui des « Rois Serpents venus du ciel pour établir sur la Terre le règne bénéfique et civilisateurs des Fils du Soleil ou Fils du Ciel ». Ces créateurs envoyés par la grande Lumière primordiale (le Dieu bon et ineffable des gnostiques) revenaient de temps à autre surveiller leurs Adam 1 tandis que le Jardin d’Eden était protégé par la race des Adam 2 et leurs compagnes qui jusque là n’avaient encore jamais procréé. En étaient-elles capables ? Tel n’était pas leur rôle qui était surtout de cultiver le jardin et de la garder. Selon l’auteur, certaines femelles Adam 2 fraternisèrent avec les élohims. De là à penser qu’elles en arrivèrent à copuler avec eux, il n’y a qu’un pas vite franchi puisque la Genèse en parle. Les Adam 2 s’émancipèrent, comprirent qu’ils étaient nus, commencèrent à se fabriquer des vêtements. En découvrant les désobéissance de ses serviteurs, Yahvé entra dans une grande colère. Il maudit le « Serpent » et prophétisa « la défaite de sa descendance, par l’union de son espèce (les Adam 1) avec les descendants des peuples du jardin (les Adam 2).

 

Brinsley Le Poer Trench poursuit : « La création de l’homme-animal (ou Adam 2) fut un acte illégal, commis sans autorisation dans un lieu isolé, spécifiquement choisi. L’humanité de l’Adam 2 ne devait pas avoir la longévité de ses créateurs. Adam 2 fut inventé et créé pour devenir leur serviteur et ils n’avaient pas la moindre intention d’en faire l’un d’entre eux », ajoutant que la création de l’Adam 2 était relativement « récente » par rapport à celle des Adam 1 androgyne. On peut considérer que les Elohim furent les véritables concepteurs de la Création dans un sens large et du premier homme / femme, un parfait androgyne issu du monde spirituel à qui mission fut donnée de dominer et de se reproduire. Yahvé Elohim (celui que les textes de Nag Hammadi nomme « l’avorton de Dieu ») fut le second créateur, celui de l’univers matériel et d’un être humain de nature plus « animale » destiné à être un esclave.

 



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Un élohim compatissant, celui que nous appelons Lucifer, lui transmit la connaissance de l’arbre (ou énergie de la « Kundalini ») lui permettant de retourner à la grande Lumière originelle. L’Eglise a toujours prétendu que le serpent était rusé, vil, menteur, pervers et fourbe. L’animal apparaît seulement dans la seconde création. Il s’introduit dans le jardin où Yahvé Elohim maintenant ses créatures en servitude. Il leur donne les moyens de ses libérer du joug exercé par leur (s) dictateur (s). Il leur offre la « verticalité » de l’arbre, c’est-à-dire, à une voie d’ouverture menant à la grande Lumière primordiale. Ce pouvoir ascensionnel (par rapport à la matière « horizontale ») permet aux êtres humains de se hisser vers le « vrai Dieu ». Yahvé courroucé de voir l’homme et la femme « éveillés » par le serpent les chassent du Paradis et maudit son rival. Le serpent n’a jamais été l’ennemi des hommes/esclaves mais leur émancipateur. Il fut l’envoyé du Dieu suprême, un Elohim (ange) à part entière. Etonnamment, l’Eglise a toujours tout pardonné à l’entité Yahvé. Yahvé est tabou. Peu de gens ont osé faire tomber de son piédestal le Dieu de Moïse. Pourquoi une telle indulgence pour une déité cruelle, colérique, susceptible et jalouse ?! Tout au long de l’Ancien Testament, Yahvé ne fait que brandir l’anathème et la malédiction. Ses actes sont loin de correspondre à l’idée très haute que nous nous faisons d’un bon « Père », d’un Créateur universel. Dans la Genèse, c’est par jalousie ou orgueil qu’il défend à sa créature de toucher à l’arbre de la connaissance.

 

Combien cette défense peut sembler scandaleuse à celui qui cherche la vérité ! Il ment à Adam puisqu’il prétend qu’il mourra s’il touche au fruit défendu : « Le jour où tu en mangeras, tu mourras ». Or, Adam vécut 930 ans ! Il n’est pas très futé puisque dans le Jardin, il questionne : « Adam, où es-tu ? ». Il manque de prescience puisqu’il ne prévoit pas l’intervention du serpent. Enfin, il est vengeur, vindicatif et injuste puisqu’il condamne l’humanité à venir. Notre intention n’est pas de dresser un procès d’intentions à Yahvé. Toutefois, nous pensons que la vérité est cachée sous des artifices trompeurs et que bien souvent, elle est le contraire de ce que l’on nous a toujours enseigné. Pour les gnostiques, Yahvé était un Dieu avorton et mauvais qui donna naissance à une création manquée. Selon Le Poer Trench, la formation de l’homme-animal  détruisit le cycle cosmique. Quiconque créa cet être se rendit responsable des difficultés qui l’accablent. C’est ce que l’on entend par l’aspect « Satan » de Yahvé, ce dernier étant à l’origine un Seigneur de Mars. La Bible l’évoque souvent en tant que « Seigneur des Armées ». Il conclut que « Yahvé désigne un peuple venu d’ailleurs dans l’espace qui créa délibérément, grâce à sa science génétique, une race d’êtres humains particulièrement adaptés pour accomplir certaines fonctions bien définies et prévues ».

 

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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes
22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 11:16

L’œuf cosmique

 

Dans la tradition védique, (textes poétiques sacrés de l’Inde antique), le serpent symbolisait le chaos. Il entourait le monde primitif de ses anneaux monstrueux, comme le serpent Midgard de la cosmogonie germanique dont le nom en islandais désignait le « milieu du monde ». Dans la mythologie hindoue, Vishnu, le Dieu créateur, se reposait à la fin de chaque monde sur un serpent flottant sur l’océan, Ananta ou Vasuki, dont les anneaux enserraient la base de la colonne de l’axe du monde ou « œuf cosmique ».

 



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Le serpent fut fréquemment associé à l’œuf originel. Il le fécondait ou le protégeait et incarnait l’élément révélateur de l’œuf en germination. Le serpent symbolise la force créatrice de l’univers lovée sur elle-même, enlaçant son œuf, menaçant la vie de sa morsure empoisonnée pour la conduire à la mort, se « ré-enfantant » lui-même. Tous les êtres vivants commencent leur existence dans un œuf ou dans un élément de forme sphérique : le végétal dans une graine ; le poisson, le reptile, l’insecte, le volatile dans un œuf ; l’homme et les mammifères dans une cellule ovoïde résultant de la fusion des deux cellules originelles père / mère. La sphère et l’œuf, de par leur forme pleine, ronde, féminine, symbolisent la pureté, la plénitude, l’utérus, la gestation, le point originel d’où tout est émané. Dans l’univers de l’infiniment petit (atomique) et de l’infiniment grand (l’espace), tout est courbe, cercles, spirales et sphères : planètes, étoiles, galaxies, mouvement de rotation, ellipses, cycles. A travers une esthétique parfaite, l’Unité de Dieu se dévoile dans toute la splendeur de sa maternité : harmonie des courbes, sérénité de l’état d’être, équilibre des tensions. La fonction de l’œuf est cyclique et peut être liée au mouvement alternant et sinusoïdale du serpent.

 

La naissance du monde à partir d’un œuf est une idée commune aux Celtes, aux Grecs, aux Egyptiens, aux Phéniciens, aux Cananéens, aux Tibétains, aux Hindous, aux Vietnamiens, aux Chaldéens, aux Chinois, aux Japonais, aux populations sibériennes et indonésiennes. Ce mythe se retrouve également chez les Dogons, les Bambaras du Mali, au Congo, chez les Incas, en Finlande et en Suède. Dans la structure de toutes les cosmogonies, l’œuf succède aux chaos, comme un premier principe d’organisation. Il symbolise le germe contenant l’univers en puissance et les prémices des premières différenciations.

 

Un livre sacré de l’Inde, le « Minokhired Péhivi » évoque l’œuf céleste en ces termes : « Le Ciel et la Terre sont faits à la façon d’un œuf d’oiseau. Le ciel, au-dessus et au-dessous de la terre a été fait par Ahura Mazda à la façon d’un œuf. La terre dans le ciel est comme le jaune de l’œuf ». L’œuf est couvé à la surface des eaux primordiales par l’oie Hamsa dit-on en Inde, l’animal représentant l’Esprit, le Souffle divin. Ensuite, il se sépare en deux moitiés pour donner naissance au Ciel et à la Terre. De même, le Brahmânda hindou se sépare en deux demi-sphères d’or et d’argent. L’énergie divine infinie et créatrice plonge une graine dans l’eau afin qu’elle produise la création. Cette graine se transforme en un immense œuf d’or.

 

Après avoir mûri à la surface des eaux pendant mille ans, l’œuf se sépare en deux moitiés, révélant le Dieu Brahma qui crée les sept étages du monde supérieur avec une moitié et les sept étages du monde inférieur avec la seconde. Des héros chinois sont nés d’œufs fécondés par le soleil ou de l’ingestion d’œufs d’oiseaux par leur mère : « Au temps où le ciel et la Terre étaient un chaos ressemblant à un œuf, P’an-kou naquit dans celui-ci et y vécut pendant dix huit mille années. Progressivement, il sépara les éléments du monde : la terre du ciel, mais également la lumière de l’obscurité, l’humide du sec, le yin du yang… qui étaient tous intimement liés à l’intérieur de l’œuf ».

 

 

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L’œuf primordial du Shintô se sépare en une moitié légère (le Ciel) et une moitié plus dense (la Terre). Le Ciel est léger comme le blanc qui l’entoure, la Terre est épaisse comme le jaune de l’œuf coagulé. Dans les traditions chinoises, le chaos a la forme d’un œuf. Au bout de dix-huit mille ans, l’œuf s’ouvre. Les éléments lourds forment la Terre (Yin), les éléments plus légers donnent naissance au ciel (Yang). Une autre théorie chinoise conçoit le monde comme un œuf immense dressé à la verticale. Le ciel et les astres constituent la partie supérieure de la coquille, la Terre est le jaune flottant au milieu de l’océan primordial qui remplit le fond de l’œuf. Dans les mythes orphiques, au commencement était Chronos, le temps. Il engendra le Chaos (l’Infini) et l’Ether (le Fini), enveloppés par la Nuit primordiale, surnommée « la déesse aux ailes noires ». La Nuit fut courtisée par le vent du Nord, c’est-à-dire par le serpent. De cette rencontre naquit l’œuf d’argent, autrement dit la Lune, symbole de Vie, d’Unité et de Perfection. Du sein de cet œuf gigantesque sortit Phanès, la Lumière qui, de par son union avec la Nuit, donna naissance au Ciel, à la Terre et à Zeus. Les anciens Grecs comme les Egyptiens imaginaient que toutes les forces de la nature avaient été concentrées dans un germe primitif apparu sous la forme d’un œuf.

 

Une légende polynésienne révèle qu’au commencement était Taaroa, l’Unique. Il était son propre créateur et demeurait solitaire dans sa coquille. Cette coquille était semblable à un œuf tournant dans l’espace infini, sans ciel, sans terre, sans lune, sans soleil, sans étoiles. Rongé par l’ennui, le Dieu brisa sa coquille. Avec celle-ci, il établit la grande fondation du monde. Son univers était organisé en plates-formes empilées les unes sur les autres. Un trou percé dans chacune d’elles permettait de progresser dans le savoir. Chez les aborigènes d’Australie, le Dieu serpent des mers primitivement enfermé dans un œuf brisa sa coquille. Les éclats formèrent les îles alors que les mouvements de reptation de son corps créèrent les plis de l’écorce terrestre, les courbes des rivières, les éclairs et les arcs-en-ciel. Chez les Incas, un mythe cosmologique recueilli au Pérou par les premiers chroniqueurs espagnols révèle que le héros créateur demanda à son père, le Soleil, de créer des hommes pour peupler la terre. Celui-ci envoya trois œufs. Du premier, un œuf d’or, sortirent les nobles, du second en argent, naquirent leurs femmes, et du troisième en cuivre, fut issu le peuple Inca.

 



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Dans les mythes celtes, le serpent à tête de bélier s’enroulait autour de l’œuf primordial pondu par la grande Déesse et le fertilisa. Pour les Bambaras du Mali, l’œuf est l’esprit premier créé au centre de la vibration sonore. Peu à peu, il se sépara d’elle, gonfla et éclata, libérant les vingt-deux éléments fondamentaux. Au Congo, l’œuf représentait le monde et la perfection. Le jaune figurait le côté féminin et le blanc, le sperme masculin. Certaines tribus pensaient que l’homme devait s’efforcer de « ressembler à un œuf ». En Finlande, une légende raconte qu’avant la naissance des temps, une Vierge sortit son genou des eaux primordiales. Un canard vint y déposer sept œufs dont six en or et un en fer. Ensuite, elle plongea et les œufs se brisèrent dans l’océan. Les divers morceaux se transformèrent en ciel, soleil, lune…

 

L’œuf apparaît comme l’un des symboles de la rénovation périodique de la nature évoquée par la tradition des œufs de pâques et des œufs colorés, dans de nombreux pays. Il illustre le mythe de la création périodique. Parallèlement au principe de la création, il symbolise la renaissance, la régénération et la répétition. Une coutume provençale consiste à offrir à un nouveau-né un œuf pour qu’il soit « bon comme le pain, sain comme le sel, plein (de bénédictions, de vie, de grâces) comme un œuf ». L’œuf devint le symbole du mystère pascal dans lequel s’opère une gestation, une transmutation, les préparatifs de la résurrection. Des œufs d’argile découverts dans des sépultures de Russie et de Suède ont été interprétés comme des emblèmes d’immortalité et des symboles de résurrection.

 



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L’œuf tient une place importante dans la tradition alchimiste. On appelait « Œuf des Philosophes », le vase dans lequel ils enfermaient leur matière pour la cuire. L’œuf symbolise la matière même du magistère contenant le mercure, le soufre et le sel, soit le blanc, le jaune et la coque renfermant le tout. L’œuf philosophique représentait à la fois la création de l’univers et la transmutation des métaux. L’alchimiste le considérait comme l’emblème de l’œuvre sacrée accomplie où les contraires avaient fusionné et au sein duquel l’être renouait avec son état androgyne primitif ouvrant à l’immortalité. Au même titre que le serpent Ouroboros, l’œuf primordial peut être assimilé à la grande roue des incarnations du Bouddhisme ou Samsara à laquelle chaque individu est soumis jusqu’à la libération finale ou nirvana. L’œuf représente la maison, le nid douillet, le sein maternel sécurisant, lié aux valeurs de protection et de repos. Mais pour faire l’expérience de la vie, l’être doit quitter sa douce sécurité comme le poussin brise sa coquille…

 

 

Le Dualisme divin

 

Dans toutes les légendes, la création est synonyme de différenciation, de séparation, d’explosion d’une Unité originelle décrite comme une forme ovoïde. Selon Einstein, créateur de la formule E=MC² : l’énergie est égale à la masse multipliée par la vitesse (célérité) de la lumière au carré. L’univers est en mutation permanente. Sa masse disparaît en certains endroits pour réapparaître à d’autres, en un cycle de flux et de reflux, d’activité et de repos, de création et de destruction. Des mondes cessent d’exister pour se transformer en énergie, puis ils renaissent sous d’autres formes.

 


 

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Ces alternances sont liées à des charges électriques qui se retrouvent partout dans la nature, l’homme, l’atome. L’univers entier est électrique et cette force unit toutes les énergies cosmiques, tant dans notre monde tridimensionnel que dans les univers à dimensions supérieures et inférieures. Il y a toujours alternance de cycles positif et négatif, et le serpent en constitue l’un des principaux symboles, c’est pourquoi il est présent dans la plupart des cosmogonies. Edwin Hubble découvrit dans le fameux observatoire du mont Wilson que toutes les galaxies s’éloignaient les unes des autres à des vitesses fantastiques.

 

Les savants en conclurent que si l’univers était en expansion croissante, c’est qu’au départ, il y avait eu une explosion à partir d’un centre primordial, d’un noyau primitif d’une densité inimaginable. Il semble que cette explosion que les savants imaginent comme un événement chaotique relevant du pur « hasard » fut plutôt une programmation extrêmement intelligente… L’acte de Création provient d’un dédoublement « polaire » de Dieu. Il naît de la rencontre de deux forces, de deux sens, de deux divergences, de deux éléments, à la fois opposés et complémentaires, le positif n’existant que par son négatif et vice versa.

 

C’est le principe philosophique du dualisme considérant l’univers comme un tout formé de deux pôles antagonistes. L’univers est produit grâce à une rupture, une dichotomie de l’Unité primordiale, séparation entre la Lumière ou Yang (polarité masculine, positive, active) et les Ténèbres ou Yin (polarité féminine, négative, passive), entre le Ciel et la Terre, l’Essence et la Substance. Les Evangiles décrivent cet événement en ces termes : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », Genèse 1.1. « Elohim dit qu’il y ait de la lumière et il y eut de la lumière… Elohim sépara la lumière des ténèbres. Elohim appela la lumière « jour » et il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour », Genèse 1.1-5.

 

 


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La scission des principes divins était utile à l’expansion, à la création de la vie et au mouvement. Lucifer, le « porteur de Lumière » est une émanation de la nature divine. Il est l’élément qui divise, distancie, sépare. Si Dieu décidait de reformer son Unité, il est probable que l’univers retournerait au néant primordial, au chaos universel. Après l’éclatement de l’œuf unitaire originel, la Création se vit désormais dans la dualité. L’idée est à une matrice primitive androgyne qui se dédouble en un principe mâle et un principe femelle. Héraclite (philosophe grec, 540-480 avant J.-C.) a écrit : « Dieu est jour-nuit, hiver-été guerre-paix, satiété-faim, cela veut dire tous les opposés ».

 

Pour Mircea Eliade (historien des religions et philosophe, 1907-1986), la réunion des contraires en Dieu constituait un bien grand mystère et l’homme se sentait « séparé d’un état indéfinissable, atemporel, dont il n’avait aucun souvenir précis, mais dont il se souvenait pourtant au plus profond de son être : un état primordial dont il jouissait avant le Temps, avant l’Histoire, et de cet état naquit la nostalgie d’un Paradis perdu, la nostalgie d’un état paradoxal dans lequel les contraires coexistaient sans pour autant s’affronter ».

 

S. Erigène (philosophe et théologien du IXème siècle) pensait que la séparation des sexes faisait partie d’un processus cosmique, la division des substances ayant commencé en Dieu et s’étant ensuite répercutée progressivement jusque dans la nature de l’homme qui fut séparé en mâle et femelle. L’ambivalence divine est un thème attesté dans toutes les religions, tous les mythes et toutes les croyances. Celui que nous appelons « Dieu » n’est pas une entité à polarité unique mais une Unité intégrant du dualisme en puissance. Les trois principales religions monothéistes, à savoir le Christianisme, l’Islam et le Judaïsme, lui ont donné à tort une dimension essentiellement masculine. Ils ont oublié combien l’élément féminin fut vénéré dans toutes les cultures dites « païennes ». Jésus, dans « L’Evangile de Thomas » (texte apocryphe) révéla toute l’importance du pôle féminin (que l’Eglise catholique éradiqua complètement) : « … Si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et la femelle ne soit plus femelle… alors vous entrerez dans le Royaume. Lorsque vous ferez que les deux soient un, vous deviendrez fils de l’homme et si vous dites, montagne, déplace-toi, elle se déplacera ! ». Simon Pierre l’apostropha à propos de Marie : « Qu’elle sorte de femme est parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie ! ». Jésus lui répondit au Verset 117 : « Moi, je l’attirerai pour que je la rende mâle afin qu’elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous (ses apôtres), les mâles ! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des Cieux ». Un autre texte apocryphe, « l’Evangile de Philippe », confirme les paroles de Jésus en ces termes : « Le Christ est venu pour rétablir ce qui a été ainsi séparé au commencement et pour unir à nouveau les deux », une allusion probable au dualisme divin.




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A l’image d’un aimant, le Créateur véhicule deux énergies, l’une positive, l’autre négative. Cette bipolarité originelle est présente dans toute sa création et à tous les niveaux, tant est nous qu’à l’extérieur de nous : homme / femme – positif / négatif – chaud / froid – Nord / Sud – feu / eau – jour / nuit – vie /mort – matière / antimatière – essence / substance – bien / mal… l’homme a assimilé toute l’intelligence de ce principe et l’a adapté dans le langage binaire informatique comportant deux éléments (0 et 1) et traduisant le passage ou non du courant électrique. On évoque souvent l’affrontement, la confrontation, le conflit opposant ces deux vibrations mais il convient plutôt de les saisir comme les deux pôles d’une seule et même énergie. Même si leurs ondes paraissent antagonistes, elles se révèlent interdépendantes et finalement semblables dans les apparentes contradictions. Les deux principes contraires du cosmos ne sont jamais très éloignés l’un de l’autre. Il y a alternances, renouvellements, périodes et cycles. Dans « L’Evangile apocryphe de Philippe », Jésus le confirme en ces termes : « La lumière et les ténèbres, la vie et la mort, la droite et la gauche sont sœurs les unes des autres ; elles sont inséparables ».

 

Dans la tradition gnostique, le « Dieu absolu » recèle deux « générateurs » : le principe mâle et le principe femelle. Le mâle est le principe illuminateur d’en Haut, le principe femelle, l’illuminateur d’en Bas. Ensemble, ils constituent la racine, la source de l’Etre suprême. L’androgynat divin est le symbole parfait de la puissance non séparée d’elle-même, de la coalescence des contraires conciliés au sein d’une entité qui les englobe tout en les transcendant. L’androgynie a toujours été le fait de puissances exceptionnelles ayant régi le fonctionnement du titanesque processus de création de l’univers. Elle est un schéma archétypal universellement répandu dans toutes les croyances humaines. Notre inconscient collectif l’a assimilé à un état primordial originel.

 

La mythologie grecque propose un grand nombre de divinités bisexuelles. L’étrange figure d’Hermaphrodite en constitue l’exemple le plus connu. Zeus est un dieu barbu doté de six mamelles, Dionysos est un homme / femme. Chez les latins, l’indécision sexuelle des Dieux est chose fréquente. Certaines divinités se présentent comme des paires composées par l’esprit pour épouser les aspects d’une puissance unique. Ils sont issus de la scission d’une entité primitive de nature duelle. Dans tous les grands systèmes religieux, l’androgynie a représenté l’Unité parfaite préexistant à l’apparition du monde. La tradition chrétienne, reste très floue à ce sujet mais il est probable que l’Adam, terme générique, désignait un être virtuellement bisexuel. Le « Zohar » voit dans la divinité le modèle du couple de l’union du féminin et du masculin. L’un et l’autre ne peuvent se séparer sous peine de la destruction du monde. C’est de leur entente que le monde survit. Les traditions hindoues de « l’Upanishad » révèlent qu’Atman ou « l’Etre » fut solitaire jusqu’à ce qu’il se divise en deux parties d’où sortirent l’homme et la femme. Dans l’histoire des religions, l’androgyne et le couple primordial ou dominant apparaissent comme des figures réversibles, interchangeables.

 

L’iconographie tantrique fourmille d’images montrant le Dieu Shiva, enlaçant étroitement sa propre puissance, Shakti, figurée par une divinité féminine. Shiva est parfois représenté moitié noir, moitié blanc, moitié mâle, moitié femelle. Sa partie blanche pose parfois le pied sur un taureau, symbole de fécondité et de vie tandis que sa partie sombre repose sur un démon ou un lion représentant la mort. Lorsque les deux courants inverses de la force cosmique sont non seulement distingués mais aussi séparés, ils sont représentés sous la forme de deux serpents différents enroulés dans des sens opposés autour d’un axe commun comme dans le symbole du caducée.

 

 


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Les serpents enlacés représentent les aspects tour à tour maléfiques et bénéfiques, positifs et négatifs de l’énergie créatrice universelle. Leurs anneaux représentent l’ensemble des cycles de la manifestation universelle. Chaque cycle reflète un état de manifestation ou l’une de ses modalités. La fin d’un cycle coïncide avec la naissance du suivant. Les changements d’état s’étalent le long d’un axe vertical traversant chaque anneau ou cycle en son centre, axe où tous les aspects se trouvent en équilibre et en harmonie. Cet axe, appelé « Axe du Monde », symbolise la direction de la manifestation de l’Unité Primordiale. Le macrocosme (plan cosmique) et le microcosme (plan terrestre) se reflètent l’un l’autre et tout ce qui se trouve dans l’univers se retrouve dans l’être humain selon un principe d’analogie.

 

Il convient donc de scinder l’œuf du monde en deux moitiés représentant les courants contraires présentes dans l’unité divine primordiale. Ces deux forces sont symbolisées par un serpent enveloppant l’œuf, appelé amphisbène, du grec « amphis », « des deux côtés », et « bainô », « je marche », pourvu d’une tête à chacune des extrémités, elles-mêmes enroulées dans des sens opposés. Les têtes correspondent aux pôles céleste (Yang) et terrestre de la force cosmique (Yin). Rares sont ceux qui n’ont jamais entendu parler de ces deux principes du Dao (ou Voie) gouvernant l’univers, assurant sa cohérence et son Unité. Ce ne sont pas deux états qui s’opposent et se combattent mais deux phases alternantes d’un même mouvement. Le « Yin » est le devenir du « Yang » et le « Yang » est le devenir du « Yin ». Ensemble, ils forment un couple antithétique uni dans la plus parfaite communion. Beaucoup ont vu dans ces symboles une représentation du bien et du mal mais la pensée chinoise se trouve aux antipodes de ce dualisme primaire. Ce qui est bien aujourd’hui peut devenir mal demain et vice-versa.

 


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Toute chosé éclairée donne naissance à son ombre correspondante. Il ne sert à rien de vouloir combattre l’ombre car elle est indispensable à l’équilibre du monde manifesté. Elle en est même l’origine. Le « Yin » représente le principe féminin avec tout ce qu’il comporte d’intériorisation, d’intuition, de réceptivité, d’abandon au mouvement. C’est l’Eau et aussi la Terre mère nourricière, les notes graves en musique, la lune, la nuit, l’humidité, l’hiver, le repos, le froid, la décrépitude et la mort nécessaire à toute renaissance. Le « Yang » symbolise l’action, l’extériorisation, l’expansion, le Ciel créateur, le Feu, la plénitude, la vie, les notes aiguës, l’élément masculin, la sécheresse, la virilité.

 

L’emblème du « Yin » et du « Yang » est un cercle parfait (symbolisant le Un primordial) comprenant une partie blanche (l’homme) et une partie noire (la femme). Pour exprimer la dépendance réciproque des deux moitiés, on trouve un petit cercle obscur (la femme) dans la partie blanche (l’homme) dans la partie noire (la femme). En chaque pôle, se positionne le point de la force contraire, représentant le germe de la transformation. Il rappelle que tout n’est jamais complètement noir ou complètement blanc, que les forces « Yin » et « Yang » ne peuvent exister l’une sans l’autre.

 

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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes
21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 18:25

Le Symbole du Serpent dans les mythes créateurs

 

Depuis les origines, le serpent (et aussi le dragon) a été l’animal symbolique par excellence. Ses interprétations furent nombreuses et souvent contradictoires. L’animal fut associé à l’idée de la vie comme à celle de la mort et aussi à la notion d’éternité. Sa capacité à se renouveler, à changer de peau, à retrouver l’apparence de la jeunesse, représenta pour les Anciens le principe de l’éternel retour, du passage permanent de la vie au trépas, et vice-versa.

 



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Traditionnellement, dragons et serpents étaient les protecteurs du savoir spirituel et des lieux sacrés. Par dégradation, ils devinrent les gardiens des trésors cachés et des richesses matérielles. Le dragon était le défenseur des fortunes mystérieuses en Occident, de la Toison d’Or et du Jardin des Hespérides ; le gardien de l’immortalité dans les légendes celtes. Quant au serpent, il détenait la connaissance cachée, veillait sur la caverne, la grotte où étaient enfouis les secrets. Possédant la clé du savoir occulte, il recelait une haute valeur initiatique en tant que gardien du passage.

 

Le serpent est un Dieu premier, une divinité ancienne qui a présidé à toutes les genèses et à toutes les cosmogonies. Associé à la fécondité et à la maternité, l’animal a été regardé universellement comme le symbole de la Terre Mère nourricière. La plupart des Déesses mères eurent le serpent comme attribut. Le serpent fut aussi mythiquement le fils de la Terre, le dynamisme mâle engendré par la « Grande Femelle ». Dans la nature, chaque phénomène possède deux aspects distincts qui s’observent dans le mouvement des astres, l’alternance du jour et de la nuit, le rythme des saisons… Il y a toujours croissance et déclin. Le serpent représente la sinusoïde des forces divines qui alternativement croissent et décroissent en un mouvement maintenant l’équilibre des forces. Il symbolise le retournement et la mutation avant une nouvelle création. Sa reptation rappelle le mouvement ondulant des vagues et des flammes et l’assimile aussi bien à l’eau qu’au feu. Sa fluidité le lie à l’élément liquide, sa morsure venimeuse et brûlante l’unit au feu. Son ondulation est aussi souterraine et désigne les forces telluriques alimentant le magnétisme de la terre. Le serpent est par nature un symbole ambivalent, voire polyvalent, représentant les forces primordiales issues des profondeurs, associées au monde des Enfers et à la Mort, à la fertilité et à la fécondation. Son aspect et ses mouvements le réunissent aux eaux sinueuses fertiles et à l’énergie tellurique, ainsi qu’aux cycles alternativement négatifs et positifs, créateurs et destructeurs. L’ophidien fut adoré, déifié, et vénéré dans de nombreuses cultures, ce qui amena certains experts à en conclure que les traditions et les symboles ophidiens puisaient à une source commune ancienne située au Proche Orient.

 



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Ensuite, le culte passa en Afrique, en Asie et en Europe. D’autres affirment que la vénération des serpents se développa un peu partout, de manière tout à fait indépendante. Titans et autres géants dotés de caractéristiques humaines et serpentines sont figurés dans les théogonies du monde entier en tant que précurseurs des hommes. A mesure que le monde prenait forme, les créatures symbolisant les forces créatrices devinrent moins monstrueuses et adoptèrent des apparences humaines ou animales. Le serpent apparaît dans de multiples mythes créationnistes où il est décrit comme un esprit sage et bienveillant. En hébreu, il est nahash, dérivé de la racine « Nhsh » signifiant « déchiffrer », « trouver ». L’une des principales catégories d’anges de la tradition juive est celle des Séraphins ou « serpents ardents ». Nous trouvons plusieurs allusions à ces créatures dans la Bible. Le mot « Eve » est apparenté au mot hébreu « hève » ou « hava » désignant à la fois la vie et le serpent. C’est de ce verbe « hava » que les latins tirèrent les « ave ». Les Chaldéens n’avaient qu’un mot pour désigner le serpent et la vie. En arabe, le serpent est « al-hayyah » et la vie « al-hayat ».

 

Virigine Gimaray, auteur du livre « Le serpent », a dégagé les multiples manifestations du reptile en tant qu’énergie première, enroulement originel, souffle de vie, représentation du corps du monde, chaîne du vivant (ADN), élément de cohésion de l’univers enserrant l’œuf cosmique de ses anneaux, élan fécondateur, dualité fondatrice, éternel renouveau, semence divine, esprit des abîmes, forces chaotiques, incarnation démoniaque, bête de l’Apocalypse, pouvoirs guérisseurs, immortalité, réincarnation, gardien des trésors, messager du divin, voix de la sagesse. Il y a vingt ou trente mille ans, les hommes préhistoriques vénéraient déjà la forme serpentine, la peignaient sur les murs ou la dessinaient avec leurs doigts sur les parois d’argile. En Australie où l’art rupestre est encore régulièrement pratiqué, les serpents figurent dans de nombreuses images aborigènes. Le reptile tient une grande place dans leurs mythes sur la création du monde et celle des hommes. Chez certaines tribus, les serpents Unguds sont identifiés à des êtres mythiques, des héros totémiques appelés Wond’inas qui enseignèrent à leurs lointains ancêtres l’usage des outils, les lois, les rites et les coutumes. Une fois leurs tâches terminées, ils montèrent au ciel ou s’enfouirent sous la terre.

 




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Les serpents jouent un rôle important dans la religion des anciennes cultures d’Amérique centrale et du Mexique. On rencontre une multitude de serpents gravés dans les temples incas, aztèques et mayas. Au Mexique, le serpent était féminin. Il était la grand-mère des Dieux, Coatlicue, déesse de la terre associée au printemps, tantôt représentée avec une tête de serpent, tantôt avec une jupe faite de reptiles entrelacés. De tous les Dieux, le plus étrange est sans contexte le « serpent à plumes », Quetzalcoalt, l’une des plus grandes divinités du panthéon. Le nom « Quetzalcoatl » provient de deux termes signifiant respectivement « plume précieuse » (quetzalli) et « serpent » (coatl). Sa partie oiseau tuait sa partie serpent pour que le sang versé donne naissance à la vie. Quetzalcoatl, le héros civilisateur des sociétés précolombiennes associé à l’humidité, aux eaux de la terre et au vent, était aussi l’inventeur de l’agriculture, de la métallurgie et de l’écriture.


 

quetzalcoatl

 

   


A l’époque toltèque, on dit qu’il fut chassé par le Dieu mauvais Tezcatlipoca, agacé par ses vertus, et qu’il s’embarqua sur un radeau fait de serpents nattés. Quetzalcoatl disparut à l’horizon oriental, promettant de revenir un jour sauver son peuple de la tyrannie toltèque. Depuis son départ, les prêtres attendaient patiemment son retour, particulièrement durant les années du roseau qui lui étaient consacrées. Etant donné que Quetzalcoatl étant apparu sous la forme d’un homme à la peau claire, lorsqu’en 1519, année du roseau, des étrangers à la peau blanche et aux armures resplendissantes débarquèrent sur la côte Est du Mexique, les Aztèques les prirent tout naturellement pour les serviteurs de Quetzalcoatl et ils furent… détruits en moins de deux ans, avant même de comprendre que les Conquistadors n’étaient pas les serviteurs de leur Dieu tant vénéré…

 

Les légendes anciennes de la tribu Nyoro en Afrique affirment que les premiers êtres humains ressemblaient à des caméléons. Ils descendirent du ciel et fondèrent l’espèce humaine. En Afrique australe, l’oiseau foudre dominait les cieux tandis que le serpent « arc en ciel » régnait sur les Enfers. Le folklore gaélique d’Ecosse abonde en légendes où hommes et femmes étaient des phoques ayant épousé des humains, les abandonnant ensuite pour retourner à la mer. Au Japon, dans la ville de Nagasaki, les serpents blancs étaient considérés comme des messagers divins et les anciens Dieux apparaissaient souvent sous la forme de serpents d’eau. L’Inde constitue le berceau des cultes du serpent, en particulier le cobra. Dans ce pays et dans toutes les régions avoisinantes, depuis l’aube de la civilisation, le serpent a joué un rôle primordial. Le cobra était l’animal totem des premiers Dravidiens qui précédèrent la race Aryenne. Jusqu’à une époque récente, dans le Sud et dans l’Est de l’Inde, certaines dynasties prétendaient descendre directement du serpent. Leur couronne portait l’image d’un cobra dressé et ressemblait étrangement à l’uræus des Egyptiens. Que ce soit sous les formes du cobra lové autour de Shiva, d’Anata, de Shesha, le serpent originel, de Kaliya, le serpent géant vaincu par Krishna ou les nâgas, ces êtres mi-serpents mi-humains vénérés avant les Aryens, le serpent est omniprésent dans la mythologie indienne.

 

Ananta était l’immense reptile flottant sur les eaux primordiales du chaos originel et de « l’océan d’inconscience » sur les anneaux duquel Vishnu se reposait entre deux créations du monde. C’est là qu’il donna naissance à Brahma qui surgit de son nombril. Ananta était aussi le prince des ténèbres. Chaque fois qu’il ouvrait la gueule, un tremblement de terre se produisait. Dans la religion védique et le Rig-Veda, le serpent Vrtra incarnait le démon le plus puissant. Selon la tradition, les eaux primordiales étaient retenues dans les vallées des hautes montagnes car Vrtra s’allongeait autour de ces montagnes, bloquant leurs issues, empêchant les eaux de s’écouler vers la terre. Mais Indra vainquit Vrtra avec l’aide de Vishnu. La mort de Vrtra donna naissance au temps. Quelquefois, on lie la destruction de Vrtra avec la séparation de la terre et du ciel et la création des montagnes.

  

 


AnantaVishnu                        brahma

 

 

Dans le « Mahabharata », le combat acquiert une dimension cosmique et dépasse la dimension temporelle. Selon cette épopée, Indra se prépara durant 25.000 années et la lutte contre le serpent dura 35.000 années. Dans les « Puranas », écrits tardifs créés entre 400 et 1200, Vrtra incarne le désordre universel, le chaos primordial. La bataille contre Vrtra symbolise la lutte perpétuelle entre la lumière et l’obscurité. Figuré quelquefois comme un être à sept têtes de serpent, Shesha fut représenté le plus souvent comme un serpent à mille têtes. Son nom en sanskrit signifie « vestige » ou « résidu ». Shesha est le vestige des univers détruits. Il est le soutien du monde, le serpent originel, né de l’union de Kashyapa et de Kadru (l’immortialité). Il épousa Anantashirsha (ou tête d’Ananta), signifiant le « commencement de l’éternité ». Le Dieu Vishnou se repose indifféremment sur le serpent Shesha, Ananta ou Vasuki. En Inde, le reptile est aussi le nâga portant l’univers sur son dos, mot désignant à la fois l’éléphant et le serpent. Tant l’Hindouisme que le Bouddhisme mentionne des créatures dénommées nâgas, nom sanskrit pour « serpent ». Il s’agit d’êtres mi-humain, mi-serpent, qui furent parfois assimilés à des dragons. Leur nom signifie « ceux qui ne marchent pas, mais rampent ! » Les nâgas étaient au service du serpent Varuna qui séjournait au fond des mers dans un palais merveilleux, d’où il gouvernait l’ensemble de l’élément liquide. Dieux ancestraux, les nâgas ou sarpas passaient pour se métamorphoser en homme ou en serpent à volonté.

 

Avec leurs épouses, les Nagini, ils résidaient dans des demeures souterraines ou sous-marines, des palais somptueux couverts d’or et de pierreries. Dans les légendes de l’Inde et du Sud-Est asiatique, les nâgas gardaient les trésors de la terre. Les Indiens faisaient jadis des sacrifices humains aux nâgas, dans l’espoir de découvrir des trésors cachés. Dans la mythologie brahmanique, les Devas (Dieux) et les Asuras (anti-dieux) utilisent le serpent Vâsuki, comme corde pour faire tourner le Mont Meru sur son axe, afin de faire baratter la mer de lait et en extraire le nectar de l’immortalité ou amrita. Le Bouddhisme comme le Jaïnisme adoptèrent le serpent comme symbole. Une légende bouddhique révèle que le roi serpent Muchilinda protégea de la pluie le Bouddha en méditation en lui faisant un siège de ses anneaux repliés et en formant un abri de son capuchon à sept têtes de cobras.

 

En Egypte, des anciens rois égyptiens portaient les noms de « Scorpion » et de « Serpent ». De l’uræus ornant le front des pharaons à Meresget, le cobra femelle vivant dans les entrailles de la Vallée des Rois, en passant par Outo, Kematef, Apopis et Hapy, les serpents se retrouvent partout dans la mythologie égyptienne. Avant que ne soient crées le ciel et la terre, la vie se trouvait en germination dans une sorte d’élément primordial aqueux nommé Noun. La toute première créature à apparaître dans les eaux originelles fut Amon. Sous la forme d’un serpent, il fertilisa l’œuf cosmique façonné par les huit divinités de l’Ogdoade composée de quatre couples représentant chacun un aspect de l’état fondamental. Ces divinités imaginées comme des serpents et des grenouilles (parfois aussi comme des babouins) symbolisaient les formes potentielles de tous les êtres vivants.

 

 

 



papyrus-dama-heroub                          ouroboros

 

 

Un autre Dieu, Atoum sortit lui aussi des eaux sous la forme d’un serpent à cinq têtes et « cracha la création toute entière ». Atoum, habituellement représenté sous forme humaine, formait un tout contenant le principe mâle et le principe femelle. Le « Livre des Morts » lui prête ces paroles : « Je suis ce qui demeure… Le monde retournera au Chaos, à l’indifférencié, je me transformerai alors en serpent qu’aucun homme en connaît, qu’aucun dieu ne voit ! »

 

La dualité du serpent n’échappa pas aux Egyptiens et ils représentèrent son bon comme son mauvais côté. Lors de son voyage nocturne, le Dieu Soleil devait traverser les mondes souterrains. Toute la nuit, il luttait contre le serpent Apopis (de Aapep ou Aapef signifiant « géant » ou « serpent géant »). Apopis était né d’un « crachat du démiurge » que les Dieux primordiaux avaient rejeté, le condamnant à une perpétuelle révolte. Personnification du mal, du chaos et des forces destructrices, l’animal cherchait à anéantir la création divine. Quotidiennement, Apopis sortait des ténèbres pour tenter de faire échouer la barque solaire voguant sur le Noun ou océan primordial, cherchant à mettre fin au processus de création. Chaque matin et chaque soir, il menaçait l’ordre cosmique. Toujours vaincu mais à jamais renaissant, Apopis était indestructible, montrant que les forces de l’ombre pouvaient seulement être contenues, et qu’elles restaient une menace perpétuelle pour le monde. Son sang teintait quotidiennement de rouge le ciel au lever et au coucher du Soleil. Aux dernières heures, le Soleil entrait dans un grand serpent, bénéfique celui-ci, qui le régénérait et il reparaissait rajeuni à l’aube.

 

Le serpent apparaît dans le symbole de l’Ouroboros présent dans de nombreuses civilisations antiques. D’abord chez les Egyptiens en 1600 avant J.-C., il voyagea en Phénicie et arriva chez les Grecs qui lui donnèrent son nom signifiant « celui qui dévore sa propre queue ». Ce signe représentait l’immortalité, le serpent pouvant continuer à vivre en dévorant sa queue qui lui fournissait les éléments nécessaires à sa survie. L’Ouroboros est lié au mouvement perpétuel, à la notion de continuité, d’autofécondation et à l’idée d’éternel retour. Dans certaines représentations, il est figuré moitié blanc, moitié noir, pour symboliser l’union du monde chthonien (d’en bas) et du monde céleste, la réunion des deux principes opposés / complémentaires, du Yin et du Yang, du cycle de la vie libérée de la mort, de l’être parvenu à son état androgynique primordial.

 

 

 
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Pour les gnostiques, l’Ouroboros figurait l’Unité, l’image du temps qui s’écoule et l’évolution. Ils adoptèrent le symbole du serpent à tête de lion appelé Glycon et le rapprochèrent du Dieu égyptien Chnoumis (figuré sous la forme d’un serpent doté de deux jambes humaines). Rappelons que les gnostiques vénéraient un Dieu « inconnu » et rejetaient le créateur du monde physique, Yahvé. Il n’était selon eux qu’un être malfaisant, une sorte d’avorton né d’une création malheureuse de la partie féminine de Dieu. La secte gnostique des Ophites (« ophis » signifiant serpent) et celle des Naassènes du IIème siècle (« nahash » signifiant aussi serpent en hébreu), choisirent le serpent comme divinité tutélaire. Ils considéraient le serpent tentateur du Jardin d’Eden comme le messager d’un Dieu plus ancien que Yahvé, et bien meilleur, qui aurait eu pour mission de transmettre secrètement le savoir ou « gnose » à l’homme. Le serpent constituait à leurs yeux l’un des principaux véhicules du divin. Selon les chrétiens Clément, Tertullien et Irénée, on les nommait Ophites parce qu’ils magnifiaient le reptile à un point tel qu’ils en oubliaient le Christ. Selon eux, c’était le serpent qui était à l’origine de la connaissance du bien et du mal. Ils lui accordaient un rôle initiateur et rédempteur à travers le symbole de l’Ophis-Christos. Le serpent, dans la figure du Sauveur, était aussi représenté enroulé autour du Tau Sacré.

 


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Le serpent joua également un rôle majeur en Mésopotamie où on le retrouve gravé sur de nombreuses tablettes d’argile. Des créatures ophidiennes étaient vénérées dans de nombreux sanctuaires. En Mésopotamie, une légende révèle que lorsque le ciel n’était pas encore nommé, l’Apsu, l’océan primordial d’eau douce et Tiamat, la grande mer salée, représentée sous les traits d’un serpent monstrueux, mélangèrent leurs eaux. De leur union naquirent le ciel, la Terre et les Dieux primordiaux dont le plus important était Marduk. Marduk et Tiamat se livrèrent à une guerre sans merci. Tiamat enfanta des « serpents géants aux dents aiguës, aux mâchoires impitoyables, de venin, en guise de sang, elle emplit leur corps, d’épouvantes elles vêtit des dragons en furie, les surmonta du nimbe de splendeur et les fit pareils aux dieux ». Dans la symbolique grecque, le serpent était un gage de sagesse, de longévité et de fertilité. Les premiers Dieux grecs furent des serpents. Eurynomé, la déesse de toutes choses, surgie nue du chaos primordial, sépara la mer du ciel puis dansa sur les vagues en faisant des mouvements d’ondulation qui firent naître un vent. De ce souffle, elle façonna le serpent Ophion. Par son attitude lascive et provocante, la déesse suscita le désir d’Ophion qui s’enroula autour de ses jambes et la féconda.

 

Elle prit alors la forme d’une colombe et pondit un œuf primordial, l’œuf du monde, qu’Ophion s’empressa de couver. De cet œuf naquit la Création. Zeus fut vénéré sous la forme serpentine et sous le nom de Zeus Melichios, dépeint sous les traits d’un énorme serpent barbu auquel on rendait des sacrifices nocturnes. La déesse mère primordiale Gaïa (ou Ge), personnification de la terre maternelle et nourricière fut elle aussi associée au serpent. Elle était l’ancêtre maternel des races divines mais enfanta aussi les Titans et Titanides, les Cyclopes et les Hécatonchires, des monstres possédant cinquante têtes et cent bras.

 

Le serpent, en rapport avec le divin, fut toujours représenté en position ascensionnelle, s’enroulant autour d’un bâton ou d’un arbre, comme dans le symbole du « caducée ». Il partait de la terre et s’élevait vers la lumière. Le symbole est très ancien puisqu’on le découvre déjà gravé sur la coupe du roi Gudea de Lagash, en 2600 ans avant J.-C. Le terme « caducée » trouve son origine dans le sanskrit « kàrù » signifiant « chanteur », « poète ». Il fut repris par les Grecs en tant que « bâton de hérault », messager officiel lors des transactions diplomatiques. Le caducée est un sceptre attestant de la fonction de celui qui le porte. Ils furent nombreux en Grèce à arborer ce symbole : Asclépios, le Dieu de la médecine, Apollon, Hermès. Inspirés de la tradition égyptienne et mésopotamienne, il y eut durant le IIème siècle avant J.C. environ trois cents temples consacrés aux rêves et dédiés à Apollon ou à son fils Asclépios. Parti de Grèce, le culte d’Esculape et de sa forme serpentine se répandit à Rome durant l’épidémie de peste vers 290 avant J.C. où l’on fit édifier des temples de guérison. Le plus célèbre était celui d’Epidaure où les malades se rendaient en grand nombre.

 

Mais le « caducée » reste surtout l’emblème d’Hermès, (le Mercure latin), le Dieu messager des Olympiens. Fils de Zeus et de Maïa, il avait de nombreuses attributions : guide des voyageurs, conducteur des âmes des morts, dieu du vol et du mensonge, de l’habileté et de la ruse, patron des orateurs et des commerçants, dieu berger et dieu de la santé. Au départ, son attribut était la lyre qu’il échangea avec son demi-frère Apollon contre un « caducée ». Le symbole d’Hermès / Mercure est un bâton autour duquel s’enroulent deux serpents en sens inverse, symbolisant les deux aspects, gauche et droite, diurne et nocturne, bénéfique et maléfique, mâle et femelle, des deux courants cosmiques figurés par la double spirale. Selon la légende, Hermès sépara les deux serpents (représentant le chaos primordial) qui se battaient et les enroula autour d’un bâton représentant l’axe du monde, symbolisant l’intégration des forces contraires autour d’un axe d’équilibre, ce qui fait parfois dire que le « caducée » est un symbole de paix et de neutralité. Par la suite, deux ailes vinrent se fixer sur la partie supérieure. Elles symbolisaient le voyage, le commerce, le messager. Pour Court de Gébelin, le bâton symbolise l’équateur, les ailes symbolisent le temps, et les deux serpents, mâle et femelle, représentent le Soleil et la Lune qui en parcourant l’écliptique sont tantôt séparés, tantôt réunis. Le « caducée » hindou est associé à l’arbre sacré.

 

Le caducée mésopotamien montre une baguette centrale représentant le souvenir de l’arbre et symbolise l’efficience de la divinité de l’arbre. Le serpent associé à l’arbre incarne l’énergie qui fait monter la sève. Dans la mythologie nordique, le serpent Niddhog se trouve au pied de l’arbre cosmique Yggdrasiil, symbolisant l’axe du monde. Par rapport au tronc immobile, le serpent représente le mouvement. Le serpent enroulé autour d’un axe symboliserait l’ensemble des cycles de la manifestation universelle, selon René Guénon. Le caducée peut être mis en parallèle avec l’arbre séfirotique de la kabbale juive. Selon la tradition, cet arbre représente la structure de l’homme (le microcosme) et de l’Univers (le macrocosme). Dieu aurait créé le monde par l’intermédiaire de dix puissances ou verbes appelés Sephiroth (au pluriel Sephira) et des vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu, le tout constituant les trente-deux voies merveilleuses de la sagesse. Ces Sephira sont réunies par une série de « sentiers », de « canaux », pouvant être perçus comme des zones de transition. Les Kabbalistes hébreux n’ont probablement rien inventé puisque les Sumériens vénéraient déjà une sorte d’arbre de vie. Pour les Romains, le bâton représentait le pouvoir, les deux serpents la prudence, les ailes, la diligence, le casque, les pensées élevées. Le « caducée » réunit aussi les quatre éléments de la nature et leur valeur symbolique : la baguette correspond à la terre, les ailes à l’air, les serpents, au feu et à l’eau.

 

 

 


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En hermétisme et en alchimie, le « caducée » représente la notion d’unité dans l’opposition, la coexistence des opposés / complémentaires dans la divinité et en l’homme. Le reptile qu’il soit serpent ou dragon, en tant qu’animal primitif, est associé à la « materia prima » (matière première) des alchimistes. Le « Grand Œuvre », l’union du volatil et du stable, du mercure et du soufre, est représenté par la lutte entre le dragon ailé (symbole du mercure philosophale) et le dragon chtonien (symbole du soufre). Dans l’épisode biblique du serpent d’airain, le reptile revêt un rôle de régénérateur du peuple élu et d’instrument divin. Certains auteurs voient dans cet épisode la première association d’un serpent et d’un bâton symbolisant un acte de guérison, un emblème qui deviendra par la suite l’attribut du monde médical. L’explication du « caducée » médical (de la médecine, de la pharmacie, des soins infirmiers et de l’enseignement pharmaceutique) réside dans l’association du serpent (représentant le remède tenu secret) et du bâton, symbolisant l’arbre de vie. Le « caducée » peut également être mis en parallèle avec la spirale ADN ou Acide Désoxyribo Nucléique qui constitue la base de toutes les cellules vivantes. Sa double hélice est le support de notre patrimoine génétique. La forme de l’Univers étant probablement la spirale, à l’image de toutes les galaxies, à celle de la double hélice d’ADN, le « caducée » d’Hermès, devient dès lors la représentation de l’homme accompli ayant maîtrisé parfaitement ses énergies négatives et positives, et ayant reconstitué l’androgyne parfait, finalité ultime de tous les alchimistes.

 

En conclusion, le serpent participa à toutes les genèses dans la mesure où il a toujours été lié aux eaux génitrices primordiales, aux Dieux et Déesses créateurs initiaux et qu’il a figuré l’opposition régnant à l’intérieur de l’Unité androgyne primitive. Le reptile représentait la dualité essentielle à toute création. Il était le maître de la distinction, de la différenciation, l’empereur du deux. Le serpent de la Genèse, loin d’être un esprit malfaisant, fut un éveilleur de consciences. Il symbolisa la séparation, le mal nécessaire, le recul sans lesquels aucune liberté de choix, aucune évolution ne seraient possibles. Le serpent permit aux créatures humaines de devenir des individus à part entière. L’Eglise a volontairement occulté l’aspect bénéfique du reptile reconnu pourtant dans toutes les anciennes civilisations. En raison de sa capacité spécifique à créer la distanciation, elle l’a associé au diable, à Satan, au semeur de trouble, à « l’opposé » de Dieu. Dans nos sociétés occidentales, le serpent est devenu par sa faute le symbole du mal absolu et est toujours considéré comme l’ennemi juré du bien, de la race humaine et de Dieu. Durant le Moyen âge, la condamnation unilatérale du reptile a pris une réelle importance théologique. Le serpent d’Eve, responsable de la chute originelle et condamné à ramper a occulté le serpent créateur et initiateur. Il est devenu une pièce maîtresse de l’enjeu théologique, l’incarnation de la luxure, du vice, de toutes les dépravations, le symbole de l’archange déchu, du mal, du péché, de la chute, de la mort et des Enfers. L’Eglise a relié de manière totalement erronée l’archange déchu au « grand dragon », à « l’antique serpent », donnant tant à l’animal qu’à Lucifer une connotation uniquement péjorative. Du reptile protecteur dressé fièrement, il est devenu le vil serpent que l’on foule aux pieds. La connaissance qu’il véhiculait a été considérée comme maudite.

 




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Le Christianisme a commis une erreur monumentale car les textes sacrés sur lesquels il se basait avaient gardé pour leur part toute l’ambiguïté des sociétés antiques dans lesquelles ils s’enracinaient, continuant d’évoquer la « sagesse du serpent » et son aspect bénéfique, comme le serpent curatif que Moïse érigea dans le désert et avec lequel il sauva son peuple, comme le bâton d’Aaron qui, se transformant en reptile, dévora les créatures serpentines envoyées par les magiciens égyptiens, leur démontrant toute la puissance de Yahvé. On oublie souvent que dans l’iconographie chrétienne des premiers temps, le serpent symbolisa le Christ sauveur régénérant l’humanité et que durant la seconde partie du Moyen-âge (du XIème au XIVème siècle), de nombreuses crosses d’évêques se terminaient par une volute s’achevant en tête de serpent.

 

L’Eglise a souvent agi au détriment de la vérité historique et spirituelle. Par sa faute, le serpent, héros civilisateur, maître de l’énergie et du mouvement (Bénin), de la parole inspirée (Chine), de l’agriculture (Mexique, Pérou), de la forge et des céréales (Dogons) n’est plus à nos yeux que le destructeur du Paradis terrestre et l’émanation des forces obscures conduisant au chaos.

 

En guise de conclusion, notons que l’omniprésence du symbole du serpent dans les mythes créationnistes a fait dire à certains chercheurs que nos créateurs n’étaient ni plus ni moins que des êtres extraterrestres à l’allure reptilienne, d’autant que l’ophidien en fut fréquemment relié au ciel et aux dieux et figuré avec des ailes, ce qui paraît un non-sens.

 

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Orphée - dans Cosmogonies et Mythes